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47 250 Commentaires

  1. Pour ceux que ça intéresse, un entretien avec Antonin Bernanos dans Hors-série (2 septembre). Cet entretien est en accès libre jusqu’à la fin du procès prévue le 22 septembre. Pour rappel, il s’agit de l’affaire de la voiture de police brulée quai de Valmy en mai 2016.
    En gros trois parties : le montage de l’instruction pour désigner des coupables qui passent en procès ces jours-ci ; le parcours politique de Antonin Bernanos depuis 2010 ; la criminalisation des mouvements protestataires et le lien avec la répression dans les quartiers.
    http://www.hors-serie.net/Speciale/2017-09-02/Dans-le-collimateur-du-pouvoir-id257

    • excellent entretien, comme toujours avec Judith (le spectacle de cette femme interviewant est une joie intégrale)
      et que dire de celui avec Friot, récent aussi (Friot dont elle a tiré une pièce -pour le coup le théatre c’est pas ce qu’elle fait de mieux, lm’enfin la meuf qui adapte Lordon puis Friot au théatre mérite un peu d’amitié

    • Je voudrais pas jouer au rabat-joie, mais j’ai du mal à croire qu’ utiliser un procès d’antifas pour violence sur la police pour dénoncer les violences de la police en banlieue , réussisse à convaincre autre chose que les déjà convaincus. Pas un banlieusard d’ailleurs sur lundi matin pour commenter le procès.

      • @Bouboubou: Le constat d’Antonin B est bien qu’il n’y a pas ou peu de convergence entre les militants et les banlieusards, c’est aussi le discours agacé et agaçant de Lagasnerie qui ne cesse de rabâcher que les étudiants découvrent ce que les quartiers connaissent depuis bien longtemps en terme de violences policières. L’analyse d’Antonin et les précisions de Judith B insistent à juste titre sur la stratégie de longue date qui consiste à expérimenter d’abord dans les quartiers, puis dans les manifs étudiantes ou les mouvements sociaux des armes nouvelles, des manoeuvres d’encerclements, de souricières ou des provocations en début de manif, toutes armes et stratégies qui seront ensuite vendues sans états d’âme – voir la fierté de Alliot-Marie proposant le savoir-faire du maintien de l’ordre à la française à la police de Ben Ali en 2011. Je crois donc qu’il s’agit moins d’utiliser un procès d’antifas pour violences sur la police pour dénoncer les violences de la police en banlieue que de montrer le rôle et l’intérêt de l’Etat dans le commandement des provocations et des violences, et par ailleurs le fonctionnement de la machine judiciaire soumise à une instruction à charge.

      • @Bouboubou: C’est pourtant bien la même police, aux ordres des mêmes chef et ministre, qui invente ici et là-bas de toutes pièces des circonstances ou accusations fantaisistes pour justifier ses actes de violence ayant abouti à la mort (Adama Traoré), le viol (Théo) ou la détention abusive (Antonin Bernanos) de jeunes gens au motif de leur couleur de peau ou de leurs opinions politiques.
        On peut ne pas voir le rapport, mais cela ne l’empêche pas d’exister.

    • @Cat: mouais c’est pas inintéressant, j’aime bien le virage que prend la lutte anti-fa à calais,
      bé oui les gars , parce que c’est qui les fascistes au fond ?

      et est-ce que c’est la peine que je dise comme j’ai aimé le témoignage de dernière minute, va falloir le dire et le redire, ce que nous avons vu de nos propres yeux.
      C’était pas une hallucination.

      • remarque je dis qu’il va falloir le dire et le redire mais nous aurons toujours des grands scientifiques face à nous pour nous pointer de la règle sur le tableau le gène de la délinquance chez les noirs et les arabes.
        Je crois qu’on se fatiguerait pour rien.

        Je m’emballais

    • @Cat: c’est à dire que je me disais putain à calais les mecs ( mais peut-être aussi des filles ) ont découvert qu’ils n’étaient pas antifascistes en particuliers, mais anarchistes en général.
      Sont bêbêtes un peu.

  2. je vous raconte un épisode dont je ne sais pas quoi penser :

    après + de 10 ans d’expérience professionnelle et n’ayant que la bac,
    j’avais besoin de valider au moins une licence dans mon domaine pour évoluer ou bifurquer sur un autre métier.
    Pourtant d’habitude pas très sûre de moi, je me sentais tout à fait capable d’au moins entamer cette démarche étant donné que le programme de la licence souhaitée correspondait à ce que j’avais fait pendant toutes ces années.

    La semaine dernière, j’ai donc participé à une réunion pour une VAE (valorisation des acquis par expérience)
    dans une fameuse fac parisienne.
    Devant un amphi d’environ 30 personnes, avec des profils du type : de la jeune femme qui bosse à plein temps
    mais dont il manque des modules au monsieur d’une cinquantaine d’année qui souhaite finir sa carrière un peu mieux payé, une enseignante, en charge de nous présenter le programme, a passé son temps à nous dévaloriser, en gros, pendant plus d’1h :

    nos années de boulot, de merde parfois, du pipi de chat.
    le jury trop exigeant et trop occupé.
    des diplômes soi-disant très prisés de cette fac publique donc distribués à une petite élite
    et le bouquet : le diplôme délivré, pour « les meilleurs », porte une mention spéciale (pas de relevé de notes) qui ne permet pas d’envisager le diplôme au-dessus !

    Donc,on s’était déplacés pour rien.

    Petit speech assez violent en vrai débité avec une bienveillance mielleuse.

    Sachant que la fac y gagne dans cette opération,
    car c’est l’employeur ou pôle emploi qui paient quand le dossier est accepté.

    les universitaires méprisent-ils ceux qui n’ont pas leur profil ?

    bref,j’ai un dossier à rendre pour le 22…

    • @zazie: Les représentants de l’université te montrent que le vrai savoir c’est chez eux puisque même dans le meilleur des cas, l’expérience ne peut être équivalente, car si je t’ai bien suivie, le diplôme obtenu ne sera pas équivalent à une licence classique puisqu’il n’ouvre pas la porte à un master. Perso je suis un pur produit universitaire, jamais voulu faire de grande école que je trouvais élitiste, je pensais que la fac ça avait un côté plus prolo puisqu’on pouvait y rentrer facilement (et moins contraignant vis-à-vis des cours qui n’étaient pas obligatoires) mais finalement la fac avait déjà il y a 25 ans ce côté dominant par rapport à ce qui n’est pas enseignement « supérieur » et un complexe d’infériorité vis-à-vis des « grandes écoles » (mais c’était plus le complexe d’infériorité qui était exprimé). Pour avoir fait une thèse sur le tard bien après avoir fini mes études, je me suis aperçue quand même que ce phénomène s’était nettement accentué ces dernières années ; par exemple j’ai eu droit à une cérémonie de remises des diplômes (5 ans auparavant ça n’existait pas), pour être sur le modèle des « grandes écoles » en France ou des universités américaines. Tout ça pour s’entendre dire qu’on était les meilleurs. Ca m’a fait halluciner. L’autonomie des universités n’a fait que catalyser un processus qui était déjà latent.
      Ils demandent quoi exactement dans ton dossier pour jury très occupé ? Bon courage en tous cas.

      • @zazie: Déprimant en effet ce que tu racontes de cette présentation. Je me rappelle avoir lu un ou deux ans après sa création une étude parlant de la VAE comme d’un « parcours du combattant »; je vois qu’en avril 2017 on titre encore de la même façon les papiers sur le sujet… Dur. J’ai cru comprendre que le dispositif avait dès le départ été lancé de façon très peu pensé, avec des circulaires d’application très floues notamment.

        Peut-être quelques éléments de réponse à tes questionnements là-dedans: https://dse.revues.org/624

        • @Juliette B: je vais jeter un coup d’œil à ton lien.
          vais peut-être m’économiser beaucoup d’énergie en ne me lançant dans ce truc :/

        • @zazie: @Juliette B: *pas

          • @zazie: si tu en attendais la possibilité de reprendre des études, effectivement ça ne sert à rien vue la restriction dont tu nous as parlé.
            Si c’est pour élargir tes possibilités de changement de boulot ou d’être mieux payée, ça peut valoir le coup. Et il y a peut-être pas mal d’intimidation de leur part dans leur baratin du début, pour « écrémer ».

      • On note que la personne chargée de la valorisation des acquis s’est montrée dévalorisante.

      • @GaelleS: merci Gaelle pour ton retour !
        oui ce discours « des meilleurs » nous a particulièrement tapé sur les nerfs, surtout pour finir par un diplôme en toc…
        Quand au dossier, les basiques sont contrats de travail, fiches de paie, etc
        mais bien sûr, comme pour les proprios ici, le même bullshit : « plus le dossier est épais, plus ça pourrait passer ».
        Une dame a donc demandé : c’est quoi, ce en plus ?
        elle a répondu : lettres de recommandations, les évaluations internes dans ta boîte, etc
        ce qui a laissé l’assemblée un peu coite.

      • @GaelleS: le monde universitaire regarde globalement de haut le monde du lycée, qui toise le collège, qui toise le primaire, dont sont issus quelques pédagogues recommandables. C’est structurellement vieux comme le système éducatif français.

        • @GaelleS: après, comme toi, je trouve appréciable qu’on soit pas obligés d’aller en cours, à la fac. Ça m’aurait fait chier d’être fliqué au quotidien à 19, 20 ans. J’étais pas du matin, en plus. Les remises de diplômes, no comment.

    • @zazie: J’ai déposé un dossier VAE à Nantes en 2012. Participé comme toi à la réunion de présentation avec un panel très hétérogène, mais contrairement à ton expérience les profs étaient très aidants, ont pris du temps avec chacun pour nous conseiller. Ça dépend peut-être des facs ?

      @Juliette : j’aime bien les circulaires d’application très floues, elles laissent plus de marge d’interprétation je trouve.

      • @Cat: ce flou peut effectivement jouer pour le meilleur, ou le pire j’imagine, quand l’encadrement n’a pas envie ou le temps de réfléchir à ses exigences propres et commence donc par décourager les candidats.

        • @Juliette B:
          @Cat
          nous n’avons eu aucune réponse claire :
          sur la composition du jury (présence ou non d’au moins un professionnel du milieu)
          le nombre de dossiers accepté l’année dernière et le nombre de personnes ayant mené à terme et eu leur diplôme

          elle a juste sorti des stats à la con du style : « 88% ont eu leur VAE, 10% ont eu une demi-validation (oui, ça existe !) et le reste un refus »

    • @zazie: L’enseignement comme on l’aime.
      Tu travailles et fais une VAE dans quel domaine ?

      • @Billy: j’ai fini bien, malgré moi, mon bac n’avait rien à voir, dans le secteur social, le seul, dans ma région d’origine, qui recrutait des personnes comme moi, c’est à dire des arabes.
        Heureusement, je m’y suis épanouie en travaillant dans la branche la plus précaire et peu valorisée, la culture.
        Politique de la ville et culture, j’y ai cru naïvement, j’ai vite déchanté.

        • @zazie: mais sinon si t’écoute le témoignage d’Antonin Bernanos ci-dessus ( donné par Cat ) jusqu’au bout , tu verras que t’as un bon filon vers la pénitentiaire,
          moi je dis : ça se tente.

          Plutôt que de t’emmerder avec l’université de mes couilles.

    • @zazie: merci à toi, tout cela ne m’étonne pas.

  3. Dis-moi François, comment imaginerais-tu la « comédie radicale » que tu évoquais il y a quelques jours, dans un post ?

    • j’avais un pitch : des profs se disent c’est la merde, on se fait chier, en plus on sert le capitalisme et on humilie les pauvres, donc maintenant on va se marrer.
      et ils se lancent des défis à réaliser en classe
      genre faire tout un cours, sérieusement, intitulé Napoleon homosexuel? Une question ouverte.

      • Un des cours s’intitulerait : L’école, un crime contre l’humanité?
        Après un point historique très informé sur la notion de crime contre l’humanité, les élèves sont invités à en débattre dans le respect et l’écoute et la bienveillance. Certains pensent que non, d’autres oui.

        • @François Bégaudeau:
          la comédie radicale « Toujours plus de la même chose » inspiré de Watzlawick :
          refaire exactement les mêmes erreurs pour être sûr que ça se casse bien la gueule

  4. Hé anne-laaauuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuure y a fredo qui est rentré !

    http://blog.mondediplo.net/2017-09-18-Vivre-et-penser-comme-des-DRH

    • @Juliette B: ah ? il a fait sa petite rentrée, avec son petit cartable qui sent le cuir et ses grandes feuilles jaunes ?
      Chouette, j’étais en train de rechercher sur le wikipède si y avait de la matière dans le vide tu vois,
      comme je me faisais chier,
      ( à cause de deux schizos qui se prennent pour des autistes d’asperger )

      Merci !

    • @Juliette B:

      Ils lisent Challenges ou Winner comme jadis on lisait Salut les copains : avec des étoiles dans les yeux, se ruinent le poignet sur des posters dépliables de Xavier Niel,

      rrrrrooooh il est pas très gentil quand même , il exagère.

