Begaudeau.info, le site officiel de François Bégaudeau

Dis-moi

Pas encore membre ? Enregistrez-vous et simplifiez-vous les commentaires !

Posez une question à François dans les commentaires au bas de cette page en l’introduisant par « DIS-MOI », il y répondra régulièrement.

Vous pouvez également tenter une réponse à la question du moment posée par François à la suite du logo  François Bégaudeau pose des questions  et peut-être figurer dans les contributeurs retenus pour la compile.

Le logo question close signifie qu’ une question est close.

* Règle générale formulée ici-même par François en réaction à un post : «j’aimerais bien que cet espace s’épargne les petites piques mutuelles qui sont l’ordinaire des forums. Si les posts de X te déplaisent, ce qui est ton droit, il est toujours possible de ne pas les lire. Pardon de me faire arbitre des élégances, mais c’est un beau défi collectif que de résister ici à la pente conflictuelle du Net.»

* Règles particulières pour « la question » : 10 jours pour répondre, déplier un minimum le propos (argumentaire en 2 ou 3 points)

Note du webmaster : Pour des raisons techniques une discussion est limitée à 5 niveaux d’imbrication, en conséquence, au dernier échelon, le bouton « Répondre » disparaît . Pour continuer la conversation il faut donc remonter d’un niveau.

Ci-dessous les questions déjà répondues et les discussions en cours.

46 026 Commentaires

  1. intéréssant ce que fait ce cascadeur de David Leitch avec son Atomic Blonde et sa bo orgasmique

    c’est crade et rageux, techniquement et esthétiquement daté-chiadé, on aime
    l’ambiance Berlin de 1989 quelque peu pop-artée n’enlève rien de rien à la gniaque combattante des persos surdopés à la testo, nom de dieu, ça chie et intrigue gros là dedans

    https://m.youtube.com/watch?v=4vHvzybkqfo

    • @:

      – Atomic Blonde: viens de glisser serré sur les vingt lignes à propos de J F Rouger, accessibles hors abonnement au The Monde (mazette) et qui augurent du peu de joie sentie et partagée à le visionner et qu’il dirait dans le reste du papier, bon,

      Lors de l’avant-première d’hier soir, ça palpitait rieur des situations, des dialogues, ça se cachait 3/4 d’œil lors des écrabouillages de gueules de toutes sortes et outillés inventifs, ça trépignait style-genre en vrai faut vite que j’aille pisser quand ça s’y chassait en voitures et qu’on suivait ça par la lunette arrière alors, que JFR en rapporte surtout … / d’interminables séquences de bagarre, d’une parfaite laideur et d’un ennui tenace / … me crispatouillerait presque ferme les têtons,

      En effet, si on s’amusait rapide à l’asso-ciné libre, on viderait aussi volontiers sur la nappe Kill Bill que Subway, Basic Instinct que Spring breakers, Talons aiguilles, La vie d’Adéle que René Magritte (t sûre que c’est un film ça? t’occupe) et on pigerait vite le chariot rempli automatique grâce aux têtes de gondole

      Atomic Blonde est joueur et inventif formellement, depuis sa toute « première scène » tournée, montée, livrée légendée juste pour en dire d’emblée qu’elle n’existe pas (le coup du ceci n’est pas une pipe si on veut oui) en passant par la vraie première où le perso de Charlize Theron se fait de la place et reprend le volant de la voiture-contact imposture qui l’avait prise à son arrivée à l’aéroport avec élégance et détermination certes sportive

      – vraiment bien aimé cette nerveuse partie de ´qui est-ce ´ , ce jeu de dupes permanent – jusqu’au dernier plan, la dernière réplique quand même faut l’faire non? et puis surtout c’est vrai cette psychose d’espionnage jouée avec tout ce qui peut se trouver sous la main

      ah benh oui tiens, au jeu de l’asso-ciné libre, on avait oublié Mac Gyver

      • @:

        et puis en attendant un james bond noir et un président LGTBQ, on aime voir cette liane blonde et atomique s’exciter un peu pour le royaume d’Angleterre et sa reine et se demander quelle tenue porter pour aller trinquer le thé with

  2. Retour sur le retour sur Thoret.
    Je suis d’accord avec ta répartition en 3 catégories (spectateur, critique et cinéphile) mais moins sur l’évolution des cinéphiles. Certes, tu as toujours autant des gens qui ont une pratique intense du cinéma, qui y réfléchissent, mais, en accord avec Thoret, j’ai le sentiment qu’on assiste à un repli de la catégorie cinéphile sur une autre, apparue récemment, celle du geek. Le geek est mono-passionné ou tout du moins très limité dans ses centres d’intérêts. Il en choisit un ou deux et tente de les épuiser, en quasi autiste. Tous les cinéphiles ne ressemblent pas à ça aujourd’hui mais leur pratique du cinéma dérive souvent de ce rapport à l’art. D’où l’apparition d’une nouvelle sorte de cinéphile, le cinéphile neuneu. Le cinéphile neuneu est celui qui s’intéresse presque exclusivement au cinéma (souvent aux jeux vidéos aussi), dans un rapport quasi tautologique à sa passion. Il aime et commente le cinéma mais ne fait pas de lien avec la littérature, la peinture, la politique, la philosophie…Leur appréciation du cinéma se fait dans un champ de références assez restreint, ils ne le font pas dialoguer avec d’autres arts, d’autres domaines. Evidemment, ça ne concerne pas tout le monde mais quand tu vas sur Allociné, où la moyenne d’âge est sans doute assez basse, tu en vois beaucoup. Et pour un exemple assez spectaculaire, voir les Vlog de Durendal, qui sont très vues même si le mec n’est pas très apprécié – il a notamment le malheur de ne pas aimer Nolan ni Inarritu, ce qui lui cause beaucoup d’inimitiés. Quand tu regardes ses vidéos, tu constates que son commentaire est essentiellement technique et quand le sujet doit le conduire à une appréciation un peu politique, c’est la catastrophe :

    https://www.youtube.com/watch?v=F0TV_36cCXA

    Bref. Et je ne suis pas sûr que ce fut toujours le cas. Les Truffaut, Chabrol et Godard qui allaient au cinéma 3 fois par jour (des cinéphiles, donc) intégraient d’autres arts dans leur rapport au cinéma et n’étaient pas étrangers à la politique. Et puis ce n’est peut-être pas un hasard si les intellectuels les plus cinéphiles ont aujourd’hui plus de 70 ans (Rancière et Badiou). Je ne suis pas sûr que Lordon et GDL voient beaucoup d’Hong Sang Soo.

