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46 026 Commentaires

  1. Encore une mauvaise nouvelle de la part des structures actuelles du fascisme économico-culturel : http://www.indiewire.com/2017/08/coen-brothers-buster-scruggs-netflix-western-anthology-james-franco-1201865077/

    POURQUOOOOIIIIII ?

    • Petit retour numéro 1. Thoret.
      -Thoret, quand il parle de l’époque, est effectivement pénible. Je l’avais déjà vu faire dans une conférence en ligne sur Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu. Pour parler de l’époque, il faut s’en donner les moyens sociologiques et analytiques, si on ne le fait pas on tombe dans des truismes vagues. On devient Eric.
      A travers Eric, j’avais, dans l’abécédaire, voulu cibler une certaine pensée critique. Mais j’aurais du préciser que ce n’était pas toute la pensée critique. Ce que je pointais, à travers lui, dont Thoret est un avatar, c’est un dévoiement de la pensée critique. Ce dévoiement pend bien des aspects, mais le plus redoutable, le plus fondamental, est simple à nommer : la grande pensée critique se porte sur les institutions (sur le pouvoir, sur les dominants, sur les agents réels de la situation), la pensée critique dévoyée se porte sur… on sait pas trop quoi. Sa cible est assez floue, indistincte, tellement générale qu’obscure, c’est « l’époque » donc, c’est « aujourd’hui (toujours opposé à hier), c’est le monde entier. Mais surtout, de glissements en glissements, c’est : les gens. C’est : le peuple. On commence par parler de « la société de consommation » (concept bien fumeux quand on y pense, comme si d’un coup et par magie l’humanité s’était mise à consommer) et puis, comme on ne mentionne pas qui active cette société, on s’en prend aux consommateurs. Et les consommateurs c’est le peuple. D’une critique des dominants on est passé à une critique des dominés qui, abstraite de toute analyse pratique (comment on en arrive là? quelles sont les forces agissantes là-dedans) ne peut mener qu’à la conclusion quasi métaphysique que les gens sont devenus des cons. Avant les gens écoutaient Daney, maintenant ils s’intéressent à la gifle de Joey Starr chez Hanouna, c’et comme ça, les astres l’ont voulu. Intéressant que Thoret mentionne Hanouna sans mentionner Bolloré. Ainsi le hanounisme devient un phénomène magique, au sens marxiste, sans processus déterminant. Le capital qui le soutient et le produit est absenté du discours -et que dire des pouvoirs publics qui sciemment privatisèrent la télé et marginalisèrent le service public? Thoret s’identifie bien lui-même : ce qui pourrait etre une critique de gauche devient une critique anar de droite (les gens sont des cons, quand on est con on est con, les cons ça ose tout c’est à ça qu’on les reconnait, etc etc. On était Bourdieu, on devient Michel Audiard). Moyennant quoi on aurait envie de dire à Thoret : nous casse pas les couilles avec l’époque, parle des films et tais-toi.
      -il reste que son diagnostic sur le champ de la réception de cinéma est assez juste. Mais mériterait un peu de clarté. Les discussions qui ont suivi dans cet espace me paraissaient plus claires que lui, même s’il manquait peut-etre une typologie simple que Thoret ne prend pas le temps de faire. Or on doit bien distinguer trois choses, même si factuellement un même individu peut participer des trois : spectateur, cinéphile, critique.
      Le spectateur est celui qui voit un film. Il peut en voir un ou cent dans l’année, s’il se contente de les voir (et ma foi c’est déjà beaucoup) on l’appelle spectateur.
      Le cinéphile a une pratique réflexive de sa vie de spectateur. Pas forcément au sens où il y réfléchit aux films, mais au sens où il fait retour sur eux, et agence consciemment sa vie de spectateur. C’est à dire qu’il ne se laisse pas porter par les seuls sommations promotionnelles, il est actif dans ses choix, il cible tel genre de films, repérant tel réalisateur ou telle actrice dont il ne manquera aucun film. La cinéphilie ne se caractérise pas par la qualité des objets, contrairement à ce que semble induire Thoret. Ainsi le type qui voit tous les films de SF, se documente sur eux, etc, ne voit pas que des films dits d’auteur. Sa découpe du champ n’oppose pas le cinéma commercial au cinéma artiste. C’est moins l’objet que le type de pratique qui façonne le cinéphile. J’inclus aussi dans la cinéphilie la pratique de la collection, du classement, de l’érudition (tel mec qui sait tout sur les chefs-op de Besson est cinéphile à sa manière)
      Le critique est un spectateur qui ressent le besoin de prolonger la vision d’un film par un geste analytique et qui considère qu’il n’y a pas meilleur outil qu’un texte pour cette opération. La parole au café entre amis est aussi une pratique critique, mais le critique conséquent aura à un moment besoin de formaliser sa pensée par un texte -ce que Charles fait, par exemple (pas encore regardé le site signalé), mais aussi d’autres sitistes, de façon plus informelle, ici meme. Que ce geste puisse trouver des supports plus visibles, type Cahiers ou un blog en vue, est indifférent (je veux dire que dans ce sens je ne suis pas plus critique que Charles).
      Où en sont ces trois catégories en 2017? :
      -le spectateur n’est pas moins nombreux qu’avant, tous les chiffres le prouvent (on peut meme dire que la multiplication des supports a probablement multiplié le nombre de visionnages annuels de films dans le monde)
      -la cinéphilie n’est pas moins active qu’avant. Il n’y a pas moins qu’avant de types qui collectionnent les BO de Kubrick, toutes versions comprises. Sans doute leurs objets se sont légèrement modifiés dans le sens que dit Thoret ; sans doute trouve-t-on aujourd’hui moins de fordiens que de dolaniens, et moins de fans de Pialat que de zélateurs de l’heroic fantasy. La cinéphilie type années 50, auteuriste et forgée par le classicisme, est sans doute sur son crépuscule, mais pratiquement parlant je ne la crois pas si différente de celle qui s’active maintenant (il y avait déjà alors un sens de la collection, de l’accumulation, et les Godard et consorts faisaient du binge watching à la Cinémathèque -cinq films d’affilée)
      -la critique. Il est vrai que la cinéphilie années 50 avait ceci de particulier qu’elle considérait le geste critique, et donc le geste d’écriture, comme centraux.. Est-ce que cette centralité du geste critique est toujours aussi répandue ? Je ne sais pas trop. Je dirais qu’il est aussi peu répandu que jadis. De même que Gracq disait dans les années 60 qu’il y avait en France 10000 lecteurs pour la littérature, il n’y a sans doute jamais eu beaucoup plus de lecteurs et de praticiens de la critique de cinéma. Thoret dit 100000? Allez, 100000. Mais il faut dire et redire que les Cahiers, revue critique la plus célèbre de la galaxie, ne se sont jamais vendus. En 2003 pas plus qu’en 63.
      L’exemple de Chro détaillé par Charles est lumineux : oui il y a clairement de moins en moins d’espaces pour la critique. Mais il faut voir qu’on partait de toute façon de très peu. En somme on est passé de peu d’espaces à plus d’espace.
      Thoret a raison : la critique ne peut se faire que dans les marges, et sur des circuits non rémunérés. Mais l’auteur de La Politesse aura du mal à le déplorer. Passant du working poor imposé par la situation depuis toujours (aucun rédacteur des Cahiers n’a pu en vivre) à la gratuité bénévole entre frères, nous y gagnons en joie.

      • PS : par exemple Une vie violente donne très envie d’écrire

      • @François Bégaudeau: Merci pour cette belle et longue analyse – je reviendrai un peu plus tard sur un ou deux points. Pas encore vu « une Vie violente », qui me fait très envie, mais vu « les filles d’avril » de Franco. C’est toujours aussi magnifiquement filmé et cadré, aussi intelligent dans son scénario, mais je dois la vérité de dire que je m’y suis un peu ennuyé, que le rythme me paraissait trop lent, trop indolent. Je vais essayer de creuser ça.

        • @Charles: ah bah t’es comme ma sœur, elle aussi l’a trouvé trop lent et ennuyeux au bout d’un moment ( mais vachement bien aimé quand même )
          alors que moi j’étais en train de me dire houlala ça va vite , quel dynamisme ce franco,
          surtout dans le premier tiers du film je dirais : la naissance , le bébé qui grandit, la plage.
          Il est marrant avec cette histoire de plans depuis la voiture, il nous le fait un paquet de fois, il est un peu obsédé on dirait, possédé par le plan dans la voiture.
          Un peu comme l’autre avec son idée de car.

          • Suis comme Anne Laure j’ai trouvé un vrai dynamisme dans le film. Qui est je crois sous tendu par la descente au fond du trou de chaque personnage du film où on se dit à partir de la deuxième partie du film mais comment fait-il/elle pour faire ça/supporter ça et que ça continue jusqu’au coup de grâce qui se transforme en grand moment de puissance chez Valeria. Il n’y a que pour Clara avec sa démarche pataude robotique et fantomatique (parfois floutée à l’image comme si elle n’existait pas) qu’on ressent moins tout ça on a l’impression que c’est déjà plié à part dans les deux scènes où elle clope où on sent un léger frémissement (la seule fois où son corps exprime un vrai trop plein elle est sous laxatif).
            Trouvé aussi les scènes en voiture troublantes (pas vu car). Quelle tension à chaque fois on frôle l’accident on se dit mais merde je suis sacrément tendue là il se passe quoi ? J’ai trouvé a posteriori que ces scènes nous mettaient un peu en condition pour ce qui allait venir.
            Y’a que la dernière scène de voiture où on ne ressent pas cette tension.
            Difficile d’en dire beaucoup plus sans trop spoiler le film.

