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42 806 Commentaires

  1. https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/places-de-la-republique-10-la-fonction-publique

    à 17 min, au Tribunal de Grande Instance de Marseille, un mec de 18 ans est jugé en comparution immédiate pour avoir volé les portables de trois filles. La juge et le procureur sont d’une violence inouïe « On ne sait même pas comment on arrive encore à vous regarder comme un être humain. »
    « vous volez des portables parce que bah ouais, vous avez pas d’sous », « dans quelques années, vous ferez de la téléréalité. »
    5 ans ferme. J’ai du mal à croire que c’est réel.

    (Sinon, au début du reportage, dans un cours déprimant, on demande à un type en 2nde à quel mot il associerait le terme «apprendre». Il répond anal. J’aimerais être dans son équipe au time’s up, on déconnerait bien.)

    • @Billy: glaçante en effet cette scène de tribunal. merci BillY.

    • toujours été frappé, dans les recensions de procès ou de comparution, par les incroyables initiatives verbales que s’accordent les juges
      envie immédiate de les tuer
      sans procès

    • @Billy: c’est effrayant

    • Suite à ce reportage, le tribunal de Marseille a retiré à France Culture son autorisation d’enregistrer les audiences. Alors oui on peut critiquer le mépris de la juge, l’agressivité de la procureur, leur plaisir manifeste à humilier l’accusé, n’empêche le tribunal a su prendre conscience de ses erreurs et réagir très vite. Faute avouée à moitié pardonnée.

      http://www.arretsurimages.net/breves/2017-03-16/Un-reportage-de-France-Culture-censure-par-la-justice-Mediapart-id20507

      • merci pour ce document, et pour ton humour
        incidemment, bon exemple de défense par l’exception et par l’individualisation : les autres magistrats, outrés, individualiseent la faute de CETTE magistrate et s’en désolidarisent, ce qui est une façon de sauver l’institution -on devra juste traquer les brebis galeuses.
        alors qu’un pensée radicale tacherait de montrer, non que tous les magistrats sont aussi nazis, mais que le dispositif judiciaire autorise, produit (encourage?) cette dérive -et que donc cette dérive, aussi exceptionnelle soit-elle, n’en est pas une.

        • @François Bégaudeau: J’abonde dans ton sens. Ma petite expérience d’avocat m’a déjà rendu témoin de tels emportements des magistrates – bien qu’aucun n’égalât cette violence. J’ai ainsi pu assister au racisme social, au mépris et à l’infantilisation des mis en cause qu’on retrouve souvent dans les tribunaux. Je n’aime pas les magistrats, je n’ai rien contre eux in personam (quoique…), je me dis souvent que c’est une sale race, mais n’oublions pas que c’était un métier impossible. C’est impossible en théorie – qui suis-je pour juge, comme dirait l’autre. Mais c’est aussi difficile en pratique : dossiers à la chaîne, mis en cause parfois violents, outranciers, débiles ou tout simplement ingérables. C’est épuisant. Ca peut donc donner de tels débordements. Donc oui, ne personnalisons pas trop ce genre de scandales. Après, si l’institution produit ce genre de dérives, on ne devient pas magistrat pour rien, y a une disposition chez ces gens tout de même qui fait qu’ils finissent par être magistrats qui peut poussée à l’extrême donne ce résultat.

          • @Charles: Depardon a bien renseigné la chose. Avec une histoire de couteau qui decoupe le saucisson et qui devient l’objet d’un delit potentiel. Super travail merci raymond

          • tu parles d’une scène de 10ème chambre?

          • Yep toujours la défense par l’exception/l’individualisation, comme « le dérapage de qqs flics » lors des affaires Théo et Adama Traoré. Alors que c’est pas la dérive de qqs zélés, c’est même pas la dérive d’un système, c’est son point culminant.

            Charles, en tant qu’avocat, tu estimes que ton rôle est différent de celui des magistrats ? que ton attitude/tes motivations/tes prédispositions sont différentes ? Y a quand même un rapport de domination avec les clients non ? (déjà les avocats, on les appelle « maître », ça m’excite moyen) Ça m’intéresse vachement, je demande tout ça sans agressivité, de façon très naïve avec de grands yeux kawaii. Ou des gros seins. ‘Fin n’importe quoi qui te mette à l’aise.

            Hé puisqu’on est sur les seins, tu dis « emportement des magistrates », c’est à cause de l’extrait radio ou il y a aussi un problème de bonnes femmes selon toi ? Je sais pas… de dominées qui deviennent revanchardes ? Ou alors l’emportement féminin marque davantage car perçu comme plus vulgaire ?
            Pour le coup, là, je sens un début d’agressivité arriver dans mes doigts. Foutu clavier sans fil.

          • @François Bégaudeau: oui exactement, de toute la séquence avec le sociologue qui avait un Opinel dans son sac à dos et face à qui la présidente bouillonne d’exaspération

          • Le sociologue ? celui qui argumente et essaie de se défendre tout seul ? Il essaie de s’adresser d’égal à égal, et se fait remettre à sa place comme un gosse qui chahute au fond de la classe. Hyper infantilisant le jugement. Puis d’ailleurs c’est quoi sa place là-dedans ?

            Pour l’enregistrement FranceCul, c’est différent. Le prévenu est tellement docile, sage, taiseux, que ça me fait de la peine.
            J’avais pas entendu le prénom du prévenu lors de l’émission, je crois qu’il ne le donne pas, mais au mépris avec lequel on s’adressait à lui et à sa résignation, j’imaginais qu’il était arabe. C’est confirmé par les derniers articles. Tout est en ordre.

          • @Billy: oui c’est lui et c’est intéressant à ce moment là du film parce qu’elle bascule sous nos yeux de l’autorité à l’autoritarisme, en se permettant un jugement acide et méprisant sur ces intellectuels qui cherchent à comprendre et se mêlent de ce dont, clairement, elle aimerait bien qu’ils ne se mêlent pas (dans ce cas précis l’interpellation abusive et musclée d’un étranger, puis la défense de ses propres droits sans passer par un avocat).

          • Je ne me souvenais plus de l’opinel mais bien de la scène, décisive,
            S’y révèle l’interdit absolu pour la structure : que des prévenus prennent vraiment au pied de la lettre l’égalité. C’est la faute éliminatoire, la transgression rancierienne de base : un type prétend sortir de la place infériorisée à quoi on l’assigne, en discutant d’égal à égal avec le juge, en se hissant au niveau de savoir des sachants
            « Nu n’est censé ignorer la loi »? Le contraire. Tout le sytème présuppose et parie sur le fait que les citoyens ne connaitront pas la loi, laissant un coup d’avance aux sachants, et donc une marge d’autorité

          • @Billy: Oui, j’estime que c’est tout à fait différent. Comme le dit Dominique Tricaud, pénaliste de renom qui ne porte pas dans son cœur les magistrats, l’avocat défend les droits et les libertés individuelles tandis que les magistrats défendent l’ordre établi. Evidemment, c’est un peu excessif mais c’est l’idée. En tant qu’avocat, je défends des intérêts d’une personne concrète. Je ne prétends absolument pas à la neutralité, ne me soucie pas de la Vérité (je propose simplement une interprétation de la situation) et je ne prononce pas de sanction au nom d’un idéal. L’inverse d’un magistrat, ce qui donne naturellement des dispositions différentes (notamment une certaine mégalomanie et l’envie d’en découdre).
            Evidemment, il y a un rapport de domination, de supériorité par rapport au client : par qu’on ne risque rien, parce qu’on connaît le droit (on est donc un sachant), parce que le magistrat, normalement, nous respecte, parce qu’on a une robe, qu’on nous appelle Maître et qu’on fait partie de l’institution in fine.
            Pour les magistrates, ils se trouvent que la profession s’est considérablement féminisée et que j’ai eu affaire à 80% à des femmes. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque les dispositions exigées pour être magistrats sont plus souvent inculquées aux femmes (respect des règles, de l’ordre sans utiliser la violence et son corollaire, l’infantilisation du mis en cause). Dans ces conditions, il est assez normal que les débordements auxquels j’ai assistés fussent 100% féminins. Mais rassure-toi, mes confrères me rapportent aussi des dérapages masculins.

          • @Charles: Merci pour ta réponse ! De loin, j’imaginais que c’était plus poreux entre magistrats et avocats : mêmes études (vous faites les premières années de fac ensemble non ? puis il y a une école de la magistrature euh… tu peux préciser pour les études supérieures ste plaît ?). Je me disais aussi qu’avocat et magistrat avaient le même goût pour l’institution, l’ordre, et l’auto-mise en scène.
            Une expérience scientifique qui marche pas mal pour mesurer le taux de porosité c’est : qui couche avec qui ? Les couples d’avocats, ça me parait fréquent. Les couples avocat-magistrat, ça existe aussi ou pas trop du coup ?

            Ah je savais pas que les magistrats étaient surtout des femmes. C’est logique comme tu l’expliques. C’est déprimant.

          • Le livre de Raconter la vie, La juge de trente ans, était assez intéressant sur les causes et conséquences de cette féminisation de la magistrature.

          • @Billy: Je ne connais pas beaucoup de couples avocat-magistrat (1 en fait, et de loin).
            Sur les études, on est ensemble jusqu’en Master 1/ Master 2 (4ème et 5 ème années), puis les aspirants magistrats passent l’ENM (école nationale de la magistrature) tandis que les aspirants avocats passent le barreau. Et après on se revoit en audience.
            Les avocats ont le goût de l »auto-mise en scène » mais c’est beaucoup plus assumé à mon sens.

          • Merci les mecs ! Je note le bouquin. Au début, j’avais pas compris que « la juge de 30 ans », c’était le titre tellement ça fait pas titre.
            Charles tu m’as convaincue. Dans une institution à abattre, les avocats sont une espèce à protéger, des petits pandas roux.

      • @Billy: tu me fais penser que cette semaine j’ai appris le mot crouille. Je connaissais pas.
        Pendant qu’une amie-collègue apprenait qu’il existait un centre de soins des conduites addictives spécialement fait pour les policiers.
        ah on en fait un beau métier. On en apprend des choses.

        • @anne-laure: Je connaissais pas « crouille » non plus. Pourtant les mots racistes en général, ça circule facilement. Je suis bien contente de te faire penser à ce mot dont j’aime le sens comme la sonorité. Franchement ça me va bien.

          • moi je connaissais, et même je le dis souvent (à des blancs)

          • dans les années 80 on disait ratons aussi

          • Raciste d’accord mais raciste vintage

          • @Billy: ben j’ai pas compris si c’était un mot insultant ou affectueux.
            Affectueux s’il reste entre arabes ai-je compris.

            C’est les gens du voyage qui m’apprennent des mots pareils, ils aiment se démarquer avec leur vocabulaire élaboré ceux là.
            Je te conseille d’en fréquenter un ou deux pour augmenter ton panel lexical.

          • @françois: c’est vrai qu’on pourrait dire qu’on va se faire une bonne crouillade aussi.
            ça sonne joliment.

    • un peu curieux de voir ça quand même

      • @François Bégaudeau: Ah bon? Pourquoi ça? La bande-annonce laisse présager le pire…

        • sans doute par masochisme -et puis F. Mercier m’a dit que ca se regardait
          de toute façon ces objets ont toujours une grande valeur symptomatique (voir Rock n’ roll)

          • @François Bégaudeau: Oui c’est vrai, ça permet de penser un état du cinéma. Et c’est symptomatique de quoi, Rock n’ roll?

          • de la betise de Canet, qui est, je crois, la betise de sa classe
            et de son incapacité à situer son propre talent
            (ce qu’il finit par faire dans la dernière demi-heure)

    • @Charles: je suis d’accord avec toi, Charles. Et qu’a fait Nicolas Bedos d’artistiquement intéressant depuis qu’on entend parler de lui ? Rien. Ni du côté des textes, ni du côté du cinéma (pour ce que j’en connais). Ce mec, c’est juste du vent.

      • c’est pas grand chose, en effet
        mais pourquoi? qu’est-ce qui empêche ce genre de créatures?

        • @François Bégaudeau: L’amour qu’il porte à son milieu duquel il attend fiévreusement la validation, la reconnaissance. Et en même temps, il a honte de son succès, parce qu’il sait qu’il est là où il est grâce à son père.

          • @Charles: Même si je pense qu’en vrai c’est le fifils à sa maman.

          • c’est décidément difficile d’etre bien né
            et je le dis sans ironie

          • @François: Ou plutôt : ne sont pas bien nés ceux qu’on croit.

          • belle rectification d’obédience nietzschéenne

          • @François: Gageons que si Nicolas Bedos avait été fils d’ouvriers, il aurait déjà réalisé une demi douzaine films, et tous sublimes. Des films de Kechiche.

            Tu veux pas le dire avec un chouille d’ironie quand même ? Au premier degré, ça me fait comme un point de côté.

          • essaye le premier degré et demi, ca passe tout seul
            ça glisse comme papa dans maman
            (oui j’avais envie d’ecrire cette expression)

          • Va pour le degré 1,5 et défendons nos belles expressions françaises ! Papa dans maman, c’est du patrimoine, c’est la France éternelle. (mais t’es un peu dégueu quand même)

          • je suis dégueu comme la france éternelle
            comme Thierry Roland, dont c’était une des expressions préférées
            avec l’immense « ca sent le paté »

        • @François Bégaudeau: si on est purement technique pour juger son film -vu hier soir-, on s’aperçoit que visuellement c’est un plantage de première, un des pires navets que j’ai vus ces dernières années, du premier choix. Après, on se dit que ce garçon est dans une configuration absolument affligeante vis-à-vis de l’art, qu’il charrie des mythologies en veux-tu en voilà, qu’il cite à tout-va, sans jamais démontrer concrètement l’existence d’un geste artistique. Dans son nanard, il fait référence à Dostoievski, Pérec, et plein d’autres, les yeux écarquillés, parce que son rapport à la littérature est de pure sidération. Sauf qu’il pourrait citer Fauchon, La Baule-Escublac, ça ne fonctionne que comme pur signifiant qui clignote. C’est comme les citations de Taubira ou celles de Finkie.

          Même remarque quand il n’aime pas : Modiano est réduit à un écrivain pour vieux. Voilà ce que lui inspire la remise du Goncourt en 78. Je ne sais pas ce qui se joue de personnel là-dedans, si son drame est de ne pas se sentir légitime en tant qu’auteur, comme le dit Charles. Mais à la limite, je m’en fous en voyant le film. C’est son affaire. Ce que je vois techniquement, c’est un mec qui multiplie les plans-séquences tape-à-l’oeil avec travellings virevoltants, tellement virevoltants que t’en as un qui devient circulaire quand Victor se met à écrire. Et tu te dis : c’est pas vrai, il va pas faire l’ellipse du mec dont la barbe pousse à mesure que son texte avance. Bah si, il le fait. Et il réitère avec la scène de ballade à vélo pour montrer que le temps passe et que sa fille grandit. Tout est comme ça. Et comme les thématiques sont traitées comme elles sont filmées, tu prévois que le gars qui offre sa femme au gigolo sud-américain, va le foutre dehors au moment où il s’apprête à la baiser. Et ça arrive également. Avec les larmes d’excuse qui vont avec. Ca va de soi. Parce qu’à la limite, il aurait été Bertrand Blier, le gars aurait fini son repas tranquillement dans sa chambre en regardant les deux autres baiser. Ce qui n’aurait déjà pas été bien fin. Mais Bedos est un sentimental et il veut que ça se sache. Un bon vieux moraliste bourgeois, surtout.

          Et après, tu lis 75% de critiques positives. Là, tu en viens à douter : soit les mecs n’ont pas vu le même film, soit il y a des potes à Bedos dans le tas. C’est juste pas possible de défendre une merde pareille. Et j’avoue que le visionnage n’est vraiment pas une partie de plaisir.

          • @François: c’est-à-dire que ce qui n’aurait pas été super fin, c’est que le mec aurait continué à faire des bruits de succion avec ses huîtres (ce qu’il fait déjà pour imiter le sexe de sa femme, pouet pouet tagada).

          • et puis, structurellement, pour raconter la vie d’un écrivain sur 45 ans, tu fous un bon vieux récit-cadre avec un flashback. Le truc qui n’a jamais été fait, quoi.

          • La Baule-Escoublac, pardon

          • Oui c’est vrai, tu lis 75% de critiques positives et tu en arrives à douter : soit il y a des potes à Bedos dans le tas
            (même si « potes à bedos » ne serait pas exact, les solidarités de classes et de milieux se jouent plus subtilement que cela – pas besoin d’etre potes pour etre imprégné d’un sentiment de co-appartenance, avec ces solidarités potentielles (tout cela étant assez inconscient, de sorte que les incriminés seront toujours de bonne foi, comme Fillon, en protestant de leur honnêteté, de leur objectivité)

          • @François: oui, merci de préciser, je suis allé trop vite, l’agacement.

          • @Jérémy: Le film s’est quand même fait étriller par Libé, Le monde, les Inrocks. Positif, les Cahiers et Chro ne se sont même pas fait chier à le voir (ou le recenser). 75% de critiques positives, ok, mais n’oublions pas que peu de plumes intéressantes figurent parmi celles-ci, voire aucune, ce que Bedos sait, c’est pour ça que son calvaire n’est pas terminé.

          • rectification nécessaire

          • @Charles: oui, c’est vrai.

          • en même temps si enfant on avait dû partager le gigot familial un dimanche sur deux avec Simone Signoret on serait peut-être un peu atteints nous aussi

          • @Jérémy: ben moi jérémy je me demande pourquoi tu t’es infligé d’aller voir un film pareil,
            tu peux pas ne voir que des films de gus van sant comme tout le monde ?

          • @Juliette: tu confonds pas avec benjamin machin, le mec de loft story ?
            ou avec jean gabin.

          • @anne-laure: simone, la meilleure amie de son papa

          • @Juliette: ah ouais ? son père c’est jean gabin , ben ça alors, je croyais que c’était guy.
            Il m’ a manqué tant de paris match dans ma vie.

          • @anne-laure: et sinon t’as vu que ce qui arrivait aux pères qui oublient d’enfermer leurs enfants dans le placard avant l’émission ? http://www.slate.fr/story/139931/bbc-interview

          • @Juliette: et tu l’as vu mon cul ?
            oui très rigolo cette petite qui arrive dans la pièce bien décontractée,
            et l’autre avec son engin robotique qui déboule derrière,
            pauvre femme chinoise ceci dit, pauvre femme esclave.

          • @anne-laure:

            pauvre femme chinoise ceci dit, pauvre femme esclave.

            exactement
            je vais te raconter une histoire
            une petite histoire du samedi soir
            dans ma rue à londres il y avait un beau jardin réservé aux gens qui habitaient autour,
            on avait une clé pour y entrer (moi j’étais locataire, le proprio me l’avait filée)
            y jouaient des enfants gardés par des femmes comme cette femme, dont beaucoup étaient des Philippines
            un jour celle qui s’occupait de Jack, John et James avec qui je papotais parfois pendant que Zaï et Zad se battaient jouaient avec eux, m’a expliqué que leur père, qui travaillait dans la finance, gardait son passeport;

            elle habitait chez ses patrons, qu’elle avait suivie depuis Hong Kong où ils l’avaient recrutée quand ils y travaillaient, et bossait 6 jours sur 7 de 7 heures du matin à minuit.
            elle en avait assez et voulait se casser mais avait longtemps hésité parce que son salaire finançait les études de sa fille aux Philippines et la maison de retraite de sa mère; elle était veuve et leur envoyait des sous tous les mois.
            mais là elle était décidée à se barrer en douce parce qu’elle en pouvait plus, sauf que son patron gardait son passeport

            je lui ai dit que ça s’appelait de l’esclavage et que je lui donnerai le numéro d’une association qui pourrait l’aider; s’occuperait de tout, qu’il y en avait plusieurs des assos comme ça parce que des esclavagistes comme son patron il y en avait beaucoup à Londres, haut lieu de la finance.

            le surlendemain elle avait disparu

          • @juliette: Oooooh très bien, très belle histoire du samedi soir.

          • @anne-laure: samedi prochain à la même heure je te raconterai celle de la jeune fille au pair croate qui travaillait dans la même famille,
            sauf si on a autre chose à foutre toi et moi

          • @juliette: samedi prochain je serai pas là parce que je danse un samedi sur deux.

          • @anne-laure: Tu as bien raison.

          • @Anne-Laure et Juliette B: j’ai vu « Paranoid Park ». Toutes ces images évoquent le rapport d’Alex à son environnement, au monde en général. Le film débute à peine, le personnage vient de dire « salut » et on voit déjà des images de skaters au ralenti. Il y a plein de séquences marquantes. J’adore la scène de la douche, parce que la bande-son impacte l’image, comme si elle l’anamorphosait. Les gouttes ne tombent plus de la même façon, parce que ce qu’on entend en off modifie la perception de ce qui est montré.

            C’est un des piliers du film, ce travail sur le son et c’est vraiment magnifique. Je note que, comme dans « Elephant », les adultes sont le plus souvent absents, lointains dans le plan, flous. La mère, en particulier, qu’on ne voit jamais de face. Et le père, dont on ne perçoit le visage qu’à partir du moment où il dit que la séparation est dure pour lui. Il ne faut évidemment pas y voir de morale là-dedans, façon « les adultes sont démissionnaires, les ados sont livrés à eux-mêmes ». L’existence d’Alex n’en a pas besoin. Ce n’est absolument pas un film sur la culpabilité, le remords.

          • ce serait même un film qui tache de soustraire les corps à la culpabilité, de leur conserver une sorte de virginité morale dans le drame

          • @Anne-Laure: réflexe d’ultime curiosité. Passons.

          • @Jérémy: comment interprètes-tu le moment où Alex devant la télévision écoute ce qui se dit sur l’affaire et paraît soudain terrorisé ? il sursaute, a un mouvement de recul dans son fauteuil et se cache le visage derrière sa casquette (ça fait penser à un film muet ce plan sur son visage à ce moment là);

            je me suis interrogé là-dessus

          • Alex n’a pas du tout réalisé ce qui arrivait
            il y a une dissociation entre ce qu’il a vécu et ce qui s’est passé
            il est absent aux faits -et donc ne saurait en etre tenu coupable
            (ce qui ne signifie pas du tout qu’il n’ait pas de sens moral, comme le montre cette scène de canapé)

          • @François: oui, d’accord.
            Et en plus le commentateur indique à tort qu’il y a peut-être eu dans cette affaire une intention criminelle, ce qui est d’autant plus violent à entendre pour Alex.

          • @françois: heuuuu pardon mon françois mais je crois pas qu’alex soit absent des faits,
            t’as qu’à voir sa tête face au bonhomme coupé en deux.
            Ou bien tu veux dire qu’il ne se sent pas responsable de ce qui est arrivé ?
            On peut dire tant il est vrai qu’il n’y est pour rien dans ce grand malheur,
            quel grand malheur,
            Moi je pense qu’il s’est tout de même bien ressassé la scène dans sa petite tête d’alex.
            C’est ce qui arrive lorsque tu te retrouves dans une scène d’accident.

            Et comme le remarquent jérémy et alice,
            avec la façon dont gus joue avec les sons, le cri qu’on entend, venu de nulle part si je me souviens bien au moment où le flic chinois interroge le paisible alex,
            est le cri qu’on n’entend pas de la bouche du bonhomme coupé en deux.
            J’aurais dit ça ouais,
            c’est le cri dans la tête d’alex.

            Mais ça doit faire longtemps que tu as vu le film.
            Je te pardonne.

          • oui mais alors cette attitude dans le canapé?

          • @françois: la scène dans le canapé face à la télé c’est comme le dit juliette, comment sont interprétés les faits par la société, par les autres, la flicaille et les médias, à l’attention des braves gens,
            ce qu’il se prend à la figure et lui file la gerbe d’angoisse à mon avis.
            D’avoir été au centre de tout ça, des repercussions possibles sur lui.
            Il n’avait pas besoin qu’on lui rappelle.
            Ce qui n’empêche qu’il regrette bien cet évènement, pour sa part, qu’il trouve que c’est pas très normal cet homme qui perd la vie sous ses yeux, qu’il aurait aimé que cela n’arrive jamais.
            C’est un peu de la culpabilité non ?

            Non mais j’arrive à me mettre à sa place parce que moi-même j’ai fait tomber un type d’une falaise un jour sans faire exprès oups.
            Je voulais discuter avec un scarabée me suis baissée et pouf avec mon gros cul.

          • @François: oui, la manière dont il regarde cet homme coupé en deux montre qu’il est complètement dissocié de ce qu’il a fait et qui, de toute façon, procède d’un événement complètement hasardeux.