      Il est court ce texte dis donc, et t’as regardé le lien vers le lundi matin, le truc du douzième jour de chaque mois machin machin,
      j’ai lu en diago et j’ai pas trop compris l’idée mais j’adore la dernière phrase.

    • @Juliette B: pure phrase de cow-boy,
      allez zou on dort

      • @anne-laure: Crois bien que fredo et ses amis s’inquiètent qu’on finisse tous carbonisés macronisés.

        Ils lancent l’idée d’un pique-nique, sur un pré pour commencer. La dernière fois je me rappelle le rendez-vous était proposé sur une place.

        • @Juliette B: ouais j’avais saisi.
          Ils rêvent un peu non ?
          ça me fait penser qu’hier une jeune collègue cherchait du savon partout dans le service pour l’un des deux schizos asperger qui a fait 2 milliards de calculs depuis sa naissance, elle me demande où sont les cachettes, revient bredouille, ne finit que par trouver un flacon entamé.
          De là je lui rappelle que cela fait un moment qu’on nous dit que les patients , aussi fous et pauvres soient-ils, devraient venir à l’hôpital avec leur nécessaire de toilettes,
          qu’on dit aux ASH responsables des commandes de matos de ne pas en demander trop, de toutes façons le nombre est limité au niveau du magasin.
          Et je me suis souvenue alors d’une fois où je mangeais avec les ASH, qui sont la plus basse classe sociale d’un hôpital, plus prolo tu meurs, où nous parlions des économies que nous devions faire ( je ne sais plus s’il s’agissait des nappes , des nombres de lits, des effectifs , des jus d’orange ), et l’une d’entre elles me dit calmement, une femme très gentille :

          – oui mais on avait trop dépensé avant, on avait abusé.

          chtoung ça m’a foutu un coup dans le bide comme si je me faisais hara kiri, j’ai pas répondu.

          • ( j’ai pas répondu parce que j’avais peur d’être brutale, il arrive un moment où je m’ empêche de parler où j’ai juste envie de poser des bombes )

          • @anne-laure: oui, je vois très bien le type de chtoung dans le bide dont tu parles.

            j’ai ressenti le même y pas longtemps quand j’ai demandé à une dame noire dans ma rue si comme moi elle en avait pas ras le bol de voir tous les jours l’immense drapeau bleu blanc rouge, vraiment très grand j’te jure, que le voisin d’en face à mis à sa fenêtre.

            Elle m’a répondu agressivement: « Ah non pas du tout, moi je suis fière française, je suis fière de la France. Et je trouve qu’il faut qu’on le dise bien fort qu’on en est fiers parce qu’en ce moment hein ».

            (Zaï voulait qu’on mette un drapeau algérien à la nôtre de fenêtre pour le faire chier le jeune voisin et son frère voulait plutôt mettre celui des Simpson. c’est toujours pas tranché)

            Je te raconterai ma propre histoire d’ASH tout à l’heure, elle tout fraiche de la semaine dernière.

          • @juju: ben ouais tu vois, on n’est pas aidé putain,
            algérien ou simpson j’hésiterais aussi,
            et pourquoi pas les deux ?

          • je suggère un portrait d’Elvis Costello

          • @juju: oh bah cette histoire de drapeau français me rappelle un truc du boulot d’hier soir, comme on installait une veille dame grabataire dans son lit, elle voulait qu’on chante la marseillaise je sais pas pourquoi,
            elle est un peu sourde il faut lui parler en face et très fort pour qu’elle capte tu vois,
            on n’a pas chanté parce qu’on comprenait pas le délire et hier dans mon lit j’y repensais et je me faisais mon petit film comique de moi qui lui gueulais dessus :
            – mais je ne peux pas chanter la marseillaise parce que je ne suis pas nationaliste je suis anarchiste

          • @françois: Costello ? Ok je soumettrai ta proposition comme les autres à la prochaine réunion de section dans ma cuisine.
            J’anticipe toutefois un : « Ben qui ché chti lal ? »

        • @Juliette B: j’ai lu un peu mieux et je crois pas qu’il s’agisse d’un pique-nique mais plutôt d’un enfumage de blaireaux dans leur terrier.

          • @anne-laure: ouais et on va arracher leurs belles chemises blanches avec nos dents ça va être hot.

          • @juju: ben c’est marrant que la réunion DRH se passe comme de par hasard dans le XVIème , c’est tout comme dans mon livre de pinçon-charlot que j’arrive pas trop à lire parce qu’il est pas très bien écrit mais c’est pas mal quand même pour glaner quelques informations

          • @anne-laure: c’est le problème des sociologues, globalement, ils écrivent pas très bien

    • c’est bon mais c’est court
      m’est avis que Fredo est en plein livre, pas trop le temps de s’amuser

    • @Juliette B: mais sinon tu trouves pas que jeannette est un film qui convient parfaitement à fredo ?
      Je me demande s’il l’a vu.
      Mon cul.

      • n’y reviens pas, anne-laure : fredo ne voit pas de films, va falloir que tu t’y fasses

        • @François Bégaudeau: j’étais sûre que t’allais pas perdre une occasion pour y remettre une couche, sur mon fredo chéri,

          • @anne-laure: Fredo ou Manuel ?

          • @jérémy: bé ? je ne vois pas ce que viens faire mon cher enfant basque dans cette histoire,
            il est tranquillou dans sa montagne avec ses moutons en grignotant son ossau iraty, comme convenu

          • @anne-laure: il est basque ? de mieux en mieux

          • @jérémy: ouais il est de la lignée des poseurs de bombes , ça craint

    • @Juliette B: un texte un peu pauvre quand même, tout cela sent un peu l’impuissance…
      bon, suis un peu désabusée aussi, après les quelques évènements auxquels j’ai pu assister en cette rentrée.

      A gauche, on a toujours pas régler cette violence et cette opposition systématique dans les rapports des uns aux autres, j’ai bien aimé ce que tu relevais, François, dans une table ronde que j’ai revu récemment sur l’avenir du NPA.

      (suis nouvelle, je lis depuis l’année dernière vos échanges que j’apprécie beaucoup, je sais si il faut se présenter ? :-))

      • @zazie: Bienvenue zazie. Moi ça m’a fait rigoler le lapsus des DRH nous invitant à « concilier vie professionnelle et vie professionnelle ». Mais c’est vrai que je cherche un peu toutes les occasions ah la la.

      • Bienvenue zazie, même si bon, tu débarques en accusant Fredo d’impuissance, on va pas se mentir, ça commence mal.
        Je vois bien ce que tu veux dire pour ce texte, j’avais préféré celui sur les demi-habiles (avec les mythiques « amis de la famille » de La Poste). C’est un texte déjà balancé ici par Juju cet été https://lundi.am/Situation
        Et tant que j’y suis https://lundi.am/Affaire-de-la-voiture-de-police-brulee-quai-Valmy

        • celui de lundi matin est un peu un chef d’oeuvre
          à la lumière de quoi zazie a pas tort, le nouveau texte du diplo est du lordon du dimanche ; sur un CD je l’aurais mis en track 9, toujours la zone molle d’un album
          (mais je persiste à penser que ça sent moins l’impuissance qu’autre chose à foutre, genre un livre)

          • On dira que ce petit article est un produit d’appel pour les initiatives des Douze du mois et les articles du Monde diplo mis en lien.
            Fredo rend là service à ses amis et travaille pour nous dans l’ombre, oui certainement, à son prochain bouquin.

            Ou alors il a pas le temps de faire plus long parce qu’il a découvert Dumont et se tape émerveillé l’intégrale.

          • @juju: il s’est tapé émerveillé l’intégrale et tout à coup il s’est dit : tiens bah si je lisais tous les livres de françois bégaudeau maintenant ? Les romans les essais les pièces de théâtre, et puis toutes les critiques de transfuge,

            et on ne le revit plus pendant trois mois au moins

        • @Billy: merci 🙂

    • Je voudrais pas jouer au rabat-joie, mais ce texte me fait penser à Muray, dans la dénonciation du langage techno-vide, Lordon ayant d’ailleurs la même tendance à sur-écrire.

      • @Bouboubou et tous : J’attends vos réactions à cette déclaration de guerre de Boubou :

        https://media.giphy.com/media/vjwACwDxB0hZ6/giphy.gif

      • @Bouboubou: pas faux , ce texte me laisse mitigée un peu comme à ma lecture de celui du lundi matin au début de cet été,
        voir au bout d’un moment ça m’agace de lire mon fredo chéri qui n’avance pas, qui pédale dans la choucroute, et dieu sait comme il en souffre petit chaton, j’en souffre aussi, la compassion quoi,
        il n’avance pas parce qu’on n’avance pas ,
        c’est à dire que c’est juste du texte de propagande, pas d’idées nouvelles articulées autres que les libéraux sont très très méchants, et l’heure de la vengeance à sonner,
        je caricature je fais exprès car je suis moi-même très très méchante,
        cela dit pour sa décharge :
        – il est toujours rigolo, et comme il est bon de rire, pour la forme ,
        – il est toujours bon que fredo soit lu pour ceux qui ne le connaissent pas encore, qui seraient intrigués qui iraient alors plus loin, jusqu’à écouter ses confs, lire ses livres.
        Lire Spinoza.
        Il me plait qu’il fasse de la propagande pour la philosophie.

      • @Bouboubou: « a sonné » , la vengeance , pardon, j’écrivais très vite car j’ai faim,
        et j’ai peur de rien

      • @Bouboubou: bon et je reviens pour préciser que fredo est l’un des seuls être humain que je connaisse envers qui j’ai une confiance presque aveugle,
        c’est pas rien,
        c’est à dire que lui j’aurais bien aimé le connaître en temps de guerre,

        mais bon après, ce que ma vie a de valeur

      • @Bouboubou: Pas mon texte de Lordon préféré, mais quand même : Lordon ne dit pas que c’est un langage techno-vide. Il dit l’inverse.

        Fredo relève que ce langage est plein d’idéologie, à ras bord. Entreprise et Etat, même idéologie, même langage. « DRH de l’entreprise France »
        Le langage de l’entreprise n’est pas non plus technique. Là encore, c’est le contraire. C’est un langage très imprécis (« performance », « process »…) convenant à n’importe quelle entreprise. Qu’importe ce que l’entreprise fait, ce qu’elle produit, dans quelles conditions, pour qui et pour quoi. L’important, c’est son efficacité (l’entreprise envie et s’inspire de l’efficacité des champions ou de l’armée. Fredo dit : « la convergence, non pas des luttes, mais de l’entreprise, de l’armée et des sports extrêmes »).

        Lordon sur-écrit oui, avec des expressions désuètes de provincial en plus, t’as remarqué ?
        J’aime beaucoup l’humour de Fredo (j’adore sa fin « oh oui, s’il vous plaît, écrivez-nous un petit quelque chose. »). Et en même tant, des extraits d’édito comme « La ministre a accepté d’être face à vous, en toute proximité, pour répondre à toutes vos questions. Sans aucun filtre » appelle objectivement la vanne. La belle vanne salace.

        Pour Muray, je peux pas te répondre, je connais pas, à part sa demi-finale ratée contre Wawrinka et j’aurais encore l’air con.

        • @Billy: rire. Le faux Muray aurait peut-être eu de la sympathie pour le public de tennis, qui se tient sagement pendant l’échange. De là à jouer en short sur le court…

        • @Billy: je trouve que la vanne est contenue dans l’énoncé.

      • Charles ? tu es noir ?
        Tu me répondras un jour sur ta différence de taf entre droit des affaires et droit pénal ? Si tu es l’avocat d’Antonin Bernanos, t’as le droit de me répondre en fin de semaine. Et lâche rien.

        • @Billy: Schématiquement, tu as deux pratiques dans l’avocature : le conseil et le contentieux. Le conseil, c’est la rédaction de contrats, de notes pour aider le client à faire quelque chose. Le contentieux, c’est la défense du client devant les tribunaux, en tous domaines (affaires, civil, travail, pénal…). Cette distinction traverse la plupart des matières, dont le droit des affaires. Tu as évidemment plus de conseil que de contentieux en droit des affaires mais tu as quand même les deux : tu vas « faire des deals », c’est à dire négocier et rédiger des contrats pour qu’une cession ou une fusion se fasse par exemple ; mais tu vas aussi défendre un actionnaire contre un autre actionnaire d’une société, c’est aussi du droit des affaires (cf la montée au capital litigieuse de LVMH dans Hermès).En pénal, tu t’imagines bien que c’est plus du contentieux.
          Le conseil est assez relou, surtout qu’en droit des aff’ où t’es vraiment une pute : ton client – généralement une entreprise – te dit de faire un truc, tu fermes ta gueule et tu le fais, et pour le lendemain si possible. Et puis la rédaction de la documentation juridique pour une opération est souvent rébarbative, surtout les procès-verbaux d’assemblée générale d’actionnaires. Le contentieux est plus rigolo parce que déjà tu te frites, mais aussi parce que tu construis davantage un raisonnement qu’en conseil – quand tu rédiges un contrat, y a pas de démonstration, tu empiles juste les clauses écrites dans une langue inhumaine où tu cherches juste à te backer). Et puis tu peux faire le malin à plaider et à porter une robe.

