Begaudeau.info, le site officiel de François Bégaudeau

Dis-moi

Pas encore membre ? Enregistrez-vous et simplifiez-vous les commentaires !

Posez une question à François dans les commentaires au bas de cette page en l’introduisant par « DIS-MOI », il y répondra régulièrement.

Vous pouvez également tenter une réponse à la question du moment posée par François à la suite du logo  François Bégaudeau pose des questions  et peut-être figurer dans les contributeurs retenus pour la compile.

Le logo question close signifie qu’ une question est close.

* Règle générale formulée ici-même par François en réaction à un post : «j’aimerais bien que cet espace s’épargne les petites piques mutuelles qui sont l’ordinaire des forums. Si les posts de X te déplaisent, ce qui est ton droit, il est toujours possible de ne pas les lire. Pardon de me faire arbitre des élégances, mais c’est un beau défi collectif que de résister ici à la pente conflictuelle du Net.»

* Règles particulières pour « la question » : 10 jours pour répondre, déplier un minimum le propos (argumentaire en 2 ou 3 points)

Note du webmaster : Pour des raisons techniques une discussion est limitée à 5 niveaux d’imbrication, en conséquence, au dernier échelon, le bouton « Répondre » disparaît . Pour continuer la conversation il faut donc remonter d’un niveau.

Ci-dessous les questions déjà répondues et les discussions en cours.

46 026 Commentaires

  1. … / Les applaudissements c’est le salaire du bénévole / … Bernard Friot alors, c’est parti https://www.youtube.com/watch?v=7t2HZLZ1PQs

  2. Pour ne pas s’assoupir entre deux massacres.
    A Manuel Valls: Vous n’avez rien fait contre le terrorisme.
    Extrait du texte de G. de Lagasnerie avec E. Louis paru dans médiapart aujourd’hui.

    Ce que vous et François Hollande répétez à longueur de journée et après chaque attaque est donc faux et mensonger : il n’est pas exact de dire que « tout a été fait » et que toutes les mesures de sécurité ont été prises. Rien n’a été fait. Vous n’avez rien fait contre le terrorisme. Car rien n’a été entrepris contre les causes de la violence politique et sociale, contre les structures qui l’engendrent, contre les conditions de vie qui font naître chez un individu le désir de destruction.
    Vous ne dites pas la vérité quand vous affirmez que la guerre contre le terrorisme est menée par « tous les moyens » : aucun des moyens dont dispose l’Etat, dont vous disposez pour créer un monde plus juste, plus sûr et pour arracher les individus à la logique de la haine n’ont été utilisés – et l’on pourrait même dire que c’est, dans ce registre, plutôt l’inverse que vous avez fait, et qu’on a plutôt assisté, ces derniers mois, au triomphe de la régression sociale.
    Vos propos selon lesquels nous devons nous habituer au fait que d’autres attentats sont à venir contiennent une face sombre et menaçante. Ils pourraient bien être une manière de nous dire : « Sachez que nous n’allons rien faire contre les causes du terrorisme et il faudra vous y habituer ». 

    https://blogs.mediapart.fr/geoffroy-de-lagasnerie/blog/040816/manuel-valls-vous-navez-rien-fait-contre-le-terrorisme-texte-avec-edouard-louis

    • en attendant Molécules http://www.lepoint.fr/justice/meurtre-de-sophie-toscan-du-plantier-le-principal-suspect-bientot-aux-assises-04-08-2016-2059084_2386.php pas sure qu’on l’ait évoquée cette affaire là et pourtant

      • @shash: faudrait que je regarde un « Faites entrer l’accusé » là-dessus pour réactiver. S’il existe.

      • @shash: et pourtant.
        Ben dis donc quel sacré séducteur de belles blondes ce Daniel T du P.
        Quoiqu’isabelle serait plus rousse que blonde.

    • @Acratie: je viens de découvrir en ligne, j’allais la mettre en lien. Merci de l’avoir fait.

    • @Acratie: en même temps, que peut-on attendre de Valls qui évacue d’emblée les facteurs sociaux au nom d’une culture de l’excuse qui lui est insupportable ? Droitisation de la société, bah oui. Et ce n’est pas fini.

      • @Acratie: tiens, effets collatéraux de cette culture de la peur, qui arrange bien les dominants, la polémique récente sur l’inflexion éditoriale de l’Ecole des Loisirs :

        « Il est absolument décisif de mettre entre les mains des enfants et des adolescents une littérature de jeunesse de la plus grande qualité. En rendant compte de la complexité du monde et de la richesse de l’autre, elle contribue, dès le plus jeune âge, à écarter la tentation de l’obscurantisme et offre un solide rempart contre la barbarie. » (Louis Delas, PDG de la maison)

        Où l’on voit que des logiques de contrôle prennent volontiers le relai.

        • @Jérémy: Te souviens-tu de l’échange ici-même sur « Lire est le propre de l’homme. De l’enfant lecteur au libre électeur » manifeste de l’école des loisirs contre l’obscurantisme et la censure ? J’en avais recopié quelques passages édifiants.

          • @Acratie: tu sais que j’ai recherché ce texte aujourd’hui. Parce que cette affaire m’y a renvoyé, évidemment. Mais je ne l’ai pas retrouvé. Merci d’avoir remis le titre, du coup c’est bon, je l’ai.

          • tout comme on est encore bien chahuté d’avoir lu chez le futur ex-ami bruno moro ceci : … /Au cours de ma vie, j’ai fréquenté des femmes choisies parmi les plus belles, de vrais canons, des bimbos dont les mensurations parfaites et la superbe plastique leur valaient parfois d’être admirées comme des bagnoles de luxe.
            Et puis j’ai aussi connu des filles un peu moins jolies, aux traits moins harmonieux sans être disgracieux, avec de légers défauts de-ci de-là, et cependant toutes beaucoup plus attirantes qu’une couvée de Miss Monde dopées au Botox.
            Et puis j’en ai enfin côtoyé quelques-unes qui lisaient peu ou prou et d’autres pas du tout, mais d’entre toutes j’ai surtout aimé les premières au détriment des secondes. Aimé leur nature curieuse, sensible et passionnée, aimé ce petit supplément d’âme que la fréquentation des livres leur offrait, ou encore le charme si particulier que dégage toute vie intérieure lorsqu’elle est riche et profonde : ce lumineux éclat dans vos yeux, cette chaleur dans la voix et cette grâce quasi-naturelle accompagnant chacun de vos gestes, postures ou attitudes. Aussi voulais-je vous dire qu’il n’y a rien de plus sensuel que le visage d’une femme s’abandonnant à sa lecture, ni de plus érotique que deux esprits qui s’effleurent, se frôlent, se caressent, se dévoilent, se rejoignent et puis se fondent… Te dire simplement que j’adorais cette photo :/… http://4.bp.blogspot.com/-uAad4W-cTiE/VlsEjVR79kI/AAAAAAAAFZE/4LtA2xrM6Rs/s640/La%2Blectrice.jpg

            Aimé leur nature curieuse, sensible et passionnée, aimé ce petit supplément d’âme que la fréquentation des livres leur offrait,

            il n’y a rien de plus sensuel que le visage d’une femme s’abandonnant à sa lecture

            front sur la vitre, gouttes de pluie, soupir,

          • @Acratie: ce qui démontre que, finalement, qu’il n’y a pas de changement spectaculaire. Plutôt la radicalisation d’une tendance. A la relecture, c’est toujours aussi affligeant.

          • @Jérémy: tu en doutais ?

          • @Acratie: non, du tout, mais merci à toi d’avoir réactivé

          • @Acratie: tout cela est très logique finalement.

          • @shash:

            Te dire simplement que j’adorais cette photo

            pendant ce temps que ses enfants vont se noyer dans le lac.
            Hé bien bravo pour la vigilance madame.

          • @shash: l’histoire de fabienne kabou est l’histoire d’une jeune femme d’origine africaine qui faisait des études très intellectuelles ( du genre philo , truc du genre ), qui vivait avec un vioc intello d’origine européenne qui lui a imposé une maternité.
            Vu ça dans une émission spéciale infanticide ( et non infantifuge comme dirait alice ).
            De ce que j’en ai vu elle n’est pas délirante non.
            Elle voulait juste sauver la seule chose qui la faisait se tenir et c’était pas son enfant.

          • @anne-laure: il ne lui a pas imposé sa maternité, elle lui a imposé sa paternité, c’est eĺle-même qui le dit. une fois l’enfant là, il l’emmenait au parc.
            elle avait un deug de philo et prétendait être en thèse, a dit au père que sa mère au Sénégal était prête a accueillir l’enfant pour la laisser travailler
            mais c’était faux et elle l’a noyée.

            elle aurait pu être dans Au début, François l’aurait bien raconté je crois.

          • @anne-laure: je suis d’accord avec ta derniere phrase,
            mais ce qui la faisait tenir, sa réussite universitaire – un vrai desir apparemment contrairement a sa maternité – était aussi basée sur un mensonge.

            coincée de partout

            ca fait penser a l’affaire Roman je trouve.

          • @Juliette: ah oui ? Je savais pour le coup monté de j’emmène ma fille chez ma famille en afrique alors que je vais l’abandonnée sur la plage à marée montante mais je ne connaissais pas le mensonge sur son projet universitaire.
            Elle se racontait de belles histoires de gloire oui.

      • @Jérémy: On n’attend rien de Valls, GdL non plus, mais j’aime bien cette interpellation directe sur le fait qu’il ment, c’est la base ; comme le fait de travailler sur le facteurs sociaux serait la base d’une politique de gauche. Et puis, sûr que GdL ne va pas lâcher sur la sortie de Valls « expliquer la radicalisation c’est excuser ».
        Moins apprécié l’exemple plus relou que percutant « Tant que l’on ne verra pas d’enfants du 16e arrondissement qui ont fait leurs études à Janson de Sailly puis à l’ENA descendre dans la rue avec des Kalachnikov pour commettre un attentat, toute réflexion autre que sociologique n’aura strictement aucun sens. »

        • @Acratie: c’est marrant que tu dises ça parce que moi j’ai trouvé cet argument très efficace dans ce contexte précis.

          • @Juliette B: pareil, je trouve ce passage percutant.

          • @Jérémy: @Juliette B: Le texte est fait pour être multi diffusé et arriver en Une et c’est très bien, je vais pas chipoter. Cependant Jérémy, j’ai lu que l’un des tueurs de Rouen était un très bon élève, pas JdSaillly ni ENA, mais pas du tout un paumé de l’école ; ce qui ne fait pas de lui un gagnant, on est d’accord. Je ne sais pas si argumenter par un exemple symétriquement contraire porte un nom en rhétorique mais je me méfie de ces logiques, c’est pourquoi j’ai signalé ce détail du texte. J’aurais dû m’abstenir, allons à l’essentiel.

          • @Acratie: de fait, un monde sépare un bon eleve d’un quelconque lycée français de l’élite dont parlent ici Gdl et Édouard Louis.
            et c’est aussi pour cela qu’ils parlent d’une « misère de position ».

          • @Juliette B: très juste

        • @Acratie: le fait est que ce ne sont pas les gagnants de la compétition scolaire qui descendent dans la rue avec des Kalachnikov.

        • @Acratie: on aime que GDL ne lâche pas, on a besoin que ces voix-là investissent l’espace médiatique. Comme il l’avait dit à François dans l’interview pour Transfuge, il ne faut rien céder à l’Etat. Puisqu’il ne cède rien en ce qui nous concerne.

          • @<a: Si le coeur vous en dit, réponse de Valls dès hier soir sur le site de Libé. Même pas envie de copier le lien.

        • @Acratie: L’exemple de GDL sur les enfants énarques manquent une partie de la cible, ou n’est pas assez explicite. Il n’est pas besoin de prendre un exemple aussi caricatural, il aurait simplement pu dire « tant que l’on ne verra pas de blancs ayant été à l’école descendre dans la rue… », ça aurait suffit amplement. Les terroristes n’étaient pas tous en situation d’échec scolaire, loin de là, en revanche ils sont quasiment tous Noirs ou Arabes, donc commençons par là.

          • @Charles: manque*

          • @Charles: alors dans ce cas nous pourrons dire que les noirs et les arabes n’ont pas du tout aimé que dans l’histoire du monde les européens envahissent leurs territoires et les soumettent à leur bon vouloir pour exploiter leurs richesses.
            Mais alors dans ce cas on peut se demander pourquoi les descendants des incas ne s’organisent pas pour commettre des attentats d’arrachages de cœurs au sommet des pyramides.
            Oui : pourquoi ?
            ce sera ma question du jour.

          • J’arrive tard dans l’affaire, mais j’arrive quand même.
            Dostoievski plutot que Bourdieu, donc. Il faut savoir que l’opération a déjà été effectuée, et qu’un livre s’appelle « Dostoievski à Manhattan », signé Glucksman. Sa thèse est la tienne, Charles : pour expliquer le « nihilisme » des terroristes du 11 septembre (et a fortiori de Daesch dirait sans doute feu André), il faut en passer par une sorte de pli morbide, celui des Possédés de Dosto, par une pulsion de mort, par une volonté de violence comme il y a une volonté de puissance, etc. Bien. Moi cette thèse là ne me pose pas de problème (même si chacun de ses termes pourrait etre discuté, retourné (notamment celui de nihilisme)). J’y ai même apporté mon tribut dans Deux singes 2001, et précisément à propos du 11 septembre précisément. Radicalisée -si j’ose dire-, elle recoupe les axiomes de la pensée tragique :
            1 des gens veulent le mal pour le mal, la violence pour elle-même
            2 (en partie conséquence 2) : il y aura toujours du mal
            Logiquement, la notion de « tragique de l’histoire » est revenu en force dans la bouche d’un Zemmour, ou d’un Finkielkraut, et donc d’un Valls/ Elle signifie que la marche du monde est indéfectiblement violente, le sera toujours, et charriera jusqu’à la fin des temps son lot d’horreurs désirées en tant que telles. Ce à quoi j’adhère absolument – c’était l’humeur générale de Fin de l’Histoire. Je peux même convier Finkie et compagnie à une danse tragique, car au bout de cette conscience tragique il y a le grand rire nietzschéen et cette étrange joie vitale que procure, à un certain degré d’amor fati, le sentiment de l’horreur définitive.
            Sauf que ça ne se passe pas comme ça. Sauf que ces types ne danseront pas.
            D’une part, la conscience tragique de Finkie et Valls est malheureuse et douloureuse. Ils sont lecteurs, non de Nietzsche ou Rosset, ces deux grands rieurs, mais de Calus et Wiesel, ces deux pleurnicheurs.
            Mais surtout, surtout, leur conscience ne s’avère pas du tout tragique. La vraie conscience tragique implique une sortie de la politique, ou en tout cas la conscience de ses limites : face à cette fatalité du désir d’horreur, la politique ne peut pas tout, elle est en partie impuissante -ce que tous ressentons bien en ce moment (des attentats y’en aura d’autres, etc). Là encore, gai sarcasme de Nietzsche et Rosset : pauvres sauveurs du monde, vous vous exposez à bien des désillusions, à bien des impasses, vous feriez mieux de ne pas trop espérer, et de rire d’emblée avec nous (c’est en cela précisément que j’ai répété dans Punk à singe : je ne sais pas si Nietzsche est de gauche, mais une base nietzschéenne fit toujours du bien à un type de gauche). De ce point de vue, devant la vague actuelle de terrorisme, il n’y aurait qu’à décider que ce n’est pas un sujet politique, que c’est du faits divers. Qu’il y a des attaques « djihadistes » au même titre qu’il y a des viols, des meutres, des infanticides, des accidents de la route. Que c’est une affaire à laisser aux pompiers et aux médecins. Régulièrement des mecs sont pris d’une pulsion de violer, régulièrement des mecs sont pris d’une envie d’aller égorger un pretre ou canarder un centre commercial. Or, ce n’est pas du tout l’état d’esprit de Finkie, Glucks, Zemmour et Valls. Ces gens ne cessent de rendre des accents volontaristes. C’est à dire qu’ils maintiennent ces actes « nihilistes » dans le champ de la politique, pensent qu’ils sont susceptibles d’un traitement politique. Glucksman a eu beau écrire le livre susnommé, il aura eu objectivement une attitude anti-dostoievskienne : là où le constat d’une morbidité indéfectible de certains individus n’appelle que la prière, et c’est bien ce qui se passe chez le chrétien Dosto, le laïc Glucksman n’aura cessé de « s’engager », de réclamer des actes, de soulever les consciences afin d’éradiquer la violence, la barbarie, etc. Evidemment cela vaut a fortiori pour Valls qui est un dirigeant politique, qui est aux affaires, et qui donc produit un verbe et une geste aux antipodes du fatalisme tragique, et aux surantipodes de l’amor fati.
            Nos faux tragiques politisent donc la séquence terroriste. Et l’on commence à comprendre l’opération : ce qui leur importe n’est pas de promouvoir le tragique contra la politique, mais de révoquer une certaine façon de politiser les problèmes, une façon de les socialiser. Et l’on retrouve l’obsession de ces gens, le geste unique de pensée qui les a fondés, qui les a médiatisés, qui les a fait exister : la révocation du marxisme (dans mon texte sur Finkie, je suggère que cet objectif se nourrissait de la volonté de se distinguer de prédécesseurs avec qui la comparaison risquait d’etre trop cruelle (tous les marxistes ou para-marxistes des années 50_60 : Deleuze, Althusser, Foucault, Bourdieu, etc). Ces gens n’en passent pas par le tragique, et par Dosto, que pour à nouveau se justifier d’avoir eux-mêmes déserté la pensée sociale (ils savent que c’est leur faute originelle, leur manquement irrémissible).
            Et donc ils se maintiennent dans une pensée politique plutot que d’aller guincher à la table de Rosset. Or, comment politiser des actes terroristes sans pour autant les socialiser (les articuler à leurs conditions sociales de possibilité)? Eh bien en apportant une réponse de droite à ces actes, c’est-à-dire une réponse policière -la version la plus indigne de la politique. La pensée policière se situe toujours au croisement d’une moitié de pensée tragique pour les nuls (y aura toujours des méchants) et d’une persistance de l’esprit de combat. Car que puis je faire devant un type dont je sais que quoi qu’il arrive il veut tuer et le voudra toujours ? L’empêcher de nuire. En le tuant, en l’enfermant. En somme la volonté d’apporter une réponse politique au terrorisme cumulée à celle de ne pas le socialiser produit mathématiquement une rhétorique et des actes où le politique, le policier et le militaire fusionnent (nous sommes en guerre). C’est ainsi que nos anti-marxistes, qui au départ croyaient pouvoir mener cette croisade depuis une position social-démocrate cool (et tous longtemps se sont dits de gauche) sont devenus néos-conservateurs. Et que notre ami Glucksman est devenu bushien et incidemment sarkozyste : à l’échelle politique, son pseudo-dostoievskisme, ça donne : il y a du mal, donc il y a un axe du mal, et il faut que les forces occidentales aillent tuer la bete.
            Le texte de GDL arrive là. En gros il dit : cher Valls, vous voulez politiser le terrorisme? Très bien, alors nous allons vous rappeler ce que c’est une politisation de gauche du terrorisme. Parce que pour l’instant votre politisation es purement droitière.
            Moi je dirais pareil, même si j’aurais bien insisté d’abord sur le fait que l’attitude de gauche, dans cette affaire, consisterait avant tout à dépolitiser la séquence terroriste actuelle, pour la cantonner à la rubrique faits divers. Mais puisqu’il faut absolument la politiser cette affaire, eh bien politisons la à gauche. Ce qui revient à la désessentialiser, pour la socialiser. Ce qui peut très bien se faire sans du tout renier Dostoievki. On peut très bien admettre que les types qui frappent à Nice ou Saint-Etienne du truc ne sont que des nouveaux représentants d’un nihilisme invariant, transtemporel, multiséculaire, et incoercible. Sauf que cette vague d’actes est circonstanciée. Elle a commencé en janvier 2015 et se poursuit depuis. C’est-à-dire que cette invariance psychologique ou métaphysique semble avoir besoin d’une séquence historique précise pour se déclencher. Socialiser, c’est donc historiciser. Et là désolé mais on en revient à une chose simple : cette vague d’actes est coincidente avec la constitution, en 2014, d’un territoire nommé Etat islamique, qui est depuis lors combattu par des armées occidentales, au premier rang desquelles la France (laquelle lutte aussi contre Daech en Afrique). Je ne dis pas que ce soit la seule donnée historico-sociale à promouvoir pour expliquer ces actes, qui relèvent de tout un tas d’autres données. Je dis que ces actes ont lieu dans cette situation, et n’auraient sans doute pas lieu si cette situation n’existait pas. Ou alors ils ne se donneraient plus cette habillage djihadiste. Les types se contenteraient d’aller canarder n’importe qui, et on appellerait ça une tuerie de masse. C’est d’ailleurs ce qui se passera quand l’EI aura été laminé (ça ne va plus tarder).
            Je suis un peu court sur la fin, mais je dois quitter.