          • @Juliette B: le mouvement de tête qu’il amorce ne modifie pas radicalement l’expression de son visage, notamment cette espèce de moue qu’il conserve dans un certain nombre de scènes, surtout lorsqu’il est seul. Lorsque la caméra se rapproche, c’est vrai qu’il recule, il saisit sa casquette, se cache la bouche, mais son exclamation « oh putain » laisse le champ ouvert à plein d’interprétations. Mon idée, c’est aussi que le plan rapproché sur le visage et plus précisément les yeux du présentateur qui semblent directement l’interpeller, lui font aussi peur à travers ce qu’ils colportent, à travers l’inquisition morale dont ils semblent l’émanation. Mais ça concerne la société, ça ne regarde pas du tout Alex et son geste, dont effectivement il est dissocié. Ce regard renvoie aussi à celui du policier quand il interroge tous les skaters en classe.

          • plutôt « il recule quand les informations se précisent sur le mort et la caméra se rapproche de lui à ce moment-là »

          • @Jérémy: mais ? z’avez pas bientôt fini françois et toi avec vos dissociations ?
            Il n’est pas dissocié devant la scène d’horreur du demi-corps humain qui agonise comme une poule sans tête, il a une attitude fort adéquate.
            Il est figé sidéré, ne pense plus.

            Aurait-il fallu qu’il hurle en fuyant comme au théâtre « quel grand malheur » la tête entre les mains ?

          • il me semble qu’on n’est toujours un peu dissocié, même quand on achète une baguette
            il y a une distance entre soi et ce qui est vécu, de sorte qu’on ne vit jamais rien pleinement
            cette distance me parait à la fois le propre de l’homme et la condition de sa survie
            dans la cas d’un drame, cette faculté de dissociation s’active encore plus, par nécessité vitale (voir les propos de criminels ou de témoins)

          • @Jérémy et françois: à juliette j’avais pas dit figé mais décomposé d’ailleurs, ce qui est un grade au dessous,
            mais j’aime bien changer de point de vue pour dire n’importe quoi,

            et vous m’écouterez ça pour purger votre peine, et en entier, ça rigole pas.

          • @anne-laure: ben t’étais pas dissociée toi entre le moment où tu t’es penchée vers ce joli scarabée mordoré que tu avais envie de regarder de plus près et celui où ton cul qui suivait le mouvement a précipité le type et son grand Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah dans le vide ?

            Alex sauve sa peau en repoussant avec son skate celui qui risque de le faire chuter en lui donnant des coups de lampe sur les chevilles et il précipite sans le vouloir le vigile sur une voie où un train couic arrive.

            Les mouvements eux-mêmes de ces événements disent bien la dissociation qui peut exister ensuite dans la tête d’Alex. L’unité du récit que le journaliste et le flic tentent de reconstruire après coup est factice : Alex n’est pas leur coupable alors même qu’il est l’auteur des faits.

          • « Alex n’est pas leur coupable alors même qu’il est l’auteur des faits. »
            Voilà
            Ecart dans lequel s’engouffre une grosse partie du matériau de Molécules
            L’auteur n’est pas le coupable. C’est la grande béance de la justice. Sachant que l’auteur n’est même pas l’auteur. Il n’y a pas d’auteur. Si ce n’est le diable, probablement.

          • @Jérémy:

            Ce regard renvoie aussi à celui du policier quand il interroge tous les skaters en classe.

            oui et il y a dans cette scène ce moment génial où le flic mielleux jette un bref regard sur le cul de la prof qui s’éloigne de lui après l’avoir présenté aux élèves,
            un regard qu’elle ne voit pas puisqu’elle lui tourne le dos mais que nous et les élèves voyons, et qui provoque chez les skateurs deux trois ricanements

            tout ça dure 4 secondes et dix mille choses de la fausseté qui se joue dans ce face à face semblent dites

          • @Juliette: mouuua ?! dissociée ?
            Jamais !
            !!!

          • @Juliette B: les cheveux d’Alex glissent contre l’un des murs de douche, comme ceux de Janet Leigh dans « Psychose », donc comme ceux d’une victime. Pas de lui-même, en tout cas.

          • @Anne-laure: l’un n’empêche pas l’autre. Je vais remater la scène en détail. Bouge pas.

          • @Juliette B: il mate le cul ? Ah merci, pas remarqué. Du coup, autre scène à reprendre. J’y retourne.

          • @Anne-Laure: le visage de l’homme lui-même dissocié, si je puis dire, ne provoque pas un contre-champ. Car celui d’Alex n’est pas saisi dans la même temporalité, puisqu’il est dans la rétrospection. Ce qui est vraiment bien pensé, c’est que pourtant l’inclinaison de sa tête semble répondre, alors qu’elle est juste celle d’un garçon qui se souvient. La réaction corporelle à ce tronc qui l’interpelle est totalement ellipsée au moment où la scène met en jeu les deux personnages.

          • @Anne-Laure: je trouve très beau cet enchaînement des deux plans.

          • @Anne-Laure: je suis pas sûr d’être clair

          • @Jérémy: si tu es clair: tu dis si je te comprends bien que quand Alex se remémore la scène du tronc, sa tête inclinée semble répondre comme si c’était dans la scène rééelle, alors que dans la scène réelle, quand il est vraiment physiquement face au corps coupé en deux, Gus Van Sant ne nous montrait pas son visage mais juste ce qu’il voyait;
            dans l’instantanéité des faits, Alex n’en croit pas ses yeux, il est absent aux faits comme disait François, ne pas nous montrer son corps au moment où il voit le corps coupé en deux est la meilleure façon de nous le signifier.

            te lisant je me dis d’ailleurs que cet art de l’ellipse est caractéristique de la façon de filmer de Gus Van San : quand deux parties se font face dans l’histoire, on n’a pas besoin de voir les deux visages, on peut se contenter de laisser la caméra sur celui à qui on parle par exemple (la petite amie qu Alexc est en train de quitter par exemple comme Anne-Laure le notait)

            de la même façon dans la scène où le flic mate le cul de la prof, on ne voit pas les fesses de la fille, il n’y a pas de plan sur elles, on voit juste le regard de Ritch qui jusque là était à hauteur de ceux des skaters, donc des notres, baisser très brièvement et s’arrêter plus bas tandis qu’elle s’éloigne en lui tournant le dos, et on devine que c’est sur le cul que ses yeux s’arrêtent, ce que nous confirment les rires gras des élèves qui ont saisi le truc, contrairement à elle qui ne peut pas le voir.

            On retrouve l’intérêt artistique de la soustractione dont parlait François dans je ne sais plus quelle interview à propos de l’écriture : en écrémant on gagne souvent en force mais aussi en justesse.

          • Sorry pour les scories, c’était ça ou ne pas me laver les dents.

          • @Jérémy: laisser la caméra sur celui a qui on parle plutôt, comme dans la scène où on découvre la petite amie d’Alex et son caractère autoritaire sans jamais voir le visage d’Alex à qui elle s’adresse.

          • et dieu sait que c’est important de se laver les dents, du rouge vers le blanc.

            bon je comprends pas pourquoi vous insistez pour dire qu’Alex est absent des faits.
            Moi j’aurais dit que c’est ce qu’il parait être par moment dans le film, où il a l’air d’en avoir rien à foutre, avec son visage si peu expressif,
            son attitude appliquée et sereine lorsqu’il présente son alibi au flic, par exemple,
            Alex qui ne laisse paraître aucune émotion vis à vis de l’épouvante qu’il a ressenti devant le vieux gardien qui meurent comme un con ( parce que moi je lui ai bien vu un regard épouvanté mais j’ai peut-être halluciné ).
            C’est vraiment un bête accident.
            Je me demande s’il y a des accidents intelligents d’ailleurs.

            Ce que l’on voit en surface d’Alex lorsqu’il est face aux autres n’est pas très représentatif de ce qui se passe en lui, je crois que c’est à ce jeu là qu’à joué gus qui ne nous livre que par suggestions subtiles comment Alex est plombé par l’évènement,
            comment ça le travaille.
            A commencer par le moment où il est avec la fille à cravate et qu’il parle des tragedies qui se passent dans le monde.
            J’imagine que c’est le moment où il tente de situer la mort du gardien sur une échelle de gravité.
            Pour savoir comment relativiser.

            Du début à la fin ça le travaille et c’est bien pour cela qu’il a besoin d’écrire l’histoire dans son cahier.

          • @Jérémy: bon et le moment de la douche, on l’interprète comme on veut,
            on entend les bruits de la nature, des chants d’oiseaux, pendant que l’eau coule sur son corps nu ( on imagine qu’il n’est pas en maillot de bain ),
            c’est le moment où Alex est à l’état le plus primitif de son être je pense.
            C’est la réalisation de la morale primitive en lui à mon avis.

            Alors que félix pensait qu’il délirait sur les motifs d’oiseaux du carrelage, ce qui est possible , pourquoi pas.
            Peut-être qu’il devenait un peu fou.

          • @anne-laure: tu dis absent des faits ce qui n’est pas pareil qu’absent aux faits; personne ne dit qu’Alex se fiche de ce qui s’est passé, mais il y a bien comme tu le décris une gradation dans le temps, un processus où il revit en pensée et peut-être se réapproprie quelque chose des événements qui, sur le vif l’ont laissé sidéré.

          • @anne-laure:

            J’imagine que c’est le moment où il tente de situer la mort du gardien sur une échelle de gravité.
            Pour savoir comment relativiser.

            en même temps qu’il découvre, parfois effaré, comment les autres (le journaliste, le policier, l’école, etc.) qualifient les faits qu’il a vécus, les reconstruisent de leur côté.

            ce que tu dis sur le cahier me fait penser au livre d’Edouard Louis, Histoire de la violence, quand le narrateur explique qu’aller porter plainte c’est inévitablement se faire voler sa propre histoire (les flics plaquent leurs mots sur ce que tu leur racontes, ils font leur propre récit qui trahit toujours le tien)

          • @Juliette: oui absent aux faits, c’est vrai j’ai mal dit.

          • @Juliette: bon je t’explique un peu pourquoi on n’arrive pas à s’entendre sur cette histoire d’absence aux faits.
            François et Jérémy disent dissociation , ce qui, si tu fouilles un peu, a pour moi une consonance pathologique, ou psychiatrique du moins.
            Ce qui signifierait qu’Alex n’aurait pas une attitude adaptée , or moi je le trouve fort convenable ce garçon.
            Une dissociation au moment d’un accident par exemple, c’est ce qui permet au cerveau de ne pas réaliser l’horreur de ce qu’il se passe.
            Pour éviter une émotion trop forte.
            C’est pas exemple un surfeur qui se fait bouffer la jambe par un requin et qui focalise sur sa planche qui est toute abimée zut alors.
            Tu vois ? Une sorte de division de l’esprit qui produit des attitudes paradoxales, folles.
            Par la suite de l’accident Alex se montre détaché, comme disait félix il fait en sorte d’occulter ce qui s’est passé.
            Mais là je ne sais pas si c’est considéré comme de la dissociation.
            J’aurais dit plutôt un tranquille mécanisme de défense d’adaptation. Pour continuer à vivre sans souffrir, pour qu’on ne voit pas qu’il souffre, parce qu’il compte bien garder pour lui son petit secret.

          • @Juliette: « si s’est considéré », bordel,
            nan mais si n’importe qui se met à utiliser du lexique psychiatrique où va le monde je te le demande ! ???

          • @anne-laure: oui, je comprends d’où vient ta réticence, mais ni François, ni Jérémy, ni moi ne mettons quand nous employons le terme la connotation morale – « attitude pas adaptée » – que tu reconnais en lui à cause de ton environnement.

          • @Juliette: ce que j’entends dans « absence aux faits » est qu’il n’aurait pas saisi la réalité de la scène du mec qui agonise devant lui, que son esprit aurait été fermé à cette réalité , or je ne le crois pas,
            ce qu’il fait par la suite, jeter sa planche dans le fleuve, se construire un alibi , prouve bien que de la réalisation du drame son comportement en découle.
            Le drame c’est , je le rappelle : un mec dont le corps est coupé en deux qui agonise, qui n’aurait pas été sauvé de toutes façons, c’était trop tard pour appeler des secours.

          • @anne-laure: par définition – c’est un film, pas un rapport de police qui reconstruit de façon logique et artificielle une affaire -, le film n’est pas explicite là-dessus : ce qu’Alex saisit, comment et à quel moment.

            Ce qui est certain c’est que certains pans de la réalité de ce qui s’est passé viennent à Alex en chemin et pas sur le moment – à commencer par le regard social sur de tels faits.
            Dans mon souvenir par exemple il jette son skate après avoir regardé le flash d’info, pas juste après le drame.

          • @Juliette:

            Dans mon souvenir par exemple il jette son skate après avoir regardé le flash d’info, pas juste après le drame.

            ah oui ? t’as peut-être raison me souviens plus.

            Me souviens qu’il se pose deux secondes dans la bagnole du gardien en sortant de la zone ferroviaire ceci dit.
            Et je crois que la radio à l’intérieur est en marche, en route, en fonction.

          • @Juliette: et oui comme tu dis ce n’est pas un rapport de police ce film , nous sommes d’accord, n’est pas un faites entrer l’accusé.
            Mais un film très collé à la psychologie d’alex je pense, d’où le fil de l’écriture sur le cahier et le brûlage final.
            C’est ce que nous raconte gus et nulle autre chose que cela.

          • @Juliette: c’est à dire que comme tu le notes, on peut supposer l’influence de l’interprétation sociale des faits sur Alex mais pas tant que ça,
            la société reste en second plan, comme les parents.
            C’est mon avis. Qu’Alex c’est plutôt le genre de gars à se démerder tout seul comme un grand avec ses petites affaires psychologiques.

          • @Juliette: au fait , rapport à ton histoire du samedi soir, je lisais ceci ce matin, qui nous apprend que la femme chinoise n’est pas l’employée mais l’épousée,
            ce qui ne change pas grand chose à mes propos ( j’avais pensé à cette hypothèse tout en m’exprimant durement parce que j’ai peur de rien ),
            mais oui on peut se poser la question : pourquoi les gens pensent tout de suite à une employée et pas à une épouse ?
            Bon et puis elle doit pas être chinoise mais coréenne au fond.

          • @anne-laure: oui ☺, je l’ai lu aussi le soir même sur internet. On ne disait pas de qu’elle faisait dans la vie à part épouse.

          • @Juliette: épouse est un métier, pour lequel en échange de tes bons services tu es payée en nourriture, habillage et logement.
            Payée en nature comme on dit.
            Bon je vais au soleil avant qu’il ne disparaisse ce salaud.

          • @anne-laure: c’est peut-être une femme politique: elle apparaît sur une ancienne photo twitter postée par son mari sortant d’un bureau de vote coréen le buste barré d’une écharpe comme en portent les élus locaux;

            ou alors c’est miss Corée du sud 2016

          • @Juliette: mouais, ou tout simplement une traductrice anglais-coréen-anglais, qui aidait l’autre benêt à la base, et puis à jouer avec les langues comme ça on voit bien où ça nous mène.

          • @Juliette: ouais j’ai vu la photo banderolée sur le site de libération, mais je crois que c’est pas elle qui porte la banderole.
            C’est une femme à lunettes.
            Ceci dit j’ai trouvé cela for you about this wife :

            Kelly moved to Korea in 2008, and married Jung-a Kim, a former yoga teacher who is now a stay-at-home mother to their two children, Marion, four, and James, nine-months.

            Une prof de yoga à la retraite donc, d’où la souplesse pour s’écraser comme une carpette,
            c’est le résultat de mon enquête pour Channel Juliette.
            Vais débarrasser le lave-vaisselle.

          • @anne-laure: j’ai regardé à nouveau la scène où il jette le skate par dessus le pont, c’est sans doute juste après les faits (donc avant le flash info) parce que son tee-shirt est encore taché de sang.

            Il marche sur le pont et est en train de cogiter, se demande s’il doit se rendre à la police, ou pas, s’imagine disant qu’il ne l’a pas fait exprès, pense à un avocat, se demande ce que son père aurait fait, puis dit – et là on comprend que c’est ce qu’il a écrit après-coup dans son cahier:

            – Mon cerveau pouvait tourner indéfiniment, mon corps s’en foutait. Il ne voulait qu’une chose: foutre le camp.

            Et là il se débarrasse du skate.

          • @anne-laure: merci. tu m’as fait bien rire avec ta carpette; pas bien fameux de ma part d’avoir confondu les deux femmes: je trouvais que celle en écharpe ressemblait plus à celle de la video. pfff n’importe quoi moi

          • @Juliette: ah oui ? il écrit ça dans son cahier, m’en souvenais plus du tout.
            Je pensais pas qu’on pouvait lire ses écritures, je me souviens juste qu’il écrit le titre comme un déficient intellectuel : PARANOID PARK.

            Il jette son skate comme il a vu faire à la téloche, comme il a quelques notions de ce qu’il faut faire en cas de meurtre, mais pas très convaincu de son idée à mon avis.
            Reflexe superficiel.

            Bon ben moi ma tête me dit d’aller ranger la cuisine mais mon corps n’est pas obéissant dis donc. Quelle saloperie.
            Allez hop faut que je le mate. Vais pas me laisser faire comme ça.

          • @Juliette: ah bah ça aurait pu être celle à lunettes aussi, qu’elle ne portait pas au moment des faits.
            Entre nous il faut bien dire que toutes les femmes asiatiques se ressemblent un peu.
            Faut y être vachement habitué à ces visages pour y distinguer quelques différences.
            Nous sommes plus habitué à voir du blanc, de l’européen.

          • @anne-laure: ah bah moi pas dissociée du tout là, ma tête me dit d’aller boire une bière et mon corps suit sans faire aucun problème.

          • @anne-laure: tu aggraves encore notre cas

          • @Juliette:

            tu aggraves encore notre cas

            oui je sais.
            Moi je commence à être vraiment bonne en arabes.
            Pas trop mal en noirs aussi mais faut pas qu’y en ait trop d’un coup sinon je suis paumée.

            Ah bah évidement si tu parles à ton corps sur ce ton ,tu m’étonnes qu’il te réponde.

          • @Juliette: c’est un peu trop facile ça madame !!

          • @Juliette: oui je suis de plus en plus bonne en arabes , ce qui me sera fort utile pour travailler en prison , me dis-je , en plissant les yeux pour me donner un air intelligent,
            si dieu le permet,
            inchallah

          • @anne-laure: je te le souhaite puisque tu le souhaites. As-tu lu le papier d’hier ou d’avant-hier dans Libé sur ce détenu qui prolonge sans cesse sa peine depuis des années en se rebellant contre les gardiens, les lieux où il est enfermé (il chie partout et étale sa merde régulièrement pour les emmerder) et qui en a fait le motif central de sa vie au détriment de tous les autres ?

            Un beau motif de vie en vérité

          • @Juliette: ah oui très intéressant ce rachide boubala , tout à fait le genre de personne que j’ai envie de rencontrer.
            Il est bien écrit cet article. N’a pas peur du langage direct.

            J’ai connu un rachide avec un E, m’avait expliqué que c’était une erreur de l’employé de l’état civil de la mairie de mettre un E.
            Mais au fond c’est surtout que rachide s’écrit pas en alphabet latin quand t’y penses.

          • @Juliette: et tu la connais celle-là ? Héééé ben elle est belle.
            Grand succès.
            Là y en a trop, comme je le disais je les différencie pas.

          • @Juliette: et tu sais qui c’était le compagnon de la fameuse Christine citée dans ton article ?
            Ben c’est Jean-Luc, le type qui voulait qu’on l’enferme.

          • @Juliette: se sont plantés dans ton article par ailleurs,
            c’est pas en 2004 qu’elle a été incarcérée Christine mais en 2014.
            Un détail.

          • @anne-laure: Tu auras quand ta réponse à ta candidature ? Je crois me souvenir que ce n’est pas la première fois que tu postules, vous êtes vous nombreux(ses) sur le coup ?

          • @Juliette: au cours du mois d’avril ne te découvre pas d’un fil.
            Oui c’est la troisième fois que je postule, on peut dire que je suis une acharnée.
            D’après ce que j’ai compris on me rejette à chaque fois parce que je ne parais pas assez sérieuse.
            Au bout de la troisième fois je pense que je vais finir par comprendre que j’ai raté ma vocation, que j’aurais dû être intermittente du spectacle.

          • @anne-laure: il y a un entretien ? avec qui ?

          • @Juliette: bé dis donc tu m’en poses des questions.
            J’aurais le droit à un face to face avec un duo de cadres supérieurs de santé.
            Tu veux me briefer pour l’entretien ?
            Il faut que je me présente comme une triste obsessionnelle, j’attends tes conseils.
            Faudrait-il que je porte des lunettes ?

          • @anne-laure: ah désolée pas de bons conseils en la matière (j’y connais rien), mais je te dis 3 fois merde.

  2. François, je ne sais pas si tu es au courant mais notre ami Shyamalan est définitivement de retour avec Split, son dernier film. C’est la meilleure nouvelle d’Hollywood depuis très longtemps.

    • eh bien je l’ai vu hier
      et je dois dire qu’après une première séquence où je me suis souvenu pourquoi cet homme a été grand, je suis quand même très perplexe

      • @François Bégaudeau: Ah bon? J’ai retrouvé pour ma part dans tout le film ce sens du découpage, du cadrage, de l’ellipse (notamment durant les scènes de flashback) de ses premiers films. Le face à face entre ces deux victimes de maltraitance m’a aussi beaucoup ému. Le transfert de force de l’un à l’autre est assez beau. Et nouveauté chez Shyamalan, un sens du grotesque, une autodérision qui étaient absents de ses autres films.

        • je crois que la dérision y était déjà
          j’aime assez ce qui se trame sur la circulation trouble entre le pole victimes et le pole coupables, ca m’a fait pas mal revassé pendant le film
          mais l’intrigue est vraiment très faible, les scènes d’angoisse finalement assez banales (une femme poursuivie par un monstre dans un couloir…), et je ne te parle pas de ma souffrance de voir un acteur faire le malin à ce point pendant deux heures

  3. Justin(e) & The Attendants avec Garage Lopez – Économiste – Paris – 03/03/2017 https://www.youtube.com/watch?v=ch-wPh2HHNM&feature=youtu.be

  4. @Acratie: hello AC, je cherche à te joindre si tu veux bien; mon mail barok628@gmail.com

  5. Contagion avant mai https://vimeo.com/199192601

    • merci merci,
      hâte de voir la suite

    • @,: quinzième avatar ?

    • @,: très bien ce petit film, on sent un peu au début que cette commande emmerde françois, il est tout renfrogné, puisqu’on l’a chargé de créer quelque chose à fonction éducative, ce que ne manque pas de relever la grosse fille , ce qui la gène, et c’est rigolo.
      Quoique en écoutant les extraits de la pièce j’ai l’impression que c’est dans la pièce elle-même qu’elle a compris de se méfier de l’éducatif. Enfin ça lui a révélé un truc qu’elle savait déjà et elle ose alors le dire.
      J’aime bien la gamine qui dit « et bon courage aussi » à la fin.
      Ils remettent les choses en place tout seul ces gamins là, c’est pas la peine de leur apprendre quoique ce soit.
      J’aime moins celui qui fait son gros malin le petit à bouclettes.

        •  » il faudrait que les chefs de service aient une formation au management au moment de leur nomination »
          comme ça on est sûr que le remède aggravera la maladie

        • @;: oui j’avoue moi aussi j’ai été maltraitée pendant mes études, mais faut dire que j’étais particulièrement pénible.

        • @;:

          Le milieu hospitalier « est, de fait, dur et peu tolérant avec les plus faibles »

          tout à fait, on est comme ça par chez nous : pas de pitié pour les faibles.

          • toujours défendre les forts contre les faibles

        • @;: et voici qui devrait vous faire plaisir,
          qui n’est pas sans rappeler le travail de geoffroy michel et compagnie

          • @anne-laure: Yep intéressant ! Psychologiser la situation de l’employé pour nier l’aliénation au travail, parfait. Comme tu dis, ça fait penser à Jojo. Dans Juger, il raconte comment la psychologie autour de l’accusé, censée jouer en sa faveur, permet en réalité d’évacuer toute critique de la société. C’est exactement ça.
            Problème pour moi : la psychologue, auteur de l’article, refuse l’inaptitude au travail pour pousser à la rupture conventionnelle . Je sais pas en quoi ça aide concrètement. La rupture conventionnelle, c’est essayer de trouver un compromis employé/employeur avec l’employé qui est au chômage à la fin quand même.
            Plutôt que la rupture conventionnelle, j’opterais pour la bagarre. J’aime bien la bagarre. J’aurais fait une putain de psychologue d’entreprise.