          • Pas vu une Vie violente ( je crois avoir vu les apaches, le précédent film de Thierry de Peretti, et l’avoir oublié dans la foulée. Ah les spectateurs de nos jours…)

            Je crois que le rythme du Franco est assez rapide. Le récit est dense, avance vite, il se passe plein de trucs tout le temps. Tout ce que Franco doit amener comme éléments pour arriver à la 2nde partie du film, la 2eme vie d’Avril. Mais tout ce récit se passe dans une ambiance nonchalante (indolente ouais carrément Charles), ensoleillée. Cette ambiance va bien à Avril qui retrouve une seconde jeunesse, qui enveloppe sa domination sur ses filles de douceur, d’amour, c’est pour leur bien. Avril se dit que ses filles ne savent pas ce qui est bien pour elles.

            J’ai aimé cette ambiance pour traiter toute cette violence (le vol d’enfant, la 2eme vie qu’Avril se construit au dépend de ses filles, contre ses filles jusqu’à vouloir les expulser de la maison). Alors qu’un réal nul aurait fait une ambiance dark de thriller, Franco la joue pas comme ça, il la joue solaire tout en gardant la tension, c’est fort. Tout est tellement enveloppé de douceur que quand la violence émerge, j’étais presque étonnée : quand Avril qui sort du garage en bagnole pour fuir sa fille ou le plan fixe génial de l’abandon du bébé.
            J’ai adoré plein de plans-séquences hyper forts : celui d’intro est génial. Il nous présente la grosse sœur frustrée qui cuisine, la sœur épanouie sexuellement un peu égoïste qui baise, sa beauté, sa jeunesse ah oui et sinon elle est enceinte. J’ai trouvé que c’était une belle façon de présenter une fille-mère. C’est d’abord une fille. Ça annonce bien la relation à Avril aussi.

            Le rapport à leur mère est très juste avec ses conseils bienveillants et intrusifs et dominants. J’ai aimé les trois persos féminins, ce qui se joue entre elles (Avril et les deux filles). Par contre, le jeune père du bébé, j’y crois pas. Je ne le comprends pas. Avril a de l’emprise sur ses filles parce qu’elle a l’autorité maternelle et l’argent. Son emprise sur le jeune homme, j’y crois moins facilement. Il sort avec sa copine, avec Avril, retourne avec sa copine. Il a pas de désir propre quoi.

            Franco garde toujours la bonne distance, ne juge pas, n’a pas besoin des gros plans. J’aime bien le plan avec la touche de couleur dans le reflet de la vitre en revenant du yoga, quand elle retrouve Avril et son mec. C’est un coup de force de scénario mais ça passe bien dans ce plan.

            Despues de Lucia reste plus fort pour moi. J’avais été hyper impressionnée par les plans fixes de Despues (dans Avril, le plan fixe d’abandon du bébé est tellement génial ). Comme Anne-Laure, je me suis dit que Franco aimait bien les plans de bagnole. Le plan d’ouverture de Despues en bagnole reste inégalé pour moi ( les plans de bagnoles d’Avril me paraissait moins tendu, moins surprenant).

          • La question des plans bagnole.
            Il faut partir du rythme évoqué de concert par Gaelle, Billy et Anne-Laure : oui c’est fou le nombre de trucs qui se passent en 1h45. Ou trouve-t-on une telle densité narrative? Chez Bresson, grande référence de Franco (pour vérification, voyez l’Argent juste pour le fun). Bresson et Franco filment des processus (en cela on peut dire qu’ils font des films d’action, ils filment des actes). La bagnole qui avance est chez l’un ce que sont les ouvertures de portes et les pas chez l’autre : la scansion d’un processus qui avance. Qui avance plus vite que la musique, plus vite que les personnages en tout cas. Au volant d’une voiture, je conduis. Mais c’est bien la voiture qui me conduit, qui me porte. La voiture est mécanique. Elle avance seul. C’est la base d’un art tragique et donc anti-humaniste : ça avance tout seul.
            On dirait même que ça avance sans le cinéaste : embarquée, la caméra est mue aussi ; elle s’en remet au conducteur, ou plutot au véhicule. Bien sur que les mouvements sont réglés, que le travelling avant que porte la bagnole est médité, il n’empêche que se crée là l’impression d’un processus qui avance seul, sans intervention de l’auteur, lui aussi suiveur, lui aussi avançant à vue, sans jamais bien savoir ce qui l’attend au bout du chemin.
            Dans le même sens, il me semble décisif de bin voir que la mère n’invente son plan à mesure. Qu’il ne s’agit pas, comme l’écrit ce curé de Mandelbaum évidemment réfractaire à Franco, d’une manipulation implacable et méditée d’entrée. Elle même avance pas à pas, ne sait pas bien où elle va ni ce qu’elle veut. Simplement elle fait ce qu’elle fait.
            Une vie violente propose de sacrés plan séquence aussi. Petite gloriole : devant certains de ces plans je me suis dit « c’est pas possible autrement, ce mec a vu des Hou-Hsiao-Hsien », et, renseignements pris, oui ce mec a vu des Hou-Hsiao-Hsien. Pour vous dire un peu le niveau. De lui et surtout de moi.
            Gaelle : je ne crois pas que l’acte final de Valeria soit exclusivement un « grand moment de puissance »

          • Je pense que la mollesse crasse du père, ainsi que l’absence de l’autre père -éléments déjà repérables dans les Franco d’avant, tient moins à une conviction psychologique de Franco (les hommes sont minables), qu’à une nécessité d’absenter les dominateurs habituels pour créer un univers où personne ne domine. Un univers livré à vif aux processus objectifs.
            Cette réduction à néant de la puissance virile est la condition de possibilité de ce film (disons le plus simplement : si le jeune père réagit, le récit ne s’enclenche pas ; si son père à lui intervient, ou le père des deux filles, même chose, fin du film). Il faut donc dégager le terrain, dégager les hommes, au risque de l’invraisemblance (le jeune père est excessivement neuneu en effet)

          • @Billy: Le problème c’est que je ne l’ai pas ressentie cette tension, moi. Le film va vite scénaristiquement mais on est à une telle distance des situations, que j’ai du mal à me sentir embarqué. Je regarde les scènes défiler en restant bien à l’écart, fasciné par le personnage de Suarez et les plans de Franco, mais en dehors du film. Mais j’ai envie de le revoir, je sens que c’était aussi dû à la fatigue.

          • De fait Franco casse l’identification. L’accroche ne passe pas par là chez lui. Le point de vue, ce n’est pas le sien, ni celui d’un personnage avec qui on traverserait le film, mais l’action elle-même.

          • @François: Oui le « point de vue du processus » comme tu le disais à propos de Despuès. Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi j’étais autant séduit par Despuès et nettement par celui-ci. Pourtant, ce sont les principes de mise en scène qui sont à l’oeuvre, cet espèce de neutralité du regard, d’indifférence et d’équanimité de la caméra (un abandon de bébé filmé avec ni plus ni moins d’intensité que la scène où la fille se prépare à manger au début).
            D’accord avec toi sur le personnage de la mère, c’est ce qui le rend aussi intéressant. Elle disparaît du récit comme elle est apparue, comme un coup de vent. Elle vampirise tout le film, elle en prend possession, comme on dirait d’un esprit malin qui viendrait pénétrer l’âme et le corps d’une jeune fille, parfois au détriment des autres – cf le père, pur pantin dans l’histoire.

          • @François: J’ai quand même l’impression que les scènes durent moins dans celui-ci que dans les autres, qu’il y a moins de stase, non?

