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62 610 Commentaires

  1. @schnoups pourrais tu me redonner le site que tu conseillais pour acheter des graines et éviter de donner des brousoufs à Kokopeli ? Merci !

  2. [DIS-MOI]

    Bonjour François,

    Petit message critique, ou en tout cas interrogatif, de la part d’un lecteur ayant particulièrement apprécié votre dernier livre, pour y avoir trouvé matière à méditer sur son propre sort.

    J’ai assisté hier soir à Avignon à votre débat en compagnie de Juan Branco et… comment tourner la chose ? Non pas que je m’attendais à ce que vous « fassiez le mec de droite », comme vous semblez l’avoir craint en amont de vos échanges, mais en tout cas que vous n’hésitiez pas à assumer un certain clivage, du moins un décalage, entre votre grille de lecture, et celle de votre interlocuteur, que je juge profondément pauvre, fusse-t-il franc dans son sécessionnisme avec « la classe bourgeoise ».

    En effet, bien que l’organisateur du débat semblait vouloir l’éviter, j’ai trouvé que très vite les échanges se sont enfoncés dans le ronronnement de la critique de gauche. La question du caractère oligarchique du pouvoir en place est une question primordiale selon moi aussi. Mais sa critique ne souffre-t-elle pas tragiquement de l’anecdotisme revendiqué par Branco hier soir ? Plutôt qu’un point de vue « complémentaire », ne veniez-vous pas justement proposer un décalage par le regard que vous portez sur la bourgeoisie ?

    C’est du moins la lecture que j’avais faite de votre livre. Bien que jouant dessus, et c’est là une réussite d’un point de vue rhétorique, je trouve précisément que votre argumentaire a le mérite de ne pas tomber dans une critique réifiante de la classe bourgeoise – en quoi vous êtes un matérialiste conséquent. Dans l’histoire de ta bêtise, « être bourgeois » n’est pas un état, c’est en quelque sorte un mode d’existence : dans l’absolu, on n’est pas bourgeois pourrait-on conclure, notre situation sociale l’est et nous y prédispose fortement, alors on agit, ou encore on pense en bourgeois.

    La nuance est pour moi capitale. Puisqu’au lieu d’essentialiser un ennemi comme le fait Branco, dans le fond en adoptant des mécanismes de pensée digne de la rhétorique identitaire, c’est un rapport au monde que vous caractérisez, dans sa capacité insidieuse à venir s’établir dans notre quotidien. C’est cela, depuis le point de vue de mon expérience de lecteur, qui fait la force de votre livre, en ce qu’il se donne les moyens, sans perdre de sa substance subversive, d’être compris dans son message, par une classe bourgeoise profondément ignorante de sa condition, comme vous l’avez justement souligné hier soir.

    Bref, je ne sais pas trop comment faire déboucher ce [DIS-MOI] sur une question, mais disons que je me suis étonné de votre complaisance d’hier soir avec le propos branciste.

    Bien cordialement,

    Constantin Dmitriévitch Lévine

    • A ces interrogations légitimes, il faut encore et en priorité répondre par la restitution précise de la situation que tu commentes-critiques. Voyons
      1 je n’ai pas souhaité cette situation, agencée par le directeur du théatre où était donnée la lecture d’Histoire de ta bêtise. J’ai accepté, car refuser eut foutu la merde, et donc j’assume sans me dédouaner. Mais c’est une donnée non négligeable.
      2 avant la rencontre, on dine avec Juan, le directeur, l’éditrice de Juan, Valérie et David qui ont respectivement mis en scène et interprété la lecture (à laquelle Juan a assisté). C’est la première fois qu’on se voit longtemps avec Juan, et l’ambiance est plutot fraternelle, en extension de la fraternité objective dans laquelle nous met l’adversité bourgeoise. Cela ne concourt pas à nous mettre dans une disposition de débat contradictoire avant d’entamer cette rencontre publique dont la tonalité est de toute façon d’emblée celle d’une concorde -et je crois que l’attente des gens présents, et notamment du rang de Gilets jaunes en demande de soutien, était bien que Juan et moi parlions d’une voix harmonieuse (ce qui après tout ne fait pas de mal, dans la petite mare gauchiste où tout un tas de canards ne trouvent rien de plus urgent à faire que de s’insulter et s’excommunier)
      En conséquence, je me dis que la discussion contradictoire que j’aimerais avoir avec Juan, et sur les points que tu énonces, sera pour une autre fois, et peut etre préférablement en tête à tête. Il me reste alors à qualifier de « complémentaire » une prise de parole, ma première, qui, si on l’examine bien, remet en question le parti pris anecdotique de certaines pages ou prises de parole de Juan. Ce que tu appelles complaisance relève plutot de la délicatesse, et plus surement d’une certaine intelligence de la situation

      • Merci pour la réponse et les détails sur les cironstances de cette rencontre. Je me dis que discussion contradictoire ne rime pas forcément avec division et que nous serions sans doute un bon nombre à apprécier pouvoir profiter de la partie plus dialectique de vos échanges.

  3. @Lison
    Et si tous les penseurs bidon écrivaient des textes aussi stimulants que « Le maître ignorant » je serai ravie.
    Pourquoi pas, je suis ouvert mais alors que l’on m’explique les raisons de se ravissement.
    Cela doit être possible cela, non ?
    Ce qui je souhaite le plus dans ce bas monde c’est me tromper car c’est le seul moment ou je progresse puisque auparavant je pensais quelque chose de faux. Alors peut être que c’est le cas à propose de Rancière mais alors que l’on argumente points par point afin de faire ressortir l’originalité d’une pensée que je juge pour le moment comme une vague fumisterie.

    • eh bien si tu permets je te laisse commencer et m’expliquer point par point (puisque ça semble être ta méthode) en quoi la pensée de Rancière et celle notamment développée dans le Maître ignorant est une vague fumisterie.

      • On va prendre la première qui développe un thèse :
        D’une façon abrupte on voit que l’explication n’est plus cet outil privilégié avec lequel les maîtres, de façon aride, essayent d’amener leurs élèves jusqu’à la connaissance et la culture, mais elle se convertit en une arme subtile d’imposition et de domination.
        Qu’on m’explique ?
        « une arme subtil de domination ? »
        Là je ne vois pas , mais du tout.
        J’ai été élève comme tout le monde et à aucun moment j’ai perçu cet aspect.
        En pendant qu l’on y est faisons référence à notre hôte et au film « Entre les murs ».
        Où dans ce film apparaît « une arme subtile d’imposition et de domination ». ?
        J’aurais pu prendre n’importe quel autre phrase du texte, j’en serais arrivé à la même conclusion de fumisterie.

        • Ce n’est pas une phrase de Rancière.

          • Ça, c’est de Rancière :
            « Instruire peut donc signifier deux choses exactement opposées: confirmer une incapacité dans l’acte même qui prétend la réduire ou à l’inverse, forcer une capacité, qui s’ignore ou se dénie, à se reconnaître et à développer toutes les conséquences de cette reconnaissance.
            Le premier acte s’appelle abrutissement, le second émancipation. »

            Ça me semble très juste.
            (Si le truc sort avec des balises pour l’italique, eh bien… tant pis. Ce sera involontaire…)

          • C’est le texte que l’on m’a donné en référence censé expliquer la pensée de Rancière.

          • Instruire peut donc signifier deux choses exactement opposées: confirmer une incapacité dans l’acte même qui prétend la réduire .
            C’est quoi ce charabia ?
            Confirmer une incapacité ?
            Un élève apprend du maître, jamais il confirme une incapacité…cela n’a jamais été l’objectif de l’enseignement, on est plein délire paranoïaque là…
            Comme dans toute relation humain l’égo maître/éléve peut dégénérer mais ce sont des cas particulier, aucunement généralisable.
            Si l’enseignant à les les connaissances de la discipline qu’il enseigne, et c’est généralement le cas, le reste c’est une affaire de pédagogie, il n’y avait jamais eut comme intention de révéler une incapacité…

          • @ Pascal
            Je vais arrêter là mais quand tu dis
            Un élève apprend du maître…imagines tu le nombre d’élèves qui n’apprennent du maître et qui en effet se sentent incapables alors même qu’il sont dans un processus d’apprentissage qui devrait augmenter leurs capacités?
            Peux tu entendre cela : que parfois, souvent, le processus même d’éducation ( dans le rapport maître / élève) peut affaiblir, faire perdre ses capacités, rendre incapable, confirmer cette incapacité.
            On n’a jamais dit que c’était un objectif de l’enseignement (mais on peut l’interroger), on a dit que cela pouvait mener à cela, et que les exemples sont nombreux.
            Et si la rigueur scientifique t’importe tant, au lieu de dézinguer une pensée sur une phrase qui commente un livre, peut être peux tu lire Le Maître ignorant.
            Bonne lecture !

        • Tu as été élève Pascal et à aucun moment tu n’as senti que le savoir du maître pouvait être une arme subtile d’imposition et de domination, à aucun moment tu ne t’es senti une merde parce que tu ne savais pas, parce que tu n’avais pas bien appris, parce que tu avais fait des erreurs, parce que tu n’avais pas fait ce qu’on attendait de toi.
          Eh bien Pascal, tant mieux! mais ton cas particulier ne peut être généralisé je le crains, et si comme tu le disais un seul exemple peut annuler une loi ( qui serait selon toi que que le savoir d’un maître n’est jamais un outil d’imposition ou de domination), et bien me voici !

          • Il est bien question de pédagogie dans ce passage. Le maître, s’il explique un savoir à un élève en se mettant « au-dessus de lui », prend le risque de voir cet élève « confirmé » dans son incapacité (à atteindre le niveau de son maître). Cela a pour effet de bloquer tout son processus d’apprentissage (l’élève s’en retrouve « abruti »).
            Le maître qui, au contraire, considère son élève comme son égal en intelligence le conduira à croire en sa propre capacité, et cette conscience peut amener l’élève à s’élever, puisqu’il comprend qu’il a en lui toute l’intelligence requise pour ce travail.