            C’est un peu direct mais la France veut savoir : alors Superman ?

          • @billy: oui tout à fait , j’ai pensé à juger aussi, et à mich-miche, à surveiller et punir, qui explique tout cela très bien.
            Pensé à mon fredo of course et à la violence du rapport salarial.
            Bref à toutes ces violences sociales qu’on nous fait admettre comme normales.
            Et anormal de ne plus les supporter.

            On va dire en gros que de se focaliser sur la responsabilité individuelle, sur l’individu, permet de déresponsabiliser l’ensemble du collectif humain , de ne pas remettre en question les causes collectives qui auraient un effet sur les dérèglements individuels,
            c’est une façon d’isoler, de dépolitiser les individus, afin d’éviter la révolte.

            Superman est un très gentil chic et joli garçon mais il aime se soumettre aux femmes.
            Il ne répond pas du tout à mon règlement intérieur.

          • Je connais deux inaptes. Ça commence à être la mode. Surtout un qui m’est très proche. Sa situation au taf aurait nécessité les prud’hommes. Sauf qu’il était tout cassé par son travail, patron, collègues, tout seul, il n’a jamais voulu/pu aller au conflit. Alors bon : inapte.
            On n’est pas des héros de Ken Loach, c’est pas une mauvaise nouvelle si on veut. Pas chez les Dardenne non plus. Ça me paraît plutôt sain de refuser le combat lorsqu’il est à ce point inégal. Je l’avais vachement coaché à l’époque pour qu’il se batte, qu’il rassemble les preuves, qu’il aille au prud’homme. Il ne faisait rien, cette baltringue, j’avais peur pour lui. Rétrospectivement, je me dis que c’est lui qui avait raison. Le combat n’était pas là, c’est le monde du travail qui est comme ça. Il a juste sauver sa peau, c’est ce qu’il fallait faire. Penser à s’autoriser à être faible.

            Mince pour Superman. Et t’as pas envie de participer à son émancipation ? Parce que les règlements, ça sert à être transgressé. Si non, sans regret, Superman ça fait des années qu’il a une relation hyper ambiguë avec Lex Luthor (une sorte de Vincent Bolloré, je te raconte pas les plans à 3 glauque).

          • @billy: ouais j’avais remarqué l’ambiguïté sexuelle entre lex et superman,
            j’aime bien lex, le genre de perso trouble obscur que j’aime, non mais parce qu’il a pas de chance quand même d’avoir un connard de père pareil,
            c’est un peu comme le fifils du bouffon vert qui devient bouffon vert à la place de son père,
            encore mieux j’aime les esprits vengeurs sans pitié, du genre magneto et the joker.
            Sacrément puissant le magnéto.

            J’ai pas l’intention d’émanciper superman, il fait ce qu’il veut dans son rapport aux femmes, et je suis même pas sûre qu’il ait compris qu’il n’était pas féministe comme il le prétendait. Je pense qu’il va récidiver.
            Je ne sais plus trop comment il me le disait : « je suis féministe, les femmes sont même supérieures aux hommes, » ( là j’aurais aimé voir ma tronche )
            « et je préfère avoir un chef femme qu’un chef homme. »
            Je lui ai répondu que c’est vrai que marine lepen est une femme géniale.
            Fin de la discussion.

          • @billy: as-tu pris le temps de regarder le film des vampires et loup-garous ?
            Que tu m’en dises des nouvelles.

          • @billy: et puis j’avais oublié mais il y a du zombisme aussi, pour te faire plaisir.

          • @Billy et anne-laure: Entre lâcher l’affaire et se prendre pour un héros de Ken Loach il y a peut-être une alternative ? Genre je vais au carton parce que ça me plait, j’y trouve du plaisir. Je dirais proche de Merci patron. Ou de Louise Michel (le film:-).

          • @anne-laure: moi j’ai revu un film dans le genre, en stage, il y a quelques jours : le mythique « Freaks ». Y’a pas de loup, de vampires,
            mais c’est quand même bien marquant. Je l’avais pas maté depuis quelques années. Et
            dire que ça devait même être pire que ça. Encore la production qui a tout foutu en l’air, avec cette dernière scène à la con, complètement mélo, à la fin. Tu l’as vu ?

          • @Cat anne-laure: Mouerf (interjection signifiant « je comprends, j’ai été d’accord avec ça à un moment, mais maintenant j’en doute »)
            Pas vu Louise Michel, mais j’ai adoré Merci patron. La lutte joyeuse de Merci patron vient de deux trucs selon moi :
            – François Ruffin (soupir de désir) qui organise joyeusement et brillamment les hostilités. Sans lui, les Klur resteraient, comme au début du film, dans une position de dominés sages « vous m’avez viré mais si vous avez besoin de quelqu’un pour nettoyer votre yacht, je suis dispo. »
            – les Klur sont déjà virés et n’ont donc plus rien à perdre. Ne rien avoir à perdre, c’est horrible mais c’est aussi une force immense. Quand t’as encore ton taf, il y a chantage à l’emploi. Donc tu es tenté par le compromis.
            Un penseur contemporain aimait à gueuler comme un putois bienheureux « maintenant je n’ai plus rien à perdre ». Il y a de quoi se réjouir en effet.

          • le putois bienheureux me disait justement l’autre jour qu’il repensait souvent en souriant à ce film qui fera date dans l’histoire émouvante des luttes

          • @Billy: Ben justement Ne rien avoir à perdre, c’est horrible mais c’est aussi une force immense. à force de boulots de merde est-ce que ce « rien avoir à perdre » ne peut pas finir par un grand bras d’honneur ? Mon voisin chauffeur de transport scolaire en intérim attend que son téléphone sonne pour se faire une semaine de trajet 7h à 10h et de 15h à 18h sachant qu’il va chercher son car à 40km de son domicile, que seules comptent les heures travaillées et qu’il n’a pas de frais de déplacement ni de repas. Il envoie gaiment chier l’employeur et il sait qu’il retrouvera un autre contrat parce que c’est comme ça, on a toujours besoin de chauffeurs : bus Macron, scolaire, tourisme… de plus en plus d’emplois réels supprimés pour recourir aux travailleurs précaires alors que les besoins existent ça veut dire dans ce cas là que le précaire est sûr de retrouver du travail. Alors mon voisin fait le calcul qu’il n’a rien à perdre, même pas son boulot de merde et il y a une certaine joie dans son désespoir.

          • @jérémy: mais oui j’ai déjà vu freaks, il y a longtemps je ne m’en souviens plus très bien.
            Je me souviens vaguement d’un nain très désagréable.
            Je me souviens surtout d’avoir vécu freaks au boulot un jour où j’ai retrouvé trois de nos patients les plus effrayants dans la même chambre.
            Je sais pas trop ce qu’ils foutaient là tous les trois, je pense qu’ils ne le savaient pas eux-mêmes.

          • @Cat: On est d’accord, je suis aussi pour la lutte joyeuse et j’espère qu’on est beaucoup, de plus en plus, à le penser. Mais sur ce site, entre nous, je voulais modérer le truc parce que je n’ai encore jamais rencontré de gens comme ton chauffeur de bus : autour de moi, je vois pas mal d’inaptitude et/ou de dépression des employés de bureau en CDI. Employés qui prennent la situation comme étant de leur responsabilité ou de celle d’un supérieur (supérieur qui en réalité doit déguster aussi).
            Comme toi, j’ai aussi un ami, chauffeur de bus scolaire (on en a tous un, peut-être ?) Il a besoin de ce taf (2h le matin et 2h le soir) pour avoir ses journées dispos pour exercer son métier-passion, la poterie (l’artisanat ça gagne pas, très mauvais choix de carrière, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même). Du coup, il accepte de bosser dans des conditions pas acceptables (pas toutes les heures déclarées, il doit avancer l’argent pour l’essence alors qu’il est déjà précaire, etc). Il est père de famille aussi, ça met la pression.
            Ce genre d’histoires (de la classe popu à moyenne) me font penser qu’on s’accommode encore, tant mal que mal, à la situation. On a encore à perdre. La révolution, c’est pas pour la fin de la semaine quoi. Par contre d’ici la fin du mois, j’ai quelques dispos, si on s’organise, il y a peut-être un truc à jouer !

          • je suis libre le 28

          • @anne-laure: J’ai pas encore réussi à choper ton film, mais j’y travaille, s’il y a des zombies en plus… c’est merveilleux.

          • @billy: fin du mois oui parce qu’en général c’est le 31 mars qu’on fait la révolution pour fêter mon anniversaire,
            ne me demande pas pourquoi, je vois pas ce que j’ai de spécial.

            Pour s’accommoder on s’accommode oui c’est bien ça le problème.

          • @billy: par exemple, dis-je en revenant du drive leclerc, l’année 2017 sera pour mon hôpital ( à moi ) l’année de la grande restructuration,
            pas la peine que je t’explique le but je pense,
            il nous faudra à chacun beaucoup de puissance d’accommodation, je te parie un bras qu’il y a aura quelques suicidés en cours de route,
            Bon de toutes façons faut réduire les effectifs.

          • Une restructuration, merde, mais « de toutes façons faut réduire les effectifs » j’ai rigolé.

    • @Juliette B: Son dernier dans libé était assez delirant aussi (en gros ceux qui ont voté Hamon souhaitent la victoire de Le Pen). Elle est Vallsiste à fond (ie plus vraiment de gauche, le basculement de certains à gauche vers l’autoritarisme pur sous couvert de Republique est un sujet).

      http://www.liberation.fr/debats/2017/02/10/un-monsieur_1547728

      http://www.liberation.fr/debats/2016/12/16/charly_1535884

      • @Bouboubou: comme je n’attends rien d’elle politiquement, ce n’est même pas le fait qu’elle vote PS – hamon ou valls je m’en fous – sur lequel je m’arrête ici,

        c’est qu’elle puisse croire à des choses comme : « Dans les situations exceptionnelles, vous avez toujours été à la hauteur. »

        ou encore: « La façon dont vous nous avez parlé le 7 janvier 2015, puis le 13 novembre, nous a permis d’accuser le coup, sans partir en vrille. »

        ou enfin : « Il ne faut pas qu’on explose maintenant. Aidez-nous. Vous savez prendre sur vous. La pluie, les coups. »

        ça ça me troue le cul

        • @Juliette B: Je pense justement que c’est coherent avec son Vallsisme/Républicanisme ie la gauche qui est passé du côté de l’Etat, de son apologie.

          • tout à fait d’accord avec toi Bou x 3
            ca fait quelques années que je vois Angot, de tribunes confuses en tribunes confuses, opérer ce glissement autoritaire
            quand j’ai lu la dernière dans Libé, je me suis dit : ok, le processus est abouti, la vallsisation achevée. C’était d’autant plus spectaculaire que c’était la semaine où l’actualité était sur Théo. Je me suis dit : y a encore quatre ans, Angot aurait immanquablement parlé de Théo, elle qui a écrit des trucs vraiment intéressants sur la condition noire. Mais c’était une autre époque. C’était avant la droitisation générale des juifs de gauche -conjuguée avec leur détérioration mentale (qui fait dire des énormités comme celles que tu relèves, Juliette)

        • @Juliette B:
          « Il ne faut pas qu’on explose maintenant. Aidez-nous. Vous savez prendre sur vous. La pluie, les coups. »

          Là, j’ai éclaté de rire. Ce niveau de comique involontaire, c’est magique.

          • @Charles: j’ai bien rigolé aussi. C’est vrai que Hollande prend bien la pluie.

          • Elle a complètement laissé tomber le réel ? Le réel, c’est so 2016 ? Etat d’urgence, manifs interdites, garde à vue de militants écolos, déchéance de nationalité (et puis non finalement), loi el khomri, affaire Léonarda… un peu de mal à rire en fait.

            « Aidez-nous. » La prochaine fois Christine, écris directement à De Gaulle.

        • @Juliette B: Et là, tu te dis : à qui le tour ?

  6. Quelqu’un a-t-il lu le dernier Bellanger, « le Grand Paris »?

    • moi, monsieur
      texte à venir dans Transfuge (juin, pas avant)
      intéressant, discutable, énervant, riche, indigeste, fou

      • @Charles@François Bégaudeau: : Moi aussi monsieur. Beaucoup aimé son premier, Théorie de l’information ; le deuxième, L’aménagement du territoire, m’avait vite ennuyée, je le trouvais bâclée ; celui-ci en cours de lecture m’intéresse bien et m’énerve aussi beaucoup mais j’aime être énervée par Bellanger.

    • @Charles: je l’ai acheté, puisqu’il sortira en janvier. Je l’ai commencé la semaine qui vient.

  7. Quelqu’un a-t-il lu le dernier Bellanger, « le Grand Paris »?

  8. « Police, Prison, Tribunal : Interroger l’Etat pénal », Soirée-débat à la Sorbonne le 23 février. On y était.

    La conférence de GDL a duré une trentaine de minutes, suivie de questions. Je reproduis la première partie de mes notes. Pardon d’avance, c’est un peu brut, mais j’ai grosso modo respecté le déroulement.

    Geoffroy a évoqué les raisons pour lesquelles il faut radicalement interroger l’état pénal. Une question a irrigué le propos : « qu’est-ce qui se passe dans les violences policières et qu’est-ce que ça nous dit de la rationalité politique contemporaine ? ». GDL a constaté que le thème de l’état pénal absente la pensée radicale depuis plus d’une vingtaine d’années et a rappelé que des gens comme Foucault ou Sartre la mettaient au coeur de leur réflexion.

    Il a d’abord défini l’état comme « l’instance qui a une spécificité par rapport aux autres instances du monde social, puisqu’elle produit sur nous des effets de pouvoirs hallucinants dont nous n’avons pas conscience » et auxquels nous consentons. Il a évoqué la notion de consentement tacite du dominé, en se référant à Bourdieu et en élargissant son propos à d’autres champs : ainsi, pour être soumis au champ littéraire, il faut accepter d’y entrer et, par exemple, consentir au système des prix.

    S’il est possible de faire défection dans un certain nombre de situations (travail, famille…), l’état est une institution qu’on ne peut pas fuir. C’est la seule institution au monde qui nous empêche de partir, parce que l’état, c’est ce qui n’a pas de dehors, c’est ce dont rien ne peut nous protéger. Par exemple, si on est séquestré par la police, on ne peut appeler personne. Du coup, nous devons penser que la théorie critique doit être radicale, demander à cet état d’être le plus rationnel, le plus démocratique possible, parce que nous sommes, nous citoyens, précaires par rapport à lui, auquel nous appartenons depuis notre naissance. Or, on nous assène tout le temps l’idée du pacte social (Hobbes, Rousseau), alors que l’appartenance au corps politique, nous ne la choisissons pas. De ce point de vue, la philosophie politique qui se construit à partir de ce consentement relève de la mystification, d’autant plus qu’elle concerne la seule instance pour laquelle il n’y a pas de consentement a priori. GDL a critiqué la violence légitime étudiée par Weber. Pour lui, violence et légitimité sont des notions incompatibles. Quand il y a violence, il n’y a pas légitimité et quand il y a légitimité, il n’y a pas de violence.

    Du coup, il a rappelé ce qu’il évoque dans son dernier ouvrage : le principe du discours oppositionnel par rapport à l’Etat. Comment faire en sorte que ce discours qu’on produit ne rentre pas dans un cadre que nous offrent les différents systèmes de pouvoirs propres à l’Etat pour le remettre en cause ? Comment éviter des manières avec lesquelles les systèmes de pouvoirs fonctionnent à travers nous ? Il y a par exemple des façons de s’en prendre à la prison, à la police qui ne sont que des façons de les faire fonctionner. L’idéologie carcérale se perpétue, malgré tout ce qu’on sait des prisons. Même remarque pour la police. Et nous nous sentons impuissants. En somme, dans le prolongement de ce qu’il a déjà abordé à de maintes reprises, il s’agit d’interroger de nouvelles formes d’engagements qui ne sont pas prévues par l’Etat et qui permettent véritablement de le critiquer dans son fonctionnement. On pourrait même dire, qui consistent à le déjouer.

    A ce moment de l’exposé, il s’est référé à Dupont-Moretti : « Je l’aime beaucoup, il a critiqué la défense de complaisance qui est une connivence avec le président du tribunal. Il a inventé une défense de confrontation : « j’insulte le président, j’insulte les experts ». De toute façon, on gagne plus quand on est intransigeant que quand on est docile ». Peu après, il s’est référé à Thierry Lévy, « un avocat pénaliste qu’on adore » : Lévy a constaté que la forme du tribunal, telle qu’on la connaît, date du treizième siècle : c’est l’institution la plus stable, contrairement à tout le reste. Cette inertie signifie quelque chose : les modalités critiques que nous utilisons ne sont pas effectives et sont encore trop solidaires de cette institution.

    Sur la question des violences policières : « nous appelons violences les actions qui sont susceptibles de sanctions pénales et qui diffèrent de ce qu’on considère comment étant la procédure normale ». En produisant un tel discours, on masque le caractère violent de l’ordre policier dans sa normalité et dans sa légalité (il reprend ici un propos qu’il a tenu dans une interview qu’il a donnée il y a quelques jours, interview vidéo). C’est une manière de divertir l’attention par rapport à la violence de la loi.

    La deuxième critique porte sur l’appel à la répression lorsque se produisent des violences policières. C’est le piège dans lequel peuvent tomber les discours de la gauche radicale. Cette attitude est une façon de faire fonctionner les catégories de l’état répressif, de les pérenniser. Et on a également affaire à un réflexe d’individualisation -cela rappelle la manière dont fonctionne le procès d’ailleurs, cela m’a évoqué ce qu’il dit dans « Juger », cette individualisation du procès pour éviter de s’en prendre aux structures sociales- qui évite de développer une réflexion sur la police en tant que structure, pour se focaliser sur le problème de quatre individus responsables (pour l’affaire Théo). Cette pensée consiste à croire que le phénomène s’enracine dans des individus déviants et non dans des structures.

    En ce qui concerne Adama Traoré, il ne faut pas se demander ce qui n’a pas été, mais plutôt : et si tout s’était bien passé ? Ce qui implique la mort de cet homme. Le problème n’est pas dans la mauvaise application de consignes, mais dans l’application. GDL a élargi à un sujet sur lequel François avait déjà développé le même point de vue : l’école, non pas sur ce qu’elle rate, mais sur ce qu’elle réussit en reproduisant les inégalités sociales. François a dit plusieurs fois que c’était véritablement son programme.

    Je fais une pause, je mets la deuxième partie un peu plus tard.

    • @Jérémy: Ooooooh merde j’ai même pas fini le livre de Geoffroy , je suis à la bourre punaise , vous m’avez bien larguée
      ( un peu lourd à lire son bouquin, me gonfle vite )

        • @Jérémy: ah ? y a un rattrapage à l’oral ? j’comprends rien.
          Vais tailler des haies plutôt.

          • @anne-laure: méfie-toi, à 22h50, les hiboux sont de sortie

          • merci Jérémie sur le rapport
            c’est tellement plus intéressant que les Cesars

          • POUR le rapport

          • je t’en prie. Inutile de te dire que je ne suis pas cette merveilleuse soirée.

    • @Jérémy: ben ça y est je suis la dernière de la classe, vais finir ouvrière des espaces verts

    • « comme étant la procédure normale », pardon

    • Allez, deuxième partie.

      « Quand on réfléchit en termes d’inégalités, on met seulement en question les politiques différentielles du pouvoir, ce qui est paradoxalement une façon de les sauver. Jamais on ne met en question, par exemple, l’idée de police ou de tribunal. On naturalise l’idée même de discours répressif. Attaquer frontalement les catégories de pouvoirs, c’est se poser une question comme celle-là : comment juge-t-on ? ». GDL s’est référé à Marx et sa critique du marché : il ne faut pas l’interroger quand tout va mal, mais quand tout va bien.

      Il ne s’agit pas de renoncer à l’interrogation sur les inégalités, il faut simplement se demander : « est-ce que l’inégalité est un échec du pouvoir ou est-ce que c’est son but ? ». Il s’est de nouveau référé à l’école et à l’élimination des catégories populaires qui est le programme du système scolaire (il a cité Eribon et son « Retour à Reims » que je n’ai pas lu).

      Puis, reprenant son propos sur la police, il a dit : « Sa fonction est de faire en sorte que les noirs et les arabes se sentent en insécurité. Il est impossible pour eux d’évoluer sans avoir peur de sortir de chez eux. La policier a pour but de renvoyer les noirs et les arabes à leur précarité ».

      Répondant à quelques questions, GDL a rappelé qu’il était caractéristique qu’on nomme les affaires par le nom des victimes et non par le nom de ceux qui sont responsables des faits : on ne devrait donc pas parler de l’affaire Théo, mais de l’affaire de la BAC.

      La fille qui animait la soirée l’a interrogé sur le violence que peut représenter sa parole pour des gens qu’il présente comme aliénés et c’est là que le bât blesse : si GDL admet cette violence, il dit qu’elle est nécessaire parce qu’elle est émancipatrice. Il n’interroge pas son positionnement d’intellectuel dans le débat public, cette manière qu’il a de contrarier la vraie émancipation qui ne suppose pas sa présence en tant que penseur, reproche que François avait déjà formulé en ce qui concerne Bourdieu. A un moment donné, il a parlé de ces gens qui sont venus le voir à propos de son dernier livre, en lui avouant que, grâce à lui, il avaient « pris conscience de quelque chose ». Il semblait s’en féliciter, alors qu’à titre personnel, ce genre de remarque me désole. Ca ne devrait pas le réjouir. Cela signifie tout simplement que, dans son propos, le peuple a besoin des intellectuels pour comprendre les processus d’aliénation. Et là, j’ai vraiment pensé à Rancière.

      • la police a pour but

      • en avouant que, grâce à lui, ils avaient. Désolé pour les coquilles, j’ai tapé un peu vite.

      • @Jérémy:

        Il semblait s’en féliciter, alors qu’à titre personnel, ce genre de remarque me désole. Ca ne devrait pas le réjouir. Cela signifie tout simplement que, dans son propos, le peuple a besoin des intellectuels pour comprendre les processus d’aliénation. Et là, j’ai vraiment pensé à Rancière.

        ah mais c’est là où c’est délicat tu vois, de faire bien gaffe à la fonction des corps intellectuels,
        où j’entends bien que tu sois gêné par la condescendance de Geoffroy, genre le mec qui se sent necessaire, heureusement qu’il est là pour ouvrir les yeux à ces gueux ( j’exagère pour être plus claire ), bon qu’il se garde pour lui ses petites satisfactions, qu’il se fasse plaise,
        mais par ailleurs, l’idée est de ne pas tomber dans l’idée inverse , ce que nous rappelle Manuel à propos de mai 68, je te mettrais l’extrait si t’as besoin ,
        L’idée inverse est de croire que les corps intellectuels ne servent à rien.
        Après il n’est pas obligé que ces corps nous proviennent uniquement des universités, ils sont partout.

        • @jérémy:

          Après il n’est pas obligé que ces corps nous proviennent uniquement des universités, ils sont partout.

          je pense par exemple à ce gros paysan de Nestor, mais c’était une autre époque.

          • @anne-laure: Nestor de Tintin ? Nestor Almendros ?

          • @jérémy: le Nestor qui est enterré à côté de chez françois.
            Depuis…( je regarde le wikipède ) : 1934,
            françois n’y est pour rien monsieur le commissaire.

          • @jérémy: et puis bon je pensais à tous ces corps intellectuels anonymes , j’en connais des beaux qui ont les yeux qui changent de couleurs.

          • @anne-laure: David Bowie ?

          • @anne-laure: ah non, j’ai lu trop rapidement, il était pas anonyme. Je sais pas, alors.

        • @anne-laure: oui, voilà ils sont partout. Je ne dirais pas que c’est condescendant, c’est un habitus d’intellectuel, contre quoi j’ai l’impression parfois qu’il se bat. Ce qui rend son discours intéressant. On va voir comment il va évoluer.

      • @Jérémy: et sur la question du rapport à la loi à la violence, à la sécurité et à la répression je te conseille de regarder paranoid park décidemment.
        Je reste mystérieuse pour te donner envie.

        • @anne-laure: si j’ai le temps, cette semaine

        • @anne-laure: j’ai revu aussi hier dans le sillage de ton traineau skate Paranoid Park et quand jérémy l’aura vu ça m’intéressera aussi de te lire à ce sujet. As-tu vu Gerry également ?

