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44 681 Commentaires

  1. Quelqu’un à vu K.o? Ca me tente

  2. En parlant de Rois et reines, je me suis toujours dit que le discours pseudo-métaphysique d’Amalric sur la différence entre les hommes et les femmes (les hommes sont sur des droites, des lignes pour mourir alors que les femmes sont dans des bulles, plus légères) pourrait très bien convenir à Garrel, que ça doit recouper ce qu’il pense sur les femmes.

    • @Charles: connais pas ce garrel, comme je le disais à billy, mais chez desplechin tu trouves une figure féminine sacrément importante, la grosse noire intellectuelle Devereux,
      la maitre de recherches en anthropologie de Dedalus dans les trois souvenirs il me semble , me souviens plus très bien,
      et la psychanalyste dans rois et reine,

      le discours sur les hommes sur la ligne droite les femmes dans les bulles je crois que c’est de l’autodérision sur les questionnements existentiels d’un homme, c’est du comique de la philosophie qui nous arrive d’un autre siècle.

      • non ce n’est pas de l’autodérision
        les femmes chez Desplechin sont invariablement des créatures métaphysiques (saisies métaphysiquement)

        • @François Bégaudeau: ah.
          En tous les cas je reviens des fantômes d’Ismaël de ma sœur marie et d’un jus de mangue et j’ai trouvé que c’était moyen moyen.
          Le film.
          ça me fait un peu comme avec rois et reines où tous les personnages sont un peu ennuyeux hormis matthieu amalric ( ou almaric je sais jamais et j’en ai rien à foutre ), avec ses yeux noirs et ses poules.
          Mais globalement plus sinistre que rois et reines, que j’aurais pas dû visionner juste avant en fait , c’est à cause de juliette,
          ni le hong sang soo avant qui est vachement meilleur.

        • @François Bégaudeau: et c’était demi-tarif parce que c’était la fête du cinéma, ça nous faisait de belles jambes.

    • @Charles: vais voir le jour d’après, demain avec ma copine de danse lolo la tigresse , je t’en dirai des nouvelles, puisque tu m’as incitée, puisque que tu es mon dieu du cinéma numéro deux.
      Y a Zeus, y a les autres.
      Hadès ?

    • @Charles: comme convenu avec moi-même je te fais mon petit retour sur le jour d’après dont je ne comprends pas le titre, vois pas le rapport,
      ce film me laisse bien dubitative, je l’ai trouvé bien méchant avec les amoureux, les amoureux du genre les amoureux qui se possèdent l’un l’autre, on se comprend,
      ce qui tout d’abord me faisait bien plaisir, puisque pour moi-même je vise plus loin, par-delà la possession, puisque je suis mégalomaniaque,
      et puis j’y repense et s’il croit qu’on l’a pas vu venir son petit manège, c’est tout de même exagéré,
      les scènes de cris des femmes jalouses , qui se mettent minables, qu’on a bien envie de claquer pour qu’elles se calment, tellement chiantes qu’elles en sont risibles et d’ailleurs j’ai bien ri,
      le type, bête , mais bêêêête , j’ai jamais vu un homme bête pareil ,
      et la jeune fille hors de ces petites médiocrités humaines, toujours digne toujours mesurée toujours adéquate, même lorsqu’elle se fait frapper comme un vieux sac, lorsqu’elle se fait décoiffer par la vieille, même lorsqu’elle part pisser, quand elle mange quand elle boit etc
      on ne peut pas ne pas l’aimer , surtout qu’elle est sacrément belle, comme de par hasard, à part qu’elle a une petite bouche de poulpe lorsqu’elle est dans le taxi et j’aime pas trop mais après ça passe, elle regarde tomber la neige de dieu et elle est magnifique,
      Et je ne sais pas comment dire ça, mais ce parti pris me gène, même si je reconnais que le jeu avec la forme du film est géniale, les plans les postures les dialogues,
      Ce qu’il nous dit ce n’est pas très sympa pour les amoureux, qui font bien ce qu’ils peuvent, les pauvres.
      Et ma petite idée est que certes ,à ce moment J du film , la belle fille se trouve à la bonne place, mais rien n’exclut qu’elle ne se trouve pas elle aussi plus tard dans le même genre de merdasse, malgré dieu et son amour pour le monde.
      Bref, tout ça pour dire que je me méfie bien de ce que veut me raconter ce film, qui me donne un schéma assez figé et restreint de l’amour.
      Nan mais parce que sinon dans le genre folle de dieu tu as aussi la petite d’hadewijch, pour rappel.

      • @anne-laure: Bon, vu que tu es complètement allergique à la religion et que tu es toujours incrédule devant des croyants, je comprends que le personnage de la jeune fille t’insupporte.
        Pourtant ce personnage, qui n’est pas un fou de Dieu mais un croyant au sens le plus littéral et fondamental, ne fait pas la leçon et n’est pas au centre du film, il est plutôt en périphérie, le témoin lumineux des histoires foireuses de l’éditeur.
        Tu dis que ce dernier est bête mais je ne vois pas trop en quoi. Ce qu’il dit sur l’impuissance des mots saisir le réel n’est pas bête par exemple. Il est lâche et présenté comme tel, mais aussi très émouvant, très touchant.
        Je ne comprends pas davantage ta critique sur la vision de l’amour du film. Sachant qu’à aucun moment il ne propose de schéma, de modèle. Hong Sang Soo se contente de regarder se débattre des amants, sans doute mal assortis, avec leurs petitesses et leurs joies. Il ne tient pas de discours sur l’amour? Quand bien même, il ne serait pas très sympa avec les amoureux, ce ne serait pas bien grave, puisque 99% de la production cinématographique veut nous persuader qu’il n’y a rien de plus beau et de plus important que l’amour.

        • @Charles: je suis bien d’accord avec ta dernière phrase, pour ça qu’il m’a bien fait kiffer ce film.
          Non mais j’insiste, il est bête, le coup de dire à la fin qu’il a enfin une croyance, que c’est sa fille, alors qu’il en avait juste marre de vivre dans le tout petit appart avec la fille moche.
          Je n’ai pas été très touchée par ses pleurnicheries je dois dire, pauvre homme qui ne savait plus où il en était.

        • @Charles: je ne suis pas incrédule devant les croyants et la belle fille ne m’insupportait pas non, tu m’as mal comprise, je l’ai beaucoup aimée.

        • @Charles: bon on va dire que ce qui me gène dans ce film c’est qu’il me conforte trop dans ce que je pense des relations amoureuses,
          pour tout te dire après le film je me suis retrouvée avec des copines qui me racontaient leurs amourettes, les amourettes des autres,
          et alors , effectivement , tout le monde est bien malheureux avec cette obligation ,
          allez viens Charles on va s’exiler dans un monastère orthodoxe grec dans la montagne au bord d’une falaise

        • @Charles: pour résumer, je n’aime pas avoir raison à ce point, ça me fait un peu flipper.

    • @Charles: la forme du film est géniale parce qu’elle porte précisément ce qu’elle veut démontrer, je ne pense pas qu’on puisse voir autrement les vies amoureuses que ce qu’il met en évidence,
      qu’elles sont mesquines et médiocres.
      Il est malin ce coréen.

    • mossieur thomas évolue maintenant dans des sphères plus gratifiantes

    • @Juliette B: si tu crois que j’avais pas déjà repéré,
      ni thomas mon mien ni thomas ton tien d’ailleurs je crois,
      n’empêche que je scrute l’horizon de mes yeux désirants, la pièce n’arrivera vers moi que dans très très longtemps,
      on s’arme de patience comme on dit , on calme la bête

      • ils sont d’un volage ces garçons, à peine on commence à les aimer que déjà ils s’en vont…
        j’ai quand même pris mes billets, novembre.

        • @Juliette B: ah tu as bien fait de le faire maintenant parce que je crois qu’ils sont assez demandés, tu me donnerais presque envie de me faire un voyage hivernal à paris.
          Automnal ? ah oui.

        • @Juliette B: mmmh ça m’travaille, j’ai bien envie de me faire un dimanche à 16 h avec un qui m’aime me suive,
          vais me retrouver toute seule comme toujours

          • @anne-laure: moi j’ai pris 6 places, dont 3 pour les jeunes qui ne le savent pas encore hihi, le vendredi 10 nov, mais t’as raison c’est bien aussi le dimanche après-midi

          • @juju: ben dis donc t’es pas gênée de rafler les places comme ça, le dimanche aprèm c’est mesuré pour ne pas avoir à dormir à paris, tout est hyper organisé dans ma petite tête, c’est le troisième Reich

          • @anne-laure: ah oui tu m’impressionnes, et j’imagine que le dimanche matin tu as pris un billet à 6H pour ne pas risquer d’être en retard hein.

          • @juju: pas de perte que du profit c’est ma devise

  3. François, ça avance le débat filmé sur le féminisme et la cinéphilie? Tu sais avec qui ce sera?

    • @Charles: avec ta femme

    • @Charles: mais dis moi Charles , toi qui est très bien renseigné, est-ce qu’on peut l’attendre éternellement la version longue des fantômes d’Ismaël ou bien ?
      j’ai pas tout compris des explications du transfuge tv, le situationnisme de desplechin dont parle françois ,tout ça.

      • @anne-laure: Je sais pas, j’imagine que tu retrouveras la version longue en DVD et VOD. Au ciné, ça m’étonnerait beaucoup.

        • @Charles: ah oui c’est ça, je vais pas attendre alors.

          • @anne-laure: si je l’ai bien compris les remarques de françois sur le situationisme portaient sur la bande-annonce (qui se fout de la gueule du monde en faisant volontairement croire à un autre film que le vrai), pas sur la version courte du film, qui est d’ailleurs celle qu’il a décidé d’aller voir.

          • la version courte est certes moins radicale que la longue, mais elle l’est cent fois plus que ce que laisse augurer cette bande annonce de film français à la con

          • @juju: ah j’ai pas compris comme toi, et si on n’était pas des grosses feignasses on regarderait de nouveau le tv transfuge pour comprendre,
            moi j’ai compris que desplechin , une fois le jeu commercial lancé, la décision prise de ne pas exploiter la version longue , aurait dit comme un innocent : mais oui mais la vraie version c’est la longue. Le reste c’est du vent.
            Une sorte d’anti-marketing.
            Il est coquin.
            Ce qui n’empêche pas qu’ultérieurement on se fera de la thune sur la version longue, sur les VOD, Charles a raison.
            Pas si fou le desplechin.

          • le producteur, Caucheteux, qui aime plus la thune que le cinéma, et encore plus les loges du Parc des Princes que la thune, est pour beaucoup dans ce coup commercial

          • @anne-laure: je pense que tu as tout à fait raison: la bande-annonce n’est qu’un élément de la séquence que tu décris bien dans son entier

          • La version longue et courte sont officiellement sorties en même temps en salle en mai. La courte a été programmée partout. La longue programmée au Panthéon à Paris et dans très peu de salles en France (car les exploitants ont appris l’existence de deux versions avec la polémique lancée par la presse, lancée par Desplech. Leur programmation était déjà faite.) Depuis, certaines salles ont demandé et passé la version longue. Du coup, regarde autour de toi, peut-être que la version longue traîne par là en ce moment-même. Dans le cinéma où est passée L’Académie des muses par exemple. S’ils passent ça, c’est pas un Desplechin de 2h20 qui leur fera peur, ils en ont vu d’autres.