    • @François: En attendant à Véra Cruz, : http://next.liberation.fr/cinema/2017/08/11/cause-noire-kathryn-bigelow-bute-sur-les-nouveaux-tabous-americains_1589501

      Sinon, j’ai vu une vie violente, on va pas se mentir c’est un petit chef d’oeuvre. Grande santé du cinéma français cette année, entre Grave, 120 BPM, fantômes d’Ismaël et celui-ci.

      • @Charles: @Charles: de même , vue la vie violente hier,
        vraiment bien aimé sur la forme et le fond , tu as notamment un petit plan bien sympathique d’une vue sur les immeubles moches de la ville qui doit être bastia, où tu comprends pas d’où tu le regardes en fait , je sais pas si tu vois ce que je veux dire,
        je ne sais pas comment il s’est démmerdé pour faire ça c’est bien étrange,
        j’ai bien aimé cette ambiance de réalisme, pas de chichis dans les décors les costumes, pas d’effets ostentatoires du cinéaste, des gens comme nous quoi,
        pas tout compris de leurs conflits corses , j’étais un peu dépassée et avec leur accent qui tombe je comprenais pas toutes les phrases ,
        mais compris le sens en gros, et comment tout cela se met en place, c’est bien décrit, ça nous arrive tout tranquillement , le stade de l’état de guerre, si on peut appeler ça comme ça.
        J’écris vite fait j’ai pas le temps.
        Bon après dire que c’est un chef d’œuvre, pour le cinéma français oui si tu veux,
        pour le cinéma français Grave n’est pas trop mal aussi,
        je l’ai vu en vod avec alice, je m’y suis un peu ennuyée, je l’ai trouvé très moyen, si tu le prends à la rigolade à la limite ça passe mieux.
        Surtout le truc final du père avec ses cicatrices c’est ridicule.

        Sinon t’élargis le champ au cinéma mondial et t’as le suédois,
        ça calme.
        Et pour ce qui est des films d’horreurs cannibales voire nécrophiles t’as celui des mannequins qui vomissent des yeux , je sais pas si tu vois ce que je veux dire,
        celui du cinéaste un tantinet mégalo parano , un américain je crois.
        Bon allez zou j’y vais

        • Trouvé très fine la façon dont de Peretti montre l’intrication des motifs politiques et mafieux au sein d’un groupe pourtant beaucoup moins compromis que les autres – un groupe qui se constitue sur l’idée d’une espèce de « pureté » politique incarnée par François, mais dont certains membres achètent au détour d’une action politique des machines à sous, boivent du champagne dans des palaces, éliminent froidement un berger jugé menaçant, rackettent un entrepreneur indélicat, etc.

          Une frontière très ténue entre un idéalisme en action incarné par Stéphane et l’envie et le plaisir de mener une vie de grand seigneur en buvant des coupes et en baisant des putes, envie de se marrer entre mecs avec l’ivresse d’être les rois.

          Trouvé de ce point de vue la scène des femmes autour de la table géniale. Tout y est: on commence par déplorer la violence des hommes, on fait mine de pleurer sur ses ravages comme si on y était très étrangères – et de fait elles ne sont jamais actrices des scènes de violence pure – et on finit par évoquer que ce sont ces mafieux avec qui on vit, qu’on couvre quand ils tuent, qu’on aime, dont on profite des largesses, fussent-ils les assassins de nos fils et des fils de nos fils et de leurs fils encore…

          La dernière scène – Stéphane marchant dans la rue dans un long plan-séquence- est magnifique qui dit qu’en racontant et en nommant on brise toujours le cercle de quelque chose et que cela vaut bien une mort peut-être.

          • @Juliette B: moi j’aime bien pendant cette marche qu’il raconte comment s’est mise en lui le début de sa rage,
            du coup je pensais à cette gamine calme et silencieuse, la gamine de François qui gobe tout ce qui se passe,
            bon et puis je me disais mais merde quel con son arme est dans sa sacoche dans son dos et comment qu’il va faire pour choper son flingue en cas d’urgence,
            et paf il met la sacoche devant lui,
            pour se choper une clope.

          • @Juliette B: ils avaient vraiment l’air cons bourrés en peignoirs dans une chambre d’hôtel non ?
            Très réaliste aussi ça tiens. L’air con.
            Chuis pas sûre qu’ils aspiraient à quelque chose de glorieux, de tirer des bénéfices de sexe et d’argent de cette organisation politique,
            j’ai compris moi qu’ils étaient surtout tenus entre eux, dans cette organisation, la structure je crois qu’ils l’appellent, par l’amitié.
            Hééééé ouais madame.

          • @Juliette B: c’est marrant ta vision de ce groupe de résistants corses, tu les vois comme des types qui aiment le pouvoir,
            je ne les voyais pas du tout comme ça ,
            je les voyais plutôt comme des mecs qui se défendent de ceux qui prennent le pouvoir sur leurs vies, les mafieux pour le coup, ceux qui négocient avec paris, avec les bourgeois capitaliste de paris, l’état quoi,
            c’est bien ce qui fait qu’ils se retrouvent bien coincés à la fin parce que personne ne les aide, ne peut les aider.
            Comme des rats.

          • @anne-laure: je les vois comme des types qui aiment aussi le pouvoir, tout est inextricablement mélangé.

            Il y a plein de glissements imperceptibles, comme par exemple quand l’entrepreneur essaie de les convaincre qu’il faut aller donner une leçon à son concurrent qui a emporté le marché, on sent que c’est limite, et d’ailleurs ils hésitent…

            Et quand François décide qu’il faut tuer le berger, il y a ça aussi je crois, une ivresse du pouvoir, pas seulement une stratégie politique.

            Et quand Stéphane s’adresse à sa copine il y a aussi comme une évidence chez lui qu’elle doit se comporter comme lui a envie de se comporter dans la vie, comme s’il était évident qu’elle devait s’aligner comme les femmes corses s’alignent sur leurs hommes, sur le combat de leurs hommes.
            Est-ce qu’elle ne le fait pas parce qu’elle sent qu’il va perdre ? Peut-être. Peut-être qu’elle ne le fait pas juste parce que ça l’emmerde de se battre pour la Corse.