          • Oui je pense aussi. Densité narrative oblige.
            Et puis le récit est moins complexe et vertigineux que celui de Despues, qui reste le sommet (d’accord avec Billy et toi là-dessus)

          • Retour 2. GDL sur Rancière.
            Pour la santé de mon Jacques, qui se fait vieux, j’espère qu’il ne tombera jamais sur ce billet expéditif -ou exécutoire. Parce que clairement il s’étranglerait. Essentialiste et populiste, dit GDL. Alors qu’il n’y a pas moins essentialiste que la pensée de Rancière, constamment attentive à indexer ses effets de sens aux variables historiques (c’est pourquoi c’est une oeuvre beaucoup plus narrative et descriptive que conceptuelle). Le contraire donc, d’une démarche visant à dégager des invariants, des essences. Quant au populisme, Rancière, dans un texte notoire que GDL n’a pas lu ou feint de ne pas avoir lu, en a dit l’inanité pure et simple, au prix d’un raisonnement justement propre à déconstruire toute tentative d’essentialiser le peuple. Le peuple, il le dit et redit, ça n’existe pas. Il y a des peuples, formés et produits par des situations historiques circonscrites, et dissouts une fois que ces situations de referment. Un peuple, ce n’est pas une essence, c’est une production. Ce n’est pas une substance, c’est une séquence.
            Un leader est dit populiste lorsqu’il « flatte les bas instincts populaires », ce qui présuppose que le peuple ait des bas instincts attitrés. La pensée anti-essentialiste de Rancière martèle que les classes populaires n’ont pas d’attribut propre. N’ont donc ni bas instincts ni hauts instincts (ce qu’affirment les tenants de la « common decency », cette espèce de vertu censément immanente au peuple). GDL affirme que Rancière, par populisme, exonère le peuple de tout racisme. C’est faux. Rancière ne nierait évidemment pas qu’il y ait du racisme qui traine dans les classes populaires. Simplement il dit que la racisme ne lui est pas consubstantiel, à rebours de ce que présuppose ceux qui appellent populiste un mouvement politique dont le racisme est le fond de commerce. Surtout : les classes populaires n’ont pas le monopole du racisme. C’est sur ces bases que Rancière rappelle une chose simple : les politiques racistes sont menées, par définition, par les dominants -puisque, en régime oligarchique, ce sont eux qui fabriquent les politiques.
            On objectera que ces politiques sont menées pour justement agréer le grand nombre, pour répondre à son attente raciste. C’est ce que GDL suggère. Et alors là on gagnerait à faire de l’histoire. Prenons la première affaire du voile en 89. Qui en fait une affaire? Qui l’a instituée en affaire? Des intellectuels parfaitement bourgeois : Debray, Finkielkraut, Badinter. Répondent-ils là à une exaspération du peuple vis-à-vis des jeunes filles voilées? En tout cas on n’a pas souvenir que des gens, avant l’intervention criarde des gardiens de la République, soient descendus dans la rue pour réclamer l’interdiction du voile à l’école.
            Il faut donc dire ceci : qu’il y ait du racisme au sein des classes populaires, personne ne le nie. Mais le racisme ne s’invite en général dans le jeu politique, ne devient un sujet politique -et non plus seulement un affect qui traine un peu partout- que quand des dominants le décident (par conviction et-ou parce que ça les arrange à tel moment)
            On pourra dire : si Le Pen fait 11% en 84, c’est parce qu’il répond à une demande. Mais inversons le raisonnement : si Le Pen, bourgeois de saint-Cloud antisémite par culture catholique et arabophobe depuis l’Algérie, ne propose pas cette offre, le « peuple », descend-t-il dans la rue pour réclamer une offre politique raciste?
            Ce sont bien les dominants qui érigent le racisme en sujet politique. Sinon il resterait ce qu’il est dans 99,9% des cas : un bavassage de bout de table, un marmonnement aigre.
            Rancière va certes plus loin : il dit que le racisme est une production étatique. Que l’Etat, en tant que tel, est une instance de classification, qui forcément produit des classifications racistes à un moment ou à un autre -a fortiori l’Etat-nation, qui en tant que tel ne se soutient que de l’exclusion d’un grand nombre de gens du champ national. Que GDL taxe à nouveau d’essentialisme cette pensée sur l’Etat me fait tomber des nues. Car elle n’est pas essentialiste, elle est structuraliste. La structure-Etat produit de l’exclusion, voilà ce qui est dit. Et il est tout à fait étonnant qu’un émule de Foucault, celui là même qui propose dans Juger une critique structurale de l’Etat, confonde essence et structure.
            Ce bug analytique ne peut s’expliquer que par un débord affectif. Parlant de Rancière et de peuple, GDL est dominé par des affects pas reluisants :
            -GDL ne pardonne pas à Rancière son livre sur Bourdieu. Là-dessus il est con comme un gardien du temple.
            -GDL, clairement, se méfie du populaire, parce que le populaire est viriliste et incidemment homophobe. Il n’a pas tort, certaine sociabilité populaire ne se pique pas d’etre gay-friendly, mais en l’occurrence c’est lui qui essentialise. Clairement dans son esprit -dans son corps- il y a un truc qui s’appelle le peuple, qui n’est pas une machine progressiste, et qu’on doit travailler à neutraliser. D’où son insistance sur la possibilité que le droit puisse réguler les « instincts », et que c’est toujours une minorité qui fait avancer le progrès. Une minorité éclairée? Ici l’opposition avec Rancière est nette, et l’on retrouve le fond autoritaire de la pensée de GDL que pointait Jérémy : il y a des gens éclairés et on attend d’eux qu’ils guident la masse -ou régulent la société à rebours de ce que la masse -homophobe et raciste?- réclame. Oui il faut des éducateurs. Au fond du fond, c’est bien l’idée de maitre ignorant qu’il reproche à Rancière. Il serait bon qu’il circonscrive mieux son attaque la prochaine fois -sachant qu’on serait aussi tenté de penser qu’il y a peut-être mieux à faire, pour un libertaire, que d’en attaquer un autre. Mais ce n’est pas la première fois que GDL perd son énergie dans les règlements de comptes.

          • @Gaëlle: oui c’est tout à fait vrai pour moi ce que tu décris de tension, j’aurais dit : du suspens.
            Et même la dernière scène de fuite dans le taxi, j’étais encore toute inquiète pour la gamine. C’est pas gagné cette affaire.
            Et bam il nous refait le coup de paf le chien ( voir chronic ).

            Je crois que ce qui produit cela c’est une bizarrerie dans la configuration psychologique, j’emploie de ces termes moi je suis marrante tiens, je serais morte de rire si j’étais pas toute nase d’avoir dû m’occuper d’un migrant alors que j’avais des caillots de sang qui tombaient au fond de ma culotte,
            c’est à dire que d’emblée il y a des choses qui clochent que tu comprendras bien j’ai la flemme, et jusqu’à la fin.

            « Car » n’est pas un film tu me fais rire, mais j’étais pas claire c’est vrai chuis con, c’était rapport à ruben ostlund et sa façon d’utiliser les voyages en car comme support pour raconter des histoires humaines ( voir happy sweden voir le machin de l’avalanche , force majeure le titre en français ).
            J’aurais pu dire bus mais j’ai dit car parce que les bus c’est plutôt pour les trajets intramuros comme on dit quand on est de la cité.

            et je te mets les trémas parce que j’aime ça.

          • y a aussi beaucoup de métro dans Play -grand film

          • @Gaëlle: t’as par exemple une trame de fond de configuration psychologique vachement bizarre que tu comprends au fur et à mesure du film : la mère qui vit dans un bel appart à mexico loin de sa fille de seize ans qu’elle laisse à la charge de sa fille ainée bien assise professionnellement ( mais vie affective de merde on a compris ) alors qu’on ne comprend pas trop de quoi elle vit elle, la mère.
            Un projet à la con de cours de yoga en vidéo, c’est tout ce qu’elle sait faire.
            Une femme qui souffrait terriblement oui c’est ce que j’ai compris et qui trouve dans le bébé une façon de se créer une nouvelle vie, une vie sans souffrance,
            la scène du bain du bébé c’est le moment de la basculade pour moi, avec tout ce qui s’en suit, annihilation de ses filles précédentes, nouvelle jeunesse avec le jeune mâle.

          • Comme tout grand personnage de fiction, Avril est inextricablement coupable et victime. Elle appelle donc, selon la formule indépassable, pitié et terreur.

          • J’ai beaucoup aimé ta description d’Avril j’avais pas réfléchi comme ça à son histoire passée me suis juste dit qu’il devait y avoir des loups avec Valeria qui ne souhaitait pas mettre sa mère au courant de sa grossesse et qu’Avril ressentait peut être qu’elle était passée à côté d’un truc avec Clara, que ça a peut être joué dans le basculement. Quand tu dis qu’elle annihile ses filles ce qui m’a marqué c’est qu’elle annihilait l’une en prenant sa place de mère et l’autre en attribuant peut être sa place à Karen (m’enfin là c’est mon penchant pour la psychologie de comptoir).
            Pas certaine que Clara soit bien assise professionnellement (bringuebalante de partout je dirais) il me semble que son magasin coule après le départ de Matteo (imprimantes tout ça dans le balcon et évocation de réouverture du magasin par Valeria à la fin) ; et puis elle a pas l’air de gagner suffisamment d’argent pour payer les frais médicaux de la grossesse à moins qu’elle bluffe sa sœur mais j’ai peut-être encore fait ma quiche.
            Car pour car t’es pas con c’est moi qui suis quiche m’enfin tant que ça fait rire je me maintiens.
            Merci pour les trémas quand ils y sont pas j’ai l’impression qu’on me coupe les couilles (même si j’en ai pas j’y tiens parce que je tiens à sentir quand je m’en bats ou quand ça me les casse).

          • @françois: oui j’y avais pensé aussi quand j’ai vu happy sweden : les transports en commun de la communauté.
            Le métro et le train.

          • @tous les gens des filles d’avril: et pour la question sur l’attitude du jeune homme , je ne sais plus son prénom , mattéo je crois,
            je la mets en écho avec cette fameuse terrible scène de la noyade volontaire de ce jeune homme dans despues de lucia,
            quelque chose qui travaille franco à mon avis, la question d’un jeune homme à la merci de l’autorité des adultes,
            mattéo perd ses parents ( son padre le jette en gros ), il n’a plus que la vieille de son amoureuse qui fait autorité,
            il se laisse faire.