          • @billy: comme de juste tu seras mon dieu du cinéma numéro trois, Dionysos ?
            mais trop tard j’ai déjà donné rendez-vous à ma sœur marie pour la version courte,
            peut-être me ferais-je la longue plus tard, avec les vieilles

          • @billy: mais sinon, pour t’éclairer un peu parce que je n’aime pas te laisser ainsi dans la pénombre mon Dionysos,
            le cinéma dans lequel j’ai vu l’académie des muses n’est pas un cinéma qui héberge habituellement ce genre de film rare et peu rentable,
            c’est parce que françois participe à la vie d’une association de cinéma de cette ville qui organise des petites soirées ciné-discutes, qu’il ordonne de son index divin qu’on y fasse entrer tel film que le film arrive,
            c’est comme de la magie.
            Ceci dit près de chez moi j’ai un très bon cinéma très fourni, qui passait l’académie des muses par ailleurs un dimanche à 11 heures un jour du mois de mai mais moi j’avais dit que j’attendais françois alors j’attendais françois.
            Dans ce cinoche oui je pense qu’on finira bien par passer la version longue de desplech.
            Et j’ai le fils d’une collègue-copine qui y bosse. Il a des dread-locks.

          • @anne-laure: Ça m’ennuie un peu d’être ton dieu par rapport à de vieilles habitudes égalitaires, mais un dieu alcoolique après tout pourquoi pas.

            Je sais pas où vous êtes tous, mais si vous pouvez aller par là (Paris, Montreuil, Nantes ou Bordeaux) la semaine prochaine, vous serez bien :
            http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18665147.html

            Par contre ça, évitez, jouez pas aux cons : http://www.sofilm-festival.fr/films/vincent-lindon-masterclass-quest-ce-quun-acteur-qui-se-respecte/
            J’adore « Qu’est-ce qu’un acteur qui se respecte ? » Je soupçonne le mec qui a trouvé ce titre (ironique forcément) de pas être un gros gros fan de Lindon. Le type avait aussi pensé à « Qu’est-ce qu’un acteur qui a des couilles ? » Lindon adorait en plus, mais ça a pas été retenu. dommage.

          • j’avais bien repéré Okja, mais j’ai peur que ce soit déjà bourré partout

          • @billy: rapport à de vieilles habitudes égalitaires on a qu’à dire que je suis Poséidon, parce que oui je sais respirer sous l’eau , de mer uniquement.
            J’ai essayé la rivière la baignoire et la piscine et ça marche pas.

            Merci pour l’info du film avec la grosse bestiole.

          • on connait déjà le grand perdant de cette affaire pénible : la parole sur le film

    • non je n’en sais pas plus, sinon que ce ne sera pas avant la rentrée
      à moins que Transfuge, d’ici là, se transforme définitivement en organe de propagande du macronisme
      auquel cas on envisagera plutot un long entretien avec Gérard Collomb

      • @François Bégaudeau: Perso, je préfererai un débat avec Cynthia Fleury ou avec Virginie Depentes

        • @stephanieDLC: Je ne savais pas que Fleury était féministe. Despentes a dit un truc intéressant récemment ? Par récemment, j’entends : depuis 10 ans.