          • @François: Passionnante analyse. Pour ma part, il ne s’agit pas de Dosto plutôt que Bourdieu mais de Dosto + Bourdieu. Je constate que GDL n’est pas près de faire cette addition car il est trop requis par son positionnement à gauche dans une situation de droitisation intense du pays.
            Je ne pense pas non plus que es terroristes veulent pour le mal, ça ce sont les psychopathes, les tueurs en série. Les jihadistes sont convaincus de faire le bien et pour eux la mort est un bien. Ce qui est en revanche constant dans l’histoire de l’humanité, c’est la quête de sens et d’une transcendance. Il se trouve que la violence en est un excellent vecteur car à l’origine de cette recherche existe un corps indolent et amorphe en demande de tension et d’action.
            Je n’ai sinon aucune difficulté à embrasser la vision tragique, la partie irréductiblement apolitique de cet engagement. Je ne demande pas non plus davantage de politique sécuritaire, en juriste conséquent je suis contre l’état d’urgence. Je passe d’ailleurs mon temps à dire à mes proches que nous n’avons qu’à serrer les fesses.

          • C’est en ce sens que je disais que tous les termes pouvaient se discuter
            Effectivement ce qui est nommé nihilisme semble parfois plutot relever de l’espoir fou -et du désespoir subséquent. Ce qui est nommé pulsion de mort pourrait bien relever plutot d’un superlatif désir de vivre cogné à des murs -ou à un désir de transcendance, comme tu dis.
            En ces matières tout est assez réversible, et c’est pourquoi on gagne toujours à repartir du sur, du factuel -ce qui revient à quitter deux minutes la spéculation psychologique pour faire un peu d’histoire. Par exemple ce que je disais hier : tous ces actes prennent place dans une séquence historique donnée (ce qui se passe en Syrirak), qui s’avère, au minimum, un déclencheur nécessaire pour que s’actualisent des affects préconstitués. De même que la vague terroriste de 95 était parfaitement connexe à la situation algérienne de l’époque (la France soutenait le pouvoir algérien dans sa lutte -très ambigue, au passage- contre le GIA, qui donc répliqua). Et celle de 86 à son soutien au régime de Saddam dans la guerre Iran-Irak. Ca marche à tous les coups.
            Je propose une expérience : que la France renonce à tous ses interets au Proche-Orient et en Afrique, et se retire de tous les fronts de ces mêmes régions. Juste comme ça, deux ans. On verra si elle est encore ciblée et frappée sur cette période.

          • et oui en attendant serrons les fesses

          • Pour rebondir sur le tragique, on pourrait presque écrire une pièce de théâtre à partir de ce qui se passe : non pas dans une perspective édifiante pour faire passer le goût de la barbarie à certains, les éduquer sur le mode « ce qu’ils sont et ce que nous sommes », mais pour mettre en scène une véritable ironie tragique : elle consisterait à présenter un mec qui a le pouvoir et qui, croyant agir pour le mieux, pour la haute idée qu’il se fait de la paix, frapperait un Etat terroriste sur place, en tuant des civils. Mais il apprendrait à chaque scène que les actions menées sur place provoquent des représailles sanglantes sur son propre sol. Et le choeur nietzschéen commenterait l’action.

          • Shash, la phrase de Butler me renvoie à l’article de GDL et Louis contre Valls, dans Libé. Je reviens sur le seul truc qui m’a dérangé : c’est que partant de la peur -les premières lignes-, ils en arrivent forcément à la question d’une sécurisation et qu’ils se mettent à penser dans un paradigme voulu par le pouvoir, même s’ils le font avec de vrais critères de gauche, c’est entendu.

            Je pense qu’effectivement réinvestir le tragique de ces actes, c’est dépolitiser l’affaire, comme le disait François. Reconnaître le caractère immuable d’une forme de violence, c’est nous délester, à titre individuel, d’une peur qu’on voudrait nous imposer et de la nécessité de nous en remettre à une autorité pour être rassuré. Comme c’est de l’ordre des affects, aucun Etat n’a le droit de réguler. S’il y a constat de cette volonté, c’est que sourd une volonté politique -on n’apprend rien-. Et on sait ce qu’elle vaut, au nom du combat pour la liberté. Elle assigne à chacun de nous de supporter l’anxiété d’une situation largement provoquée par des politiques dont nous n’avons pas voulu. Non merci. Même pas merci, d’ailleurs.

            Qu’on foute la paix aux gens. Qu’on laisse chacun s’arranger avec ça, à sa sauce. Qu’on laisse chacun gérer cette situation avec ses stratégies individuelles de réassurance (désolé pour ce terme assez moche), s’il y a lieu qu’elles soient là : se promener à la campagne, prendre un pot dans un bar paumé si on est sûr que c’est là qu’on est le plus tranquille ou alors, même pas : aller dans un festival avec des potes, tellement heureux d’être là et de faire la fête. En ne pensant à rien d’autres qu’à soi et à ses potes et on a le droit. Et on n’a pas à s’en excuser. Ni à le symboliser. Surtout ne pas s’épuiser à se faire peur.

            Ce qui peut faire souffrir deux fois, c’est effectivement la crainte que certains discours vont distiller, si l’on y est sensible, mais surtout -et c’est à cela qu’il faut consacrer notre énergie, parce que nous en perdons à avoir peur ou en tout cas nous sommes détournés de l’essentiel- les origines multi-factorielles de cette situation, toujours les mêmes -qu’on vive des attentats ou pas- : la misère sociale est l’un d’eux, parmi tant d’autres. Il n’y aurait pas plus à réinvestir la question sociologique s’il n’y avait pas, prospérant sur ce climat ambiant, une droitisation du discours qui oblige des gens comme La Gasnerie, Eribon ou d’autres à occuper le terrain médiatique pour démentir ceux qui voudraient évacuer cette réflexion. Mais il y aurait lieu tout aussi bien la nécessité de réinvestir la sémiotique pour dévoiler l’imposture des discours lénifiants, paternalistes, comme ceux que tient Martine Aubry lorsqu’elle annule la Braderie, en travestissant la réalité de nos existences : « continuer à vivre, de faire face à ces fous, au terrorisme ». Si on regarde un peu cet énoncé, on repère que ces événements induiraient une rupture dans notre quotidien – « continuer à vivre », pas « vivre »- et qu’on serait tous assignés à un combat : la réalité de la guerre ne correspond pas à ce que l’immense majorité des gens vit et de ce que nous avons envie de faire de nos parcours individuels. Personnellement, je ne vis pas face à Daech, j’existe parallèlement à lui, comme à n’importe quelles formes de violences -viols, meurtres- qui font aussi partie des possibilités de l’existence humaine. Et je suis d’accord pour transformer ça en faits divers. Ca ne veut pas dire que ça ne touche pas -on pense au prêtre qui se fait égorger à deux kilomètres de chez soi, sur le coup, on se dit ça fait drôle-.

            Donc si on s’en tient à l’énoncé d’Aubry, mais il y en a tant d’autres, on a là les éléments d’un discours complètement mythologique, au sens où Barthes l’entendait, qui cherche à s’imposer en nature, se référant à l’immuabilité d’un combat entre les forces progressistes et les forces obscurantistes, alors qu’on sait qu’il est à remettre dans un contexte historique que François a rappelé, avec des effets de répétition. Mais on sait aussi que par nature le discours mythologique a vocation à évacuer l’histoire : cela arrange ceux qui la font. Les grandes valeurs sont là pour décourager toute tangente : elles sont réactivées comme des fantômes et Stirner se marrerait bien. On n’a jamais autant invoqué la liberté, l’égalité, la fraternité de façon aussi magique.

          • Oui on pourrait à bon droit reprocher à GDL et Louis de parler la langue de l’ennemi -ce que GDL ne cesse de reprocher à la gauche. Mais je crois qu’en l’occurrence il s’agit d’autre chose, et même du contraire. Il s’agit, non de parler la langue de l’ennemi mais de prendre l’ennemi au piège de ses propres termes -ou, dirait GDL ailleurs, de le piéger sur ton propre terrain. Ce qui consiste à le prendre au mot. Manuel, tu dis que « tous les moyens » sont employés pour lutter contre le terrorisme,or le terrorisme dure, donc il n’y a rien à faire, ou bien alors ca veut dire que tes moyens sont nuls etc. Mais surtout, GDL se plait à aller sur le terrain de la sécurité. En général un type de gauche dit à un type de droite comme Valls : la sécurité ne justifie pas de rogner sur les libertés. Et là le type de droite a toujours beau jeu de répondre : tu as envie que ton enfant de quatre ans soit écrabouillé par un camion ? Et le type de gauche est comme un con, ou passe pour insensible au sort des « victimes » du terrorisme ou de la délinquance. Là GDL renverse la donne : tu parles de sécurité, Manuel, et tu fais bien, nous tenons tous à notre sécurité. Sauf que dans ce domaine, t’es nul. Tu nous protèges pas. On se fait défoncer partout. Bilan nul. Zéro. Redoublement.
            Je crois donc, à l’inverse d’Anne-Laure, que GDL ne dit qu’il a peur, qu’il est terrifié, que pour piéger habilement les sécuritaires.

          • réalité supposée de cette guerre

          • @Jérémy: découvrant doucement Butler (pas sauté préface ni introduction de 1999), j’y trouve un autre écho, le paragraphe sur la généalogie du pouvoir, ces catégories de sexe, de genre, de désir et ici celles de peur, terreur, combat, résistance … / Faire une généalogie (terme foucaldien) implique plutôt de chercher à comprendre les enjeux politiques qu’il y a à désigner ces catégories de l’identité comme si elles étaient leurs propres origine et cause alors qu’elles sont en fait les effets d’institutions, de pratiques, de discours provenant de lieux multiples et diffus. / … p.53, le pouvoir à l’origine d’un cadre de pensée oui, je sens que ça va être costaud et remuant

            – font plaisir à lire tes lignes Jerem,
            quant à martine, elle griffe surtout estrosi avec cette histoire et ce sont en plus des tas de jouisseurs marathoniens qui l’ont gros ce soir pendant qu’ici on apprend que le feu d’artifice du 15 août pétera pas et que les iron wo-man sueront peut-être pas non plus.
            Que chacun fasse ses choix, prenne ses responsabilités «vu la période que nous traversons» comme le disent moult journalistes, leur actuel « vous voyez ce que je veux dire?» en quelque sorte, au lieu d’avoir le sentiment qu’il subit un état à la papa qui au travers de ses représentants décide pour nous mais c’est pour notre bien, le bien de qui? de nous, ah ok.
            bien irritant, bien neuneu et bien droitisant,

            Ce matin j’ai mis le nez dans un autre truc, finkelkraut avec un texte paru dans le monde en juin 2008, des lignes prenant prétexte sur entre les murs (livre/film) pour parler de civilisation qui ne demande pas à la langue d’être efficace, d’être directe, de permettre à chacun de dire sans détour ce qu’il a sur le coeur ou dans les tripes, de civilisation qui réclame le scrupule, la précision, la nuance et la courtoisie, d’idéologie qui règne et veille à ce que notre vie tout entière se déroule entre les murs du social.

            comme tu sais, heureusement, j’ai touché le trouble dans le genre de judith butler
            bonne soirée Jerem,

          • plutôt que

            «vu la période que nous traversons»

            c’est ->

            Dans le contexte actuel

            qui est flc 2016

          • @François: Sur l’aspect géopolitique, tu as raison, l’interventionnisme explique sans doute en grande partie son « traitement de faveur » par Daech. Mais il faut noter que beaucoup de jihadistes français quittent la France pour la Syrie parce qu’ils trouvent que l’air y est irrespirable pour un musulman « authentique » (démocratie, mariage homo, caricatures, interdiction du niqab etc…). D’ailleurs, il semblerait que Daech soit en train de changer de fusil d’épaule, si j’ose dire, concernant ses motivations à frapper la France : http://www.slate.fr/story/121659/letat-islamique-guerre-propagande

          • @Charles: l’interventionnisme de la France*

          • @François Bégaudeau: oui, c’est dans la logique de ce que dit La Gasnerie : être sans concession avec l’Etat. Dès lors qu’il nous considère comme sujet, de notre naissance à notre mort, nous devons, en tant que sujets, lui demander des comptes sur ce qu’il s’engage à nous promettre : la sécurité, notamment. Il est vrai aussi qu’une certaine gauche radicale n’ose pas s’aventurer sur le terrain de la sécurité, parce qu’elle se sent piégée rien qu’à l’idée de la réclamer, c’est antinomique avec ses valeurs.

            On remarque que le « nous » étatique fusionne avec le « nous » du peuple, dans la réponse de Valls . Alors que dans le texte de GDL et Louis, il est clairement dissocié du « vous » gouvernemental. C’est très net. Ces écarts rhétoriques sont signifiants.

          • @shash: oui, Butler considère que ces catégories de l’identité sont des effets de discours. Et qu’il n’y a pas à résoudre ces questions de l’identité pour faire de la politique (contrairement à ce que dit De Beauvoir, par exemple). La vraie question pour elle, comme elle le dit, c’est : « quelles possibilités politiques résultent d’une critique radicale des catégories de l’identité ? » -là est le véritable geste politique-. Ce qui est fort, c’est qu’elle se place d’emblée en dehors du cadre qui normalise la discussion. Choix décisif qui lui permet ensuite de discuter un certain nombre de théories féministes qui tiennent pour acquis qu’il existe une identité de femme, une identité qu’on pourrait appréhender, qu’il faudrait ratifier par la mise en évidence d’un langage, pour lui donner une visibilité. Mais je te laisse poursuivre.

          • @Charles: @Jérémy: parfois, au soleil, je me fais des pauses avec l’ami Jul, ses silex and the city, merci pour ce mammouth, plan vigiprimate
            car judith, c’est vite brouillon en plein soleil avec toute la joie et les quelques bobos en vélos autour,

            – J’en suis à l’intelligibilité de genre, ses critères distinctifs
            et pour le coup, ce gender fluid à la fin de cet article http://www.slate.fr/story/121197/masculinite-toxique m’intrigue, me plaît et m’intrigue,

            c’est chaud butler tout d’même, surtout après gonzague de st bris :- D

          • @Jérémy: Butler, j’y aime la radicalité critique de l’hétérosexualité obligatoire (dixit wittig plutôt) du discours hégémonique et univoque du masculin, du phalogocentrisme – posé sur mot compte triple, z’étaient tous trop dégue tout à l’heure –

            et p.85 par là, cette fois, on y est: … / C’est bien parce que certaines « identités de genre » n’arrivent pas à se conformer à ces normes d’intelligibilité culturelle /… (pratiques régulatrices qui forment des identités cohérentes à travers la matrice de normes cohérentes de genre, d’opposition binaire – mascu/fém – et d’attributs s’y rapportant ) /… à un « vrai sexe » … / (dixit ironiquement foucault il paraît) /… qu’elles ne peuvent, dans ce cadre normatif, qu’apparaître comme des anomalies du développement ou des impossibilités logiques. La persistance et la prolifération de telles identités sont une occasion critique d’exposer les limites et les visées régulatrices de ce domaine d’intelligibilité et donc de rendre possibles, dans les termes même de cette matrice d’intelligibilité, des matrices concurrentes et subversives qui viennent troubler l’ordre du genre. / …

            [ps:

            en plein soleil avec toute la joie et les quelques bobos en vélos autour,

            utiliser le terme bobos à l’ancienne c’est prendre le risque, relatif, d’être une fois de plus totale incompréhensible avec cette phrase, bon; il s’agissait des bobos-des blessures, des vraies – des mômes, mais pas que (comme avec les pokemon) qu’aux parcs, ils accompagnent de hurlements alternant avec une écoute courte de pas et paroles réconfortantes potentiels avant de repartir en mode sirène (moyen propice à mettre aisément le nez dans les lignes de Judith je voulais dire donc)]

          • @shash:

            « pratiques régulatrices qui forment des identités cohérentes à travers la matrice de normes cohérentes de genre, d’opposition binaire – mascu/fém » : c’est en cela que Butler va plus loin et ouvre des perspectives. Elle reproche à beaucoup de féministes de produire un discours hégémonique qui ne s’appuie que sur une construction culturelle du genre (ce qui est déjà une avancée, mais ça ne va pas assez loin, disons qu’on en est au « ABCD de l’égalité », quoi).

            Elle enfonce carrément le clou : pour elle, la question de l’identité est un idéal normatif et tout son travail consiste à démontrer que ces identités sont fixées par des concepts stabilisants (sexe, genre, sexualité) qui excluent un tas de gens, lesquels, par leurs choix, destabilisent ces catégories, font jouer, effectivement, « d’autres matrices ». Elles permettent, par exemple, d’invalider l’idée selon laquelle, invariablement, le genre serait corrélé au sexe (et tu noteras aussi que pour elle, le sexe est tout autant une construction culturelle que le genre). Alors que le discours de Simone et d’autres a tendance, par exemple, à considérer qu’il y a des gestes, des postures irrémédiablement masculinistes, à combattre par l’affirmation d’une identité féminine insécable.

            Butler trouve qu’on demeure encore dans un cadre phallogocentrique. L’affirmation d’une unité qui s’identifierait à une identité, selon des revendications assez universalistes, ne lui paraît pas correspondre à ce que la réalité nous montre : un foisonnement des identités (« définir une identité dans les termes culturellement disponibles revient à poser une définition qui exclut à l’avance la possibilité que de nouveaux concepts de l’identité émergent dans l’action politique »). On a bien lu : « dans l’action politique ».

          • @Jeremy: jamais lu le deuxième sexe dans le texte – je chie pas mal sur ce coup-là je sais – déjà avec la princesse de clèves iavait pas de quoi la ramener mais là,

          • @shash: lu le tome I pour le boulot (tome II, on verra plus tard). Ca m’a aussi donné une occasion de réfléchir là-dessus, depuis le temps que je voulais le faire. Ca m’a vraiment plu. Après, j’ai attaqué Butler. Enfin, juste « Trouble dans le genre ».

          • @shash: en fait, plus exactement et plus chronologiquement, j’ai remis le nez dans des notes sur le tome 1 du bouquin de Simone, que j’avais prises il y a trois ans et j’ai enchaîné sur Butler. J’étais dans le move.

          • @shash: « La princesse de Clèves », ça trouble moins dans le genre.

          • @Jérémy:

            Butler va plus loin et ouvre des perspectives/ Elle enfonce carrément le clou

            sans parler de tes lignes de la mi-juin quand tu en sortais, ton enthousiasme met en joie et que sa pensée t’ai mis en branle à ce point emballerait sans doute judith elle-même,

            lu le tome I pour le boulot

            pour la rentrée, je revois plutôt des vidéos de véro&davina moi tu vois, paraît que j’ai la coupe des gars de la pub touyoutoutou en ce moment – celles des racailles des années 90’s pouffe une proche dès qu’elle me voit – plus simplement, je ressemble à Chabat dans ‘flou de toi’ so what?
            Une pince-barrette pour relever ce qui pendouille dans la nuque, une robette, des sandales qui brillent et ça trouble un peu moins

            Tu as posté mi-juin que c’était passionnant et sportif de lire Judith, c’est un fait,

            La lisant, souvent je chante http://www.dailymotion.com/video/xaw5i4_radiohead-creep-live-1992_music
            et puis je repense au grand Laurence anyways de Dolan,

            – me souviens plus si tu l’as visionné,
            perso il est, avec toi, mon compagnon de lecture de Butler
            on s’fait plaiz quoi,

            « La princesse de Clèves », ça trouble moins dans le genre.

            tout dépend, princesse, ça permet de jouer sacrément ça,

          • Judith permet aussi de penser comment une unité de catégories d’identités bien établies font thème et sujet politique pour réaliser n’importe quel objectif alors que pour pas mal de femmes c’est la signification de la catégorie elle-même qui est l’objet d’un débat permanent.

            – à propos de genre: … / phénomène complexe qui, en tant que totalité, est constamment différé, un idéal impossible à réaliser quelque soit le moment considéré. / …
            à propos de la catégorie « femme »: … / en élargir l’acception déploierait tout de suite sa complexité et son hétérogénéité multiple. /…
            des lignes qu’on aime: … / Dans la tradition philosophique elle-même, la notion de « personne » a été élaborée en travaillant analytiquement avec le présupposé que la personne restait, quelque soit le contexte social dans lequel elle se trouvait, dans un rapport en quelque sorte d’extériorité vis à vis des structures qui définissent la personne, qu’il s’agisse de la conscience, de l’aptitude au langage ou de la délibération morale. / … (traits constitutifs de l’identité personnelle)
            -> l’un des renversements critiques de Butler: se demander … / dans quelle mesure l’identité est un idéal normatif plutôt qu’un fait descriptif de l’expérience / …

            Sur-ce, j’essaie de poursuivre tranquille malgré la digestion un peu funky de cette belle part de flan pâtissier que je me suis offerte et dégustée peut-être un peu tard, beurp,

            tentant aussi la petite balade nocturne https://www.youtube.com/watch?v=-vFvr9R86hg

          • @shash: oui j’avais vu le film de Dolan. Dans mon souvenir, j’avais aimé. Je demande à revoir.

          • @shash: je ne sais pas si tu as vu le documentaire sur elle (Arte). C’est en plusieurs morceaux sur Youtube. Vraiment bien.

          • @Jérémy: vais regarder, merci,
            en échange – ça troque ça troque – un papier de paul preciado daté novembre 2015 http://www.liberation.fr/chroniques/2015/11/06/ton-fauteuil-me-fait-kiffer_1411803

            – crois bien qu’on reste dans le thème,

    • @Acratie:

      Aujourd’hui, nous avons peur parce qu’aucun discours censé nous rassurer ne nous rassure. Vous ne nous rassurez pas. Vous nous inquiétez et vous nous terrifiez.

      pfff ben dis donc, des vrais chochottes ces deux là.

      Ont-ils vraiment besoin qu’un discours les rassure aussi ?
      C’est ma question.