            Enfin dans la scène du bouiboui il y a ça aussi: Stéphane est prêt à négocier un échelonnement de la dette comme le mec le propose, mais son copain précipite l’affrontement, il a envie de cogner, il a envie de montrer ses gros muscles c’est plus fort que lui.
            Et Stéphane n’est pas content parce que lui non, il sent bien que ça part en couilles.

          • @anne-laure:

            du coup je pensais à cette gamine calme et silencieuse, la gamine de François qui gobe tout ce qui se passe,

            Oui, elle apparaît différente des autres parce que contrairement à Stéphane quand il était petit elle n’assiste pas uniquement à un meurtre violent et incompréhensible dans la rue,
            Elle assiste aux débats politiques du groupe,
            son père décide de la laisser écouter tout ça et pas en cachette, elle est vraiment au milieu d’eux.
            On aurait envie que l’histoire n’ait pas merdé avant pour voir à quel moment et comment elle aurait pris la parole que son père a décidé de lui laisser prendre quand elle en aura envie. Si elle en a envie.

          • @Juliette B: ouais je vois ce que tu veux dire, sur la frontière très tenue, je te voyais venir,
            pas certaine de l’ivresse de pouvoir ceci dit , je crois qu’ils s’en défendent tout le temps,
            ils tuent le berger parce qu’ils n’ont pas le choix, ça les emmerdent en vérité,
            je te le dis, faut voir leurs gueules de mecs emmerdés pendant le moment du conciliabule,
            emmerdés pour la question du meurtre, c’est pas rien de tuer quelqu’un,
            pour la question de l’engrenage dans lequel ils se fourrent mais ils y sont déjà s’ils se regardent bien , ils prennent cela comme une sorte de fatalité,
            c’est le viking qui s’y colle parce que c’est une sorte de brute militaire,
            qui sait bien se planquer comme il faut au moment où ça chauffe pour sa barbe, c’est de l’ordre de l’instinct de survie, il est fort pour la survie le viking c’est la référence,
            pour le coup des 500 euros j’ai donc pas tout saisi mais j’ai compris que Christophe déteste l’argent, les histoires de fric, ça le met en rage oui.
            Parce que c’est cela qui pourrit son île, tu vois ?

          • @Juliette B: heuuu 500 francs plutôt je crois, avant l’euro,
            non mais parce qu’en plus il faut faire des efforts de retour vers le passé,
            ouf, vais laver la salade tiens

          • @anne-laure: oui tu as raison ils s’en défendent tout le temps, mais ils ne voient pas d’autre issue que la guerre, ils n’arrivent pas à imaginer autre chose que la façon de combattre de leurs adversaires.
            peut-être qu’il n’y en avait pas d’autre je ne sais pas, mais leur erreur d’appréciation quant aux forces en présence est énorme.

            ils sont tous morts dans la vraie vie, François comme celui que joue Stéphane et tous leurs copains, toute la bande a été zigouillée.

          • @Juliette B: Ouiii, magnifique dernière scène.

          • @Juliette B: ben tu vois, comme je lavais la salade, je pensais à françois , pas françois mon françois, françois le corse, et à son discours permanent qui déplore l’attitude de la jeunesse, la jeunesse qui ne sait pas penser et je ne sais quoi d’autres, la jeunesse qui ne sait pas s’engager pour défendre la corse, la jeunesse décadente qui plonge vers le plaisir de l’argent , c’est ce que je comprends,
            je me disais qu’il était vachement réac le type, vachement pessimiste, mais aussi vachement communiste, ils en parlent pas deux fois du communisme,
            c’est à dire que le film pose un peu la question de savoir si le communisme est réactionnaire,
            de savoir si on est obligé de cultiver des champs d’oliviers et de fabriquer du fromage de chèvre pour se défendre du pouvoir de l’argent,
            si on est obligé de redevenir des paysans,
            pour résumer et prendre la chose à revers : la modernité est-elle forcément capitaliste ?
            Ouais c’est ce que me racontait la salade.

          • @anne-laure: tu choisis bien tes salades dis donc. « Donnez-moi celle qui a de la conversation s’il vous plait Madame la marchande ».

            Si j’aime le cinéma c’est par exemple pour la scène où François emmène Stéphane sur les collines au petit matin et titube à les gravir en disant son bonheur sa rage et son désespoir d’être né dans ce pays là.

          • @Juliette B: c’était genre une espèce de feuilles de chêne verte je sais pas comment ça s’appelle , pas trop de goût et de répliques,
            je préfère les laitues,
            comme les tortues

          • @anne-laure: elle a quelque chose des évangiles cette scène de Francois désespéré sur la colline, non ? lui répondit le radis.

          • @Juliette B: ah merde je vois plus trop ce que c’est que cette scène d’évangile , dans le champ d’oliviers je vois vaguement, me souviens plus ce qu’ils racontent,
            faut dire que j’ai pas de radis dans mon frigo,
            que des tomates de bretagne,
            c’est pour ça

          • @Juliette B: Moi c’est la scène où François rencontre les amis de Stéphane qui m’a rappelé les Evangiles, ça fait très Sermon sur la montagne.

          • @Charles: oui tout à fait. Tu le dis et ça sonne soudain comme une évidence.

            Je sais pas vous mais moi après un film comme ça je n’arrête pas de me dire:
            Qu’est-ce que j’aurais fait à leur place ? Qui aurais-je été ? Qui aurais-je suivi et comment ?

            Et en premier je me suis dis que j’aurais été bien contente de ne pas être un garçon. C’est con.

          • @Juliette B: Je n’arrive pas à me poser ce genre de questions car je suis complètement éloigné d’eux, ça me semble totalement exotique, c’est bien d’ailleurs ce qui me fascine.