          Moi je fais pour l’instant du contentieux des affaires (litiges entre actionnaires, entre entreprises concurrentes par exemple) et un peu de pénal. Je vais essayer de faire davantage de pénal.

          • D’accord donc tu portes une robe et t’es une pute, mais très occasionnellement, vu que tu fais du contentieux. Cool. Qqs questions me viennent :
            – T’es plus payé en conseil ou en contentieux ? plus payé en affaire qu’en pénal ? C’est quoi le plus chic en terme de carrière pour un avocat ?
            – « se backer » ça veut dire « protéger son cul » ?

          • @Charles:

            Le conseil est en général plus rémunérateur, oui. Le droit des aff’ paie beaucoup plus, on va moins rechigner à te filer de la thune si tu as aidé à réaliser une opération qui se chiffre en centaines de milliers ou millions d’euros. Tandis que si tu aides Josette à ne pas aller en taule, bon bah elle sera reconnaissante mais elle ne va peut-être pas te filer masse d’argent. Sauf en pénal des affaires – escroquerie, blanchiment, Pénélope Fillon – où les mis en cause sont plus fortunés.
            Oui, backer est synonyme de cover my ass.

  5. Purée elle était chouette cette virée avec les frères Safdie et leur Good time,
    merci François, Billie et Charles de m’avoir présenté ces garçons (en vous réjouissant tout haut de leur présence dans la sélection de Cannes y a quelques mois).

    • Pour etre honnete je ne mérite pas ces remerciements, vu que je ne connais pas le cinéma des frères Safdie. C’est Billie et Charles qu’ont encore du faire les fanfarons, genre je suis cinéphile je connais tout.
      Je vois le film cette semaine -très curieux. Je recommande au passage Petit paysan, vraiment pas dégueu pour du Fémis stuff. Et Faute d’amour, qui fait pas mal penser (suis pas du tout au clair sur ce film, vais sans doute le revoir pour la table Transfuge de rentrée (au programme aussi Le redoutable et The square (boucherie en perspective sur ce dernier).

      • @François Bégaudeau: Ah bon?! J’étais persuadée que t’étais réjoui avec eux de leur présence sur la croisette. Moi j’avais dans la foulée loué Lenny and the kids pour découvrir et ça m’avait déjà bien plu cette énergie urbaine. Et quelque chose dans leur façon de filmer me fait penser à Cassavetes alors bêtement ça me fait plaisir.

        Tant qu’on te tient pourquoi ou plutôt en quoi godardien le film d’Amalric ?

        • Godard a un outil entre les mains, qui s’appelle le cinéma, qui offre une combinatoire complexe, mais à la manipulation rudimentaire, de sons et d’images. C’est ca qui va l’intéresser (à l’inverse de ses soi-disants compères de la Nouvelle vague, le très académique Truffaut, et le très sage formellement Chabrol). Un film sera donc une expérience, au sens presque scientifique du terme. Cette humeur expérimentale est aujourd’hui très rare dans le cinéma – si elle a une actualité c’est dans la sphère des vidéastes. Dumont l’a. Guiraudie aussi. Et donc Amalric. C’est un moderne, au sens le plus fort, le plus précis. Barbara est un film qui (se) cherche ; qui essaie des agencements, qui les essaie par le cinéma.

          • @François Bégaudeau: merci. Je suis bien d’accord avec ce rapprochement que je n’avais moi-même pas fait.

            Avec mon mauvais esprit je me suis demandé peu après avoir vu le film si Desplech n’allait pas finir par jalouser l’inventivité et les réjouissantes trouvailles de mise en scène de son acteur fétiche quand il est lui-même aux manettes. C’est une pensée un peu mesquine je sais.

          • Moi j’aimerais bien qu’ils se fachent pour que Desplechin fasse l’effort d’imaginer un film sans Amalric

          • @François Bégaudeau: je rigole.

            Au chapitre des souhaits j’aimerais bien aussi, par curiosité de le voir travailler dans un univers tout à fait autre, que le prochain film d’Amalric ne parle pas du travail/regard d’un imprésario/réalisateur sur une ou des actrice(s)/chanteuse(s)/artiste(s) femme. Même s’il fait ça très bien.

            Bref, le plan c’est Desplech vire Amalric de ses films et Amalric vire les femmes des siens,
            et puis tiens Desplech vire aussi les femmes tant qu’à faire,

            Donc zou chacun fait un film sans l’autre et sans les femmes
            C’est pourtant pas compliqué

          • @François Bégaudeau Juliette B: Desplech’ l’a déjà fait à deux reprises, dans Léo en jouant dans la compagnie des hommes et dans Esther Kahn, qui sont ses films les plus faibles – même si Kahn est loin d’être inintéressant.

          • mais ça fait donc 17 ans et 5 films qu’il ne peut pas envisager un film sans Amalric

          • @charles: oh toi : tu vas avoir des problèmes avec billy

          • @charles: faible Esther Khan ? ne dis pas du mal du film d’Arnaud préféré de Billie malheureux ! ça va chauffer ce soir à la maison.

          • ah bah voilà tout comme anne-laure, sauf que moi j’ai écorché l’orthographe de Billy

          • « loin d’être inintéressant »? Je réponds même pas.

          • @juju: c’est que tu ne savais plus si billy était un homme ou une femme,
            tiens je repensais à cette femme patriote dont je parlais ci-dessus et je la trouve hyper intéressante au niveau de l’organisation de ses pulsions, aussi faisons un peu de clinique psychiatrique si tu veux bien : elle se retrouve à notre charge qui n’est pas une charge légère parce que la maison de retraite n’en veut plus parce que c’est un vrai tyran , qui ordonne du doigt comme ça, qui injurie les soignants, qui jette des objets dessus, qui les tape les griffe,
            c’est elle par exemple qui me traitait de belle salope,
            parce qu’elle avait manqué de s’étouffer avec une biscotte parce que j’avais renversé un peu de son café sur le plateau de petit-déj en installant cette putain de tablette roulante par-dessus son lit ( le coup classique des roues qui cognent dans les pieds du lit ), et je l’avais fait exprès, évidemment,
            mais elle peut aussi m’adorer comme hier , où nous étions les meilleures copines du monde , voulait me faire des bisous , que je la tutoie , me faisait des clins d’œil, veut se laisser pousser les cheveux comme moi, trouve que j’ai de belles dents mais elle aussi en me montrant son dentier en le sortant de sa bouche,
            enfin bon n’importe quoi on a compris,
            hier soir elle me parle des soignants hommes qu’elle aime beaucoup mais pas les femmes parce que ce sont des putains et des salopes,
            mais alors moi ça va parce que je suis folle comme elle ( sympa la gonzesse ) ,
            je lui rappelle qu’elle est une femme et elle me dit qu’elle est un homme. Certes.
            Bon j’abrège, et alors ce qui m’intrigue beaucoup c’est que lorsqu’on lui fait la toilette on lui lave les fesses pas le choix et elle peut alors nous traiter de sale gouine ( guine elle dit parce qu’elle est de l’Est, elle dit ui au lieu de oui aussi c’est mignon ),
            alors qu’hier elle voulait tâter le jean d’une collègue parce qu’elle a envie de s’en acheter un, et tac elle lui fout ses doigts sur la chatte,
            étonnant non ?
            et en plus ma collègue s’est faite engueuler parce qu’elle s’est retirée du geste déplacé : mais pourquoi tu fais ça j’allais pas te mettre un doigt quand même.

          • @billy: t’as raison billy répond pas , il cherche juste la friction érotique

          • @anne-laure: tu sais si elle a eu un mari ou compagnon, et éventuellement des enfants cette dame ? ou elle vivait seule ?

          • @juju: elle a une fille justement elle m’en parlait, parce qu’elle était bien obligée de l’aimer malgré tout,
            le père de la fille j’ai pas bien compris qui c’était,
            peut-être le saint esprit

          • @juju: bon et sa fille était en couple avec un yougoslave qui lui faisait faire le tapin, tu vois bien,
            heureusement elle est célibataire maintenant

          • @juju: le premier jour où elle est arrivée dans le service elle était dans un tel état de crasse qu’on devait la laver, mais dans un tel état de fureur qu’on n’a rien fait,
            elle hurlait vers le détecteur de fumée : Hambourg Hambourg , venez m’aider.
            Depuis je la soupçonne d’être connectée à un QG du troisième Reich.

          • @anne-laure: ouais, je vois une espèce de mata-hari aux fausses dents quoi. gaffe anne-laure, elles sont souvent dangereuses ces taupes.

          • @juju: ouaip t’as raison, je fais bien de m’en méfier , et si ça se trouve ses gestes sexuels c’est pour nous placer des micros dans le vagin

          • …Je vote aussi pour Desplechin sans Amalric. Les séquences de « 3 souvenirs de ma jeunesse » avec Quentin Dolmaire appuie notre demande. Je lance une pétition. Puis on pourrait aussi faire une manif, genre samedi 23.

            Par ailleurs, Amalric n’est pas dans Esther Kahn, ce film pas totalement à chier, mais son personnage y apparaît clairement. Desplechin donne à son frère le rôle d’Amalric : le type cultivé qui croit façonner Esther et qui se retrouve à lui courir après.

          • @anne-laure: Bon, mon ASH donc.
            J’étais dans un taxi le soir, j’avais fini tard et pas vraiment envie de parler mais le chauffeur était une black très joviale, 40 ans, qui ponctuait toutes ses fins de phrases d’un rire assez marrant et était causante. Donc j’ai fini par abandonner mon smartphone et elle me dit que je suis sa dernière cliente et qu’après elle rentre chez elle, à Sarcelles. Me parle de sa fille 14 ans qui aime bien lui faire un calin avant de dormir, ce qui l’étonne beaucoup vu qu’à son âge on est plus un gros bébé quand même… »Elle vient contre moi et elle me dit: j’aime bien être contre toi maman, c’est chaudn c’est doux, etc. » Et bing elle re-rigole.

            De fil en aiguille en répondant à mes questions, elle raconte qu’elle n’a pas toujours fait le taxi mais a d’abord été Agent de service hospitalier, pendant 12 ans. Un peu démago, mais sincère en fait parce que c’est ce que j’ai vécu, je lui raconte que les ASH étaient les plus sympas quand j’étais à la maternité, le temps de faire la chambre elles avaient souvent deux ou trois paroles sympas qui faisaient du bien alors que les infirmières étaient pressées et concentrées sur leur tâches.

            Je lui demande pourquoi elle a arrêté ce boulot, en imaginant que c’est à cause des horaires, du salaire minable, du dos cassé, etc. mais elle me répond: pas du tout, d’ailleurs je gagne pareil ; Non ce ce que je supportais plus c’est que les soignants ( infirmières et médecins) ne tenaient absolument pas compte de nos remarques sur les malades quand ils allaient très mal et ça c’est trop dur, vraiment trop dur.
            Un jour, un malade était mort alors qu’elle avait prévenu les infirmières juste en sortant de sa chambre qu’il était en grande détresse physique. Selon elle, l’équipe soignante ne l’avait pas prise au sérieux et avait beaucoup trop tardé à aller le voir. Ca l’avait secouée parce qu’elle avait dit au malade: vous inquiétez pas, je préviens ils vont venir.

            Et elle ajoute que pas plus tard que la semaine d’avant, elle a revu une ancienne collègue ASH de l’hôpital à qui la même chose vient d’arriver et qu’elle est dégoutée elle aussi. C’est peut-être trivial pour toi, moi je n’avais jamais imaginé ça. Ca m’a fait penser à ce que disait Thierry Voeltzel dans son livre, sur le compartimentage absurde à l’hôpital entre malades et soignants et soignants et personnels de base comme lui, qui voient beaucoup de choses dans les services où ils passent, et avec un oeil neuf parfois, mais tout le monde s’en fout c’est con.

          • @juju: oui, à moi aussi ton histoire me fait penser à ce que raconte thierry machin ,
            ce qui ressort de ton histoire c’est la banalisation de la souffrance par l’équipe soignante non ? C’est marrant parce que je viens d’écouter Mathilde cette grosse pipelette m’en parler pendant deux heures, de la banalisation de la violence pour chez nous puisque c’est notre spécialité ( entre autres parce qu’on aime bien les suicides aussi ).
            Ce qui me fait penser que certes, l’ASH t’a raconté une petite histoire humaine bouleversante, mais on va dire sporadique sur la durée de tout son temps de travail,
            d’où le bouleversement.
            En première ligne des souffrants se trouvent les soignants,
            en deuxième ligne, lorsqu’ils ont fini de faire leurs pauses de trois heures : les ASH.
            Je sais pas si tu vois où je veux en venir,
            ça me rappelle une fois où je fumais une clope avec Blandine une ASH et je voyais bien qu’elle n’était pas très à l’aise, ne savait pas quoi me dire, où elle me disait qu’elle ne me voyait pas beaucoup d’habitude , tentait de rattraper sa maladresse en me signalant que j’étais proche des patients.
            Ben oui : je bosse quoi.

            J’en ai d’autres des comme ça si ça t’intéresse.

          • @anne-laure:

            ce qui ressort de ton histoire c’est la banalisation de la souffrance par l’équipe soignante non ?