      • @anne-laure: Je crois que l’important est

        vous nous terrifiez

        . G et Ed ne demandent pas à ce qu’on nous rassure, ils disent que Valls ajoute de la terreur à la terreur. « La France a peur », titre tv de 1976, crée de l’insécurité qui joue à fond dans les stratégies électorales et n’améliore aucunement la sécurité.

        • @Acratie: ah ? mais moi je ne suis pas terrifiée. J’aime pas trop qu’on parle à ma place.
          Oui je n’apprécie guère ces petites forfanteries.

          • @anne-laure: Sur ce sujet, en effet, ils passent de « La France »- pour continuer sur cette expression quarantenaire qui a fait ses preuves – à « nous ». Peut-être pour indiquer que le gouvernement nous fait passer de la peur diffuse à la terreur ciblée, ou pour dire qu’à force de jouer avec le feu, on passe à une autre phase.

          • @anne-laure: j’aurais tendance à dire comme toi. Et à penser aussi : « font chier avec leur peur ». Maintenant, GDL et La Gasnerie ont le droit d’exprimer leur sentiment. Mais commencer par ça, c’est fixer le cadre dans lequel advient la réflexion.

          • @Jérémy:

            Maintenant, GDL et La Gasnerie ont le droit d’exprimer leur sentiment.

            moui mais franchement ils n’auraient pas un p’tit peu l’intention de parler à notre place ? De nous attribuer des sentiments qui ne sont pas les notre.
            Ils débordent.
            Je ne leur ai rien demandé.

            La réponse de valls ( oui de celui qui a écrit à sa place ) est intéressante sur la question de la réalité.
            Dire que des gens vont encore mourir des attentats, que ce n’est pas fini, c’est réaliste.
            Ce n’est pas ajouter de la terreur à la terreur.

          • @Jérémy: ou de celui, je voulais dire et pas oui.
            Le truc entre parenthèses.

          • @anne-laure: Si c’est « réaliste », GdL explique pourquoi ça l’est devenu, non ? Il me semble que son texte déconstruit le discours de la fatalité du terrorisme.

            Sinon, je ne trouve pas que GdL parle à ma place dans cette adresse à Valls, il utilise une forme de discours pour resituer le débat au plus près des gens, pour subjectiver dirait-on, et pour que ce texte soit lu par le plus grand nombre.

        • @Acratie:

          Il me semble que son texte déconstruit le discours de la fatalité du terrorisme.

          une vaine tentative oui.
          Je ne crois pas que le miracle de la république sociale puisse avoir un quelconque impact sur ce qui se trame du côté de daesh , qui aime hair et dominer de toutes façons.

          • @anne-laure: Je ne veux pas t’offenser mais Valls dit comme toi. Ce à quoi le texte de GLD et Ed répond :

            Dire que lutter contre le terrorisme devrait signifier s’attaquer à l’ensemble des facteurs qui fabriquent des misères de position, c’est-à-dire à ces situations qui, à différents niveaux,  engendrent du ressentiment, de la colère et des affects violents, ce n’est en rien, contrairement à l’objection simpliste mais courante, ramener la question du djihadisme à la question économique. Parler de déterminisme et de causalité, ce n’est pas seulement évoquer l’économie. C’est mettre en évidence la multiplicité des facteurs de domination, leur intrication, et leur manière de produire des subjectivations agressives et haineuses.

            Et

            « Nous n’ignorons pas non plus que le problème est international et qu’il se pose à une échelle plus large que celle de la France. Mais cela signifie simplement que différentes logiques sont à l’oeuvre : la politique étrangère, le fonctionnement du capitalisme, la manière d’appréhender un monde postcolonial. Votre rôle et le rôle de l’Etat devraient être de démêler ces logiques et d’essayer de les combattre chacune dans leur singularité plutôt que de tout assimiler dans la catégorie abstraite et aveuglante de « terrorisme islamiste ». »

          • @anne-laure: daesh n’est rien en dehors des hommes qui le composent.

        • @Acratie: cela ne me gène aucunement d’avoir quelques points communs avec manuel valls.
          premier point : daesh est une organisation qui fonctionne avec le plaisir de dominer et elle trouvera toujours de nouvelles recrues tant qu’elle existe.
          Et ceci même dans une république sociale qui n’existe pas encore, parce qu’on va pas refaire l’histoire des colonies, le vers est dans le fruit.
          deuxième point : daesh n’ a pas fini de tuer des gens.
          troisième point : faudrait voir si t’aimes le chocolat lindt au lait manuel, tu réfléchis, tu m’redis ça.

          • @anne-laure: Je ne vais me lancer dans le géopolitique, pas très douée. Ce qui me gêne c’est la fatalité que je lis dans ta réponse quand tu écris :

            daesh est une organisation qui fonctionne avec le plaisir de dominer

            Le texte de GdL ne dit pas le contraire mais il ne s’en tient pas là. Il montre qu’il y a deux voies : la fatalité ou l’action. Du moins c’est ainsi que je le lis.
            Ce qu’il réfute c’est la fatalité du terrorisme contenu dans le simple positionnement du désir de conquête, de la haine de « nos modes de vie », parce qu’il contribue à alimenter la haine et le discours de guerre. La conséquence de ce discours c’est l’engrenage de la violence ; si le « plaisir de dominer » est la cause du terrorisme, si cette violence présentée comme quasi naturelle, n’a pas de causes exogènes (sociales, actes de guerre), alors la seule réponse à la violence ne peut être que la violence, l’extermination de l’ennemi à l’intérieur comme à l’extérieur, elle justifie la guerre, légitime défense.

            elle trouvera toujours de nouvelles recrues

            Le texte de GdL accuse l’Etat de n’avoir pas agi, de n’avoir rien fait contre le terrorisme, accuse les moyens mis en place d’être inefficaces quand vous parlez de moyens, c’est de surveillance et de répression que vous parlez et il accuse l’Etat de n’avoir pas agi sur les causes des passages à l’acte rien n’a été entrepris contre les causes de la violence politique et sociale, contre les structures qui l’engendrent, contre les conditions de vie qui font naître chez un individu le désir de destruction. (…) et l’on pourrait même dire que c’est, dans ce registre, plutôt l’inverse que vous avez fait.
            Là encore, ce texte s’élève contre la fatalité de voir des hommes sombrer dans la haine. L’itw de Rancière est vraiment à lire aussi, elle est claire et concise, donne des explications.

            troisième point : je ne connais pas mais je ne demande qu’à apprendre

        • @Acratie: moui bof bof.
          Dans ce cas là les deux amis ne vont pas assez loin dans l’attaque, s’il veulent vraiment dénoncer la violence de l’état, et dialoguer avec lui , ce que pour ma part je ne trouve pas très utile, va falloir aller plus loin que de mettre en valeur le discours sécuritaire de nos chefs.
          Va falloir aller voir ailleurs de ce qui est visible dans les journaux, de ce qui nous explose à la face , de ce qui tue les gens en masse, par balles écrasage couteaux je ne sais quoi. Ce qui fait les gros titres.
          Ce qui met (presque) tout le monde en émoi.

          Ecrire un livre sur la réalité de la justice française par exemple est une meilleure idée.

          La réponse de valls ( dont je doute toujours qui l’ai écrite ) me parait plutôt juste pour ce qui est de comment il travaille sur le problème , à la mesure de ses moyens ,avec sa petite cervelle de républicain, en avouant la complexité des situations.
          Je trouve qu’il y montre aussi son impuissance et ce n’est pas rien.
          On peut pas lui en demander plus que cela.

        • @Acratie: ailleurs que ce qui est visible ?
          C’est peut-être plus français, mais bon moi comme je suis manouche-arabe de l’ouest je suis nulle en langage de la France de toutes façons.

        • @Acratie:

          si cette violence présentée comme quasi naturelle, n’a pas de causes exogènes (sociales, actes de guerre),

          faudrait peut-être pas prendre manuel pour un imbécile non plus.

        • @Acratie: Le fond de ma position, assise en tailleur de pierre devant mon pc, je le répète plus clairement , c’est que je ne vois pas l’intérêt de réclamer d’avoir de bons chefs.
          Cela ne fait que nourrir ce qui fait leur métier.

      • @anne-laure: En relisant la tribune de GDL et d’Edouard Louis, ça me dérange qu’elle commence par l’expression d’une peur, parce que c’est vraiment se situer dans le paradigme du discours ambiant. Ce qui n’enlève rien au reste. Mais ça me chiffonne un peu. Le point de vue de Rancière sur la question ouvre davantage de perspectives, au-delà des affects : https://campvolant.com/2016/02/09/comment-sortir-de-la-haine-grand-entretien-avec-jacques-ranciere/

    • @Acratie: vraies , avec un e , car les chochottes sont féminines.

    • @Acratie: @Acratie: Merci pour le lien, texte intéressant comme d’habitude même si GDL réagit un peu trop par réflexe, en nous convoquant immédiatement des schémas explicatifs sociologiques bourdieusiens (déjà le cas dans « Arrêt sur images »). Ce que des gens comme GDL ont du mal à comprendre, tant ils sont préoccupés par le positionnement à gauche, c’est la dimension métaphysique de cette conversion au djihad. GDL ne voit que de la domination (économique, sociale et culturelle) chez les terroristes mais il devrait les écouter davantage. Il se rendrait compte de leur incroyable sérénité, de leur joie à mourir voire de l’absence de haine dans les raisons de leurs actes. Ils ont trouvé un sens à leur vie, une place dans le monde (et non dans la société), ils se sentent libres. Mais un essayiste de gauche, aussi brillant fût-il, aura toujours du mal à saisir cela car il la question de la transcendance est son point aveugle. Un écrivain le pourrait davantage. Pour comprendre les terroristes, Bourdieu ne suffit pas, il nous faut un Dostoievski.

      • @Charles:

        Pour comprendre les terroristes, Bourdieu ne suffit pas, il nous faut un Dostoievski.

        Je préfère que ce soit dit comme ça plutôt que de reprocher à Bourdieu de ne pas être Dostoievski.

      • @Charles:

        Il se rendrait compte de leur incroyable sérénité, de leur joie à mourir voire de l’absence de haine dans les raisons de leurs actes. Ils ont trouvé un sens à leur vie, une place dans le monde (et non dans la société), ils se sentent libres.

        oh ben toi t’aurais vu hadewijch récemment que ça m’étonnerait pas.
        Film que je conseillais de voir à mon entourage après je ne sais plus lequel d’attentat.
        Je crois que personne n’a suivi mon conseil tant pis.

        Je suis bien d’accord avec toi, ce qui est très vrai pour certains, d’une façon beaucoup moins bien structurée pour d’autres.

        • @Anne-Laure: d’où l’intérêt de multiplier les éclairages si on cherche à expliquer ce qui se passe. L’approche sociologique seule ne suffit pas, même si elle est importante. Mais je comprends que, dans un contexte où la pensée réac’ s’en prend au « sociologisme », il y ait désir de répliquer. Ils n’occupent pas tellement l’espace médiatique, ceux qui le font. Et on connaît la position de GDL sur l’occupation du terrain médiatique. C’est tout à fait dans la logique.

          • @Jérémy: ah d’accord. Je ne me souviens plus très bien de sa logique. Pas le souvenir qu’il avait l’intention d’envahir l’espace médiatique.

          • @Anne-Laure: dans un débat télévisé, GDL dit qu’on est « tous soumis à une offensive sans précédent des forces réactionnaires et conservatrices, à l’échelle internationale et en particulier en France ». Là-dessus, on lui donnera largement raison. On en a suffisamment parlé ici.

            Et dans cette même émission, il s’interroge sur les modes d’intervention de l’intellectuel, les lieux où se déroulent ces interventions, les formes qu’elles prennent. Et il défend l’idée d’imposer des « dispositifs au médias », de dire à ceux-ci « vous devez m’inviter parce que je compte », loin d’une posture qui se cantonnerait à la réflexion universitaire, qui serait « autarcique » pour reprendre ses propres mots. Pour La Gasnerie, un tel positionnement validerait la construction d’une dichotomie avec d’un côté la recherche sérieuse et de l’autre un espace publique, médiatique. Donc oui, il y a la volonté de réinvestir un espace déserté et globalement occupé par les essayistes réactionnaires, les gens de l’humeur. La volonté aussi de ne pas débattre avec ces gens, ce qui serait une façon de les reconnaître (d’où le boycott de Gauchet et des rencontres de Blois). La réaction de Gauchet confirme tout à fait ce que dit La Gasnerie dans cette intervention télévisée -ça les énerve qu’on cause pas avec eux-, puisqu’il demande purement et simplement l’excommunication universitaire. La posture totalitaire, elle est là. Alors que le boycott non, puisqu’on n’empêche pas l’autre de parler. On dit simplement : je parlerai pas avec vous.

        • @anne-laure: j’ai vu Hadewich y a deux semaines, j’en ai d’ailleurs parlé ici mais je suis arrivé après la bataille donc c’est passé inaperçu.

          • @Charles: non ce n’est pas passé inaperçu, je t’ai lu.
            Même que tu faisais référence à Bernanos, mais c’est vrai que ce film commence à être lointain pour moi.
            Bernanos aussi.

      • @Charles: pour toi Charles une petite phrasounette de spino, ôtée de son contexte ce qui la rend houuuuuuu : bien mystérieuse.

        L’homme libre ne pense à rien moins qu’ à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie.

        mais y en a qui sont vraiment pas sages, je sais pas pourquoi.
        Peut-être qu’ils sont fabriqués tout à l’envers.

        • @anne-laure: lu le même passage hier mais je ne suis pas certaine que les gens dont on parle pensent à la mort comme Spino l’évoque ici.
          Je pense même plutôt qu’ils pensent à la vie, qu’ils ont très envie d’exister en se faisant sauter le caisson et que la mort devient pour eux une question accessoire.

          • @anne-laure: sans compter que Baruch a aussi écrit ca:

            Si quelque homme voit qu’il peut vivre plus commodément suspendu au gibet qu’assis à sa table, il agirait en insensé en ne se pendant pas.

          • Bon mais là avec le gibet il fait peut-être un peu son farceur spino

          • donc au final j’aurais mieux fait de me taire: les gens dont on parle ne sont pas des hommes libres, c’est un fait

          • @Juliette B: Oui, ils pensent à la vie après la mort, la vie sans le corps, la vie sans la vie.
            Ce qui est tout à fait absurde.
            CQFD.

          • …avec un paradis confortable comme la maison de Liberace et une Catherine Zeta-Jones dans chaque lit quand même.

          • « La voie mystique c’est une voie analogique » dit Dumont a propos d’Hadewijch
            qui, rappelle-t-il, « veut faire l’amour avec Lui », son jésus chéri.

          • Il dit aussi que pour « passer de l’amour eperdu de dieu pour entrer dans la violence » – la « bascule » comme il dit – « il faut un pont ».

            On peut aussi s’intéresser à ce pont,
            à la prison et à ce qui s’y passe par exemple.
            A la prison où la population n’est pas sociologiquement très variée, nous a opportunément rappelé GdL.

          • @Juliette B:

            Si quelque homme voit qu’il peut vivre plus commodément suspendu au gibet qu’assis à sa table, il agirait en insensé en ne se pendant pas.

            t’es sûre que ce n’est pas en se pendant qu’il vit plus commodément le type ?
            tu es en train de lire l’éthique pour de vrai ?
            ça me dit pas grand chose cette histoire de gibet mais je me souviens d’un passage qui explique le suicide mais je le retrouve plus tellement c’est le foutoir des démonstrations mathématiques ce bouquin ohlala, ça m’énerve.
            Qu’est ce que c’est mal organisé, c’est ni fait ni à faire ce boulot de sagouin.

            On trouvera cependant ce qui va suivre.

            proposition dix de l’origine et de la nature des sentiments, que t’écris avec un X ( c’est un chiffre romain ) :

            une idée qui exclut l’existence de notre corps ne peut être dans notre esprit, mais lui est contraire.

            et puis dans la partie quatre, lorsqu’il fait un petit résumé de ce qu’il expliquait précédemment :

            …enfin ,que ceux qui se donnent la mort ont l’âme impuissante et sont entièrement vaincus par des causes extérieures qui sont contraires à leur propre nature.

            Voici pour ce qui est du suicide.

          • @Juliette B:

            il agirait en insensé en ne se pendant pas.

            oh bah oui bah c’est ce qu’il dit pardon.
            S’il faisait pas son malin avec ses négations tordues aussi.
            Et vas-y que je te vrille la cervelle etc.

            Il est donc bienvenu de se pendre, nous sommes d’accord.
            CQFD.

          • @ane-laure: le gibet n’est pas dans l’Ethique mais dans la correspondance de Spinoza avec Blyenberg sur laquelle je suis tombée en deux endroits: Deleuze en parle dans son cours numéro 3 sur Spinoza (cf YouTube) et mon philo mag cite un extrait de cette correspondance.
            Mais je pense que dans cette citation avec le gibet Spino ironise parce que Blyenberg commence à lui courir un peu sur le haricot. Donc restons-en sur la mort et le suicide à tes citations, qui correspondent davantage à la pensée profonde de baruch je crois.

            Oui je suis toujours dans l’Éthique mais avec des copains gentils et rigolos comme Gillou qui me prennent la main. Parfois, comme toi, je ne comprends plus rien et il me dit: tkt c’est normal continue.

            Le mag présente 5 grands tableaux très pratiques aussi sur les Livres I à V de l’Éthique qui rappellent les grandes notions et enchaînements de raisonnements de chacun. Ca aide bien quand on se sent perdu comme dans un labyrinthe.
            Ahlala qu’elle histoire.

          • @Juliette B: ah oui c’est vrai qu’il faut que j’écoute gigilles gilou que tu m’as confiée j’ai pas oublié, mais je continue d’abord tranquilou ma digestion du livre qui je pense demande à avoir un corps patient d’anaconda et pas un corps de poule qui se précipite.
            cotcot.
            Je dois dire que de finir cette oeuvre d’une vie m’ a fait un drôle d’effet, je ne sais pas encore lequel.
            Pas la béatitude recommandée mais pas loin. Une sorte d’apaisement.
            Comme si j’avais saisi quelque chose que je ne pouvais intellectualiser.
            J’émets pour le moment l’hypothèse que ce livre est circulaire, cette pensée est circulaire , à la fin tu reviens au début et tu peux reprendre à l’infini.

            J’espère que tu le liras tel quel un jour.
            Mais tu fais comme tu veux.

          • qu’elle qu’elle histoire

          • queĺle !

          • @Juliette B: Ouiiii ! Bravo Juliette !!

          • oui rosset dit ca aussi: « l’Éthique est l’un des très rares livres que jai relus sans cesse au long de ma vie ».

            merci pour tes encouragements (sans ironie)

          • @Juliette B: quoique, me disais-je ultérieurement, les poules portent dans leurs estomacs des petits cailloux bien utiles pour transformer les grains en farine.

          • @Juliette B: «

            l’Éthique est l’un des très rares livres que j’ai relus sans cesse au long de ma vie ».

            oui c’est pour la même raison que j’ai décidé désormais de l’emporter partout où j’irai , il me suivra ainsi jusqu’au bord de l’océan.
            Mais pas jusque dedans sinon il va se désintégrer en pâte à papier dégueulasse et je serais obligée de faire une assiette avec, de la peindre avec des petites fleurs tout ça.
            Et de manger dedans.

            Ce qui est tout à fait absurde.

      • @Charles: très pertinent.

    • @Acratie et qui ça intéresse:
      Que pense-t-on de cette fameuse sortie de Villepin au sujet du terrorisme, sur bégaudeau.info?
      http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/ce-que-disait-dominique-de-villepin-sur-letat-islamique-en-septembre-2014/
      J’ai bien aimé l’article de GDL et E. Louis mais il me semble faible voire un peu naïf sur la dimension géopolitique de l’affaire.
      Ceci dit, tout le monde ou presque est faible sur la dimension géopolitique de l’affaire, étant donné qu’il est difficile d’avoir accès aux faits exacts. En effet ne comptons pas trop trop sur nos médias pour enquêter sur la question de savoir qui exactement finance le terrorisme. Ou a financé. Qui a intérêt à entretenir le chaos au Moyen Orient. Ou croyait avoir intérêt. En tous cas il est bien clair que tout cela n’est pas clair.
      Concernant aussi la dimension métaphysique du terrorisme, la remarque de Charles me semble plutôt frappée au coin du bon sens.

      • Et pardon pour la pub au milieu du visage de Villepin (j’ai pas trouvé mieux).

      • @Jeanne: Si, si, c’est clair pour Hollande quand il déclare : « Les attentats ne sont pas à cause de ce que nous faisons, mais à cause de ce que nous sommes ». Facile à comprendre non ?

        • @Acratie:
          Oui.
          Ca me fait penser à Soral qui déclare que nous vivons actuellement sous l’ère de Satan. (Une phrase comme ça, avec Satan dedans). C’est du même acabit.

  3.  » Quel jour sommes-nous? » demande Hasib à la reine des serpents qui pour lui dissèque le calendrier et conclut en case 6:
    – Alors, prenons notre mal en patience.» – libé, bd été, David B., cahier central p.VI –

    on a donc demandé ce midi à l’un de ses kiosquiers préféré d’assurer le coup à partir du 13 en commandant auprès du dépôt au moins un libé pour soi (souvenir d’il y a 3 ans où la quête quotidienne du journal se révéla au fil du séjour très vite casse burnes): illustration de l’expérience qui rend les vieux prudents et organisés?