        • @anne-laure: Oui, excuse-moi, Anne Laure 😉 au moins çà prouve que tu lis attentivement les posts ! Je me suis aperçue de ma méprise quelques minutes après l’avoir envoyé, juste après avoir relu le commentaire malveillant de la nana sur Allociné, c’est la femme de Christophe, pas la nana de Stéphane, qu’il va voir dans cette scène à l’hôpital. En ce qui concerne la vue de Bastia, les immeubles dont tu parles, Bastia est une ville escarpée (avec une citadelle) Quand tu arrives par la route de la lagune qui longe la côte, depuis l’étang de Biguglia, à un moment tu as une vue telle quelle. Sinon, oui, comme vous dites avec Juliette, dans vos belles analyses, intrication dans le cœur des personnages de motifs politiques nobles (dont je n’avais pas conscience) et mafieux, avec pour leurs ennemis vendus à la bourgeoisie en place uniquement des intérêts mafieux. Oui, François est aussi un homme de pouvoir, avec une vraie cohésion de groupe, çà commence dès la scène qui suit sa sortie de prison, quand Stéphane lui présente ses copains, son staff, cette réunion au coeur de la nature, tous les hommes en mouvement, autour de lui, François, scène filmée de loin, en plongée, sans gros plan sur leurs visages, comme si çà n’appartenait qu’à eux, qu’on était à peine invités dans la scène. La scène entre les femmes, oui, emblématique, d’un côté les pleureuses, de l’autre les femmes ayant fait allégeance à leur homme, coûte que coûte, du style mafieux, respect des codes. La copine de Stéphane n’est pas comme çà, c’est vrai que çà semble le déranger, qu’il lui dit comment elle doit se comporter. Et comme tu dis, Juliette, elle s’en contrefout, peut-être, de se battre pour la Corse. Et n’en ressent aucune culpabilité, elle traverse la scène en culotte échancrée, se lève et passe un tee-shirt sur ses seins nus, voilà tout. De même lorsqu’ils s’habillent pour le mariage de Christophe, elle semble dire : aujourd’hui avec Stéphane, mais demain ? Pourquoi vouloir s’attacher, s’inféoder, se marier alors qu’on ne sait pas si on sera encore ensemble (si on aura du plaisir encore à être ensemble) dans quelques semaines, quelques mois, elle insiste bien là dessus, il ne répond rien. Ces amis n’apprécient pas d’ailleurs, cette copine, ils le lui disent bien, à un moment, dans la voiture. Pour l’amitié avec Christophe, oui, elle se fissure, même s’il revient de Paris, au péril de sa vie, pour l’enterrement. Oui, ils sont différents, il y a une dérive, une perversion par l’argent, Christophe aime le champagne, la grande vie, les démonstrations ostentatoires comme son mariage, l’agressivité du pouvoir (montrer ses gros muscles comme tu dis, Juliette, lorsqu’il refuse l’échelonnement alors que Stéphane y était prêt) et sa nana, future femme, lui fait totalement allégeance, elle est bien dans le moule, le schéma propagé, lorsqu’ils sirotent un cocktail, assis confortablement dans de profonds fauteuils en bois coloré.

          • @stephanieDLC: ah ? c’est marrant comme moi j’ai pas du tout calculé les femmes dans cette histoire,
            hormis la petite discute rigolote dans la bagnole sur les conseils que se donnent les uns les autres sur leurs liaisons amoureuses sérieuses pas sérieuses etc,
            alors qu’ils rigolaient pas mais c’était rigolo,
            je trouve les femmes bien à la ramasse oui dans cette histoire, pas très impliquées , pas assez,
            un peu trop frivoles ?
            Et je trouve pas que françois soit un homme de pouvoir.

          • @stephanieDLC: mais bon, c’est peut-être parce que personnellement je trouve que la politique est plus importante que les histoires de cul,
            mais c’est mon problème c’est vrai

          • @Anne-Laure: T’as pas toujours dit ça.

      • @Charles:
        «Comment Bigelow – une femme blanche qui a grandi à San Francisco dans une famille bourgeoise et fait ses études à Columbia [une des facs les plus select des Etats-Unis, ndlr] peut-elle comprendre

        Y a des interrogations légitimes mais j’ai un peu de mal à voir ça d’une manière positive dans ce mouvement, y a une sorte de négation de l’empathie et de la dimension (vaguement) universelle de l’Art, voire même de la pensée.

        • Surtout que là au final l’effet est de faire foirer la réussite commerciale du film, ce qui n’a pas franchement de retombées positives.

        • @Bouboubou: Cette interrogation pourrait être légitime a posteriori, en tant que facteur explicatif de l’échec artistique du film le cas échéant : si Detroit échoue à traiter ce moment de l’histoire raciale américaine, c’est peut-être parce qu’en tant que blanche Bigelow n’arrive pas à saisir les mécanismes racistes structurels de l’Etat et son effet sur la population noire comme blanche. C’est la seule façon qui permettrait de sauver ce genre de questionnement, bien que cela mérite d’être fortement étayé. En revanche, en tant que suspicion a priori – avant d’avoir vu le film, se demander si Bigelow a bien le droit de faire ça – c’est évidemment une aporie qui n’est que la résultante d’une fragmentation et d’une polarisation continues de la société américaine. Ca me rappelle un article du NYT après l’élection de Trump qui expliquait que la faillite de Clinton s’expliquait par l’incapacité de la gauche démocrate à s’adresser à quelque chose comme un peuple et non à une somme de communautés à contenter séparément.

          • J’ai hâte de voir le Bigelow. Et d’accord avec vous, Charles et Bouboubou. J’ai l’impression que questionner la légitimité d’un artiste à traiter tel sujet, c’est toujours con. La question c’est pas « est-ce qu’elle a le droit de traiter des émeutes raciales et du racisme d’Etat ? », évidemment qu’elle filme ce qu’elle veut, et c’est un beau sujet en plus. La question c’est « est-ce qu’elle y arrive ? Comment elle y arrive ? » ( j’ai pas vu le film, mais c’est sûr qu’elle y arrive Katoche ! )

            C’est quoi le rapport avec Clinton? j’ai pas compris. En temps normal, j’adore bitcher sur Clinton, mais là, je la défendrais presque. Je crois vraiment qu’on est une somme de gens à contenter séparément, pas un peuple. Quand t’es candidat à la présidentielle, t’es peut-être obligé de jouer la comédie du peuple ceci dit. Foutue présidentielle.

      • @Charles: sinon quand t’auras le temps tu pourras m’expliquer deux trois truc sur la vie violente ?
        je demande pas à Stéphanie vu qu’elle confond la femme de Stéphane avec celle de Christophe je sais pas si elle est fiable.
        Petit un : c’est qui Marc-Antoine ?
        Petit deux : c’est qui le type aux cheveux longs pour qui Christophe se sacrifie ?
        Celui qui crame dans la bagnole.
        Petit trois : rien pigé au conflit dans le bouiboui de celui qui veut payer son coup à tout le monde parce qu’il part en voyage avec son amoureuse fringuée comme dans les années 80.
        L’histoire des 500 balles qui fâchent Christophe, c’est bien obscur pour moi.