            Peut-être, mais alors j’ai mal raconté parce que ce n’est pas ce sur quoi je voulais insister. Ce que je crois elle avait ressenti comme le plus pénible mon ASH devenu taxi, c’est qu’à l’hôpital sa parole ne comptait pas, y compris dans les situations, plutôt rares heureusement, où il était urgent pour le malade qu’on l’entende.

            Et que c’était lié à cette fonction d’ASH, merdique dans son principe: une femme de ménage, oui, mais dans un hôpital où tu côtoies de près des malades, et sans pouvoir jamais les soulager directement de leurs souffrances puisque tu n’es pas soignant, ni être entendu pour ce que tu vois par les équipes médicales.

            Je relisais dans le Moindre mal le passage où François décrit le plaisir qu’a Isabelle l’infirmière à effectuer les gestes les plus techniques, et, en plus du contentement manifeste qu’elle en retire – comme un pâtissier est content d’avoir réussi un gâteau très compliqué -, toi et moi savons bien qu’il y a une autre cerise, qui est le soulagement du malade soigné et sa reconnaissance, celle de sa famille et même de la société toute entière. Tu dis « Je suis infirmière », on associe tout de suite le bien que tu fais aux gens et on compatit aux misères que tu vois tous les jours parce qu’on sait que c’est dur l’hôpital, ça souffre et ça meurt.
            Tu dis « Je suis ASH », ou fille de salle, on ne compatit pas. Alors que tu as des yeux et des oreilles et que ce que tu vois peut parfois toi aussi sérieusement t’ébranler, ou te révolter quand ça merde pour des raisons débiles.
            On pourrait parler d’une misère de position qui s’ajoute à la misère de condition.

            Thierry raconte ça dans Vingt ans et après, quand il parle des malades qui « gueulent » de façon continue parce qu’ils ont très mal, comme ce jeune mec atteint d’un cancer du foie et à qui l’interne tarde à accorder sa dose supplémentaire de morphine. « C’est ce que je supporte mal à l’hôpital. C’est dur de n’avoir aucune initiative, de ne pas être impliqué par rapport à la souffrance des gens ».
            Et puis à la fin du chapitre, quand Foucault lui demande ce qu’il compte faire : « Ca fait un an que je travaille à l’hôpital maintenant; j’en ai assez de voir des malades, des gens qui souffrent, qui vont mal, qui meurent et pour lesquels je ne peux rien faire. Le boulot ne m’intéresse plus ».

            (Pour les pauses à rallonge, je te crois bien sûr.)

          • @juju: ben oui c’est vrai ce que tu dis , c’est pas hyper valorisant comme boulot ASH, qu’on appelle des AQH je crois maintenant, ou ASQ , le Q de qualification,
            pour ce qui est de leur participation aux soins chez nous elles ( et il , un seul ), sont présents aux transmissions et si tu veux dernièrement justement l’une d’entre elle avait l’info que personne n’avait et on a dit en chœur  » aaaaah bah voilà  » ,
            mais il n’y avait pas de quoi en tirer honneur et gloire non plus, comme dirait ma femme de l’Est.

          • @nounouche: ouais, j’ai lu sur wiki qu’en psychiatrie et en gériatrie les ASH avaient « une mission de relation sociale » avec les patients plus importante que dans les hostos classiques, c’est peut-être de là que vient le Q dont tu parles.

          • Pourquoi acceptons-nous tout ça? Les récits produits ici (Zazie, Juju) sont passionnants et ils renvoient toujours, ils doivent renvoyer, à cette même question, qui est la question politique de base. Pourquoi acceptons nous que le travail soit un marché. Et quel mode de production envisager qui fasse sortir de cette dépendance, de ce chantage? On connait la réponse de Friot : il faut faire encore et encore ce que nous avons déjà su faire. Pour rappel, cette petite conférence où, pour des raisons de temps et de type d’auditoire, Friot condense et clarifie sa pensée. (de 0 à 26 minutes, avec une conclusion à pleurer de joie)

          • @juju: et pour ce qui est des pauses l’autre jour j’en parlais tout innocemment avec deux d’entre eux ( y avait le un ), où je ne sais plus trop ce que je racontais , ma vie professionnelle à l’accueil je crois, expliquant que j’avais horreur de n’avoir rien à faire sur mon temps de travail parce qu’alors j’ai vachement plus envie d’être chez moi à glander, et alors je deviens frustrée et rageuse,
            en gros,
            et ils me disent alors que oui pour eux c’était bien difficile d’avoir toutes ces plages de temps où ils n’ont plus rien à foutre, où ils se retrouvent comme des miséreux à devoir faire des mots fléchés,
            à la limite ça les déprimait on aurait dit

          • @juju: ah je ne sais pas d’où vient ce Q, je ne le retrouve pas sur le wikipède ou le google,
            mais j’ai pas rêvé,
            dans les maisons de retraites on les utilise oui pour faire le boulot des aides soignants parait-il, sans être payés pareil, évidemment ,
            si c’est de là que vient ce glissement  » relation sociale « 

          • @juju: sinon, comme tu parles du manque de reconnaissance de ceux qui s’occupent du nettoyage et de la bouffe à l’hôpital, nos domestiques qui passent par l’entrée de service,
            je te raconte un petit détail pas inintéressant de mon rapport social avec deux d’entre elles,
            c’est à dire que moi je ne suis pas du genre à m’attarder à dire bonjour aux gens, je file je me faufile dans le service et parfois bonjour parfois salut parfois rien,
            et alors ça fait un moment que je me fais engueuler par deux ASH et Q quelque part, parce que je ne dis pas bonjour, je suis celle qui ne dit pas bonjour ,
            bon on rigole évidemment et je leur ai déjà dit que c’était tout simplement parce que j’en avais rien à foutre de leurs gueules,
            mais tout de même , c’est pas anodin le fond de cette histoire.

            Alors qu’avec les médecins par exemple on se croise ou se décroise, on ne se dit pas forcément bonjour, on a d’autres préoccupations je crois.

          • @François Bégaudeau: tu remets le lien de Bernard ?

          • @anne-laure: oui, comme tu dis c’est pas anodin que ce salut compte davantage pour elles que pour toi ou les doc.

          • @juju: mais sinon, ce que tu dis sur la mission de relation sociale des ASH en psychiatrie , ça me fait penser qu’elles m’avaient expliqué qu’on leur avait demandé de ne pas intervenir plus qu’à une certaine distance des patients,
            je ne sais pas comment t’expliquer ça, elles ne peuvent pas aider un patient à manger par exemple.
            C’est une responsabilité soignante.

          • @anne-laure: oui, on perçoit ça aussi dans le premier échange sur ce forum infirmiers où une fille recommande à une candidate pour un poste d’ASH en psychiatrie: « ne fait pas de glissement de tâches pour jouer ta soignante parce que tu n’as pas les connaissances appropriées face à ce public ».

            https://www.infirmiers.com/forum/ash-en-psychiatrie-t88696.html

          • @juju: tiens je te raconte un autre petit kekchose sur le sujet de la distance des ASH,
            mais je l’ai peut-être déjà raconté je sais plus, parce que ça date du temps où j’avais vingt ans, pour dire que ça m’a marquée,
            cela se passe dans le service de pneumologie de l’hôpital publique de Nouméa, service où tu peux compter deux décès par mois,
            Hé bien les ASH, je ne sais pas sur quelle initiative, si c’était plutôt sur celle de la grande tahitienne qui glandait en fumant des clopes ou sur celle de la grosse kanak qui avait régulièrement ses crises de nerfs racistes ( parce que la colonisation les sales blancs et patati ), avaient pris comme habitude de noter les noms des morts sur le calendrier de la salle de pause.
            Je me demande si ce n’est pas grâce à elles que j’ai su qu’on pouvait en compter deux par mois.

            Et sinon tu ne savais peut-être pas que les tombes des tahitiens étaient très colorées, bleues comme le ciel , avec des colliers de fleurs de toutes les couleurs pour décorer.
            Ben je te l’apprends.

          • @juju: ah oui elle me fait rire la phrase que tu relèves,
            mais je ris jaune au fond parce que c’est quelque chose qui m’énerve particulièrement , cette histoire de manque de connaissances,
            j’en parlais par ailleurs hier avec Sarah une jeune collègue infirmière qui s’empêche d’être à l’aise dans les soins parce qu’elle trouve qu’elle manque de connaissances,
            j’ai déjà tellement entendu ce discours que j’en ai ras le pompon oui,
            mais pour revenir aux ASH dans le premier service où j’ai bossé j’ai connu une patiente qui ne jurait que par un ASH, elle n’avait confiance qu’en lui, voulait le protéger de nous etc etc

          • @juju: le premier service : de psychiatrie.
            Oh le lapsus qui révèle ma passion dans la vie.

            Ma femme de l’Est m’a encore racontée des choses fascinantes hier soir, comme je lui apportais son plateau repas,
            elle était encore toute roucoulante avec moi, n’a pas aimé que je la bouscule un peu pour l’installer correctement pour qu’elle ne s’étouffe en mangeant cette imbécile ( en fait elle avait surtout peur de tomber de son fauteuil ),
            me dit qu’elle m’aime mais je suis chiante quand même, et elle insiste : oh bah ui t’es chiante hein ? ( roucoule roucoule )
            bon bref, elle me montre ses égratignures sur son bras qui guérissent , puis une tâche rosée sur sa peau de mémé qu’elle trouve d’une couleur merveilleuse,
            et puis serre son poing pour m’expliquer qu’un certain Frédéric en Espagne lui a enfoncé des aiguilles sur les articulations ,
            – regarde, hoouuuuu et ça faisait mal dis donc mais il fallait bien le faire ( roucoule roucoule )
            – mais il voulait faire quoi avec ses aiguilles ce frédéric ?
            – comment ?
            – mais ….
            ( elle est sourde donc )
            – bé des tatouages
            – ah ? Mais moi je ne vois pas de tatouages.
            – bé non, tu vois bien que c’est ça c’est des os.

          • @François: Elle est où la conférence de Friot ? Je veux pleurer de joie !

    • @Juliette B: Pour être honnête, je ne trouve pas le film à la hauteur de sa réputation, c’est pas mal sans être fou. Je développerai un peu plus tard.

      • @Charles je n’ai pas lu les critiques à son sujet, je voulais d’abord le voir (et j’en sors).
        Fou je ne dirais pas ça non plus, mais j’aime bien sa grande nervosité. Et les visages luisant de sueur alors qu’il caille.

        • … encore qu’à bien y réfléchir il y a bien du fou dans ce film, Logique du fou ça pourrait même s’appeler.
          Bon mais chut Juliette, on attend, on se tait.

          • Comme vous deux, j’ai plutôt aimé Good Time mais je comprends trop vite le trajet du personnage joué par Pattinson, je ne suis pas très surprise. J’aime quand même beaucoup le début : le braquage muet qui est tendu et marrant à la fois, puis la belle idée de l’explosion de rose. Film bien nerveux, bien foutu, bien prévisible aussi.

            Sinon le braquage de l’année, c’est Logan Lucky. Je vous dis rien mais fiou…

          • @Billy: pas pu y aller hier soir hélas : on attendait le plombier, qui n’est jamais passé of course.
            Mais dac on va y aller voir Logan Lucky si tu dis fiou. François a semblé dire pareil l’autre jour, mais avec lui faut s’mefier: pour Steven il serait prêt à traverser les champs de betteraves des Yvelines alors on se méfie.

          • oui madame ce soir même
            mais mon amour est tellement aveugle qu’en fait je n’ai pas vu Logan Lucky

  6. … / Le Barbara d’Amalric, trés godardien / …

    quasi 2 semaines aprés son visionnage, m’en reste bien la fantaisie joyeuse et aimante du personnage et puis tous les plans et séquences qu’Amalric consacre au taf de cette meuf quoi, qui aime ça, qui respire ça
    sais pas trop si pour les fans de Barbara c cadeau ce film mais pour ceux qu’elle intriguait moyen et qui s’en méfiait presque ça l’est bien et joliement en plus (on prend par exemple avec beaucoup de joie l’imbriqué docus-archives/scéne jouées, inscrit comme capté volontaire)
    décidément très séduisant cet Amalric

  7. @Manue et les amis:

    Il faudrait suivre une trajectoire individuelle pour étudier les passages possibles d’une classe à l’autre. C’est bien ça qui nous manque, le détail d’une histoire particulière.

    On a déjà tourné autour ici mais on est peut-être mûrs pour aller regarder de près le bouquin de la philosophe spinoziste Chantal Jacquet « Les transclasses ou la non reproduction ». J’avais été un peu déçue par son entretien à Hors-Série, mais la recension détaillée du bouquin ci-dessous fait bien envie.