    • post-détente: http://www.canalplus.fr/c-cinema/c-emissions-cinema-sur-canal/pid6299-toutes-les-emissions-cinema.html?vid=245662
      j’adore (re)voir notre hôte parler à une meuf qui doit pas être trop dégeu et surtout est sous son charme total (car je parie gros que c’est une meuf qui interviewe) mais failli m’étouffer à 5 min 4 -> il y aurait donc eu un temps où la bouche de notre hôte aurait voulu du terme « lâcher prise » ? O-O fuck ma mère,

      • … / Votre livre a été publié en Allemagne et aux États-Unis sans que cela pose de problèmes. Serait-ce plus compliqué en France ?

        Il y a chez vous des critiques de l’islam, je pense notamment au remarquable 2084 : la fin du monde de Boualem Sansal. C’est donc plus lié à un éditeur précis. Mais c’est le début d’une certaine humeur qui pourrait se répandre en France et qui m’effraie. J’aime tellement ce pays que je n’aimerais pas le voir succomber à une autocensure et à des arguments qui expliquent qu’un écrivain a une responsabilité et qu’il doit préserver les susceptibilités. Ça serait une catastrophe pour la qualité du débat intellectuel. Et qui, plus qu’un éditeur, est censé défendre ces débats ? Le livre est l’endroit privilégié pour avoir ces discussions. Si nous n’exprimons pas notre esprit critique, alors nous permettrons à l’extrême droite de monopoliser ces sujets et de se présenter comme la garante de la démocratie et de la liberté d’expression, ce qui n’est évidemment pas vrai. En nous retirant de ces sujets, nous leur offrons cet espace. /…
        http://www.lepoint.fr/societe/hamed-abdel-samad-l-islamisme-est-present-dans-la-naissance-meme-de-l-islam-04-08-2016-2059021_23.php#r_

        • @shash: « 2084 », c’est chiant, pétri de symbolisme à la noix. Ce n’est absolument pas remarquable. Mais l’intellectuel aime les allégories surplombantes. C’est depuis la montagne qu’il parle au peuple.

          • – croisé ces lignes aussi récemment: Pourquoi Jeff Koons est à l’image d’un certain monde de l’art devenu exaspérant http://www.huffingtonpost.fr/pauline-weber/pourquoi-jeff-koons-est-a_b_6254490.html croisé ces lignes aussi

            … / Cependant (je vous arrête tout de suite) ce qui m’exaspère chez Koons, ce n’est pas sa réussite ou sa popularité -je n’en voudrais jamais à personne de briller par son talent- mais c’est cette volonté qu’il a de vider l’art de son discours et ce, sans une once de culpabilité. / …

            vider l’art de son discours

            sans une once de culpabilité

            putain on est pas rendu.

  4. Bonjour Jeanne.

    J’ai regardé la conférence de Bernard Friot. J’ai aimé la variété des discours convoqués : les réflexions théoriques sur la classe ouvrière, les moments de récits autobiographiques, les poèmes qui viennent en appui de l’argumentation ou qui la suscitent.

    Je retiens plusieurs choses :

    – la défense d’une économie marchande non capitaliste et l’exhortation aux retraités, pour qu’ils mettent leurs compétences, non pas au service d’une solidarité inter-générationnelle (thématique capitaliste), mais au service d’entreprises alternatives.

    – tout le discours qu’il tient sur la classe ouvrière qu’on considère comme des perdants de l’Histoire, comme les acteurs d’une résistance vouée à l’échec (« Il faut que je me débarrasse de l’idée que la classe ouvrière a été vaincue »), comme les « idiots utiles » du Capital à travers la création de la sécu. Ces gens qu’effectivement on décrète comme victimes unilatérales et qu’on soutient en tant que « militant du dimanche ». Dès lors, la critique de Bourdieu et de « La distinction » ne surprend pas, même si elle est sommaire (« Bourdieu nous présente les employés dans leur quotidien. Ils sont éperdument dans l’imitation de la culture
    bourgeoise. Les ouvriers, eux, sont dans la sécession, ils pètent et rotent. Donc ou vous imitez vos maîtres ou vous entrez dans l’insignifiance de la sécession ».) J’aurais aimé qu’il approfondisse.

    – l’analyse qu’il fait du statut de la fonction publique d’Etat, défini en 46, qui libère les salariés du chantage à l’emploi, de la subordination à un employeur, n’en fait pas un demandeur. Et effectivement, après, tout le discours bourgeois qui consiste à discréditer cette fonction publique, en disant que le fonctionnaire ne produit pas, mais dépense, parce que cette insubordination est insupportable aux classe dirigeantes.

    Ce discours volontariste fait vraiment du bien, cette pleine et vivante adhésion à la classe ouvrière est roborative. J’ai appris plein de trucs, je ne connaissais pas du tout l’existence d’Ambroise Croizat. Certains passages m’ont semblé plus difficiles, parce que je maîtrise très mal l’économie. Mais dans l’ensemble, c’est limpide, vraiment intéressant, parfois un peu chuchoté (Friot se moque un peu de lui-même, ça désamorce le côté un peu cérémonial, avec le pupitre, notamment).

    • @Jérémy:
      Roborative, oui c’est le mot.
      Merci, Jérémy, pour cette synthèse, et je suis contente que cette conf t’ait intéressé.
      Quand je l’ai vue, je me suis souvenue de toutes les fois où j’avais entendu « Je suis de gauche parce que je suis du côté des faibles, des opprimés », et pour la première fois j’ai compris pourquoi cette profession de foi me chiffonnait.
      Je trouve la pensée de Friot passionnante. Reste que son projet politique, au centre duquel il place le salaire à vie, me laisse perplexe. Je ne sais pas bien quoi en penser. Qu’est-ce qu’il se passerait si nous avions accès à tous les besoins de notre subsistance, mais sans travailler? Que se passerait-il s’il n’y avait plus cette contrainte de travailler pour gagner des sous? Comment remettrions-nous de la discipline, de l’effort, de l’architecture, dans nos emplois du temps? En remettrions-nous?

      • pas encore eu/pris le temps d’écouter Bernard, même en le saucissonnant cependant au

        Qu’est-ce qu’il se passerait si nous avions accès à tous les besoins de notre subsistance, mais sans travailler?

        je répondrais qu’on serait alors dans le coma, en état végétatif de conscience minimum en effet la base je crois, c’est de ne pas entendre le travail que par l’emploi,

        • Bonsoir Shash,
          Que veux-tu dire?

          • @Jeanne: Bonsoir, je relis la question:

            Qu’est-ce qu’il se passerait si nous avions accès à tous les besoins de notre subsistance, mais sans travailler?

            et me demande bien comment on pourrait avoir accès « à tous les besoins de notre subsistance sans travailler » en fait, tu bosses forcément pour,l’idée étant de ne pas qu’exploiter certains pour en épargner d’autres non?

            Pour le coup, relisant cette question, seul qqn dans le coma me semble correspondre à cette façon de dire d’avoir

            accès à tous les besoins de notre subsistance, mais sans travailler?

            voilà Jeanne,

            ps: sans dopage un marathon de 3 heures avec Friot me semble inhumain, si seulement j’étais à Sète http://www.midilibre.fr/2016/08/03/sete-des-milliers-de-litres-de-vin-sur-l-avenue-marechal-juin,1375112.php

      • @Jeanne: Nous travaillerions pour le bien d’entreprises non capitalistes. Et nous aurions plaisir à le faire.

        • @Jérémy:
          Peut-être euh, faudrait voir.

          • @Jeanne: ce site où souvent ça travaille en est pourtant un très bon exemple.

          • Bonjour Juliette,
            Je ne doute pas que l’on puisse travailler sans motivation pécuniaire. Comme par exemple ici, où ça bosse, tu as raison. De fait, les humains ont bien souvent plaisir à travailler. (Dans le cadre d’un emploi et aussi hors de ce cadre, Shash, nous sommes bien d’accord toi et moi pour ne pas confondre le travail avec l’emploi).
            Tout cela est établi.
            Ce qui m’interroge, c’est la propension que nous aurions – ou pas – à introduire par nous-mêmes une part de coercition (une sorte d’auto-coercition) au sein d’un système non coercitif. Je le dis plus concrètement: si je suis factrice, est-ce que je me lèverai tous les matins, vraiment tous les matins, pour aller distribuer le courrier?
            Ca:
            https://www.youtube.com/watch?v=E6-x5lJD8K4
            c’est une discussion entre Friot et Lordon. Où ce dernier avance, face au système de Friot, quelques objections dont l’on ne peut – à mon avis – faire l’économie.

          • @Jeanne:

            si je suis factrice, est-ce que je me lèverai tous les matins, vraiment tous les matins, pour aller distribuer le courrier?

            Si la réponse est « non », alors il faudra trouver une autre solution, organiser autrement la distribution du courrier. Pas sûr que ce soit bien compliqué.

          • @Jeanne: oui c’est une autre et vraie question, dont on a déjà parlé ici autour de cet échange entre Lordon et Friot.
            A l’époque l’exemple que nous avions pris n’était pas celui du facteur mais de la personne chargée de nettoyer les chiottes.
            Cela reste pour moi une question.

            (Ps – rien à voir mais en passant: je regrette beaucoup que ce ne soit pas Friot qui ait été chargé de rédiger la récente notice nécro de Rocard)

          • Friot chargé de rédiger la récente notice nécro de Rocard

            ça donnerait quoi par exemple? on y travaille? pour jouer juste

          • @Jeanne: (désolée je ne peux pas te donner la date ou la page du dis-moi en question parce que je n’ai pas d’ordi ni de wifi ici et la recherche avec mon smartphone est trop merdique.)

          • @shash: j’aime bien jouer mais là je dois déclarer forfait devant l’ampleurde la tâche slash.
            Friot dans sa conference explique comment à chaque fois qu’il s’en ait mélé, Rocard, homme de droite se déclarant à gauche, a joué les fossoyeurs de la sécu en s’en prétendant le sauveur. Comme la droite l’a toujours fait.

          • Ce putain de smartphone corrige shash en slash ! Sorry ☺

          • Manuel Valls: Je me suis engagé en politique par et pour Michel Rocard qui représentait
            la modernisation de la gauche et l’exigence de dire la vérité. Il avait dit en 1978 qu’il n’y avait pas de fatalité à l’échec de la gauche.

          • @Juliette:

            je regrette beaucoup que ce ne soit pas Friot qui ait été chargé de rédiger la récente notice nécro de Rocard

            Ah oui, ça aurait eu de la gueule!

          • Si la réponse est « non », alors il faudra trouver une autre solution, organiser autrement la distribution du courrier. Pas sûr que ce soit bien compliqué.

            Ca c’est de l’optimisme, Acratie!
            Mais Juliette m’apprends que j’arrive après la bataille: vous avez déjà parlé de tout cela. Mince alors.

          • @shash: trop forte

          • @Jeanne: Ni optimiste ni l’inverse, c’est juste pour situer le débat sur le salaire universel dans le cadre d’un changement radical des rapports sociaux et des rapports de production.
            Pas encore écouté le débat Friot Lordon que tu as posté, je vais le faire.

          • @Jeanne: nous n’avions pas réglé la question que tu te poses et que je me pose encore, loin de là.
            Il me semble d’ailleurs que friot n’y répond pas dans la video malgré l’adresse de lordon

          • @Juliette:

            Il me semble d’ailleurs que friot n’y répond pas dans la video malgré l’adresse de lordon

            répond pas beaucoup en effet.

    • je viens de terminer l’écoute. Bien intéressée aussi mais frappée par les limites ouvrieristes du discours de Friot et son instrumentalisation des sociologues cités (par ex quand il reduit avec meconnaissance La distinction à ce qu’il en dit – non sans condescendance d’ailleurs – et surtout transforme, malhonnetement a mes yeux, des observations sociologiques empiriques en assignations d’une essence ou d’un destin).
      Son discours sur la victoire ouvrière revolutionaire en action tient largement du magique. Ou alors il faudrait qu’il nous dise en quel endroit elle s’illustre aujourd’hui.

      Pour le reste ses mises au point sur la fonction publique, la solidarité, le benevolat, la secu, le salariat me paraissent encore et toujours salutaires.

  5. donc là, je compagnonne de nouveau avec Maylis,
    dans son tangente vers l’est, pas vraiment de lignes avec des images littéraires fabriquées comme chez echenoz dans Ravel et son jardin à trois côtés dont je sors à peine mais je déteste pas y retrouver sa touche contemplative et sensuelle, doucement charnelle comme ici, dans une scène qui a lieu en première, dans un compartiment du dit-mythique transsibérien:

    … / Le jeune homme dort devant elle, à moins d’un mètre. Sa chemise et son tee-shirt relevés hors de son treillis laissent apparaître une zone de peau très blanche, hanche et ventre mêmement secs, les os qui pointent et l’abdomen qui creuse sous le thorax absolument imberbe, elle découvre un tatouage à l’amorce de l’aine, quelque chose d’estompé, un visage de femme et des lettres cyrilliques, peut-être la Vierge, peut-être une prière, et maintenant, lancée dans une archéologie des traces, elle recueille les ongles rongés aux pourtours déchirés de peaux mortes, le duvet cendré au-dessus de la lèvre supérieure, les petites scarifications à l’intérieur des bras, la chaîne autour du coup* et le médaillon en pendentif. Peu à peu, elle s’accommode de cette vie étrangère, là, éprouve son impact, sa masse et sa température interne, le flux ralenti de son sang, le fléchissement de ses muscles, l’étoffe rêche de son treillis et le coton bon marché de ses vêtements militaires, sa ceinture de cuir noir, et touche enfin la stratigraphie invisible qui compose tout corps, tout geste, tout sentiment: ce jeune soldat lui aussi incarne le pays, c’est une archive des guerres de Russie – « la patrie notre mère, la guerre notre belle-mère », Anton lui avait appris ce dicton un soir où ils avaient bu de la vodka glacée et fumé du haschich sur le toit d’un immeuble du boulevard Raspail, après quoi il avait conclu, irrésistible, l’index vrillant contre sa tempe, tu vois un peu le pays de dingues? Tu vois un peu les gros malades?
    D’instinct, Hélène se recule, s’avise que c’est aussi un corps à sa merci. /…

    – p. 65, 66, 67, verticales collection minimales, ed. Gallimard janv. 2012 –

    archéologie des traces / … / stratigraphie invisible/ …

    un homme comme un territoire, on aime,

    aurais peut-être évité de doubler le mot treillis, avec … / l’étoffe rêche de son treillis et le coton bon marché de ses vêtements militaires / … on y était bien déjà,
    (* un des précédents lecteurs a marqué cette phôte de frappe d’une croix et d’un soulignage que je lis nerveux, ça m’a quelque peu distraite de ma lecture puis moins)

    – pour le plaisir, fondation facim: Maylis de Kerangal Jean Echenoz, Miguel Bonnefoy à Cha https://www.youtube.com/watch?v=k7oDiwa8HRw

    • oublié de,
      avec … / l’étoffe rêche de son treillis et le coton bon marché de ses vêtements militaires / … on y était bien déjà,

  6. fou comme le carnaval prend moins à Rouen qu’à Dunkerque, une histoire de harengs sans doute http://s2.lemde.fr/image/2016/08/02/534×0/4977638_6_9448_sous-la-pluie-des-gens-attendent-devant-la_17a20bccfe6a39632e5d4e0c4e11d8a6.jpg

    • – conférence gesticulée de claire caron: comment j’ai retrouvé le sens de l’orientation https://www.youtube.com/watch?v=tM3CM1NovpI

      • souvent touchante claire caron, aisément partageuse d’injonctions et outils précis avec lesquels on compose dans les coulisses des métiers du conseil et de l’accompagnement à l’orientation, la formation, la reconversion, l’insertion (mention spéciale pour les nomenclatures et mutations constantes des noms de métiers en titre de fiches de postes par exemple) et elle livre plutôt frontalement à son public qu’il faut bien en vivre de ces métiers y compris quand on pense qu’on en connaît bien, comprend bien, les limites.
        Sa conf/prestation est rythmée, maintient l’intérêt sans trop en faire, on aime plutôt
        après, eu un peu de mal à composer avec le passage-rencontre avec un jeune qui lui a donné envie de continuer (illustré par le titre je te donne de jjg) qui apparaît assez comparable à la vocation qu’elle moque plutôt adroitement, du mal à composer avec donc et ce, jusqu’à ce qu’elle s’amuse des citations-hommages – dit-elle malicieuse – à son métier de phil cath, orelsan, black m dans les chansons desquels elle accepte et accuse réception du rôle de tampon-aide à avaler la pilule, du rôle de chef de gare à employeurs qu’elle y tiendrait,

        alors quoi? diffuser des faits qui attestent chaque jour de la privatisation, la marchandisation de l’éducation, l’instruction et des obligations à faire des choix d’orientation via des passerelles aux débouchés pipés lui permet quoi? de rester quelque peu dans le rôle social qu’elle s’est choisi, celui d’aider à faire des choix en relative autonomie – style-genre maintenant que vous savez c’est vous qui voyez –? un peu gênée par ailleurs j’avoue de l’emploi à contresens un peu facile du ‘j’vous rassure’ des informeurs-préveneurs-préconisateurs en mode lancement d’alerte.

        on aime le motif musique intérieure ainsi que celui des divers cadences et pas de danse qui lui permettent de flotter plus ou moins bien dans l’exercice de sa profession, un peu moins les quelques assertions qui frisent l’affect réac comme vis à vis de tous les jeunes qui, pour preuve cette fille reçue en entretien, voudraient tous être artistes ou lorsqu’elle note la franche imbécillité d’un animateur d’nrj qu’elle entend dire à une jeune qui serait en décrochage scolaire qu’elle doit faire ce qu’elle a envie de faire, malgré ce qu’en disent ses parents.

        • et puis quand même si, claire dans sa conf, elle parle aussi du montage d’entreprise, de la structure qu’on choisit pour une boîte, elle diffuse, informe avec les autres membres de la scop le pavé si je pige bien, comment eux fonctionnent (ateliers pour des collégiens/conf)  ‘si l’un de nous part ou disparaît, l’activité peut toujours tourner’ autrement dit, les outils de production (contenus, matériel audio-son-informatique-lumières par exemple sont toujours mis en commun et propriété de la structure coopérative) on imagine une charte de participation/activité ouverte avec thèmes de conf et intervenants qui s’éprouvent devant la communauté puis assez vite en allant, en tournant, en se produisant, en échangeant avec les auditeurs-spectateurs témoins que ça a bien lieu,

          – le passage sur le medef et autre feu-cnpf qui a ses entrées à l’e.n. et y distille volontiers l’esprit d’entreprise capitaliste-spéculatif ne déplairait par exemple point à l’équipe des économistes atterrés il me semble,

  7. http://i.huffpost.com/gen/1389787/images/o-STATUE-ZIDANE-facebook.jpg
    et de cette oeuvre, il pourrait en dire quoi francky?

    • ce que dit Adel de son coup de tête en bronze
      … / Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’immortaliser ce coup de tête donné il y a dix ans ?
      Adel Abdessemed : À ma connaissance, ce coup de tête est le seul événement qui a fait arrêter pendant quelques secondes les battements de coeur de 2,5 milliards de personnes. On peut trouver de l’humanité dans les sombres temps, n’est-ce pas ? Ce coup de tête, c’est un anti-monument, il ne célèbre pas une victoire, quelque chose de glorieux. Je ne parle pas d’un héros. Moi, les hooligans, les transactions, l’argent, le foot, ça ne m’intéresse pas. Cette oeuvre, c’est tout à fait autre chose.

      Que faisiez-vous le soir du 9 juillet 2006, quand est intervenu ce fait de jeu en finale de la coupe du monde de football ?
      Adel Abdessemed : J’étais à Paris, on avait emprunté avec un ami une télévision, car je n’ai pas la télé. Le coup de tête a été un choc, il a traversé l’écran. C’est comme ça que je l’ai ressenti. Ce soir-là, il y avait des enfants qui ont regardé ça à la télé. L’enfance, c’est l’innocence, on ne triche pas…

      En quoi c’est important pour vous d’exposer dans le musée créé en 2000 par Yvon Lambert ?
      Adel Abdessemed : C’est un honneur. Yvon Lambert est devenu un ami, il est magnifique. Je le compare souvent à Daniel Kahnweiler (le marchand d’art qui a soutenu les plus grands artistes modernes au début du XXe siècle). Yvon est le Kahnweiler français !

      Du 6 au 24 juillet, vous exposez à l’Église des Célestins pour le 70e Festival d’Avignon ? Vous allez revisiter les tragédies contemporaines ?
      Adel Abdessemed : Mes bas-reliefs (de la pendaison de Saddam Hussein à l’exécution de Ceaucescu, ndlr) disent qu’il y a toujours des choses mal digérées qui remontent à la surface /… (Fabien Bonnieux/laprovence.com)

    • il pourrait en dire quoi francky?

      – ça c’est un coup de l’everton football club, s’incliner devant les portugais aux tirs au but, ça peut pas passer, les 500000 livres ça a servi à financer l’art contemporain les gars, à 8€ la livre en gros pour l’alliage cuivre/étain tu fais tes calculs et tu trouves leur participation à la statue d’Abdessemed d’ailleurs, où on retrouve yvon lambert en 2008? à Rome, villa médicis, comme par hasard.

    • @shash: Ce serait bien si, au lieu de décorer le jardin de monsieur François Pinault, cette statue de Zidane et Materazzi commémorait l’évènement dans un lieu public non ? C’est la supercherie du truc je crois : nommer art contemporain une statue de commémoration et qu’elle devienne objet de spéculation. Perso j’avais adoré ce grand moment de foot et les jours, les semaines qui avaient suivi. Je regrettais juste qu’il n’y ait pas école à ce moment-là, parce que c’était un gros sujet pour les mômes.