          • @Charles: Ben, en fait, oui, elle a dit des trucs intéressants, V. Depentes dans « King Kong Théorie » :  » En 1990, je monte à Paris voir un concert de Limbomaniacs, TGV, je lis « Spin ». Une certaine Camille Paglia y écrit un article qui m’interpelle et commence par me faire rigoler, dans lequel elle décrit l’effet que lui font les footballeurs sur le terrain, fascinantes bêtes de sexe pleines d’agressivité. Elle commençait son papier sur toute cette rage guerrière et à quel point çà lui plaisait, cet étalage de sueur de de cuisses musclées en action. Ce qui, de fil en aiguille, l’amenait au sujet du viol. J’ai oublié ses termes exacts. Mais, en substance : « C’est un risque inévitable, c’est un risque que les femmes doivent prendre en compte et accepter de courir si elles veulent sortir de chez elles et circuler librement. Si çà t’arrive, remets-toi debout, dust yourself et passe à autre chose. Et si çà te fait trop peur, il faut rester chez maman et t’occuper de faire ta manucure. » Çà m’a révoltée sur le coup. Haut-le-cœur de défense. Dans les minutes qui ont suivi, de ce truc de grand calme intérieur : sonnée. Gare de Lyon, il faisait déjà nuit, j’appelais Caroline, avant de filer vers le nord trouver la salle rue Ordener. Je l’appelais, surexcitée, pour lui parler de cette italienne américaine, qu’il fallait qu’elle lise çà et qu’elle me dise ce qu’elle en pensait. Çà a sonné Caroline pareil que moi. Depuis, plus rien n’a jamais été cloisonné, verrouillé, comme avant. Penser pour la première fois le viol de façon nouvelle. Le sujet jusqu’alors était resté tabou, tellement miné qu’on ne se permettait pas d’en dire autre chose que « quelle horreur » et « pauvres filles ». Pour la première fois quelqu’un valorisait la faculté de s’en remettre, plutôt que de s’étendre complaisamment sur le florilège des traumas. Dévalorisation du viol, de sa portée, de sa résonance. Çà n’annulait rien à ce qui s’était passé, çà n’effaçait rien de ce qu’on avait appris cette nuit-là. Camille Paglia est sans doute la plus controversée des féministes américaines. Elle proposait de penser le viol comme un risque à prendre, inhérent à notre condition de filles. Une liberté inouïe, de dédramatisation. Oui, on avait été dehors, un espace qui n’était pas pour nous. Oui, on avait vécu au lieu de mourir. Oui, on était en mini-jupe seules sans un mec avec nous, la nuit, oui, on avait été connes, et faibles, incapables de leur péter la gueule, faibles comme les filles apprennent à l’être quand on les agresse. Oui, çà nous était arrivé, mais pour la première fois, on comprenait ce qu’on avait fait : on était sorties dans la rue parce que chez papa-maman, il ne se passait pas grand-chose. On avait pris le risque, on avait payé le prix, et plutôt qu’avoir honte d’être vivante, on pouvait décider de se relever et de s’en remettre le mieux possible. Paglia nous permettait de nous imaginer en guerrières, non plus responsables personnellement de ce qu’elles avaient bien cherché, mais victimes ordinaires de ce qu’il faut s’attendre à endurer si on est femme et qu’on veut s’aventurer à l’extérieur. Elle était la première à sortir le viol du cauchemar absolu, du non-dit, de ce qui ne doit surtout jamais arriver. Elle en faisait une circonstance politique, quelque chose qu’on devait apprendre à encaisser. Paglia changeait tout : il ne s’agissait plus de nier, ni de succomber, il s’agissait de faire avec. Été 2005, Philadelphie, je suis en face de Camille Paglia, on fait une interview pour un documentaire. Je hoche la tête avec enthousiasme en écoutant ce qu’elle dit. « Dans les années 60, sur le campus, les filles étaient enfermées dans les dortoirs à dix heures du soir, alors que les garçons faisaient ce qu’ils voulaient. Nous avons demandé « pourquoi cette différence de traitement ? » on nous a expliqué « parce que le monde est dangereux, vous risquez de vous faire violer », nous avons répondu « alors donnez-nous le droit de risquer d’être violées. »Parmi les réactions que le réçit de mon histoire a suscitées, il y a eu celle-ci : « Et tu as fait du stop, encore, après ? » Parce que je racontais que je ne l’avais pas dit à mes parents, de peur qu’ils me bouclent à triple tour, pour mon propre bien. Parce que oui, j’ai refait du stop. Moins pimpante, moins avenante, mais j’ai recommencé. Jusqu’à ce que d’autres punks me donnent l’idée de voyager en prenant des amendes dans le train, je ne connaissais pas d’autres moyens pour aller voir un concert à Toulouse le jeudi et un autre à Lille le samedi. Et à l’époque, aller voir des concerts était plus important que tout. Justifiait de se mettre en danger. Rien de pouvait être pire que rester dans ma chambre, loin de la vie, alors qu’il se passait tant de choses dehors. J’ai donc continuer d’arriver dans des villes où je ne connaissais personne, de rester seule dans des gares jusqu’à ce qu’elles ferment pour y passer la nuit, ou dormir dans des allées d’immeuble en attendant le train du lendemain. De faire comme si je n’étais pas une fille. Et si je n’ai plus jamais été violée, j’ai risqué de l’être cent fois ensuite, juste en étant beaucoup à l’extérieur. Ce que j’ai vécu à cette époque, à cet âge-là, était irremplaçable, autrement plus intense que d’aller m’enfermer à l’école apprendre la docilité, ou de rester chez moi à regarder des magazines. C’était les meilleures années de ma vie, les plus riches et tonitruantes, et toutes les saloperies qui sont venues avec, j’ai trouvé les ressources pour les vivre. Mais j’ai scrupuleusement évité de raconter mon histoire parce que je connaissais d’avance le jugement : « ah, parce qu’ensuite tu as continué de faire du stop, si çà ne t’a pas calmée, c’est que çà a dû te plaire. » Puisque le viol, il faut toujours prouver qu’on était vraiment pas d’accord. La culpabilité est comme soumise à une attraction morale non énoncée, qui voudrait qu’elle penche toujours du côté de celle qui s’est fait mettre, plutôt que de celui qui cogné. Quand le film « Baise-moi » a été retiré de l’affiche, beaucoup de femmes -les hommes n’ont pas osé se prononcer sur ce point- ont tenu à affirmer publiquement : « Quelle horreur, il ne faudrait surtout pas croire que la violence est une solution contre le viol. » Ah bon ? On n’entend jamais parler dans les faits divers de filles, seules ou en bandes, qui arrachent des bites avec les dents pendant les agressions, qui retrouvent les agresseurs pour leur faire la peau, ou leur mettre une trempe. Çà n’existe pour l’instant, que dans des films réalisés par des hommes. « La dernière maison sur la gauche » de W. Craven, « L’ange de la vengeance » de Ferrara, « I spit on your grave » de Meir Zarchi, par exemple. Les trois films commencent par des viols plus ou moins ignobles (plutôt plus que moins, d’ailleurs). Et détaillent dans une deuxième partie les vengeances ultra-sanglantes que les femmes infligent à leurs agresseurs. Quand des hommes mettent en scène des personnages de femmes, c’est rarement dans le but d’essayer de comprendre ce qu’elle vivent et ressentent en tant que femmes. C’est plutôt une façon de mettre en scène leur sensibilité d’hommes, dans un corps de femme. Dans ces trois films, on voit comment les hommes réagiraient, à la place des femmes, face au viol. Bain de sang, d’une impitoyable violence. Le message qu’ils nous font passer est clair : comment çà se fait que vous ne vous défendez pas plus brutalement ? Ce qui est étonnant, effectivement, c’est qu’on ne réagisse pas comme çà. Une entreprise politique ancestrale, implacable, apprend aux femmes à ne pas se défendre. Comme d’habitude, double contrainte : nous faire savoir qu’il n’y a rien de plus grave, et en même temps, qu’on ne doit ni se défendre, ni se venger. Souffrir, et ne rien pouvoir faire d’autre. C’est Damoclès entre les cuisses. Mais les femmes sentent la nécessité de l’affirmer encore : la violence n’est pas une solution. Pourtant, le jour où les hommes auront peur de se faire lacérer la bite à coup de cutter quand ils serrent une fille de force, ils sauront brusquement mieux contrôler leurs pulsions « masculines », et comprendre ce que « non » veut dire. J’aurais préféré, cette nuit-là, être capable de sortir de ce qu’on a inculqué à mon sexe, et les égorger tous, un par un. Plutôt que vivre en étant cette personne qui n’ose pas se défendre, parce qu’elle est une femme, que la violence n’est pas son territoire, et que l’intégrité physique du corps d’un homme est plus importante que celle d’une femme. Pendant ce viol, j’avais dans la poche de mon Teddy rouge et blanc un cran d’arrêt, manche noir rutilant, mécanique impeccable, lame fine. Un cran d’arrêt que je brandissais assez facilement, en ces temps globalement confus. Cette nuit-là, il est resté planqué dans ma poche et la seule pensée que j’au eue à propos de cette lame était : pourvu qu’ils ne la trouve pas, pourvu qu’ils ne décident pas de jouer avec. Je n’ai même pas pensé à m’en servir. Du moment que j’avais compris ce qui nous arrivait, j’étais convaincue qu’ils étaient les plus forts. Une question de mental. Je suis convaincue depuis, que s’il s’était agi de nous faire voler nos blousons, ma réaction aurait été différente. Je n’étais pas téméraire, mais volontiers inconsciente. Mais, à ce moment précis, je me suis sentie femme, salement femme, comme je ne l’avais jamais senti, comme je ne l’ai plus jamais senti. Défendre ma propre peau ne me permettait pas de blesser un homme. Je crois que j’aurais réagi de la même façon s’il n’y avait eu qu’un seul garçon contre moi. C’est le projet du viol qui refaisait de moi une femme, quelqu’un d’essentiellement vulnérable. Les petites filles sont dressées pour ne jamais faire de mal aux hommes, et les femmes rappelées à l’ordre chaque fois qu’elles dérogent à la règle. Personne n’aime savoir à quel point il est lâche. Personne n’a envie de le savoir dans sa chair. Je ne suis pas furieuse contre moi de ne pas avoir oser en tuer un. Je suis furieuse contre une sociétéqui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’écarte les cuisses de force, alors que cette même société m’a inculqué l’idée que c’était un crime dont je ne devais pas me remettre (…) C’est étonnant qu’en 2006, alors que tant de monde se promène avec de minuscules ordinateurscellulaires en poche, appareils photo, téléphones, répertoires, musique, il n’existe pas le moindre objet qu’on puisse se glisser dans la chatte quand on sort faire un tour dehors, et qui déchiquetterait la queue du premier connard qui s’y glisse. Peut-être que rendre le sexe féminin inaccessible par la force n’est pas souhaitable. Il faut que çà reste ouvert, et craintif, une femme. Sinon, qu’est ce qui définirait la masculinité ? Post-viol, la seule attitude tolérée consiste à retourner la violence contre soi. Prendre vingt kilos, par exemple. Sortir du marché sexuel, puisqu’on a été abîmée, se soustraire soi-même au désir. En France, on ne tue pas les femmes à qui c’est arrivé, mais on attend d’elles qu’elles aient la décence de se signaler en tant que marchandise endommagée, polluée. Putes ou enlaidies, qu’elles sortent du marché des épousables (…) On entend encore souvent dire « grâce aux putes, il y a moins de viols », comme si les mâles ne pouvaient pas se retenir, qu’ils doivent se décharger quelque part. Croyance politique construite, et non l’évidence naturelle -pulsionnelle- qu’on veut nous faire croire. Si la testotérone faisait d’eux des animaux aux pulsions indomptables, ils tueraient aussi facilement qu’ils violent. C’est loin d’être le cas. Les discours sur la question du masculin sont émaillés de résidus d’obscurantismes. Le viol, l’acte condamné dont on ne doit pas parler, synthétise un ensemble de croyances fondamentales concernant la virilité. Il y a ce fanstasme du viol. Ce fantasme sexuel. Si je veux vraiement parler de « mon » viol,il faut que je passe par çà. C’est un fantasme que j’ai depuis que je suis petite. Je dirai que c’est un vestige du peu d’éducation religieuse que j’ai reçue, indirectement, par les livres, la télé, des enfants à l’école, des voisins. Les saintes, attachées, brûlées vives, les martyres ont été les premières images à provoquer chez moi des émotions érotiques. L’idée d’être livrée, forcée, contrainte est une fascination morbide et excitante pour la petite fille que je suis alors. Ensuite, ces fantasmes ne me quittent plus. Je suis sûre que nombreuses sont les femmes qui préfèrent ne pas se masturber, prétendant que çà ne les intéresse pas, plutôt que de savoir ce qui les excite. Nous ne sommes pas toutes les mêmes, mais je ne suis pas la seule dans mon cas. Ces fantasmes de viol, d’être prise de force, dans des conditions plus ou moins brutales, c’est issu d’un dispositif culturel prégnant et précis, qui prédestine la sexualité des femmes à jouir de leur propre impuissance, c’est à dire de la supériorité de l’autre : autant jouir contre leur gré, plutôt que comme des salopes qui aiment le sexe. Dans la morale judéo-chrétienne, mieux vaut être prise de force que prise pour une chienne, on nous l’a assez répété. Il y a une prédisposition féminine au masochisme, elle ne vient pas de nos hormones, ni du temps des cavernes, mais d’un système culturel précis, et elle n’est pas sans implications dérangeantes dans l’exercice que nous pouvons faire de nos indépendances (…) Vendre du sexe, çà concerne tout le monde, et les femmes « respectables » ont leur mot à dire. Depuis dix ans, çà m’est souvent arrivé d’être dans un beau salon, en compagnie de dames qui ont toujours été entretenues via le contrat marital, souvent des femmes divorcées qui avaient obtenu des pensions dignes de ce nom, et qui sans l’ombre d’un doute m’expliquent, à moi, que la prostitution est en soi une mauvaise chose pour les femmes. Elles savent intuitivement, que ce travail-là est plus dégradant qu’un autre. Intrinsèquement. Non pas : pratiqué dans des circonstances bien particulières, mais : en soi. L’affirmation est catégorique, rarement assortie de nuances, telles que « si les filles ne sont pas consentantes », ou « quand elles ne touchent pas un centime sur ce qu’elles font », ou « quand elles sont obligées d’aller travailler dehors aux périphéries des villes ». Qu’elles soient putes de luxe, occasionnelles, au trottoir, vieilles, jeunes, douées, dominatrices, toxou mères de famille ne fait à priori aucune différence. Échanger un service sexuel contre de l’argent, même dans de bonnes conditions, même de son plein gré, est une atteinte à la dignité de la femme. Preuve en est : si elles avaient le choix, les prostituées ne le feraient pas. Tu parles d’une rhétorique…Comme si l’épileuse de chez Yves Rocher étalait de la cire ou perçait des points noirs par pure vocation esthétique. La plupart des gens qui travaillent s’en passeraient s’ils le pouvaient, quelle blague ! N’empêche que dans certains milieux, on répètent à l’envi que le problème n’est pas de sortir la prostitution de la périphérie des villes où les prostituées sont exposées à toutes les agressions (conditions dans lesquelles où même vendre du pain relèverait du sport extrême), ni d’obtenir des cadres légaux tels qu’ils sont réclamés par les travailleuses sexuelles, mais d’interdire la prostitution. Difficile de ne pas penser que ce que les femmes respectables ne disent pas, quand elles se préoccupent du sort des putes, c’est qu’au fond, elles en craignent la concurrence.Déloyale, car trop adéquate et directe. Si la prostituée exerce son commerce dans des conditions décentes, les mêmes que l’esthéticienne ou la psychiatre, si son activité est débarrassée de toutes les pressions légales qu’elle connait actuellement, la position de femme mariée devient brusquement moins attrayante. Car si le contrat @Charles: se banalise, le contrat marital apparaît plus clairement comme ce qu’il est : un marché où la femme s’engage à effectuer un certain nombre de corvées assurant le confort de l’homme à des tarifs défiant toute concurrence. Notamment les tâches sexuelles » Voilà, c’est long, très long, il y a de la matière à discussion, je pense. Quant à Cynthia Fleury, je lis en ce moment « Le courage de soi » ce n’est pas spécifiquement féministe mais c’est intéressant sur la « posture » à adopter dans le désarroi républicain ambiant (rien, évidemment sur la cinéphilie) : J’écris ici la quatrième de couv : « Notre époque est celle de l’instrumentalisation et de la disparition du courage. De même, chaque individu connait cette phase d’épuisement et d’érosion de soi. Comment convertir le découragement en reconquête de l’avenir ? Il s’agit de surmonter ce désarroi et de retrouver le ressort du courage pour soi, pour nos dirigeants si souvent contre-exemplaires, pour nos sociétés livrées à une impitoyable guerre économique. Le plus sûr moyen de s’opposer à l’entropie démocratique reste l’éthique du courage et sa refondation comme vertu démocratique. Dans cet essai enlevé, C.F. rappelle qu’il n’y a pas de courage politique sans courage moral et montre avec brio comment la philosophie permet de fonder une théorie du courage qui articule l’individuel et le collectif. Car si l’homme courageux est toujours solitaire, l’éthique collective du courage est seule durable. » Mais peut-être est-ce totalement hors-sujet du débat « Cinéphilie et féminisme ». Pourtant, il en faut du courage politique et moral à dire ce qui parait au plus grand nombre amoral, tabou : la prostitution, le fantasme de viol, le viol, le contrat marital, le masochisme féminin.

  4. petit message privé pas privé pour Cat :
    j’ai retrouvé le nom de ma plage la plage de tata lulu la plage de la cabane, le nouveau c’est la plage saint jean ( « sud » je crois , je vois pas l’idée ),
    le plus ancien c’est la plage du maghour, qui signifie maison ou truc du genre c’est à dire cabane , c’est pas compliqué.
    Je t’autorise à y aller si tu veux, j’ai déjà remarqué qu’il y a déjà pas mal de gens qui ne se gênent pas pour le faire, je suis plus à quelques gens près.
    Y a même des gens qui se permettent de mettre leurs corps dans mon océan.

    • @anne-laure: Une fois on était deux à Saint Jean, du côté de l’Epine, l’autre c’était toi.

      • @Cat: au bout de l’épine oui, maillot de bain rouge passé ou bleu-blanc tissu rideau c’était moi.
        Plage du vieil tu peux y trouver Romy Schneider et Yves Montand parait-il.
        chuis pas allée vérifier.

      • @Cat: et puis l’autre là, l’acteur qu’on aime bien, aaaaah on sait plus parce qu’on a 70 ans.
        Samy Frey.

  5. François, je voulais savoir ce que tu pensais de l’émission « Strip Tease ». En as-tu été un spectateur assidu autrefois ?

  6. Contagion.

    Acte I
    Je commence par être un peu gêné par le texte et le jeu des comédiens. Je trouve ça un peu artificiel, très didactique, j’ai l’impression qu’on veut nous faire la leçon, ça sonne faux. Je deviens ensuite agacé, au cours du premier acte, par le jeune, que j’ai envie de gifler ; puis par l’adulte, l’impuissance de ce celui-ci me dérange. Je le trouve trop énervé, ce qui me renvoit à mon propre énervement, il perd trop facilement face au jeune. J’aime bien certaines réparties du jeune et qu’il ne soit pas infantilisé et donc dominé, même si je me dis que dans la réalité, il ne serait pas aussi vif et, parfois, subtil, qu’il serait plus caricatural. Puis je comprends que l’enjeu de ce premier acte n’est pas tant la déconstruction des théories complotistes que le point de départ de la trajectoire du prof, son sursaut de survie.