          • @Kate
            Le maître qui, au contraire, considère son élève comme son égal en intelligence
            Mais d’où cela sort ses sornettes ?
            C’est incroyable de penser de telles inepties sous prétextes de de pas heurter l’égo de l’élève.
            Il faut qu’il se soigne l’élève si il en ait là, rapidement !
            On est dans un monde réel où les aptitudes de chacun sont fortement différenciées c’est un monde imaginaire de penser le contraire et d’agir comme si cela était le vrai monde !
            Je suis joueur d’échecs, les échecs sont un jeu extraordinaire pour quantifier les différentes aptitudes des personnes, certains sont des maîtres, d’autres des grand maîtres, c’est le respect qui domine lorsque l’on s’adresse à eux et pas une sentiment d »infériorité !

      • Un élève apprend du maître…imagines tu le nombre d’élèves qui n’apprennent du maître et qui en effet se sentent incapables alors même qu’il sont dans un processus d’apprentissage qui devrait augmenter leurs capacités?
        J’entends cela mis delà à en faire une théorie il y a la marge.
        Comme toute discipline il peut y avoir un bais du à l’éléve (qui peut être dans le déni quant à ses propres limites) ou au maître par un manque de pédagogie.
        Il serait intéressant d’avoir l’avis de François sur ce sujet je suis parfois enseignant mais uniquement avec un publique adulte et le constat est le suivant :
        Plus les personne ont compris plus elles donnent une bonne note à l’enseignant moins elles ont compris plus elles notent mal l’enseignant. Ce n’est pas systématique mais une vrai tendance.
        Le cours étant strictement identique pour tout le monde.
        Le report de la non compréhension du cours sur l’enseignant est une manière facile de se voiler ses limites ou incompétence.
        Mais les plus honnêtes des élèves notent bien l’enseignant en reconnaissant la qualité du cours même si ils sont conscient de ne pas avoir tout compris.

        • Pascal, tu dis « Mais les plus honnêtes des élèves notent bien l’enseignant en reconnaissant la qualité du cours même si ils sont conscient de ne pas avoir tout compris. »
          Je ne sais pas si c’est de l’honnêteté, c’est peut être l’intériorisation du fait que l’autre sait-puisqu’il est le maître et que je ne sais pas,- puisque je suis l’élève, et que si je ne comprends pas c’est bien la preuve de sa supériorité et de mon infériorité.

          • Le monde ne fonctionne en sentiment d’infériorité ou de supériorité, c’est maladif de voir le monde comme cela.
            Il y a des personnes aux aptitudes exceptionnels qu’ils servent de modèles voir de guide, mais en aucun cas il faut voir leurs aptitudes supérieurs comme un problème !
            C’est fou de voir le monde ainsi !

        • Je viens de relire les échanges sur l’enseignement.Je pense qu’il faudrait se demander ce que signifie enseigner,apprendre,pédagogie,mais aussi,quand sait on qu’un élève a compris,appris.En rangeant hier j’ai retrouvé les bulletins de mon fils.Les notes et les commentaires.J’aime beaucoup le « j’attends mieux ».qui signifie l’évidence que l’élève travaille pour le prof.C est un commentaire lourd de beaucoup de choses.Sinon y en a un autre que j’adore c est »A baissé les bras ».

        • Les échecs sont un jeu extraordinaire pour quantifier les différentes aptitudes des personnes
          Plus précisément : les échecs sont extraordinaires pour quantifier les aptitudes des personnes aux échecs…
          J’ai l’impression qu’on ne parle pas tous de la même chose. Il ne s’agit pas de nier qu’il y a des champions d’échecs et des gens complètement nuls aux échecs…
          Mais le domaine de l’enseignement, c’est autre chose : les profs ne sont pas forcément des gens avec un niveau extraordinaire et des capacités démentes. Ils sont censés avoir assimilé des connaissances, qu’ils transmettent aux élèves.

          • Je vais peut être vous énervée,ta t pus.Je ne pense pas que le rôle du prof soit de transmettre des connaissances.Pour ça,il y a internet.Je pense que le rôle du prof est d éveiller l’esprit de recherche,de créer l’émulation qui donnera envie de,d aider les élèves à construire une pensée et beaucoup d autres choses.Mais le transfert de connaissances ne suffit pas.

          • Vous énerver,tant pis…excuses.j’ai tapé trop vite,pardon.

          • Ah, internet ne servirait donc pas à voir des images pornographiques avant l’âge de 12 ans? Cela dit, j’imagine qu’on apprend toujours pas mal de choses à l’école, des choses qu’on oublie aussi sec, pour une partie d’entre elles. Mais bon, quand la transmission se fait, on y apprend quand même la base : lire, écrire, compter, des rudiments d’anglais, quelques notions d’histoire (parfois biaisée, mais bon)… On découvre quelques textes et quelques auteurs. Et l’esprit de compétition pour les meilleurs. Et la vague impression d’être une merde pour les cancres. Une école de la vie.

          • Un exemple.Au lycée,min fils était haî pa un prof de français.Il n’écoutait rien et ne faisait rien du coup.Sauf quand il fallait lire un livre et faire un boulot dessus.Là il assurait.(parce que c était intéressant)La prof insinuait donc qu’il « trichait ».Un jour elle a voulu lui parler en privé.En signe de protection,il a avancé une main devant lui,a fait non de la tête et est parti.Voici un exemple où l’élève est plus intelligent que le prof.Je suis donc d accord avec Kate.Si un prof est supérieur ce ne peut être qu’en termes de connaissances,l’intelligence est vraiment ailleurs.Beaucoup d ‘éléves supportent avec dignité des comportements de profs pas toujours clean.En cela par exemple,ils sont plus intelligents.

          • Oui,on peut apprendre à l’école.Maus pas tous les élèves,et pas de tous les profs.Pour l’exemple de base que tu prends:lire et écrire.Hum.justement,beaucoup n’apprennent pas à lire et à écrire.Ce qui est du à de multiples facteurs,et là,ce n’est pas entièrement la faute du prof.

          • Il y a beaucoup d’exemples où le prof un moins de connaissances que l’élève. Un gamin de CE1 passionné par les animaux préhistoriques ou l’astronomie aura plus de connaissances dans ces domaines-là que son prof. J’ai eu un élève de CM2 qui s’est passionné pour le jazz en cours d’année scolaire, qui en savait bien plus long que moi arrivé en juin et dont les mini conférences étaient attendues par toute la classe. J’ajoute au passage qu’il débarquait de Mayotte et partait de zéro.
            Il y a un grand nombre de situations où le prof constate qu’un élève a plus d’aisance que lui en mathématiques ou en français – pour ne prendre que ces disciplines dites fondamentales – qu’il est plus vif, plus intuitif, plus intelligent et qu’il a besoin de formuler sa propre exigence vis à vis d’une discipline qu’il juge dépourvue de complexité, trop scolaire. A ce moment-là, l’élève réclame en effet la résistance dont il a été question précédemment.

          • A Car.je suis entièrement d accord .et ci te te de voir que tu vois ce que sig ifie cette idée de résistance dans le processus d apprentissage.