          • Pour Matteo je me suis pas posée la question de la crédibilité il y a tellement de choses qui me semblent improbables dans la vie que je vois pas pourquoi un jeune gars paumé rejeté par ses parents (la mère suit il me semble) avec une amoureuse pas disponible après l’enlèvement de sa fille se laisserait pas aller doucement mais sûrement vers la mère de sa chérie qui est charmante et attentionnée à son égard. Y’a quand même un moment où il tique quand Avril lui dit qu’elle voudrait un enfant (scène que j’ai trouvé à la fois terrifiante et drôle avec l’annonce de la vente de la maison) et que même après ça tique au lit.

            Pour Valeria je me suis peut être un peu emballée au départ elle réagit peut-être plutôt contre sa mère ou contre je sais pas quoi mais elle est tellement pleine de vie dans la scène avec l’agent immobilier (j’ai vraiment flippé que ce soit un coup fatal pour elle) et le contraste est tellement saisissant avec Clara quand elles sont au téléphone que j’ai pris ça comme un grand moment de puissance vu les états toujours plus profondément douloureux par lesquels elle était passée depuis la naissance de Karen (les scènes du début avec le bébé m’ont d’ailleurs rappelé Eraserhead) et vu le basculement qui suit.

          • Oui me que fait elle au terme de ce grand moment de puissance? Par quel geste s’émancipe-t-elle enfin de sa mère? Par un geste à peu près analogue à celui de sa mère -un enlèvement d’enfant. Dans le même temps qu’elle s’émancipe, elle avère l’atavisme.

          • @les gens, comme dirait Mélenchon: je vous explique l’histoire du migrant en deux phrases :
            l’histoire d’un mec qui a vu son ami comme son frère se noyer à cause d’un canot de sauvetage qui se dégonfle qui se rejoue la scène quand la nuit tombe,
            des travailleurs sociaux qui le conduisent vers l’hôpital parce que les migrants qui se jettent par les fenêtres ça va bien cinq minutes,
            mais peut-être qu’il habite au rez de chaussée hé ? Pas pensé à lui demander tiens.

          • @anne-laure: il faudrait qu’il puisse écouter le chanteur de Fuocoammare, celui qui raconte leur voyage et tous leurs frères engloutis.
            mais il est pas là, alors il se jette par la fenêtre

          • @anne-laure:

            Un peu comme l’autre avec son idée de car.

            tu m’as bien fait rire avec ça

          • @françois et sa bande: je trouve ça passionnant cette réflexion que tu lances sur la voiture,
            du coup (hé hé) ça m’illumine le moment où le père quitte la sienne dans Despues,

            bien du plaisir à vous lire tous

          • @Gaëlle: ah ouais t’as raison j’avais pas fait gaffe au magasin de clara ( t’es forte pour te souvenir des prénoms dis donc ) qui périclite,
            d’toutes façons personne fait jamais gaffe à cette pauv’fille.
            Elle a un p’tit côté sœur de marge simpson tu trouves pas ?

            Oui j’imagine bien que pour avoir passé des heures et des heures à être canalisée et félicitée par maîtresse jeannette pour apprendre à écrire ton prénom, tu n’apprécies guère qu’on te sape tout le boulot en oubliant les deux petits points,
            tes deux petites couilles,
            je te comprends bien

          • @juliette: c’est marrant que tu parles de cette scène de fuocoammare parce que j’y pensais en me réveillant ce matin,
            je revoyais mon migrant ( oui il est à moi maintenant ) me faire un grand sourire avec un grand geste d’aurevoir, je le revoyais papoter comme un malade en arabe avec son pote au téléphone et se marrer se marrer comme un petit fou,
            on comprenait rien, ils devaient bien se foutre de nos gueules,
            moi je trouve qu’il serait grand temps qu’on leur foute enfin la paix aux migrants parce que c’est quand même eux qui gagnent le concours de la plus belle vie de merde.

          • @billy:

            J’aime bien le plan avec la touche de couleur dans le reflet de la vitre en revenant du yoga

            ouais pareil , c’est le plan qui m’a scotchée.

            pas trouvé improbable le scénario à ce moment ceci dit vu qu’elle était dans le quartier des yoguistes et autres végans de compagnie, chez les ésotériques quoi.

            On retrouve juste après celui-ci le petit kif de franco de filmer longuement de près de dos quelqu’un qui marche, c’est dans chronic aussi.

          • @François: Absolument lumineux, merci beaucoup, je me sens moins bête.

            (je parle de ton analyse de l’attaque de GDL contre Rancière)

          • @anne-laure: Vois pas trop le lien avec les soeurs de Marge m’enfin c’est un souvenir lointain pour moi (souvenir d’un genre de Dupont et Dupond un peu grungy). Ben le problème c’est qu’elle m’intéresse Clara, j’aimerais bien la trouver inintéressante mais son effacement son absence de réaction sa patauderie ses maigres frétillements m’exaspèrent et m’émeuvent à la fois. Je préfèrerais qu’elle m’indiffère et ben non. Et je reviens sur ces scènes de voiture, à un moment c’est elle qui conduit et c’est là que j’ai capté qu’on se laissait porter par la voiture même si on tenait le volant ce que j’avais pas capté du premier coup avec Avril (m’enfin François l’a dit beaucoup mieux que moi).

          • @ françois : j’avais pas pris ça pour un enlèvement plutôt comme une fuite (mais il y a enlèvement vis à vis du père, je te suis) mais vu comme ça effectivement l’atavisme renversé est vraiment troublant, ça fourmille de partout maintenant. merci pour l’ouverture.

          • @Gaëlle: les sœurs de marge sont des sœurs jumelles éternelles célibataires aux voix rauques parce qu’elles fument tout le temps des clopes.
            Elles ont les cheveux frisées violets.
            Pour te situer.

            bé oui elle est intéressante cette clara , à moi elle fait penser aux gens à qui on attribue trop facilement le diagnostic de dépressifs parce qu’ils en ont l’air,
            parce qu’ils n’entrent pas dans le cadre de l’image des gens épanouis, des gens normaux, qui font du sport, les magasins , voient des amis , rigolent tout le temps , on voit bien leurs dents blanches, qui vivent en famille avec un golden retriever, si tu vois ce que je veux dire.
            Alors que si tu regardes bien rien ne te dit que clara n’aime pas sa vie, même si elle ne sent pas la joie mais plutôt le tabac,
            elle fait ses petites bricoles dans son coin, ses petits plaisirs de cuisine, ses moments de stases à rien foutre,
            seulement elle se laisse mener par ceux qui trouvent qu’elle ne va pas bien , môman en l’occurrence,
            etc etc je te raconte pas les détails du film tu connais,
            bref on arrive à lui faire croire qu’elle est dépressive oui,
            elle comme tant d’autres sur la planète qui ne sont pas tac tac : au taquet.

  2. Dis mamy marcela, c’est quoi le couple?

      • @: :

        …/ Si je ne l’avais pas ramassé, peut-être aurions-nous vu comment le hérisson naïf et globuleux s’y est pris pour se hisser sur cette table, si nul ne l’y a déposé, s’il a grimpé seul le long d’un de ses pieds

        en plantant ses griffes dans le bois. L’un d’eux porte en effet de très légéres traces, comme de fines éraflures, de là à en conclure avec certitude qu’elles témoignent contre lui, mon hérisson naïf et globuleux, non, j’ai pu les faire moi- même. Il s’agit justement du pied qui se trouve à ma gauche quand j’écris et que souvent je saisis, dans l’effort, j’empoigne, auquel de toutes mes forces je m’agrippe. Je suis sûr qu’il m’arrive d’y enfoncer les ongles. D’ailleurs, les traces se trouvent plutôt en haut

        de ce pied. Plus bas, je ne remarque rien de décisif. Ici ou là, un peu d’usure. Peut-être due à ma chaussure, car quelquefois aussi, ce pied de table, je l’attrape avec la jambe gauche, avec la pince formée de la cuisse et du mollet, et j’y frotte mon talon, sans y penser. Les écrivains ont ces étranges façons. / … p.94-95, É.Chevillard, Du hérisson

        on aime imaginer la tête lessivée de l’envoyé(e) spécial(e) qui interrogerait cet écrivain facétieux du fameux ´où et comment écrivez-vous?’
        tant tracer mentalement la posture décrite précis de la jambe gauche-chaussure/pied de table essouffle autant qu’elle fait éclater de rire puisqu’on vient juste de visualiser l’écrivain dans l’effort qui s’agrippe parfois aussi au même pied de table

  3. Sinon, quelqu’un d’autre suit la saison 3 de Twin Peaks ici ?

    Je crois que cette saison constitue une cure de jouvence pour David Lynch qui multiplie les scènes comiques plutôt que les moments angoissants et surréalistes qui ont fait sa réputation. Le procédé est le même à chaque fois, et a déjà fait ses preuves (chez Quentin Dupieux notamment même si celui-ci a des dialogues et des gags plus drôles que Lynch) : étirer les scènes au-delà du raisonnable, broder sur des éléments anecdotiques jusqu’à provoquer un rire nerveux à force de ne pas faire avancer les intrigues. Mais je dirais pas que c’est réussi à chaque fois non plus… (à noter qu’en raison d’une brouille avec Michael J. Anderson, ce dernier n’apparaît pas dans la saison – il a quand même sous-entendu que Lynch avait abusé de sa fille alors enfant et commis un meurtre, mais un autre « nain » apparaît, et figure désormais dans une scène d’anthologie, hilarante mais déconseillée aux âmes sensibles).