    Acte II
    A mon sens le plus réussi. J’aime bien la critique du journalisme 2.0., féroce sans être outrancière. Le comédien qui joue le rédacteur en chef connecté est convaincant, plus qu’au premier acte. C’est drôle, rapide, malin. La fin de cette partie est magistrale, le monologue du prof est brillant – très gombrowiczien, très ferdydurkien – bien mis en valeur par le discours creux tenu par le rédac’ chef qui sert de contrepoint comique. Là où c’est très fort, c’est que ce discours n’est pas caricaturé, ou tout du moins pas complètement, et que son caractère grotesque est bien révélé par l’autre discours, celui du prof. Cette fin d’acte en monologues enlacés est puissante et convaincante.

    Acte III
    Début fort car délicat, subtil. On voit le prof devenu comédien déclamer un texte sur les raisons psychologiques du djihadisme, sur le nihilisme comme raison explicative du terrorisme. Je trouve cette entrée forte car même si dès la première phase on entend l’ironie de François (« je suis le fils du négatif », on jurerait entendre du Muray), on n’est pas dans la parodie, dans la satire. C’est une moquerie fine -ça ne ricane pas-, qui connait bien sa victime, qui lui rend justice et la fait d’autant plus vaciller en collant à ses propos. Ayant moi-même pu professer ici des idées similaires à ce monologue, je ne peux qu’y être sensible. Le metteur en scène qui veut à tout prix dire des trucs est aussi finement dépeint. La thèse développée est radicale, abrupte, qui dit l’impuissance, l’absurdité -peut-être momentanée – de l’art à traiter ce type de sujets, à tenir des discours sur le terrorisme, mais sans être bruyamment émise, sans se repaître de sa subversion. Belle fin à deux voix, cette fois-ci concordantes, en harmonie.

    A la fin de la pièce, je me pose deux questions :

    pourquoi Daft Punk? Leur musique est utilisée comme un fil rouge tout au long des trois actes, simple kif ou ça a un sens précis?

    ensuite, je me demande quand même si le comédien jouant le prof a bien le corps qu’il faut pour ça, j’ai un léger doute. Je le sens plus à l’aise dans le premier acte que dans les deux autres, qu’il est davantage un corps de prof, d »adulte », que d’intello démissionnaire. Néanmoins, je l’ai trouvé parfait dans le monologue de fin du second acte. C’est moins ce jeu qui est en cause que son corps (mais est-ce distinct?).

    • Merci, c’est cool de revisiter la pièce avec toi Charles. J’y suis allée fin mai, au lycée pro du 19e où elle était jouée avant le théâtre, et avec Zad (17 ans), qui me dit toujours oui quand je lui propose de lire ou d’aller voir une pièce de FB, ce qui doit être un signe de quelque chose vu que pour le reste on fait pas grand chose ensemble.
      On avait tous les deux lu et aimé Contagion avant de la voir jouée.

      Acte I: moi pas agacée mais un peu gêné e oui par le jeu des acteurs: Stéphane me paraît d’emblée trop nerveux, trop impliqué, raide, alors que je l’imagine au départ très sûr de lui donc plus nonchalant dans ses échanges, et gagné par la nervosité seulement au fur et à mesure que Maxime lui résiste.
      Du coup Maxime a trop d’emblée le beau rôle, Zad ne l’a pas trouvé trop crédible comme ado dans son jeu alors qu’en lisant la pièce si.
      Mais le texte nous porte, on les suit.

      Acte II: ça décolle. Le journaliste est très réaliste -je jubile en l’écoutant – et l’acteur assure sur un texte très juste s’agissant de comment l’information se fabrique, à coup de petits glissements, petits arrangements avec le réel quand il ne dit pas ce qu’on espérait qu’il dise et qu’on veut quand même lui faire dire.
      Stéphane est encore raide au début mais c’est un entretien d’embauche, ça se justifie davantage, et puis comme tu le dis Charles le texte qui se déroule est de plus en plus fort, super rythme dans les échanges, et on est suspendu aux lèvres de Stéphane qui raconte son exaspération face à une ado, la fille d’une copine, et qui élargit aux rôles dans lesquels chacun se retrouve enfermé et enferme l’autre – « En zone jeune je perds mes défenses immunitaires. En zone jeunes, je suis pris d’une pulsion d’ordre ».
      Je retrouve dans les monologues parallèles de FX et Stéphane, le souffle que j’avais tellement aimé dans la double voix de La fin de l’histoire.
      Quand tu es parent, tu connais par ailleurs très bien cette situation de merde où toute évocation par un tiers des difficultés de son enfant te fait penser au tien et très vite tu l’écoutes plus, voire tu lui réponds en parlant du tien et en oubliant le sujet initial, brrrr c’est nul mais quasi inéluctable et tu te retrouves un jour ou l’autre des deux côtés de cette situation. C’est magistralement exposé.
      Le « Je dois me sauver » de Stéphane prépare bien le terrain de la suite.

      Acte III: Là émotion, grosse émotion pour moi. Stéphane qui affirme son choix en même temps qu’il en sait l’impossibilité – pas de cachette où échapper à tout cela.

      Et sa dernière tirade:

      Je cherche des mots nouveaux. Je veux des mots qui ne soient pas des poisons. Je ne veux pas ressasser. Je veux converser. Je veux des conversations. Je cherche des interlocuteurs. Je cherche des amis. Je cherche un ami. Un ami me suffirait. Un ami me fera une vie. Je veux retrouver l’esprit de jeunesse, l’esprit de pauvreté. J’attends que me prenne une nouvelle espérance.

      • merci à vous deux, ces retours très précis sont très précieux, je vais même en transmettre des bribes à la metteure en scène
        j’aime d’autant plus ces retours que ça ne recoupe pas mon sentiment sur la pièce (en gros je suis très content de la première partie, un peu content de la seconde, et toujours assez dubitatif sur la 3)
        cela dit , très d’accord sur l’énervement trop précoce de Stéphane en 1

        le monologue final à légèrement changé depuis la publication :
        « Je cherche des mots nouveaux. Je veux des mots qui ne soient pas des poisons. Je ne veux pas ressasser. Je veux converser. Je veux des conversations. Je cherche des interlocuteurs. Je cherche des amis. Je cherche un ami. Un ami me suffirait. Un ami me fera une vie. Un ami est gratuit. Je veux retrouver la gratuité de l’enfance. Je veux retrouver l’esprit de jeunesse, l’esprit de pauvreté. J’attends que me prenne une nouvelle espérance. »

        • @François Bégaudeau: ah bah t’as bien fait de rectifier le tir parce qu’un peu plus je te proposais 68 euros par mois pour être ton amie,
          mais là je vois que c’est pô pôssibe à cause de la gratuité,
          j’aurais eu l’air con,
          bon ben tant pis.

      • Charles : content d ce que tu dis sur le monologue de départ de la 3. A vrai dire je pensais surtout à Glucksman et à son »Dostoievski à Manhattan ». Thèse qui revient, comme d’hab avec les nouveaux philosophes, à dépolitiser la politique, et en l’espèce surtout à dé-socialiser le terrorisme et la géopolitique en général. Mais pour autant je ne la trouve pas inintéressante, cette thèse, et c’est pourquoi dans mon esprit ce monologue est tout sauf ridicule. D’ailleurs Stéphane, commence par remettre en cause le contenu du texte qu’il a à jouer, en vient ensuite au vrai ressort de sa gene : son doute quant à l’opportunité de parler de ces choses au théatre, quoi qu’on en dise.

        • sur daft punk :
          ça s’inscrit dans un dispositif général. un des axes d’écriture a été de faire revenir des éléments dans les trois parties, en les redisposant à chaque fois. comme si on essayait des montages différents, des agencements, des angles. Ainsi Stéphane peut dire, dans la 2, des choses qu’il s’est entendu dire par Maxime en 1.
          parallèlement, des motifs reviennent, avec variations : les intestins, par exemple. Fukushima. et bien sûr la métaphore virale. et au premier chef des éléments de décor : bureau / ordi / portable.
          et donc daft punk : mentionné en 1, sonnerie de portable en 2, morceau lancé sur ordi en 3 (pas n’importe lequel : Around the world, morceau en boucle, quand il est question de sortir de la boucle)

        • @François: je m’immisce sur ce monologue de départ de la 3 pour dire que quelque soit son intérêt intrinsèque, pour ce qu’on en connait, personne ne parlerait comme ça parmi le public concerné.
          C’est typiquement la réflexion de quelqu’un d’extérieur a l’action qui tente de penser la question avec ses mots à lui, puis les plaque sur un sujet qui va les déclamer à la première personne.
          Ça ne peut que sonner faux, grandiloquent. Et on imagine que l’auteur le sait bien et le fait volontairement.

          • @Juliette B: Merci Juliette, de poser la question à François « En quoi es-tu dubitatif sur le tableau 3 ? », car je me la suis aussi posée, surtout que le monologue final, on pourrait penser que c’est (un peu) la pensée de l’auteur. Attendons donc sa réponse.

        • @François Bégaudeau: Oui, je me rappelle que tu avais évoqué cet essai sur le site.

        • si qq est tenté de relire Glucksman/Dostoievski, c’était page 190

          • Voilà le monologue en question, au début de la partie 3, celui que Stéphane, qui incarne là un personnage radicalisé, ne parvient pas à jouer et à partir duquel s’engage la discussion avec le metteur en scène.
            Je suis d’accord avec ce que tu dis sur l’évolution de leur échange François, c’est comme ça que le l’ai entendu, mais pour autant, l’attaque apparaît clairement au spectateur comme ridiculement emphatique, et improbable venant d’un jeune jihadiste. j’ai du mal à imaginer que ce n’était pas voulu de la part de l’auteur.

            Je suis le fils du négatif. Je suis celui qui toujours nie. Je suis l’idolâtre du rien. Je suis vide de toute croyance. Rien de la vie ne mérite foi. Rien de la vie ne trouve grâce à mes yeux. Tout ce qui émane d’elle me révulse, tout ce qui m’en libère est désirable.

            (Un temps)

            Le manteau que je porte me gratte. Il me démange. Je me secoue pour que cesse la démangeaison, elle ne cesse pas. Il ne me reste qu’à retirer mon manteau et je n’y arrive pas. Plus je m’agite pour le retirer, plus il me gratte, c’est sans fin. Je finis par comprendre que ce manteau ne se retire pas. Que ce manteau est la vie même. Que je ne gagnerai la paix qu’en me débarrassant d la vie.

            (Un temps)

            On ne m’a rien donné à croire. On m’a donné des biens, des objets, des baskets, des téléphones. J’ai tout accepté, j’ai tout consommé, de la matière je me suis rassasié et j’ai su qu’elle n’était rien. On m’a proposé des plans de carrière et aucun ne s’est réalisé. On m’a présenté des femmes, depuis l’écran elles me lançaient des regards de tigresse, mais aucune ne s’est offerte. Je me suis senti frustré. Je me suis senti restreint, réduit, castré. Dans cette existence je me suis trouvé à l’étroit, j’ai voulu pousser les murs. Comme ils ne bougeaient pas, j’ai conçu de les faire exploser, et moi avec.
            @yeux bleus:

          • disons que je ne suis pas en radical désaccord avec le contenu de ce monologue, mais qu’en aucun cas moi je n’écrirais dans ce style ampoulé
            le théâtre qui se joue là n’est clairement pas de la même obédience que le mien

          • @yeux bleus: merci, bien aimé relire tout ça.