          • S’agissant de Rancière, je vais juste reprendre le truc par un autre bout. Laisser de coté cette affaire d’égalité des intelligences -dont Cat a bien rappelé qu’elle était postulée, ce qui ne veut pas dire observée. Je la laisse de coté parce que tous les termes en sont piégeux et réversibles. Parce que je me demande si on a vraiment besoin de s’embarrasser de l’égalité dans cette affaire – comme du reste dans l’affaire de l’émancipation en général, mais ça j’y reviendrai plus longuement une autre fois (car c’est un sacré pavé dans la mare de l’émancipation)
            Le point simple et décisif de la pensée de Rancière sur l’école, la pédagogie, etc, c’est qu’on apprend toujours tout seul.
            Que veut dire « tout seul »? Cela ne veut évidemment pas dire que l’individu ilotier sécréterait par lui-même du savoir. On apprend sous une stimulation extérieure, toujours – l’apprentissage passe par une affection au sens spinoziste. Mais cette stimulation n’a pas besoin qu’on ménage un périmètre dit d’apprentissage. Elle se fait toute seule, au sens de spontanément, informellement. L’apprentissage est toujours informel. C’est ainsi que 99% des choses que je sais, je les ai apprises informellement, au gré de ma vie sensible. Je veux me baigner dans une rivière juste découverte, je m’y avance, et au bout d’un mètre je n’ai plus pied : je viens d’apprendre que cette rivière a une profondeur supérieure à 1m80. Et je l’assimile aussitot ; ce savoir est aussitot métabolisé en acte : celui de nager plutot que d’avancer pied dans l’eau.
            Dans ce cas d’espèce j’apprends de la rivière et de mon geste (avancer). Dans d’autres cas, je peux apprendre de quelqu’un. Un ami peut me donner cette information -la rivière a une profondeur supérieure à 1m80. Ou bien ce peut être un instituteur, dans un périmètre scolaire – « la rivière qui traverse notre village a une profondeur supérieure à 1m80″. Le pédagogue professionnel attitré n’est donc pas exclu de l’apprentissage, simplement il est remis à sa place ; il est un stimulateur comme un autre. Dans l’ensemble des être, animaux, situations, végétaux, vents dans les cheveux, qui peuvent m’affecter et dont je peux informellement tirer du savoir, cet instituteur n’est pas plus apte à m’instruire que ne l’est la rivière elle-même, ou la mouche qui en zézayant m’informe que les mouches zézaient, ou mon copain Gérard qui me raconte ses exploits de chasse (et donc me livre incidemment des informations sur la chasse), etc.
            Il faut même aller plus loin ; dans l’ensemble des émetteurs d’information, l’instituteur n’est pas seulement à égalité avec les autres ; il est de loin le moins bien placé. Pourquoi? Parce que « apprendre tout seul », cela veut dire aussi que le processus d’assimilation d’une information est une affaire toute physique et toute individuelle, une affaire qui engage la chimie singulière et aléatoire entre un corps et ladite information. Ca rentre ou ca rentre pas. Et aucune méthode ne fera que « ça rentre ou pas ». Ca rentrera si ça veut rentrer. Et la raison pour laquelle ca veut rentrer ou ça veut pas rentrer échappera toujours à toute la science pédagogique -ce qui est une très bonne nouvelle, du point de vue de la souveraineté du vivant ; c’est ici que le ranciérisme est un vitalisme, un anarchisme.
            On peut le dire autrement : on n’assimile une information que si cette information affecte notre corps. Il y a deux voix affectives :
            -l’une concerne l’information elle-même. Pour moi qui comptais me baigner, la profondeur de la rivière a aussitot une consistance physique qui affecte ma vie, infléchit mon désir, le reconfigure, etc. Pour un fan de Federer (ou plus généralement un individu affecté par Federer, en bien ou en mal, en amour ou en haine), l’information que Federer compte participer à Roland Garros pour améliorer son jeu fond de court en vue de Wimbledon est immédiatement assimilée.
            -l’autre concerne l’émetteur de l’information. Si j’aime mon copain Gérard (parce qu’il est cool avec moi, ou parce que j’aime bien son odeur de gitanes sans filtre, ou bien parce qu’il m’a rendu un service), les mots qui sortent de lui ont comme une immédiate épaisseur affective qui font que je les assimile spontanément.
            Cela met donc l’instituteur loin derrière :
            -parce qu’en général les informations qu’il livre sont hors situation réelle (et les pédagogies de l’émancipation s’échinent alors à réincarner l’apprentissage, à créer des situations de vie dans un périmètre qui précisément s’honorait de s’excepter de la vie, et à recréer de l’informel, de l’impromptu, du « au gré de la vie » dans un périmètre au contraire très formalisé, structuré, cadré (ils finiront épuisés et parfois tristes).
            -parce qu’a priori l’instituteur, imposé à l’enfant comme on lui imposerait un dentiste, n’affecte en rien le corps de l’élève. Sauf travaux pratiques de pédophilie, dira-t-on -et vraiment cette blague sera malvenue-, ou, plus légalement, sauf création d’un lien affectif entre instit et élève. Ainsi on verra l’instit’ s’échiner à créer un type de rapport que la vie, souveraine et facile, ne cesse de créer sans effort (avec des parents, des copines, des voisines, des passants)
            Dans ces deux cas, si laborieuse est l’industrie de l’apprentissage formel pour se revitaliser qu’on en vient à se demander si c’est bien la peine de continuer, s’il ne faudrait pas tout simplement laisser la vie faire, la laisser faire ce qu’elle fait si bien, à savoir créer des processus vivants et animés -d’où l’hypothèse saine et logique de la fin de l’école.
            Pascal, qui entretemps aura peut-être enfin jeté un oeil à ce chef d’oeuvre bidon qu’est le Maitre ignorant, dirait alors qu’il y a des connaissances qui ne s’apprennent pas à même la vie et au fil des affections informelles. On veut bien l’admettre -tout en rappelant que, maitre ou pas, professeur sachant ou pas, in fine le corps de l’ignorant sera toujours seul avec la connaissance qu’on lui soumet. Mais alors il faudrait se demander en quoi il est nécessaire ou simplement utile d’assimiler ces connaissances qu’on appellera sophistiquées. Car après tout, sur l’ensemble de ce qu’il y a à savoir, je n’en saurai jamais qu’une proportion infinitésimale. Pourquoi donc faudrait-il que j’apprenne un théorème pointu de maths, pourquoi ceci plutot que les 567 milliards d’autres connaissances assimilables, dont la plupart mille fois plus accessibles?
            La seule réponse viable à cette question procède d’un raisonnement de dirigeant : il faut qu’un certain nombre des individus d’une communauté politique donnée (une nation, le plus souvent) assimilent des connaissances qui en feront les ingénieurs (ou autres) dont la nation a besoin. C’est un raisonnement de pouvoir (et de croissance). C’est bien le raisonnement matriciel de l’école, née avec le boum industriel et en concomitance parfaite avec le capitalisme.
            Du point de vue des individus et non du pouvoir, la ligne n’est pas celle-là. La ligne est affective et vitale. Le tri des 456 choses que j’assimilerai dans ma vie sur les 567 milliards possibles se fera en fonction de mes besoins, désirs, intérêts, gouts.
            Il n’y a donc que deux choses à entretenir, et ce double entretien devrait être la tache unique des forces de l’émancipation : la vitalité des corps et la vitalité de l’environnement susceptible d’affecter-émouvoir-mobiliser ces corps.

          • François,
            je me permets de prendre un exemple que j’aime beaucoup.
            Chouchou qui fait son Gribouille dans la chambre qu’il partage avec son frère aîné. Ce frère, ado, qui écoute de la musique rock. Ça chatouille Chouchouille, ça prend, ça grattouille un peu plus. Plus tard, Chouchou, oubliant le ouille, les traits graphiques se transformeront en mots, en textes punk. Chouchounk se dandine sur scène, la neige des œufs s’élèvera pour ne jamais retomber.

          • …pour ne jamais retomber sur ses couilles.
            (C’est pour la rime)

          • Merci Schnoups, ça rime aussi avec grattouille. A l’adolescence, ça pousse, enfin tu vois ce que je veux dire.

          • Sur l’apprentissage, rien à rajouter à ce que dit François, juste à renvoyer à son texte « Mon propre chef », auquel son propos fait ici écho. On peut aussi se référer aux réseaux de savoirs que ce bon vieux Illich voulait mettre en place pour déscolariser la société, ce qui revient d’ailleurs à désinvestir tous les lieux institutionnalisés. Pour en refaire des lieux délestés d’injonctions étatiques, puisque tous ces savoirs scolaires s’incarnent dans des endroits qui sont dévolus à publiciser les valeurs d’un Etat -démocratique, totalitaire, c’est la même chanson- et aussi à former une main-d’oeuvre corvéable. Sur la fin de son post, François rejoint complètement ce que dit Ivan. Après, sur la pédagogie, tout en l’ayant initiée, Rousseau l’avait déjà dynamitée, ayant compris que c’était une ruse pour emmener quelqu’un là où on veut qu’il soit, qu’on la conçoive autoritaire ou non, qu’on admette comme Meirieu qu’on enseigne toujours quelque chose à quelqu’un (donc merde, à quelqu’un).
            Les pédagogues les plus libertaires se sont d’ailleurs beaucoup plus interrogés sur des espaces à organiser que sur des postures à incarner (exemplairement, Neill dans « Libres enfants… »), ce qui signifie qu’en dernier ressort ces gens-là ont bien compris l’influence de l’environnement sur la « mobilisation des corps », en effet. Et l’idée, c’est de mettre le pédagogue en retrait, à défaut de le voir disparaître, ce qui serait quand même l’idéal. Pour laisser quelqu’un face à ce qu’il désire apprendre. Ou pas. Ou rêvasser.

          • @ François Bégaudeau :
            À travers les âges, nous sommes passés d’une éducation initiée par les autorités religieuses à une autre initiée par des autorités économiques ou capitalistes. La domination des systèmes éducatifs a donc prévalu et prévaut toujours.
            Mais en matière d’auto apprentissage (« on apprend toujours tout seul »), comment faire émerger avec une expérience sensible quelque chose d’aussi évident que la rotondité de la terre ?
            Comment l’homme d’avant la révolution copernicienne expérimentait-il de manière sensible ce savoir ? Et même aujourd’hui, sans informations abstraites, c’est-à-dire sans photos de l’espace, comment puis-je faire cette expérience ?
            Par exemple, l’expérience du pendule de Foucault me laisse perplexe. Du coup, je raisonne à l’envers : c’est parce que je sais de manière académique que la terre est ronde et qu’elle tourne sur elle même et autour du soleil que je comprends l’expérience, mais pas l’inverse.
            L’expérience sensible n’est donc pas suffisante pour appréhender et comprendre le monde.
            Vous me direz : est-ce nécessaire à ma vie sensible ? Pour ma part, oui, depuis que ma survie ne m’occupe plus du matin au soir. Et ces questions sur l’espace qui font partie des 567 milliards de possibles savoirs, me fascinent et je ne me lasse pas d’écouter des « pédagogues » astrophysiciens. Est-ce bien raisonnable, docteur ?

          • Je n’ai lu ni Illich ni Rancière, je l’avoue. L’enseignement m’a cependant placée face à différents problèmes posés par l’acte même d’enseigner dans une institution où les étudiants sont là parce qu’ils le veulent – ils ne sont pas habitués à cette nouvelle donnée (il faut souvent le leur rappeler), donnée à laquelle s’ajoute ce nouveau refrain pour expliquer les 12h de cours par semaine : on apprend seul (surprise!).

            Quand je vous lis je pense au cinéma japonais qui est constamment traversé par les thématiques de l’apprentissage et du voyage initiatique et dans lequel la figure de l’enseignant est très présente. C’est l’alliance entre le maître et le disciple, un apprentissage via l’expérience concrète de la vie au sein duquel se niche toujours un aspect magique. C’est pour ça que George Lucas a joliment composé un maître Yoda à partir du cinéma japonais pour créer un tout petit homme (humilité) mal habillé (kimono dégueulasse du héros de la Légende du grand Judo), il a un aspect misérable qui rend sa puissance invisible au commun des mortels. Le petit homme donne la preuve de sa compréhension aigüe du monde, de sa puissance, par un acte magique qui convainc d’emblée parce qu’il est spectaculaire (sortir le vaisseau du lac) – ça impressionne le jeune Luc, au sens fort, et ça provoque l’adhésion totale du futur disciple.

      • J’ai l’honneur de vous annoncer ,pour ceux qui se souviennent du délire autour de la patatouille..que j’ai fait aujourd’hui,et réussi,une ritatouille.

        • j’en veux bien moi

        • On attend la recette
          Et après je reviens sur le dossier Rancière

          • -acheter des légumes d été(chercher sur internet si on sait pas ce que c’est)
            -les laver (si on a eu le courage de faire ce que j’ai dit avant,si c’est non,laisser tomber et manger le riz tout seul
            -laisser les légumes se reposer et aller fumer une clope.
            -les faire cuire
            -pendant ce temps, boire une bière(ou autre chose)
            -faire cuire le riz(puisqu’on parle ici de ritatouille)
            -pendant ce temps,boire un autre truc et fumer une autre clope.
            -et voilà.
            Bon,et si jamais vous aviez à vous lancer dans un dossier nommé Rancière,on vous en voudra pas de reporter,parce que faire une ritatouille,c’est très fatigant.

          • Moi je mélangerai tout en rajoutant du parmesan pour faire un espèce de risotto à l’allure un peu dégueulasse.

          • j’ai comme l’impression, schnoups , que t’as pas très bien regardé le prix du parmesan au kilo.