          • @Juliette B: cool. Non pas encore vu gerry mais c’est au programme, et puis peut-être last days aussi même si je l’ai déjà vu.
            On s’est demandé d’ailleurs avec félix si on n’avait pas déjà vu paranoid park en fait parce que des scènes nous disaient quelques chose.
            A moins qu’on en avait vu des extraits ? Bref.
            Tu peux me raconter et je prendrai la suite, on verra bien quand Jérémy se radinera.
            Là je suis un peu abrutie par mon week-end de travail à cause surtout du gros monstre qui hurlait J’AI MAAAAAAAAAL AUUUUUU FOIIIIIIIIIIIIE parce qu’elle avait avalé 9 comprimés de paracétamol que sa mère lui avait donné parce qu’elle avait mal au dent.
            Wolalah, la grosse lourde.

          • @anne-laure: Gerry m’a beaucoup impressionnée et confirme que la façon particulière dont GSV filme les corps est vraiment ce qui me plait chez lui. Les corps dans leurs différents mouvements, rythme, et dans un espace particulier donné, filmés en plans serrés ou larges à des moments où le spectateur ne s’y attend pas.

            Dans Gerry par exemple un plan serré sur les visages de profil des deux personnages marchant silencieux et d’un bon pas dans le désert, au début d’une randonnée. Typiquement une situation où classiquement on les filmerait au contraire à ce moment là en entier, leurs jambes vigoureuses en action, leurs beaux corps sains et pleins d’énergie (comme dans le film 127 heures par exemple).
            Eh ben non, Gus cadre juste les visages en marche, le regard sur l’horizon que nous on ne voit pas et c’est encore plus fort. Singulier aussi. Leur énergie mange le paysage.

            Plus tard, les deux mêmes corps au loin, de dos, à dix mètres l’un derrière l’autre, très ralentis par la fatigue, sont comme engloutis par le décor de montagnes grandioses au loin en même temps que chacun de leurs pas minuscules nous dit leur épuisement. Pas leurs visages qu’on ne voit pas, pas besoin.

            Il y a aussi une scène forte sur un gros rocher que je te laisse découvrir.

          • @anne-laure: dans Last days il y a une scène qui m’a beaucoup marquée, j’ai été la revoir du coup hier : c’est celle où Kurt de profil est dans sa chambre debout et projette de s’asseoir sur le fauteuil placé derrière lui peut-être, on n’est pas sûr.
            Et il ploie très très lentement vers le sol, les genoux, le torse qui s’affaisse au ralenti, c’est incroyablement long et beau et poignant, on se dit que ça ne va jamais finir.
            Quand il atteint enfin le sol, il est à quelques centimètres du fauteuil seulement.

          • @Juliette B: t’as remarqué que dans paranoid park le garçon principal s’appelle Alex comme l’un des tueur de elephant comme dans orange mécanique ?
            Alors que dans Gerry y a pas d’Alex puisque y a que des Gerry.

            Rien que comment tu me racontes le corps de kurt ça me fait de la peine.

          • @anne-laure: j’avais pas remarqué pour Alex, tu as raison.

            j’ai lu quelque part que Gerry venait des deux acteurs qui employaient dans la vraie vie ce terme entre eux comme prénom mais aussi comme verbe quand ils parlaient d’une foirade,
            par exemple au lieu de dire « là on a merdé ou foiré » à propos d’un trajet, ils disent « we gerried the way »,
            et Gus van sant l’a repris dans le film, où le terme apparaît dans différentes situations comme prénom, verbe ou adverbe.

            on connait tous des exemples comme ça dans la vraie vie je crois : par exemple ma petite soeur qui s’appelle Albertine (j’ai un peu changé mais ça ressemble), dit d’elle-même « encore une Albertinade » quand elle pose une question débile ou naïve et s’en rend compte juste après. Au point que les enfants (débiles) dont elle s’occupe au travail ont repris l’expression et lui disent en rigolant quand elle a un geste ou une parole débile devant eux.

          • @Juliette B: je suis en train d’écouter-regarder Geoffroy avec son sweat moche ucla que jéméry a posé devant moi,
            t’as vu ?
            A la vingtième minute il répond précisément sur la question de la production de biens symboliques des journalistes.
            Peut-être qu’il le raconte déjà dans son livre je sais pas, mais là il l’illustre d’un exemple ( ce qui manque dans le livre d’après moi et j’étais bien soulagée lorsqu’il commençait à prendre des exemples concrets ).
            Quand à moi je reste keblo sur cette idée de l’intellectuel qui ne peut être que de gauche ( je tiquais déjà dessus avec Manuel ).
            Parce qu’à tout bien peser nous pourrions être encore bien plus inégalitaires qu’en suivant l’ordre du monde tel qu’il est.
            Nous serions alors des penseurs d’extrême droite, je pense que ça existe.

          • @Juliette B: ouais mais non ça tient pas mon truc.
            Si nous étions des penseurs d’extrême droite nous baserions notre pensée sur une hiérarchie extrême des êtres humains, sur un ordre où seuls peuvent vivre les plus forts selon ce qu’on a déterminé de qui sont les plus fort, où il faut éradiquer les plus faibles,
            en gros se décharger de tout ce qui est de l’aide à la survie des plus faibles, pour bien les faire crever ces boulets.
            Or les plus forts ont besoin des plus faibles pour les faire bosser à leur place, pour produire ce dont ils ont besoin.
            Ils sont bien obligés de les nourrir.
            C’est l’ordre du monde tel qu’il est déjà en fait.
            Bon j’ai rien dit.

          • @Juliette B: oui puis c’est surtout que si tu élimines les plus faibles il faudra re-hiérarchisé ce qu’il reste de monde et re-éliminer les plus faibles et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’y n’en reste qu’un seul.
            Et ce serait pas malin.

          • @Juliette B: re-hiérarchiser, er, hein ? non mais sans blague

          • @anne-laure: le passage de geoff sur le journalisme que tu me signales dans la video de GDL je le reçois d’emblée par deux bouts:

            le premier c’est celui où je te dis que je trouve qu’il a raison et que d’ailleurs ça nous renvoie directement à ce papier de fredo sur le fact-checking dont on avait un peu parlé ici et que je trouve très bon: http://blog.mondediplo.net/2016-11-22-Politique-post-verite-ou-journalisme-post

            et aussi à cet autre papier plus récent publié sur son blog dont je t’explique le contexte juste en dessous (lis-le avant): http://blog.mondediplo.net/2017-02-22-Charlot-ministre-de-la-verite

            (Le Monde a crée un site de vérification de la fiabilité de l’info qui s’appelle Decodex (sic), il donne des labels vert, orange, rouge aux sites d’info, qui ont été d’autant plus contestés par les intéressés que le Monde est lui-même loin d’être irréprochable en la matière,
            et surtout que cette pseudo labellisation de Decodex a été lancée à la va-vite avant l’élection présidentielle par des journalistes qui pensent qu’ils sont neutres (hihi), pour nous aider à bien voter pas Marine le Pen en mai prochain, en s’appuyant sur des critères très merdiques.°

            Bref premier bout. Le 2e arrive derrière si tu veux.

          • je ne saurais mieux dire que ton : hi hi
            le pathétique de la chose étant que ces gens pensent VRAIMENT etre neutres (tu as vu comme moi ce pauvre Samuel Laurent à Arret sur images)

          • @anne-laure: Deuxième bout: il faudrait parfois que Geoffroy s’écoute parler et ait en face de lui des interlocuteurs autres que des gentils garçons choisis par lui et très flattés de le recevoir.
            Qu’en bon bourdieusien qu’il se prétend être, il s’entende dire des phrases comme ça:

            – il y a des choses très importantes quand on est journalistes comme d’abord choisir ses sujets, sur quoi on enquête quand on est journalistes ? de quoi on va parler ? je pense que si t’es journaliste aujourd’hui et si tu vas faire autre chose que des choses sur les violences policières, que des trucs comme Marine Le Pen, Macron etc., si tu vas faire Comment ne pas grossir ou je sais pas quoi comme des enquêtes sur le milieu littéraire à la con, eh bien t’es complice du système, tu fais diversion par rapport aux problèmes qui se posent et tu le fais d’une manière de ne pas l’affronter.
            /…/
            Donc choisir ses sujets, choisir ses supports et aussi choisir ses modes de narrations…etc.
            /…/

            bref (c’est moi qui parle) soyons des hommes libres dans un monde libre
            d’accord Geoffroy, merci, on va tâcher de suivre tes bons conseils avisés pendant que tu iras dire coucou à Canal, europe 1, france inter et france cul pour vendre ton livre
            qu’on sera très contents de lire après
            allez bisous bisous

            PS: n’oublie pas de nous laisser sur la porte du frigo en partant la liste des « problèmes qui se posent ».

          • @Juliette B: ah tu me fais rire, il t’agace hein Geoffroy ?
            comme le bon père de famille de loving ,
            t’es toute agacée ma juju,
            Moi je crois savoir ce qui m’agace le plus chez lui, le petit point commun avec cet instant où un ami-amant m’avait dit qu’il n’avait pas assez de clients , il fallait qu’il soit plus offensif, se faire plus de publicité, et sa posture de grosse mollasse bourgeoise qui veut faire la bagarre m’avait semblée fort ridicule.

            Là sur cette vidéo ça va, il me fait pas trop penser à ça.
            Ceci dit ce que tu retiens de lui comme bourdieusien c’est ce que je comprends pas dans le livre et qui me paume,
            je comprends pas qu’on puisse se dire totalement indépendant tout en disant qu’on est toujours engagé pour une cause ( une cause = une posture politique ).
            A moins qu’il ne parle seulement d’être indépendant de l’état, des institutions de l’état. Si c’est ce que pense Bourdieu.

            J’irais zyeuter de nouveau son livre lorsque j’aurais l’esprit moins embrouillé.

          • @Juliette B: et je prendrais le temps de lire mon fredo aussi , parce que j’aime bien quand on parle de Fantômas en ricanant.

          • @anne-laure: oui t’as bien raison de rigoler quand je m’escagasse toute seule comme ça :-),

            Geoff me fatigue quand il se laisse aller à son penchant moralisateur de petit dieu tout puissant,
            je trouve qu’il devrait parfois moins parler, plus écouter, sentir et regarder et surtout mettre du Spinoza dans son vin

          • @françois: oui je l’ai vu Samuel et je croise tous les jours ses petits frères et petites soeurs au travail

          • @Juliette B: bon, sur l’exemple de conflit de journalistes de Geoffroy avec sa veste ucla,
            ( encore pas eu le temps de lire fredo et je suis toute flagada )
            mais je trouve que c’est intéressant d’un point de vue psychologique, parce que moi je me dis naïvement que le boulot de journaliste c’est de donner des infos du réel aux gens, de ce qu’ils ne peuvent pas voir directement,
            Or c’est comme un travail d’enquêteur de police en quelque sorte, tu peux avoir de mauvaises informations, mal comprendre le réel, et puis reprendre le réel au plus près, te tromper et puis recommencer etc etc.
            Il n’y a donc pas de vérités en journalisme.
            Alors je comprends pas bien pourquoi certains se font incriminer ( c’est trop fort comme mot c’est pas grave ) lorsqu’ils font des erreurs ?
            Puisque c’est un travail d’erreurs continuelles, tu me suis ?
            Sur un plan psychologique cela signifie que certains journalistes pensent être de ceux qui disent la vérité toute la vérité.
            Ce serait peut-être cela le problème à la base du mensonge général.

          • @anne-laure: oui, le problème ce n’est pas tant de faire des erreurs – tout le monde en fait – que de présenter ce qu’on écrit comme la vérité vraie du réel observé ou pensé indépendamment de tout le reste (de quoi on va parler, en posant le sujet dans quels termes, en interrogeant qui, en hiérarchisant comment, etc., et aussi en étant qui soi-même sociologiquement, de quelle classe sociale, avec quel type de formation, etc.)

            c’est de ça dont parle notamment fredo dans les deux textes joints dans mon post de tout à l’heure, qui interrogent pour s’en moquer cette mode actuelle du « fact checking », ou décryptage de l’info, ou désintox, etc, et qu’évoque aussi avec justesse Geoffroy dans la première partie du passage que tu m’as signalé.

            au delà, Geoff part un peu en vrille de mon point de vue en faisant comme si les journalistes étaient des êtres sans une origine sociale majoritairement identifiée (bourgeoise ou petite bourgeoise) qui les conduit naturellement, sans se forcer, à préférer Macron à Poutou et la réduction de la dette au temps de travail à 32 heures.

            il ne parle pas d’un système, comme il le faudrait pourtant, mais d’individus supposés libres et affranchis qui feraient ou pas les bons choix et à qui il pourrait du haut de sa chaire distribuer en conséquence ses bons et mauvais points.

            au passage il égrène les sujets – « les problèmes » dit-il – qui sont dignes selon lui d’être traités par les médias : en l’occurrence ceux qui l’intéressent lui (= les violences policières, le racisme, l’homophobie, les questions de genre, Marine Le Pen, les lanceurs d’alerte, etc.), mais jamais l’accès inégal des enfants à l’exercice du piano, les licenciements abusifs, le mauvais remboursement des lunettes, ou le dernier livre de Jean Echenoz.
            C’est un peu lassant et un peu court. Autant pisser dans un violon. Et comme je suis vénère aujourd’hui je me défoule en le disant.

            A sa décharge il développe à un autre moment de l’entretien ce qui me parait plus intéressant en termes de perspectives d’avenir: organisez vous-mêmes autant que faire se peut vos propres circuits d’information en vous passant des professionnels de la profession. C’est une chose qui m’avait bien réjoui dans le mouvement Nuit Debout que cette tendance calmement affirmée face aux micros des grands medias : merci les gars on va plutôt se débrouiller sans vous.
            Tiens, et tu vois là je rejoins ton copain Manuel de la patate et sa joyeuse proposition de suicide de la profession.

          • @Juliette B:

            au delà, Geoff part un peu en vrille de mon point de vue en faisant comme si les journalistes étaient des êtres sans une origine sociale majoritairement identifiée (bourgeoise ou petite bourgeoise)

            ah c’est marrant que tu ressentes ça de son discours, moi je pensais qu’il s’adressait aux journalistes de gauche justement, enfin ceux qui auraient envie de devenir indépendants pour pouvoir s’exprimer plus justement, plus en accord avec eux-mêmes,
            qui sont donc une minorité, on entend bien,
            je pense pas qu’il dissocie les origines sociales de la pensées des journalistes, ce serait un peu fort de café, pour un sociologue tel que lui.
            Là où tu pourrais te fâcher c’est plutôt parce qu’il ne tient pas compte que l’indépendance des idées demande une indépendance économique, que les journalistes même de gauche, n’ont pas d’autre lois que d’obéir à la loi du marché, et donc aux lois des journaux majoritaires ( tu me dis si je me trompe j’ai une idée grossière des choses ).
            A moins d’écrire dans le monde libertaire.
            Ou de faire son propre blog de journaliste.
            Mais c’est pas payé.

          • @Juliette B: c’est un peu le sujet dont parlent plus en dessous jérémy et françois, à propos des cinéastes indépendants,
            bon ben avec tout ça, avec ce petit bourgeois qui nous parasite, on n’a pas parlé d’alex et de son skateboard c’est malin,
            on verra ça demain.

          • @anne-laure: même s’il s’adresse à ceux là, peu nombreux, que fait-il d’autre que leur faire une leçon vaine et inutile en effet ?
            Il se fait un peu plaisir sans aider à penser avec une nouvelle originalité le sujet je trouve.

          • @Juliette B: tu trouves pas d’ailleurs que manuel de la patate a un physique de skater ? tu lui mets un bonnet et hop ça roule.

          • @Juliette B:

            Il se fait un peu plaisir sans aider à penser avec une nouvelle originalité le sujet je trouve.

            ben oui, s’il ne fait que reprendre les idées de Bourdieu ( qui a dû les piquer à quelqu’un d’autre) c’est qu’il n’est pas très orignal effectivement.
            On dira que son originalité c’est de faire parler de lui et des idées qu’il porte, en 2017, comme au bon vieux temps des années 70.

          • @Anne laure: oui sur Alex et la police il faudra que tu me racontes ce que tu avais en tête quand tu seras reposée.

            Manuel patatatouille je l’ai pas imaginé en skate mais sans bouc et cheveux plus courts, pour voir.

          • Geoffroy se casse le cul à mobiliser pour faire sortir des gens de prison, a minima à y améliorer leur sort – je me garderai de pinailler

          • @anne-laure:

            ben oui, s’il ne fait que reprendre les idées de Bourdieu (qui a dû les piquer à quelqu’un d’autre) c’est qu’il n’est pas très orignal effectivement.
            On dira que son originalité c’est de faire parler de lui et des idées qu’il porte, en 2017, comme au bon vieux temps des années 70.

            en fait ça ne me dérange pas du tout que GDL « reprenne les idées de Bourdieu », comme le fait d’ailleurs également Fredo, qui réactualise en outre avec bonheur à longueur de livres, d’interventions et d’articles la lecture de Spino;
            et comme François le fait, à sa façon, dans ses pièces, ses livres
            ou ses chroniques comme celle que je viens de relire sur Courts voyages au pays du peuple de Rancière, ce qui m’a mis le coeur en joie,
            ou Nathalie Q qui tambouille dans sa marmite de sorcière magnifique Debord, Nietzsche et son armoire normande,

            tous ces gens m’aident davantage à penser et à vivre que geoff quand il cède un peu facilement au name-dropping de tel ou tel penseur sans assurer derrière sur un sujet qu’il semble en fait ne pas vraiment avoir pris le temps de beaucoup réfléchir, ou alors qu’il résume d’une façon tellement lapidaire que ça aboutit à de la fausseté.

            ne reste alors de sa part que l’injonction moralisatrice,
            c’est fâcheux comme dirait gilou en insistant bien sur le â ça me fait rire à chaque fois.

            mais c’est par moments seulement que je ressens ça avec Geoff,
            à plein d’autres il renverse spectaculairement des problématiques recuites et ça ouvre l’horizon.

            (le mien se rétrécit merde je suis en retard)

          • dans l’itw en sweat UCLA -avec en face l’espèce de teubé en polo rose-, il y a, comme tu dis Juliette, le meilleur et le pire :
            le meilleur, c’est ce rappel des fondamentaux d’une pensée structurelle : se pencher sur l’état de santé de système, pas sur ses accidents. Pour montrer que c’est sa santé qui est malade. Bon rappel de la formule de Marx à ce sujet.
            le pire : sa liste d’intellectuels, avec ce dosage purement symbolique entre femmes et hommes ; liste purement française sauf Judith Butler, ce qui est ridicule (soit la liste est nationale, soit elle est internationale, mais pas ça) ; et liste qui se termine par Eribon, ce qui va finir par tourner au gag
            Mes écrivains préférés : Racine, Diderot, Flaubert, Faulkner, Beckett, Gombrowicz, mon cousin

          • @Juliette B: alors allons-y pour alex et la police.
            J’avais dit la police ? La sécurité il me semble.
            Je vais tâcher de ne pas trop me laisser divertir par les souvenirs de la forme du film, de ses plans bien foutus de ses expériences de sons différés,
            concentrons nous sur l’histoire d’alex uniquement,
            Alex est un petit gars comme beaucoup d’autres , qui a une vie de jeune blanc américain de la classe moyenne on ne peut plus classique, lycée, petit frère , parents qui divorcent, une petite copine blonde, un bon pote qui s’appelle kuster un truc comme ça je sais plus ( fluster ? ),
            un bon pote émancipateur, plus aguerri qui l’initie au skateboard, on pourrait dire comme les adultes : qui le fait entrer dans la communauté des skateurs,
            sauf que ce n’est pas une communauté disent-ils ( j’adore la scène où ils sont convoqués au lycée par les flics qui veulent les interroger et où tu les vois sortir des salles et ça te fait comme une surprise comme un jeu où tu te demandes combien ils vont être et on dirait des cow-boys avec le ralenti ),
            On peut dire que le skateur est une espèce qui tient à sa singularité, ne souhaite pas être intégré dans un groupe par le regard adulte.
            Tu n’as qu’ à voir comment ça se passe sur un espace de rampes de skate, ça glandouille pas mal sur le haut des rampes, ça se colle un peu les uns aux autres, ça papote ou ça médite ça observe,
            quand ça se lance sur les rampes c’est en solo sans parler à personne.
            Alex se retrouve donc à expérimenter la fameuse zone peu recommandée de paranoid park, peu recommandée parce que comprend-t-on sur une zone urbaine populaire qui craint , près des chemins de fer, où trainent des punks, des sdfs, et donc usage d’alcool et autres toxiques avec les comportements de dépravés qui vont avec.
            Alex il est bien calme dans son petit coin , il est tout seul puisque son pote est à l’université ( et on se demande bien ce qu’il fout à l’université en pleine nuit ).
            Bon et des vieux viennent le voir et l’un d’eux lui emprunte son skate pour en faire juste un peu parce qu’il n’est pas très doué, puis propose un truc fun qui s’avère ne pas être fun du tout.
            Enfin moi j’ai pas trouvé ce qui était fun dans le fait de s’accrocher à un train qui roule à 15 km à l’heure, c’était bien plan-plan, mais quand on est jeune on essaye des trucs pour voir ce que ça fait.
            Alex a pas l’air de l’éclater plus que ça.
            On remarque qu’Alex c’est pas un gars hyper expressif. Toujours le même visage.
            Et c’est là qu’intervient la sécurité en la personne de ce brave monsieur ( on avait vu sa bonne tête de brave gars du genre père-noël dans le journal ),
            on se demande la sécurité de quoi. A quoi il sert ?
            C’est ma grande question.
            A protéger les marchandises des trains ? A protéger les gens errants de la dangerosité du site ?
            Comme un abruti il prend sa fonction à cœur et s’attaque à alex avec sa lampe de poche et alex lui répond en retour avec son skate , ben oui.
            Et là : c’est le drame.
            Pour la première fois tu vois une décomposition du visage d’alex, avec je pense un effet renforcé par la caméra qui s’éloigne et le floute.
            Le visage décomposé comme le corps du brave monsieur décomposé en deux parties bien distinctes.
            Je me dis que la première fois que tu vois ça en vrai oui ça peut te choquer, au bout de la troisième tu commences à t’habituer.
            Par la suite alex se recompose et assure un max : devant le flic chinois il répond avec une grande assurance à tous les détails de son alibi, devant la photo du cadavre pendant leur convocation de groupe garde un grand sang-froid comme a pu le remarquer félix.
            Félix le psychologue a remarqué qu’Alex occultait la scène de l’accident pendant que sa sœur pierre bellemare enregistrait les détails.
            Il se recompose psychologiquement, trouve que beaucoup de choses deviennent futiles, comme le sexe avec la blonde par exemple,
            il est par ailleurs très habile pour déjouer les conflits avec cette petite fille obsédée par l’idée d’avoir une vie sexuelle,
            c’est à dire qu’il en a rien à foutre de cette histoire en fait et t’as qu’à voir comment il a l’air de s’ennuyer pendant l’acte sexuel.
            Très marrant d’ailleurs ce décalage psychologique entre ces deux personnages et la scène de séparation est magnifique où sans les mots tu vois toutes les petites expressions de la colère de la tristesse sur le joli visage de la petite blonde, qui se faisait bien des illusions.
            Alex n’a donc pas besoin de sexe il a besoin d’amitié , ce qui fait qu’il se rapproche de celle qu’on appelle petit cochon, dont la copine s’appelle squelette que félix trouvait belle parce qu’il a de drôles de goûts.
            Il a besoin d’amitié pour se confier parce qu’il ne se sent pas bien, il est rongé de remords, de cogitations, on le voit lorsqu’il laisse tomber son corps sur le sol et se pose le skate en travers du bide.
            On imagine qu’il a dû se poser un million de fois la question de : est-ce que je dois me dénoncer aux flics, suis-je une mauvaise personne, se rejouer un million de fois la scène de l’accident, et puis de toutes façons c’est trop tard etc etc.
            De quoi s’épuiser, perdre ses forces et ne plus pouvoir tenir debout en effet.
            Et petit cochon la coquinette comme de par hasard passe par là avec son vélo, lui propose d’écrire ce qui le travaille, parce qu’elle a bien capté qu’Alex était plombé par quelque chose de grave, à n’importe qui et par exemple à elle.
            Ce qui fait que paf tu comprends pourquoi depuis le début tu le vois écrire l’histoire, tu comprends qu’il en sera soulagé, qu’il n’aura plus aucun besoin d’être régulé par la loi, de se poser des questions en rapport avec la loi, qu’il se fait son petit programme d’auto-régulation tout seul.
            D’où ma conclusion : la justice ne sert à rien.