  8. Comment trouves-tu le style, l’écriture de Marguerite Yourcenar?

  9. Vu Hadewijch de Dumont, je crois que certains en avaient discuté ici il y a quelques mois de cela. Film très troublant, très beau mais très sec aussi (un peu trop peut-être, ce qui le rend mal aimable, difficile à accueillir). Parfois un peu bancal, comme dans les scènes chez les parents bourgeois, assez ratées car restant dans le cliché sans rien travailler, mais arrivant d’autres fois à capter la grâce chez son héroïne et son sauveur (superbe dernière scène). Me fait beaucoup penser à Bernanos, surtout au journal de curé de campagne. Evidemment, c’est moins bavard, moins dialogué mais on retrouve cette même question incessante de la grâce et cette idée qu’une trop grande foi cache une vanité de soi. Bernanos est plus lyrique car il n’a pas les mêmes armes mais Dumont, sur son terrain, arrive à montrer ce que la littérature ne peut faire : le besoin d’un corps d’être pris, enlacé, pour pouvoir être sauvé. « Toi t’as besoin d’amour », dit un personnage à Hadewijch qui ne croit pas si bien dire. Dumont filme un corps en tension, qui veut manu militari accéder à la grâce pour sans doute se débarrasser de son corps, jusqu’à ce que ce dernier soit se relâche et soit définitivement sauvé. C’est beau mais c’est très lent et assez raide.

    • – page wonder, begaudeau/durand: ambiance usine, on se souvient du doc audio wonder dans lequel cette femme qui dit bien qu’elle n’y retournera pas dit aussi comment elles y sont sales en permanence
      quant à la blouse grise, le contremaître, on pourrait le retrouver comme adjoint d’un proviseur par exemple, bien soucieux des empêchements au rendement (au déroulé d’un cours magistral) produits par les salariées (ce pourrait aussi bien être des élèves) qui ne se plient pas en silence aux cadences rêvées,

  10. François, je reviens sur ton analyse concernant le propos de Lepage. J’ai réécouté sa conférence et, comme tu le dis, son discours achoppe notamment sur la question du Beau. Il prétend qu’on ne peut expulser la question du Beau. Mais la présentant comme une évidence, il ne l’interroge pas. A ne pas le questionner, ce Beau, on le présente comme une transcendance, un arrière-monde auquel on n’aurait pas accès. Il s’agirait juste de le recevoir comme une preuve irréfutable de lui-même. Et tout cela est effectivement platonicien, me paraît aussi relié à une méconnaissance de tout le discours qui a mis en crise la notion d’auteur et dont les analyses structurales se sont notamment fait l’écho. Ça me trouble qu’un démocrate comme Lepage se désole que « le regardeur crée l’œuvre d’art ». Il assimile totalement la beauté à celui qui la produit. Il devrait se féliciter qu’une réception advienne et qu’elle ait été actée par la naissance d’une critique qu’il évacue par une blague poujadiste : « le rôle d’un critique d’art, c’est de se persuader de ce qu’il raconte. ». C’est : j’évacue le sujet par la dérision pour ne pas montrer qu’il me dépasse.

    Pour ce qui est de la dissociation entre le périmètre esthétique et la critique sociale, il me semble que tu l’avais déjà évoquée au sujet de La Gasnerie, en mentionnant ses lectures (à vérifier). A quoi attribues-tu cette dissociation qu’on observe, à quelques exceptions près (Ranciere, par exemple) ?

    • @Jérémy:

      Bonjour Jérémy,

      Crois-tu vraiment que Lepage, dans cette conférence gesticulée, « assimile totalement la beauté à celui qui la produit »? Pour ma part non.
      Je ne crois pas non plus qu’il ne questionne pas le beau. Et je ne comprend pas bien ce que tu dis là:
      « Il prétend qu’on ne peut expulser la question du Beau. Mais la présentant comme une évidence, il ne l’interroge pas. A ne pas le questionner, ce Beau, on le présente comme une transcendance »[…]
      Lepage présenterait donc la question du beau comme une évidence? Qu’est-ce que c’est, une question évidente?
      Pardon d’avoir l’air de pinailler, mais il paraît que Dieu est dans les détails.

      Moi ce que j’ai compris, c’est que pour lui l’art est traversé par la question du beau. (Ce qui est distinct de: l’art cherche le beau). (Parfaitement distinct).
      L’art serait traversé par la question du beau.
      Et ceux qui prétendraient l’évacuer, cette question, ceux qui la videraient de sa substance, ceux qui la tourneraient en ridicule, ceux qui raconteraient qu’ils s’en passent, s’en tapent le coquillard, la laissent aux réac’, se tromperaient (et/ou tromperaient autrui).

      C’est ce que j’ai compris. Et qui m’intéresse.
      Bonne journée.

      • @Jeanne:

        Bonjour Jeanne.

        Le sous-bassement réac’ de la pensée de Lepage, ici, ce serait qu’il y ait une escroquerie inhérente à l’art contemporain : elle consisterait à faire basculer le sens du côté du récepteur. C’est au -delà du beau, en fait, c’est une question de sens. Comme s’il y avait eu une épiphanie de la création où la question du sens ne se serait pas posée, où une création pleinement accomplie n’aurait même pas nécessité qu’on s’interroge sur les récepteurs. Or, cette interrogation sur le sens est inhérente à l’art, elle est consubstantielle à la création artistique, je suis complètement d’accord avec ce que dit François de ce point de vue. Pour ce qui est du beau, jamais Lepage n’en considère la relativité, ce qui est quand même un préalable, il le pose comme un absolu. A partir de là, tout le propos est complètement faussé et simplifié.

        Quant à la « question évidente », c’est effectivement le paradoxe de son propos. « On ne peut pas expulser la question du Beau » assène-t-il. On a envie de lui dire : bah, envisage-là vraiment comme une question, explore le truc, plutôt que de dérouler des catégories platoniciennes : le Beau, le Vrai, le Juste (comme s’il s’agissait de la seule manière d’envisager la philosophie). Il me semble qu’il y a vraiment une logique qui part de cette vision transcendantale et qui aboutit à la disqualification des récepteurs, pauvres petites choses que nous sommes, piégées par les apparences du monde sensible. Parce que discours de Lepage brosse aussi le portrait d’un destinataire-gogo qu’on endort avec des paroles lénifiantes -« laissez-vous imprégner ». Ce n’est pas unilatéralement vrai.

        Je me hasarde peut-être, mais son discours sur la CIA me paraît relever de la même logique. Vous ne voyez donc pas que se trame, sur le terrain, de l’art une manipulation politique qui vous échappe ? Je n’aime pas, du coup, la posture dans laquelle ce présupposé hautement contestable le place vis-à-vis de ceux à qui il s’adresse et qui sont dans la salle. Question comique, c’est mécaniquement drôle, mais en la revoyant, cette intervention me met mal à l’aise.

        • @Jérémy:
          Il y a beaucoup de choses dans ce que tu dis.
          Pour avancer dans le débat, resserrons-le.

          « On a envie de lui dire : bah, envisage-la vraiment comme une question, explore le truc, plutôt que de dérouler des catégories platoniciennes : Le Beau, le Vrai, le Juste. »

          Je suis d’accord avec toi pour dire que Lepage, dans cette conférence, n’ « explore pas le truc ». J’irai même plus loin : peut-être ne l’a-t-il pas exploré pour lui-même, en son for intérieur.
          Il faut dire que c’est un truc assez difficile à explorer. Le beau ne serait pas toujours beau ? Et le laid pas toujours laid ? Alors par exemple une femme belle, en fait elle ne serait belle que relativement ? Et mon grand-père dont le cadavre est putréfié sous la terre, laid (ou son cadavre) mais pas forcément ? Et Machin qui est laid, en fait il rayonne ? Etcetera etcetera. Bon. Ca nous emmène dans des arcanes. Explorables, à explorer, mais avec des bonnes chaussures et une lampe frontale. Et cela Lepage ne le fait pas.

          Pour autant, est-ce que ce manque disqualifie son propos ?
          Non je ne crois pas.
          L’art contemporain (ou ce qui s’estampille tel) ne pose pas que : Attention aux catégories platoniciennes car en fait le beau n’est pas un absolu.
          Il prétend s’affranchir de la question du beau.
          Ce n’est pas pareil.

          Imagine.
          Je marche dans la rue et je croise Elephant Man. Je m’en éprouve un peu choquée. Car je suis traversée par la question du beau.
          Je discute avec un ami et là je trouve qu’il a une manière particulièrement intéressante, élégante, belle, de me contredire. Je suis charmée. Car je suis traversée par la question du beau.
          Je suis en vacances dans la montagne et je suis contente. C’est con, mais ce paysage eh bien je le trouve vachement beau. Car je suis traversée par la question du beau.
          Là-dessus je décide d’aller voir dans la capitale culturelle du coin une expo d’art contemporain. Et alors soudainement il ne se passe plus rien du côté du beau. En effet l’art contemporain se fiche du beau, et donc moi aussi.
          C’est bizarre, non ?

          • Que la question du beau reste ouverte et se pose tous les jours pour chacun de nous, à toutes occasions, c’est établi.
            Le problème n’est pas là. Le problème est : en art, et seulement en art, de quelle utilité cette notion nous est-elle?
            Je ne veux pas trancher, mais j’ai deux certitudes:
            -en littérature elle est inapte à rendre compte de quoi que ce soit (si ce n’est peut-etre de phénomènes marginaux, l’harmonie d’un vers par exemple)
            -en musique, en cinéma, en peinture, où la notion de beau peut se conserver à peu près, le mot ne va pas me faire aller très loin. T’as dit beau, t’as (presque) rien dit.

          • que Lepage croie que l’art est travaillé par la question du beau prouve une nouvelle fois qu’il ne le pratique pas
            (l’entend-on jamais mentionner une oeuvre esthétique dans ses nombreuses allocutions?)
            il a vaguement appris ça en terminale, quoi
            comme son platonisme de profil d’une oeuvre

          • @François:
            « Quand t’as dit beau t’as (presque) rien dit. »

            Oui c’est vrai. (Et ça me rappelle ce texte bien drôle de Nathalie Sarraute, « C’est beau », où un couple de parents s’extasient devant des tableaux tout en s’inquiétant de ce que leur fils ado pense de ce manège).
            A un moment – entre 1990 et 2010 – on a dit fort. Tu as aimé le film? Oui, c’est fort. Après on a dit puissant. Après on l’a dit encore mais au second degré.
            Tout cela ne veut rien dire.

            Et pourtant il est bien vrai (je crois) qu’une oeuvre charrie ou essaie de charrier des puissances. Peut-être que tu dirais aussi: des intensités. Qui peuvent être (me semble-t-il) de l’ordre du beau, du juste (dans le sens de sonner juste: tel dialogue sonne juste), du vrai (bien vu, crédible, aux prises avec un morceau de réel), du comique, de la rigueur, de la finesse, du courage, de la virtuosité, la liste est infinie.

            J’ai l’impression que ce que Lepage pointe, c’est une tendance de l’art-contemporain à vouloir s’affranchir non pas seulement de la catégorie du beau (et donc du laid) mais de toutes ces catégories.
            Par exemple si je fais un concert silencieux, si je fais un concert mais sans faire de concert, alors ça va être assez difficile de juger de ma virtuosité. A défaut, l’on s’essaiera peut-être à juger de ma démarche (pas d’oeuvre mais une démarche, ou : l’oeuvre est la démarche). Mais là on se heurtera aussi à un problème: ma démarche n’est pas tout à fait ma démarche, elle ne vient pas seule mais accompagnée d’un discours (dans le cas de John Cage: « pas de musique, pas de pensée, pas de sentiment »…).
            Donc pas de possibilité de porter sur l’oeuvre un jugement esthétique, pas de possibilité de penser (on l’a déjà fait pour moi) la démarche, en gros j’ai plus qu’à fermer ma gueule.

            C’est cela qui est embêtant, et c’est pour cela que Lepage emploie le mot de totalitarisme.
            Non?

          • @Jeanne: Je m’immisce dans votre intéressante conversation. Le problème n’est-il pas aussi parler d' »art contemporain » comme d’un bloc, d’une unité? De Jeff Koons à Kiefer en passant par Viola et Bourgeois, on rassemble un peu abusivement des oeuvres très différentes, des démarches presque antagonistes. Par conséquent, faire la critique de l’art contemporain de manière générale me semble très hasardeux. Certes, on peut repérer des motifs, des idées un peu communes mais à mon sens ça ne suffit à rendre compte de manière de la réception des oeuvres.
            Je pense également qu’on doit se débarrasser de la question du Beau, ce terme ne nous permettant pas d’aller très loin. Ce que j’attends d’une oeuvre ce n’est pas de la beauté, terme indéfinissable si ce n’est de façon très restrictive (beau = harmonie) mais qu’elle me change un peu, qu’elle perturbe mon regard, ce qu’on peut appeler de l’intensité. Une oeuvre doit à mon sens questionner notre représentation, de telle sorte que nous sentions enrichis par elle. C’est une puissance d’augmentation.

          • Quand t’as dit beau t’as (presque) rien dit.

            cru entendre isabelle dire oui comme bowie

          • @Jeanne: Nous sommes d’accord, on ne résoudra pas cette question du beau -si on considère le domaine artistique, en effet- et ce n’est pas bien grave. Je me disais aussi que l’injonction à la beauté dans l’art a aussi été l’apanage de certains régimes politiques, sur la base de codifications préalables : si tu considères que le classicisme correspond aussi à une reprise en main monarchique de la France après la Fronde, tu ne t’étonnes pas que d’un seul coup on se mettre à parler d’ordre et d’harmonie. Le pouvoir essaie de contrôler l’art, ce qui n’empêche pas certains artistes de contourner subrepticement à l’intérieur du cadre (je pense, entre autres, à une pièce de Molière que j’aime beaucoup, « Georges Dandin »). Ca s’est toujours passé comme ça, d’ailleurs, on pourrait trouver quantité d’exemples.

            Je ne crois pas non plus que le mélange du sublime et de grotesque chez Hugo soit travaillé par la question de la beauté, plutôt par une volonté de casser les codes classiques et de réinterroger l’écriture théâtrale. On voit bien que si on en reste à ce mot, on évoque une forme de sidération et qu’on est obligé, lorsqu’on commence à creuser, par déterminer des catégories plus précises qui renvoient à la composition d’une oeuvre. De toute façon, au bout d’un moment, lorsqu’on veut commencer à produire de la critique, il faut s’extraire d’une émotion préalable.

            Moi je dirais que la question de la beauté, lorsqu’elle intervient dans le jugement artistique, ne peut s’exprimer que sur le mode de la subjectivité – ce qui est un propos très banal, j’en conviens- et permettre de parler de soi, en creux (ce qui est une bonne nouvelle). Surtout, ce qui m’intéresse plus, c’est qu’on laisse totalement un récepteur s’investir dans son rapport à l’oeuvre (s’il le désire). Il ne faut surtout pas priver le destinataire de ce rapport, en cherchant à éduquer son regard. C’est surtout ça qui me chagrine : c’est qu’ayant posé la beauté comme un préalable, déclinée selon des modalités admises (l’adéquation d’une forme et d’un contenu, par exemple), des autorités établies cherchent à former un oeil, puisqu’on le suppose à initier. Par exemple, Onfray, dans une conférence, tient ce discours. Et tant d’autres qui s’imaginent avoir trouvé la clef du Beau.

          • @Charles:

            « Une oeuvre doit à mon sens questionner notre représentation, de telle sorte que nous sentions enrichis par elle. C’est une puissance d’augmentation. »

            « De telle sorte que nous nous sentions enrichis par elle » : oui, totalement. « C’est puissance d’augmentation » : tout à fait. Ca correspond bien, à mon avis, à l’expérience vécue.

            En revanche, « une oeuvre doit… » : pourquoi faudrait-il lui assigner une mission ? « Questionner notre représentation » : est-ce que ça ne restreint pas la perspective ? Est-ce que toutes les oeuvres que tu vois questionnent ta représentation ?

          • @Charles: pardon, « oeuvres que tu vois, lis, entends… »

          • @Charles: Est-ce qu’on va toujours voir une oeuvre pour être interrogé ? On peut parler de disposition du récepteur. Qui l’incline aussi à choisir ce qu’il va regarder, lire, écouter.

          • @Charles: mais pardon, j’ai généralisé, tu parlais de ton expérience.

          • Bonsoir Charles,

            Le problème n’est-il pas aussi parler d’ « art contemporain » comme d’un bloc, d’une unité?

            Oui j’accepte la critique. Pas très bien, de parler par généralités. Dans les parages on le sait, on le répète, et c’est vrai. Toutefois si je te suis très exactement sur ce chemin, eh bien la réflexion s’arrête. Puisque son objet – l’art contemporain – se dissout. Il est bien vrai qu’à un moment, si l’on veut penser l’art contemporain dans son ensemble il faut le réduire à sa généralité. L’on n’y coupe pas. Gros dilemme pour des gens comme nous aussi soucieux de ne pas penser hors-sol. Et bon ben voilà. Gros gros dilemme. Qu’il faut trancher.

            Ce que j’attends d’une oeuvre ce n’est pas de la beauté, terme indéfinissable si ce n’est de façon très restrictive (beau = harmonie) mais qu’elle me change un peu, qu’elle perturbe mon regard, ce qu’on peut appeler de l’intensité. Une oeuvre doit à mon sens questionner notre représentation, de telle sorte que nous sentions enrichis par elle. C’est une puissance d’augmentation.

            Oui je peux reprendre cela aussi à mon compte. Et du moment que tu as cette exigence-là (ou une autre, comme dit Jérémy, l’on peut aussi en avoir d’autres) à l’égard de l’art contemporain, du moment que tu attends quelque chose au lieu de juste gober, du moment que tu peux, au vu de cette attente, le juger, alors ça me va.

            (Je ne sais pas si je suis claire, j’essaie de poursuivre ce que je disais un peu plus haut).

          • art contemporain pas qu’un bloc, qu’une unité

            à propos, pas que chiante à écouter l’Aude de Kerros que cite Francky sur l’art caché (postée le jour où la promenade des anglais s’est fait rouler)
            http://www.dailymotion.com/video/x9e66a_aude-de-kerros-l-art-cache-1-de-4_creation
            en particulier dans les 3 et 4 je me rappelle http://www.dailymotion.com/video/x9e7fa_aude-de-kerros-l-art-cache-3-de-4_creation
            http://www.dailymotion.com/video/x9e7to_aude-de-kerros-l-art-cache-4-de-4_creation

            ça peut filer du grain à moudre,

          • Bonsoir Jérémy,

            On voit bien que si on en reste à ce mot (beauté), on évoque une forme de sidération et qu’on est obligé, lorsqu’on commence à creuser, par déterminer des catégories plus précises qui renvoient à la composition d’une oeuvre.

            Sidération. Mais oui. (Même si bon ben depuis quelque temps je fais une petite allergie à ce mot, et surtout à la constance avec laquelle d’aucuns l’employèrent pour parler aussi bien des attentats que du Brexit pof pof pouf enfin bref c’est un autre sujet). Ce mot ici convient. Et en effet, pour sortir de cette ornière il faut atteindre à de la précision, il faut décliner d’autres catégories, il faut pénétrer dans la fabrication de l’oeuvre et pour la décrire.

            Surtout, ce qui m’intéresse plus, c’est qu’on laisse totalement un récepteur s’investir dans son rapport à l’oeuvre (s’il le désire). Il ne faut surtout pas priver le destinataire de ce rapport, en cherchant à éduquer son regard.

            Oui tu prêches une convaincue.
            Mais écoute bien ce que tu dis. Tu emploies le mot rapport. Rapport à l’oeuvre. Pour qu’il y ait rapport, il faut qu’il y ait deux entités. Par exemple ici une oeuvre et celui qui l’envisage. J’écris un livre, je tente quelque chose, et le lecteur s’en saisit, en fait quelque chose. Du coup l’on n’est pas obligé de prendre au pied de la lettre le « C’est le regardeur qui fait le tableau » (de Duchamps). Il a dit ça comme ça, le pauvre. Il cherchait une formule. Si l’on n’a pas besoin de formules, si l’on veut au contraire sortir des formules, pour juste dire ce qui est, alors l’on peut se suffire de: C’est le peintre et le regardeur qui font le tableau.
            Et ça ce n’est pas un projet démocratique, ou artistique, ou les deux, c’est juste vrai, c’est juste comme ça que ça se passe, à tous les coups.

            Je me souviens d’un couple de comédien venu faire un spectacle au milieu des rayons d’une médiathèque. Sauf que le spectacle, en fait ce n’était pas eux qui le faisaient. Ils avaient monté une tente, le public pouvait y pénétrer, et là ce public se voyait proposer de prendre la parole pour raconter l’un de leurs fous rires. Eh bien crois-moi ou pas, c’était assez chiant, comme spectacle. Ennuyeux, banal, vaguement ridicule et merveilleusement convivial.
            Et après, en réunion bilan, les comédiens purent expliquer que C’est-très-intéressant-comme-démarche-en-fait-c’est-assez-émouvant-parce que-les-gens-eh ben-ils-prennent-la-parole-si-tu-veux-et-ça-c’est-assez-intéressant-et-puis-alors-il-y-a-aussi-des-gens-timides-qui-ne-veulent-pas-alors-je-veux-dire-ça-veut-dire-quelquechose-aussi-et-c’est-assez-intéressant
            En fait cela m’avait surtout paru, de la part de deux comédiens bourges venus gagner des sous dans une médiathèque de banlieue donc fréquentée par des pauvres qu’il faut aider à prendre confiance en eux,
            hyper
            hyper condescendant.