          • Anne Laure,t es pas obligée d en mettre des tonnes.Il s agit d être classe, élégant ma chère,juste 2 ou 3 copeaux,pour faire genre grand resto idiot,et donner des idées à François,qui finira bien par sortir un livre de cuisine, grâce à toutes les idées qu’on propose

          • mouais , c’est vrai qu’en même temps, vu que le parmesan a goût de vomi, c’est tout en harmonie culinaire.

          • Je paie pas de loyer donc c’est Byzance, je claque des doigts et y’a un poulet rôti qui débarque. Je suis un peu déconnectée du coup.

          • ah oui c’est vrai, c’est ce que je devais retenir :
            – ne pas avoir de loyer à payer.
            – danser avec des poulets rôtis.

          • à peu de choses près rien à voir, mais me revient une petite anecdote sur le sujet du progrès,
            anecdote où j’allais chercher un objet commandé par internet à la fnac et je tombe sur un employé de mon age sain de corps et d’esprit genre bon père de famille ( et en cachette je me disais que putain et c’est tout ce que tu as trouvé à faire comme boulot ? ),
            me souviens plus très bien de la discute mais il se met à expliquer toutes les variations récentes de possibilités d’obtenir un objet par la fnac, et c’est pas super au point,
            dont le fameux dernier truc , tu viens chercher ton objet dans un casier sans passer par une personne grâce à le code de ton smartphone,
            un peu le même projet que les caisses de supermarchés sans caissières parce que c’est notre projet,
            discours habituel sur : mais oui mais alors du coup on se parle plus , on perd le lien social.
            Ok monsieur.
            Et puis il se met à me parler de la carte d’adhésion à la fnac que je ne possède pas et qui me permettrait d’économiser 10 euros par tranche de 100 euros de dépense , la belle affaire ,
            et avec ça madame je vous les fais à 90 euros le kilo.
            Si c’est ça le lien social que je risque de perdre je préfère mieux.

  4. @Cat
    Si j’ai un peu compris Rancière dans le Maitre ignorant, il se situe justement en dehors de notre débat ici. Il « postule l’égalité » à l’opposé de la pensée commune qui postule l’inégalité.
    Le problème c’est que ce postulat est faux, donc toute la démarche qui en découle également.
    Ce postulat est faux car on peut trouver des millions d’exemples où il ne s’applique pas.
    Et science, il en suffit d’un seul pour invalider un postulat…
    Donc discourir sur un postulat faux n’a aucun sens pour un scientifique…

  5. @Kate
    Merci pour votre analyse mais qu’y ait égalités « des » intelligences (encore que comme vous l’avez fait remarquer faudrait’il définir ce terme) je ne vois toujours pas où cela nous mène ?
    La problématiques me semble t’il c’est d’éviter qu’aux inégalités factuelles viennent s’ajouter des inégalités du aux structures.
    Les structures actuelles ont été élaborées par la bourgeoisie pour la bourgeoisie, il me semble que c’est cet aspect qu’il convient mettre en lumière afin de le combattre et la pensée de Rancière ne m’apparaît pas, de prime abord, comme un élément important pour y parvenir.

    • Eh bien, peut-être que ceux qui détiennent le pouvoir, ceux qui tirent les ficelles de notre monde inégalitaire, justifient leur position par une prétendue supériorité, sans doute pas physique (en général, c’est même le contraire…), mais de l’intelligence. Or ils ne doivent pas leur position à leur intelligence, ils ne la méritent pas de par leur intelligence supérieure. Car il n’y a pas d’intelligence supérieure, juste des individus doués d’intelligence (comme le sont tous les autres individus) qui ont acquis des connaissances, petit à petit (et qui d’ailleurs sont rarement ceux que l’ont retrouve au pouvoir). Mais il n’y a pas de classe sociale intelligente par nature (une classe sociale supérieure qui serait supérieurement intelligente).
      Bref, je raconte n’importe quoi (mais ça se tient je trouve).
      J’espère seulement que personne ne prendra pour argent comptant ma lecture de Rancière que je n’ai pas lu, ce serait con pour lui, ça réduirait un peu le niveau des connaissances qu’il a acquises petit à petit (et pas moi).

      • Si quelqu’un s’avise d’utiliser le niveau de mes interventions pour critiquer l’idée que les intelligences sont égales, c’est pas très gentil.

      • « Eh bien, peut-être que ceux qui détiennent le pouvoir, ceux qui tirent les ficelles de notre monde inégalitaire, justifient leur position par une prétendue supériorité,  »
        Bien sûre, c’est la notion « méritocratie » base de la justification de la domination bourgeoise.
        Et cette domination, justifiée par la méritocratie, est mise en oeuvre à travers des structures ou domine la compétition saine et non faussée.
        Le « tous contre tous » en somme, la société célébrant « les meilleurs des meilleurs » les fameux « premiers de cordé » Macronien.
        Tout cela c’est du vent pour asseoir la domination.
        Que les intelligences soit égales ou pas ne peut en aucun cas justifier cette domination.

        • Il me semble que les inaptitudes physiques, les maladies, les coups du destin ne sont pas à imputer à ceux qui les subissent (Houellebecq dit un peu ça dans sa tribune sur Vincent Lambert : il n’y a d’indignité que morale, et nul ne démérite parce qu’il se retrouve empêché physiquement).
          En revanche, si l’on accepte l’idée d’une inégalité des intelligences (une idée pourtant communément admise, et même peu discutée, avec les tests de QI, et toute cette vogue des gamins « précoces » à laquelle on assiste actuellement…), même si dans ce domaine une infériorité (si on admet l’idée de supériorité de l’intelligence, le contraire doit exister également), une faiblesse de l’intelligence, n’est pas de la responsabilité de celui qui en est affligé, on accrédite l’existence d’un certain ordre des choses…
          « Le pauvre est un peu con, il est pourtant gentil, mais il n’a pas les moyens, intellectuellement » d’acquérir une certaine position sociale, il est limité… »
          On peut essayer d’élever un peu le niveau de l’individu ainsi taxé, mais il ne sera jamais en mesure d’appartenir à la caste « intelligente ».
          Je crois que ce n’est pas le degré d’intelligence qui doit entrer en compte (il y a sans doute des degrés, comme il y a des niveaux de connaissances, mais pour être juste il faudrait prendre en compte non pas l’intelligence, mais toutes les intelligences, tous les types d’intelligences, y compris l’intelligence des mains, l’humour, la compréhension des choses, etc., la liste est quasi infinie), mais bien la valeur de cette intelligence, qui est la même : on ne peut ni ne doit la réduire ou la hiérarchiser (ou bien à admettre qu’il y a un certain ordre des choses…).

          • Je précise : c’est par Rancière, c’est toujours moi, hum.

        • A ce propos,je trouve très intéressant l’avis de Houellebecq sur l’affaire Lambert.Et vous?

          • Il y a un staff médical scientifique qui a tranché, fin de l’Histoire, l’opinion de Houellebecq est purement affective sans aucun fondement scientifique.
            Donc pour moi, aucun intérêt.
            Les autres cas qu’il mentionne seront tranchés par le staff médical en temps et en heure.

          • Non,l’opinion de Houellebecq n’est absolument pas affective.Il raisonne avec philosophie.Et politique.Et je n’adhère pas du tout avec l’idée que la science régit le monde et doit taire toute autre forme de raisonnement.

          • Et je n’adhère pas du tout avec l’idée que la science régit le monde et doit taire toute autre forme de raisonnement.
            Et ben oui on est la au cœur du problème qui va engendrer le chaos.
            Car la démarche non scientifique étant non démontrée elle peut ou non raconter n’importe quoi.
            Ce qui nous donne un Trump qui nie le réchauffement climatique, ce qui nous donne des économistes qui prônent la croissance infinie dans un monde fini, ce qui donne des prédicateurs qui prônent la guerre sainte contre les mécréants au nom d’Alla..
            Bref le chaos comme je le dits.
            N’en déplaise aux non scientifique c’est la triste réalité !

          • Un staff de médecins ne représente pas la science, ce sont des techniciens, et ce sont des soignants. Dans le cas de Vincent Lambert, ils étaient impuissants à lui redonner sa condition physique antérieures, où même à améliorer son état. Ils ont jugé que celui-ci était irréversible, mais aussi qu’il était, en quelque sorte, inacceptable. Mais par ailleurs ce qu’écrit Houellebecq est intéressant. Il y a une part d’affectif dans ce qu’il dit, mais il entre dans la décision de mettre fin aux prétendues souffrances de Vincent Lambert une part d’affectif également. C’est une décision qui est basée sur l’empathie plus que sur la science (même si, aujourd’hui, celle-ci ne pouvait rien pour lui).
            Personne ne souhaite se retrouver dans cette situation, Vincent Lambert lui-même, qui je crois était infirmier, le redoutait (et en avait parlé à ses proches). Cela dit, il est vrai que l’on ignore le vécu des gens dans cet état. Vincent Lambert, ou quiconque d’ailleurs rédige ses directives, ne savait pas, au moment où il a formulé son souhait, ce dont il était question.
            Vincent Lambert n’était pas mourant, il ne souffrait pas physiquement, et sa vie ne dépendait pas d’un traitement médical (autre qu’une sonde pour l’hydrater et le nourrir). Il était dans une situation de très lourd handicap, ce qui pose la question de savoir à quel moment on décide qu’un handicap est trop lourd pour que la vie vaille la peine d’être vécue (dès que la personne ne peut plus dire ce qu’elle souhaite pour elle-même?). Malgré ce qu’il avait dit à sa femme avant son accident, qui peut dire qu’il ne subsistait pas chez lui une conscience, et surtout une forme d’espoir? Les scientifiques n’en savent rien.
            Après, dans le doute, il est peut-être moins horrible d’abréger une vie où subsistait l’espoir que de prolonger une vie emmurée, mais la tribune de Houellebecq est intéressante. Elle l’est politiquement (dans ce gouvernement, il est beaucoup question de culture d’entreprise, et donc de performance, et aussi de rentabilité…), et par ailleurs je trouve sa « chute » très juste: il y a toujours quelque chose de gênant chez les gens qui parlent de « mourir dans la dignité ».