    Allez zou mobilisons sur le sujet avec spino « une pensée combinatoire », comme elle dit, ça va être trop bien.

    https://nrt.revues.org/2508
    https://www.youtube.com/watch?v=VB6U-gwEzkA

    • @Juliette B: il est vrai que je n’avais jamais vraiment regardé le contenu que nous propose cette dame, et ça doit être pas mal,
      mais alors là j’hésite, parce que j’ai le ghetto du gotha à lire, depuis le temps que je l’attends

    • @Juliette B: et de plus j’ai une tonne de linge à ranger et c’est sûrement pas la bonne qui va le faire vu que je lui ai octroyé un jour de repos à cette feignasse

      • @anne-laure: m’en parle pas : on leur donne ça et ils prennent ça (je te fais pas le dessin hein on s’comprend)

        • @Juliette B: carrément

        • @Juliette B: avec tout ce qu’on fait pour eux

          • @anne-laure: tiens je m’en vais te raconter ma petite histoire de femme de ménage de quand j’étais petite chez mes parents. On en a eu deux ou trois en quelques années parce que parfois elles déménageaient ou se mariaient et arrêtaient de travailler, mais à chaque fois qu’on en avait une, immuablement, parents et enfants, on l’appelait « Madame ».

            Pas Nicole ou Madame Machin hein, non, Madame tout court.

            Ca donnait par exemple mon père demandant à ma mère : « Le salon est vraiment en désordre là, Madame vient aujourd’hui ? ».

            Ou ma soeur: « Maman, tu pourras dire à Madame de pas toucher à mon bureau ? Je préfère le ranger moi-même ».

            Ou ma mère: « Juliette, Madame a fait ta chambre ce matin alors tu vas me faire le plaisir de ne pas fiche encore le bazar ! »

            Bref c’était tout inversé
            Et quand elles se parlaient avec ma mère, ça donnait Madame parle à Madame.
            Tandis que nous, enfants, elles nous appelaient toutes les deux par nos prénoms.

          • @Juliette: Tu serais pas du Nord par hasard ? Ce truc du monsieur, madame je l’ai repéré dans des écoles du Nord. Quelquefois les profs profitent des dates de vacances décalées entre les zones A,B,C pour visiter des classes loin de chez eux. En allant du côté de Mons en Baroeul, j’ai compris que les enfants me parlaient de leur prof en disant « monsieur » ou « madame », pas le prénom comme ceux de mon école, pas monsieur ou madame Machin, juste « monsieur range ses clés dans le premier tiroir », « je vais le dire à madame ». Très étrange sur le coup.

          • @Cat: Ah oui c’est marrant ce que tu notes là. Mais pour le coup ce serait un truc ancien qui perdure dans le Nord ? Je veux dire, avant, partout en France, on n’appelait jamais les instits par leurs prénoms.
            Et d’ailleurs, à y réfléchir, même à Paris il y a encore dix ans/quinze ans les instits les plus âgés de Zaï ou Zad se faisaient appeler Madame ou Monsieur par leurs élèves.

            Dans le cas des femmes de ménage, j’ai plus tard imaginé que ma mère tenait à nous signifier symboliquement le respect que nous devions à ces dames.

          • @Juliette:

            à Paris il y a encore dix ans/quinze ans les instits les plus âgés de Zaï ou Zad se faisaient appeler Madame ou Monsieur par leurs élèves

            Pas exactement la même chose. S’adresser à son prof en disant monsieur ou madame se fait toujours, en effet. C’est parler de lui en disant ‘monsieur » et pas « monsieur Machin » qui est très différent. Quand Safia me dit  » Monsieur range ses clés dans le premier tiroir », elle ne dit pas « Monsieur Thorel range ses clés dans le premier tiroir ».

          • @Cat: oui c’est vrai.

        • @Juliette B: ah oui elle est bien ta petite histoire, je ne sais pas si c’est du nord comme le dit Cat, mais il me semble que madame pour les bonniches est un classique d’on entend dans la littérature non ?
          Je sais pas trop, j’ai peu lu dans ma vie.

          Chez nous peu d’employées de maison, juste pendant une courte durée lorsque mes petites sœurs étaient encore de gros bébés et que ma mère n’en pouvait plus de fatigue, mais très ambivalente là-dessus, en avait ras le cul de faire l’esclave de la baraque et en même temps ne voulait pas que quelqu’un de l’extérieur fasse le boulot à sa place.
          On peut dire qu’elle prenait son rôle de bonniche à cœur. On peut dire qu’elle ne voulait pas qu’on claque de la thune bêtement.
          La femme est le prolétaire de l’homme etc

          comme tu dis Machin je te raconte à mon tour une petite phrase qui m’a bien faite rire vendredi,
          de la part d’un patient de 34 ans aux yeux bleus que je connais depuis peu, tu verrais la belle bête, il est très rigolo sans le faire exprès ,
          pour lui tout va bien il ne voit pas où est le problème psychiatrique, il veut juste qu’on l’aide à prendre un appart sur Nantes, et pourquoi pas trouver une femme puisqu’il me drague tout au long de la journée , parait que je suis à son goût , alors que je suis vieille je le rappelle ,
          il m’appelle madame ( tiens ? ) et me dit au revoir dix fois par jour,
          bon et donc pour la nième fois il me demande si on peut se voir à l’extérieur, que je lui file mon numéro de tél, comme ça :

          on pourra se faire un resto machin machin.

          ( avec la voix qui devient mystérieuse sur le machin machin )

          • @anne-laure: Ah oui je vois ton patient voulait faire crac-crac mais ne voulait pas t’effaroucher. Machin machin c’est beaucoup plus délicat, poétique presque.

          • @juju: tiens je te file sa chanson préférée, que tu vois le genre, le genre qui déteste les forces de l’ordre,
            on a un jeune homme fils de médecin du nord aussi en ce moment, puisqu’on parle bourgeois du nord, il est très gentil je l’aime beaucoup. Il est orthodoxe.

          • @anne-laure: On dirait une parodie. Ma pauvre anne-laure j’espère que dans son machin machin le visionnage de ses clips préférés n’est pas inclus au titre des préliminaires.

          • @juju: ah bah si , t’es obligée

    • @Juliette B: merci

    • Merci pour vos réponses. En vous lisant, je me rends compte que j’avais une conception des classes très figée. L’appartenance de classe étant déterminée par la naissance, comme une sorte de vérité a-sociale (le fameux « sang bleu »), une donnée naturelle comme la couleur des yeux ou des cheveux. Cette naissance t’assignant une place fixe dans la société, sans aucune possibilité de changement. D’où la nécessité de marquer le plus possible les corps par l’éducation pour accréditer cette notion de « race ». Je caricature mais je pense que c’est comme ça qu’on voyait les choses encore au debut du 20ème. Alors que la classe est une construction sociale, d’où la difficulté à en déterminer les contours. Difficulté aussi à déterminer l’instance légitime pour qualifier l’appartenance de classe : le sujet lui-même ou les autres membres de la classe ? C’est pas très clair tout ça.
      À ce propos, j’aimerais faire appel à François en tant que grand spécialiste de la bourgeoisie : quels sont tes critères infaillibles pour les repérer ?
      Merci Juliette pour le rappel sur Chantal Jacquet. Son livre à l’air passionnant bien que très ardu. En parcourant rapidement la recension, j’ai l’impression qu’il s’agit d’une théorisation sur la question du transfuge. Avant d’en arriver là, j’aimerai lire des récits biographiques de transfuge, le plus détaillé possible. Juste pour que je puisse me faire ma petite idée du processus. Et après, j’irai me confronter à la théorie de Chantal.

      • @Manue: et tu ne crois pas qu’elle utilise justement des récits détaillés de la vie de transclasses pour étayer son livre cette Chantal ?
        J’aurais cru.
        Mais je sais pas.
        Faudrait z’y regarder d’dans pour voir.

      • Vous lisant tous sur le sujet, je me disais deux trois choses. D’abord que, à un instant t, un individu appartient toujours à une classe. C’est une base qui semble évidente mais que bien des gens, notamment dominants, contesteraient. Ensuite, un même individu peut,en cours de vie, changer de classe. C’est quand même assez rare, et c’est plutot dans le sens ascensionnel (très bn exemple de déclassement, Juju, et notre époque a massivement déclassé la petite bourgeoisie (mes amis les plus proches sont presque tous dans ce cas) . L’ascension a été massive dans les années 50-60-70, où pour des raisons économiques une grande partie des fils d’ouvriers et de paysans a été conviée à accéder au rang supérieur. C’est mes parents, c’est Ernaux, c’est Eribon. Objectivement ils sont passés des couches populaires à la petite ou moyenne bourgeoisie. Cela s’est-il traduit par un changement plus profond -moral, idéologique, etc? Si l’on est marxiste, il est fatal que oui. Si les systèmes moraux sont toujours en partie l’émanation d’une situation de classe, alors un glissement de la condition entraine un glissement de système de valeurs. Dans le cas de mes parents ou d’Eribon, cela entraine une hybridation -dans leur système de valeurs quelque chose persiste de leur origine populaire, qui se traduit par leur vote persistant à gauche, la défense persistante des services publics, etc. Mais leur pensée embourgeoisée se manifeste, par exemple, dans la défense de l’école républicaine, et de ses vertus ascensionnelles -on sait l’attachement d’Eribon au savoir, aux maitres, à la transmission, etc. En tout cas on obtient ici des déterminations de classe complexe : mes parents, c’est la petite bourgeoisie issue du prolétariat, et tous les mots sont importants pour les saisir socialement. Comme j’ai pu percevoir, chez une postière issue d’une famille maghrébine pauvre, tout à la fois des accents où s’entendait cette origine (fidélité à la condition populaire par un vote à gauche et un souci des politiques redistributives) et d’autre où s’entendait cette ascension (méritocratie, valeur-travail, attachement à l’école, respect de l’organisation générale de la société qui lui avait permis cette ascension -on crache rarement sur un système qui nous a gratifié, sauf si on est un branleur ingrat comme moi)
        Evidemment chaque cas appelle analyse. Mais disons en gros qu’il y a des habitus simples et des habitus complexes.
        Ce qui m’amène à ta question, Emmanuelle : que serait une appartenance simple à la classe bourgeoise? Eh bien c’est la conjugaison d’une condition matérielle objective (confort, propriété ou possibilité de, héritages plus ou moins directs, voies privilégiées, réseaux, emploi, etc) et de l’adhésion morale et idéologique à cette condition -adhésion aux valeurs qui légitiment a posteriori cette condition : propriété, appropriation des moyens de production, mérite (et donc légitimation des inégalités), travail, libre-arbitre, etc. Certains adhèrent à ces valeurs sans en avoir la condition (petit peuple de droite, banlieues libérales) ; d’autres vivent dans cette condition sans adhérer aux valeurs qui la sous-tendent (aux valeurs qu’elle produit, plutot). Ceux là sont plus rares. On connait quand même peu de bourgeois de condition qui pensent hors des cadres libéraux. Ce qui nous rappelle, quand meme, la primauté de la condition dans l’ensemble des facteurs qui déterminent une pensée. Il est rare qu’on pense hors de sa classe.

        • @François Bégaudeau:

          et notre époque a massivement déclassé la petite bourgeoisie (mes amis les plus proches sont presque tous dans ce cas)

          ….et on repense aussitôt en te lisant au passage du texte « Les poètes et le pognon » de notre sociologue préférée ici Nathalie Quintane, où elle raconte de façon implicite et drolatique le déclassement de ses amis parisiens.

          Allez lecture rebelote, juste pour le plaisir:

          -mais il y avait longtemps que mes amis, qui, autrefois, dans les années 90, vivaient dans des petits deux pièces confortables (me couchant dans un canapé-lit), vivaient à présent dans des placards à balais ; par exemple mon amie X avait aménagé une sorte de chambrette pour son fils derrière des étagères de livres tandis qu’elle-même couchait dans le canapé-lit qu’autrefois j’avais pu prendre, quand elle avait un lit, tandis que mon amie Y, qui prêtait son studio avec toilettes sur le palier à un traducteur qui n’avait plus d’appartement, dormait chez un ami qui, lui-même, avait à présent du mal à pénétrer dans son propre appartement, trop petit pour accueillir des meubles en plus de sa bibliothèque, si bien qu’il n’y avait plus qu’un lit et une table, sur laquelle je ne pouvais décemment m’allonger, car ce n’était pas un matelas et que je craignais beaucoup pour mon dos, sans compter que je suis grande et que mes pieds auraient dépassé de la table ; ces amis avaient bien cet autre ami, qui avait finalement opté pour une solution intermédiaire consistant à essayer de trouver un maximum de choses à faire en dehors de Paris, car il n’y avait qu’un lit chez lui et pas de chaises, et que son appartement était en mauvais état et pas chauffé, soit que le chauffage ne fonctionne pas, soit qu’il n’ait vraiment pas de blé à mettre dans un détail aussi accessoire, mais je craignais le froid aussi bien que les tables, car en province, où j’habitais, je dormais dans un lit et je mettais le chauffage l’hiver. Enfin bref, je me souvenais, certes, d’une période pas si lointaine où il y avait pléthore de canapés-lits pour les poètes provinciaux en visite à Paris, mais ces mêmes canapés-lits étaient à présent occupés par leurs légitimes propriétaires qui n’avaient plus de lits ou qui n’avaient plus de place chez eux que pour un lit, (…)

          • Parfaite image, ce canapé-lit. Qui d’ailleurs n’est souvent pas une image.