        Et puis j’ai trouvé bien vaseux le discours de la mère à son fils pour le convaincre de partir à Paris aussi.
        J’étais bien hermétique.
        Je crois que je suis pas trop compatible avec les corses.

        Sauf avec le type à l’intonation claire et calme alors lui je l’adore je sais plus son prénom.

      • @Charles: sur la forme j’ai bien kiffé ma race sur le son du talkie -walkie du surveillant pénitentiaire dans la bibliothèque,
        c’est un son caractéristique de l’ambiance carcérale c’était comme si j’y étais,
        pour ça que je me dis que le cinéaste a fait un sacré boulot de travail sur le réalisme, pour le coup je crois que tout le reste est vrai.
        Pour les ambiances de discours de mariage de merde aussi, je valide.

      • @Charles: et pour en revenir à Grave, puisqu’on en parle,
        j’ai été assez déçue par le fait que la réalisatrice mette plein de petites choses en place pour nous faire croire à des possibilités de déviances zoophile nécrophiles sauvageries cannibales et que sais-je encore alors qu’au bout du compte il ne se passe pas grand chose,
        rien de fantastique,
        peut-être qu’elle se foutait un peu de ma gueule et j’aime pas trop ça,
        à la limite le seul truc que j’ai trouvé fantastique dans le film c’est de voir un bledard homosexuel faire l’école véto.

    • Le Retour de la vengeance de Thoret

      Attention Charles, je préfère te rappeler qu’aucun être humain ne dit « neuneu » à part François. La dernière fois que j’ai entendu neuneu en dehors d’ici, c’était en mars 97 dans la bouche d’un double-poney qui s’appelait Michel Druker. Une autre époque.

      Comme on n’a pas les chiffres de l’évolution du nombre de spectateurs/cinéphiles/critiques, c’est un peu difficile d’en parler quantitativement dans le vide. Du coup il nous reste le jugement qualitatif, là aussi ça me paraît tendu.

      Geek c’est une culture. Je crois que dire « la culture-geek produit des cinéphiles-neuneus », c’est comme dire « le rugby produit des cinéphiles-neuneus » ou « le punk produit des cinéphiles-neuneus ». La culture geek, c’est des bouffeurs d’images. Dans le tas de geeks, tu dois avoir :
      – des cinéphiles-neuneus (tu parlais de mecs autistes qu’on imagine branchés innovations technologiques, Call of duty, assasin’s creed, Game on thrones, films clinquants genre Jeunet, Dupontel, Terry Gilliam, « les fils de l’homme » de Cuaron, et matant plein de making-of. On voit le portrait-robot mais de qui parle-t-on précisément ? On peut discuter avec le mec avant de décider si son regard sur les films est si con ? )
      – des cinéphiles-futés. Citons par exemple ma pote Claire, monteuse de docu, ex-femis (cinéphilie validée par une grosse institution quand même), branchée musique classique, geekette et tombeuse de rôlistes.

      Parallèlement, parmi les non-geeks, dans le tas de ceux qui ont une culture cinéma classique Thoret’s approved, il y aura des fans d’Audiard. Chez les cinéphiles-à-la-papa aussi, il y a des teubés.
      Du coup, critiquer les geeks-cinéphiles-neuneus, c’est encore une façon de bitcher sur le fameux manque de culture des jeunes, non ?

      Je connais pas Durendal et ma connexion internet de type « Problemos » me permet pas de lancer la vidéo. Tu compares Durendal aux critiques des Cahiers de la fin 50´s. Or Durendal ne publie pas dans les Cahiers aujourd’hui. Dans les 50´s, il aurait été un cinéphile grande gueule au bar d’après-film, pas critique. Maintenant, n’importe qui peut donner publiquement son avis sur internet, n’importe qui peut faire de la critique. Je trouve ça chouette forcément, aussi parce que les commentaires sous les vidéos peuvent devenir un lieu de discussion sur les films.

      C’est vrai, Lordon et GDL n’ont pas de réflexion sur le ciné. Ni le ciné, ni la littérature contemporaine, ni aucun art d’ailleurs ( je suis encore dégoûtée du non-commentaire de Lordon sur La Bonne nouvelle). Ils n’ont pas de rapport à l’art, n’y réfléchissent pas. C’est con pour eux mais ça m’inquiète pas pour le Cinéma.
      En revanche, le Cinéma et moi, on attend fermement ton lien senscritique ! Balance !

    • @Charles: … je regarde ta vidéo de Durendal dès que je sors du campement Problemos.

  3. … / J’ai toujours écrit la nuit, depuis la première phrase, toujours

    baîllé pendant la journée – ainsi je prétexte habilement la fatigue pour dissimuler mon ennui. Enfant, je redoutais pourtant le crépuscule alors que, dès sa naissance, le hérisson naïf et globuleux affectionne cette heure où les ombres s’allongent, il se déroule avec elles, mon coucher s’accompagnait de rituels maniaques consistant principalement en vérifications policières, ces perquisitions ayant en effet pour objet de m’assurer que nul bandit ne s’était glissé sous mon lit durant la journée dans le but de me prendre la vie

    à la faveur de la nuit. / … – p. 175-176, Du hérisson, Éric Chevillard, 2002 Les éditions de midnight –

    Pressentant ferme que son autobiographie, son Vacuum extractor sera nocturne, Chevillard progresse vers tandis que les vaillantes flammes qu’il s’applique à entretenir dandinent à l’idée de lécher puis consumer toutes les lignes manuscrites d’avant de l’auteur

    qui ne camoufle en rien ce que l’autopsie parallèle des particularités de son hérisson naïf et globuleux de visiteur – cet intrus dont on aura pensé sans doute qu’il n’était pas tout à fait étranger à ce que le témoignage contenu dans ces pages pouvait avoir ici ou là d’un peu fumeux – (173) vs lui-même lui permet d’élucider à mesure

    / et comme il est doux de lire Éric disant comment son hérisson se love dans les ombres qui s’allongent au crépuscule /