          • Pardon, j’ai fait plein de fautes…

          • Un staff de médecins ne représente pas la science .
            En l’occurrence si, il va de soit que les médecins s’appuient sur les connaissances de la science au moment où ils vont prendre des décisions.
            Entre Houellebecq qui n’a aucun connaissance médicale reconnue et aucune légitimité autre que celle d’un citoyen Lambda et un staff médical qui a pris toutes les précautions scientifiques possibles pour arriver aux conclusions auxquels ils sont arrivé, il n’y a pas photo et il ne devrait même pas y avoir débat.
            C’est l’éternel problème des non scientifiques qui raisonnent affectivement et non scientifiquement et qui font énormément de dégâts.
            Le pire ce sont les journalistes comme le montre brillamment Jancovici :
            https://jancovici.com/publications-et-co/bric-a-brac/journaliste-cela-autorise-dinviter-nimporte-qui/

          • Oui, enfin je pense que quand il est question d’interrompre la vie, certes diminuée (ce qui ne signifie pas « indigne »), d’une personne, les médecins qui donnent un avis ne s’appuient pas uniquement sur des arguments scientifiques, mais aussi sur leur conscience. Et leur ressenti entre aussi en compte dans le raisonnement qui produit telle ou telle décision. Le monde médical me paraît assez particulier dans sa manière de penser la mort (Vincent Lambert n’était pas dans un état de mort clinique, mais dans un état « végétatif »), et je pense que pour des gens dont le métier est de soigner, maintenir en vie quelqu’un dont ils sont impuissants à améliorer l’état est ressenti d’une certaine manière, qui n’est pas nécessairement celle de tout le monde. Cela doit leur renvoyer un sentiment d’inutilité, d’inaction… D’autre part, ce que sous-entend Houellebecq, c’est que laisser vivre (puisque Vincent Lambert vivait sans assistance autre que des sondes pour s’alimenter) une personne plongée dans un profond sommeil n’est pas une option pour notre société toute dédiée à la rentabilité et à la performance. Vincent Lambert ne participait pas à l’effort collectif demandé par nos gouvernants, c’est le moins que l’on puisse dire…
            Se pose la question de pourquoi maintenant? Vincent Lambert était dans le même état depuis une dizaine d’années… Est-ce la limite qu’on s’accorde pour un éventuel miracle (il n’est plus question de science, alors…)?
            Je ne suis pas forcément d’accord avec Houellebecq, mais je trouve qu’il a le mérite (eh oui) de dire son opinion, qui ne va pas dans le sens du poil et qui fait plaisir, d’une certaine manière. Ce n’est pas l’opinion d’un citoyen lambda, c’est celle d’un écrivain reconnu, dont les livres tournent un peu autour de ces questions. Son avis n’est pas un avis de café du commerce, il dit quelque chose, et il le dit différemment de ce que dirait un religieux, par exemple.
            Je ne peux pas m’empêcher de penser que le côté intégriste des parents de Vincent Lambert a pesé dans la décision. Si c’étaient sa femme et sa petite fille qui avaient souhaité le garder vivant, je ne sais pas s’il y aurait eu une intervention politique.
            D’autre part, si les médecins, tout scientifiques qu’ils sont, ne faisaient pas d’erreurs, ça se saurait (et ils en ont fait, collectivement, des très grosses, en psychiatrie par exemple).

        • A Pascal.en gros tu préconises les.scientifiques seuls à même d être en mesure de décider.Non.La science apporte des éléments.C est tout.Houellebecq ne nie pas la science.Il propose une autre interprétation.La science n’est pas et ne doit pas etre le seul mode de penser.Quant aux médecins y en a pas mal de cons.En plus. Et puis ce truc de mettre Trump dans ts les débats me gave beaucoup.

          • Et puis tu sembles tt concevoir en 2 camps opposés.La science.Bien.L’affectif.Mal.Il y a d autres manières d’aborder les choses.et qui peuvent se compléter.Et putain,heureusement.

  6. Ils savent déjà, ils ont même ma photo à poils les veinards.
    .fr évidemment pour l’adresse.
    Site difficile d’accès depuis mon téléphone, je ne peux pas activer « répondre », excuse de rompre le fil.

  7. Ce serait con de se louper pour une bête histoire de fin du monde, catouvrard@numericable.frm

  8. Je veux surtout pas paraître pessimiste mais est-ce qu’un doigt divin peut me mettre en contact avec Cat? avant que le bug fatal n’arrive et que remords s’ensuivent.

  9. Hey girls and boys can you get out of your torpor.
    Depuis quelques semaines je bénéficie au petit coucher des échanges épistolaires émaillant le site.
    Premières impressions : je suis complètement inculte complètement déconnectée de la réalité intellectuelle contemporaine, le petit documentaire indé m’est passé sous le nez, la foire viticole des neosocialistes à Tourcoing également, la lecture du premier roman de monsieur Begaudeau aussi ( je plaisante bien sûr !!), le commentaire de la dernière interview de notre Héraut m’a échappé !
    Globalement je passe un bon moment à me morigéner, bercée par la douce torpeur des commentaires pertinents de tout un chacun .
    Je somnole , m’obligeant à chaque citation et où référence à cavaler faire des recherches plus ou moins fructueuses.
    Je somnole bercée par des voix inaudibles mais lancinantes
    Et d’un coup : plus rien
    Plus aucun mail « Begaudeau info »
    La panique absolue ( je caricature bien évidemment nous n’étions pas non plus dans un contexte d’hémorragie incontrôlable !)
    Le trou noir, le neant.
    Avais-je été radiée pour ne point avoir participé aux discours ambiants?
    Le fait de ne point s’etonner S’entousiasmer avec la foule m’en avait t’il éloigné ?
    Soyons plus prosaïques : la coupure brutale avec l’objet désirable me l’avait rendu encore absolument plus nécessaire et sa disparition brutale intolérable
    brutalement c’est le manque qui faisait de ce blog un élément de désir.

    Sa réapparition toute aussi vertueuse et inattendue m’ont permis de m’en distancier:
    J’ai été abasourdie par les connaissances de certains en certains domaines
    Mais finalement ça n’en fait rien de plus que des spécialistes médicaux : à savoir vous en savez beaucoup sur très peu.
    Par ailleurs et ce alors que vous prônez une théorie universelle et accessible à tous l’ecueil Du langage est prégnant : seuls certains initiés sont capables de suivre vos échanges. ( cf les derniers mails avec la signalétique Begaudeauienne!!)
    En dernière instance et ce alors qu’évidemment je ne puis qu’irriter monsieur Begaudeau que j’admire plus que tout, vous vous confortez dans l’adage de Raphaël Enthoven: « le monde fermé des gens ouvert d’esprit. »
    Voilà quelques mois que je vois en boucle et lit en boucle également un certain nombre d’ouvrages et de prestations télévisuelles et voici ce que je constate : dans la majorité des cas le discours n’est pas accessible au commun des mortels ( barrage linguistique,et où syntaxique), les idées pourfendues non plus. L’entre soi est de vigueur ( je lis Begaudeau qui cite Chouard, qui cite Lordon , qui cite Lucbert, qui utilise les mêmes mots que les deux précédents, syntagme discursif axiologie….., qui se réfère à Seneque, Epicure, Spinoza, eux mêmes référencés par Lordon…..)
    La quadrature du cercle comme disait l’autre!!!
    Donc pour finaliser existe en sous jacent une espace de discussion potentiellement pourvoyeur.
    Il serait utile de ne pas rester au ras des Pâquerettes de la coopérative alimentaire bio de triffoullis du pays de Retz ou autre ( ceci étant savoir que j’ai passé chaque été de mon enfance à Pornic dans le pays de Retz m’a un chouïa emue!!!) et d’envisger De promulguer des pensées à un stade industriel et non artisanal !!

    Bon un petit sujet de réflexion spinoziste. Que penser de cette scolie : »Nous ne désirons pas une chose parce qu’elle est un bien,, mais au contraire nous nous disons qu’elle est un bien que parce que nous la poursuivons et la désirons. »
    Indice : philosophe démonstratif
    Surtout ne pas courir sur Utube se faire des idées en écoutant une interview récente de Lordon depuis laquelle j’ai subtilisé cette phrase!!
    Finalement comme disait l’Ana Stasia de Lucbert : « une seule personne avec qui discuter c’est comme passer de la 3 D dolby surround au film en noir et blanc avec panneau pour expliquer les grimaces. C’est pas pour rien qu’on parle de réalité augmentée « 

    Ça fait kiffer de s’adresser à plusieurs individus meme s’ils sont méconnus.

    • Comme quoi faire une pause ne peut produire que de très belles choses.

    • Je reviens un peu là-dessus, Céline :
      « dans la majorité des cas le discours n’est pas accessible au commun des mortels ( barrage linguistique,et où syntaxique), les idées pourfendues non plus. L’entre soi est de vigueur ( je lis Begaudeau qui cite Chouard, qui cite Lordon , qui cite Lucbert, qui utilise les mêmes mots que les deux précédents, syntagme discursif axiologie….., qui se réfère à Seneque, Epicure, Spinoza, eux mêmes référencés par Lordon…..) »
      Plusieurs remarques :
      -je ne me sens pas très concerné par cette remarque, ne me sentant pas spécialement jargonnant ni prompt à faire péter de la référence. Mais oui il arrive que dans le cours d’une pensée, on mentionne quelqu’un qui, sur un point, aide à étayer ladite pensée, ou qui a déblayé le terrain, permettant qu’on prolonge le geste. Parfois il s’agit d’un simple hommage, ou d’une politesse (je rends à César)
      -dans tous les cas de figure, ces références ponctuelles ne réprésentent quantitativement rien dans l’ensemble du discours, dont elles n’obstruent donc pas la compréhension. C’est un peu comme les profs qui disent que ce qui leur pèse dans le métier c’est la salle des profs, alors qu’elle représente 5% du temps passé au boulot ; ce qui les emmerde dans le métier c’est la classe et les élèves -ce qui est plus inavouable). Analogiquement, mon intuition est que l’opacité ressentie (comme il y a une température ressentie) tient moins à ces références, ou au jargon (quasi inexistant chez moi) qu’à la difficulté de la pensée elle-même. Car la pensée est difficile, toujours. C’est même à ca qu’on la reconnait. Un discours trop facile tient du pret-à-penser. Et si la pensée est difficile, elle n’a peut etre pas vocation à etre accessible à tous, et donc au « commun des mortels ». C’est une chose qu’on admet assez volontiers pour Schoenberg ou les mathématiques, pourquoi ne l’admettrait-on pas pour la pensée?
      -je dis qu’on l’admet pour des choses légitimes comme Schoenberg ou les maths, mais tout un tas de gens l’admettent aussi pour le foot. Combien de personnes ont pu dire, dans leur vie : « ils se sont mis à parler de foot, j’ai décroché, je comprenais rien du tout » (sachant qu’un tel aveu est en général plus triomphal, voire auto-glorificateur : je comprends rien au foot et j’en suis fier, ce qui n’est pas exactement le cas concernant la pensée). Aussi bien, surprenant une conversation de deux amateurs de jeux videos, je ne vais rien y comprendre, et d’abord parce que le lexique employé me sera hermétique. Mais pourrais-je reprocher aux gamers d’appeler un chat un chat? De dire Resident Evil pour dire Resident Evil? Peut-on reprocher aux footeux de dire Neymar pour Neymar et 4-3-3 pour 4-3-3? Appliqué à un certain outillage verbal de la pensée, ca marche aussi.
      -Quand bien même les points précédents seraient discutables, il est indiscutablement inopportun de parler d' »entre-soi ». Le mot aurait un début de pertinence si Chouard Bégaudeau Lordon (puisque tu cites ces trois là) se fréquentaient, avaient des interets communs, et s’envoyaient des politesses pour faire fructifier leurs capitaux respectifs. Ici nous n’avons affaire qu’à des gens qui se lisent (à peu près), se citent, s’aident mutuellement à penser. Il serait aussi absurde de parler d’entre-soi en entendant un prof de fac citer Rousseau parlant de Montaigne. Ce n’est pas un entre soi, c’est un effet de champ -au sens bourdieusien, pardon. C’est à dire que ce prof évolue dans un périmètre social organisé autour de livres, d’écrivains, de travaux autour de livres et d’écrivains. Comme un neurologue en conférence pourra mentionner à tel chercheur ayant invalidé tel autre en découvrant tel truc – et celui qui, l’entendant, parlerait d’entre soi paraitrait bien à coté de la plaque.