        • @François Bégaudeau: entièrement d’accord

      • @Manue: je pense effectivement comme anne-laure que Jacquet part dans son livre de cas précis, mais je comprends d’autant plus ta démarche que j’ai eu la même Manue. Ce n’est pas très original mais si tu ne l’as pas déjà lu, La place d’Annie Ernaux pourrait répondre en partie à ton envie.

        J’ai aussi beaucoup appris sur ce qu’il peut en coûter à un individu de voyager hors de sa classe et son milieu d’origine en lisant Pays de malheur ! de Younes Amrani et Stéphane Beaud. C’est un dialogue par mails, à l’initiative du premier, entre un jeune de cité ayant arrêté la fac d’histoire en 2e année et occupant un emploi-jeune dans une bibliothèque et un sociologue bourdieusien.

        (Il y a un autre livre sur le sujet transclasse qu’un copain m’avait vivement recommandé mais que je n’ai pas encore lu, c’est « 33 Newport Street: autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises » de Richard Hoggart.)

        • @Juliette B: merci pour ces conseils de lecture !
          Pour être honnête, je ne suis plus très sûre d’avoir lu ou non Annie Ernaux. Ça pourrait être l’occasion d’y retourner.
          Je note aussi Hoggart, qui me fait bien envie.
          C’est drôle que tu me parles de Pays de malheur parce que c’est un livre qui compte beaucoup pour moi (lu et relu plusieurs fois). Mais je n’y ai pas du tout pensé pendant nos discussions sur les transfuges alors que cette question est pourtant au cœur du livre, merci pour la connexion.
          Et j’en profite pour le conseiller à tout ceux qui ne l’auraient pas encore lu : alors que le jeune de cité est l’une des figures les plus fortes de notre imaginaire collectif, jamais nous n’entendons leurs voix singulières. Ce livre permet enfin cela.

          • @:

            il y a aussi le Jean Luc Seigle, son ´en vieillissant les hommes pleurent ´

          • @: … / Affirmeriez-vous que vos actes sont imputables à des contraintes extérieures ou avez-vous la sensation que seul votre libre-arbitre était en jeu dans cette affaire? Mon cousin a balbutié qu’il n’avait pas compris la question et il lui a demandé de répéter. Il n’était pas gêné, il ne ressentait pas directement la violence qu’exerçait le procureur, cette violence de classe qui l’avait exclu du monde scolaire et, finalement, par une série de causes et d’effets, cette violence qui l’avait mené jusque là, au tribunal. Il devait penser au contraire que le procureur était ridicule. Qu’il parlait comme un pédé. / …
            – p.140, en finir avec Ed, E.Louis, Ed.du Seuil janv.2014 –

          • @: // lignes extraites du chapitre ´Sylvain (un témoignage) //

          • @Manue: Ah ça me fait plaisir que tu l’ai lu aussi. Ce livre est rude parce qu’on voit que Younes ne peut plus revenir en arrière et réintégrer son milieu d’origine avec l’innocence de celui qui ignorait comment c’est de l’autre côté, et surtout quel regard on porte de là-bas sur le lieu d’où il vient.
            Un « immigré de l’intérieur », comme dit Jacquet à propos de gars comme lui.

            Ses moments d’abattement sont poignants et c’est assez étonnant de voir comment Stéphane essaie de les transformer à chaque fois en une recherche dynamique d’auto-saisie de sa trajectoire. A certains moments du récit, je me suis dit : mais à quoi bon ? Mais c’est une question qui n’a pas sa place en fait, pas d’autre choix que d’essayer d’avancer dans la compréhension de son univers social quand on s’y sent si mal.

            Le moment où déprimé il retourne voir ses potes pour rigoler et glander comme autrefois dans le hall d’entrée de l’immeuble est terrible: il s’y fait chier désormais, il n’est plus comme eux, changé.
            Je me suis souvent demandé ce qu’il était devenu ensuite, en espérant qu’il a eu vent de l’importance que ce bouquin a eu pour nous et pour d’autres lecteurs. Sacré boulot.

          • Je me suis posée la même question que toi Juliette sur le devenir de Younes. Il se raconte de manière si précise dans ce livre qu’à la fin on a presque la sensation de l’avoir rencontré pour de vrai. Et naturellement on a envie d’avoir des nouvelles de cet « ami ».
            Dans mon édition de poche, il y a une postface avec une sélection des courriers des lecteurs, trés variés, qui montrent bien l’importance de cette lecture pour eux.
            Et puis il y a aussi la réponse de Younes à tous ceux, qui comme nous, demandaient de ses nouvelles. Je la recopie ici intégralement car elle résume bien la claque que je me suis prise en découvrant ce livre. Cette lucidité et cette radicalité qui continuent de me bouleverser.
            « Pour les lecteurs qui demandent ce que je deviens, il faut leur répondre que je continue de vivre tout simplement. Le problème c’est que, moi, je ne suis pas dans une démarche où je veux que l’on s’intéresse a moi. L’objet du livre ce n’est pas moi, mais plutôt une situation sociale qui a fait et qui fait que beaucoup de personnes issues de l’immigration ont vécu et vivent difficilement sur tous les tableaux (construction de son identité sociale, positionnement dans la société)… C’est ça qu’il faut leur répondre… savoir ce que je deviens, ce que je fais, c’est pas ça qui est intéressant. Ils devraient plutôt se poser la question de savoir ce que l’on peut faire pour la suite, pour ceux qui viennent, pour éviter les erreurs. Moi c’est ça qui me dérange, l’individualisation des problèmes. Comme je vous le disais, je n’ai rien de plus, ni de moins, qu’un simple mec qui a grandi dans les quartiers c’est tout. Après si les gens veulent savoir ce que je deviens, je crois pas que ça soit très intéressant pour faire avancer le schmilblick. C’était aussi un peu pour ça que je n’ai pas voulu répondre aux journalistes, aux émissions radio, télé, etc. Parce qu’eux, ce qui les intéresse, c’est la personne en « elle-même » : Alors que devenez-vous ? Vous allez-mieux ? », etc. Je ne dis pas que ce n’est pas bien ce genre de truc, au contraire, c’est touchant quelque part que les s’intéressent à mon sort, mais c’est aussi à mon sens, très égoïste. En faisant ça, on se contente encore une fois de se donner bonne conscience en s’intéressant à un individu, on « psychologise » alors que la situation est avant tout politique. C’est comme pour l’affaire du bagagiste de Roissy, après les gens tombaient dans la compassion du genre : « Le pauvre, on lui a fait du tort, etc. » Mais, à la base, le problème c’est que la société ne veut pas se rendre compte et voir réellement en face qu’elle a un problème avec des jeunes dont les parents sont immigrés… et un problème tout court avec elle-même. »

          • @Manue: J’ai l’édition d’origine donc je n’avais jamais lu cette adresse aux lecteurs. Merci.

  8. Vu le Redoutable, pas beaucoup aimé cette entreprise de patrimonialisation ricanante type Canalplus de JLG.

    • @Charles: Juste sur « ricanante ». Tu n’as donc pas franchement ri ? quand Garrel s’adresse au spectateur « tu demandes à un acteur de dire que les acteurs sont des cons, il le dit », quand ils bavardent à poil au sujet des scènes de nu, et le dialogue en voiture, et l’expression de Garrel découvrant sur le mur de la Sorbonne « Godard : le plus con des suisses pro-chinois » ? Je passe sur les jeux de mots pourris, les lâchetés, le machisme, l’égocentrisme… ce qui se joue entre les hommages formels et la désacralisation du génie m’a beaucoup plu. Plutôt que patrimonialisation ricanante je dirais hommage potache.

      • @Cat: Si j’ai ri, mais pas aux scènes que tu cites, plutôt à celles où l’on rit avec Godard (cf la présentation de la Chinoise à Avignon) que de lui. Si le film est un hommage, et je crois qu’Hazanavicius l’a conçu comme tel, eh bien avec des amis comme ça on n’a pas besoin d’ennemi. Je trouve qu’il s’agit davantage d’une bouffonisation de Godard, transformé en pitre, à qui on ne donne jamais la possibilité d’être autre chose qu’un clown. On nous assigne par-là même à la position du spectateur mi-amusé mi-consterné des « errances » de JLG. C’est en fait réalisé du point de vue de ceux qui l’interpellent dans la rue, lui confessant son admiration tout en l’enjoignant à rentrer dans le rang, à refaire ce qu’il a déjà fait.
        Je vois ce film comme l’intégration de Godard par le cinéma mainstream au patrimoine du cinéma français, sauf qu’il s’agit d’une intégration par le bizutage, sur le mode de « on t’accepte, à condition que tu sois notre souffre-douleur ».

        • @Charles: Oui, elle est géniale cette présentation à Avignon, tout comme les allusions à Pierre Lazaref, n’est-elle pas là pour souligner l’humour de Godard qui lui-même pourrait donc rire (jaune) du film d’Hazanavicius ?
          J’ai aussi pensé ce que tu dis : avec des amis comme ça on n’a pas besoin d’ennemi, sauf que Haza nous a habitués à son humour, sauf que Garrel joue très visiblement au bouffon. Que Godard soit réduit à un personnage fait immédiatement parti du jeu, dès la diction improbable de Garrel qui fait de Godard son objet.
          Sur les interpellations dans la rue, je trouve qu’elles permettent d’insister sur la volonté de Godard de ne pas refaire ce que tous attendent de lui, il ne cède pas, qu’il se plante ou non je ne vois pas d’errances justement, c’est l’un des aspects sympathiques du personnage que de vouloir se révolutionner lui-même alors que tout pourrait être facile.

          • @Cat et Charles: Assez d’accord avec vous sur la bouffonisation. Ecoutez ce qu’on en dit à ONPC et comment Louis Garrel se défend.
            https://www.youtube.com/watch?v=2VndtU1u0G4

          • Comme Chacha, je suis hyper déçue par le redoutable alors que Godard featuring OSS117, sur le papier c’est fait pour moi.
            J’ai senti chaque scène sagement filmée pour faire une vanne, souvent pas terrible ( « marions-nous » vraiment ? Le « père de chaussette » Sérieusement ? Je veux bien garder 1-2 jeux de mot vintage typique mais de là à en faire le centre des scènes.) Quand la vanne est faite, la scène se termine. Et le rythme du film ronronne péniblement comme ça. J’ai peu ri.
            Les 2 vannes très marrantes sont dans la bande-annonce : les acteurs sont cons et le ton professoral de JLG à Wiazemski sur « on dit pas merci à un flic. On lui dit crève charogne, j’te pendrai par la peau des couilles avec le dernier curé. C’est ça qu’il fallait lui dire. »
            Puis toutes les scènes puent la reconstitution historique. C’est un 68 pas très vivant, assez fake. De mai 68, on voit le folklore, le côté « il faut en être » et pas tellement l’énergie ou les revendications.
            Godard est couillon, c’est OSS117 en intellectuel de gauche sans panache. Il a toujours un réel de retard, du retard dans les assemblées étudiantes ou devant les flics. Sa bouffonisation me semblait pas une mauvaise idée (JLG est tellement imité dans la vraie vie au café, autant que Gainsbourg, non ?), c’est sa réalisation qui est ratée.
            Les scènes en appart en couple sont encore pires. L’humour du film n’a jamais d’avance sur le spectateur : Garrel et Stacy Martin nus parlant de la nudité au cinéma, ça m’a fait sourire une demi seconde, mais la scène dure péniblement. C’est à l’image du film : le principe est drôle, pas la scène elle-même.
            Puis ces scènes d’appart ne disent rien du couple alors que Godard, le mépris, bon, il y avait de quoi théoriser 10 ans.
            Le duo homme-femme est le même que ceux des deux OSS117 : le mec est montré comme concon, prétentieux, misogyne, mais c’est lui qui fait les vannes (il y a donc une certaine vivacité d’esprit du côté d’OSS et de JLG) tandis que sa meuf sublime est la voix de la raison, sérieuse, présentée comme intelligente mais n’ayant jamais une seule vanne à balancer.
            Dans OSS ça me dérange pas car on le voit vannant toutes ses nouvelles rencontres (chinois, chinoise, femme, juif, américain, nazi…), ça me gêne dans le redoutable car on voit la vie quotidienne d’un couple.
            Les essais formels de Godard des 60’s deviennent des gimmick du film. C’est joli. Bon.
            Donc comédie de droite mais pas que. Problemos était une comédie de droite que j’ai adorée. Peut-être que le redoutable est juste pas drôle.

          • @stephanie DLC: merci, j’ai vu le même film que Garrel dis donc, y compris quand il parle de BD.

          • @Billy: Moi non plus je coucherais pas avec un type qui fait des vannes aussi pourries que « Marions-nous » et « le père de chaussettes », tant pis pour Anne.
            Ça m’intéresse bien que tu dises que la réalisation est ratée, Charles a sûrement son idée là-dessus lui aussi, moi je ne vois pas de quoi tu parles exactement.

            Ta conclusion me fait marrer, pas fan de Problemos moi, parce que sujet faussé à la base même si on peut en isoler beaucoup de scènes assez réalistes.