          • @anne-laure: oh il me plait bien ton récit, me fait penser à plusieurs trucs en retour. Peux pas trop écrire avant ce soir, mais quand même je trouve que toi et Félix vous êtes assez forts en prénoms réinventés. atavisme familial sans doute.

          • @Juliette B: attend je te rajoute truc avant d’aller faire mes petites affaires extérieures,
            sur ce que vous disiez l’autre fois jérémy françois et toi je crois, je ne sais plus très bien qui disait quoi, sur le fait que dans les films de Gus les adultes se retrouvent retranchés à l’extérieur du récit,
            on le voit d’autant plus après un deuxième film , avec en points communs pour les deux :
            -une décoration de la maison des parents particulièrement de mauvais gouts, ringarde, dépareillée, il y va un peu fort.
            Si bien que cela donne aux enfants l’air d’être des extra-terrestres sur la planète terre ( ou l’inverse ).
            -un ton dans la leçon des profs qui donne l’impression qu’ils sont totalement gavés par leur métier, que ça les emmerde ( et ça me fait bien rire ) : « bon on va reprendre la leçon sur la loi de la poussée d’Archimède « , que des trucs bien abstraits bien chiants qui détonnent avec le reste du film. Souvent des cours de sciences physiques je crois.

            Dans paranoid park en particulier on s’est bien marré des discussions entre le père et alex :
            – qu’est-ce que tu fais avec ce cahier ?
            – je fais mes devoirs
            – oui c’est une bonne heure pour faire ses devoirs ( dit-il en posant sa bière sur la table de salon )
            Pertinent le mec.

            Ou bien la remarque sur :
            – ah au fait j’ai rencontré le père de machin.
            – ah ?
            et on ne saura jamais ce que les deux pères se sont racontés.
            Bon.

          • @Juliette B: j’ai commencé à lire le fredo du 22 février, et qu’est-ce qu’il écrit bien quand même , c’est plein d’images c’est très parlant,
            avec ces histoires de serrage de vis et de donner des leçons à des théières,
            et ça dis donc :

            l’accord parfait d’une complexion singulière à la structure d’ensemble permettant d’éclairer la structure d’ensemble par la complexion singulière.

            ben c’est beau ça mon fredo.

            bon j’ai plus le temps

          • @Juliette B: oh bah ça c’est pas très gentil quand même :

            C’est que la détention d’un pouvoir exorbitant conduit nécessairement à questionner la légitimité des détenteurs, et qu’en l’espèce on est conduit à se demander comment des pouvoirs aussi considérables se sont trouvés remis à des individus aussi insuffisants.

            ( t’exagère un p’tit peu des fois fredo )

            et tu as dû kiffer cette phrase juliette non ? :

            On se dit d’abord que la croyance forcenée en un journalisme vierge de point de vue et riche seulement de faits devrait suffire à interdire l’accès à la profession.

            moi j’adore le passage sur les gommettes de couleurs, la vie pastorale et surtout la dernière phrase :

            Prétendre dicter aux gens ce qu’ils doivent considérer, et puis ce qu’il leur faut en penser, devient rapidement odieux même assisté de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

            tellement de poésie, ça me fait du bien.

          • @Juliette B: et voici donc le cœur du problème en résumé :

            Pourra-t-on faire comprendre que le problème ici n’est pas tant de livrer des jugements sur les propositions politiques — c’est peut-être là la fonction première de la presse —, mais de les livrer dans une rubrique supposément consacrée aux vérités de faits et sous la forme du rating en couleur,

            qui d’après ce que j’entends est un problème philosophique

            mais je vais pas tout te citer non plus, j’arrête, mais s’il arrêtait d’écrire des choses formidables qui m’enthousiasme aussi lui alors.

          • @Juliette B: et voilà la bonne question, de comment il te met en lumière le piège :

            Et voilà toute la question : comment penser l’idée de modification, dans une ontologie politique des faits qui, par définition cherche à ramener toute politique au règne de la « réalité vraie » conçue comme l’inaltérable ? De là, « logiquement », que toute entreprise politique de modifier soit par nature « contradictoire ».

            bon j’avais dit que j’arrêtais

          • @anne-laure: tu me fais rire. oui, il est chouette ce papier, et celui d’avant aussi.

          • @Juliette B: ben le papier précèdent ( qui n’est pas en papier tu remarqueras ), sur le fact-checking c’est ça ?
            j’avais lu mais moins bien compris parce que le monde des médias m’échappe quelque peu étant donné que je ne suis pas du tout ( ou si peu ) connectée à ce monde,
            Dans celui-ci lorsqu’il parle d’évènements précis de journalistes, des trucs qui se passent dans le monde, j’y comprends que dalle, mais autour ça va, je comprends, lorsqu’il parle de politique de vérité et de néolibéralisme je comprends.

          • @Juliette B: comment veux-tu qu’on soit emballées par Geoffroy après le passage d’un pareil énergumène,
            faut être un peu réaliste

          • @anne-laure: 20 ans et de longues soirées d’amour avec spino les séparent.

          • @anne-laure et son chat: oui la justice ne sert à rien qu’elle prétend servir, Geoffroy en parle bien, et Alex et son cahier font le travail qu’ils ont envie de faire ensemble. Ils y vont par un petit sentier qui mène à la mer, avec ses grandes herbes autour, et un banc bizarrement perpendiculaire à elle (ou je me trompe ?).

            « un bon pote émancipateur, plus aguerri qui l’initie au skateboard »

            yep, à qui Alex répond quand l’autre lui propose d’aller à Paranoid park: « je crois que je ne suis pas prêt à y aller », mais l’autre insiste et Alex doit quand même avoir un peu envie parce qu’il y va.

            j’adore la scène où ils sont convoqués au lycée par les flics qui veulent les interroger et où tu les vois sortir des salles et ça te fait comme une surprise comme un jeu où tu te demandes combien ils vont être et on dirait des cow-boys avec le ralenti

            ah oui tout à fait ça; j’y avais pas pensé mais j’ai revu la scène et oui tout à fait ça,

            On peut dire que le skateur est une espèce qui tient à sa singularité, ne souhaite pas être intégré dans un groupe par le regard adulte.
            Tu n’as qu’à voir comment ça se passe sur un espace de rampes de skate, ça glandouille pas mal sur le haut des rampes, ça se colle un peu les uns aux autres, ça papote ou ça médite ça observe,
            quand ça se lance sur les rampes c’est en solo sans parler à personne.

            oui ça risque de se casser la gueule, de merder son mouvement ou de ne pas bien s’insérer dans le ballet des autres (vu de loin ça me faisait bien envie ce vertige à roulettes dans la vraie vie quand je regardais de loin)

            Enfin moi j’ai pas trouvé ce qui était fun dans le fait de s’accrocher à un train qui roule à 15 km à l’heure, c’était bien plan-plan, mais quand on est jeune on essaye des trucs pour voir ce que ça fait.
            Alex a pas l’air de l’éclater plus que ça.

            je trouve aussi, mais il pouvait pas le savoir avant d’essayer

            On remarque qu’Alex c’est pas un gars hyper expressif. Toujours le même visage.

            Oui, sauf au moment où son visage s’éveille et vit soudain comme dans un film muet – il se cache même derrière sa casquette -: quand il regarde la télé et découvre qu’on parle de la mort du vigile. Je comprends pas bien ce qui le met dans cet état à ce moment là précis car il sait déjà que l’autre est mort – il l’a vu coupé en deux. Est-ce l’annonce d’une suspicion de meurtre ? Dis-moi comment tu comprends son émoi à ce moment là.

            Et c’est là qu’intervient la sécurité en la personne de ce brave monsieur (on avait vu sa bonne tête de brave gars du genre père-noël dans le journal),
            on se demande la sécurité de quoi. A quoi il sert ?
            C’est ma grande question.
            A protéger les marchandises des trains ? A protéger les gens errants de la dangerosité du site ?

            ben oui, il y a beaucoup de vols (de câbles en cuivre notamment) à ces endroits là et aussi d’éventuels sabotages pour le fun qui menacent la sécurité du trafic (ma bonne copine travaille à la SNCF)

            Pour la première fois tu vois une décomposition du visage d’alex, avec je pense un effet renforcé par la caméra qui s’éloigne et le floute.

            oui c’est la première fois, la seconde sera peut-être en revivant la scène – sacrée scène t’as raison – en pensée devant la télé

            Par la suite alex se recompose et assure un max : devant le flic chinois il répond avec une grande assurance à tous les détails de son alibi, devant la photo du cadavre pendant leur convocation de groupe garde un grand sang-froid comme a pu le remarquer félix.
            Félix le psychologue a remarqué qu’Alex occultait la scène de l’accident pendant que sa sœur pierre bellemare enregistrait les détails.
            Il se recompose psychologiquement, trouve que beaucoup de choses deviennent futiles, comme le sexe avec la blonde par exemple, il est par ailleurs très habile pour déjouer les conflits avec cette petite fille obsédée par l’idée d’avoir une vie sexuelle,
            c’est à dire qu’il en a rien à foutre de cette histoire en fait et t’as qu’à voir comment il a l’air de s’ennuyer pendant l’acte sexuel.
            Très marrant d’ailleurs ce décalage psychologique entre ces deux personnages et la scène de séparation est magnifique où sans les mots tu vois toutes les petites expressions de la colère de la tristesse sur le joli visage de la petite blonde, qui se faisait bien des illusions.

            je vous suis bien la-dedans; me suis dit aussi dans la scène de sexe qu’il y avait un renversement assez fort par Gus des rôles habituels à l’écran – le mec qui veut coucher pour pouvoir dire à ses copains que ça y est il l’a baisée et ben là c’est une fille, et la fille qui attend que ça se passe en restant raide comme un piquet parce qu’elle a pas vraiment envie à ce moment là et ben là c’est un garçon.

            Alex n’a donc pas besoin de sexe il a besoin d’amitié, ce qui fait qu’il se rapproche de celle qu’on appelle petit cochon, dont la copine s’appelle squelette que félix trouvait belle parce qu’il a de drôles de goûts.
            Il a besoin d’amitié pour se confier parce qu’il ne se sent pas bien, il est rongé de remords, de cogitations, on le voit lorsqu’il laisse tomber son corps sur le sol et se pose le skate en travers du bide.
            On imagine qu’il a dû se poser un million de fois la question de : est-ce que je dois me dénoncer aux flics, suis-je une mauvaise personne, se rejouer un million de fois la scène de l’accident, et puis de toutes façons c’est trop tard etc etc.

            De quoi s’épuiser, perdre ses forces et ne plus pouvoir tenir debout en effet.
            Et petit cochon la coquinette comme de par hasard passe par là avec son vélo, lui propose d’écrire ce qui le travaille, parce qu’elle a bien capté qu’Alex était plombé par quelque chose de grave, à n’importe qui et par exemple à elle.

            Elle me plait beaucoup cette petit cochon, moi je crois qu’elle le trouve séduisant en même temps qu’elle est finaude – un peu moqueuse aussi – et comprends son dilemme. Et lui la regarde stupéfait de sa finesse grossière ou de sa grossière finesse. C’est une sacrée rencontre, c’est une sacrée meuf. On est content pour Alex qu’elle ait croisé sa route et réciproquement. Et qu’un cahier en soit né.

          • le dernier para pas grisé, tu auras rectifié

          • @Juliette B: on te remercie de nous suivre et nous on vient de suivre les gerry paumés dans le désert et on a été super courageux parce que keske c’était long et lancinant ( et angoissant ) cette agonie putain.

          • @Juliette B:

            Il y a aussi une scène forte sur un gros rocher que je te laisse découvrir.

            ( à propos de gerry )
            Hé bien figure toi que j’aime même pas vu le moment tant attendu où gerry saute enfin du rocher vu car j’ai été distraite pile à ce moment par un furet furibond qui chassait un chat d’un panier à caleçons.
            Vu le résultat cependant : pas de cheville brisée alors ça va.

            Ce film qui ne ressemble en rien à la facture d’elephant et paranoïd park par ses très très longues scènes ( où l’on s’emmerdait un peu je dois dire ) m’a fait ressentir ce que pouvait être une longue maladie grave,
            ( longue mais pas si longue , en trois jours l’affaire est bouclée )
            je pourrais faire l’analogie avec un cancer par exemple,
            ( j’en ai des idées farfelues des fois )
            où le début de la balade des deux gerry serait une visite médicale de routine , pour troubler l’ennui,
            les gerry se paument et le médecin leur dit que leur situation est un peu inquiétante,
            ils tentent de minimiser les choses en se racontant des histoires de mythologie au coin du feu, tentent de faire comme si tout était normal ,
            le médecin leur dit que l’affaire est sérieuse , ils ont un sacré putain de cancer, et alors il va falloir se battre, et allez hop chimio et tout le tralala,
            et on marche on marche on marche c’est tout ce qu’il nous reste à faire,
            on est super concentré sur la marche et on cogite on cogite on cogite , on pense à la vie, à sa vie , à la mort , à sa mort,
            ( scène des deux gerry qui marchent côte à côte que tu décris )
            on se fait un point scientifique sur la solution de survie : faut aller vers le nord.
            et on remarche et on est fatigué, et notre corps n’en peut plus, et ça commence à devenir totalement hallucinogène cette histoire on ne sait plus ce qui est du vrai du faux, ce qui est important, ce qui ne l’est plus,
            on tombe on n’est plus très loin de la fin, la chimio et tout le tralala n’ont servi à rien, alors on est euphorique car on trouve cette balade formidable, cette histoire tellement absurde,
            et on meurt.
            ou pas.

          • @anne-laure: pas grave, sur le rocher le moment important c’est pas celui où il saute je crois,
            c’est avant,
            quand ils se disent l’un et l’autre : c’est vraiment trop con cette situation,
            ça peut pas s’arrêter comme ça,

            ce qui est assez raccord avec ton histoire

          • @Juliette B: bon tu comprendras bien que j’ai rajouté le ou pas parce que l’un des gerry survit,
            ce qui n’est pas cohérent avec mon histoire de traitement inefficace ,
            mais j’avais des légumes à découper et c’était urgent.

            C’est fort ce moment où le gerry qui survit voit l’image de lui-même , individualisé de l’autre qu’il a été obligé d’achever.
            A moi ça me raconte bien des choses.

          • @anne-laure: attends je suis encore sur le rocher. C’est une image assez incroyable que celle de gerry debout dessus, comme un lilliputien coincé par sa propre ascension, qui a dû l’enivrer tant son corps répondait bien.

            Comme quand t’es petit et que t’as réussi à grimper dans un arbre difficile, super heureux d’y arriver, et qu’en haut tu te rends compte que tu sais pas comment redescendre.

            L’autre gerry lui n’aurait pas réussi à monter – il s’en rend compte quand il essaye. Mais il va aider son copain en lui faisant un bon petit matelas d’aterrissage. Jusque là tout va bien.

          • @Juliette B: ouais comme les chats lorsqu’ils montent aux arbres.
            J’ai connu un chaton qui a fait ça dans le grand arbre du jardin du voisin et lorsqu’il est tombé ce con avait une plaie sur la babine et ça m’a coûté 86 euros d’agrafeuse de vétérinaire.

            Gerry était motivé pour monter sur le rocher parce qu’il avait perdu de vue Gerry.
            Il flippait sa race de pas le retrouver.

          • @anne-laure: c’est vrai, ce qui n’empêche pas qu’il a dû ressentir du plaisir de voir son corps répondre favorablement à son besoin/désir de prendre de la hauteur.

          • @Anne laure: tu fais reference a quel plan quand tu dis qu’il voit l’image de lui-même ? Quand il lui saute dessus dans le désert ?

            Oui ce serait ça
            J’y avais pas pensé

          • @Juliette B: si tu veux c’est comme tu veux juliette,
            je vois que tu prends partie pour le faible.
            Pendant que moi j’irai manger un bon poulet.

          • @Juliette B: je pensais au plan où il se voit lui-même debout, comme un flash, juste après avoir assassiné son ami.
            Et puis il se relève.

          • @Anne laure: rrala je le vois pas ce plan, comment on nous dit que c’est lui qui se voit ?

          • @Juliette B: ah mais si on parle du même plan je crois,
            comment on le sait qu’il se voit lui-même ?
            ben moi je le sais parce que je le sais.
            Gus me raconte des trucs et je les comprends.

          • @anne-laure: c’est ton « debout » qui m’a troublée

          • @Juliette B: ah bah oui  » débout » ça fait peur.

          • @Juliette B: « debout » , merde j’ai bâclé.

          • @anne-laure:

            le faible

            il a conquis Thèbes quand même
            c’est pas rien

          • @Juliette B: il a conquis Thèbes puis l’a perdue je crois, parce qu’il lui manquait un cheval, je ne sais plus très bien.

    • @Jérémy: ce petit passage m’intéresse particulièrement :

      Pour lui, violence et légitimité sont des notions incompatibles. Quand il y a violence, il n’y a pas légitimité et quand il y a légitimité, il n’y a pas de violence.

      bon allez je vais me forcer à lire son livre,
      j’y vais,
      en trainant les savates

      • @anne-laure: faut surtout pas se forcer

        • @Jérémy: si si faut que je me force, faut que je sois équitable entre lui et son frère Manuel.
          Faut pas qu’il sente que j’ai un préféré et que c’est pas lui.

          • @anne-laure: Manuel, il veut la disparition des intellectuels, mais la dissémination de l’intellectualisme dont il norme les vertus.

          • @anne-laure: or qui prescrit ces vertus ? L’intellectuel.

          • @anne-laure: et sur son rapport à l’engagement, désolé, mais je préfère GDL qui, justement, critique ces injonctions. Non, on n’est pas obligé de s’engager.

          • Il faut restituer l’ensemble de sa pensée, que tu connais :
            1 nous n’avons pas choisi de naitre, nous sommes jetés dans ce monde et dans cette société, auxquels nous ne devons rien
            (point fondamental, base de toute pensée de gauche)
            2 pour la suite, et pour pas mal de choix que je vais faire, ces choix m’engagent. Et notamment la production de biens symboliques. Ca, ca m’engage. L’énoncé juste n’est pas : il faut s’engager. Mais : je suis engagé, que je le veuille ou non (Là-dessus Geoff ne fait que reprendre Sartre dans Qu’est-ce que la littérature)
            3 (point où Geoff est quand même moins lacheur de grappes que tu ne le souhaiterais Jeremy) : le producteur de biens symboliques qui se prétend non-engagé se trompe : il l’est. Il n’y a meme pas plus engagé qu’un supposé non-engagé. Car alors il est engagé en faveur du monde tel qu’il va. Il est complice de ce monde mauvais.
            Problèmes posés par ce 3 :
            -celui qu’on a déjà pointé : à ce jeu, Rohmer, je reprends cet exemple, est complice de ce monde mauvais. Et Gombrowicz. Et tant d’autres. Cette position n’est pas tenable. Universalisée, elle reviendrait à brider ces créateurs, à les castrer. On arrive donc au contraire d’une option libertaire : à la coercition
            2 tout cela fait revenir un lexique très moral, dans l’oubli total des grands déconstructeurs de la morale, Nietzsche et Foucault en tete. Pour ma part je préfère maintenir à l’écart ce lexique. Et dire que les « non-engagés » ou prétendus tels ne sont pas complices d’un monde mauvais. Leur complexion et leurs conditionnements les portent juste à produire cet art là, ces discours là, qui n’ont pas de portée déstabilisatrice pour le corps social. C’est pas de leur faute, c’est comme ça.
            Post-scriptum : si un artiste est un artiste, s’il invente de formes, alors c’est toujours une déstabilisation des codes et des normes. L’art en soi, dans sa logique propre, est déstabilisateur. c’est à dire qu’en dernière instance, et par l’esthétique, Rohmer est un sacré anarchiste -mais ca c’est, comme on sait, un aspect auquel Geoff ne s’intéresse pas du tout. D’où, encore une fois, ma suggestion amicale : ferme ta gueule sur l’art, Geoff.

          • @françois:

            Post-scriptum : si un artiste est un artiste, s’il invente de formes, alors c’est toujours une déstabilisation des codes et des normes. L’art en soi, dans sa logique propre, est déstabilisateur. c’est à dire qu’en dernière instance, et par l’esthétique, Rohmer est un sacré anarchiste -mais ca c’est, comme on sait, un aspect auquel Geoff ne s’intéresse pas du tout. D’où, encore une fois, ma suggestion amicale : ferme ta gueule sur l’art, Geoff.

            oui c’est vrai ce que tu dis, enfin c’est mon vrai à moi aussi,
            je reformule, j’en rajoute et je me fais plaisir,
            sur le point important : si un artiste est un artiste.
            C’est à dire qu’il y aurait tellement de formes d’arts conventionnels qui n’inventent rien , qui ne font que de la reproduction de normes, que c’est pas de l’art au fond.
            L’art est assez rare en somme.

          • l’art est rare, absolument, et c’est aussi par impulsion politique qu’on le cherche, qu’on le traque
            (et dans cette traque on sait sur qui on ne peut pas compter, donc)

          • sorry mais je ne vois pas ce qui est contradictoire avec Geoff – inventer des formes c’est créer un espace oppositionnel non ?

          • @belette: ou bien : inventer une forme c’est juste se retrouver face à une forme dominante qui s’oppose à toi,
            tout dépend du point de vue.

            Il m’agace un peu Geoffroy avec ses formules qu’il veut pertinentes et cinglantes je dois dire.
            espace oppositionnel, pffff
            ça lui va pas de faire son combattant je trouve, ça va pas avec son corps

          • @François: je vais commencer par la fin. Je comprends ton agacement par rapport aux injonctions à l’utilité sociale de l’art, formulé par ceux qui ne l’étudient pas de près. S’ils le faisaient, ils conviendraient par exemple que le cinema de Rohmer, puisque tu l’évoques à nouveau, mène une réflexion ontologique sur l’absence de prédestination et le hasard de nos existences, où les pensées sont sans cesse contrariées par les actes, ce qui permettrait aussi à GDL de regarder avec plus d’indulgence des gens qui absentent la lutte sociale, occupés qu’ils sont à cheminer dans un univers plus intime, sans doute des « bourgeois étriqués » aux yeux d’une sociologie de combat, mais pas moins dignes d’intérêt que n’importe quelle question d’émancipation. Théophile Gautier avait déjà, dans une célèbre préface, répondu à cette injonction à l’utilité qui met sous tutelle le créateur et la création artistique. C’est dire si le débat, finalement, est ancien.

            Sur la question d’une déstabilisation des codes par l’invention de formes, je te rejoins et je me permets de prolonger le propos en rappelant que, de son côté-là, il n’y a pas non plus d’injonctions a priori : un artiste n’est pas assigné à produire des bouleversements esthétiques et l’on souhaite même à certains, qui n’ont aucun désir de destabiliser l’ordre social par la production de biens symboliques, ni d’affoler des normes esthétiques, de trouver tout simplement leur plaisir dans l’immanence d’un geste répété. On ne dit pas assez à quel point -mais à une interview récemment lue, c’est une réponse que tu avais faite- le désir d’un acte créateur et le plaisir de s’y consacrer ne sont absolument pas redevables de leur existence à l’utilité d’une fin.

          • Nous sommes d’accord.
            D’ailleurs je ne pensais pas spécifiquement à des grandes innovations formelles. Sinon on serait souvent en carence. Je pense juste qu’une oeuvre, si elle est singulière, produit toujours, même sans le vouloir, quelques déplacements par rapport aux formes standards d’une époque donnée. Ce doux déplacement a déjà en lui-même un intéret politique -et l’a peut etre d’autant plus que le geste ne se voulait pas du tout politique (ce dernier point étant encore une sacrée objection à Geoff)

          • De ce côté-là

          • Que le désir d’un acte créateur

          • Là-dessus, donc, sur l’utilité de l’art et plus, la préface de « Mademoiselle de Maupin » dit beaucoup. Avec un ton délicieusement ironique.

          • @François: est-ce que le propos ne s’appliquerait pas au processus même de la création autant qu’à son résultat final ? Si tu prends Rohmer, sa manière de préparer les films, sa manière de les tourner, il y a aussi l’affirmation d’une indépendance créative qui a quelque chose à voir avec la politique. Ca peut s’élargir à toute la Nouvelle Vague. La créativité formelle, elle prend aussi racine dans les conditions dans lesquelles s’élaborent les films de ces auteurs. Pour Rozier, c’est pareil. Je pense que ça fait partie de ces gens dont les tournages constituent des objets d’analyse d’un intérêt aussi évident que le résultat final. A ce propos, d’ailleurs, « La fabrique de Conte d’été » mérite d’être vu.