      • Citation de François :

        « Analogiquement, mon intuition est que l’opacité ressentie (comme il y a une température ressentie) tient moins à ces références, ou au jargon (quasi inexistant chez moi) qu’à la difficulté de la pensée elle-même. Car la pensée est difficile, toujours. C’est même à ca qu’on la reconnait. Un discours trop facile tient du pret-à-penser. Et si la pensée est difficile, elle n’a peut etre pas vocation à etre accessible à tous, et donc au « commun des mortels ». C’est une chose qu’on admet assez volontiers pour Schoenberg ou les mathématiques, pourquoi ne l’admettrait-on pas pour la pensée? »

        Comment articulerais-tu cela avec la notion d’égalité des intelligences de Rancière? En admettant que la pensée n’est pas pour tout le monde, est-ce qu’on ne condamne pas ces impuissants à l’aliénation?

        • C’est quoi cette tartuferie  » d’égalité des intelligences de Rancière ?  »

          Il y a toutefois une très grande différence entre l’exemple des mathématiques et celui de la pensée.
          La différence est que les mathématiques repose sur des axiomes (la physiques sur des lois) et que à partir des axiomes, on démontre des théorèmes (en physique on en déduit des phénomènes permettant de comprendre les interactions entre les éléments étudiés).
          Il n’y a rien de semblable dans la pensée dont le concept est lui même floue.
          En mathématiques ce sont les démonstrations qui ne sont pas comprises par tout le monde, en physique ce sont les déductions des lois, leur champ d’application voir les lois elles mêmes qui peuvent échapper à la compréhension des personnes.
          Aucune analogie n’est possible avec la pensée.
          Celle-ci ne repose pas sur des lois, aucune démonstration ne vient élargir de manière rigoureuse le champ de la pensée.
          A partir de là on est plus dans l’affectif imaginaire que dans une science.
          Cela ne signifie pas que certains concepts ne sont pas valables mais tant que l’on n’aura pas élaboré des lois sur le psychisme et les démonstrations permettant détendre le champs d’actions de ces lois on sera toujours dans un processus hautement spéculatif ou chacun à « sa » vérité sans pour autant être capable de démontrer quoi ce soit.
          C’est la raison pour laquelle l’étude la pensée n’évolue pas et reste à un stade encore fort primitif.

          • Eh ben,là pour le coup je comprends rien.trop de résistance tue le désir.

          • A Charles.mille mercis,j’ai lu et trouvé ça passionnant.

          • C’est adressé à PASCAL en fait mais je suis content que cela t’ait plu!

          • Si on réduit math et physique à des démonstrations, je suis assez d’accord avec ce que tu dis, du moins sur un plan purement scolaire : on comprend ou pas, c’est juste ou faux. Mais il y’a aussi un sous-texte dans les mathématiques qui est saisi différemment, et si on prend en compte l’intuition comme élément initial de ces démonstrations, on progresse dans une autre dimension. Certains y ont accès très tôt et leur compréhension des mathématiques se situe à un niveau supérieur, leur propre intuition se nourrit de l’intuition initiale qu’ils flairent dans la démonstration.
            On peut l’observer pour les math, les langues, le tennis, la philo, la mécanique, l’organisation collective, on appelle cette intuition le don, la grâce, la vivacité, comme on veut. Et s’émerveiller qu’elle soit multiple.

          • @Charles
            Merci pour le lien.
            Mais pour moi c’est du jargonnage sans réel intérêt.
            L’inégalité est inhérente à la vie, mais ce qui ne peut se justifier c’est d’ajouter aux inégalités factuelles des inégalités construites venant augmenter celles factuellement constatées.
            Ces inégalités construites découlent essentiellement de l’ordre économique.

          • @Cat
            C’est un débat concernant l’intuition qui est le propre du génie créatif et qui repose non sur un raisonnement logique mais analogique basée sur des connexion harmonieuses de différents éléments propre au champ d’étude.

          • @PASCAL : je vois pas trop où ça jargonne, enfin pas plus que dans tes propres posts.
            Le problème c’est qu’en disant que tes « inégalités construites » ont pour assises un discours sur les « inégalités factuelles », d’où l’idée peut-être de postuler une égalité des intelligences afin de ne pas redoubler une « inégalité factuelle ».

          • @Charles
            Ce genre de discours ou on part d’un élément factuellement faux : « l’égalité de l’intelligence » afin de promouvoir une idéologie est contraire à la science et n’a par conséquent aucun avenir.

          • Bonjour,
            Pascal, je n’ai pas lu Rancière (ou alors des écrits sur le cinéma), mais si j’ai bien compris, il parle de l’égalité des intelligences (pas « de l’intelligence »). Il ne parle peut-être pas de niveau de l’intelligence (encore faudrait-il la définir). Comme il y a des gens plus ou moins beaux, plus ou moins « harmonieux » physiquement, tout le monde n’a peut-être pas le même degré d’intelligence, les mêmes capacités intellectuelles. La vie est injuste, et elle est conditionnée à des éléments auxquels on ne peut pas grand-chose.
            Mais peut-être que Rancière veut parler de valeur, et pas de niveau lorsqu’il parle d’égalité. Il y a différentes intelligences, certaines « abstraites », d’autres plus pratiques, par exemple. Peut-on les hiérarchiser? Et n’y a-t-il pas autant d’intelligences que d’individus? Cette « égalité des intelligences », il faut peut-être l’entendre comme l' »égalité des individus en tant qu’êtres doués d’intelligence ».
            Bon, ça ne sert peut-être à rien de postuler sur un concept qu’on ne connaît pas, mais sans le connaître, je ne le trouve pas si vaseux (mais peut-être qu’il l’est, en fin de compte…).

          • @PASCAL : je pense qu’avec une démarche aussi rigide on n’ira pas très loin en politique, ce qui explique peut-être pourquoi les scientifiques sont aussi peu intéressants politiquement. Il est particulièrement aventureux de mesurer ou d’évaluer les intelligences des uns et des autres, donc je ne pense pas qu’on puisse balayer d’un tel revers de main le postulat ranciérien.
            Je souscris pour le reste au propos de Kate, il ne s’agit pas tant de dire que tout le monde est également intelligent mais qu’il n’y a pas de différence de nature entre les intelligences.

        • @Charles
          La démarche scientifique n’est pas rigide, elle est rigoureuse, la science a pour objet d’approcher tant que faire ce peut la réalité de notre monde que ce dernier soit physique ou psychique.
          C’est le manque de science et de culture scientifique qui génère le chaos.
          Tout n’est que lois encore faut ‘il les trouver et par la suite les accepter même si on ne les comprends pas.
          Toute autre démarche que scientifique n’est que spéculation sans autre fondement que la croyance de celui qui est à l’origine de la démarche.

          • Je ne parle pas de la démarche scientifique mais bien de la tienne qui est d’essayer de combiner maladroitement science et politique.

          • Cette critique adressée à la personne et non à ce qu’il écrit est tout sauf scientifique, une critique scientifique doit être étayé par des faits concrets et donne pour contredire les faits un ou des exemples concrets.
            Tout autre démarche n’étant pas scientifique n’a aucune valeur comme je l’ai mentionné.
            C’est l’éternel problème auquel est confronté l’homme de science, une critique sur la personne et non sur des faits, et bien sur cela engendre le chaos comme je l’ai dit car on avance alors n’importe quoi.

          • Si j’ai un peu compris Rancière dans le Maitre ignorant, il se situe justement en dehors de notre débat ici. Il « postule l’égalité » à l’opposé de la pensée commune qui postule l’inégalité. Ramener cette idée renversante au cadre scientifique est vraiment inapproprié. La matière de Jacotot, c’est le chaos, face au chaos le maitre n’est pas plus intelligent que l’élève, il a seulement la capacité de le mettre en mouvement. Rancière le dit ainsi : Qu’est-ce qu’un maître ignorant ? C’est un maître qui ne transmet pas son savoir et qui n’est pas non plus le guide qui amène l’élève sur le chemin, il est purement la volonté, qui dit à la volonté qui est en face de trouver son chemin et donc d’exercer toute seule son intelligence pour trouver ce chemin.
            A lire tes posts Pascal, je ne pense pas que le chaos soit ton lieu de prédilection.