          • @Cat: …j’ai oublié de dire que Louis Garrel était parfait dans ce film : Louis Garrel est parfait comme toujours. Quand c’est marrant c’est grâce à lui.
            Je suis contre les jeux de mots et ceux-là font pitié, mais de là à dire que je coucherais pas avec Louis… faut jamais dire jamais.

            Pourquoi le sujet de Problemos est faussé à la base ?

          • D’accord avec Billy et Charles : ce qu’il faut d’abord dire, c’est que ce film est peu drole. Beaucoup, Garrel compris (mais que pourrait-il dire d’autre en promo?) le défendent sur le mode : c’est une potacherie. C’est pas vraiment Godard, c’est de la BD, etc. Eh bien de ce point de vue, c’est raté. C’est drole trois fois.
            Mais le vrai problème du film, c’est qu’il n’est pas une pure potacherie. Il est au contraire très sérieux. Il est une machine de guerre idéologique extremement cohérente et répétitive dans sa cible. Sa cible, ce n’est pas Godard en tant que tel, c’est Godard en train de virer Mao, et en train de vendre son cinéma à la politique. C’est, plus généralement, le cinéma dit d’auteur, forcément chiant. Le tir est groupé contre les deux cibles, puisque c’est son maraboutage par le marxisme qui fait passer Godard du coté des chiants, des facheux, des chagrins, des pénibles (incarné par l’horrible garde rouge sous le jour duquel est présenté Jean-Pierre Gorin, ce qui est proprement dégueulasse). Ce film dit au Godard en train de passer du coté de la prise de tête : amuse-toi, profite de la maison bourgeoise sans broncher, profite de la bombe que tu ne regardes même plus se balader en culotte dans l’appartement. Amuse-toi et amuse-nous. Laisse la politique parce que la politique c’est prise de tete. Le cinéma politique c’est prise de tete. Le cinéma sérieux c’est prise de tete. Le cinéma c’est fait pour divertir, etc.
            Et comme tous les apologies du cool, c’est fait de façon agressive et teigneuse.
            Tout ca est con à tous les bouts. Hazanavicius est un con. Il n’épanche que l’éternel et consternant regard simpliste, agressif, et mal documenté que porte la bourgeoisie sur la gauche radicale et le cinéma radical, que Godard a su parfois génialement lier.
            Ce film m’insulte. Il ne m’insulte pas en tant que gardien du temple godardien -je ne suis gardien d’aucun temple et je n’ignore pas que Godard était un casse-couille jaloux. Il m’insulte en assénant une incompatibilité entre marxisme et art (le choix de l’un se ferait aux dépens de l’autre), entre politique et art, entre politique et joie, entre marxisme et joie.
            Non en fait il ne m’insulte pas, il me nie.
            Je n’aime pas beaucoup etre nié.
            Il nie aussi beaucoup de faits qui seraient venus jeter un trouble dans ses dichotomies ineptes. Par exemple qu’en juin 68, Godard a tourné un des plus beaux films sur 68, et son film le plus simple, le plus généreux, le plus calmement ajusté à la belle question qui commence à le titiller alors -comment pourrais-je faire des films sans retomber dans la posture bourgeoisie de l’auteur? Ce film s’appelle Un film comme les autres. Hazanavicius ne l’a pas vu. Ou, s’il l’a vu, s’est empressé de l’oublier.

          • @Billy: Si tu me laisses Mocky je te laisse Louis. Merci t’es gentille.
            J’ai repensé à Problemos pas plus tard que la semaine dernière. J’écoutais une discut entre zadistes au sujet de la médiation demandée par le gouv pour débloquer le merdier. Les médiateurs ont entendu les différentes parties et ont voulu rencontrer les zadistes. D’abord de façon formelle, puis de façon informelle. Les médiateurs sont pas forcément idiots mais ils sont comme dans Problemos, besoin de porte-parole, besoin de réduire à une position unique, besoin au bout du compte de prendre des décisions, alors que le zadiste se nourrit du débat permanent, du mouvement, du temps et ça ne fait pas un film.

          • @Billy@Charles: Un gros raté selon moi c’est la scène de rupture au restau en Italie, dans la dernière partie du film, et celle qui suit tant qu’on y est. On s’ennuie ferme tellement tout est déjà dit.

          • @François: Ça envoie là. Malgré le mot « cible », je comprends quand tu écris

            Sa cible, ce n’est pas Godard en tant que tel, c’est Godard en train de virer Mao, et en train de vendre son cinéma à la politique.

            . Mais qu’est-ce qui laisserait penser que cette cible

            C’est, plus généralement, le cinéma dit d’auteur, forcément chiant.

            ? Evidemment Hazanavicius se marre avec tout, Godard et mai 68, les Mao et l’autogestion, on peut trouver ça plus douteux qu’OSS117, mais de là à dire qu’il « assène une incompatibilité entre marxisme et art » c’est un peu fort non ?tous les spectateurs savent que Godard a fait des films après 68 et qu’il est dans l’Olympe des cinéastes contemporains.

          • Je n’invente rien : il est dix fois dit que Godard a fait auparavant des supers films, mais que désormais il n’en fera plus car le marxisme l’a happé. On lui demande de choisir entre la révolution et le cinéma. Les deux s’excluent. Incompatibilité entre marxisme et art.
            Sur le rejet du film d’auteur, c’est plus implicite, mais il est dit et redit que le cinéma doit divertir, qu’on ne va pas au cinéma pour se remettre dans la gueule les soucis du réel, etc. C’est dit, non seulement par le prolo qui les ramène à Paris, mais aussi par une fan de la première heure croisée dans une manif -ce qui laisse croire, d’ailleurs que Godard aurait d’abord fait des films divertissants et massivement vus, ce qui est faux : A bout de souffle a fait un peu d’entrées, Le mépris un peu aussi pour les raisons qu’on devine, et sinon que dalle.
            Ce qui me mène à ta dernière phrase, qui, pardon, se trompe factuellement. « tous les spectateurs savent que Godard a fait des films après 68 »? Euh, oui, ils s’en doutent un peu, vu que le mec est pas mort, mais les ont-ils vus? Non, encore moins que ceux du début. 99% des spectateurs du Redoutable peuvent donc croire Hazanavicius sur parole lorsqu’il assène que Godard s’est perdu après 67 -après sa bascule politique-, et n’a plus fait que des films hyper-chiants, hyper-intellos, hyper-dogmatiques, car hyper-politisés.
            « Il est dans l’Olympe des cinéastes contemporains ». Tu veux que je te donne les chiffres de ces quinze derniers films? Plus personne ne voit des Godard. Et parmi les cinéphiles, bien peu le mentionneraient comme une référence. Na parlons pas des cinéastes : Godard n’a pratiquement aucune postérité parmi eux (en France je ne vois que Honoré pour parfois le citer, et Amalric -au passage Barbara est un grand film godardien). Tu as visiblement beaucoup jubilé de voir un Grantartiste éreinté. Le problème, c’est qu’il n’est plus Grantartiste pour personne. Ereinter Godard c’est comme ce que disait Marx des attaques contre le christianisme à l’ère capitaliste : c’est donner une baffe à sa grand-mère.

          • Note : Jerome signale à juste titre qu’Hazana « oublie » Week-end, sorti fin 67. Mais il oublie aussi, livrés en 68 avant le passage à Dziga Vertov : Un film comme les autres, donc, mais aussi Le Gai savoir (avec Léaud), et One + one (où ce pisse-froid obtus et idéologue filme les Stones comme on n’a jamais filmé des musiciens en studio) ; puis il fait dans la foulée un film aux Etats-unis (abandonné en cours de route) et en Angleterre (British sounds, avec Gorin, excellent). C’est à dire que dans cette période d’un an où Le redoutable prétend qu’il était en train d’arreter le cinéma, Godard tourne et monte plus de films qu’Hazanavicius en vingt ans. Tout ça pour dire quoi : que sa politisation a ouvert un champ de créativité immense -tout le contraire de ce qu’affirme Le redoutable.

          • @François: oh là, je me suis marrée mais pas de voir un grantartiste éreinté.

          • tu as parlé de désacralisation du génie qui t’avait plu
            je voulais juste t’informe que ce génie ne l’est plus pour grand monde, et que ce désacralisé n’est plus sacré pour personne

          • @françois: j’aime bien l’effet que cela te fait d’être nié , bel homme de gauche.

            La baffe à la grand-mère et le champ immense de la créativité dû à la politisation marxiste de jean-cul,
            surtout

          • @François: Pour préciser, j’ai écrit « ce qui se joue entre les hommages formels et la désacralisation du génie m’a beaucoup plu ». C’est vrai que la désacralisation me plait en général, ce qui n’empêche pas les référents.
            Je me rallie complètement à ce que tu dis sur les oublis, ceux que je connais du moins, Week-end et One + one. En effet, en effet, ils n’y sont pas.

          • Ils n’y sont pas pour des raisons profondes, stratégiques, programmatiques : il faut absolument faire le vide après l’inoculation de la maladie marxiste

          • Le Redoutable a une base politique réac toute pourrie mais c’est pas un film pas assez fort pour faire vivre cette pensée, pas assez fort pour te nier, François.
            Ce qui me gêne dans le film, c’est toujours l’absence de scènes. Moi je veux bien qu’on me dise qu’un bon réal ne peut qu’être de droite, qu’être de droite permet de produire une œuvre plus riche. Ça m’intéresse même. Mais montre-le moi Michel. En fin du Redoutable, JLG fait des films dans un collectif (le groupe Dziga Vertov ou pas encore ?). On voit un travelling en pleine campagne qui se rapproche du visage de JLG silencieux, assis contre un arbre pendant ce tournage, avec une voix-off nous expliquant que le collectif n’arrive pas à faire ce film, que ça marche pas parce que personne n’arrive à se mettre d’accord. Là encore, je veux bien. Je veux bien croire que quand on décide d’un film en collectif, c’est le bordel, alors que quand il y a un réal, ça file doux. Mais montre-le nous Michel. Tourne-la cette scène. Ce collectif, ça donne quoi en tournage ? Et leur film, en quoi c’est raté ? Puis ça parlait de quoi ce qu’il tournait ?

            Michel nous dit que le ciné politique c’est chiant. Mais ses scènes d’appartement avec la bombe minaudeuse, censées illustrer le cinéma fun que JLG a laissé tomber, sont chiantes : pas drôles et à base de mots d’auteur. Ce film n’a tellement pas de scènes, que je le trouve très inoffensif. Juste triste.
            Si j’étais salope, je dirais que j’avais préféré The Search.

            Cat : la répartition Louis/Mocky me paraît largement à mon avantage. Mais si ça te va, ça me va.

          • Tout ca est lié. Ce que tu soulignes est la conséquence de ce que je souligne.
            Pourquoi j’aime les scènes? Pourquoi je déplore parfois qu’un film avance sans scène? Parce que la scène est le cadre nécessaire à la complexité. La scène, c’est une durée. Cette durée, forcément, excède l’analyse expéditive. Un cinéaste qui cherche se sert de cette durée pour explorer un problème, le déplier, en déployer les aspects divers. Ostlund est le maitre dans ce domaine. Hazanavicius n’est pas là pour chercher, il a déjà trouvé, il sait déjà. Il sait que la politique tue l’art, et c’est ce qu’il est venu dire. Et il le dit par brèves pastilles de propagande. Penses-tu une seule seconde qu’il s’intéresse vraiment à la façon dont s’est passé la tournage collectif de Vent d’Est en 69? Non, il ne veut pas le savoir. Ce qu’il VEUT SAVOIR, c’est que le collectif -surtout marxiste- est impossible (sur les tentatives communautaires le cinéma bourgeois n’a jamais sur dire que cela, et on voit bien pourquoi) et que ces gens sont des facheux. Donc il l’assène en un travelling bien démonstratif, et c’est fini. Pour dire des choses aussi univoques, pas besoin d’une scène.

          • @François:

            il faut absolument faire le vide après l’inoculation de la maladie marxiste

            Tu me convaincs bien la-dessus, sur cette entreprise à l’oeuvre dans le film.
            C’est d’ailleurs remarquablement résumé en creux par Yann Moix, quand il justifie chez Ruquier le parti-pris du film et la bien belle occasion ainsi offerte de vider de l’oeuvre de Godard tout son sang politique:

            « C’est peut-être pas tant Godard qui est ridicule que l’époque à laquelle il a fait ses chefs d’oeuvre: y avait une part de ridicule à la fin des années 60, avec le structuralisme, et l’hyper-intellectualisme, les revues littéraires dans lesquelles on ne comprenait rien parce qu’il y avait des schémas mathématiques partout et cet engagement pour Mao qu’on regrette aujourd’hui – c’est comme si on avait soutenu Hitler – et donc y avait quand même une part d’aveuglement presque ridicule dans une époque, de laquelle aujourd’hui les films de Godard sont arrachés parce qu’ils sont esthétiquement et plastiquement magnifiques, mais peut-être qu’Hazavanicius a voulu monter ça aussi un petit peu ».

          • @françois et cie:

            Il sait que la politique tue l’art, et c’est ce qu’il est venu dire.

            mais cela n’est pas faux, comme nous le disions il y a quelque jours ,
            sur l’art idéologique , l’art de propagande , l’art militant.
            Je pense qu’il y en avait un paquet dans les années 70, mais là comme ça j’ai pas d’exemples.