          • Je crois que ce que tu dis se pose avec acuité dans le cinéma, où, plus qu’ailleurs, le dispositif de production et de fabrication est partie prenante de l’oeuvre (mais n’allez pas dire ça à Damien Aubel, voir notre débat sur Aquarius)
            Oui Rohmer c’est, indifféremment un univers esthétique et une méthode de production, l’un et l’autre sont un même geste.
            Soderbergh l’a très bien compris aussi. Et Rabah Aimeur-Zèmèche, qui a d’abord organisé son indépendance avant d’écrire.
            Et à vrai dire la plupart des cinéastes intéressants.

          • Je radote, mais j’aime : https://m.youtube.com/watch?v=qESB-IC2_fI

          • @Jérémy: je prends, merci Jérémy. vous me donnez bien envie d’en faire mon prochain home-revival-cycle cinématographique. Si tu as d’autres liens de ce type sur Rohmer n’hésite pas à radoter encore.

          • @François: je vais regarder le débat

          • Mais oui radote Jérémy, c’est chouette Rohmer qui met le feu au dancefloor ! Merci pour ton compte-rendu sur Jojo. Je suis fan de son « Art de la révolte », « Juger » et de ses conférences.

            Le souci, c’est qu’il parle de la position de l’artiste mais jamais d’œuvres précises, si ? Il citait vaguement Histoire de la violence pendant Juger. Disons pudiquement que c’est léger.
            François dit « ferme ta gueule sur l’art Geoff », je dirais « mon Jojo, pose-toi spécifiquement la question de l’art. Sois précis putain. » Pour l’instant, je ne le vois pas évoquer le régime spécifique de l’art. L’artiste c’est comme un journaliste en plus snob. Son idéal d’artiste engagé est aussi creux qu’un artiste d’état.

            François, détail : le nom de famille de Rabah c’est Ameur-Zaïmeche. Foutu nom d’arabe.

          • de toute façon quand je le croise je l’appelle Babouche

          • Mon ferme ta gueule induisait ta préconisation.
            Sans ellipse : Geoff, intéresse-toi vraiment à l’art, lis des romans, vois des films, regarde des tableaux, écoute les Ramone, tache de piger ce qui se joue de spécifique là-dedans, ou sinon ferme ta gueule sur l’art.
            T’as le choix

          • @Jérémy: Suite à votre discussion Gus Van Sant, j’ai eu envie de revoir ses films. Du coup, je peux rajouter « Gerry » dans mon top 3 ? Ça fait 4 films mais bon, t’as pas l’air sectaire comme mec. Enfin ça me fait toujours que des films des années 2000. C’est n’importe quoi. J’entends ta critique.

          • @billy: oh oui mais françois est déjà très bon en prononciation de nom thaïlandais alors ça va hein, il peut pas tout faire parfaitement.

          • @Billy: My own private Idaho est aussi à voir, c’est une relecture d’Henry IV de Shakespeare déplacé à Portland de nos jours, dans le milieu voyou/queer/junkie. Pas totalement réussi mais quand même très fort, on y sent le plaisir de jouer et de tenter des trucs.

          • @François: Babouche, c’est plus simple. Sauf quand tu croises en même temps Tariq Teguia que t’appelles aussi comme ça. Là ça devient le bordel.

          • @anne-laure: T’attends peut-être que je te réponde « Oh si François, il fait tout parfaitement » avec moult points de suspension et mouvements de sourcils allusifs ? Je ne mange pas de ce pain là, Madame.

          • @Charles: Merci du conseil ! Je connais pas ce film. Je vais le voir.
            Je suis branchée road movie et décor montagne/western en ce moment. ça a l’air de correspondre d’après les quelques images que j’ai vues rapidement, non ?

          • @Billy: Un peu oui, même si à mon sens ce film n’est jamais meilleur que quand il filme le milieu interlope de Portland.

          • @Charles: Gus Van Sant n’est jamais meilleur dans ce film*

          • @billy: heeuuuu j’comprends pas l’allusion signée par les sourcils mobiles parce que françois n’est pas parfait dans son ensemble sinon il serait dieu. Je comprends pas de quel pain tu me chauffes.
            en road movie nous avons the brown bunny ( le lapin marron ), qui me semble en être un.
            Surtout parce qu’au début il s’installe dans une bagnole et regarde ses yeux dans le retro si je me souviens bien et puis hop c’est parti pour l’aventure.

          • @anne-laure: The Brown bunny. Ok, je note. Merci !

        • @Jérémy: désolée, mais j’ai toujours pas fini de me forcer alors je peux pas te donner mon point de vue,
          ceci dit je serais plus modérée sur Manuel , qui certes à la fin de son bouquin donne le sentiment de donner un peu trop d’importance aux intellectuels, il s’emballe l’animal.
          A cela je répondrais qu’il y a un juste milieu, le milieu de fredo et de son spinozisme.
          Il est celui qui me convient le mieux vis à vis de la place des intellectuels.
          Quant à Geoffroy j’en étais au moment où j’entends bien qu’il dise qu’il n’y a pas d’obligation à s’engager, ben ouais, encore heureux,
          mais il questionne le mythe des producteurs de bien symboliques qui ne seraient pas engagés, politisés,
          si j’ai bien compris qui sont aveugles sur la matière de quoi ils sont fait, qui ne veulent pas voir la nature de leurs corps politiques,
          en partant de l’idée que tout corps est politique, prend partie pour,
          il n’y a pas de corps neutres,
          les corps qui paraissent neutres sont surtout des corps conformes à la forme politique la plus répandue. Qui sont d’accord avec le monde tel qu’il est.
          Enfin moi je suis partie dans des questionnements comme ça avec Geoffroy parce que je décolle vite de ce qu’il me raconte, avec ses mots trop compliqués pour mon corps fatigué.

          • @anne-laure: oui quand on écrit pour le public on s’expose, on expose son corps politique ; mais cela ne suffit pas à dire que l’on s’engage selon Geoffroy ; le préalable étant de vouloir renverser les structures, les systèmes.

          • @anne-laure: et si tu n’as pas cette intention, tu ne sers à rien

          • @anne-laure: p.43 Devant chaque projet, il faut nous demander : est-ce que ce que je fais va m’inscrire dans ce que Foucault appelait la « grande confrérie de l’érudition inutile », c’est-à-dire dans ce groupe d’individus qui « professent un savoir pour rien » et écrivent des livres qui, « à peine imprimés, sont refermés et dorment ensuite sur des rayons » ? Ou est-ce que cela va changer quelque chose pour quelqu’un quelque part ? Et de quels moyens est-ce que je dispose ou je dois me dorer pour que ce que j’entreprenne change quelque chose, fasse quelque chose ?

          • @anne-laure: si j’ai bien compris, exposer, observer, décrire, restituer des situations ne suffisent pas à créer des espaces oppositionnels

          • @belette:

            mais cela ne suffit pas à dire que l’on s’engage selon Geoffroy ; le préalable étant de vouloir renverser les structures, les systèmes.

            beeeennn c’est pas ce que je comprends, le résumé de françois ressemble plus à ce que je comprends de l’engagement,
            tu as l’engagement de prolonger l’ordre tel qu’il est, dans la reproduction des normes,
            et l’engagement de foutre la zone, parce que l’ordre tel qu’il est ne te plait pas.

            Après on peut rappeler ce que disait mon amour de basque, que l’intellectuel c’est à la base celui qui interroge le monde tel qu’il est, est dans un reflexe critique, se donne d’autres possibilités de concepts que celui qu’il a sous les yeux,
            l’intellectuel serait par définition celui qui renverse, celui fout son petit bordel.
            D’où l’idée que dans un monde autoritaire, l’intellectuel serait forcément d’extrême gauche.
            Une pourriture d’anarchiste.
            Bon faut que j’aille bouffer avant de me forcer à aller bosser.

    • bien mieux que mes notes, la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=yg1vRSew_CA

    • @Jérémy: Merci, très intéressant. Tu as lu le portrait de GDL dans Transfuge? Assez désagréable à lire, tant OJG est énamourée de son sujet : aucun recul, aucun questionnement, que de l’admiration pour le Penseur. Ce qui m’agace un peu chez GDL et qui ressort de ce portrait, c’est l’importance accordée à la stratégie, à la réflexion, en termes d’efficacité uniquement, sur la position de l’intellectuel dans l’espace public. Pas anodin que « cynisme » revienne plusieurs fois dans sa bouche et que ce soit parfaitement assumé.

      M’agace encore plus son intérêt pour Dupond-Moretti, avocat mégalo très médiatique qui n’est jamais le dernier pour raconter n’importe quoi sur n’importe quel sujet. Ca me donne la désagréable impression que GDL est parfois plus sensible à la posture qu’au contenu d’un propos.

      • Le portrait d’Oriane est sans doute très énamourée pour le Penseur, mais pas du tout pour sa pensée. Qu’en apprend-on? Qu’elle est radicale. Comme une sorte de gadget, un attribut de jeu de roles. Donc pas un mot réel sur son contenu, sur le contenu du dernier livre en date, qui pourtant appelle discussion -elle a lieu ici, décidément nous rachetons le monde (comme fit Pierre Bergé)
        Sur la stratégie, je serais plus nuancé. C’est un mot très foucaldien : le champ des idées et des discours comme un champ de forces où il faut s’armer de stratégie et de realpolitik pour imposer des découpes nouvelles. Même si j’ai parfois l’impression que Geoff joue à la stratégie intellectuelle, comme on joue à Risk, en surjouant les conséquences et les implications de ce qu’il dit (ce qui nous ramènerait à la place excessive qu’il accorde à son propre métier). Mais c’est Oriane qui le cantonne dans ce jeu là, en évitant soigneusement les contenus (et pour cause)
        Super d’accord sur Dupond-Moretti, dont la présence dans le prochain Lelouch achève le portrait. Un des types les plus constamment fakes que je connaisse. Même Copé a, parfois, sur un lapsus, l’air sincère.

        • au pssage, Spielberg suite et fin :

          Home-movies
          Une fois le jouet conçu, il atterrit dans une salle de jeux, une chambre d’enfants. Le terminus des films de Spielberg, c’est la maison. Et lorsque le terminus est un terminal d’aéroport, comme dans le film du même nom, on le transforme en chez-soi. Domestiquer le monde, tel est le but, c’est-à-dire tout à la fois le faire rentrer dans la maison et l’apprivoiser. Le neutraliser. Le mettre hors d’état de nuire.
          La guerre des Mondes devrait nous faire prendre le large, organiser au grand air une confrontation entre les hommes et leurs prédateurs planétaires. On saute pourtant de maison en maison : celle de Ray (Tom Cruise), celle de son épouse, puis la cave du solitaire joué par Tim Robbins. L’invasion ? Un vacarme incompréhensible venu du dehors, et dont on retrouve juste les débris au réveil, avion écrasé ou voitures empilés. Un cauchemar d’enfants. Parfois le loup force la porte, et c’est alors le meilleur Spielberg : Ray et sa fille Rachel se cachant de la sonde malveillante qui serpente entre les murs de la cave. La famille est parfois l’enjeu d’un film d’action, mais souvent maintenue à l’écart des péripéties. Spielberg lui, place le père et ses enfants au cœur de l’action, et cela se passe ici, dans la maison.
          Lorsque le danger pousse à sortir, on se précipite dans une voiture, cette maison-bis à travers les vitres de laquelle défilera un spectacle d’horreur que Ray s’efforce de convertir en jeu à l’attention de ses enfants, façon La vie est belle, ou de masquer quand il n’est vraiment plus possible de pipeauter. Il détourne la petite Rachel d’un banc de noyés flottants comme il tendrait un bras devant ses yeux pendant la scène crue d’un film regardé en famille.
          C’est aussi depuis une voiture que le symbolique quatuor familial traverse le Jurrassic Park. Entre safari et aventure, la préhistoire comme si vous étiez, comme si vous la regardiez en dvd. Encore une fois, les héros mis en scène par les films de Spielberg adoptent jusqu’à la posture de leurs spectateurs. Assis, et s’accordant deux petites heures de frayeur à peu de frais. You’re safe in your space, dit l’ado Rubby pour rassurer sa soeur Rachel au bord de la panique dans La Guerre des mondes. Tant que je reste dans mon espace –Myspace- tant que j’arrive à faire entrer l’Espace pour le rendre familier, je suis à l’abri.

          Maman
          Les problèmes commencent quand on sort de la voiture et que les dinosaures montrent le récif de leurs dents. Alors la rêverie de Spielberg se mord la queue en l’agitant. Si les dinosaures sont plus vrais que nature, ils sont aussi plus méchants que de grandes marionnettes inoffensives. Muée en parc d’attractions parfait –cette salle de jeux XXL-, la Création retrouve ses automatismes barbares.
          La parade, c’est encore Jeminy Cricket. Le démiurge sympa. L’œuvre de Spielberg est emplie de bon dieux qui sont autant de dieux bons : Raymond « Cricket » dans Rencontres, le concepteur du « Méca » David joué par William Hurt dans AI ; Hammond, l’inventeur du Jurassic Park. Ces deux derniers présentant une garantie d’humanité : le premier, d’avoir fait David à l’image de son propre fils décédé ; le second, d’assister à chaque éclosion des œufs de dinosaures, tel un papa poule couvant ses petits. On peut tout créer si l’on crée avec amour.
          C’est donc plus sûr si c’est la mère qui préside à la (pro)création. Celle de AI, qui reconnaîtra en David un fils doué d’amour. Et surtout l’Iris Henman de Minority Report, à qui on doit les « pre-cog », système qui lui-même s’indexe à une mère et ses deux jumeaux trempant dans du lait et voyant les crimes avant qu’ils ne se commettent. Rarement la pulsion de recréation du monde spielbergienne n’aura croisé aussi explicitement une pulsion sécuritaire. Mais celle-ci se trouve adoucie et légitimée, d’un côté par la caution maternelle d’Iris, de l’autre par les très humaines douleurs qui l’activent. Anderton (Tom Cruise) offre ses talents à l’éradication anticipée des crimes parce que lui-même a subi la perte d’un enfant. Comme le dira son mentor chenu (encore un bon père) : « sa foi est née d’une douleur, pas d’une politique »
          « Politique » désigne ici le monde tel que régi par des calculs froids et inhumains. Régi par les hommes, par les pères oublieux de l’enfant qu’ils furent, mis au monde et nourris par une maman aimante. Voir comment Munich transforme Israël en matriarcat, contrôlé par une Golda Meir certes rompue à la raison d’état, mais qui parle aux hommes du Mossad comme à ses grands garçons. Et certes le film ne sera pas longtemps dupe de cette tendre illusion. Echouant à enrayer la sauvagerie de l’histoire qui, disait la Guerre des Mondes, « se répète comme le rite de l’électricité et du sang », il finit par offrir un refuge hors de la spirale des crimes à son héros agent secret. Le refuge s’appelle New-York, lieu de l’enfance pour Spielberg, niche de paix creusée dans la planète. Sweet home.

          • @François Bégaudeau: Au temps pour moi, je pensais que l’article se finissait avec ta précédente livraison. Je trouve la fin un peu plus confuse, un peu précipitée, même si ça reste évidemment intéressant.

            Je te promets de revenir plus longuement dessus dans la semaine, histoire que tu ne te sois pas cassé le cul à tout recopier pour rien (et aussi parce que je trouve ton article stimulant, of course).

          • franchement ne te sens pas obligé
            j’ai juste copié-collé, ca m’a pris deux minutes
            le texte est trop compressé. il donne des pistes mais ne creuse pas
            bon cela dit il dit l’essentiel : papa-maison-jouet-maman
            Spielberg comme le cinéaste qui aura ouvert le bal neuneu-sécuritaire

        • @François Bégaudeau: Oui, mais j’ai l’impression qu’il prend ce mot foucaldien trop au sérieux. M’enfin, je vais lire son dernier essai, pour pouvoir participer à votre discussion. En y réfléchissant ce matin, je me disais que les livres de GDL étaient vraiment des essais : pas des travaux universitaires, mais des propositions, des rampes de lancement pour la pensée, parfois au sacrifice de la rigueur de son contenu. C’est en tout cas l’impression que Juger m’a fait (ou faite).

  9. Pour tous ceux qui pensent peut-être écrire un roman sur la bourgeoisie contemporaine et tous ceux qui n’y pensent pas spécialement, il y a un article du monde diplo de février « de quoi Fillon est-il le prête-nom? » pour mieux connaître ses copains. Sans surprise, ça bosse indifféremment dans le privé/le public, c’est la fête du slip. L’intro gratuite (et après abonnement): http://www.monde-diplomatique.fr/2017/02/DENORD/57100
    AXA, numéricable, préfet car fils de préfet, CNP assurances, énarque puisque fils d’énarque devenu milliardaire… pas le genre de potes qui squattent le canap. On imagine les fêtes d’anniversaire démentes, les fous rires, les soirées à thème « sapés comme jamais » et les apéros du vendredi soir qui finissent en petit dej. Des amis comme ça, c’est précieux.

  10. Je sors du dernier James Gray, après ça, pourrait en raconter de la balade en radeau longuette sur le Rio Verde sauf que là pour rester en éveil on a des piranhas

    Présenté comme le cinéaste de l’intime souvent i paraît, Gray rend avec son The lost city of Z une copie chiadée, classique et chiadée, sur le milieu aristocrate des chercheurs, des géographes de l’Angleterre au début 20e
    j’ai marché, suis du putain de bon public quand même en moyenne, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire de moi?
    Verrai bien

    • @Jérémy: Dans la forêt « !Dans une ville que les personnages n’auraient pas quitté, sans le cliché-forêt » que tu dis,
      vrai que la scène dans les lavabos en sous-sol au boulot du père se regarde avec excitation pour la suite, ça va un peu vite la dém.du père, leur départ pour les vacances en forêt,
      ton pitch plus urbain file le désir que tu développes Jeremy, fait le kisskissbanker ton film

      Pour en revenir au film de Marchand, ce père veut passer des vacances à la hauteur de la joie qu’il a à recevoir ses enfants pour l’été (en avoir la garde techniquement et juridiquement ) dispositif chargé d’une sorte de preuve à fournir qu’il en est capable aussi aux yeux de la terre entière on dirait; chez lui, ia comme un mix de kif à s’isoler, retaper cette maison en forêt et échapper à ses démons comme on dit et ça, ça reste bien le point obscur du film de Marchand les démons du père d’ailleurs non?
      un mec qui se remet pas de sa séparation, de son éloignement d’avec ses garçons, d´être violent? Marchand ne tranche pas pour le spectateur, Il fait nommer le truc si large – j’ai vu le diable, bilan d’été sur lequel s’accorderont les enfants – qu’on reste avec eux dans le tout est possible.
      Sauf que ces vacances avec le père resteront sans doute exceptionnelles, un aîné qui s’échappe pour alerter qu’on vienne rapide récupérer son frangin, ça fera peut-être pas une situation non préoccupante pour les juristes et éducateurs en tout genre mobilisès autour de cette famille.
      Justement, sur la scène inaugurale chez la pédopsy, dommage oui et gros reflux d’agacement les 10 premières secondes – aurait dû déchiqueter du sucre d’orge ici moi aussi – puis, façon auto-régulation chrétien à pas gâcher le privilège d’être dans une salle de ciné à Paris, on s’est déclenché l’extincteur à râleries rapide, dommage et pas donc – car tellement contemporain et vulgaire quand un couple séparé a des mômes que ça dit de l’époque cette scène, un indicateur aussi fiable que le coup des marques et formes des bagnoles majoritaires à l’écran souvent dans un film, une sorte de pass de bonne éducation pour pas être trop emmerdé avec les institutions sur lequel on s’accorderait – dommage et pas aussi car Tom s’y présente d’emblée en perso écrit comme s’accommodant des délires des adultes, supporter des séances psy pourrait l’avoir préparé à voir, vivre, questionner des trucs que dans ses pires cauchemars il avait même pas espéré

      • @nig: je n’ai pas d’idée précise sur ce que la transposition du conte aurait donné dans la ville. Je pense toujours au contraste proprement fantastique que peut susciter l’insertion de l’insolite dans un univers complètement urbain et animé, pas forcément un espace qu’on enclot dans sa solitude, genre l’immeuble insalubre de « Dark Water ». Je vais réfléchir. J’ai peur que le film soit piégé par son argument familialiste, façon « Shining » d’ailleurs, puisque les deux gosses finalement retrouvent la mère après la disparition du père (pardon de spoiler). Mais il y a des scènes quasiment oniriques -le plan sur les lucioles, la déambulation nocturne sur le dos du personnage défiguré…- qui m’ont plu, rappellent -toutes proportions gardées- « La nuit du chasseur ». Et je trouve que le gamin parvient à faire exister des sentiments plutôt contradictoires.

        J’ai entendu un commentaire d’Elkaïm sur

        • pardon, j’ai entendu un commentaire d’Elkaïm qui se concentrait sur la dimension familiale et dérivait sur une leçon d’éducation. Propos complètement cons.

          Globalement, depuis quelques années, le cinéma français propose tout de même des oeuvres moins tartes lorsqu’il s’agit de créer des atmosphères fantastiques (voire carrément excellent, comme le film de Campillo)

          • excellentes

          • @Jérémy: quand je parlais de spoiler le truc, je ne pensais qu’à mon post juste avant le tien sur Dans la forêt (le film est sorti mercredi dernier ) car sur le Gray par exemple – dont parle ensuite notre hôte – suis quand même à minima consciente du fait du décalage bref, c’est une impasse,

        • @Jérémy: devrais-je aussi m’excuser de spoiler pour le coup? Benh non puisque mon invisibilité m’en protège

          La nuit du chasseur que je citais après visionnage après avoir vu/lu que ça le citait ce film comme ref oui et que déjà jj’en soupirais

          Suis si peu gourmette en ciné que c’est décidé j’abandonne le truc à tous ceux qui savent si bien en parler, ras le cul en fait – enfin, mais se sera accrochée la morpionne – pu qu’une petite moitié de vie à vivre, vais le faire tranquille, tâcher du moins

          • le problème est surtout que tu voies souvent des films avant tout le monde
            moi je veux bien que tu parles du Gray, mais puisque je ne l’ai pas vu, et compte assez peu le voir, il est assez probable que je ne réagirai pas

          • « Voir les films avant tout le monde » pas que pas que, comme toujours, tu amplifies son le truc

            Mon dire t’inspire peu, c’est comme ça, un fait, pas grave,

          • @nig: ah non, mon excuse n’en appelle pas d’autres. Je n’avais rien d’autre en tête, en l’écrivant.

        • @Jérémy: on peut faire de l’éducatif de tout et en France on raffole de ça, c’est comme ça

          J’aime voir les acteurs déjà dans leur rôle, les écouter à propos souvent m’emmerde en fait je crois, le niveau zéro du cinéma, bises

          • @nig: oui, je suis d’accord, parfois on se passe des interviews.

        • @shash: si, à partir des heures que passent les deux enfants dans l’appartement, la première journée, on reconfigure un itinéraire où ils finissent par en sortir, explorer la mégalopole, sans la présence écrasante d’un père-ogre, on fait un autre film. On absente le père et on déjoue le schéma de la séquestration qu’on a déjà vu.

          • schéma auquel on s’attend, à partir du moment où il les entraîne dans ce lieu perdu.

    • @nig: J’avais été bien déçu de son « La nuit nous appartient », sutout au vu du foin critique autour.
      Mais bon j’aime bien l’Amazonie (esthétiquement parlant).

      • Cinéaste très surestimé
        Mais qui ne fera plus long feu, je pense.

        • @François Bégaudeau: Compliqué quand même de ne pas aimer La Nuit nous appartient, en dehors de toute stratégie critique (cf « jouer Soderbergh contre Gray »). On est d’accord qu’il ne réinvente rien, que les dilemmes moraux évoqués sont vieux comme Sophocle mais c’est fait avec une réelle puissance. Le filme dure 1h45 à peine, il n’a pas une scène en trop, pas de gras, c’est redoutablement efficace. Je me rappelle avoir été impressionné à sa vision par la capacité de Gray à arriver à un climax, à une intensité, de porter à une incandescence les enjeux très rapidement dans le film et au sein même des scènes. C’est un brillant exercice style, non pas que cela soit creux, mais parce qu’il réinvestit un genre et ses codes en en tirant le meilleur, sans pour autant le renouveler.
          Après, on peut trouver ça assez impersonnel et pas très singulier. C’est vrai que si on compare avec Kings of New York (qui montrait aussi le NY dangereux de la fin des années 80), ça sent moins le soufre, c’est moins fort en termes d’ambiance, d’atmosphère, de personnages. Mais c’est aussi moins bête.