            (Pardon, j’ai trop parlé).

          • @Jérémy:
            Ca:
            https://www.youtube.com/watch?v=ZuZz9NSOh10
            c’est pour si ça t’intéresse.
            La conférence gesticulée de Bernard Friot. J’y pense au sujet de la condescendance. Friot raconte son parcours depuis son appartenance à la classe prolétaire (paysanne) jusqu’à ce qu’il nomme son admiration pour elle, ceci en passant par la case condescendance. Bien sûr il nous conte aussi toutes ses marottes (comme je les aime): le régime général de la sécu comme outil révolutionnaire, tout ça.

          • @Jeanne: bonsoir Jeanne. Donc, les deux comédiens, c’était du fake. S’ils avaient été si démocratiques, ils auraient continué à laisser parler les gens plutôt que de récupérer leur dispositif par un discours.

          • @Jeanne: merci pour la conf’ de Friot, je vais regarder

          • @Jeanne: Pourquoi vouloir penser l’art contemporain si cette expression n’a pas de sens, d’un point de vue esthétique? On ne peut pas penser des phénomènes fourre-tout. C’est un peu comme si tu disais « ok la Génération Bataclan est une expression vaseuse qui ne recouvre pas grand-chose mais faut quand même le penser ». Bah non. On ne peut penser que des choses précises.

          • @Jérémy:Tu as raison Jérémy, le « doit » est de trop. L’art n’a aucune obligation, ce que je disais relevait des attentes que j’ai sur une oeuvre.

          • @Jeanne@charles: Si déjà on voulait bien penser l’art contemporain en tant qu’art, ce serait déjà un progrès, art polymorphe, soit, plutôt que « fourre-tout », mais sur lequel on peut se pencher avec, au moins, un minimum de curiosité et de confiance.

        • @Jérémy: Je m’invite dans la conversation par

          question comique, c’est mécaniquement drôle

          Exactement. C’est mécanique et on rit, on aime. C’est pourquoi il serait peut-être plus juste que, sans déchoir, Lepage se présente comme amuseur plutôt que conférencier. Cette mécanique, qui ne me gêne pas dans sa conf Incultures 1, me gêne tout au long d’une autre conf, celle sur l’éducation, parce qu’on ne voit plus qu’elle partout à l’oeuvre lorsqu’on connait un peu le sujet, traité de façon quasi univoque du point de vue de l’extrême-gauche trotskiste. On rit moins.

          Comique ou pas, je crois que Lepage aime ce qui est mécanique : un peintre, un sculpteur produisent des oeuvres qui doivent être appréciées par le regard ; un musicien produit une oeuvre qui doit être appréciée par l’ouïe. Les sens dont nous sommes tous dotés définiraient le beau, le goût. Comme une salle entière est capable de rire mécaniquement au même spectacle, une foule de spectateurs ou d’auditeurs serait capable de juger mécaniquement de ce qui est beau ou laid et le jugement du goût serait universel. C’est exactement contre cette universalité, cette mécanique dite rétinienne, que Duchamp a travaillé. S’il a fait du regardeur un faiseur d’oeuvre, c’est en lui proposant Fontaine, un urinoir, c’est en lui posant une question sur le regard du regardeur et le statut de l’oeuvre. En 1917. Faut imaginer le truc quand même. Du coup, Jeanne, il n’a pas « dit ça comme ça », pas le genre à lancer des trucs au hasard le Marcel, trop conscient de sa postérité.

          Mais par sa démonstration comique toute-puissante, Lepage met tout le monde d’accord :
          un concert de John Cage fait de silence est une belle arnaque, citations à l’appui. Alors qu’on peut évidemment trouver des écrits de John Cage sur l’écoute du silence qui mériteraient un peu plus d’intérêt, ne serait-ce que pour les insomniaques, « si dans le silence un bruit te gêne, écoute-le » ;
          le « tas de fringues » de Boltansky au Grand Palais est vide de sens puisque l’artiste lui-même refuse d’en parler avec Pascale Clark. Il suffit pourtant de regarder sur le net les images de cette installation titrée Personnes pour comprendre combien Pascale Clark a dû emmerder Boltansky en la réduisant mécaniquement à une illustration de la Shoah. Mais pour la journaliste Boltansky=shoah, Bégaudeau=palme d’or et Yannick Noah a le rythme dans la peau.

          Les artistes cités par Lepage sont déjà sur le marché et depuis belle lurette ils font ce qu’ils veulent, l’anecdote soviétique est datée elle aussi et mériterait une critique à distance tellement la parano semble ridicule, que les achats d’oeuvres par l’Etat soient secrets est en effet scandaleux, comme le blanchiment et la défiscalisation, mais là encore Lepage reste en deçà de la préoccupation artistique en n’abordant pas l’influence du marché et de l’institutionnalisation de l’art contemporain, dont Nantes est un cas d’école, sur la création artistique.

          C’est vraiment intéressant de repasser au ralenti ce truc qui fait quand même bien marrer, merci shash, je crois que c’est toi qui nous l’a remis.

          • Bonsoir Acratie,

            Mais alors du coup, pour toi il y a tout de même au sujet de l’art contemporain une critique à produire? Ou pas tellement? Je conçois que celle de Lepage ne te semble pas pertinente. Y’en a-t-il une autre pour t’agréer mieux?

          • Bonsoir Jeanne,

            Ce n’est pas tant que la critique de Lepage ne soit pas pertinente, je trouve surtout que Lepage ne formule pas une critique de l’art contemporain, il fait rire mécaniquement aux dépens de certaines oeuvres, rien de plus. Et pourquoi pas, il sait faire, on rit, on rit aussi de sa mauvaise foi, mais comme il nomme le show conférence gesticulée, on attend des parties « conférences » un peu plus de pertinence, oui. S’il est opposé à l’art contemporain qu’il dise pourquoi : c’est la question du business ? qu’il la développe ; c’est la question de l’imposture ? qu’il la développe ; et s’il décide qu’il y a quelques artistes d’art contemporain à sauver qu’il donne sa liste.

            Bien sûr que l’art contemporain n’échappe pas à la critique. Critique, discussion, récit, voire pour certains artistes marché et communication, font même partie de l’oeuvre. Par exemple, pour revenir à Duchamp, quand il propose d’exposer un urinoir ce n’est pas innocent, il sait bien que cet urinoir n’est pas une oeuvre d’art, du moins tant qu’il n’est pas exposé, nommé par lui Fontaine, signé, critiqué. Après ça, c’est une autre affaire. Après ça, l’oeuvre n’est toujours pas l’urinoir, mais l’oeuvre c’est le récit que produit son exposition, son rejet, sa réhabilitation. Duchamp met en place un autre cadre de référence, un autre point de vue sur l’oeuvre. Le problème, il me semble, avec Lepage, c’est qu’il parle sur des oeuvres d’art contemporain avec les références de l’art classique ou de l’art moderne, ou du moins, il ramène les spectateurs à ce regard-là, ces critères-là, qui ne sont pas opérants en art contemporain. Je ne sais pas si ça répond à ta question sur la critique qui était peut-être plus perso ?
            En tous cas, je crois que cet exercice des conférences gesticulées est plus exigeant qu’on imagine, il peut être piégeux si le conférencier se repose sur le seul rire du public, l’adhésion facile.

          • Si encore Lepage parlait souvent d’art, celui qu’il aime, celui qui le nourrit, si en somme l’art s’invitait parfois dans ses discours, à titre d’exemple, d’appui, d’illustration. Mais non. En fait il ne convoque l’art classique et moderne que pour descendre l’art contemporain, et non pas positivement. Un peu comme les réacs ne parlent du prolétariat que pour dire que la gauche l’a abandonné, alors qu’eux mêmes ne s’en soucient jamais.

          • et s’il décide qu’il y a quelques artistes d’art contemporain à sauver qu’il donne sa liste.

            je crois que Lepage à part les poireaux

          • @Acratie: Tout ça est très juste.

            Lepage est agacé par l’étiquette « amuseur ». Mais il est intrinsèquement drôle, ça n’empêche pas. Et ce n’est pas rien. Ce ne serait même pas grave d’être simplement drôle. Au contraire.

          • @françois: Et ce faisant, il ne suscite aucun intérêt pour l’art chez le spectateur, il le dispense même de toute curiosité concernant l’art contemporain et il renforce ainsi ce qu’il entend dénoncer dans inculture 1.
            Et donc, je leur balançais des charrettes d’engrais culturel, essentiellement sous forme d’art contemporain et de « création ». Il y a beaucoup de fumier dans l’art contemporain.
            C’est sûr que « balancer des charrettes d’engrais » tue le poireau aussi sûrement que le manque d’arrosage.

          • @François et les autres:
            En effet, Lepage n’a pas l’habitude de parler de l’art qu’il aime et qui le nourrit. J’ai l’impression que ce n’est tout simplement pas un boulot qu’il se donne. Son boulot (ou l’un de ses boulots), c’est de repérer des impostures. Ou plus précisément des zones, à l’intérieur du jeu social, où prospèrent des impostures. Et ce boulot-là, il ne se le donne pas pour emmerder le monde – même si avec ce type de démarches, l’on est toujours un peu à la limite – mais pour nous vivifier. Et se vivifier. La démystification, pour peu qu’elle se choisisse un objet pertinent et s’opère avec justesse, remet de l’oxygène dans les poumons. (Dans mon petit paysage intérieur je parle aussi de: tuer les choses mortes. Ca remet droit et joyeux, de tuer les choses mortes). Bien sûr. Et vous le savez.
            Reste à déterminer si l’objet ici choisi est pertinent, et si Lepage opère avec justesse.
            A la question 2 vous répondez non (globalement non).
            A la question 1 je répondrais oui (globalement oui).

          • Il opère à gros traits, et donc ca ne peut pas etre juste.
            Démythifier, nous sommes d’accord. Mais la passion exclusive de démythifier m’apparait toujours bien suspecte, comme m’apparait très suspecte, je le redis, cette soudaine défense de l’art classique et pré-contemporain dont il se fout les 364 autres jours de l’année.

          • Et quand je parle d’imposture je ne parle pas tellement de mensonge, de manipulation, de choses comme ça, mais d’une fausseté qui peut être inconsciente. Une fausseté qui peut être de l’ordre de l’inconfort, du cul entre deux chaises, par exemple. Une fausseté répandue, banale, et parfois amendable.

          • Où l’on en reviendrait à une des premières objections que j’avais soulevées. Si vraiment c’est le fake qui turlupine Lepage, nous avons ça en commun, mais alors je pourrais lui désigner plein d’autres domaines, beaucoup plus visibles et influents que l’art contemporain, où règne le fake. Par exemple tout un pan de la littérature française actuelle -mais il ne la lit pas-, ou du cinéma d’auteur mondial -mais il ne voit qu’un film par an.

          • @François:

            la passion exclusive de démythifier m’apparait toujours bien suspecte

            Ca je savais que tu le dirais. C’est pourquoi j’avais précisé que la démystification était l’un des boulots qu’il se donnait. Il s’en donne d’autres. Celui de raconter des histoires, par exemple la sienne. Et des trucs de notre histoire. J’estime que donc tout va bien.

            Si vraiment c’est le fake qui turlupine Lepage, nous avons ça en commun

            Je le savais, que nous tomberions d’accord sur quelque chose.

            mais alors je pourrais lui désigner plein d’autres domaines, beaucoup plus visibles et influents que l’art contemporain, où règne le fake. Par exemple tout un pan de la littérature française actuelle -mais il ne la lit pas-, ou du cinéma d’auteur mondial -mais il ne voit qu’un film par an.

            Peut-être qu’il ne lit pas, non, et peut-être qu’il ne voit qu’un film par an, peut-être que du coup il n’est pas bien à même de produire sur ces sujets la critique qu’il faudrait mais ça c’est pas grave. Il est mauvais dans ces domaines? bon ben ça fait rien. Ne demandons pas aux petites rivières d’être des grands ruisseaux.

          • S’il est mauvais sur ces domaines, je le répète : qu’il ferme sa gueule sur l’art. Qu’il ne manipule pas des termes aussi ronflants, s’ils ne sont pas positivement adossés à des oeuvres, que le Bien, le Beau, le Vrai. Qu’il s’en tienne à des vues économiques sur l’art, comme il le fait au début de son propos.
            Par ailleurs, s’il en vient un jour à creuser les questions esthétiques -ce dont je doute-, il se rendra compte que nombre des ses propos ont, au vingtième siècle, une généalogie réactionnaire. Par exemple le truc sur la main. L’art comme savoir-faire. Barthes a par exemple magnifiquement parlé, du temps où il était marxiste, de la concomitance entre la mise en avant du travail dans l’art, et la montée en puissance de la valeur travail et de la valeur mérite dans une société gagnée par les valeurs bourgeoises. Je ne dis pas que Barthes ait absolument raison, ni qu’il soit impossible de discuter cette thèse, mais la connaissance de ses réflexions (qui sont d’ailleurs connexes au moment moderne, et non contemporain, de l’art, c’est à dire à tout le vingtième siècle) empêcheraient peut-etre Francky de faire ricaner à peu de frais un public de gauche réac.

          • @François Bégaudeau: je pensais aussi à toute cette réflexion dans « Le degré zéro de l’écriture », à tout son propos qui se réfère à Flaubert (par rapport à la valeur travail dans l’art). L’ironie, c’est que le discours bourgeois ait choisi cet écrivain profondément hostile à la bourgeoisie comme vecteur de cette mythologie : celle d’un artisan acharné dont on peut exhiber les « signes de la fabrication » (pour reprendre l’expression de Barthes à propos de l’écriture réaliste). Jusqu’à aujourd’hui : la critique génétique s’est particulièrement intéressée aux brouillons de « Madame Bovary » (voir tout le travail d’Yvan Leclec à ce sujet). C’est évidemment très intéressant, très précis. Cette approche légitime aussi tous les signes de la littérature qui sont la vertu de l’écrivain, dont l’art est, par essence, visible. Sa respectabilité tient à cette visibilité.

          • Yvan Leclerc

          • Sur le travail j’aurais des choses à dire, mais d’abord une question: Quelle conception a précédé celle qui, dans l’art, mettait en avant le travail? Qu’est-ce que l’on disait avant? (Je demande parce que je ne sais pas, je ne peux que supposer). Que l’art découlait surtout de la grâce?

          • Oui, quelques chose comme la grâce. Ce qui était très juste -pour peu qu’on pense que la grace est aussi aléatoire que le vent. En tout cas le processus artistique a longtemps été perçu comme impersonnel, ce qu’il est. Conception que radicaliseront les modernes, visant à sortir du moment bourgeois de l’art. Qui cependant s’es prolongé, se prolonge, se prolongera. Surtout si des éléments de gauche prêtent leurs bras au processus.

          • @Jeanne: Pas facile, la question est « avant quoi ? ». Ta question suscite des questions. Il faudrait peut-être situer la date de naissance de l’art tel que nous l’entendons aujourd’hui (la Renaissance ?) ou préciser ce que tu entends par « travail », je suppose que c’est le travail de la main, c’est à dire que tu fais référence à l’oeuvre exécutée de la main l’artiste ? ce qui exclut une grande partie des oeuvres d’art contemporain.
            Il me semble qu’on se retrouve souvent dans une impasse quand on réfléchit chronologiquement. S’il y a des ruptures : l’invention de la photographie, qui se charge de la figuration, ouvre la peinture à l’abstraction, l’invention du readymade change le statut de l’oeuvre d’art et le « travail de main » de l’artiste, ces ruptures n’empêchent pas à différentes formes de créations artistiques de cohabiter. Je ne sais pas s’il y a eu un moment de l’histoire où l’on disait (et d’ailleurs, qui est ce « on » ? les critiques ?) que l’art découle de la grâce, peut-être le disait-on des sculpteurs de l’antiquité, mais ils étaient considérés comme des artisans et travaillaient sur commande, là encore c’est le travail de main qui était admiré, considéré comme une grâce.

          • par exemple sur le bleu de klein, voilà ce qui se lit:

            … /

            Yves Klein surnommé Yves le monochrome, pousse l’expérience de la couleur pure jusqu’à son termes. Au-delà de la provocation, sa peinture se charge de force et d’énergie.
            Au premier abord, le tableau se présente comme une simple surface de couleur pleine. Il n’est pas collé au mur, il s’en détache comme l’a voulu le peintre.

            Le bleu outremer est saturé à tel point qu’il en fatigue les yeux. De ce bleu, plus que bleu, irradie une vibration colorée qui atteint une amplitude maximale.

            Alors, cette uniformité commence à s’animer. La surface apparaît pelucheuse : trace de rouleau que l’artiste a emprunté au peintre en bâtiment.

            Le pigment de couleur prend la consistance d’une grossière toile de coton. Chaque passage du rouleau à laissé des striures légères, qui dessinent d’étranges paysages dont l’horizon semble flotter. le regard plonge dans une profondeur qui n’appartient pas à l’espace en trois dimensions du quotidien, mais à une dimension supplémentaire que le peintre invite à sonder : la profondeur de la couleur.
            Ce bleu, hors du commun n’engage pas seulement le regard du spectateur, « c’est l’esprit qui voit avec les yeux ». Avec le « monochrome « , l’impact de la couleur reste entier. La couleur est une donnée concrète, mais elle a un effet puissant et instantané sur le mental.

            Dans ses tableaux, Yves Klein s’attache à l’apect spirituel autant que physique. Pour lui, la peinture est affaire de méditation, affaire d' »immatériel ». Elle échappe à l’espace de la vie quotidienne, pour ouvrir celui de la réflexion.

            Yves Klein à été connu grâce à cette toile en particulier, il est né en 1928 et mort en 1962, malgré une carrière artistique courte (1954-1962), il est concidéré comme l’un des plus important protagoniste de l’avant-garde (personnes qui entreprennent des actions nouvelles ou expérimentales, en particulier dans les arts et la culture) artistique d’après guerre.

            / …

          • Lu avec intérêt vos pages sur Lepage
            rêvé de lui la nuit d’après
            assis par hasard à côté de lui dans une salle de spectacles, il me disait: « tu vas voir les trois Black sur la scène là, quand elles chantent c’est vachement bien »
            et après il m’embrassait
            d’abord un peu gênée j’hésitais à protester
            puis décidais que ce n’était pas bien grave et pas désagréable au fond

            ça m’a fait rigoler le lendemain

          • un jour en 3e le prof de français nous avait fait regarder le tableau de Picasso La femme qui pleure,
            plusieurs élèves avaient dit qu’ils trouvaient que ce n’était pas beau
            et le prof avait demandé: « mais vous trouvez ça beau une femme qui pleure ? »,

            plus jamais regardé les tableaux de la même façon après

            Ce prof adorait aussi San-Antonio et nous en parlait souvent,
            moi pas mais ça m’avait bien interpellé cette liberté qu’il prenait devant ses élèves avec la littérature

          • @Juliette: J’imagine très bien. J’aime bien comment tu réagis dans ton rêve 🙂 et le mystère des trois chanteuses blacks.

          • @shash: La conclusion en image de l’article sur les colonnes de Buren est excellente !

          • restée con devant mon esspresso et la citation du jour dans mon quotidien régional favori … / Est-ce que les pleurs ne sont pas les derniers mots de l’amour? / … se/nous demande Alice Ferney.

            benh euh non, ça dépend Alice

          • + les 101 secondes post-nucléaires ui suivent vous sont offertes par shash&découvertes
            https://www.youtube.com/watch?v=ca0j0YtWHkY

          • La conclusion de l’article sur buren oui, qui active comme une logique du pire: parking ou colonnes? on hésite, on hésite :- )

            et dans celui à propos d’Yves le monochrome je déteste pas ça

            … / La surface apparaît pelucheuse: trace de rouleau que l’artiste a emprunté au peintre en bâtiment.
            Le pigment de couleur prend la consistance d’une grossière toile de coton. Chaque passage du rouleau à laissé des striures légères /…

            (après ça se gâte un peu) … / [qui dessinent d’étranges paysages dont l’horizon semble flotter. le regard plonge dans une profondeur qui n’appartient pas à l’espace en trois dimensions du quotidien, mais à une dimension supplémentaire que le peintre invite à sonder: la profondeur de la couleur.]

            Quasi chaque fois, c’est fort quand tu t’approches du truc intriguée et que tu vois sur la toile les mouvements de raclette, les monticules de peinture qui produisent un orangé bien chaud qui t’a attiré dès que t’as maté le tableau ou les fins collages-assemblages de tout un tas de mini-visages noir,gris, blanc qui peuplent un pan de mur 4×3
            j’aime bien voir comment c’est fabriqué et puis ensuite un peu reculer pour revoir l’ensemble où tu es parfois un peu plus chez toi, troublée toujours mais en territoire ami, c’est parfois là qu’un ‘c’est beau’ peut advenir.
            Avec le public de mes ateliers durant l’année scolaire, on parle parfois des réalisations à partir de critères proposés et choisis/votés en groupe: sur les proportions, les couleurs, l’originalité et la surprise que l’œuvre provoque – alors qu’on part tous avec les mêmes matériaux et format-support – et on parle aussi de ce qu’elles nous font plus ou moins, plus ou moins chaud par exemple, plus ou moins de plaisir, de dégoût, d’excitation quand on les regarde; assez vite, on en dit un peu plus que le fait qu’on trouve ça beau ou pas mais très souvent c’est quand même plus fort que soi.

            allez, avec maylis on va pécho le soleil

          • les colonnes de Buren j’aimais pas au début, quand j’y passais j’imaginais la place vide et elle me plaisait plus sans elles.
            mais j’y passe souvent et je me suis mise à aimer la façon dont les gens vivent avec ces colonnes, il y a toujours des petits enfants qui grimpent dessus, des ados qui se prennent en photo en hauteur, des touristes qui tournent autour ou se reposent les yeux dans le vague de leur visite du Louvre.
            au final la place semble avoir trouvé avec elles une vie qu’elle n’avait pas sans.