  4. @Jérémy, Juliette, François et les autres B: Merci pour le lien, Juliette, après avoir vu hier soir « Une vie violente » à l’Omnia de Rouen, le témoignage de Jean Marc Rouillan est très éclairant sur le système destructeur des prisons. Et aussi sur cette volonté délibérée de terroriser la population pour qu’elle n’agisse pas, ne manifeste pas, pour que çà se passe mal, forcément, et démontrer qu’ils avaient raison d’être répressifs…Evidemment, çà peut faire peur mais il ne faut pas arrêter les manifs, bientôt à la rentrée contre la loi Anti-travail, des rassemblements sont prévus par la France insoumise, par exemple. Avec l’état d’urgence prolongé, c’est vraiment désagréable, dans les gares parisiennes, lorsque deux fois cet été, j’y suis allée récupérer tel enfant ou ami étranger (une fois gare du nord, une fois gare Montparnasse). Avec ma fille de treize ans me demandant pourquoi y’a ces messieurs en treillis militaire, armés…
    Pour en revenir au film Une vie violente, j’aimerai dire quelques mots avant: d’abord dire mon ressenti en tant que fille de corse (par ma mère). Nous, dans la famille (petite bourgeoisie) on a toujours considéré le FLNC comme des voyous, barbares cagoulés qui raquettaient les commerçants, s’entre-tuaient pour des histoires privées d’argent, entre les différents courants mafieux (c’est ce que ma mère, corse, nous disait). Lorsque dix ans avant sa retraite mon père pilote d’avion dans une petite boite (papa d’origine espagnole portant le nom de la Casa) est tombé au chômage, c’est en Corse, dans la compagnie Corse Méditerranée, qu’il a retrouvé du taff. Ma mère étant corse, nous y allant très peu car çà coûte cher, elle était contente de se dire qu’elle allait renouer avec sa famille près de Bastia. Elle y avait été élevée par sa grand-mère jusqu’à l’âge de quatre ans, pendant la guerre, avant que ses parents ne la reprennent sur le continent. Ils ont ensuite habiter Limoges, jeune, elle retournait tous les trois/quatre ans voir sa grand-mère, oncles et tantes dans un joli petit village Prunelli Di Casacconi au dessus de Bastia. Bref, quand mon père a démarré son nouveau boulot, nous, la famille on a pas suivi tout de suite, années scolaires à finir. Ma sœur et moi étions en études sup, mon frère en Terminale. Dans l’exercice de son travail, papa nous racontait au téléphone des trucs incroyables : Lorsque l’avion arrivait en retard, mon père recevait en pleine nuit des appels anonymes, ou bien il retrouvait les pneus de sa voiture crevés sur le parking du personnel naviguant. Ma mère lui disait d’être patient, que tout s’arrangerait quand elle arriverait, les gens sauraient qu’elle était corse (nom de jeune fille Felicelli). Et puis papa a pris peur, a failli démissionner. Ma mère a fait quelques aller-retours avant l’installation finale, ils ont mis sur leur boîte aux lettres « Felicelli-de la Casa », et tout est rentré dans l’ordre…Tout çà pour dire qu’il y a une forte identité corse, qu’ils sont un peu sauvages, n’accordent pas leur amitié facilement, que pour être admis, il faut montrer patte blanche, certains pinzutti (c’est nous les continentaux) qui se font construire une maison secondaire n’ont pas d’autre choix que de payer un protecteur corse qui surveille pendant l’année, entretient, tond, aère, sa maison pendant son absence…sinon, comme par hasard, elle saute. Quand je vais chez un petit commerçant acheter un kilo de sucre (c’est arrivé qu’une seule fois, je n’y suis plus retournée seule :), moi, pinzutte, ne ressemblant pas à ma mère (et ne comprenant pas le corse), on me le vend deux fois plus cher que si c’était elle (pas d’étiquette affichée, évidemment). Maintenant, je fais les courses avec elle 🙂 chez les petits artisants locaux.
    Bref, le film de Peretti est très instructif car çà m’a fait changer de vision sur certains de ces opposants à l’ordre public qui comme le héros, ont des convictions politiques nobles et fortes pour le peuple, leur île, pas trop dénaturée par les promoteurs privés. Malheureusement, ils s’opposent à ceux (beaucoup plus nombreux) qui ne veulent que tirer du profit. Et leur combat noble est injustement oublié, car il ne sert pas des intérêts privés, l’argent, le nerf de la guerre…Combien de fois, sur les routes de montagne, je me suis fait doublée par un fou au volant (jeune) dans une jaguar…offerte pour ses dix-huit ans, certainement, c’est monnaie courante. Le film Une vie violente montre l’engrenage (et notamment dans la prison où il rencontre François, où il est disponible intellectuellement à ce discours) il croit en cette mission, sincèrement. La dernière scène, non, les deux dernières scènes sont poignantes, il va voir sa nana ayant accouché, la sert fort et longtemps dans ses bras, puis dans ses bras tient pour la première et certainement dernière fois sa petite fille. Pudiquement, il va pleurer dans le couloir en disant « je reviens, je reviens » Evidemment, on aurait aimé qu’il suive le conseil de sa mère, qui fait son mea-culpa, repartir à Paris, trop tard peut-être, sa décision à lui était prise. La lecture de sa lettre (son interview à Match ?) le long de ce travelling bruyant, coloré, petite silhouette perdue, déjà, dans le bal des voitures, l’énergie de la ville. Très émouvant. Et j’ai aimé qu’il ne nous montre pas, de façon démonstrative, frontale, son assassinat. Celui de son ami, en début de film, filmé de façon détachée, de loin, très violente, silencieuse, implacable, est déjà une épreuve suffisante. En googlelisant (quel vilain mot) l’acteur Jean Michelangeli, j’ai trouvé sur Allociné un commentaire étrange d’une certaine Michelle m. femme du héros, ou de son ami Christophe, elle ne rend pas hommage au réalisateur. http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=808145.html

    • @stephanieDLC: pas encore vu ´Une vie violente´, assez impatiente, presqu’hâte de revenir sur Paris pour
      en attendant et dans le cadre de l’opération ‘été 2017-ciné art et essai ´ de là où je suis cette semaine, vu Le vénérable W qui m’a quelque peu take my breath away pour une bonne partie de l’aprés midi et, te lisant, je repense à ce gars journaliste et actif dans une des organisations militant pour la défense des droits de l’homme et plus précisément à ce qu’il dit des histoires/fables rapportées sur untel et untel, intox raciste – et on repense en passant à Contagion tiens, ce qui fait toujours un peu du bien – donc, dans le docufiction de Barbet Schroeder, il est rapporté que les Rohingyas mettent le feu aux petites baraques qu’ils ont pour en avoir de plus grandes et le journaliste de préciser que le dire fait en plus croire à certains la fable qu’ils rapportent et propagent.