          • tu as tout dit, c’est souvent un excellent faiseur, mais sans aucune singularité ni finesse
            je sais très bien lui reconnaitre ce talent là, d’artisan (d’antiquaire?), le problème est qu’il se trouve encore des gens pour penser que c’est le plus grand cinéaste vivant
            donc là je dois appuyer sur les faiblesses, immenses

          • @Charles: C’est assez bete pourtant, les traficants de drogue sont le Mal et la police le Bien? Le gérant de boite de nuit qui devient flic? Toute cette intrigue familiale plaquée sur ce contexte sonne faux, cette gravité vs l’hédonisme du départ, ces jheux d’acteurs appuyés…bof bof…
            Quelques belles scènes mais justement on aurait préféré rester dans la première avec Mendes et Blondie, plutôt que cette fable morale un peu forcée, y a de bien meilleur film là-dessus, sur la famille « fordienne » ou sur la mafia.

          • @Boubou: Je ne suis pas du tout d’accord, la police n’est pas identifiée comme le Bien, mais comme l’ordre, assimilé en cela à la famille. Et la trajectoire de Phoenix est tragique et assez belle puisque il se retrouve du côté de la répression, de l’ordre sans le vouloir, à cause de sa famille. C’est parce qu’il n’est pas arrivé à se séparer de sa famille, parce qu’il lui appartient qu’il se retrouve flic alors qu’il méprise ce métier. C’est le récit de la faillite d’une émancipation. Ce n’est pas plus complexe que ça, il y a beaucoup d’impensés, mais c’est loin d’être moralisateur, je trouve.

          • dans le film avec Cotillard trainait quand même une sacrée gêne aux entournures avec le sexe
            il était tout à fait important que cette femme soit vierge et le reste
            d’ailleurs ce monsieur Gray a un gros problème avec les personnages féminins, diablesses ou saintes -comme chez son maitre scorsese (l’a pas choisi le bon)

          • @François: On est d’accord, c’est de la série B de luxe en somme fait par un super artisan. Ce n’est ni Friedkin, ni Coppola, ni Scorsese, ni De Palma. C’est du cinéma de très bon élève.

          • sans le connaître plus que ça voici ce que je disais hier rentrant à peine du visionnage du dernier Gray

            Gray rend avec son The lost city of Z une copie chiadée, classique et chiadée

            pas si mauvaise que ça pour une nulle, allez je m’épouse, c’est décidé

          • @Charles: Bonjour Charles, l’article « Jouer Soderbergh contre Gray » vient d’où svp? Je serais curieux de le lire. Merci.

          • @Mathieu: Bonjour Mathieu, « Jouer Soderbergh contre Gray » n’est pas le titre d’un article mais une citation d’une interview de François sur la critique ciné telle qu’il la pratique :

            http://ceciditaubasmot.blogspot.fr/2012/10/parole-dallie-francois-begaudeau-on-dit.html

    • c’est vrai que si tu commences à aimer James Gray, je n’ai plus de remède

  11. en fait ce qui me frappe dans Le Concours de Claire Simon après y avoir bien réfléchi c’est que les candidats me sont autant antipathiques que les examinateurs, je ne les trouve pas intéressants tous autant qu’ils sont.

    sauf une, la black que le jury interroge longuement sur sa famille lors du grand oral de merde : elle dit le père politicien qui lui offrait en Côte d’Ivoire le destin tout tracé qui ne l’intéresse pas, la soeur ainée courant d’air qui fait « le gigolo »(sic) à Londres, la mère partie au Ghana on ne sait pas pourquoi et – moment génial – ce grand silence quand on lui demande mais quel film tu aimes toi ? quel dernier film tu as aimé ?

    et qu’elle cherche – longuement – et ne trouve pas
    elle est là mais ne sait pas dire pourquoi

    c’est évidemment présenté à charge pour elle, elle n’a pas été prise
    c’était pourtant une super bonne raison de l’accueillir je crois

    • soyons plus précise, elle dit faire de la politique (comme mon père) ça ne m’intéresse pas: trop de corruption,
      puis ajoute tant qu’à en faire, s’il faut en faire, que ce soit autrement : avec le cinéma

      elle en est là de ses réflexions
      c’est intéressant je trouve

    • ce moment reste quand meme vertigineux
      ca dit quoi au juste sur elle? qu’elle a vu zéro film?
      mystère

      • @François Bégaudeau: oui mystère et claire simon nous laisse avec.

        le film illustre bien sûr magnifiquement l’arbitraire total des épreuves de grands oraux et la magie d’un rite social qui précipite en quelques minutes les candidats dans le camp plein de promesses d’artiste en devenir, ou dans celui de quiche jugée inapte à la fonction. Tout ça sur la base de critères aussi flous et ouverts en apparence que fermement bornés par l’impensé sociologique des examinateurs qui opèrent la grande bascule,

        mais il m’a laissé sur ma faim,
        pas loin d’une impression de foutage de gueule de la part de la réalisatrice même par moments, ou en tout cas d’une grande désinvolture avec son sujet

        ça manque tellement de détails, de mises en perspectives qui permettent de saisir les enjeux de telle ou telle épreuve, ou même de comprendre l’épreuve elle-même, que je me dis au final : mais qu’ai-je appris sur la Femis et son concours que je ne savais/devinais pas déjà ?

        à peu près rien
        quelles images me resteront du film ? pas grand chose

        Le concours a bien eu lieu là mais tel que filmé par Claire Simon il aurait presque pu avoir lieu dans n’importe quelle grande école. celui que j’ai passé un jour ressemblait à ça.
        ça me frustre cette absence de valeur ajoutée, le film paresse et dilue trop je crois.

        j’espère qu’il sera au menu de la prochaine table ronde (?)

        • « Rite social qui précipite vers artiste en devenir/quiche inapte »
          rituels que tous les quidams sur internet ont envoyé balader depuis fort longtemps déjà

          Ce film de Simon est un peu son Jurassik park, un lieu vestiges où ça s’illusionne encore quelque peu sur des usages français d’un autre temps où les producteurs s’aveuglent joyeusement, chacun semble y justifier les fameuses valeurs, chimpanzé, les élèves prennent les places des maîtres quand vient leur tour, un conte d’autrefois sur la transmission

        • on en avait parlé, Aubel et Jaury trouvaient le docu formidable -l’impensé sociologique, sans doute-, mais finalement non, le programme de vendredi est Loving, Grave, et La femme qui est partie.
          deus semaines après l’avoir vu, je pense exactement comme toi du film, c’est pas sérieux, c’est vraiment très en-deça des problèmes multiples posés par cette institution

          • @François Bégaudeau: Hâte de t’écouter sur Loving, que je vais ce soir. Je sens que tu vas t’employer à la même mise en perspective et relativisation du talent de Nichols que pour Gray.

          • tu sauras ce soir comme il n’est pas du tout difficile de démontrer l’indigence de celui-ci

          • De mon côté, je me suis bien ennuyée en voyant Loving et Grave.

            Quand je vois un film gore, j’aime y croire, avoir peur, être troublée. J’aime que le truc soit traité au premier degré en fait. Là, je trouve que la réal fait la maligne avec des références (Carrie!) et qu’elle n’y croit pas vraiment, qu’elle traite ça avec distance, mépris ? (la scène finale-blagounette)

            Du coup, je suis pas troublée par les vampires/cannibales, j’en n’ai pas peur, pas d’empathie pour les victimes non plus. Alors, ce qu’il reste, c’est du cinéma d’auteur de France. Ah tiens ! une scène de bizutage en fac de véto (ça change de médecine), ah tiens, initiation de la grande sœur, éveil sexuel et petit trouble incestueux. J’ai cru à rien de ce film : ni le côté fantastique, ni la relation entre frangines (scène l’épilation, pas sensuelle, pas crédible, on se marre).

            Ah si. J’ai bien aimé un plan à la fin où les étudiants se lèvent tous et se réunissent à l’extérieur comme des zombies. J’adore les zombies.

            La Femme qui est partie m’a été vivement conseillé, mais c’est déjà quasi plus programmé, rah.

          • je vois Grave demain
            depuis six mois qu’on m’en parle, j’ai évidemment nourri une grosse envie de pas aimer
            espéré-je être démenti? oui et non

            Quant à La Femme qui est partie, je me suis rendue compte que ça allait pas le faire au bout de 6 minutes. Il en restait 219

          • @François Bégaudeau: tu fais pas un métier facile mon pauvre françois

          • et si mal payé
            je vais faire infirmière, plutot

          • Ça, les infirmières, elles se gavent.
            Charles t’as vu Loving ? François t’as vu Grave ? Alors, heureux ? (voix troublante et ténébreuse)

          • ben oui, assez heureux
            très agréablement conquis

          • si on le prend comme film de genre, c’est insuffisant
            mais pris en soi, sans référence au genre, le film est toujours de plain-pied dans ce qu’il fait, et jamais dans le commentaire de lui-même, ce qui est exceptionnel
            j’ai l’impression qu’elle en a sous le pied cette Ducournau

          • @billy: et voilà pour vous madame, en me remerciant.
            ( ouais je me remercie de faire des choses formidables )

          • @Billy: Non, pas vu Loving. Mais je n’ai pas pu m’êmpêcher d’écouter François en parler et je sens que je ne vais pas du tout aimer. Je suis par ailleurs content que François remette un peu les pendules à l’heure sur le Spielberg des années 80, dont il était autrefois acquis qu’il était bête et gnan-gnan et qui est aujourd’hui devenu une référence pour bien des cinéastes américains.

          • j’ai écrit il y a sept ou huit ans un texte sur la question. vais essayer de le retrouver.

          • @anne-laure: je te remercie aussi, je ne l’avais pas vu (suis en train);
            mais dis-moi anne-laure, l’enfant qu’on entend crier comme un putois en fond sonore vers la minute 23’10, à ton avis c’est lequel des trois garçons qui l’a enfermé dans le placard du couloir ?

          • @juliette: moi aussi je suis en train de mater ces quatre énergumènes,
            et moi aussi je me suis posée des questions sur ces cris d’enfants, j’imaginais que c’était les gamins d’oriane et que c’est pour cela qu’elle est absente du groupe,
            car pendant que les hommes s’amusent la femme s’occupe des gamins.
            Voilà c’est tout.

          • @François Bégaudeau: ok pardon, on y retourne. surtout que ce que répond notre hôte à frédéric sur loving est passionnant (je dis ça sans aucun parti pris tu me connais).

          • @juliette: et peut-être même que dans ce groupe de gamins qu’ Oriane est obligée de gérer, celui qui a le cri le plus strident qui t’agace bien l’oreille c’est le plus nerveux, le plus capricieux, avec toujours la morve au nez et tout le portrait craché de son père : Damien.
            Le plus calme c’est celui de françois parce qu’il existe pas.

          • @anne-laure: zut le post précédent était pour anne-laure vous aurez rectifié

          • @juliette:

            lequel des trois garçons

            heuuuuu, pourquoi trois garçons, je sais pas compter ou bien ?
            Ou bien l’un des quatre est une fille.

          • @anne-laure: heuuuu on pourrait dire trois garçons + françois bégaudeau (qui n’a jamais caché qu’il était une femme)

          • @juliette: ah bah moi j’étais en train de tout analyser avec mon super cerveau ordinateur et je peux te dire que frédéric est une fille.

          • @anne-laure: ça se tient.

          • @juliette: à la 47ème minute t’entends Oriane qui balance au tri des déchets les bouteilles vides d’Heineken que les hommes ont vidées aussi,
            ah bah bravo c’est du propre.

          • @soeur anne: rire

          • @juliette: enfin les bouteilles que les hommes ont vidées, je me répépète, pardon c’est moche, je m’exprime comme une merde

          • @anne-laure et ses amis: je trouve cette émission très réussie et figure-toi qu’elle m’a fait penser au dernier livre de GDL,

            il va falloir que je réfléchisse mieux pourquoi mais ça a à voir je crois à l’apparente neutralité dont se réclame assez systématiquement Damien pour énoncer ses vérités quant à la lecture d’un film, et qui là est très précisément – et à chaque étape du débat – interrogée par FB,

            avec pour résultat de mettre au grand jour le caractère au contraire tout à fait engagé des affirmations de Damien, comme si tous les présupposés habituellement tus remontaient à la surface.

          • et comme dans ce cas précis un certain nombre de présupposés sont de pures erreurs factuelles (sur la common decency, sur l’histoire enchantée des droits civiques, etc), ça illustre assez parfaitement ce que dit Geoffroy sur l’entreprise active de production de mensonges qui est à l’oeuvre, l’air de rien, dans le discours conservateur.

          • pour qui aurait comme moi envie de poursuivre, voilà le texte de Lordon sur la common decency auquel, je pense, François fait référence dans l’émission (paru à l’époque dans la Revue des livres);
            https://www.contretemps.eu/lordon-impasse-michea/

          • oui c’est bien cela

          • @François Bégaudeau: Très preneur, ça ferait mon dimanche.

          • l est assez long
            en voici le premier tiers, si ça t’éintéresse je reporterai la suite
            oui je suis comme Mediapart, je feuilletonne

            LA PLANÈTE DANS LA MAISON

            Le cinéma populaire ne se contente pas d’attirer du peuple dans la salle. Il le représente ; le projette sur l’écran de sorte qu’il s’y reconnaisse. Si Spielberg est depuis trente ans le cinéaste populaire absolu, c’est que ses films donnent chair à une communauté mondiale qui coïncide avec la communauté de ses spectateurs. Un peuple à la fois de plus en plus mondial et de plus en plus domestique, paradoxe rendu possible par des outils virtuels qui assignent chacun à résidence tout en mettant le globe à sa disposition. Indifféremment : ma maison c’est la planète / j’ai la planète à la maison.

            Tous des kids
            Qu’est ce qui peut souder des millions d’âmes ? Un ennemi commun, bien sûr. Catastrophe écologique (par quoi commence A.I.), Mal absolu (les nazis fonctionnels de La liste de Schindler ou des Aventuriers de l’Arche perdue), agresseur si abstrait qu’universel (requin de Jaws, camion de Duel), et, last but best, l’envahisseur extra-terrestre (Guerre des mondes). Dans ce dernier cas, la cendre résiduelle dans les cheveux des Terriens et l’avion écrasé sont certes d’explicites échos du 11 septembre. Pour autant on ne doit pas restreindre aux Etats-Unis la communauté créée dans le négatif de l’agression. L’identité des agresseurs (perçus, souvenez-vous, comme de purs ennemis de la civilisation) autant que la brutalité non revendicative de leur attack a fini par conformer le nine-eleven à la charpente de tout scénario catastrophe. Les colonnes de réfugiés de la Guerre des mondes évoquent aussi bien celles des déportés, le naufrage du paquebot qui les accueille est un autre Titanic. Beaucoup plus qu’elle n’a influencé Spielberg, c’est la dramaturgie des attentats du world trade qui semble s’être calquée sur son imaginaire binaire : d’un côté l’humanité, de l’autre les broyeurs d’humanité.
            L’unité mondiale se crée contre l’envahisseur, mais aussi par sa grâce. La petite ligne de cinq notes émise par les créatures du « troisième type » soutient l’utopie d’une langue universelle, et sans doute pour Spielberg d’un art compréhensible par tous, par le seul truchement des sens, sans médiation rationnelle ou verbale, de films-esperanto, appréciables par Noirs et Blancs, vieux et jeunes, pauvres et riches, pour peu que tous tombent leurs oripeaux identitaires.
            Pour peu, en somme, qu’ils mettent à nu leur noyau commun : l’enfance. Dans Rencontres…, c’est le petit Barry qui, passant outre les alertes de sa mère, perçoit l’humeur fraternelle des extra-terrestres. Voir la magnifique scène de branle-bas domestique, où cohabitent sous le même toit assiégé les codes du film d’horreur (la femme apeurée verrouille la maison) et ceux du conte familial (Barry vise l’objectif inverse de sortir à la rencontre du visiteur).
            Quelques années plus tard, E.T. empruntera la seconde voie, scellant une connivence entre un autre enfant, Elliot, et la créature-titre. Doué de préhension grâce à sa main à trois doigts, E.T. cherche le contact, et l’établit sans trop de peine avec le benjamin de la maison. Mais, bien au-delà d’une simple connexion, s’opère une identification. Elliot se gratte nez, son homonyme abrégé se le gratte aussi. Elliot fait remarquer qu’il est un peu plus grand, E.T. étire le cou pour se hisser à une taille égale. Petit être reptilien et organique que le début du film a vu émerger d’un rideau de végétaux, comme des choux les bébés, E.T est des nôtres. Il est l’enfance de l’humanité, l’enfance tout court. Spielberg n’invite pas à tolérer, accueillir, adopter le grand Autre ; il tisse du Même.

          • @François Bégaudeau: Merci beaucoup, je suis intéressé par la suite quand tu auras le temps. Je suis d’accord avec le premier tiers et j’imagine avec la suite. Je développerai quand j’aurai tout lu.

          • étant bien entendu que je trouve le texte un peu touffu, un peu saturé de renvois à l’oeuvre
            texte presque trop sérieux
            mais ok je poursuis le feuilleton

            Jouets vivants
            E.T se manifeste à Elliot en renvoyant une balle de base-ball. Les extra-terrestres sont venus réveiller l’esprit d’enfance dans le cœur des hommes, et donc ils jouent. Ils sont des jouets eux-mêmes, à l’instar du « Méca » David, ramené à la maison par un couple pour remplacer le fils en coma prolongé, dans A.I.
            Développement d’un scénario de Kubrick, ce film part sur de classiques attendus humanistes. Jamais un robot ne remplacera un enfant, il y manque l’âme et l’amour, etc. Ce n’est qu’un « toy », rappelle le mari à sa femme lorsqu’elle commence à croire à l’humanité de David -commence à se prendre au jeu. Argument contre-productif en terre spielbergienne, où les rôles se brouillent et s’inversent. David s’avère plus tendre que le « vrai » Martin de retour de l’hôpital. Quant à l’ours Teddy, « superjouet », en craignant à haute voix le dérèglement technique de David qui s’essaye à la manducation pour laquelle il n’est pas programmé, il témoigne d’une haute conscience de n’être pas humain qui vaut humanité. Plus tard, sa revendication sera directe : I’m not a toy. Parce qu’ils aspirent à la condition humaine, extra-terrestres, robots, jouets et robots-jouets témoignent d’un surcroît d’humanité par rapport à leurs créateurs ou leurs hôtes. Au terme de l’inversion, on n’est plus loin de voir se réaliser la folle rêverie industrieuse (Dreamworks) de Spielberg, celle qui voit les jouets devenir, littéralement, plus vrais que nature.
            Tel le père inventeur de Rencontres que sa femme appelle Jeminy Cricket, Spielberg se vit en concepteur d’automates auxquels la Fée Bleue de ce même conte donnerait vie, comme il est mentionné dans A.I.. Au petit Barry de Rencontres…, les Extra-terrestres se signalent d’abord en animant ses jouets, et l’enfant appellera « toys » (again) les drones qui déchirent le ciel d’Amérique. Très clairement, s’orchestre là, non pas une simple ornementation du monde aux fins de divertissement, mais sa transformation en magasin de jouets, celui-là même où travaille l’artificier auquel les hommes du Mossad font appel dans Munich, et dont la bombe s’avérera défectueuse. Encore un rêve fou : que le champ de bataille du Proche-Orient se transforme en aire de jeu, où des gosses se font exploser à la figure des explosifs en chocolat.

            Home-movies
            Une fois le jouet conçu, il atterrit dans une salle de jeux, une chambre d’enfants. Le terminus des films de Spielberg, c’est la maison. Et lorsque le terminus est un terminal d’aéroport, comme dans le film du même nom, on le transforme en chez-soi. Domestiquer le monde, tel est le but, c’est-à-dire tout à la fois le faire rentrer dans la maison et l’apprivoiser. Le neutraliser. Le mettre hors d’état de nuire.
            La guerre des Mondes devrait nous faire prendre le large, organiser au grand air une confrontation entre les hommes et leurs prédateurs planétaires. On saute pourtant de maison en maison : celle de Ray (Tom Cruise), celle de son épouse, puis la cave du solitaire joué par Tim Robbins. L’invasion ? Un vacarme incompréhensible venu du dehors, et dont on retrouve juste les débris au réveil, avion écrasé ou voitures empilés. Un cauchemar d’enfants. Parfois le loup force la porte, et c’est alors le meilleur Spielberg : Ray et sa fille Rachel se cachant de la sonde malveillante qui serpente entre les murs de la cave. La famille est parfois l’enjeu d’un film d’action, mais souvent maintenue à l’écart des péripéties. Spielberg lui, place le père et ses enfants au cœur de l’action, et cela se passe ici, dans la maison.
            Lorsque le danger pousse à sortir, on se précipite dans une voiture, cette maison-bis à travers les vitres de laquelle défilera un spectacle d’horreur que Ray s’efforce de convertir en jeu à l’attention de ses enfants, façon La vie est belle, ou de masquer quand il n’est vraiment plus possible de pipeauter. Il détourne la petite Rachel d’un banc de noyés flottants comme il tendrait un bras devant ses yeux pendant la scène crue d’un film regardé en famille.
            C’est aussi depuis une voiture que le symbolique quatuor familial traverse le Jurrassic Park. Entre safari et aventure, la préhistoire comme si vous étiez, comme si vous la regardiez en dvd. Encore une fois, les héros mis en scène par les films de Spielberg adoptent jusqu’à la posture de leurs spectateurs. Assis, et s’accordant deux petites heures de frayeur à peu de frais. You’re safe in your space, dit l’ado Rubby pour rassurer sa soeur Rachel au bord de la panique dans La Guerre des mondes. Tant que je reste dans mon espace –Myspace- tant que j’arrive à faire entrer l’Espace pour le rendre familier, je suis à l’abri.

          • @juliette:

            je trouve cette émission très réussie et figure-toi qu’elle m’a fait penser au dernier livre de GDL,

            oui moi aussi j’ai bien écouté ces conversations et surtout ce qui se trame autour de loving t’as raison, c’est un peu la question sur la forme de l’œuvre qui ne peut pas ne pas être politique ( mais j’avance pas dans le livre de goeffroy et je sais pas comment tu as fait pour supporter son style bien plus compliqué que dans juger ).
            D’où l’agacement de françois face à damien qui ne voit pas la part politique de ce qui lui plait dans la forme de loving, alors je sais plus très bien, mais parce que la famille loving vivait avec ses propres lois avant que l’état vienne y foutre son nez, tout était bien naturellement, une sorte de promotion de l’organisation naturelle des familles,
            Ce qui est intéressant c’est l’adhésion de sidi et frédéric à la forme aussi ( enfin Frédéric je ne me souviens plus de ce qu’il disait mais comme c’est une fille on tient pas compte de sa parole ), avec sidi qui nous regarde face caméra , il est rigolo comme il fait ça, qui nous explique que l’idée de filmer la famille loving sans ébats amoureux c’est de montrer une vie quotidienne de couple déjà formé depuis longtemps, tout est paisible, pas de passions , la routine quoi.
            Et puis il y aurait une volonté du réalisateur de ne pas aller vers ma monstration de violence pour aller vers une autre forme possible que la forme traditionnelle lorsqu’il s’agit de racisme.
            Bon et puis là t’as françois qui s’énerve parce que bien sûr que c’est violent lorsque les flics débarquent dans la chambre et donc c’est faux de dire qu’il n’y a pas de violence ,
            mais bon je ne vais pas te refaire le débat.
            En tous les cas je trouve que la zone pas très claire pour moi du débat , là où ça s’embrouille , c’est sur la question de l’art conventionnel ou pas,
            à savoir si Nichols ( c’est ça le nom du type ?) est dans quelque chose de créatif ou pas, dans une reproduction d’idéologie ou pas, pour poursuivre ce qu’on disait plus haut sur l’art-création et attention c’est pas de la rigolade.
            Sinon tout ce que dit françois sur Spielberg est très intéressant , il est très intéressant françois quand il s’y met.
            Je m’en va de ce pas lire les textes sur Spielberg en deux épisodes.

          • @juliette: « oui moi aussi j’ai bien aimé écouter. »
            pardon j’avais oublié de mettre le mot du sentiment.