          • @François: c’est bien ce que j’ai compris, ce que je voulais dire c’est que précisément toi auteur de Contagion tu fais le choix délibéré de nous présenter ces arguments pas complètement cons dans ce style ampoulé qui ne serait pas le tien pour les défendre dans la vraie vie.

            Tu introduis donc d’emblée par cette écriture ampoulée une distance critique avec le contenu même du monologue qui ne peut pas échapper au spectateur, quitte à complexifier ensuite les choses dans l’échange entre les deux personnages.

            Mais j’ai une question justement: quand tu te dis « toujours assez dubitatif sur la 3 », sur quoi tes doutes se portent-ils ?
            mais quand tu dis que

          • mais quand tu dis que (scorie)

          • Vos posts autour de Contagion font hyper envie. Juliette merci d’avoir spoilé la fin, c’est magnifique. Vu que j’ai raté les représentations, je vais devoir lire la pièce comme une vulgaire provinciale ça me dégoute.

          • @Billy: j’ai eu du mal, mais j’ai attendu que la dernière représentation à la Villette soit passée pour le faire tu remarqueras 🙂

            mais tu peux encore prendre un billet pour La devise qui passe au même endroit et qui est aussi très très bien si tu veux kiffer ta race en écoutant jouer du François Bégaudeau

          • Je rigolais hein. Cite tant que tu veux, spoile à ta guise. De toute façon, je savais déjà que Bruce Willis était mort depuis le début.
            Pour la Devise, c’est très inélégant de le dire ici, mais le thème me fait peur. Même si je vois que François politiquement c’est un copain, même si je me dis qu’il a du prendre le sujet à sa façon, de biais, en revers lifté, ça fait peur. Il faut dire que niveau éducation civique, j’en suis là :
            https://www.youtube.com/watch?v=_ZCYRpEgows

          • sache que c’est un de mes clips préférés, et que, ô signe des dieux, il était prévu que cette chanson soit jouée à la fin de la pièce,
            puis l’on se ravisa, lycée oblige
            je te vends bien la pièce ou pas?

          • @Billy: aie confiance

          • Ouais tu vends hyper bien la pièce. Un signe des dieux, rien de moins, wouah.

          • Cédant au puissant lobby pro-laDevise, je vais voir la pièce demain et je vous dirai ce que j’en ai pensé. Quand mon mec m’a demandé ce que je faisais demain soir, j’étais pas super à l’aise. J’ai bafouillé je vais voir la Devise au théâtre tu sais la devise liberté égalité tout ça non mais là c’est Bégaudeau qu’a écrit du coup ce sera pas genre liberté égalité fraternité de base…
            – Non mais sérieux, tu vas voir quoi ?
            – Wonderwoman (j’ai paniqué)

          • gros rire

          • @Billy: Si tu pouvais éviter d’étaler notre vie de couple sur ce site, Billy.

          • @Billy: Et il fait quoi lui ce soir-là ?

          • @Charles: Graou j’aime quand tu fais le sévère comme ça. Alors OK my love, je dis plus rien, discrétion totale.

            @Juliette: Il bosse sinon on y serait allés ensemble, ne t’inquiète pas pour mon couple. (Tu connais Charles, il s’investit dans son boulot comme un malade. Il est tellement entier, il est tellement…)

          • Caramba encore raté !

    • @Charles: Merci Charles et Juliette de vos contributions, j’ai vu la pièce vendredi soir, et j’aimerai faire quelques retours d’impressions. J’ai tenté de poster quelque chose ce matin à ce sujet, je ne le vois plus, çà a dû se perdre dans une quatrième dimension électronique embrumée…Juste une petite chose avant de vous dire ce que j’en ai pensé : vendredi soir, notre hôte majestueux (allez, il faut bien rire un peu et ne pas se prendre au sérieux 😉 j’aime bien jouer les groupies enfiévrées et enthousiastes, forcer le trait, comme çà le doute s’immisce, c’est amusant…) Bref, vendredi soir, un débat très enrichissant a eu lieu après la représentation, Valérie Grail, la metteuse-en-scène avait des choses à dire et François, très bavard et toujours précis dans ses réponses, lui a laissé un bel espace de parole, si, si. Les questions ont fusé, nombreuses, sur le rapport aux médias, le fait de penser, de dire, de colporter qu’on est en état de guerre ou pas, les relations ado-adultes complexes, la nécessité ou non d’une « éducation morale et civique » qui serait forcément coercitive, comment gérer la mixité sociale avec apaisement quand on est une jeune ado d’un établissement scolaire (très beau témoignage d’une jeune fille) comment un homme d’une quarantaine d’années construit son parcours de vie comme un château de cartes, avec des doutes, des remises en cause à chaque métier nouveau qu’il endosse, et toujours la parole « Je cherche des mots nouveaux… » Voir la tirade finale, très belle, que juliette a retranscrite.
      Le premier tableau est peut-être le plus léger (même si Maxime sur la défensive renvoie souvent Stéphane dans ses buts dans un jeu de ping-pong verbal), on rit de bon cœur, ils se titillent mais s’apprécient, c’est fluide et le prof ne cherche pas, dogmatiquement, à lui faire la leçon, il essaie de le faire réfléchir, en lui disant qu’il est confus, qu’il confond enquête et théorie, qu’il ne doit pas se contenter de généralités… Stéphane ne se pose pas en maître. La fin, d’ailleurs, est une jolie pirouette, qui est le « savant », qui est l »apprenant »? L’interprétation des comédiens ne m’a pas gênée, je les ai trouvé très crédibles, je n’ai pas trouvé Stéphane trop nerveux, et j’aime les silences de Maxime, lorsqu’il regarde, par exemple, son robot rouge déambuler sur son bureau, on a besoin de ce moment pour que la tension retombe un peu.
      Le second tableau est tout aussi intéressant, avec des saillies d’humour (les gens devant moi riaient aussi). Ce portrait du rédacteur mainstream qui veut absolument envoyer Stéphane interviewer des jeunes « radicalisés », la façon très affirmée qu’il a, de parler et négocier le réel avec sa collaboratrice, la tirade de Stéphane sur le dégoût des jeunes, dans un dialogue de sourds avec FX qui monologue des poncifs sur la relation père/fils, la transmission…cette tirade est réjouissante, Stéphane dit avoir perdu patience, être sorti de ses gonds, de l’attitude cool, quand la jeune lui avait rétorqué qu’il parlait « comme un livre » sa pauvre réponse est alors de dire « qu’une vie sans livre est une vie de bovin »…
      Dans le troisième tableau, çà monte en puissance dans l’affirmation du doute, Stéphane n’arrive pas à incarner l’homme radicalisé, il doute de lui-même et ressent la nécessité d’en parler encore et encore (avec Alexandre). Il attend que quelque chose se passe en lui, il attend une nouvelle espérance, le terme « prendre » est judicieux, car ce n’est pas que verbal, cérébral, intellectuel : il est un corps de chair, de sang, de désirs, de besoins qui exprime aussi ce doute. La dernière tirade est très belle (cf. le post de Juliette).
      Les jeux de lumière (puits de lumière dans le noir sur le visage de Stéphane lors des monologues), la lumière (lors des transitions sur l’écran d’ordinateur), la musique très présente (le choix de Daft Punk, et les Ramones ?) ne me gêne pas, très forte au niveau sonore, elle fait partie de la mise en scène. j’ai bien aimé la présence du fauteuil tournant, redonnant de la légèreté aux échanges. On pourrait penser « Tout cela n’est pas si grave ». Sur la question du corps posée par Stéphane, j’imagine que François aura une réponse plus pertinente que la mienne, mais j’aimerai en dire quelque chose : le corps assez longiligne de l’acteur jouant Stéphane ne m’a pas paru plus adapté aux formes d’un corps de prof-mec (j’ai des collègues-hommes trapus, longilignes, grands, petits, glabres ou poilus, pour ce que j’entrevois…), que d’un corps d’intellectuel démissionnaire…Ce serait quoi un corps d’intellectuel démissionnaire ? Un corps chétif, voûté, pas très musclé à la Woody Allen ? Éclairez-moi, Messieurs, moi, je sèche sur la question…

    • @Charles: En tout cas, pour ceux que çà intéresserait et qui ne l’ont pas vue, la pièce sera jouée au Festival d’Avignon cet été.
      http://www.larevueduspectacle.fr/Avignon-Off-2017-Une-radiographie-de-l-obscurantisme-dans-un-langage-lumineux-pour-tenter-d-y-voir-clair-_a1822.html

      • Ma perplexité sur la partie 3 est là dès l’écriture, et elle est d’ordre théâtral. La situation est molle, car un peu artificielle, c’est une situation en seconde main : des gens sont en train de réfléchir à -ils le font certes quelque part, et dans un certain contexte, mais ce contexte est lui-même auto-fabriqué (on a écrit telle pièce, et on a décidé de se retrouver pour la jouer). Ce qui n’est pas du tout le cas de la 1, vraie situation, et qui se développera jusqu’à son terme. Alors le verbe est vraiment en situation, un verbe dialectique, relatif, incarné, ce qui me parait être la force possible du théâtre (et une stratégie idoine pour renvoyer tout le monde dos à dos et ouvrir des voies alternatives).
        Le monologue final fait évidemment entendre ma voix, mais je ne suis pas assez fou de moi-même pour trouver qu’une telle coincidence personnage-auteur fasse de ce moment le plus beau de la pièce. Et puis je ne déteste pas les monologues, loin de là, mais pour les raisons dites plus haut, ce n’est pas ma modalité locutoire préférée au théatre (j’ai toujours l’impression qu’écrivant un monologue, je travaille en romancier et non plus en dramaturge).

        • @François Bégaudeau: merci pour ta réponse.

        • @François Bégaudeau: merci, François, pour ces précisions et la sincérité de cette réponse 🙂 « Pas assez fou de toi-même pour penser que ce monologue auquel tu adhères peu ou prou est le plus beau moment de la pièce ». Et tu dis t’épanouir mieux intellectuellement dans le dialogue, la joute verbale, la confrontation d’idées contraires ; que dans le monologue solitaire, asséné. Cohérence totale avec le personnage (?) de ton roman « Deux Singes… » et avec l’homme FB croisé lors de rencontres-débats que tu animes autour du cinéma, l’éducation alternative, ou encore la représentativité.

          • après tout la prose romanesque est un monologue, donc quand je me retrouve à écrire du théatre, je cherche un peu à fuir ça, surtout que la parole plurielle me semble la force du théatre
            ce n’est pas la joute qui m’intéresse, c’est la polyphonie
            la joute n’est qu’une modalité parmi d’autres de la polyphonie

  7. Et allez, une table ronde de Transfuge qui vient d’être mis en ligne, va falloir que je me batte pour ne pas la regarder cet aprèm.

    • @Charles: que tu te battes contre qui ? un power ranger ?
      mais merci pour l’info oui

    • @Charles: as-tu finalement remporté ton combat contre toi-même ?

      • @Jérémy: Oui, je regarde la vidéo ce soir.

        • Chouette émission je trouve. La séquence Garrel, qui m’a décidé à aller voir le film alors que sinon j’aurais pas, est vraiment un beau moment de conversation entre Damien, Frédéric et François – ce qu’en dit chacun est intéressant.
          Couronnée après coup par le film.

          • @Juliette B: Pareil, je suis un peu allergique à Garrel, ça m’a convaincu d’aller le voir.