    Ce qui frappe également c’est qu’avec « l’évanouissement » du personnage (anciennement principal) de Cooper joué par Kyle Maclachlan disparaît aussi la dimension mystique spirituelle de la série originale. Seuls subsistent des allusions aux sycomores et aux chevaliers de la Table ronde (déjà présents dans l’épisode final de la saison 2), ces derniers constituant les prédécesseurs des participants au projet Blue Rose et peut-être donnant une clé sur Cooper qui peut être vu comme un Perceval (ce chevalier naïf) guidé par des puissances supérieures (Mike et son « bras » depuis la Loge) (cf. la scène du casino). Le Lynch acteur prend plus de place dans cette saison et change l’image que j’avais du bonhomme.

    Enfin Lynch effectue des choix formels osés (épisode en noir et blanc, métaphore opaque et dér(/g)outante…) qui diviseront les spectateurs qui attendaient de lui un retour au récit codifié des saisons précédentes.

  4. Vu Song to Song

    Le film suit une série de couples qui se font et se défont, composés par Michael Fassbender, Rooney Mara, Ryan Gosling, Natalie Portman, Cate Blanchett, Berenice Marlohe… dans le style fragmentaire propre à Malick. Celui-ci ne construit pas de scènes à proprement parler mais cherche à rendre compte de sensations, à capter des instants fugaces dont le contexte restera toujours en partie flou. Le personnage de Rooney Mara qui est celui avec le moins de répliques (mais le plus de voix-off), et dont le statut demeurera le plus indéterminé (chanteuse que l’on voit jamais chanter, musicienne qui ne joue jamais d’aucun instrument) constitue la porte d’entrée subjective dans ce monde et dans la plupart des scénettes.

    J’apprécie le style visuel du film (qui est le même depuis Tree of Life) où les cadres sont proches des personnages, en dessous des visages, en contre plongée et en grand angle ce qui donne une impression de grandeur à tout ce qu’il y a dans le plan, comme si le film se faisait du point de vue d’une petite bestiole virevoltante ; le tout baignant dans la toujours magnifique lumière estivale d’Emmanuel Lubeski. L’intégration d’éléments urbains contemporains (ponts, routes, immeubles…) renouvelle un peu l’imaginaire de son auteur (j’ai pas vu Knights of Cup).

    SPOILERS : On pourrait aussi interpréter la façon de cadre très basse comme l’effet de la pesanteur contre lequel s’oppose les personnages principaux. Les voix off mettent l’accent sur le désir de s’envoler, de se libérer (l’un des titres de travail était Weightless – en apesanteur). On trouve la récurrence du motif de l’envol par des plans sur les oiseaux et sur des mobiles accrochés au plafond. Aussi, cette manière de filmer permet d’avoir constamment le ciel ou le plafond dans le champ pour composer une ligne de fuite. C’est ainsi qu’à la fin, la réconciliation amoureuse résonne avec la réconciliation avec la terre représentée par des plongées où on ne voit plus que le sol et par l’apparition d’éléments telluriques. FIN DES SPOILERS

    Je considère Malick meilleur pour filmer les moments de grâce où les partenaires amoureux jouent, dansent que pour évoquer le délitement amoureux, la sensation de s’engluer dans la déprime. Ces moments-là ne sont pas du tout incarnés et comme le film oscille à 95 % entre ces deux pôles, les spectateurs qui resteront insensibles aux premiers moments trouveront le film vain et s’ennuieront ferme.

    J’ai été un peu déçu par l’absence de toute dimension documentaire sur la scène musicale d’Austin ou sur les coulisses du festival, et on pourra toujours avoir des réserves quand la sensibilité chrétienne de Malick se fait jour, notamment avec le personnage de Fassbender présenté comme un personnage Méphistophélique auprès duquel les autres personnages viennent se brûler.

    Conclusion : le film ne vaut peut-être pas la peine de se précipiter en salle mais reste une expérience originale.

    • @Atom: je vais rechercher des pop corns
      salé ou sucré?

      • @spectatrice:
        Pour moi ce sera un mélange de graines : cacahuète, amande et noix. Des oléagineux pour mon pauvre cerveau que je maltraite.

        • @Atom: ok, bonne idée aussi, si tu préfères

          … / Le film suit une série de couples qui se font et se défont, composés par Michael Fassbender, Rooney Mara, Ryan Gosling, Natalie Portman, Cate Blanchett, Berenice Marlohe… / …

          appâtée un peu par le titre – tu m’appâtes aussi bien avec du poulet rôti qu’avec de la zique ou le mot ‘song’ moi, passée 50 ans et de plus en plus grotesque bon – appâtée donc j’ai maté la fiche pitch et casting un peu et ça m’a stoppée net dis donc et puis vu tout ce qu’il y a à l’affiche cet été et tout ce que j’ai en retard, zappé total song to song à propos duquel je décide de (re)garder tes jolies lignes.

          • @:

            de certains morts, on aime croire qu’ils sont toujours pas fatigués, peut-être qu’on exagère rien qu’à le penser

            http://liberationdephilo.blogs.liberation.fr/2017/08/04/ruwen-la-liberte-doffenser-voila-ce-qui-manque-et-ce-qui-reste-de-toi/

            … / nous avions vu Le roi de l’évasion d’Alain Guiraudie, nous avions adoré et nous en avions longuement parlé après dans un bar à côté du MK2 Quai de Seine. J’y ai pensé en allant voir Tom Of Finland en face au MK2 Quai de Loire. J’ai pensé que tu aurais aimé parce que tu aimais les dessins érotiques, la Finlande et la culture gay. Tu aurais aimé cette histoire d’émancipation individuelle grâce au dessin engagé et subversif qui finit par transcender les forces d’oppression, cette puissance de résistance créatrice qui fait bouger les lignes, cette Liberté d’offenser* qui était la sienne, la tienne. La nôtre. Tu te serais reconnu en elle et tu serais ressorti de la salle heureux et ragaillardi comme à chaque fois que tu constatais l’existence de forces de résistance à l’œuvre. /…

            dessin engagé et subversif qui finit par transcender les forces d’oppression

            Dans le film de Karukoski, son dessin à Touko Laakesonen lui file déjà beaucoup de joie aussi, le remplit de plaisir et lorsqu’invité en Amérique à SF il découvre comment les belles bites de ses boys excitent des tas de mecs et à l’air libre on comprend qu’il appréhende d’autant mieux l’aspect subversif de ses dessins

  5. je sors du Suprématie de La planète des singes

  6. Quelqu’un sait comment naviguer dans l’historique du « Dis-moi » – plus facilement qu’en remontant les pages en cliquant sur « commentaires plus anciens » pendant 8 ans?

    • @Charles: tu peux changer en haut le numéro de la page. Par exemple là tu es page 231: tu peux effacer ce chiffre et mettre 225 à la place…et voir à quelle date ca t’a ramené.
      Sinon tu peux dire à Yeux bleus ce que tu cherches (par occurrences) et quand sa baguette magique veut bien marcher, elle te donne les pages où cette occurrence apparaît.

      • @Juliette B: T’es une star, merci.

        • @Charles: ou plus simplement, tu clicks ici.

        • @Charles: oh la la si tu me voyais. comme la compagnie aérienne a paumé ma valise, je me suis rhabillée de vieilles fripes trop grandes dans un charity shop du fin fond de l’Ecosse où je séjourne…

          mais le pire c’est pas ça, le pire c’est que dans la valise y avait une pochette avec des DVD que je me réjouissais de (re)visionner, dont le Ghost Dog d’Anne-Laure, deux Cimino, deux Dumont, un Rosselini, un Judd Apatow, etc., etc.

          Aaaaaaaaaaaaarghhhhh

          • @Juliette B: Tu as toute ma sympathie pour t’accompagner dans cette terrible épreuve.

          • @Charles: je n’ai pas les DVD, mais j’ai les livres, emportés eux dans le petit sac à dos hé hé hé.

            Sauf La force majeure, resté dans la valise. Je trouve ça rigolo.