          • Je me moque de faire des critiques « scientifiques » ou non selon ton acception, tu te sers de ce terme – science – d’une façon complètement mystificatrice, comme si c’était l’alpha ou l’omega de toute chose. Tu essaies de fonder la politique sur la science mais c’est absurde, la politique n’est pas le lieu du vrai ou du faux (le libéralisme n’est pas moins scientifique que le socialisme) mais plutôt celui du juste ou de l’injuste, pour faire vite.
            Et puis tu as une vision complètement rigide, désolé de me répéter, de la science, surtout quand tu dis qu’un seul exemple « suffit d’un seul pour invalider un postulat », selon une démarche strictement vérificationniste, qui a été battue en brèche par des épistomologistes du type de Karl Popper (qui mettait en avant le critère de réfutabilité).
            Enfin, j’en terminerai par là ce dialogue de sourds, cette façon de débattre (ou plutôt de ne pas débattre) en écartant de façon lapidaire et péremptoire un argument qu’on n’a même pas pris le temps d’examiner et donc de comprendre est désagréable et parfaitement contre-productive.
            Ciao.

          • @Charles
            Effectivement tout dialogue est impossible pour ceux qui ne comprennent pas la démarche scientifique.
            Allez essayer de dialoguer avec Trump sur le réchauffement climatique, c’est peine perdu…
            Je constate la même chose au sujet d’une question bidon, sur un penseur bidon, avec une question bidon…
            Comment articulerais-tu cela avec la notion d’égalité des intelligences de Rancière? En admettant que la pensée n’est pas pour tout le monde, est-ce qu’on ne condamne pas ces impuissants à l’aliénation?

          • @Pascal
            je ne sais pas si c’est le manque de science et de culture scientifique qui génère le chaos, par contre je sais que ce genre de mots que tu écris :
            « au sujet d’une question bidon, sur un penseur bidon, avec une question bidon », n’incite pas trop à la pensée, voire semble la geler. Et des propos qui annulent le questionnement et la pensée aussi vite me semblent à moi plus dangereux que ce chaos que tu redoutes.
            Et si tous les penseurs bidon écrivaient des textes aussi stimulants que « Le maître ignorant » je serai ravie.

        • @Charles
          Je ne pense pas qu’il y ait une contradiction entre ce qu’affirme François et cette idée de l’égalité des intelligences développée par Rancière. Céline nous reproche de ne pas délivrer une « pensée industrielle » comme s’il était toujours possible de construire un raisonnement à partir d’éléments simples, évidents et connus de tous pour livrer des réflexions « clés en main » qui seraient comprises d’emblée par tous. Si une démonstration mathématique nécessite l’assimilation de différents théorèmes en amont, une pensée sur la bourgeoisie peut bien se développer à partir d’études rigoureuses (et oui Pascal) de sociologues, ethnologues ou historiens et la pensée se construit comme un mur en pierres (d’où l’humilité de la référence pour citer ceux qui nous ont permis d’en arriver à cette réflexion à ce moment précis).
          Rancière parle du potentiel de l’être qui ne se définit plus uniquement dans un cadre social qui le diminuerait et diminuerait ses capacités d’émancipation intellectuelle. Céline ne comprend pas tout de suite ce que vous avancez, mais si elle potasse un peu, qu’elle lit tel livre et tel article, et qu’elle dépasse ce premier sentiment (très commun) de se sentir « complètement inculte » elle parviendra elle aussi à comprendre comment vous êtes arrivés du point A au point B. Par contre on n’a pas d’emblée la possibilité de comprendre une pensée qui est approfondie et un minimum nourrie, c’est ça j’imagine cette pensée qui n’est pas « accessible au commun des mortels ». Ce qu’on appelle « travailler » c’est ce geste qui alimente notre potentiel et lui donne de quoi développer des capacités intellectuelles et ça tout le monde en est capable.

          • Bien dit !

    • De plus, Céline, d’après le premier paragraphe de ton commentaire, on pourrait deviner que ton plaisir à lire ce qui se passe ici dépasse la difficulté de ne pas tout comprendre. C’est ce qu’on appelle le moteur de la connaissance, c’est ce qu’on appelle le désir.
      Quand j’ai commencé à m’intéresser à la critique de cinéma j’y comprenais franchement pas grand chose, ça parlait de plans, de naturalisme, de situations… mais je sentais bien que ça m’attirait, et le plaisir prenait le dessus sur ces petites difficultés.
      Quand j’ai commencé à enregistrer des émissions de critique d’ architecture, même question : fallait-il systématiquement expliciter ce qu’était un porte-à-faux, ce qu’on entendait par régionalisme critique, ce qu’est un linteau, un pignon, un ITE ?
      Quand je lis un texte de philo ardu, je ne comprends pas tout, quand je lis L’amie prodigieuse en portugais je ne comprends pas tout, mais suffisamment pour y prendre du plaisir et me donner envie de continuer, est-ce que c’est pas le plus important et, accessoirement, la plus façon d’apprendre ?

      • @o : que oui, apprendre par l’expérience et le tâtonnement on le fait tout le temps sauf à l’école de Blanquer. Elle ne s’y réfère que pour mieux dévoyer ce principe du tâtonnement expérimental qui demande du temps, de l’accompagnement individuel, de la coopération et surtout qu’il n’y ait aucune attente quant à la performance.

      • Plutôt que désir je préfère le terme de résistance.Il faut que ce qu’on lit,ou voit,comporte une part de résistance pour apprendre.EN langage éducation nationale,on dit que les textes proposés aux élèves doivent être résistants pour faire progresser.J’aime assez ce truc.

    • Merci à tous et toutes pour ce débat parfois houleux qui m’a fait courir acheter ce Rancière-là ce midi et dont le résumé m’a fait penser à Narcisse et Goldmund. Sans doute l’initiation à certaines choses de la vie.

      Je vais voir si Nana est dispo pour venir fredonner une chanson douce.

      Je passe la main à Céline et François.

  10. En potassant la région nantaise je suis tombée sur ça : https://www.youtube.com/watch?v=6XXoHSlsr2Q
    Au cas où le lien n’apparaitrait pas, c’est un extrait du film de François concernant un bar asso à Soulvache, Le Papier Buvard, qui est menacé de fermeture, y’a une pétition en ligne. Là où je suis en Auvergne c’est pareil, ces cafés asso dynamisent les zones rurales. Quand on arrive on se dit qu’on est tombé dans le trou du cul du monde et en fait c’est très actif grâce à ces lieux (magasin gratuits aussi). On peut dire, en gros, que le café asso est le poumon du trou du cul.

    • Sinon j’ai cru comprendre que tu allais passer du temps de le pays de Retz, alors tu es peut-être au courant de cette lutte contre un projet de surf park (si si) avec un gros rendez-vous le week-end prochain.
      http://terres-communes.zici.fr/
      J’y serai sûrement notamment pour tenir un petit stand contre la construction d’une grosse zone commerciale dans mon coin, (l’autre côté du pays nantais : vallet, capitale du vignoble, eh ouais).
      à la voyure, qui sait ?

      • Ok, un contact de plus, c’est la foire au nantais. J’y serai fin août dans le pays de Retz. Je ne connais point ce pays pour l’instant. A la voyure, c’est possible.!

      • @ Léo + ceux qui ne maitrisent pas trop la géographie du Pays de Retz, ce projet de Surf Park, plus clairement vague artificielle, est situé à moins de 10km de l’Océan et des vraies vagues. Ça s’appelle vendre du sable à des bédouins.

        • Ca me rappelle un projet de « Naturascope » dans la Vienne : détruire une forêt pour faire un parc d’attractions thématique sur la nature.
          Une des attractions promise était « chevaucher la foudre »…ça faisait rêver !
          Le projet a été rejeté grâce à la persévérance de quelques personnes mais a ressurgi une quinzaine d’années plus tard sous la forme d’un Center Parcs (promu et validé par les Verts locaux).

    • Le poumon du trou du cul, merci pour le rire Schnoups, tu pourras aller du côté de Saint Hilaire de Chaléon, bar asso La Motte aux Cochons.

    • oui le café est en danger à cause de bailleurs de merde
      hésitons pas à signer la pétition

      • Rien qu’à lire ça, on signe :

        Le café en quelques chiffres !

        6 années d’existence.
        1 magasin gratuit géré par 25 bénévoles ouvert chaque dimanche de 14h à 18h depuis 2015 fréquenté par 50 familles
        1 noël solidaire chaque année le 24 décembre ouvert à tout-te-s.
        100 groupes d’artistes (musique, théâtre …) qui passent chaque année à prix libre.
        23 ateliers en tout genre.
        1 épicerie bio et locale à petit prix.
        Plus de 15 fournisseurs locaux.
        1 cantine solidaire pour tous les budgets.
        3 festivals organisés par an sur Soulvache.
        17 couples formés au café.
        4 bébés du café.
        Plus de 40 bénévoles actifs.
        312 fûts de St Colombe par an.
        259 bouteilles de sirops.
        180 965 éclats de rires.
        568 965 sourires.
        1 856 741 bisous.
        1 569 verres cassés. (ah bah bravo !)
        1 patronne de ouf !!
        Et 1 nombre incalculable de discussions passionnantes …

  11. Très bon entretien sur Hors-série, bien qu’on parle moins du livre que de toi et ton positionnement dans le champ médiatique (en fait les 20 premières minutes auraient plus leur place dans une émission d’ASI). Je commençais à trouver curieux et agaçant l’indifférence que tu suscitais chez une partie des médias et représentants de la gauche radicale (un pauvre papier dans le Monde Diplo, rien de la part de GdL pourtant prolixe sur les réseaux sociaux, ni de Lordon) exemplairement sur Hors-série – je me demandais quand tu allais être invité. J’aime bien la franchise de Raim qui reconnaît bien volontiers que tu étais passé sous ses radars et donc qui admet en creux qu’elle ne lit pas de littérature contemporaine ni ne s’intéresse au cinéma. Le passage en fin d’émission où elle te fait part du scepticisme de la frange militante de la gauche radicale est vraiment consternant d’étroitesse intellectuelle voire de sectarisme. Ca t’a visiblement bien agacé , à juste titre.

    • assez peu agacé parce qu’elle ne m’apprenait rien
      hiatus de longue date, par exemple déjà éprouvé dans la sphère punk-rock
      l’entretien tendu avec Judith Bernard en 2013, suite à Deux singes, en porte la trace

      • je ne mettrais d’ailleurs pas exactement sur le même plan le silence d’un GDL, qui tient plutot de la compète boutiquière
        les parts de marché de la gauche radicale sont chères

    • SVP éviter les sigles « ASI », « GDL », les non initiées que je suis n’arrive pas suivre.
      Merci.