          • @Juliette B: Faut déjà que je digère le Hong Sang Soo (le jour d’après), d’une terrassante beauté. Je ne sais pas si j’ai vu quelque chose de plus bouleversant cette année au ciné que le discret haussement de sourcils du personnage principal quand sa femme lui hurle qu’il est lâche. Et puis y a aussi ce bout de phrase, dans une scène de discussion philosophique géniale, prononcée avec une tranquille joie de vivre par l’héroïne : « je crois que rien n’est grave, je crois que tout est merveilleux, je crois en ce monde ». Qu’est-ce que vous voulez de plus?

          • @Charles:..sans compter les mains de porcelaine de Kim Min-Hee

          • Je suis totalement d’accord avec « défendre Lynch contre les lynchiens » (bien que n’ayant pas vu le nouveau Twin peaks). Je te le pique discrètement.
            Par contre pour L’Amant d’un jour de Garrel, je crois que j’ai pas vu le même film. La scène d’amour dans les chiottes de la première séquence est exemplaire : Plan visage de la jolie fille qui gémit. Tchak tchak en 20 secondes elle gémit plus fort et on passe à autre chose. C’est chiant de vouloir filmer le désir, et de pas le filmer. J’ai eu cette impression tout le temps : le film de scène en scène évite ce qu’il filme. Caravaca annonce que si sa meuf le trompe, il comprend. Quand il s’aperçoit de son infidélité, c’est tout de suite la traditionnelle scène de ménage. Dans la cuisine, la scène de ménage. Il y aura pas mal d’images-clichées comme ça : Esther chiale recroquevillée en position foetale parce qu’elle s’est fait larguer, tandis que la voix off nous explique ce qu’on voit par la métaphore bien connue et bien vidée de toute intensité « elle était comme écorchée-vive ». Et bim on passe vite à un autre plan, à une autre phrase en voix off. Un peu plus tard, elle veut se jeter par la fenêtre.

            On voit pas non plus la vie de cette fille-Donjuan : comment elle choisit les mecs qu’elle se tape ? comment elle drague ? Comment ce désir irrépressible vient à elle ? Elle s’amuse pas beaucoup ni dans la fidélité, ni l’infidélité.

            Comme on n’est pas en empathie avec ces deux filles-archétypes, elles ont l’air de drama-queens en permanence (« plus jamais ça » au rouge à lèvres sur le miroir chez un amant. Elle aurait du carrément l’écrire en anglais, ça aurait été plus marrant). L’amitié féminine me paraît pas traitée, fake comme leur secret autour la couverture de magazine à caractère olé-olé.

            Je trouve que rien n’est filmé pendant une heure. En sortant de ce film, je pensais justement au Jour d’après (dont parle magnifiquement le plus romantique d’entre nous). J’aime tellement Hong Sang-soo, sa précision, sa finesse, les hésitations de ses personnages, les micros-gestes et gênes, je peux pas aimer L’Amant d’un jour et ses gros traits.

            Trois trucs moins négatifs que j’ai notés quand même dans mon immense mansuétude :

            – comme François, je kiffe Esther Garrel. J’aime beaucoup son phrasé contemporain, le timbre de voix, sa gueule blasée, sa façon de pas vouloir être mignonne (pour une actrice, c’est un positionnement très réjouissant, très rare) et son frère.
            L’autre fille, Louise, est super jolie et tellement ringarde. On dirait une héroïne truffaldienne, un côté Claude Jade. Ça sent l’intention de montrer une fille qui a l’air super sage pour détonner avec son côté donjuanesque.

            – la scène où Caravaca est avec une jolie étudiante dans un café en fin de soirée. Ils sont troublés l’un l’autre. Il parle avec elle, pas à l’aise, hésite à s’approcher. Elle propose qu’ils aillent chez elle pour le dernier verre. Il hésite, il refuse. La déception de la fille. Le regret du mec. J’ai aimé ce frôlement-là.

            – Caravaca marche dans la rue et se prend de l’eau qui goûte d’un pot de fleur d’un balcon. Il râluche « ça c’est bien les bourgeois ». ça m’a fait marrer. Pour le prof de fac qu’il joue, ou pour Garrel-cinéaste, oui la bourgeoisie, c’est ça. c’est que ça.

          • y aura pas match, hélas, parce que je pourrais signer tout ce que tu dis
            il faut juste voir qu’avec garrel j’en suis, après 25 ans de compagnonnage hostile, à une phase où tout ce qui échappe un peu, dans ses films, à ce que j’ai si peu aimé pendant toutes ces années, est bon à prendre
            sont donc bons à prendre, ici : ses fils et fille, son épure narrative, sa radicalité simple, etc
            mais tout le reste y est encore, que tu décris bien, et qu’on tache de ne pas trop voir
            pas encore vu le Hong mais je sais bien que je m’y sentirai en terrain mille fois plus familier

          • dégonflé.

          • Bon allez je m’y colle. Je partage largement vos réticences sur Garrel, mais quand même dans celui-là, je trouve des trucs qui ne me font pas regretter le déplacement (même après avoir vu le HSS)

            Par exemple,
            J’ai commencé en pensant la même chose que toi Billy sur le caractère statique et convenu de la scène d’amour dans les chiottes, puis comme elle revient très identiquement plusieurs fois dans le film, je me suis dit que l’important pour Garrel n’était sans doute pas tant de nous montrer les détails du surgissement et de la satisfaction du désir d’Ariane, que cette réalité brute et incontournable: elle aime baiser à la fac, dans les chiottes, debout, sans préliminaires et avec le risque permanent d’être surprise.

            A la limite peu importe l’amant du moment, l’essentiel c’est qu’il joue ce rôle là, à cet endroit-là et comme ça. C’est son fantasme, sa petite manie fétichiste à Ariane et c’est une information de taille pour la suite de l’histoire parce que c’est à cause de ça que ça va merder.

            Il y a un seul cas je crois où on la voit baiser au lit avec un amant clandestin, c’est précisément celui où elle écrit ensuite « plus jamais ça » sur le miroir avant de s’enfuir comme une voleuse.

            Même avec son prof, dans l’intimité de leur vie, on a l’impression qu’ils ne baisent pas au lit (cf son pyjama en pilou) mais qu’ils attendent de se retrouver à la fac, comme au début du film, pour le faire comme elle aime, enloucedé.

            Tu dis que « le film de scène en scène évite ce qu’il filme » et pour l’illustrer, ajoutes: « Caravaca annonce que si sa meuf le trompe, il comprend. Quand il s’aperçoit de son infidélité, c’est tout de suite la traditionnelle scène de ménage. »

            Sauf que ce n’est pas vraiment ça qui se passe. Gilles la prévient effectivement qu’il ne lui reprochera pas d’être infidèle, mais ajoute un peu solennellement « mais je ne veux pas souffrir », surtout ne rien savoir de ces écarts.

            Et elle – les pieds dans le plat – choisit de le tromper à la fac, là où elle couche habituellement avec lui, à l’heure où il bosse et dans les chiottes où il lui arrive – sacrée prostate – d’aller pisser.

            Dès lors la gifle, je la vis moins comme la traditionnelle scène de ménage que tu décris, que comme la réponse de Gilles à une indélicatesse majeure de la part d’Ariane vis à vis de leur amour. Ce n’est pas qu’elle ait baisé ailleurs qui le blesse et le rend furieux, c’est qu’elle lui en ai infligé le spectacle et réveillé une jalousie qu’il tenait gentiment à l’écart.
            Et ce que je trouve beau et un peu triste, c’est que ce qui pourrait apparaître comme une provocation d’Ariane n’en est même pas une: son désir, on l’a vu, se pose là, dans ce lieu et ces circonstances là, et il n’a rien à voir avec l’amour qu’elle porte à Gilles par ailleurs.
            Triste parce qu’on y croit à l’intimité assez heureuse de ces deux là: j’aime bien la scène où Ariane est installée tranquille sur la table de la cuisine, ses livres étalés autour d’elle, et que lui rentre du boulot, content de la retrouver.

            Et rien que pour ces gros plans sur les visages, magnifiques, je trouve que ça vaut le coup. C’est fou comme les gens sont beaux, parfois, sans s’en rendre compte.

          • IL y aussi deux idées que j’aime bien dans ce film :
            -le coup de la une de magazine où Arine pose à poil. Franchement quel spectateur aurait pu prévoir ça? Et surtout la façon dont Esther (oublié son prénom fictionnel) ne s’en sert pas contre elle. Mais lui fait remarquer qu’elle ne s’en sert pas contre elle, ce qui est une subtile prise de pouvoir.
            -les faux coups de fil que passe Esther à l’appartement. Pourquoi fait-elle ça? Elle-même ne sait pas. C’est une impulsion, qui n’aura pas de suite. Ca ne se transformera pas en argument de scénario. Qu’elle soit prise de l’envie de faire ça est vertigineux.

          • @François: oui, et il y a aussi l’ambiguité d’Esther/Jeanne quand elle présente son camarade de fac dragueur à Ariane, en disant au jeune homme que son amie est très intéressée par lui.

          • C’est Frederic Mercier qui me soufflait cette piste : Jeanne se démène subtilement pour casser le couple de son père.
            Ce qui est intéressant, et nous ramène à la misogynie philosophique de Garrel -les femmes ceci, le Désir des Femmes, etc
            Garrel, il n’y a qu’à lire tous ses titres à la suite, est un essentialiste

          • J’y crois pas à son fantasme d’aimer le sexe aux chiottes, parce qu’on voit pas comment ça l’excite spécialement, comment elle y attirerait ses conquêtes. Par contre, je vois bien comment c’est pratique dans le scénario qu’elle aime coucher dans un endroit public, pour pouvoir être vue par son mec. J’ai trouvé ça artificiel. D’autant plus qu’une fois que Caravaca l’a vue à son insu, le couple adultère un peu exhib’ se cache dans une cabine. Pourquoi pas se planquer avant ? ou ne pas se planquer du tout parce que c’est excitant ? Très accessoirement les quelques donjuans/juanitas que je connais sont beaucoup mieux organisés pour que le conjoint officiel ne découvre pas leurs frasques. Mais bon admettons. (Je vais souvent me dire « mais bon admettons » pendant le film) Cette scène aurait pu être bouleversante : Caravaca s’aperçoit que non seulement elle le trompe mais qu’en plus elle couche de la même façon avec lui qu’avec l’autre, qu’il n’est pas l’unique. Mais scène trop artificiellement construite pour que je sois émue.

            François, je reconnais que c’est 2 supers idées (mais peut-être que je préfère ces idées de scénario aux scènes elles-même).

            C’est intéressant, t’as raison Juliette : pourquoi Esther pousse Ariane dans les bras de son pote ? Ça donne un côté calculateur, pervers, au perso d’Esther qui est montré souvent subissant : elle subit sa rupture (oui mais son ex nous apprendra qu’en fait c’est Esther qui est partie), elle subit la cohabitation avec son père et sa copine (oui mais elle essaie de virer Louise, de faire de la place). Au final, on comprend par touche qu’elle subit pas tant que ça. Je suis d’accord avec Fred « Jeanne se démène subtilement pour casser le couple de son père » La perversité des bonnes femmes quand même.

          • @François: Oui j’y ai pensé aussi. De fait elle provoque leur rupture. Mais est-ce volontaire ? On reste dans le doute et c’est tant mieux.

          • c’est pas volontaire mais c’est là quand même
            l’Inconscient des Femmes, etc

          • @François: oui, c’est un petit malin

          • @Billy:

            comment elle y attirerait ses conquêtes

            Ben en leur disant: « RV dans les chiottes » (j’ai vu un couple sortir des toilettes d’un train comme ça y a pas longtemps).