      • @Juliette B: En vrai je trouve aucun numéro de page

  7. Par du vomi ça aurait eu plus de chien

  8. … / donner du travail dans la région natale / … ou pas
    on trépigne et enrage chaque jour du relatif désamour pour le revenu universel de subsistance à vie, qu’il soit en majo encore si peu soutenu – Hamon qu’est-ce t’as foutu? – troue vif:
    – un voisin a trouvé un interim d’été – et plus si gnagnagna – pour usiner du galva: une semaine la teuf démarre à 5h du mat (lever 3h15, départ en voiture à 4h et on est tous réveillés avec lui) et l’autre semaine la rave party c’est pile à midi; il raconte un poste qui ne nécessiterait pas de masque/bandeau filtrant ce qui vole partout et le transforme pourtant en gentil ramoneur quand il rentre héroique de son taf
    – un pote a repris son ancienne activité dans sa région natale après projet tentative de formation/reconversion pas transformée en embauche dans la région voisine => depuis 1 an il habite chez sa reum, à 350 kms de sa meuf (qui a trouvé du boulot en mars là où ils habitent) de leurs 2 filles et de la maison en cours d’acquisition propriété, chacun alterne les voyages un week-end sur 2 pour assurer leur vivre ensemble à minima
    – l’été pour assurer la confiture sur le pudding puisqu’on bosse comme vacataire l’année scolaire et que les congés de 36 statutairement on en a pas, on alterne selon la météo et les besoins de main d’œuvre agricole dans les travaux à la tâche: castration maïs, nettoyage tournesols, ramassage échalotes, coupe fleurs d’oignons, vendanges tout en complétant par du nettoyage de chambres et meublés en fonction des arrivées, transferts, insatisfactions propreté de touristes ou enseignants et résidents étranger en formations FLE.

    Dans Le K O de Gobert une drôle de séquence: pauvres imbéciles aigres sinistres démodés dépressifs se foutent sérieux sur la gueule dans des combats où chacun parie et peut jouer le gagnant
    dans ces scènes pas de meufs, elles allaitent et rassurent sans doute les enfants

    Comment il dit le dernier texte théâtre de François Begaudeau déjà? Nous sommes plus grands que notre temps.

    Tchin aux géants!

    • @: … / Dans ces scènes pas de meufs, elles allaitent et rassurent sans doute les enfants / …

      en revanche en fantasme, en vrai, une va faire une fausse couche: poste à responsabilités comme disent beaucoup d’autres, stress, management serré pour cadrer quelques éléments, un subordonné en particulier – dans cette scène Antoine – qui lui fait bouh ce qui a pour conséquence de faire décider au bébé futé de pas y aller, que tout compte fait il aimerait mieux pas
      de ça, Gobert le fait s’excuser son perso-revenant, c’est noté, enceinte tu peux pas bosser à ce type de poste à risque pour bébé

  9. S’il y a bien un endroit où même François Begaudeau pourrait pas m’emmener c’est à des combats de boxe alors autant dire de suite ma valeureuse concentration avec la première sèquence du film de Fabrice Gobert et ce, du premier kick sec au malaise dans le canap chez la jeune aspirante miss météo.
    Invitée rude par Antoine à partir si je veux, sûre que j’aurais pris congé de ce moment mafiaso et suceurs-blaireaux (sait de mieux en mieux l’incarner ce rôle Pio et on l’y retrouve parfois tel que dans le Vendeur de Desclous) et du taf possible à la clé.

    Me demande bien c’est quoi au juste le problème avec K O ?
    car ça a fonctionné à peu près jusqu’aux combats sauvages dans le hangar, jusque là me suis posée sans arrêt le truc fascinant du putain c’est du lard ou du?
    total hallucinée et amusée avec toutes les scènes de retour d’Antoine, sa façon de s’affirmer, de trouver con tout le monde qui pige dalle ou plutôt surcompatit car vous pensez aprés ce qui lui est arrivé, les scènes avec les flics et bim shaker au taser
    Et puis dans la seconde partie, quelle torture, quel charabia, en particulier la relation de couple avec Suzanne fantasmée/regrettée/gâchée/à rattraper, cte bouillie et j’ajoute dès ce soir à mon pique nique maudit Chiara Mastroianni, me fait trop flipper cette meuf, sa silhouette, son visage, son jeu là dedans beurk, une actrice de plus qui aimerait être canonisée je crois bien, vla la martyre.

    et puis on craint d’avoir été frôlée par des spectres de métaphores pachydermiques et vaines, des tentatives creuses de dire les abus de pouvoir au travail, les jeux de cour autour de chefs éphémères, une bouillie ridicule sur un microcosme pro, les médias? les boulots à représentation et fiche de paye plus juteuse des mecs? les retours/miraculés de coma?
    au final ce K O embrasse dalle et nous en reste surtout le plan où, frais barré de l’hôpital, Antoine se retrouve K O debout dans le salon de son nouveau chez soi jouxtant le métro aérien

    rien pipé

    • @:

      Le couple Suzanne-Antoine: et cette scène de désir frigide et délicat? fantasme de Gobert sur une scène Hollywood 50’s? Grace y jouait au moins ce cassé du cou bien sec pour dire à ce couillon de bogoss qu’elle était opé tandis que là Chiara, même pas.
      et dans ce montage ou ce scénario en flash back/patchwork – aprés je rappelle que pas pipé grand chose – c quoi au juste? des premiers attouchements style gaffe l’un des 2 est en sucre? le motif éculé du féminin à caresser grave délicat tant on sait bien sa peau si douce équipée de microcapteurs hyprasensuels que même les longues séances de vaisselle n’oxydent pas?
      ou alors c’est le corps post-trauma post-coma veillé si longuement au quotidien et dont on réactualise lentement et très crispé la matérialité incarnée (cf plan serré relou sur la main-araignée de Suzanne)
      ok pour ça

      dans ce cas et ce motif, aucune raison de s’épargner les pelles goulues de la Darling de Wright dans Baby Driver, sa Lara Croft, son Azealia Banks qui avec ou sans fusil d’assaut t’impacte à mort et contrôle constant la consistance de son Buddy chéri

      pour matinal kif https://vimeo.com/39947438 et en clin d’œil au temps où ça circulait dans le top30 d’ici

      • @: … / Suzanne-Antoine: scéne de désir frigide et délicat / …
        après, en fantasme, en vrai, vrai qu’elle se mange un pain aussi Suzanne à un moment, un droit destiné à son co-présentateur journal tv, celui des menaces, celui du sortir de l’ascenseur, celui avec ok, on y est

        Coup dont Suzanne ne cesse de réclamer qu’Antoine s’excuse et non, ça lui vient pas les demandes/présentations d’excuses à Antoine, il préfère lui en mettre un coup, la brosser comme dit faussement crânement le perso joué par Marmaï

        – Marmaï avec cette mine dans l’après match (1ère séquence) quand il sur-invite les 2 petites meufs invitées à tâter la musculature du gladiateur, de la bête de foire du soir, du boxeur vainqueur (tricheur?) maintenant si typique, cet acteur s’installe dangereusement dans les rôles de bon copain, de pote qui dépanne, doux sous la main mais avec qui on va pas si loin

        Faudrait le voir dans un bon rôle de flippe, un truc limite horreur/action et qu’il y entrouve un peu ses tripes
        sure qu’il en a des grosses Pio

    • @: …/ rien pipé / …

      ou alors si un truc, moyen convaincant, le coma d’Antoine lui fait comme un rewind ou plutôt un remix vu le bordel le K O et une sorte d´auto jugement proche mortem lui fait (re)vivre les situations telles qu’il les faisait traverser, imposait à ses proches, aux gens qui le côtoyaient, un genre de purgatoire avec seconde chance derrière sauf que comme il est con, il peut piger que mis à la place des autres? un gus dépourvu d’empathie donc faut lui foutre le nez dedans? mouais

      à moins qu’on visionne juste ce qu’il vécût en vrai avant de grimper dans la hiérarchie de la chaîne télé où ils bossent tous – unité de lieu/cœur d’intrigue – avant d’être radicalement odieux? re-mouais

      il n’empêche que c’est pas des vacances pour un mec dans le coma et qu’avec le VBT le très mauvais trip qu’il traverse plutôt solo on est loin des fanfreluches qu’on traverse à 3 ou 4, en bande, en poilade quoi

      quand ciné français triste vraiment que triste

  10. Baby Driver, et c’est qu’il y bouge pas trop deg ce p’tit blanc d’Ansel Elgort
    m’a même filé un désir tenace de revoir le Billy Elliot de Daldry

    – chez Wright, les chorés sont toutes teintées d’humour – agression du monde extérieur, circulation, passants, moqueries/intérêt des divers collégues casseurs-braqueurs-killers, monde extérieur qui toujours empêche un peu le kif de Baby b a b y oui
    agression du monde extérieur ou inversion marrante de sa handiparticularité comme en présence du tuteur sourd et bavard des gestes quand Baby surjoue les mimes éperdus du bogoss tombé en amour

    après en vrai, c’est en rejouant toutes les scènes avec Bats et Buddy que toutes les nuits on mouille ses draps depuis
    les 2 à peine à l’écran, les séquences prennent une épaisseur de big King xxl double cheese, ça t’en met plein les dents et t’aime ça

  11. @Max Billy:

    Je réponds ici sur Thoret.