      certaines autres lignes de ton post ravivent d’autres séquences-interviews de W Le vénérable, vivement ce De Peretti,

      • @:

        Le vénérable W., on y aime voir posé l’embroglio opaque qui prétendrait souvent dire, élucider facilement à propos de race, identité, religion, culture en assaisonnant le tout à la trouille que ce qu’on croit parfois être propre à certains, sent et croit précieux un peu unique, ne disparaisse

        – et en documentant son film avec des images d’archives privées ou de propagande (les dvds de W. par exemple) et avec des pourcentages chiffrés des représentations disant la présence de croyants musulmans sur différents territoires, Barbet Schroeder met celui qui le désire en situation de penser et déconstruire certaine théorie de grand remplacement

    • @:

      car qui met un orteil sur le GR 20 ou en tout cas le mettait par exemple vers 1983-84 par là était régulièrement contraint de revoir sa feuille de route car tel refuge ou telle bergerie où tu avais noté de dormir venait de crâmer ou plus rarement sauté (mais parfois bien aussi)
      et depuis les montagnes, on entendait roulait l’info comme quoi son proprio, une fois touchées les assurances, en aurait un bien plus beau de refuge, de quoi bien lui enviait sa future capacité d’accueil, ses installations qui seraient d’emblée aux normes,
      aaah un bon incendie ou une éruption à la intro soupirait fort cecromantique de maquis

    • @:

      … / ou plus rarement sauter / … de quoi bien lui envier / … ce romantique de maquis / …

    • @:

      … / une bonne éruption à la nitro / …

    • @:

      … / on entendait rouler l’info / …

  5. vous me ferez bien plaisir de pas oublier d’aller voir les 12 jours de Depardon, c’est pour le 29 novembre, on note sur son agenda de ministre ,
    je suis dans l’anticipation maximale je sais mais je viens de tomber sur une plus longue bande-annonce que le zigouigoui qu’on avait du temps de cannes.

  6. En vrai, Chevillard s’y livre à une sorte de table rase enflammée qu’il orchestre jusqu’à être prêt à écrire son Vacuum extractor, sa Pandore, sa blessure sa vraie … / où seront donc consciencieusement détaillés et numérotés mes abattis, je m’y engage, je le promets – / … signe-t-il p.163 de son Du hérisson et il excite à mort à propos en y revenant régulier, pilonnant et jouant aigu, attisant en plaisantant à peine. Il plaisante toujours à peine.
    oui, on aime ses lignes autant que certaines autres

  7. Jérémy, François, Juliette, tout le monde, vous auriez un Bergounioux à me conseiller? J’avais éprouvé quelques difficultés à lire l’Orphelin mais ça m’avait in fine beaucoup plu. J’aimerais bien en lire un autre, mais son oeuvre est tellement foisonnante que je ne sais pas lequel choisir.

    • @Charles: je n’ai pas le regard exhaustif que tu cherches, mais Miette me tente bien pour ma part

    • @Charles: Je viens de lire récemment B17-G, court récit sur la chasse d’un bombardier américain par un avion allemand pendant la 2nde GM. C’est fascinant et il me semble que Bergonioux réussit, contrairement à Dunkerque (pas vu mais j’ai lu les critiques sur le site) à nous faire ressentir un petit peu de la froideur absurde de la guerre.

      • @:

        me fais penser de mettre prochainement le nez dans le 14 d’Echenoz tiens, merci

        – juste avant au programme: profiter encore un peu de Chevillard – chopé son Oreille rouge – en finir ensuite avec Eddy Bellegueule (emprunt bibli lui aussi) puis on ira vers Jean
        à moins que d’ici là notre hôte ne ponde un truc un peu conséquent à lire (en complément de ses textes mis en scène au théâtre, de l’adaptation par qui on sait de son LBLV au ciné, de ses papiers dans Transfuge, de la soirée Girlfriend expérience dans l’institution que l’on sait + de tout ce qu’on s’invente comme ciné perso)
        vla l’homme.

      • @Manue Juliette: Merci à vous deux.

  8. … / Il faut le savoir, le piquant du hérisson naïf et globuleux ne casse jamais. C’est un tube rigide et creux

    intérieurement renforcé par des stries étagées sur toute sa longueur et coudé à la base, ce qui lui permet de plier sans rompre ni se déformer quand le hérisson naïf et globuleux tombe ou reçoit un choc violent, par exemple les coups de maillet d’Alice lorsqu’il lui sert de boule pour son croquet – la cruauté de la gamine envers lui étant moindre qu’on pourrait le croire puisqu’elle utilise un flamand rose en guise de maillet, mais c’est alors à celui-ci que je pense avec affliction. J’aime le flamand rose

    qui est le contraire du caméléon : sa couleur déteint sur le monde. Le ciel est rose quand passe un vol de flamands roses. L’Afrique est rose quand ils se posent. Je n’ai pas ce pouvoir de changer le monde. Même si je me rapprochais des hommes, nous n’aurions pas ce pouvoir. Chaque flamand rose apporte sa touche de rose et son peuple uni exalte l’utopie d’un collectivisme heureux – tandis que le hérisson naïf et globuleux a besoin de cinq hectares de solitude. L’envergure d’un seul de ces oiseaux magnifiques suffit à mon bonheur, cependant, tel cet ange aux ailes d’ardoises qui règle son vol sur mon pas

    quand il pleut et stationne au-dessus de ma tête si je m’arrête, et qui est mon ami le plus précieux. Mais revenons à nos moutons, si je puis compter parmi eux, le moins bouclé, le moins laineux, notre hérisson naïf et globuleu. / … – Du hérisson, Éric Chevillard, p.160-161 –

    oui, on aime bien mettre le nez dans la technicité de sa fantaisie politique

  9. Merci beaucoup François pour ce post conséquent et très inspirant.

    Juste un point pour l’instant.