          • @François Bégaudeau: Pas compris

            En tout cas le processus artistique a longtemps été perçu comme impersonnel, ce qu’il est.

            . Peux-tu développer ?

          • Merci, Acratie, pour ton point sur le travail et la grâce.

            Concernant ça:

            Si déjà on voulait bien penser l’art contemporain en tant qu’art, ce serait déjà un progrès, art polymorphe, soit, plutôt que « fourre-tout », mais sur lequel on peut se pencher avec, au moins, un minimum de curiosité et de confiance.

            tu as raison. Et je suppose que je mérite cette remarque, je n’ai qu’à cesser de me comporter comme un bulldozer, tiens ! (Mon Dieu parfois je me comporte comme un bulldozer). J’ajouterais tout de même qu’à mon avis, la confiance et la curiosité dont tu parles se nourrissent – pas seulement d’elles-mêmes mais aussi – d’une critique bien sentie. Qui aime bien, et qui a envie de faire aimer bien, critique bien. En quelque sorte.

          • @François:
            L’autre fois j’étais sur une route bretonne avec une amie. Elle me désigne une maison en me disant que c’est l’atelier d’un sculpteur dont elle aime beaucoup les œuvres. (Marc Leguen, artiste contemporain et euh – comment dirais-je – considéré comme tel). A quoi elle ajoute : « Et lui, au moins, il travaille ».
            Alors j’ai réfléchi. J’étais embêtée parce que je me disais : le travail n’est pas tout. Et en même temps j’étais un peu d’accord : travailler c’est quelque chose, c’est – a minima – se confronter avec du réel, ça compte. Mais oui mais il y a sans doute des tas de gens qui travaillent comme des fous et pour un résultat médiocre. Mais oui mais qui dit que c’est médiocre ? Et cetera. Je me suis un peu perdue dans des méandres.
            A mon avis, les œuvres procèdent et du travail et de la grâce. (Pardon de dire quelque chose d’aussi neutre, mais pour moi cette question l’est effectivement, neutre). Je ne sais pas bien pourquoi tu insistes sur la grâce. D’ailleurs l’on parle du travail de la grâce. Il y a le travail de la grâce et un petit peu de sueur, ou beaucoup de sueur, du côté de l’artiste. Je crois. Peut-être que tu insistes sur la grâce pour signifier que la fabrication d’une œuvre n’a pas grand-chose à voir avec le mérite. Ce sur quoi je pourrais peut-être te suivre. En tout cas faut bosser. Si. Et tant pis si ça fait plaisir aux bourgeois.

            Là il faudrait parler du travail plus globalement (pas seulement dans l’art) et remarquer combien la « valeur travail » est un objet bizarre, polymorphe, passant d’une famille politique à l’autre, habitant plusieurs familles politiques à la fois, bref portée par les uns et par les autres et pour des raisons parfaitement inverses. Il faudrait redire la différence entre travail et emploi. Pointer que la droite a beau jeu de prétendre défendre la « valeur travail » tout en faisant par ailleurs la promotion d’un modèle de société où il est bienvenu de faire du fric avec du fric (et non pas avec du travail, je crois que tu parles de ça dans Jeunes militants sarkozystes). Il faudrait évoquer la série The Wire, qui aborde des situations de travail où moins tu bosses plus tu es promu. Ce serait long.

            Revenons à l’art. Je maintiens que l’art a quelque chose à voir avec le travail. Pas que, on est d’accord. L’art a quelque chose à voir avec un temps que l’on se donne pour observer, pénétrer, malaxer, que sais-je, un morceau de réel. Sachant que le réel ne se confond pas nécessairement avec la matière. Je maintiens qu’il faut s’en donner, de la peine. De la bonne peine. Comme celle de grimper merveilleusement la montagne.

            Est-ce que l’artiste contemporain qui a eu l’idée de reproduire un Balzac de Rodin en y ajoutant des oreilles de Mickey a travaillé ?
            Peut-être. Peut-être qu’il a pris un temps pour considérer un bout de réel (psychologique, social, culturel, ou autre) et qu’alors la grâce est descendue sur lui.
            Ou peut-être qu’il s’est contenté d’une intuition. L’intuition que : Rodin + Mickey = rigolo = estampillable art contemporain = c’est pratique, les intuitions, c’est rapide, c’est immédiat, ce n’est pas trop engageant, c’est une sorte de travail mais qui ne modifie nullement celui qui le produit, un travail mais qui ne modifie rien, laisse tout le monde content à sa place, un travail mais sans que rien ni personne ne soit travaillé, par rien.

            Je ne sais pas si le gars a travaillé. Franchement je ne sais pas. Mais pour moi c’est quand même un peu une question.

          • Et lui, au moins, il travaille

            je l’entends souvent dans le sens de vendre ici,
            par exemple:
            – le mec a ouvert fin mars par là, il a l’air de bien travailler, ça fait plaisir les gens qui s’installent et pour qui ça tourne de suite,
            sur le marché ce matin:
             » t’as bien travaillé sister?
            – pas trop mal et toi?
            – on s’plaint pas (sourire) »

          • @Jeanne: Je me permets une réponse car je suis allée voir le blog de l’artiste du Mickey Balzac. Du coup je te réponds au fur et à mesure que je déroule.

            Je serais assez d’accord avec toi sur

            le Balzac-Mickey un travail mais qui ne modifie rien, laisse tout le monde content à sa place, un travail mais sans que rien ni personne ne soit travaillé, par rien

            mais je crois qu’il faut préciser que ça ne modifie rien parce que c’est du déjà fait par un paquet d’autres artistes avant Darren Lago né en 65 (j’ai chopé sur internet car je ne connais pas), déjà vu, déjà critiqué, analysé, monnayé, adoubé. Monnayé surtout. Reste que le discours sur les oeuvres de cet artiste (il repeint des armes ou les couvre de smarties, illumine d’ampoules des chaises dites électriques) est contenu dans ce que tu écris (on peut y ajouter des références à Wharol pour le pop) et dans le fait qu’elles soient sur le juteux marché.
            Maintenant, si on regarde d’un peu plus près ce qu’il fait dans son atelier, et je viens d’aller sur son site pour voir, c’est pas inintéressant. Il emprunte (à moins qu’il empreinte) toujours à d’autres artistes qui l’ont précédé, cela semble être l’origine de sa création artistique et c’est revendiqué : un plagiat absolu de Hans Arp et un autre de Duchamp par exemple (sur artnet).
            Je remonte le temps de son blog et je trouve une association Mickey-Mondrian en 2011, une sorte d’esquisse qui me plait bien, me semble assez harmonieuse dans sa discordance. Mais je dirais qu’il ne cherche pas chez ses prédécesseurs l’inspiration dont il serait dépourvu, plutôt qu’il tente de faire visiter l’histoire de l’art à ses contemporains en détournant des oeuvres ou en associant par analogies ou par contrastes des formes ou des matières. Un bon artiste pour les lycéens option art qui se régaleront aussi des friandises en forme d’armes.
            En tous cas on ne peut pas nier qu’il y ait du boulot. Pour ce qui est de la grâce, lui seul le sait.
            http://darrenlagoslog.blogspot.fr

          • @Jeanne: Duchamp Marcel, grand inventeur, lui, parle de « l’infra mince ». Certains biographes disent que c’est sa manière de nommer la grâce sans la nommer tout en essayant de la définir par des notes prises au fur et mesure qu’il travaille. Cette quête de l’infra mince est aussi celle de l’invisible, de l’imperceptible en art et de ses résonances. Il y a 46 notes de recherche sur l’infra mince. Quelques-unes ici :

            – Le possible impliquant le devenir – le passage de l’un à l’autre a lieu dans l’infra mince.
            – La chaleur d’un siège (qui vient d’être quitté) est infra mince.
            – Dans le temps un même objet n’est pas le même à une seconde d’intervalle.
            – La convention du signe de la flèche produit une réaction infra mince sur le sens de déplacement accepté.
            – Pantalons de velours – leur sifflotement (dans la marche) par frottement des deux jambes est une séparation infra mince signalée par le son (ce n’est pas un son infra mince)
            – Quand la fumée de tabac sent aussi de la bouche qui l’exhale, les deux odeurs s’épousent par infra mince.
            – Application du « jour frisant »
            – Allégorie d’oubli
            – Isolation de l’infra mince ! Comment isoler

          • Concrêtment Buren, c’est fait, Klein, c’est fait, Darren Lago, c’est fait, voyons voir ce Jeff Koons tiens http://www.jeffkoons.com/artwork/made-in-heaven/self-portrait

          • @juliette: Merci pour le rire !

          • Merci, Acratie, pour ces éclairages.
            J’aime bien cette histoire d’infra mince. Et ta liste donne envie d’être continuée.

          • @Jeanne: Merci à toi aussi. Les notes de Duchamp sont éditées chez Champs arts, tu te les offres pour 9€. Quatrième de couv : Certaines oeuvres sont indissociables de leur cheminement (…)

          • Ce n’est point dans l’objet que réside le sens des choses, mais dans la démarche. A2SEx

          • Ce n’est point dans l’objet que réside le sens des choses, mais dans la démarche. stex

          • Oui, à quelques heures de la téléportation quantique on patine encore là-dessus.

          • J’arrive après la bagarre mais je suis allée voir le batiment de la fondation Louis Vuitton au bois de boulogne, colorisé par Buren et je me suis régalée.
            Les couleurs se mélangent, les reflets se projettent sur le batiment en changeant suivant la luminosité, on voit les couleurs d’une paroi lointaine au travers des plaques des parois plus proches, l’ambiance est complètement différente selon l’heure du jour.
            Il ne doit pas y avoir 2 photos pareilles de son « Observatoire de la lumière ».

            http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2016/05/25/03015-20160525ARTFIG00203–la-fondation-louis-vuitton-le-kaleidoscope-geant-de-buren.php

        • @Jérémy: je crois que l’art contemporain est à Lepage ce que l’autofiction est à Jourde http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/autofiction/

          • @shash: beaucoup de morale, peu de littérature

          • @Jérémy: as-tu déjà lu du chapsal?

          • @shash: non, jamais

          • @Jérémy: moi non plus,
            m’amuserai peut-être à y mettre le nez puisque jourde la place, dans ses lignes à la moraline, aux côtés d’angot

            madeleine chapsal qui, en lieu et place de peintures et papier en fibre de verre a de noté, associé à sa partie de page décoration sur wikipedia : … / Officier de la Légion d’honneur – Grand croix de l’ordre national du Mérite (la décoration lui a été remise à l’Élysée le 28 septembre 2011 en présence notamment de Liliane Bettencourt) / … la couleur de ses cheveux c’est Liliane, ok on note.

            Tiens sur la route, je repensais à ta question sur les clefs de la ville de Roanne et leur usage (te remémores-tu le truc?) en entendant Phil Man raconter à Phil Vander je crois bien (france info) qu’ayant le choix, il avait souhaité être fait chevalier des arts et des lettres par un même et ce chevalier fut l’ami pop iggy
            Pop Iggy qui raffole proposer des combats d’épées et autres duels en forets à tous ces homologues médaillés (je sais bien que je raconte moyen les anecdotes)

          • @Jérémy: déjà on sait ce que permet d’être adoubé des arts et des lettres https://www.youtube.com/watch?v=ChqDAqkf_JM

          • @shash: Roanne, ça me dit vaguement quelque chose. Le truc sur Troisgros ?

          • et la déco chez benoite groult oui, tout ça :- )

            – me suis trouvée un maggie paley en brocante (1971, traduc chez belfond en 2000) son Le pénis dans tous ses états, ça me fera passer l’été,

      • Tu as raison, Charles, on ne va pas penser l’art contemporain, mais des tendances et des oeuvres de l’art contemporain.

    • chez moi, la question du beau a la même forme que l’idée de dieu

      • un truc qui te fout comme en état de grâce

        • … / On s’en veut quelquefois de sortir de son bain. / … c’est beau.

          je viens de quitter la bibli avec le ravel d’echenoz oui, je sais, j’ai de la chance

          • j’avais consacré une mini conf à cet incipit
            faudrait que le retrouve

          • avec ses lignes, Echenoz me fait rire aussi (le paquebot sur lequel son perso vient d’embarquer quitte le Havre et assez vite, les passagers qui assistent au spectacle quittent d’abord le pont pour se préserver du vent qui les gèle sur place en matant derrière une baie vitrée pour, dans la foulée, la laisser elle aussi tombée … /

            Comme on se retrouve vite en pleine mer, les passagers se sont aussi vite lassés du spectacle

            / … /

            Ravel demeure, préfère considérer le plus longtemps possible la surface verte et grise, sillonnée de blancheurs instantanées, dans l’idée d’en extraire une ligne mélodique, un rythme, un leitmotiv, pourquoi pas. Il sait bien que cela ne se passe jamais ainsi, que ça marche pas comme ça, que l’inspiration n’existe pas, qu’on ne compose que sur un clavier. N’empêche, comme c’est la première fois qu’il est devant un tel spectacle, ça ne coûte rien d’essayer. Il apparaît cependant, au bout d’un moment, que nul motif ne se présente et que Ravel commence lui aussi à se lasser, l’ombre de l’ennui pointe son nez, main dans la main avec le retour en boomerang de la fatigue: ces métaphores incohérentes attestent aussi qu’il ne serait pas mal de se reposer un peu.

            / … p.24/25,

            aaaaah ce

            N’empêche / ça ne coûte rien d’essayer

            et surtout le

            ces métaphores incohérentes attestent aussi qu’il ne serait pas plus mal de se reposer un peu.

            j’aime ces lignes où ça tente le truc quand même pour très vite se moquer de l’avoir fait

          • … / L’avant-veille de l’arrivée du France à New York, Ravel donne à la demande générale un petit concert dans la soirée. Pour cette exécution de pièces brèves, il s’est abstenu d’endosser l’uniforme à queue noire des pianistes, préférant une tenue plus décontractée voire légèrement farceuse. C’est en chemise à rayures et costume à carreaux, cravate rouge, qu’il interprète son Prélude composé voici quinze ans puis, accompagné par un local qui peine, sa première sonate pour violon et piano qui en a trente. Légèrement assis sous le clavier, que ses mains ne dominent pas mais abordent à plat comme en contre-plongée, la paume au dessous des touches, il fait courir ses doigts trop brefs, très noueux, un peu carrés. S’ils sont inaptes aux traits d’octave, ils comptent dans leurs rangs des pouces
            exceptionnellement puissants, pouces d’étrangleur facilement disloqués, attachés haut sur la paume, très éloignés du reste de la main et presque aussi longs que des index. Ce ne sont vraiment pas des mains de pianiste et d’ailleurs il ne possède pas une grande technique, on voit bien qu’il n’est pas exercé, il joue raidement en accrochant tout le temps.
            Qu’il gouverne avec tant de maladresse un piano s’explique aussi par la paresse dont il ne s’est jamais défait depuis l’enfance: lui si léger n’a pas envie de se fatiguer sur un instrument aussi lourd. Il sait bien que l’exécution d’un morceau, surtout lent, requiert une dépense de force physique dont il aime mieux se dispenser. Mieux vaut donc la désinvolture – qu’il a récemment poussée au point de composer l’accompagnement de Ronsard à son âme pour la seule main gauche, lui même ayant prévu de fumer avec la droite. Bref il joue mal mais enfin bon, il joue. Il est, il sait qu’il est le contraire d’un virtuose mais comme personne n’y entend rien, il s’en sort tout à fait bien. / …

            – p.43,44,45 RAVEL Jean Echenoz, 2006 les éditions de minuit –

            bien du mal à retirer le nez de ce passage littéraire précis, autopsiant, drôle et démythifiant

          • @shash:

            cet incipit

            de mon côté, retrouvé déjà des lignes à propos dans ton antimanuel de litté, en p.165 et 167 notamment et à propos de geste littéraire qui fait boum d’un lexique ordinaire pour une situation inattendue

          • viens de refermer le Ravel d’Echenoz, comblée et triste à la fois notamment parc’qu’on se quitte avec l’idée persistante qu’il avait de n’avoir pas dit ce qu’il avait à dire, éprouvée aussi un peu devant l’étranger qui s’était mis à habiter son corps, le corps de Ravel qui, méthodiquement, jouait par exemple à apprivoiser le sommeil comme ici:

            … / Technique n°2: tout en se retournant dans son lit pendant des heures, chercher la meilleure position, l’adaptation idéale de l’organisme nommé Ravel au meuble nommé lit de Ravel, la respiration la plus régulière, la pose parfaite de la tête sur l’oreiller, l’état qui fait se fondre puis se confondre le corps avec sa couche, cette fusion pouvant ouvrir une des portes du sommeil. Dès lors Ravel n’a plus qu’à attendre que celui-ci vienne s’emparer de lui, guettant son arrivée comme celle d’un invité. / …

            et de dire aussitôt les objections à la méthode, p.83

          • … / Il pourrait peut-être essayer de dormir avec quelqu’un, quand même. Le sommeil est parfois plus facile quand on est moins seul dans un lit. Il pourrait toujours tenter le coup. Mais non, rien à faire. On ne sache pas qu’il ait amoureusement aimé, homme ou femme, ou quiconque. / … p.84

            …/ On ne sache pas qu’il ait amoureusement aimé, homme ou femme, ou quiconque./…

            Jean Echenoz.

            tu vois comme elle claque sa phrase? et c’est qu’une parmi plein d’autres,

          • Oui et d’ailleurs à quoi bon une amoureuse quand on a Jacques de Zogheb et Mme Révelot sous la main ?
            Jeune puis vieille une amoureuse n’a jamais aidé personne à dormir, ni à mourir.
            Et avec Zogheb on rit tellement bien page 71-72 et on se meurt veillé par un tendre ami page 118-119.
            Sacré Ravel

          • avais consacré une mini conf

            peut-être à Bollene alors
            me suis trouvée ça,
            http://calibo.free.fr/francois-begaudeau-ravel-1.html

            Pourquoi François Bégaudeau ?
            Parce que pour lui : «Ce livre contient tous les autres, puisqu’il en livre pour ainsi dire une clé en même temps qu’un précipité, puisqu’il formule un art poétique en même temps qu’il en donne une magistrale exécution, puisqu’on y trouve à peu près tout le répertoire stylistique de l’auteur ».
            Voici l’approche qu’il nous a proposée : « Il y a une chose dont en littérature on ne parle jamais, une chose qui est pourtant sa matière première, la pâte dont elle faite. Je veux parler de la phrase. A qui revient la responsabilité de cette coupable occultation ? Aux journalistes, peut-être, davantage portés sur la thématique ; aux lecteurs, peut-être aussi, intimidés par une tâche qu’ils s’imaginent requérir certaines compétences techniques ; et puis aux écrivains, étonnamment mutiques quand il s’agit de ce à quoi ils ont pourtant principalement affaire lorsqu’ils sont là comme des idiots à tricoter des livres avec leurs petites mains. Sans doute faut-il voir dans ce silence, du reste, l’aveu de l’importance qu’ils accordent à cette unité stylistique. S’évoquant eux-mêmes sous les espèces d’usines à phrases, ils craindraient de dévoiler le cœur d’une affaire dont l’aura tient pour une grande part au mystère de sa fabrication.
            Il en va donc des phrases comme des ragots. On ne saurait les aborder qu’en l’absence des intéressés. Jean Echenoz ne peut être des nôtres à Bollène ? Retournons en chance cette infortune : profitons-en pour parler de sa phrase.
            Ca tombe bien, elle est, la phrase d’Echenoz, un joyau du genre. La disséquant, nous pouvons en tirer des trésors, comme on trouverait du pétrole en grattant la terre en quête de truffes. Prélevant du définitif Ravel quelques phrases ou grappes de, nous trouverons à coup sûr la clé de ce roman-manifeste, et, pour peu que la coterie du café extravertisse son talent, la clé de toute l’œuvre. »

          • Ah super, merci Shash. Je propose celle-la qui m’a beaucoup plu (on vient de suivre la croisière vers New-York, on est encore sur le bateau et on approche):

            Mais bon, tout cela va un moment et, comme tous ces jours de ressemblent, inutile de s’éterniser. Passons sur les trois qui suivent.

          • comme tous ces jours de ressemblent

            cependant, même Echenoz écrit se ressemblent il me semble

          • et ça encore sur Ravel et l’amour:

            On sait qu’un jour, prenant congé de Leyritz, Ravel lui a négligemment indiqué qu’il se rendait au bordel, mais aussi bien badinait-il. Donc on sait très peu de choses bien qu’on puisse en supposer certaines parmi lesquelles ce goût, peut-être résigné, pour les rencontres expéditives. Bref on ne sait rien, pratiquement rien, sinon qu’un jour, devant Marguerite Lelong qui l’encourage à se marier, il s’exprime pour une fois et une fois pour toutes sur la question de l’amour : ce sentiment, juge-t-il, ne s’élève jamais au delà du licencieux.