      • ASI – Arrêt sur images
        GDL – Geoffroy de la Gasnerie
        Fredo = Lordon
        LBLV: La blessure la vraie etc.
        Aude = Lancelin
        Juan = Branco
        Chouchou = chouchou parce qu’il sera toujours chouchou
        etc.

        on change pas ses habitudes comme ça et ça fait gagner du temps, mais si le contexte ne t’a pas permis de comprendre, tu demandes et on te dit Pascal

        Merci Jérome, on attendait, le coeur battant, incertains sur l’ampleur du crash, et zou ça repart. Génial.

        • Merci Jérôme ! On a eu peur que cette erreur 500 soit fatale.
          Et vive ce begaudeau.info sauvé et requinqué (saved and rebooted).

      • PBLV : plus belle la vie

  12. Merci Jérôme !

    • oui on peut remercier Jerome qui s’est vraiment fait chier sur ce coup là

      • merci Jérôme

        • Oui, louanges à toi Jérôme.

          • eeeee c’est quoi qu’a changé ?

          • Ce qui a changé c’est que je peux insérer des liens.

          • Mais on ne peut plus mettre en italique ni en gras ni citer. On va s’en passer.

          • on s’en passe ou on utilise les balises html
            par exemple pour mettre un texte en gras on l’encadre par une balise b entourée de
            pour montrer ce qu’il faut taper j’ai mis des crochets :
            mon texte en gras [b]gras[/b]

            si on remplace les crochets [ et ] par cela donne :
            mon texte en gras gras

            pour mettre en italique : balise i
            pour citer : balise backquote

            texte en italique
            texte citatiçon

            c’est quand même plus simple que GDL HDB LBLV L2S etc 😉

          • Commentaire

          • flute les caractère inférieur et supérieur ne sont pas passés
            je le refais

            taper :
            <b> texte en gras </b>
            <i> texte en italique </i>
            <blockquote> texte citation </blockquote>

            cela donnera :

            texte en gras
            texte en italique

            texte citation

    • Merci pour toutes ces heures Jérome.

  13. bonjour bonjour
    J’avais une petite question qui me taraudait à la lecture d’en guerre puis d’histoire de ta bêtise, 2 livres coup sur coup très politiques. Pour y répondre, je me disais qu’il faudrait presque écrire le tome 2 de deux singes. Dans le tome 1, j’avais comme l’impression que vous racontiez comment et pourquoi la politique s’éloignait de vous (et vice versa). Ou peut-être était-elle présente, mais c’était en tout cas moins explicite dans les livres précédents, ça transparaissait moins (mais je n’ai pas tout lu). Que s’est-il passé entre-temps ? Comment la politique a refait surface ? Faut-il chercher du côté de la radicalisation de la bourgeoisie, évoquée dans une émission télé ?
    Sinon j’avais une autre interrogation : pourquoi cette réticence à parler de révolution ? Je me suis dit que ça peut venir des ‘philosophies du devenir’, refusant la fin de l’histoire après le grand soir, l’avènement du paradis sur terre et la fin du conflit. Mais comme l’anticapitalisme, l’autogestion, voire même des formes de violences dans les luttes sociales étaient assumées, on avait un peu tiqué avec les copains. être révolutionnaire peut être simplement vouloir un changement radical de l’existant, non ?
    Sur un autre plan, il y a Deleuze qui évoque joliment le devenir révolutionnaire des individus dans son abécédaire. C’est en réponse aux nouveaux philosophes et à leur critique de tout ce qui n’est pas démocratique représentatif mou, tout ce qui est un peu trop luttes sociales quoi. Ce passage me fait toujours penser à la perplexité de gens de la classe moyenne (ou bourgeoise ? je fréquente trop peu pour savoir) devant l’engagement militant. Comme si l’engagement naissait ex nihilo, comme si les militants « choisissaient » de s’engager alors qu’ils auraient pu tout autant faire un voyage aux Maldives ou de l’aqua-poney. Comme s’il n’y avait pas de la nécessité (conflit au taf, expulsion de logement, galères en tout genre…) ou du désir (plaisir d’organiser, de rencontrer du monde…) à l’œuvre. Bref, on s’égare.
    Voilà voilà, merci d’avance, si vous avez le temps de me répondre. Au plaisir de vous lire.

    • Sur la notion de révolution, trop rien à dire. Notion qui me parait bien luxueuse, bien livresque, au regard de la situation qui est la notre : une situation de grande faiblesse face au capital. Je préfère donc parler d’orientation vers la sortie du capitalisme -ce qui recoupe en effet un peu la notion de devenir chez Deleuze (non pas faire la révolution -qui toujours échoue, dira-t-il- mais s’engager dans des devenirs révolutionnaires (qui doivent rester des devenirs, c’est à dire des mouvements)
      Pour le reste : Deux singes témoignait en effet d’une réticence, mais qui n’était pas nouvelle, à la politique partisane, à la politique qui consacre les idées aux dépens du réel. Ce que racontait le livre c’était un renversement des hiérarchies, jouée autour de l’année 98, et actualisée dans le dernier chapitre, qui décrétait le primat absolu du réel. Si le réel n’est pas de gauche, tant pis c’est lui qui prime. Si ce qu’explore un livre ne confirme pas le dogme, alors le livre ne sera pas de gauche (en tout cas pas en première main). Jamais les idées n’épuiseront le réel, et c’est une bonne nouvelle. La littérature explore l’espace de réalité qui est en excès par rapport aux idées. C’est pourquoi la littérature ne sonne pas aux militants ce qu’ils attendent. Elle n’est consommable par eux qu’au prix d’une vacance de leur militance.
      Ce qui me met souvent en porte-à-faux avec les militants et a fortiori les professionnels de la militance, c’est leur tendance à réinventer le réel. On l’a bien vu encore avec les Gilets jaunes, décrété « mouvement social le plus important depuis 68″, en décalage total avec ce qui se jouait réellement, notamment les six derniers mois. Ce qui se jouait : beaucoup de belles choses, beaucoup de belles assemblées, beaucoup d’amitié, mais rien qui autorise ce titre de  » « mouvement social le plus important depuis 68 ». Devant de tels phénomènes de falsification, j’ai toujours envie de rentrer à la maison lire Beckett
      Pour le reste, et je le rappelle au début de l’entretien avec Hors série, il y a eu une période, où après des années d’orthodoxie marxiste (dont témoignent par exemple les textes des Zabs), j’ai ressenti le besoin d’éprouver-explorer d’autres paradigmes. C’est là que je lis Foucault (dont il ne faut jamais négliger qu’il passa sa vie à guerroyer contre le marxisme), c’est là aussi que je découvre d’autres lignes de front (république / démocratie, la ligne de front raciale, la ligne de front sexuelle), etc. Tout ça se joue dans les années 2000, et donnera quelques livres comme Fin de l’histoire (sur le genre), Entre les murs (sur le front racial), ou l’Invention de la jeunesse (livre qui, entre autres opérations, suspend la critique marxiste du monde marchand pour explorer les bénéfices incidents du libéralisme), et peut-être se parachèvera par Deux singes. Tout ça dessinerait une période libertaire plutot que strictement marxiste.
      Saut qu’à partir des années 2008-9, beaucoup en rapport avec la crise et certaines données vitales de mon entourage proche (en gros : tous précaires), je reprends les chantiers économiques et sociaux que je n’avais jamais vraiment délaissés (voir les docus Othon tournés dans les années 2007-2012). Avec le décalage, ca donne deux ou trois ans plus tard des trucs comme La politesse, Wonder, La bonne nouvelle. Et oui En guerre et HDB.

      • super, cimer. C’est vrai que j’ai lu Deux singes comme un rejet de la politique en tant que telle, autant qu’une exploration du monde libertaire. Effectivement, j’ai du calquer une grille de lecture pré-établie. Un peu celle, je dois bien l’avouer, de l’artiste détaché et nuancé face au militant dogmatique, obsessionnel et borné. Figure un peu mise en évidence pour la dénoncer dans histoire de ta bêtise, d’ailleurs, quand le bourgeois se pique toujours de nuance et de juste milieu. Peut-être parce que, comme je n’ai fréquenté quasiment que des milieux libertaires (et pas ceux de gauche plus classique), je ne reconnaissais pas forcément toutes les passions tristes évoquées (me suis rarement autant marré qu’en réunion, et senti autant de joie que dans les grandes manifs pour la zad).
        ça me fait penser que celui qui m’a introduit à ce que pourrait vouloir dire l’idée de devenir en politique et de la critique des passions tristes en milieu militant, c’est Benasayag. Il a eu une quelconque importance pour toi (on se dit tu ?) dans ces années-là de l’après 98 (Cette coupe du monde, décidément, il y a un avant et un après) ?

        • Je connais Benasayag, mais mal. En tout cas je ne le lisais pas dans les années 90. D’ailleurs le processus narré dans Deux singes n’est qu’en deuxième main passé par des lectures (qui n’ont eu qu’une fonction de confirmation / intensification, comme d’hab), mais bien plutot par des faits d’existence, des sensations, des sentiments, et leur cristallisation en pensée.

  14. 80 cts par bouquin ? Wow, je ne voyais pas ça si faiblard … Tarif classiquement rencontré ?
    Sinon, très heureux de t’avoir enrichi de cette modeste somme …
    J’ai vraiment adoré ton idée du dernier Homme concernant le genre Homo macronicus …

    A+

    Didier S.

  15. Un bonjour en passant au Dandy Nietzschéen …
    Et sinon, cette bêtise, ça va te rapporter combien de pépettes ?
    Tu n’as pas répondu à la question de Laura ;-)))

    A+

    Didier S.

    • à supposer que ça monte à 50000, et que je touche 0,80 euros par ouvrage, fais le calcul
      -qu’il faudra compléter par ce que j’appelle les produits dérivés

    • Je crois que la pratique c est entre 8 et 10%,mais qu’il y a une histoire de taxe…de tte façon,il est clair que le tarif de l’heure d’un écrivain,quand on pense aux recherches,aux années de travail,c est vraiment dérisoire .et le mot est faible.

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