            Pourquoi pas se planquer avant ?

            Parce qu’ils commencent par se chauffer et que sans doute pour Ariane c’est excitant mais pas trop embarrassant si on les surprend à ce moment là, tandis qu’après c’est plus chaud, vaut mieux s’enfermer.
            Il me semble qu’elle faisait la même chose au début du film avec Gilles, en deux temps (on entend le verrou se fermer dans le second)

            ça me fait rire ta mention des donjuans/juanitas qui se font pas gauler parce qu’on en connait aussi quand même un paquet qui un jour envoie le sms au mauvais destinataire, ou laisse trainer une lettre, un slip, etc.
            moi il m’a ému Gilles quand il surprend Ariane, j’étais bien désolée pour lui qu’il se soit trouvé là au mauvais moment.
            de la même façon quand Jeanne et Ariane papotent ensemble, j’y crois assez au plaisir amical qu’elles y prennent, je trouve ces scènes bien jouées, justes

            mais j’entends ce que tu dis, quand ça part sur un sentiment de fausseté, d’artificialité c’est difficile de ne pas ressentir tout le film à cette aune.
            et Garrel a comme un univers réel trop étriqué, il lui manque peut-être un jus de quelque part qui viendrait irriguer son travail

          • @Juliette B: je viens t’égarer de ta route garrelienne parce que figure-toi que j’ai vu rois et reines en ton honneur ce matin,
            c’est en écoutant hier françois qui parlait de la folie de desplechin que le film m’est revenu,
            mais keske c’est long comme film putain, j’avais pas fait gaffe à ce que signifie 148 minutes, ah bah oui.
            Il y a pourtant bien des gens qui se sont cassés le cul pour te laisser des codes, pour te diriger correctement dans le monde bordel.
            En gros j’ai trouvé le film très long je crois surtout à cause de la partie avec nora emmanuelle devos, que j’ai trouvé ennuyeuse, parce que c’est vraiment Ismaël le plus intéressant des hommes,
            Bon ça me faisait un peu comme si je regardais un épisode de Dallas et que toutes les parties avec JR m’ennuyaient parce que je préfère celles avec Bobby, je sais pas si tu vois, parce que Bobby il est tellement gentil.
            Pamela aussi elle est gentille.
            J’abrège parce qu’il fait trop chaud pour rester planté là, mais j’ai surtout bien ri des facéties d’Ismaël, j’adore notamment la scène avec la psy Catherine Deneuve, lorsqu’il lui dit que les femmes n’ont pas d’âmes, qu’elle s’approche comme un fauve pour lui parler de plus près , lorsqu’il lui dit madame connasse,
            j’adore le contraste du calme de Catherine avec le volcanisme d’Ismaël,

            et puis vers la fin lorsqu’il dit à Ariel la suicidaire qu’il doit lui faire un cadeau, qu’elle doit prendre sa montre parce qu’elle en a besoin , comment il se précipite tout ça c’est très rigolo.
            Sur la forme du film il y aurait à dire mais c’est plus compliqué, sur ces petites incursions de moments passés, comme des démonstrations au spectateur : » ah tiens oui je t’ai pas expliqué ça » ( le suicide du père du gamin par exemple ) « regarde donc », etc , je sais pas si tu vois, bon , je sais pas mais je crois que c’était pas trop ma tasse de thé.
            Sur un plan psychologique il est sacrément complexe le desplechin en tous les cas j’ai remarqué, il nous décadre beaucoup des psychologies habituelles.
            Par exemple le vieux papa mourant qui écrit qu’il hait sa fille qu’il aurait aimé qu’elle meure à sa place.
            Ce n’est pas très conventionnel, c’est bien, ça me fait plaisir.

          • @Juliette B: remarque que ces petits incursions de moments passés que je trouve assez maladroites , pas très agréables à gober, on peut les considérer un peu comme si on se regardait une bonne enquête de Pierre Bellemare, avec des indices, du suspens, la musique qui fait tada lorsqu’on arrive à une revelation,
            ouais ça passe mieux sous cet angle,

            j’ai bien aimé les petits détails surnaturels ceci dit en passant, la porte de la chambre du vieux qui se referme toute seule et la trace de brûlure des pages diaboliques.

          • @Juliette B: J’entends bien. Je voulais pas dire que ce que fait Ariane est impossible, je voulais dire que c’était pas montré, très elliptique.

            Je note cependant ta technique de drague d’une belle sobriété « RDV aux chiottes ». J’ai perdu tellement de temps dans ma vie à faire la maligne pour des mecs alors que la solution était si simple. Franchise et sobriété.

            @Anne-Laure: Et la scène où Amalric dit au petit garçon qu’il ne l’adoptera pas et que ce sera une chance pour lui de pas avoir à supporter ce poids ? Je la trouve dingue.

            (t’as repéré que le vieux papa mourant, qui a écrit une lettre tellement violente à sa fille, est joué par Maurice Garrel, le père de Philou ?)

          • @anne-laure: Ah oui Madame Conasse ça me fait rire aussi, en t’écoutant ça me donne envie de revoir et d’entendre Ismael. Ca va être bien d’avoir vu ce film là quand tu le retrouveras dans ses fantômes (si c’est toujours à ton programme).

            Quand j’ai revu Rois et reines y a pas longtemps j’ai été frappée aussi par les pleurs de Nora, dans l’appartement de son père malade : longs, désespérés, et la dame étrangère (Philippines ?) qui s’occupe de son père qui vient jouer à la maman et tente de la consoler. Dialogue marrant où elle lui conseille de prier pour que son père qu’on sait condamné soit sauvé et où Nora lui demande: « Mais vous croyez vous ? ». « Non » répond l’autre après un bref temps de réflexion. C’est drôle.

            J’adore l’acteur qui joue le suicidé, Joachim Salinger (c’est le frère d’un autre Salinger qui jouait dans La Sentinelle – ils ont les mêmes yeux), j’aime sa voix et je trouve qu’il joue super bien cette scène exaltée, où Nora continue à parler alors qu’il lui demande de se taire. Sacrée tête à claques Nora.
            La lettre du père est terrible, mais on s’en réjouit un peu on est méchants.

          • @Billy: ah ! tu me fais rire parce que tu ne sais donc pas que je ne connais pas ces gens ?
            tu sais moi à part gérard philippe,

            je l’ai trouvée trop longue la scène avec le gamin au musée de l’homme,
            trouvé oui qu’il était judicieux qu’il ne l’adopte pas, et comment il lui explique,
            un peu lourd cependant qu’il lui donne autant d’explication sur la vie, ça traine en longueur, surtout que le gamin montre qu’il est pas doué pour être attentif tout le temps , qu’il doit agiter son corps dans tous les sens aussi et c’est essentiel, un corps d’adulte n’est pas un corps d’enfant.
            Je trouve qu’il y a des moments où ils sont un peu ridicules tous les deux.
            Trop désaccordés pour être ensemble.

          • @Juliette B: la garde malade étrangère est espagnole je crois, Gonzales un truc comme ça, portugaise ?
            Ouais elle est bien cette scène de je veux juste dormir je veux dormir, c’était tellement simple à comprendre pourtant.

          • @Juliette B: l’histoire de la lettre à sa fille est troublante parce que je doute toujours qu’elle soit adressée à nora, et pourquoi pas à sa sœur ?
            Il dit : tu étais la plus jolie,
            mais sa sœur est plus jolie non ?
            ce que j’ai compris des explications du vieux , qui est donc le père de philippe garrel et pas celui de gérard philippe, c’est que cette fille à qui il parle représente tout ce qu’il déteste de lui-même, l’amertume, la froideur etc,
            qu’elle lui survive est alors inconcevable.
            C’est intéressant, c’est étrange.
            C’est une façon de voir les enfants comme des prolongements de soi.

          • @anne-laure: et puis après le père de Nora dit:

            Ma petite fille tu es âcre, froide et superficielle comme du lait caillé. Je suis en colère contre toi. Ta fierté a tourné en une vanité aigre. Ton orgueil est devenu une coquetterie stupide. Aujourd’hui tu es une outre d’amertume. Je te crains, je te hais ma petite fille. Je voudrais que tu aies mon cancer et que tu souffres et avoir du temps pour te pardonner. Alors je meurs dans la colère. Je ne supporte pas que tu me survives, je voudrais que tu meures à ma place.

            Tiens j’ai trouvé un bout d’interview où l’actrice et le réal en parlent de cette scène:

            Arnaud Desplechin : Cette lettre du père agonisant à sa fille, qui lui dit qu’elle a trahi, qu’elle s’est soumise à la veulerie sociale, qu’il voudrait qu’elle meure à sa place, c’est aussi une lettre d’amour…

            Emmanuelle Devos : Sur le coup, ce n’est pas passé, j’ai eu du mal à l’admettre. Ce n’est qu’en voyant le film achevé que j’ai admis. Mais Nora reste un personnage auquel j’ai du mal à m’identifier. C’est dur à supporter.

            A.D. : C’est une forme d’inceste moral entre un père et sa fille. C’est terrible. Comme Erland Josephson et sa fille dans Saraband de Bergman. Cette lettre serait injustifiable sans la manière qu’a trouvée Maurice Garrel de la dire.

            E.D. : J’étais présente pour l’enregistrement de cette scène. J’ai voulu voir ça, c’était déchirant, la caméra s’approchait de lui dans un espace immense et noir, comme s’il me parlait de plus en plus près. C’est à ce moment que j’ai compris le film. J’étais d’un coup devenue une héroïne tragique. Nora, c’est Bérénice, Médée. Monstrueuse et grande comme Antigone.

            Je ne sais pas si le père trouve qu’elle lui ressemble comme tu dis. Il était très flatté qu’elle l’adule, ne l’a pas découragée, puis a constaté qu’elle n’était pas à la hauteur des espérances démesurées qu’il avait mis en elle. Etre adulé par quelqu’un dont il mesure tout à coup la petitesse, la vanité, ça lui est insupportable, il s’en trouve lui-même rabaissé.
            Mais il voudrait quand même avoir du temps pour lui pardonner.

          • @Juliette B: ah oui j’avais oublié le truc d’avoir le temps du pardon,
            pas con le vieux, qu’est-ce qu’on inventerait pas pour rester vivant,
            il me semblait bien pourtant qu’au début du texte il lui disait qu’elle avait des traits de lui qu’il n’aimait pas, j’ai halluciné certainement , ça m’arrive,

            j’aime bien l’outre d’amertume , c’est imagé.

            et tu te souviens de la danse hip hop d’Ismaël ? j’ai beaucoup aimé de le voir si appliqué, j’en aurais voulu davantage,
            Niveau musique il est impec desplechin,
            le cousin simon qui fume sa clope en écoutant NTM me l’ a fait beaucoup aimer alors qu’il est plutôt discret ce personnage.

          • @anne-laure: oui Amalric semble avoir quinze ans quand il danse; c’est là, à ce moment là, que l’infirmière qui finira dans son lit le calcule; il va mal mais dégage une vitalité incroyable.