    Oui, il le dit, il sonne un peu « vieux con ». Mais ça m’interpelle quand même, ça m’inquiète. Je ne suis pas d’accord avec lui quand il dit que la critique doit nécessairement être cinéphile, au point de gorger ses textes de références. François le fait pas ou peu, ce qui ne rend pas ses critiques moins intéressantes, loin de là. Ce qui manque plutôt dans la critique actuelle, c’est une pensée/vision du cinéma, qu’on sent dans chaque texte de François pour le coup. Là où je rejoins Thoret, c’est quand il regrette que la critique ait perdu toute portée, toute centralité. Au fond, tout le monde s’en fout maintenant, à part 10 mecs à Paris et ailleurs. Ca rejoint un autre constat qu’il avait fait ailleurs quand il disait que les films ne faisaient plus événement, qu’ils n’étaient plus de que de simples produits culturels.
    Libé le soulignait également au moment de la sortie du Fils de Saul, quand il regrettait le peu d’intérêt autour de ce film en comparaison avec les débats épiques à la sortie de la Liste de Schindler. De même, je relisais les extraits de critiques de Fight Club (qui est ressorti cette semaine) sur Allociné. Le film ne date que 1999, pas exactement la préhistoire quoi, et à sa sortie les réactions étaient assez vives. Certains critiques anglo-saxons n’ont pas hésité à qualifier le film de fasciste ou de nazi et des critiques français ont jugé le film dégueulasse (Burdeau dans les Cahiers) ou dangereux ou d’extrême-droite.
    Ces jugements étaient parfaitement excessifs, surtout au regard de l’inoffensivité du film, mais ils montrent bien en creux l’importance qui était donnée aux films. Idem avec l’affaire Amélie Poulain, dont tout le monde se foutrait aujourd’hui.

    • Dire « je vais passer pour un vieux con », n’empêche malheureusement personne de passer pour un con. Ça me rappelle les « j’assume » de Jean-François Copé. D’ailleurs, il me manque un peu Copé. Sa présence quotidienne me rassurait.

      Je sais pas si la cinéphilie s’est perdue. Probablement qu’à l’époque de Thoret, le cinéma c’était un truc de jeunes. C’était la consommation culturelle de l’époque, les jeunes voyaient plein de films comme aujourd’hui les vidéos YouTube et les séries. Les gens voyaient plus de films mais est-ce qu’ils avaient tous un rapport fort, personnel, au cinéma ? J’ai du mal à croire qu’il y a eu plus de cinéphiles, d’esthètes à l’époque qu’aujourd’hui, mais admettons.

      Pour les grandes polémiques autour des films, je sais pas si c’est regrettable qu’il y en ait moins. Généralement ces polémiques étaient extra-cinématographiques, elles servaient plutôt des questions sociétales non ? Pour Amélie Poulain, on polémique sur la nostalgie de la France éternelle avec l’accordéon de Thiersen. Pour la liste de Schindler sur les questions de morale. Je dis pas que c’est toujours des débats sans intérêt mais c’est pas des débats sur le film. Les films deviennent des supports à débat (comme pour Entre les murs genre). Peut-être que le cinéma intéresse pas tant de monde que ça, peut-être que c’est pas grave.

      • @Billy: C’était la consommation culturelle de l’époque, ok, le niveau de cinéphilie était donc plus élevé et on parlait davantage de cinéma. Peut-être est-ce faux, mais j’ai l’impression qu’on pouvait plus facilement trouver des textes sur le cinéma dans des revues à gros tirage, plutôt que dans des niches comme aujourd’hui. Et même chez les intellectuels, ça les excitait davantage, cf Deleuze/Rancière, aujourd’hui t’as Garcia qui s’extasie sur Six feet under.
        Je ne suis pas non plus d’accord sur les polémiques autour des films. Quand Serge Kaganski descend Amélie Poulain, il ne fait que discuter l’imaginaire de Jeunet, donc son esthétique. Il n’interprète pas politiquement le film à partir d’un hypothétique message, non il déconstruit des images, ce qui est un peu le boulot d’un critique de cinéma; Je te remets le texte, que je trouve après relecture admirable : http://next.liberation.fr/cinema/2001/05/31/amelie-pas-jolie_366387
        Concernant la liste de Schindler, tu vas aussi un peu vite. Il ne s’agit pas d’une question de morale extrinsèque au film et à sa mise en scène, mais d’un débat autour de la représentabilité de la Shoah, sur la possibilité d’utiliser des moyens fictionnels aussi puissants que ceux du cinéma pour raconter ce trou noir que sont les camps de concentration. Peut-on styliser la Shoah, peut-on faire créer un suspense avec les chambres à gaz? Ce ne sont pas des questions morales, mais aussi de mise en scène. Ou plutôt des questions de mise en scène posées en termes moraux.
        Entre les murs n’a donné lieu, malheureusement, à aucun débat propre au film, à aucune discussion sur son esthétique.

        • Thoret voit assez juste il me semble, vieux con bof, pourquoi certains domaines n’auraient pas le droit de décliner?
          On voit aussi que l’intérêt d’une partie de la critique universitaire diminue aussi, on ne s’interesse plus aux mérites intrinsèques d’une oeuvre, elle devient un simple support pour placer ses théories sociétales.

          • Le problème est le même pour la littérature d’ailleurs.

          • Ce discours de la fin de la cinéphilie est tellement répandu qu’il m’emmerde, mais c’est sûrement en partie vrai, t’as raison Charles, il n’y a qu’à regarder l’âge des spectateurs de films d’auteur dans les salles, que des retraités quasi.

            Mais je crois qu’on rate les causes de ce déclin quand on dit « aujourd’hui les jeunes c’est tweet et Hanouna alors ils ne regardent plus Ford ». J’ai du mal à croire à l’existence d’une époque bénie où tout le monde avait un rapport à l’art passionnant. (Mais s’il existe une époque où aucun type veut absolument t’exposer son avis sans concession sur un film qu’il a pas vu, j’organise un voyage temporel immédiatement.) C’est pour ça que je pensais aux différentes pratiques culturelles qui pourraient expliquer que les gens voient moins de films aujourd’hui (alors qu’on a jamais réalisé autant de films qu’aujourd’hui, que ce soit des films pros ou amateurs).

            La critique est sûrement moins lue oui, mais je crois qu’il existe encore 4 ou 5 critiques qui font le taf. On va pas balancer des noms imprudemment, l’un d’eux est ton mancrush, un autre rôde dans le coin… soyons vigilants, ces êtres isolés peuvent devenir agressifs.

            Bouboubou : Tous les domaines ont le droit de décliner bien sûr. Je suis simplement pas fan de son analyse gentiment surplombante – et finalement fausse je crois – quand Thoret incrimine l’époque tweetanouna. J’aime pas non plus son « la pratique de la critique s’est diffractée un peu partout (et n’importe où) ». Je trouve bien que n’importe qui puisse bloguer sur le cinéma. Donc Thoret sociologue, non merci, définitivement. Mais comme critique je l’aime bien. (et bim, chaque fois que j’écris « définitivement », j’ai la Bamba triste qui débarque dans ma tête. C’est la fête.)

          • @Billy: Je ne pense pas que les jeunes soient plus cons aujourd’hui qu’hier, en effet, Hanouna et Twitter ne sont nullement les causes du déclin de la place occupée par le cinéma dans le champ culturel.

            Sur la critique, puisque tu parles de ton man crush, regardons ça de plus près.
            Jérôme est rédacteur en chef ciné du magazine Chronicart. Quand j’ai commencé à le lire, en 2007 très exactement, le magazine paraissait tous les mois et disposait d’une version en ligne. Vers 2011, il ne paraissait plus que tous les deux mois. Puis il a changé de nom (devenu Chro) et n’a été disponible qu’en ligne. Entre temps, Jérôme le magnifique est allé faire un tour aux cahiers avec ses potes Malausa et Tessé, tout en restant rédac chef de Chro. Jérôme a vite abandonné les Cahiers – je crois que la ligne Delorme le soûlait quelque peu -contrairement à ses potos qui y sont restés. Maintenant Chro publie trois critiques ciné par mois et les mecs sont 5. Donc voilà, c’est pas jojo.

          • @:

            http://lessor42.fr/la-nouvelle-comedie-dans-ses-murs-19784.html

            ´ Il faut vivre avec son temps
            – qu’est-ce que son temps?
            – qu’est-ce que notre temps? ´
            – Nous sommes plus grands que notre temps, François Begaudeau, Matthieu Cruciani, des jeunes –

            nouveau site pour la troupe de la Comédie de St Etienne, nouveau texte, nouveaux corps, nouveaux jeux, les projets de notre homme de théâtre mettent la joie, yeah.

          • @Charles: Ah non : Jérome c’est Ton man-crush, puisque mon man-crush c’est toi. Hormis cette histoire de mon-ton, tu es très précis sur le parcours de Jérome, sur l’évolution de Chro, je vois l’idée.

            Tu voulais relire un truc précis du dis-moi ou juste te balader ?

          • @Spectatrice: Mais bon sang que fais-tu pour avoir toutes ces infos ? « Nous sommes plus grands que notre temps » fait clairement envie. Titre bien badass.

          • @: …/ que fais-tu pour / …

            c l’amour

          • @Billy: Je me suis créé un compte sur le site Sens critique, j’y rassemble toutes mes « critiques », notamment celle sur l’Inconnu du Lac que j’avais postée sur le dis-moi.

          • @Charles:
            Tu nous mettra le lien ?
            Mais si j’étais toi je les regrouperais dans un super recueil avec une couverture en peau de singe. En hommage.

          • @Atom: Je ferai ça.

          • @Charles: BG ! Je regarderai avec plaisir. J’étais pas encore là pour L’Inconnu du lac en plus, ça m’intéresse. Et tu peux largement virer les guillemets qui minimisent tes critiques.