            Ravel, Jean Echenoz p:85

          • rendu hier le Ravel d’Echenoz à la bibli municipale de mes quartiers d’été

            – me retrouverais-tu la phrase qui se termine par … / comme le triangle d’une femme / … ?
            il parle peut-être d’un paysage, le décrit bombé je me souviens et puis?
            merci à l’avance sinon, j’irai feuilleter

          • @shash: d’ac

          • @shash: voilà (c’est page 65 à un moment où de retour chez lui Ravel s’ennuie)

            Reste la possibilité d’aller faire un tour dans le jardin qui est un espace à trois côtés, herbu, pentu, bombé comme un triangle de fille.

          • faire un tour dans le jardin

            herbu et pentu aussi mais oui merci,
            cette phrase claque bien dans la lecture, ce truc pas franchement incongru et pas franchement frais non plus m’a plu aussi, un truc un peu strange dont je n’ai su quoi faire sur le coup et qui m’a plu,

            un peu cochon tout d’même Maumau

          • … / Ceux-là viennent de Moscou et ne savent pas où ils vont / … p.9, de kerengal, tangente vers l’est

            je me refais du Maylis, miam

          • le jardin qui est un espace à trois côtés, herbu, pentu, bombé comme un triangle de fille.

            où je vois comment je fabrique vite des souvenirs fadasses – gros soupir –

            comme un triangle de fille

            c’est quand même autre chose que comme le triangle d’une femme, finkie-onfray diraient peut-être ainsi, pas jean.

      • @shash: il a quelle forme ton Dieu ?

        • @Jérémy: plutôt ronde et parfois elle sent la pêche parfois la vache

          • @shash: il faudrait faire l’archéologie du FCR et comprendre pourquoi le football n’a jamais pris à Rouen. L’équipe avait fait une très brève incursion en division 1, entre 82 et 85 (je parle de ce qui me concerne en tant que vivant, avant j’y étais pas). Il y avait un mélange de joueur talentueux, genre Bertelsen, Tlemcani et puis le buteur local, Jean-François Beltramini qui, à 36 ans, avait planté quatre but contre Rennes en début de saison 83-84. Je me souviens que j’étais allé voir un Rouen-Bordeaux, vers l’âge de dix ans. J’ai conservé le souvenir d’un match laborieux, sauvé par un but de Malbeaux -paix à son âme, je viens de lire qu’il est mort-. Ca avait été le titre de gloire : battre le Bordeaux de Jacquet où jouaient Tigana, Giresse… Mais Rouen n’était pas une équipe formidable à voir évoluer. Et le reste a été une longue dégringolade. Il y a quelques années, le maire -Pierre Albertini- avait fait une promesse de campagne : Rouen en L1. Les deux ont disparu des écrans (le FCR est en DH). Mais on a Quevilly, qui a fait son parcours en Coupe de France. A la limite, le passé de Quevilly -et son pas si lointain brillant chemine en CDF- mobilisent plus les conversations locales que le FCR dont tout le monde se tape.

            J’ai pas eu de bol quand je suis allé au stade (de rares fois), j’ai jamais vu des grands matchs. Je me souviens plus vaguement d’un Nantes-Bordeaux à Saupin (82-83). On avait fait deux heures de Lorient avec mon père pour aller voir la team de Suaudeau. Résultat, un 0-0 tout pourri.

          • @shash: Et je viens de voir que Beltramini était mort aussi.

          • @shash: je rectifie, c’est cinq buts contre Nancy. Il n’y a que les supporters du FCR que ça intéresse, j’en conviens.

          • @shash: sur Wikipédia, tu apprends que Beltramini a joué avec Bernard Menez dans une équipe qui s’appelait les Polymusclés. J’aime.

          • @Jérémy: aaaaaah bernard menez, j’ai vu récemment à télématin qu’il jouait encore au théâtre.
            Dans une pièce très cocasse d’un mec riche mort tout le monde veut l’héritage mais qui en fait n’est pas mort, ce qui complique les choses , ce qui nous mène de péripéties en quiproquos hilarants,
            Bon et lui doit être l’amant, certainement.

          • @Jérémy: enfin la pièce n’est pas écrite par un mec riche mort , mais parle d’un.
            Mais t’avais peut-être compris tout seul.
            Comme un grand.

          • @Anne-Laure: N’empêche. Bernard Ménez a aussi tourné dans « Maine Océan ». Très grand film. Et plein d’autres que j’ai pas vus.

          • @Jérémy: et n’empêche qu’il chantait oh oh oh jolie poupée avec son doigt bandé.

          • @Jérémy:

            Il n’y a que les supporters du FCR que ça intéresse

            ainsi que ceux du FC Nancy dont il se trouve que je fais partie

            bien contente que les diables aux culs rouges te fasse poster tout ceci, good night tonight Jerem comme le groove si bien disco notre ami et ses wings

          • @Jeremy: pour souhaiter la bonne nuit méthode n°2: 1983, JF https://www.youtube.com/watch?v=VvLZeEYwp6o où on s’imposera la méthode de l’énumération

          • @Jérémy: méthode n°3: se taper le générique du vivment lundi où on retrouve l’autre des polymusclés https://www.youtube.com/watch?v=PfYS7m8QDVU
            Bégaudeau c’qu’on l’a joyeusement réorchestré dans mon premier boulot préféré, si vous saviez

            mais bon j’y vais, va finir par réveiller tout l’secteur

        • @Jérémy: parfois aussi il a la forme des mannequins des vitrines Devred et, le plus souvent, celle de ceux des vitrines celio

          • @shash: du moment que c’est pas Armand Thiery

        • @Jérémy: ci-après le dieu de certain chaudot prend la forme d’une conf gesticulée de 80 min par là, ce n’est pas edouard
          Conférence gesticulée – Economie, mon amour! https://www.youtube.com/watch?v=C9ENnG4e5HY

          • Economie, mon amour! chaudot

            adrien ou comment j’ai dessoulé du capitalisme et comment je me suis converti à autre chose économiquement

          • Economie, mon amour! chaudot adrien

            on l’aime en particulier vers 1h 08 dans sa mise à plat du moment décomposition des prix de revient ici, dans la fabrication de boutons de volant de voiture et autres accessoires comme les gaines chauffantes

          • pour bien faire, on y joint les 30 dernières min de conf mises en ligne sous l’intitulé partie 2 https://www.youtube.com/watch?v=UVJ32Bp8jOQ

          • @shash: pour bien faire, on y joint les 30 dernières min de conf mises en ligne sous l’intitulé partie 2 https://www.youtube.com/watch?v=UVJ32Bp8jOQ

          • @shash: merci merci, je mets ça sous le coude, avec Friot.

    • @Jérémy: souvenir que Lepage y invective aussi pas mal les attributions art subversif vs transgressif des faiseurs de marchés de l’art (un peu comme on dirait marchands de sommeil par exemple)et que s’il exècre, au moment où il quitte son taf dans les maisons de la culture – moment où il démarre aussi ses conf gesticulées? – il a notamment l’art pipi/caca qu’on subventionne particulièrement dit-il, en travers de sa pensée.
      C’est la vidéo vers didier super et le festival d’Avignon qui m’a amenée à partager franckie, son amusement/moquerie sur son off/on, je ne l’oublie pas, c’était le lien critique/comique que j’y voyais.

      Tout comme toi, le passage où Lepage s’amuse de l’auto-attribution/répartition d’une forme géométrique, d’un graphisme chez les artistes peintres contemporains, les sculpteurs de grandes œuvres commanditées par un ministère d’état, comme dans une réaction en chaîne, leurs jeux avec les formes ou les couleurs, leur racket sur La Palette d’une couleur pour produire par exemple les séries de monochromes m’amuse bien et dans ce moment, la participation/interaction du public s’y note bien, le public de Franck lui est acquis et Klein et sa clique en prennent vainement et joyeusement pour leur cotation.

      En dehors de cet aspect, ce que Lepage propose de penser je crois, c’est la question des lignes de conduite dans ce qui ferait les chefs d’œuvre, ce qui inciterait à acclamer en masse tel artiste, tel courant, telle tendance et faire qu’un public suive, soit capté, guidé vers des productions artistiques subventionnées qui ne chahutent plus, ne proposent en rien de penser le monde, les mouvements et décisions géopolitiques, un soutien qui fasse de quelques artisans de l’art des sortes d’acteurs institutionnels qui jouent le jeu de marchés où ça spécule avec l’argent public (d’où l’énumération rapide de dispositifs de mises en confort des artistes par diverses institutions comme les résidences d’artistes il me semble, rapide car il y revient plus longuement dans son grand tout ‘Incultures’.)

      – Les liens vers Aude de Kerros me semblent intéressants en ce qu’elle s’y arrête quelque peu sur la dynamique des mouvements artistiques, distille un peu d’histoire sur l’art, par exemple l’observation qu’un nouveau courant artistique est souvent, toujours, en rupture avec celui dans lequel il débarque parfois comme un sauvage pour plus ou moins vite ensuite, s’y inscrire plus doucement, s’y fondre, comme s’y ranger calmé, acceptant d’en avoir jailli pour finalement lui appartenir.
      Elle calme un peu le truc idéal de l’artiste libre de Lepage tout en disant les différentes façons de financer le travail des artistes selon les pays.

      De tout cela, extraire l’idée du beau pourrait aussi être une façon pour Lepage de ne pas clore cette archi-mini-conf (que le public lui a peut-être réclamé en condensé comme cadeau qui sait?) une façon de laisser en questionnement la chose qu’est penser l’art dans son idéal de liberté.

      Ainsi, Lepage m’apparaît partisan d’une subvention unique et équitable des artistes (un revenu universel pro?) et si la propriété privée c’est du vol, la cueillette distinctive d’artistes par un état et ses institutions est du vol aussi, une sorte de vol d’une part de liberté dans les productions artistiques mais aussi chez son récepteur, son public qui peut difficilement en être un amateur émancipé et serait condamné à ne rien pouvoir dire ou si peu (c’est beau ou pas) de ce qu’il prétend apprécier.

      • et que s’il qu’il exècre, au moment où il quitte son taf dans les maisons de la culture – moment où il démarre aussi ses conf gesticulées? – il a notamment l’art pipi/caca, (mieux dit je crois)

        • @shash: clairment

          • oui mais alors après il faut aussi reprendre le … / l’art pipi/caca qu’on subventionne particulièrement dit-il, en travers de sa pensée. / … en ajoutant un ce qui lui reste
            avant en travers de la pensée,

      • @shash: oui, mais à partir du moment où le propos de Lepage n’est éclairé par aucun positionnement artistique qui procèderait d’un regard plus personnel, le point de vue semble à la fois partout et nulle part. Sur la question de l’émancipation du récepteur, on se renseignera d’une façon beaucoup plus utile en lisant Rancière. Qui, lui, propose une lecture bien plus intéressante, jusqu’à l’analyse qu’il fait de l’image, en critiquant le studium et le punctum de Barthes (dans « Le spectateur émancipé »). Il a bossé son sujet. Il a cogité.

        Peut-être que ce que Lepage regarde comme de l’art pipi/caca subventionné lui est resté en travers. Toujours est-il que ça déclenche plus d’affects que de réflexions.

        Aude de Kerros aussi, je vais regarder.

  11. 24 heures dans la vie d’un punk – 1977
    c’est le titre de la page 16 du Figaro qui a décidé pendant l’été de « raconter les mouvements de mode à travers un personnage de fiction »; donc une page entière où on suit aujourd’hui « Daniel, qui traine ses tee-shirts déchirés et son ennui sur l’asphalte des Halles, où il s’enivre de rock électrique et de textes grinçants ».

    Un extrait ?

    Dans cette ambiance survoltée, il croise une faune hétéroclite. Toujours les mêmes: de jeunes bourgeois comme lui et vrais zonards un peu malsains avec des crois de Malte au tour du cou. Les filles cherchent à s’enlaidir. Pas très sexy et complètement desinhibées, cheveux peroxydés, turquoise ou orange, beaucoup de noir autour des yeux, une bouche bien rouge, des résilles trouées, des minis en skaï qui crissent quand elles dansent, des tee-shirts aux couleurs sauvages sur lesquels elles ont écrit « la mode pue ».

    pas très sexy, ah wé ??
    le reste à l’avenant

    après j’ai regardé les Stinky toys sur youtube parce qu’il en parlait dans l’article et ça m’a bien fait marrer comment Elli Medeiros cherchait à retenir sa robe qui glisse tout au long de sa chanson
    pas très punk ça
    mais l’a-t-elle jamais été ?

      • @Juliette B: et voilà qu’après ses démonstrations mathématiques il nous fait de la poésie :

        Je pense avoir ainsi expliqué et fait connaître par leurs causes premières les principaux sentiments et flottements de l’âme, qui naissent de la combinaison des trois sentiments primitifs : le Désir, la Joie et la Tristesse. Ainsi, nous sommes agités de bien des façons par les causes extérieures et , pareils aux flots de la mer agités par des vents contraires , nous flottons, inconscients de notre sort et de notre destin.

        • @anne-laure: c’est beau, on dirait du Taubira

          • @Jérémy: C’est pas faux.
            je te confie une petite blague spinoziste, attention
            que l’on trouve à la fin de la troisième partie qui s’intitule de l’origine et de la nature des sentiments , qui n’est autre qu’une étude mathématique de la psychologie humaine, qui me fait de mieux en mieux intégrer ce qu’il disait au début, que dieu n’avait pas de sentiments, qui précède la quatrième partie au titre que je trouve beaucoup plus excitant.

            L’ambition est le désir immodéré de la gloire.
            L’ambition est le désir par lequel tous les sentiments sont favorisés et fortifiés; aussi ce sentiment peut-il être à peine dominé. Car, aussi longtemps qu’un homme est possédé de quelque désir , il est aussi nécessairement possédé de celui-ci.
            Le meilleur, dit Cicéron, est encore conduit par la gloire. Même les philosophes signent de leur nom les livres qu’ils écrivent sur le mépris la gloire, etc.

            il aime bien les etc, ça lui permet de se défiler et de nous laisser penser à sa place.
            Pas gêné le mec. Il en branle pas une.
            Pour rappel : la Gloire est la joie qu’accompagne l’idée d’une quelconque de nos actions que nous imaginons louée par les autres.

          • @Jérémy: elle a récidivé sur les attentats sur sa page facebook – abondamment partagée – mais on va faire comme si on ne l’avait pas vu.

          • @Juliette B: elle n’a rien écrit sur Saint-Etienne du Rouvray. Mais elle est peut-être en train de cogiter. Je peux lui donner des renseignements sur les ronds-points. J’ai fréquenté.

          • @Anne-Laure:

            Savoureux, en effet. Et juste.

        • @anne-laure: la traduction est pas terrible je trouve: les flots ne flottent pas en vrai
          bon mais je chipote
          on comprend quand même l’idée c’est l’essentiel
          pas beaucoup avancé sur spino ces deux derniers jours
          sauf que j’ai vu Snow therapy
          alors avancé quand même un peu

        • @anne-laure: je plaisante, mais faudrait que je me plonge sérieusement dans Baruch.

          • @Jérémy: oui je te conseille vivement l’éthique qui est vraiment un très bon bouquin de psychologie.
            Il m’épate ce Baruch.
            Me reste la fin sur la puissance de l’entendement à lire. Je suis sûre que je ne serai pas déçue.

      • autre petite blague spinoziste :

        Mais , en réalité, l’avarice, l’ambition, le désir sexuel, etc., sont des sortes de délire, quoiqu’on ne les range pas dans les maladies.

        j’apprécie beaucoup votre humour psychiatrique cher confrère.

      • @Juliette B: wooooohpunaise Juliette keskejfais ? je me le fais tout de suite ? j’attends d’avoir bien le temps de le savourer ? d’avoir au préalable bien pris le temps de manger , de me reposer, de ne pas être stressée par le temps qui passe etc.
        j’attends d’être plus opérationnelle pour ne pas me gâcher ? j’attends d’avoir fini spino ? kefaisje kefaisje yo no se.
        Allez, j’me l’fais.

      • @Juliette B: Oooooh merde je crois que je l’avais déjà écouté. Ils nous ressortent les vieux trucs de l’année scolaire.
        Y’en a qu’en foutent vraiment pas une quand c’est l’été bordel.

      • @Juliette B: pire : ça date d’il y a trois ans.
        Héééééééé ben, on avance pas.
        Bravo.
        Je vais manger du coup tiens.

      • @Juliette B: moi j’appelle ça être payé à rien foutre que de reprendre des vieilles émissions pour se faire valoir, pour faire l’intéressant,
        Comme quoi pour certains le revenu inconditionnel existe déjà.
        Bon je vais ruminer ma rage dehors.

        • @anne-laure: réjouis-toi: moi je ne l’ai jamais écoutée. Et trois ans c’est rien.

          • Ayé…un peu frustrant car bien trop court surtout.
            Mais au moins il m’a fait rire avec son histoire de « prendre femme » au début de l’émission.

          • @Juliette B: alors je me réjouis.

        • @anne-laure: tiens, en échange et en rapport avec nos affaires un petit conte cherokee lu hier:
          « En tout homme il y a deux loups, dit le vieux sachem.
          Un noir et un blanc.
          Le noir est sûr de son dû, effrayé de tout, colérique, plein de ressentiment, égoïste et cupide, parce qu’il n’a plus rien à donner.
          Le blanc est fort et tranquille lucide et juste, disponible, donc généreux, car il est assez solide pour ne pas se sentir agressé par les événements ».
          Un enfant qui écoute l’histoire lui demande:
          « – Mais lequel suis-je alors ? »
          – Celui que tu nourris. »

          • @Juliette B: mmmh j’aime bien ça les contes d’indiens d’Amérique et j’aime bien les coyotes.
            Mais il est un peu bête le gamin avec sa question puisque l’autre lui dit dès le départ qu’il est les deux. Loups.
            Il avait pas bien écouté la consigne.
            Tu as raison, cela concerne tout à fait nos affaires, avec une question suspendue au-dessus de nos têtes : est-ce moi qui décide du choix du loup que je nourris ?

          • @Juliette B: alors que j’aimerais mieux nourrir mon coyote.

          • @anne-laure: tiens anne-laure, quand tu auras sorti le nez du livre, tu pourras si tu en as envie écouter le copain de François en parler,

            le 1 m’a bien plu (pas encore écouté les 2, 3 et 4),
            avec un orateur concentré mais détendu et bienveillant,

            https://www.google.fr/search?q=Spinoza+deleuze&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b&gfe_rd=cr&ei=JYOcV_CYLYzf8gfmqIHACQ

            (ps: ta remarque sur le coyote m’a fait penser que c’était peut-être l’étape de réflexion d’après, celle nourrie par ton friedrich; mais c’est encore un peu tôt pour moi)

          • @Juliette B: cool c’est une bonne idée ton idée.
            Pour quand j’aurai fini le bouquin de spino t’as raison. Et puis là je stagne avant la dernière partie, pas qu’il ne m’intéresse plus mais je suis trop fatiguée fatiguée fatiguée fatiguée.
            Tiens ça me fait penser qu’il ne parle pas de ça spino , de la fatigue engendrée par l’impuissance.
            A moins que la fatigue vienne d’ailleurs.
            Du travail peut-être ?

            Merci bien !!
            vais faire un tour dans l’bourg.

          • @Juliette B: tiens tu vois par cette gentille petite musique kanak mon corps sera bien affecté pour que je bouge enfin mon gros cul du canap, youplà.
            Enfin j’dis gros mais ça va quand même, on a vu pire.

          • @Juliette B: woualaaaa tu verrais comment qu’sont trop en chiens les mecs du pmu du bourg.
            C’est l’été qui chauffe les couilles.

          • @anne-laure: wé, tu devrais leur apprendre le langage de l’amour
            https://www.youtube.com/watch?v=MCxDJnHiLqs

          • après il t’emmènera dans sa cabane et ce sera bien: https://www.youtube.com/watch?v=MCxDJnHiLqs

          • @anne-laure: à moins que tu préfères son frère: https://www.youtube.com/watch?v=MCxDJnHiLqs

          • @Juliette B: magnifique cette vidéo. Mais j’aime pas trop le regard glauque des otaries, ça fait un peu flipper non ?
            Et ce cri final godzillesque , brrrr.

          • @Juliette B: alors que le gros nounours je me le taperais bien si j’avais vingt ans de moins.

          • @Juliette B: ah d’accord. J’avais suivi scrupuleusement toutes tes instructions, je pensais que la cabane c’était la cabane de l’otarie, le frère de l’otarie, etc.
            T’es vraiment abrutie ma pauv’juliette.

          • @Juliette B: tiens écoute donc une radio allemande pour les vieux ça va t’éclaircir les idées.

          • @Juliette B: c’était un conseil de ma sœur qui colorie des castors en Crète.
            Pour info.

          • @anne-laure:ouch ca me rappelle les voyages de classe en Allemagne et Werner un gentil correspondant. Mais bcp de pub sur cette radio quand même. Ou je suis tombée au mauvais moment.

    • en tout cas elle ne n’est pas restée longtemps

    • en revanche pour mylène on est sure http://news.jukebo.fr/files/2009/06/mylene-farmer1.jpg

    • c’est à son corps qu’on reconnait le punk http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=286259WP20160724160552Pro.jpg

      qui l’eût cru? et c’est moi qui l’ai tofé

    • séquence dicton: … / A la st Juliette l’été est en fête /…

      ici ça pète et gronde de partout, c’te fiesta les gars

Laisser un commentaire