          • @Juliette B: et il ne m’aura pas échappé qu’il nous a placé quelques notes de violon, Vivaldi je crois, et chting moi direct ça m’excite , m’ont hantée tout le reste du film,
            pour en revenir sur cette histoire de lettre , ce que je trouve très fort c’est qu’on ne la voit pas venir, que desplechin ne nous montre que des images d’accords entre la fille et son père, hormis au début où elle dit qu’elle craint son père parce qu’il est sévère,
            je trouve que c’est un beau mensonge, où bien on peut croire que le père développe sa haine juste avant sa mort je sais pas, il est peut-être plus facile de quitter des gens qu’on déteste,

            c’est le mensonge aussi qui travaille Ismaël, l’homme qui ne sait pas mentir, j’ai pensé ça en le voyant se dépatouiller maladroitement au téléphone avec Ariel la suicidaire puisque l’infirmier lui avait dit de le faire, mais lui avait pas trop envie, se sent obligé ,
            et puis à la fin, une fois qu’il est bien dans la galère sans argent sans domicile, il se prend d’amour pour elle, il explose de sincérité devant elle,
            j’imagine qu’il a bien fait en sorte de se conditionner pour croire à ce mensonge, parce que c’est une question de confort, qu’il sera mieux à squatter chez elle qu’à dormir dans sa bagnole.
            C’est un peu l’histoire de l’homme qui préfère croire à ses mensonges plutôt que de mentir. Pour résumer.

          • @Juliette B: j’y repense, je repense à un moment amusant,
            après la scène dans l’épicerie des parents à roubaix où l’on ne vend pas de bières,
            où l’on peut observer que le père assure comme une bête pour assurer la sécurité de tous,
            ensuite tu as un petit moment de séance de muscu entre père et fils, le père qui soulève des poids énormes comme si de rien n’était et isma ( oui on surnomme isma les Ismaël je sais pas si tu le savais ) qui galère, qui peine pauv’ti bonhomme, qui n’a pas la puissance de son père.

          • @anne-laure:

            pour en revenir sur cette histoire de lettre , ce que je trouve très fort c’est qu’on ne la voit pas venir,

            oui tout à fait et il y en a une autre, en mode mineur, qu’on ne voit pas venir non plus, c’est celle où Isma, qui a appris que ce n’était pas sa soeur qui l’avait fait interner mais possiblement son collègue violoniste, va le trouver pour reprendre leur travail.

            l’autre non seulement lui confirme qu’il l’a fait enfermer, mais lui apprend aussi qu’il est viré du quatuor et déverse toute la haine qu’il a accumulée pendant des années de boulot avec son collègue branque et pas fiable: purée qu’est-ce qu’il lui met ! Isma est consterné de découvrir cette rancune hargneuse et nous on devrait le plaindre, on le plaint au début, mais au bout d’un moment c’est tellement excessif ce que l’autre lui lache qu’on a envie… de rire,
            c’est très subtilement négocié et tout le talent d’Arnaud, sa douce perversité, me ravit dans cette petite scène là,
            Isma en reste coi et repart sans demander son reste et sans son violon

          • @Juliette B: ah oui très bien aussi ce moment là, je suis d’accord, tu racontes bien,
            qu’isma quitte les lieux hostiles sans rien dire à petits pas feutrés c’est génial, cela me le fait aimer plus encore,
            et pour te paraître bien obtuse, on me refait pas, de nouveau un petit jeu à propos du mensonge tu remarqueras, parce qu’isma n’avait rien vu venir.
            Avait cru que Christian était son ami.
            C’est qu’il avait probablement bien joué jusque là la comédie de l’amitié ce Christian.

          • @anne-laure: et comme Billy moi je l’aime beaucoup la scène où Ismael explique au petit garçon qu’il ne va pas l’adopter, même dans sa forme.

            c’est vrai qu’elle est longue, trop longue pour l’envie du gamin de gambader peut-être, mais elle suit le rythme d’une longue journée que tu peux consacrer à un enfant pour une sortie un peu exceptionnelle dans un musée,

            et à ce moment du récit elle est surtout importante pour Ismael qui avec cette décision pas évidente se dégage seul du merdier dans lequel il crapotait,
            et tout son argumentaire prend une forme épistolaire pour signifier ça (j’aime bien, ça me rappelle le papier de François sur Trois souvenirs de ma jeunesse et les lettres d’Esther à Paul Dedalus).
            On se dit que le petit garçon comprendra plus tard, c’est pas grave qu’il ne soit pas très attentif, l’important c’est qu’Ismael ne doute pas que c’est la meilleure décision à prendre. Pour eux deux.

          • @Juliette B: houlà tu me parles de forme épistolaire et je peux te dire que c’est la forme qui me rend dingue,
            mais je vois pas trop ce que tu veux dire à vouloir l’appliquer au monologue d’isma devant élias ( s’appelle élias le gamin j’ai mis un certain temps à m’en souvenir parce que j’aime pas trop les gamins ),
            je trouve qu’il a des formules très justes ceci dit, enfin qui s’ajustent à moi, comme lorsqu’il lui dit qu’il n’attend pas de lui qu’il lui donne des nouvelles, qu’il entre à son contact, que ce n’est pas aux enfants de faire ça, qu’en tant qu’enfant il n’a rien à faire,
            c’est aussi ma devise : ne demande jamais aux enfants des preuves d’amour.
            tu remarqueras que nora, en revanche, lorsqu’elle arrive devant son fils en colonie de vacances lui demande en premier lieu si elle lui a manqué.
            Le truc qui te plombe une personnalité en moins de deux qu’il n’en faut pour le dire.

          • Rois et Reine, je l’ai pensé dès sa sortie, est un film très à charge contre Nora.
            Depuis, dans le genre défonce un personnage, seul Kechiche a fait mieux

          • @Juliette B: enfin, en deux tours de cuiller à pot, si tu vois ce que je veux dire.

          • @anne-laure: dingue ? ah mais ça a deux sens ça. tu veux dire folle de joie ou folle d’exaspération ?

            ce qui m’a donné cette impression c’est peut-être le fait que ce soit un monologue justement, que jamais Elias ne l’interrompt (je crois)
            et puis le style davantage écrit que parlé, la longueur enfin.

          • @Juliette B François: Conte de Noël est aussi très à charge contre l’un de ses personnages, celui joué par Anne Consigny, qui chiale tout le temps. A moins que ma propre appréciation de l’actrice ne biaise la chose.

          • @Juliette B: les deux mon capitaine.
            mais je me rends compte que je connais pas la définition d’épistolaire, moi je pensais des échanges écrits comme ce que l’on fait là, on épistole beaucoup ici ,
            ohlala j’épistole j’épistole j’arrête pas d’épistoler,
            mais juste une façon de communiquer à une personne en particulier par écrit, écrire des lettres, sans attendre de retour, est peut-être une forme épistolaire je sais pas,
            dans ce cas oui, je vois ce que tu veux dire avec la façon de s’exprimer d’isma, qui envoie des messages au gamin par pigeon voyageur parce qu’il est lointain.

          • @Charles: absolument, je l’ai revu aussi récemment et j’ai eu du mal à ne pas confondre certains personnages et scènes des deux films quand j’échangeais avec anne-laure sur Rois et Reine;

            …Le personnage de Noémie Lvosky, qui joue la soeur d’Ismael dans Rois et reine, est assez gratiné aussi.

          • @Juliette B charles françois: je ne trouve pas que la charge sur nora soit très lourde, il est assez subtil le desplech pour nous laisser le choix , en quelques sortes, selon notre bon goût, selon si on aime ce genre de femme ou pas. Il est possible aussi par exemple que des gens déteste cet irresponsable d’Ismaël.

            Quand je parlais de personnalité plombée c’était celle du gamin françois, je crois que t’avais pas compris,
            mais nora aussi tiens par la même occasion, t’as raison

          • Nora a tué trois hommes, c’est dit
            chez Desplechin, la femme tue -sans bouger, en étant juste une femme, comme dans le dernier (le père voit sa fille fantome, et bam il meurt)
            a lier à la mère au couteau de Trois souvenirs..

            la soeur est systématiquement une folle agressive
            c’est à peu près comme ça qu’Arnaud voit Marie sa soeur -qui ne lui parle plus depuis 25 ans (et qui dit à certains qu’elle ne peut plus écrire de romans adulte parce que son frère l’a tué)
            source sûre

          • @Charles: dans les deux cas ce sont des soeurs d’Ismael et dans les deux cas des soeurs casse-couilles qui le haïssent,

          • @Juliette B et charles: moi je les aime bien ces sœurs, on peut comprendre leurs points de vue, d’elles enfoncées dans la mélasse familiale qui reprochent à leur frère d’être loin de tout ça, d’être un égoïste,
            c’est un peu comme si elles demandaient à être sauvées.
            les répliques entre la sœur noemie et isma étaient très marrantes, m’en souviens plus parce que j’ai que deux neurones, mais j’ai bien rigolé, il a le don du dialogue cet Arnaud.

          • @anne-laure: comme tu le notais toi-même, avec son fils à qui elle demande si elle lui a manqué, et bien sûr avec son père face à qui elle joue la petite fifille, elle est quand même dans une demande d’amour et de réassurance permanente assez exaspérante;

            D’ailleurs pour en revenir à Ariel la suicidaire, je crois que si Ismael revient vers elle et en tombe peut-être amoureux, c’est parce qu’elle l’aime mais ne lui demande jamais rien.

          • @anne-laure: ce qu’Arnaud leur accorde et qui les sauvent comme personnages, au delà d’être des casse-couilles, c’est qu’elles souffrent. Beaucoup. Alors oui on compatit.
            Noémie est drôle oui, je crois bien qu’elle ne sourit pas une seule fois dans le film, ou alors un sourire bien crispé, qui montre qu’il est forcé. On a l’impression qu’elle porte le monde sur ses épaules.

          • @François: Ah ? c’est bien désolant pour Marie, j’avais bien aimé son roman « Sans moi » il y a longtemps (1998). Je la connais pas mais j’aime bien la douceur tranquille, je dirais bien modeste, qu’elle semble dégager.

          • @Juliette B: oui c’est ça, on voit qu’elles souffrent, qu’elles n’arrivent à se sortir de leurs principes moraux , loyauté envers la famille etc
            C’est vrai ce que tu dis sur nora qu’elle attend sans cesse des preuves d’amour, elle est lucide sur elle-même , le dit en voix off au début qu’isma n’était pas doué pour le faire et que c’est pour cela qu’elle l’a quitté,
            et alors elle a trouvé un type qui lui fait des cadeaux, il est riche, et donc cela lui convient bien.
            Elle n’est pas si compliquée.
            Le fonctionnement de nora me semble suffisamment commun pour qu’on ne puisse pas s’en agacer.
            Sinon on n’apprécierait pas grand monde.

          • @Juliette B: pour qu’elle ne nous agace pas , nora, je sais pas si j’avais bien sensé ma négation, mais t’as compris,
            enfin moi elle m’agace pas. Pas trop.
            je suis trop pleine de mansuétude, putain je suis faible, faut que je me ressaisisse

          • @anne-laure:

            Elle n’est pas si compliquée.

            moi je dis que si, c’est une perpétuelle insatisfaite et son milliardaire est posé dans le décor mais on sait bien que ça ne lui suffira pas,

            elle repartira bientôt chercher avec un autre qui ne l’aimera pas assez, ou pas assez bien, son beau malheur

          • @Juliette B: ah bah oui mais t’as vu la belle robe et la belle baraque ?
            bé quand même , hé ?
            Moi je dis qu’en vieillissant elle se calme, elle se contente de choses matérielles, et plus de choses très floues, comme des preuves d’amour, qui est une chose impalpable.
            t’en as déjà tâté toi de l’amour ?

          • @anne-laure: heu oui je crois (je dois filer)

          • @Juliette B: pffff, à tous les coups tu confonds avec la bite

          • @anne-laure: je crois pas non. La bite c’est très surfait tu sais.

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