          • chers amis
            j’ai bien tout lu les travaux de vacances
            reviendrai bientot sur quelques points
            merci pour toute cette matière

          • @François: Ouais parce que pendant que tu te roulais les couilles à la plage certains bossaient ici

          • serait possible de ravoir le lien du texte de Thoret?

          • @François Bégaudeau: Charles est encore parti déjeuner tu penses bien (regard entendu bouche pincée et aussi un peu tordue).
            Et pendant que môssieur se goberge, c’est qui qui fait le boulot ? c’est les femmes comme toujours http://webretines.canalblog.com/archives/2017/01/24/34846971.html

          • accessoirement j’ai un peu de repassage en retard

  12. Bonne nouvelle :http://www.indiewire.com/2017/08/steven-soderbergh-logan-lucky-distribution-model-fingerprint-releasing-director-power-1201862463/

    Soderbergh sauvera-t-il le monde ? En a-t-on pas marre de voir les films de Baumbach, Joon-Ho et JC Chandor devenir inaccessibles ?

    Spectatrice voit plus de films récents en une semaine que moi en un an. Mais dès que je peux, je ferai une heure de route pour voir une séance en VO de Baby Driver ou Song to Song (et bientôt les filles d’avril) et je viendrai soutenir Spectatrice pour alimenter ce feu de joie qu’est ce forum.

    • @Atom: happy and waiting for u
      pour patienter, les yeah yeah yeah yeah des pogues en vo https://m.youtube.com/watch?v=W-JdFM41RUg
      ps: la scène d’ouverture du Baby driver ramène vite fait à celle du La colère d’un homme patient de Raúl Arévalo tiens, même pulsation sauf que cette fois sont 4 dans la bagnole
      ps: à 1 h de Mimizan c what pour une vo? Bordeaux?

      • @spectatrice:
        Comme personne dans ma région natale n’a voulu me donner du travail je suis en exil pas loin d’Alès.
        Si tu es en vacances dans le nord des landes, le cinéma Le Renoir à Biscarrosse propose parfois des films « D’auteur » en VO sauf l’été où l’accent est mis sur les blockbusters… Sinon tu peux tenter La Teste à 30 min et évidemment Bordeaux. J’avais un ami qui allait jusqu’à prendre le train pour rejoindre Bordeaux et voir un film, ce fou (maintenant il a une voiture).

        • @Atom: … /Comme personne dans ma région natale n’a voulu me donner du travail /…
          on aime, on y entend le malin et si juste retournement de sens de la pensée, la sorte d’à contresens que chérit miss iacub entre autres et on aime

          d’un coup on se rappelle encore un peu irritée – et ça nous emmerde bien de pas être tout en marbre -d’une autre qui tandis qu’on découvrait total l’essentiel des tâches d’un taf nous a larguée d’un: désolée peux pas attendre deux jours, tant pis si on s’est ratées – genre s’est crue sur meeting l’autre – et on s’est fait larguer pour une première – j’te jure – par boîte vocale
          alors que venant de finir la vacation du matin, on la rejoignait en métro pour l’avant dernière des 1/2 journées d’essai/formation intensive qu’il restait comme convenu

          heureusement on a le ciné, celui des autres et son sien propre qu’on produit, finance, tourne comme en circuit fermé ou presque

          Là où je survis-bosse cette semaine, ça en propose aussi du blockbuster t’inquiète, Spiderman en 2 3 6 D, ça y annonce Thor – un peu la hâte – ia aussi Valerian et sa bitch de l’espace,
          En revanche et en parallèle – à ma connaissance c’est une première de cet été – nous font cadeau d’un programme art et essai (doit être parcqu’ils savent enfin que je râcle ici depuis plusieurs années maintenant) but j’ai râté le Rodriguez, le Mysius de très peu et là c’est la semaine à Gobert, vais voir

          ps: merci pour les recos-cityciné personnalisées, si passage vers le pays landais, je saurai

          • @: … / à ma connaissance c’est une première de cet été / …
            autre nouveauté: pas de bd de l’été produite par mon idole et servie en tranches day aprés day, jour que je commence fébrile en étant jamais certaine de de choper un exemplaire du Libé
            ça m´fait tout drôle

    • @Atom: à moins que ce soit Max qui soit de Milizan
      d’un coup, sais pu

      dans tous les cas on trouve que c’est un chouette surnom mimizan non?

  13. pas de cure-dent mais des écouteurs pour Elgort dans le Baby Driver de Wright
    et c’est pas rien qu’on y entend puisque c’est Brighton Rock entre autres et spécialement dans une séquence quand c’est méchant méchant
    Les jeux de Foxx et Hamm claquent bien leur mère même en zone déclarée neuneu où on a droit qu’à une vf
    Spacey y joue le Doc, une espèce de mentor paternaliste et big romantic bof après quand t’aimes Queen et que t’aimes conduire vla comme tu vas te coucher pas que mécontent,

  14. oui, un petit côté ´ et advienne que pourra ´ un peu aussi chez Rancière
    https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-26-juin-2017
    on l’y entend à partir de 4´30 par là rire de la question d’Adler à propos d’une chanson de Miossec Laure dont la voix est de plus en plus crépusculaire
    quant à Jacques jamais il ne laisse dire résumer raccourcir ce qu’il aurait dit, jamais il lache l’affaire et précise, redit, se méfit toujours du général, des liens inappropriés et tant pis pour les gens fatigués

    • @: La grande table https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/revaloriser-la-democratie-avec-jacques-ranciere

      – pour le ´ on vous a entendu pendant le journal ´ c’est ici https://m.youtube.com/watch?v=vEyq-E_IuZU où on lui demande la différence entre un choix et une décision

      • @: toujours doux de réentendre dire l’agglomérat de mosaïques-individus qui composent cette entité que fantasme certains avec le mot peuple, ce chimpanzé
        Mosaique qu’est l’individù déjà, sorte d’aggloméré lui même, d’aggloméré de ce qu’il chope ici et là et qui pourrait du même coup régler définitivement son compte au prêche incessant du vivre ensemble puisque tout individu en est en quelque sorte déjà le produit vivant de ce qu’on vit tous, les uns avec et aux côtés des autres,
        sacrée chierie quand même de pas rester tranquille avec ça,

      • @spectatrice: merci spectatrice pour tous ces liens. c’est vraiment lumineux ce qu’il raconte sur la différence entre les choix qu’on nous propose et qui nous restreignent et la décision qui vient de l’action.
        et alors que certains coordonnent leurs chaussures avec leurs fringues, lui il assortit son pull au logo de france culture. top classe pour les yeux.

        • @GaelleS: … / Top classe pour les yeux / …
          le purple groove? ouais, contente que tu aies relevé le truc avec tes yeux rieurs qu’ont du goût
          il hit the road Jacques* tandis que ma pêche porte un top corail et des nus-pieds cerise
          sont plutôt calcinés les touristes là où je traîne, faut sortir du lot si on veut lever un truc
          * en revanche la coupe pucelle qu’il arbore souvent, ça m’allume moyen

          • @spectatrice: bah t’as plus qu’à trouver l’émission dans les mêmes tons et tu vas tout déchirer même si t’as une coupe de cheveux pourrave.
            Merci pour Azealia, je connaissais pas. Quelle bouche, donnerait presque envie d’être lesbienne ou cannibale.

    • @: un ´ et advienne que pourra ´ induisant une posture qui fait confiance aux capacités de tous, une préocupation du comment faire pour que les capacités de tous soient actualisées, prises en compte, à leur maximum en quelque sorte et moins reçues dans le jugement de leur fatale inefficacité à grande échelle soit comme de simples rêveries, des utopies bien jolies et amusantes à entendre absolument inapplicables irl

  15. Du hérisson de Chevillard

    où sans être prévenue on lit par exemple

    … / Je vois par ma fenêtre tomber sans interruption cette pluie sale de novembre qui a déjà servi l’année dernière. / …

    p.25, et on bloque amoureusement
    c’est qu’on l’entend et la voit bien la vieille pluie qu’il dit Eric avec sa façon de ronronner les saisons, leurs cycles et ça implose dans son début de cheminement en paragraphes de 10 lignes quasi chaque sur l’empêchement l’impossibilité que lui file du hérisson, du hérisson naïf et globuleux dont la présence le mobilise total

    • @:

      …/ J’en profite pour relancer le feu, qui faiblissait. L’agenda 1984 est en cendres. Ainsi, il fait moins pitié. Il gagne en légèreté. J’attrape un autre manuscrit, je l’ouvre au hasard et je lis: Louis Braille aussi pour s’adresser aux sourds, quelle invention géniale, décidément, les muets devraient l’essayer.
      Souvent mon rire grimpe l’escalier sans moi. Je reste en bas. Je m’assois sur la première marche et je pleure. Mais le feu veut bien s’amuser un peu de cette plaisanterie misérable. Tant mieux. Je dépose la chauve-souris à côté du hérisson naïf et globuleux devant son nez pointu dont l’extrémité est ronde, cependant, comme aplatie ou coupée net. / … p. 87-88, Du hérisson, Éric Chevillard, 2002 les éditions de minuit

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