          • @anne-laure: si on était pas des feignasses on décomposerait l’entretien sur Loving pour argumenter. ce qui m’a fait penser au livre de Geoff c’est non pas tant ce que Damien dit du film que ce qu’il convoque à chaque fois pour le dire : une vision du monde tel qu’il devrait être à ses yeux et qu’il nous présente mensongèrement tel qu’il est (parce que lui le voit comme ça).
            par exemple, il refait l’histoire de l’émancipation des noirs américains en opposant la subtilité et la douceur du film de Nichols à des mises en scènes passées qu’il qualifie sur le mode l’évidence de « manichéennes ».
            Quel manichéisme l’interroge François ? en lui demandant des exemples précis et en rappelant qu’historiquement cette émancipation s’est bien faite au prix de violences et pas dans la douceur ?
            Là par exemple on est au coeur d’un mensonge d’un être engagé sans le savoir quoiqu’il en pense au sens de Geoff : Damien ne veut pas penser cette violence et du coup (inconsciemment bien sûr) il la travestit en déclarant manichéenne l’idée même de sa représentation en film. Il fait pareil dans d’autres émissions avec la guerre des classes. Il faudrait donc à chaque fois effectivement lui demander de préciser le fondement de ses présupposés.

          • Evidemment je partage totalement cette analyse. Mais il y a une chose qu’il faut bien préciser. Dans le déroulé du débat, il apparait que ce n’est pas moi qui politise l’affaire. Moi je parle du sentimental, et si je dis qu’en l’occurrence la sentimentalisation du cas Loving était très malvenue, ce n’est pas tant parce que ca dévoie les faits historiques, que par rapport à la machine même du film, qui, en évacuant le droit et cette ligne de front juridique, se prive de ce qu’il y avait de plus fort dans cette histoire. Se prive d’etre un bon film.
            C’est Damien qui politise l’affaire, promouvant cette interracialité gagnée sans lutte, et réglant à nouveau ses comptes avec la gauche en la caricaturant. Dès lors le débat se politise, et je le reprends là-dessus, parce que vraiment j’en ai marre qu’il déverse par incises son petit mépris bourgeois. Mais le problème reste un problème d’acuité critique : parce que ce qu’il met là en avant n’est pas du tout dans le film. Le film ne dit rien de cette « communauté » interraciale, si ce n’est une vague allusion. Le sujet du film, factuellement, c’est les misères que font à ces gens les blancs de Virginie.
            Comme ce film est, sur sa facture, totalement indéfendable (chacun s’en rendra compte), il faut bien le sauver en construisant une idée. ce que fait souvent Damien (faute critique majeure, selon moi). Ce que font en l’occurrence, mais au moins sans agressivité politique, les deux autres. L’un en parlant de non-confrontation (ce qui est stupéfiant, s’agissant d’un film structuré par une opposition entre loups et agneaux), l’autre en parlant de « filmer l’ordinaire » (ce qui est faux, ce film ne comprend aucune scène sans enjeu narratif)
            En réalité, devant tant de déni, il faudrait se demander ce qu’ils aiment vraiment chez Nichols, ou ce qu’ils tiennent tant à aimer. Et ce que visaient vraiment certains critiques en réhabilitant Spielberg dans les années 90, comme l’a rappelé Charles.
            Là dessus on pense bien que j’ai ma petite idée, puisque j’ai une petite idée sur tout.
            D’ailleurs Frédéric, dans sa grande honnêteté, a dit des choses pas mal là-dessus dans la discussion d’après.

          • @François Bégaudeau:

            que par rapport à la machine même du film, qui, en évacuant le droit et cette ligne de front juridique, se prive de ce qu’il y avait de plus fort dans cette histoire. Se prive d’etre un bon film.

            et là du coup ça me donnait l’impression que tu demandes à ce film de faire ce qui a déjà été fait trois cent mille fois dans le cinéma américain, une histoire de procès,
            c’est à dire que ce n’est pas très créatif.
            Comme vous disiez, ce qui montrait bien par le cinéma que l’Amérique est un pays de droit , qui kiffe le droit la justice, ce qui l’ a soi-disant fondé.

          • Il faut reprendre les choses à la base.
            A la base, je pense que cette histoire, trop simple politiquement, ne peut pas faire un bon film. On ne le dira jamais assez : le premier talent d’un romancier et d’un cinéaste, c’est de repérér des aires d’investigation fécondes. Celle-là, dont les lignes de front sont refroidies (personne n’est du coté de la Virginie), ne l’est pas. Donc : surtout ne pas prendre ce sujet.
            Phase 2 : puisque le sujet a été choisi, alors la seule façon d’en faire un truc un peu intéressant (mais qui n’ira pas bien haut), c’est de se concentrer sur le point de droit -avec, au mieux, un angle foucaldien passionnant : comment une question accède au droit? Qu’est-ce qui fait que ces avocats (stupidement présentés par Nichols comme tombés du ciel) en viennent à s’emparer de cette cause? Comment un réel se convertit en cause? Qu’est-ce qui a imposé cette question sur la place publique -et alors on aurait découvert que ce sont évidemment des luttes, des actes de colère et de courage, qui l’ont imposé. Ou des faits divers, des meurtres, des exactions spectaculaires. (c’est la matraque dans l’anus de Théo qui, pendant deux semaines, impose sur la place publique la question des violences policières). Un film, en somme, qui s’armerait de pensée généalogique -le contraire de la pensée magique du neuneu Nichols.
            Phase 3 : le sujet a été choisi et Nichols n’a pas les armes ni même l’idée de le prendre par le seul bout à peu près fécond. D’où film inintéressant.
            Un film c’est une machine. La critique consiste d’abord à se demander pourquoi la machine est puissante ou grippée.

          • @François Bégaudeau: si je puis me permettre je crois que c’est là où tu te fais un peu piéger, car les trois face à toi défende une forme qu’ils décrivent comme originale ( quoique Frédéric dise classique au départ mais je sais plus pourquoi ).
            Originale dans le sens singulière.

          • et je le maintiens : cette forme n’est pas singulière
            Fred : l’originalité du film, c’est de traiter ce sujet sans confrontation. Ok, saut que c’est faux (toutes les scènes induisent une confrontation)
            Sidy : l’originalité du film, c’est de filmer l’ordinaire. Ok, sauf que c’est faux (toutes les scènes sont narratives et non descriptives)
            J’en reviens au point : pourquoi tiennent-ils tant à l’aimer ce film -au point de nier ce qu’il est.

          • @François Bégaudeau; anne-laure: tu fais bien de retracer plus précisément comment les choses se sont emmanchées, mon post faisant sciemment des raccourcis pour exposer un aspect spécifique et très circonscrit du débat qui m’a personnellement intéressée.

            du film lui-même je n’ai pas parlé parce que je ne l’ai pas vu; je ne l’ai pas vu parce que Mud qu’une copine m’avait recommandé à l’époque m’était sorti par les trous de nez par sa mièvrerie et que la bande-annonce de Loving que j’ai vue par hasard trois fois la même semaine m’a épidermiquement insupportée pour des raisons similaires.

            pourquoi ? parce que j’y entends « je vais te construire une maison, je vais épouser mildred, je peux prendre soin de toi, je peux prendre soin de toi (2 fois dans la même courte bande-annonce), Dites simplement au juge que j’aime ma femme »

            et que quand j’entends ça, avec un plan appuyé sur l’air un peu niais mais brave du personnage masculin de l’histoire, j’entends dix mille films américains déjà vus où résonne en boucle: My family, My family, My family et ça me donne des envies de meurtres.

            alors si j’osais (mais je vous autorise à me dire que c’est faux, voire dégueulasse de dire ça), je dirais que si ce film plait à nos amis c’est parce qu’il les rassure à peu de frais eux qui ont peur pour leurs familles et aimeraient pouvoir leur dire « je peux prendre soin de toi ».
            Et y croire.

            (à chaque fois, je le précise, je prends quand même ces films dans mon video club à 1,50 eur quelques mois plus tard. Rarement, mais parfois? je me dis que j’ai eu tort de les sous-estimer et je suis bien contente de m’être donnée une seconde chance de plaisir cinématographique).

          • ils l’ont bien dit eux mêmes : Nichols cinéaste de l’inquiétude
            dit comme ça, c’est honorable, l’inquiétude est un beau sentiment fertile
            sauf qu’il faut préciser, d’après des confidences de Nichols lui-même : c’est une inquiétude de père de famille
            on sait ce que donne cette inquiétude là quand elle se projette politiquement
            Sidy et Fred, pour en avoir longuement discuté après, ont des inquiétudes de père de famille. Fred parce qu’il l’est. Sidy parce que, sans l’être, il craint cette société qui devient violente, il craint que les classes populaires, dont il vient en partie, deviennent dingues. Il craint « l’huile sur le feu », dit-il. ET je lui dis : moi qui ne ne pense pas en préfet de police, en dépositaire de l’ordre, je trouve qu’il y a beaucoup trop peu d’huile sur beaucoup trop peu de feu.Donc je ne partage pas l’inquiétude paternalo-vallsiennes de Nichols. Je m’inquiète plutot de voir mes frères si calmes. De voir perdurer cet état de paix, de soumission.
            La question de droite du moment : comment sauver une société (bientot, déjà) à feu et à sang
            la question de gauche : comment destabiliser une société si bien campée sur ses bases inégalitaires et autoritaires.
            partant de telles divergences d’affects, il est compliqué d’aimer les mêmes films

          • @François Bégaudeau: Et c’est quoi ta petite idée?

          • merci Charles de me relancer, et de me donner l’occasion de briller
            y’en a un qui suit, putain
            je dirai plus tard

          • @François Bégaudeau: Sale diva.

          • @François Bégaudeau:

            Dans le déroulé du débat, il apparait que ce n’est pas moi qui politise l’affaire. Moi je parle du sentimental,

            ah moi j’aurais cru que de se méfier du sentimentalisme du film c’était déjà politiser le débat, d’où damien qui se met sur la défensive par la suite,
            si j’étais pas une grosse feignasse comme juliette je réécouterais les détails du débat pour voir.

          • seulement dans le sens où tout est politique
            mais sinon mes considérations sur le sentimental, acrochées à la morphologie du film (corps, étreintes, visages, postures) sont beaucoup moins directement politiques que de dire que ce film nous sort du manichéisme des luttes.

          • @François Bégaudeau: ah ? bon ben c’est parce que moi ça m’emportait politiquement ce que tu disais sur le sentimentalisme.
            J’ai un problème.

          • on est d’accord que, puisque la politique est affaire d’affects, toute affaire d’affects peut être résorbée en affaire politique
            mais ce serait politique en deuxième main
            là où mon interlocuteur, étrangement d’ailleurs, fait à ce moment de la politique en première main

          • oh merci pour la vidéo transfuge, Anne-Laure ! Et Juliette pour le texte de Fredo que je connaissais pas. Et François pour ton texte sur Spielberg. C’est la fête.

            La vidéo-transfuge est un peu courte sur Grave, probablement parce que vous êtes d’accord, alors vous ping-ponguez moins. J’entends vos arguments mais non décidément, jsuis pas convaincue. Je reconnais quand même les dialogues bons car très factuels, pas dans le commentaire, et de belles idées visuelles (le cheval endormi ouais c’est fort).
            Je reste pas convaincue par les scènes, c’est chiant. La jeune fille frêle et vierge (vierge ? en tout cas, candide, début voiture regard soleil « Virgin suicide ») qui s’épile pas, tout en étant super féminine-proprette. Puis elle est épilée, déniaisée par la grande sœur. Dès le début de la scène « épilation », ça passe en force. La grande soeur un peu indifférente, saoulée d’avoir cette gosse dans les pattes, se met à vouloir lui épiler la chatte. Bon. J’y crois pas alors que c’est censé m’emmener loin (suçage/bouffage de doigt), ça m’emmène pas. Je crois pas à la relation des frangines.
            Pas mal de scènes déjà vues dans la découverte des pulsions : elle vomit puis s’aperçoit qu’elle crache des cheveux (pas mal de cheveux partout dans les films de genre). La scène où elle danse en se regardant devant le miroir, s’auto-roule des pelles, s’auto-érotise. Un jeu d’ado pas troublant pour lequel elle est déjà trop vieille.
            Je préfère la grande sœur je crois, j’aurais bien aimé la suivre plus. La figure de la jeune ingénue qui découvre qu’elle a un corps pile à 18 ans, j’ai du mal. Peut-être que le sujet même : la fille ingénue qui s’éveille au désir, malgré elle, mystérieuse/monstrueuse, ça m’emmerde. (même en sachant que la réal est une femme) j’ai du mal à y voir autre chose qu’un fantasme masculin.

            Après je suis totalement d’accord avec François sur Loving. Film dont j’ai le souvenir précis d’aucun plan, c’est terrible. Le passage de la videotransfuge sur la common decency du peuple est top. Oui, un peuple qui ne réclame pas ses droits, ni verbalement (taiseux) ni physiquement (la violence, à quoi bon entre gens civilisés ?), c’est ça qu’on aime. Le vivre-ensemble quoi, l’argument pour défendre le film qui finit de t’en dégouter.

          • En te lisant, je me dis que c’est davantage les rapports entre les scènes que j’aime vraiment dans Grave. Ce n’est pas tant la scène où la soeur se prend une bagnole pour montrer qu’elle est zombie, que le fait qu’elles n’en parleront plus du tout après. Il y a un coté puissamment fataliste dans ce récit. Je suis comme ca. Mon corps est comme ça. Nous sommes comme ça. La soeur est passionnante, qui ne prend jamais des airs mystérieux ou inquiétants pour signifier ce qu’elle est. Elle est ce qu’elle est. C’est ni bien ni mal. Des fois ça l’amuse, des fois ça la fait chier. J’aime aussi sa tete en prison : oui c’est quand même mieux que je sois là, je vais quand même pas bouffer tout l’internat.
            C’est du tragique, du vrai, qui ne prend jamais des poses de tragédie -voir la façon, génialement légère et glacante, dont le père révèle le fatum familial à la fin. Ce sentiment d’une fatalité mi exalté mi inquiet, est très cronenbergien. C’était celui des personnages de Crash, ce chef d’oeuvre : on est comme ça, nous ne pourrons pas etre autrement, maintenant que nous avons gouté à cette puissance là nous ne reculerons plus, et donc nous avançons, et nous savons vers quoi (le mur, la tole dans le mur)
            Où je te rejoins, c’est qu’une semaine après il ne me reste pas tant de scènes de Grave que ça en tête. Peut-etre qu’à l’avenir il faudra qu’elle s’occupe du contenu réel des scènes, sans se contenter de leur existence. (par exemple le coup des deux en peinture jaune et bleue dans la salle de bains, très prometteur, est baclé).ET puis de toute façon un truc me frappe toujours dans les vies et donc les films de vampire (d’ou mon étonnement qu’on y revienne toujours), c’est que le spectre de gestes est quand même très limité. Je te mords, je te bouffe, je te mords, je te bouffe, je te mords le cou, le bras la jambe la bite -et voilà je t’ai mangé. On fait quoi maintenant?

            Sur Loving tu dis l’essentiel, par quoi je comptais commencer : zéro scène. en deux heures.

          • @François Bégaudeau: Je ne me l’étais pas formulé, mais t’as raison, la ligne de conduite du film c’est vraiment le côté fataliste, c’est ce que j’aime chez la grande soeur, c’est ce qui permet certaines scènes tragiques et marrantes à la fois. Si je reste pas convaincue par le film, je ne crois pas que ça tienne au genre lui-même. Je trouve le programme des films de vampire assez réjouissant, y a de quoi faire si on aime ce qui passe par la bouche quoi. Admettons que c’est répétitif. Mais répétitif-sympa.

          • en vampire film ce serait quoi ton absolu?
            (pas le droit à Romero, hein)

          • Pas le droit à Romero, c’est quoi ces règles à la con ? T’es bien libertaire quand ça t’arrange. Je dirais très classiquement (jsuis pas du tout une référence) :
            Une nuit en enfer de Rodriguez et Aux frontières de l’aube de Bigelow.

            En inventoriant vite fait les films vus, je me dis que la nunuche ingénue-vierge est vraiment une figure récurrente des histoires de vampire (genre la petite blonde de la série True blood, Kstew dans Twilight…), surement lié à la représentation de la sexualité féminine, c’est un vrai problème. A l’opposé, j’aime bien Ava (la petite soeur pétasse) d’Only lovers left alive de Jarmusch.

            Et Jérémy conseillait Morse que j’ai pas encore vu.

          • j’ai beaucoup aimé la première heure du Jarmusch
            j’aime assez la mélancolie des vampyre (y a un peu de ça dans Histoire de ma mort, de Serra)
            Une nuit en enfer est un des mes films américains préférés
            en revanche j’ai pas vu le Bigelow, ce que je ne m’explique pas

          • @billy: en film de vampires j’aurais commencé par nosferatu, 1922. La base.
            M’en souviens plus très bien, certainement une jeune fille ingénue victime du malfaisant comme tu dis,
            Me souviens surtout des paysans en colère.

            Sinon vous me faites penser que quelque part ici ce trouve une histoire de vampire en écriture produite par françois.
            Avec une seconde partie où françois s’autocorrige car il aime ça.

          • Je me suis focalisée sur l’interdiction. Mais Romero, c’est les zombies. Rien à voir. Côté zombie, il y a des chouettes comédies genre Shaun of the dead (puis zombieland et Fido aussi).
            Sinon le comics Walking dead (pas la série), les premiers albums sont supers (après ça devient très trash). Il y a des zombies partout et les survivants essaient de refaire une communauté, une société, de trouver un fonctionnement. Le perso principal, c’est un flic-shérif qui, fort de son expérience professionnelle, va prendre la direction d’une petite communauté (là c’est le moment où François me vire du forum). Il est persuadé de prendre les bonnes décisions et il fait ce qu’il peut. Et il se plante. Malgré ça, la petite communauté ne met pas en place d’auto-gestion démocratique. Ils veulent toujours un chef, c’est assez pénible.

          • @billy: se pas ce , pardon chuis complètement nase.
            Sinon tu connais ce film ?
            Avec des vampires mais zaussi : des loups-garous.

          • Je lirai la nouvelle de François demain au calme. Merci à toi qui connais tous les recoins du site !
            Nosferatu, ça n’aurait pas été honnête de le mettre car je me suis jamais dit « tiens si on se refaisait Nosferatu ce soir ! »
            Je connais pas le film de vampire de Nicolas et Bruno dont tu parles. Il me le faut tout de suite ! Je suis une fan absolue de « La personne aux deux personnes » de ces deux mêmes réals. C’est une comédie géniale avec Alain Chabat dans Daniel Auteuil.

          • @billy: ah mais oui mais non, tu es en train de t’embrouillée,
            bruno et machin sont ceux qui ont fait les voix françaises, ce qui est un peu couillon , il y a des voix un peu forcées par très plaisantes je trouve,
            celui du chef de loup-garou notamment si je me souviens bien.
            Je pense qu’il vaudrait mieux le voir en VO : What We Do in the Shadows, is the titre in English. C’est un film néo-zélandais.
            Un petit conseil entre nous.
            Mais bon si tu kiffes bruno et machin libre à toi.

          • @billy: t’embrouiller, merde, décidemment.
            vais faire cuire des lentilles plutôt.

          • @billy: et dire que je me suis lancée le défi de danser toute la nuit dans la cale d’un péniche avec superman demain.
            Héééééé ben.
            ça va être beau.

          • Certes je me suis embrouillay. Donc ton film de vampire n’est pas un film de Nico&Bruno. Ils ont juste fait le doublage ok. Mais j’insiste : La personne aux deux personnes c’est mieux que Citizen Kane (qui n’est de toute façon pas le meilleur film de De Funès.)

            Bon finalement, j’ai pas attendu demain pour lire Fred Jourdain. On retrouve un peu Fred de l’armée de Deux singes non ?
            Je trouve bien salace le coup du gâteau dans la fente. Peut-être parce que je suis encore branchée sur les peaux d’homme de la phrase d’avant. Je vois que dans les corrections, François se demande si c’est assez discret ou assez suggestif. Je dirais franchement suggestif.
            J’adore le travail de corrections, jamais vu d’écrivain faire ça alors que c’est hyper intéressant. Je vais farfouiller de ce côté du site. Dans les correc, j’aime bien le « j’assume l’absence de virgule ». Tu parles François, c’est pas que t’assumes, c’est que tu surkiffes l’absence de virgule. Et ça s’arrange pas.
            Ou le « ça va trop vite là » moi j’aime bien cette fluidité (pareil ça s’arrange pas). Le débat fluidité vs clarté, c’est passionnant.
            Quand François dit que l’écrivain fatigue, que la plume s’assoupit en chauffant, de mon côté en tant que lectrice, j’ai un peu le même mouvement je crois. En lisant, je m’échauffe, je me familiarise avec le style de l’écrivain, je l’intègre. Quand François se demande s’il est clair, craint sur telle phrase de passer du côté des écrivains difficiles, moi je me pose même pas la question, la phrase passe crème (alors que je suis pas une lectrice de ouf). C’est peut-être que j’ai aussi intégré le style de François, fin je sais pas.

            Ça lèche pas mal dans ce texte, le narrateur, le rat, le psychiatre. Les lèvres de Fred qu’on lèche pas mais on pourrait. On a envie.

            Professeur Romero. Sourire.
            Puissamment fataliste aussi cette nouvelle, mon corps est comme ça, est agi.

            Anne-Laure, mes amitiés à Superman. C’est un garçon facile, le truc c’est de ne pas s’emmêler pas dans sa cape.

          • bien vu pour le Fred de l’armée de Deux singes – à ne pas confondre avec L’armée des 12 singes, qui était culte chez les blaireaux des années 90 -comme Trainspotting

          • Eh ben ! Ce 27 février sur le site était putain de foisonnants ! Entre l’analyse de Spielberg, de Loving et Nichols, de la table ronde, le texte de Lordon, et l’échange sur les films de vampires, je me suis éclaté à lire tout ça, et j’ai même pas fini. Merci à vous tous.

          • on te prépare un sacré 21 mars

  12. la brousse c’est moche François tu dérailles

    • celle de La Chasse… est bien pourrie
      bien pourrie comme j’aime

      • bien tu insistes je vais voir ça de plus près – I’ve just found it, in English

        • @belette: Can u partage it little thing?

        • @belette: tes désirs seront ordres

        • @belette: comm déjà disparu ou bien?

          • @nig: pas compris – je regarde maintenant le doc

        • @belette: thanks for all the communauty et bon docu

          Si someone peut livrer sur plateau l’elephant de Gus, désirs >< ordre idem

          • suis très très très déçue – c’est l’arnaque – le titre est mensonger – se servir d’un piège pour chasser – on ne m’y reprendra plus

          • c’est à dire qu’il y a rupture entre l’envoutement et la joie grandissants ressentis lors de la préparation des flèches et la mise en place du piège

          • j’y crois et hop je n’y crois plus

          • va quad meme au bout, tu verras que la technique des pièges ne les met pas à l’abri du danger

          • Oui c’est ce que disent les chasseurs généralement.
            Impression d’un décalage entre les pleurs de la femme, le récit des chasseurs à leur retour (qui en rajoute des tonnes) et la façon dont la chasse s’est réellement passée ; le conte n’opère plus en ce qui me concerne. J’y ai bien cru pourtant à ce combat équitable et courageux, lorsque deux des chasseurs miment le tireur de flèche et le lion qui s’écroule sur le flanc. Or par la suite, il s’avère que le lion est déjà à terre et blessé. Il n’y a plus qu’à s’approcher et l’achever.
            Oui la brousse est sèche et presque inexistante par endroit C’est presque le désert

          • s’ils faisaient de l’élevage de lions ils seraient plus tranquilles – ou pas d’élevage du tout

        • @belette:  » pas compris » je parlais des posts remplacés à vitesse V
          On enchaîne

  13. bien aimé Fidelio hier soir sur Arte (mais pourquoi passer un bon film, inédit à la tv, à 23h30 en semaine)
    j’ai retrouvé les commentaires du dis-moi sur ce film page 104 et suivantes
    http://begaudeau.info/dis-moi/comment-page-104/#comments

    • @yeux bleus: héééé ben, rien à voir mais j’avais écrit une putain de belle histoire psychiatrique à l’époque,
      c’était du temps où je m’appliquais à écrire, du temps où j’en avais des choses à dire,
      je crois que j’étais un peu vénère sur le fond en plus.

      Je l’ai revu y a pas très longtemps devant la gare ce patient , il conduisait une bagnole avec des kanaks dedans et m’ a fait un grand bonjour.

    • @yeux bleus: je crois qu’à l’époque j’étais assez vénère que tout le monde en ait rien à foutre du sort des schizophrènes.
      Bon.
      Deux ans plus tard on peut dire que j’ai fait mon deuil.
      C’est bien , je progresse.

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