    Je ne sais pas si l’on peut corréler les deux, mais chez GDL il y a un rapport entre la vision essentialiste de l’Etat et le sa vision implicitement essentialiste du peuple. Je m’explique. Quand même, ça fait un certain temps que GDL pense l’Etat comme une entité puisque « Juger » le montre comme une sorte de Léviathan -là où on congédie la philosophie politique, finalement on s’aperçoit qu’elle revient à grand pas- et les réflexions qu’il développe s’attachent à insister sur des invariants oppressifs : l’Etat nous commande de lui appartenir dès notre naissance, organise une justice où nous lui devons des comptes, etc, etc, on n’imagine pas qu’il puisse exister un en dehors de l’Etat, c’est ce qu’il disait dans son intervention à la Sorbonne il y a quelques mois. Pour justes qu’elles soient, ces remarques dessinent quand même une vision assez conventionnelle d’un pouvoir étatique, monolithique, qui s’exercerait sur des sujets rassemblés dans ce vaste ensemble que serait un peuple. C’est évidemment trop simple. Une pensée plus foucaldienne consisterait à envisager des pouvoirs disséminés, non seulement au sein de ce peuple, mais aussi de l’appareil étatique et la description de comportements minoritaires, pas forcément éclairés, par rapport à ce qu’une « norme » prescrit, tout ce propos n’étant pas forcément indexé à une pensée militante.

    Parce que le fond de l’affaire, c’est quand même ça : pour l’instant, GDL endosse les habits de l’intellectuel-type à la française dont la pensée est guidée par la nécessité du combat, de corréler sa réflexion à la nécessité d’une démonstration, pour légitimer ce combat et finalement se croire fondé à le faire, parce qu’on est un intellectuel. Puisque tu parles implicitement de Michéa, je t’accorderai que chez lui, la tendance est vraiment très prononcée, elle est même revendiquée : j’ai lu « Le complexe d’Orphée » il y a quelques semaines et c’est insupportable de condescendance, puisque non seulement il suppose que ce peuple aurait des vertus immanentes, mais il les lui attribue précisément. Il faudrait que je reprenne dans le détail, j’avais pris des notes. Et tiens, oui, je vais en faire un compte-rendu bientôt.

    -GDL ne pardonne pas à Rancière son livre sur Bourdieu. Là-dessus il est con comme un gardien du temple.
    -GDL, clairement, se méfie du populaire, parce que le populaire est viriliste et incidemment homophobe. Il n’a pas tort, certaine sociabilité populaire ne se pique pas d’etre gay-friendly, mais en l’occurrence c’est lui qui essentialise. Clairement dans son esprit -dans son corps- il y a un truc qui s’appelle le peuple, qui n’est pas une machine progressiste, et qu’on doit travailler à neutraliser. D’où son insistance sur la possibilité que le droit puisse réguler les « instincts », et que c’est toujours une minorité qui fait avancer le progrès. Une minorité éclairée? Ici l’opposition avec Rancière est nette, et l’on retrouve le fond autoritaire de la pensée de GDL que pointait Jérémy : il y a des gens éclairés et on attend d’eux qu’ils guident la masse -ou régulent la société à rebours de ce que la masse -homophobe et raciste?- réclame. Oui il faut des éducateurs. Au fond du fond, c’est bien l’idée de maitre ignorant qu’il reproche à Rancière. Il serait bon qu’il circonscrive mieux son attaque la prochaine fois -sachant qu’on serait aussi tenté de penser qu’il y a peut-être mieux à faire, pour un libertaire, que d’en attaquer un autre. Mais ce n’est pas la première fois que GDL perd son énergie dans les règlements de comptes.

    • Pardon, j’ai oublié d’enlever le copié-collé de la fin. Du coup, je le commente. GDL ne s’est jamais exprimé, à ma connaissance sur « Le maître ignorant », mais si on est fondé à croire qu’il existe des intellectuels et un peuple, on l’est aussi à considérer que les modalités classiques de la transmission ne sont pas caduques. Les deux constats me semblent étroitement corrélés.

  10. … / Le peureux hérisson naïf et globuleux est moins discret que moi, moins silencieux, il souffle quand il court, halète quand il s’accouple, renifle et grogne quand il mange, pousse un cri aigu, dissonant, comparable à celui de la truie qu’on embête avec un couteau de boucherie

    rouiiiii ou grouiiiii, quand mon coude le heurte brutalement – ça alors ! vous avez entendu? Mon hérisson naïf et globuleux a produit un son autre qu’un reniflement morveux! Faut-il appeler cela un couinement? un glapissement ? A-t-il essayé de formuler une phrase de protestation cohérente et bien frappée? C’est raté. Je ne me moquerai pas, cela m’est arrivé. Trouver ses mots dans le nombre n’est pas si simple. Lorsqu’un mot me manque, qui se dérobe, la solution de remplacement qui se présente aussitôt à mon esprit, elle vaut ce qu’elle vaut

    c’est le suicide. / … – Chevillard, Du hérisson, p.165-166 –

    on adore rire et lire (avec) ce mec

  11. Hors-série est en accès libre de ce soir à dimanche soir
    je vous recommande l’entretien avec Rouillan, sur la prison
    http://www.hors-serie.net/
    http://www.hors-serie.net/Dans-le-Texte/2017-07-15/De-la-prison-id245

    • @Juliette B: super, merci beaucoup.

      • @Juliette B: témoignage très précis : Rouillan montre bien comment la violence structurelle de la prison détruit ces vies incarcérées, on le savait et ça ne change pas. C’est très intéressant ce qu’il dit sur les longues condamnations, qui sont des peines de mort déguisées, les conditions terribles dans les quartiers d’isolement…
        Le passage sur le juge d’application des peines montre aussi que la méconnaissance concrète des cas individuels, réduits à des dossiers, permet à tout le système pénitentiaire d’accentuer sa pression sur les détenus, parce qu’elle a conscience de cette distance qui lui laisse les mains libres, finalement.

        • @Jérémy: Oui c’est très précis – comme la même tache sur les murs du mitard passée des heures, des mois, des années à regarder – en même temps que ça pense large.
          Comme quand par exemple des gardiens il dit la brutalité institutionnalisée mais aussi la misère, que sa condition de victime de leurs violences n’empêche pas d’observer.
          Ou que dans un proche futur, il annonce une prison sans les murs dans un univers saturé de surveillances.

Laisser un commentaire