            De là je reviens sur ma vieille question : le marxisme est-il idéologique ?
            Il est visé comme tel par les gens de droite en tous les cas.

            Je pense qu’on a pas été bien malins à devenir militants, c’est trop visible la propagande.
            La grande puissance de l’art c’est lorsqu’il peut être politique sans que cela se voit,
            c’est sournoisement propagandesque qu’il faudrait être

          • je disais justement l’autre jour, texte à l’appui, que l’art politique était le contraire d’un art militant
            il faut d’ailleurs voir comment, chez Straub et chez Godard notamment, l’art marxiste et brechtien aura surtout consisté à ne pas reproduire les conneries pénibles d’un certain art militant qui fleurissait alors
            leurs réflexions de l’époque sont passionnantes, comme celles des cahiers époque marxiste, où il ne s’agissait pas du tout, du tout, de subordonner l’art à la politique, mais bien de penser la sortie des formes bourgeoises
            en 68, Straub tourne Othon, est-ce que ça a l’air d’un film militant à la con?

          • l’art militant serait une sorte de complaisance inconsciente à l’auto-caricature, ce serait fabriquer une sorte de poupée de chiffon ridicule aux traits caractéristiques et menaçants ,
            un genre de gnafron pour se faire battre,

            vos réactions face à ce film de droite en est la preuve, bam bam , trop facile

          • @anne laure: Le militantisme et la propagande ne produisent pas d’art, tout au plus des slogans.

          • @françois:

            Straub tourne Othon, est-ce que ça a l’air d’un film militant à la con?

            ah bah ça je ne sais pas mon françois , je ne l’ai pas vu,
            mais je crois que dans les années 70 beaucoup de films sentaient le rouge à plein nez,
            mais peut-être me trompé-je

          • sentaient le rouge, oui, mais produisaient cette odeur dans les vielles formes bourgeoises

          • @anne laure et françois: Réponse croisée avec celle de François. Au moins un point d’accord sur le sujet.

          • @françois: mais sinon, la base :

            il ne s’agissait pas du tout, du tout, de subordonner l’art à la politique, mais bien de penser la sortie des formes bourgeoises

            j’avais bien compris oui,
            mais il s’agissait d’en rester à ça et le monde de l’art aurait été bien plus vaste

          • @françois: et donc, tu le vois mon doigt tu le suis mon doigt hop, tac :
            la politique de gauche aurait été bien plus imposante,

            puisque l’art touche les individus, transforme les hommes etc etc

          • @françois: ah pardon c’est ce que tu disais :

            l’art marxiste et brechtien aura surtout consisté à ne pas reproduire les conneries pénibles d’un certain art militant qui fleurissait alors

            j’étais toute emballée pour rien,
            encore tous ces gauchistes bas de gamme qui ont tout gâché , comme toujours , les vegans et compagnie

          • @françois: ceux qui font leurs courses à la biocoop, et qui s’appellent : Laurent

          • @françois:

            sentaient le rouge, oui, mais produisaient cette odeur dans les vielles formes bourgeoises

            oui voilà,
            j’ai toujours pas d’exemples en tête mais je vois de quoi on parle

          • et pour revenir à mon histoire de sournoise propagande elle ne peut venir dans l’art que par l’affirmation de soi, au sens nietzschéen, au sens qui se débarrasse des idéologies internes identifiables,
            c’est là où se trouvent selon moi les corps politiques les plus puissants,
            c’est ce que je trouve par exemple dans jeannette de dumont, dans rester vertical de guiraudie , dans les films de ruben effectivement, on va citer play pour faire plaisir à françois,
            qui sont des films qui dépassent la zone de confort, pour le cinéaste j’entends, qui prend des risques de ne pas être aimé, de ne pas être compris, et qui s’en bat la race,

            m’voilà c’est là où je voulais en venir ,
            depuis le début

          • et je dis pas ça pour dire que les corps vitalistes sont les corps politiques les plus puissants hein,
            mais presque,
            ahlala je me fais rire tiens

          • l’affirmation de soi sans craindre de se faire assassiner par les autres c’est déjà le début de la démocratie,
            me demande si c’est pas la racine d’ailleurs

          • non mais parce que les cinéastes idéologues ont la certitude de trouver l’amour de leur groupe idéologique, c’est rassurant,
            en même temps ils se prennent forcément la haine de leurs ennemis,
            c’est masochiste.
            C’est un petit peu immature cette attitude on dirait.

          • @François: Oui on parle de la même chose : il n’y a pas de scène parce que Michel n’en a pas besoin, il sait déjà ce qu’il veut dire.
            Face à un pote très cinéphile qui avait aimé le Redoutable et qui me répondait « oui mais toi forcément, ça peut pas te plaire » (on s’était déjà engueulés sur son vote Hamon et mon vote Méluch), l’absence de scène du Redoutable était une bonne façon d’argumenter.
            Là où le film politique est un film qui réfléchit, avec des vrais morceaux de dialectique dedans, le film militant sait déjà ce qu’il pense et cherche à t’encarter. Le Redoutable, en tant que film militant, est un film bête.
            (Le problème n’est donc pas que ce soit un film de droite. Je peux aimer des films de droite qui pensent. Puis Ostlund est si à gauche que ça ? Précisons également que j’ai un ami de droite, alors ça suffit les procès d’intention.)

          • Tu as bien raison. Peu importe le contenu idéologique en soi.
            Et on disait récemment qu’Ostlund avait clairement des petites démangeaisons droitières dans ses films. J’en parle un peu dans mon texte sur The square. Mais tu l’as pas lu, bien sûr, vu que t’es une feignasse. Et le fait qu’il ne soit pas publié est typique une excuse de feignasse.

          • T’es con j’te jure. Ton article sur The Square va être publié dans le prochain Transfuge ou il faut te soudoyer pour le lire ?

          • Publié dans le prochain Transfuge mais ça peut se soudoyer quand même
            Tu connais le tarif

          • Je vais attendre Transfuge si tu veux bien. La dernière fois j’avais trouvé le tarif bizarre, j’ai pas trop aimé.
            Mais c’est pas toi hein, c’est Balthazar.

          • Lui il a adoré
            Il a pas des exigences de princesse comme toi.

        • @François: Entièrement d’accord avec toi. Faut quand même un peu s’interroger sur la singularité du traitement comique. Le film se présente comment? Comme un biopic, on regarde un moment de la vie d’un personnage historique dans un contexte qui ne l’est pas moins. Et que fait Hazanivicius? Il choisit la dérision, la déconne (pas drôle) pour raconter cette période. C’est quand même étonnant comme choix pour un biopic – quel autre film historique se fout autant de la gueule de son « héros » dont il est censé narrer la vie. Quand Hazanavicius fait OSS 117, il a dans sa ligne de mire les années 50-60 gaulliennes et les vestiges de la France impériale. Et on rit tous parce qu’on est d’accord pour fustiger la mentalité de cette époque. Ici le Godard soixante-huitard a pris la place d’OSS 117, ni plus ni moins, et on utilise les mêmes procédés : soin dans la reconstitution et le folklore, pastiche des films de l’époque et humiliation/ridiculisation du héros. Mais là y a comme un malaise parce qu’on ne traite pas comme dans OSS 117 d’une époque par le biais d’un genre (le film d’espionnage) mais qu’on fait mine de se coltiner frontalement des événements et personnages réels. Et ça rate car on perçoit très bien que sous la dérision et la (fausse) déconnade quelque chose de beaucoup plus sérieux se jouait chez le Godard maoïste et qui est ici effleuré.

          Je disais tout ça à ma copine à la sortie du film, elle m’a alors rétorqué « mais toi tu aurais fait comment pour raconter ça? ». Je lui ai répondu que je ne savais pas trop, que peut-être qu’il n’y avait pas de film à faire sur le sujet si Godard avait effectivement été un connard prétentieux et jaloux avec sa femme et ses amis. Mais à tout le moins je l’aurais laissé parlé, je veux dire que j’aurais essayé de lui écrire des dialogues un peu plus longs que ça, dans lesquels il aurait eu le temps de s’expliquer, pour le meilleur et le pire (les juifs – y a une scène où on fait allusion au rapport problématique de Godard aux Juifs, elle est bien sûr très vite rattrapée par la comédie).

          • @Charles: Je remets la critique de Jérôme, qui l’a pris de la même façon que François : http://www.chronicart.com/cinema/cannes-2017-5-pastiches-postiche/

          • de le même façon que moi, oui, mais sans focaliser comme moi (et pour cause) sur la dimension idéologique
            j’aime bien l’idée du revenge film. ressentiment film serait encore mieux. Hazanavicius n’est pas Godard, ne le sera jamais, ne sera d’ailleurs jamais un cinéaste à proprement parler, il sort d’un gros bide critique et public, tout ça rend aigre

  9. … / « enfin la lutte tout d’abord pour finir par la cause devrais-je dire pour être plus claire, ce qui je crois n’est pas très très habituel dans les films politiques, »
    très bien dit, ça, et très juste / …dans la première scéne lutte et cause sont concomitante, conjointes, coexistentes, concubines, colocataires en revanche beaucoup moins concupiscentes
    à ce qu’on sache, l’intervention durant la conf soporifique sur le dass dont le média/vecteur est le sang est bordelisé avec du sang
    => cause et lutte cueillent d’emblée le spectateur sur un même plan

    • @mousdubulbe XXL: ci-dessus ça cause du 120 battements par minutes, des fois que

    • @spectatrice: oui mais non,
      je suis d’accord pour le côté où l’émergence des problèmes individuels, urgence de trouver un traitement nom de dieu de bordel de merde, se retrouvent tout de suite sur le même plan que la lutte,
      je pense à sean et je ne connais pas son prénom, qui parlent de leur diminution de t4 et ça leur fout les boules, au moment des RH ( reunions hebdos ? ), beaucoup aimé leurs interventions rappels de leurs réels émouvants,
      cela dit tu prends le film par la fin tu ne vois pas tout de suite le lien avec la politique,
      quand t’y penses, quand t’es en train de crever,
      c’est ce qui se déploie au début, en fait, c’est renversant.
      Il y a un moment vachement bien dans le film, quand Thibaut mon pote ( qui veut connaître les interactions entre l’ecstasy et les antiviraux ) passe voir sean à l’hosto et qu’il lui parle de leurs actions militantes si je me souviens bien et sean râle et Thibault lui demande pourquoi il est en colère contre lui et sean ne sait pas.
      Bah oui ,
      pourquoi ?

      • @anne-laure: oui c’est vrai qu’il y a un peu de mystère sur ce rejet de Thibaut par Sean quand il est à l’hôpital.

        …peut-être que Sean sait déjà que Nathan et Thibaut vont avoir une histoire et il est jaloux.
        …peut-être que c’est plutôt la suite logique de leur affrontement intellectuel en AG, quand Sean reproche à Thibaut de se comporter un peu trop comme un publicitaire, en oubliant que l’objet de la pub là c’est des humains, des humains malades qui sont en train de crever. Thibaut jouit assez visiblement de son rôle de président de l’asso.

        Campillo raconte dans une interview qu’il a vécue personnellement cette scène de l’hôpital : s’est fait jeter par un mec à qui il rendait visite.

        • @:

          pas un atome de jalousie envieuse chez Sean envers Nathan, envers ce qui peut advenir de bon à Nathan y compris hors lui (lui c Sean) y compris si c’est cet imposteur de Thibault
          – comment on le sait? par ex. avec le plan d’une extrême douceur quoique vif vu l’intérêt de Sean pour ce que lui raconte/lui répond Nathan: le moment où il raconte qu’accostés en voiture sur un bord de route pour cause de brouillard il confie s’être senti tellement bien avec son mec de l’époque à cet instant que sa vie aurait pu en rester là même via une crash-mort

          et dont forget le ‘ surtout te pique pas avec la seringue ´ de Sean à Nathan about l’injection létale

          1/4 d’heure avant sa mort on peut tout ou plus envier la pas trop mauvaise santé d’un autre et dans le Campillo rien de tout ça – on se rappelle aussi de Sean offrant le slogan pourtant gnian gnian (genre: vive la vie, je te souhaite en vie) aux yeux de tous à Thibault, doucement, bogoss et lover sincère
          et Thibault jouant le craquage genre: trop mignon ce que tu me dis en pleine RH

          ça joue et charrie gentil quoique vivement tout le temps dans le 120 BPM, cf. lolage à l’hôpital sur la réfection des peintures de leur chez eux à S & N
          S: c beau?
          N: c blanc
          rires à 2
          S: t con

        • @Juliette B: ah ouais ? moi j’aurais dit ni l’un ni l’autre,
          ni si simple ni si élaboré,
          un entre deux ,
          je crois qu’il est en colère de voir l’autre tout pimpant, pas souffrant comme lui , bien investi dans la lutte alors que lui ça y est , il a passé le cap il est en train de mourir.

          Il est jaloux de la vitalité de l’autre oui.

          • @anne-laure: oui ton « entre deux » me va bien.
            mais pas nécessairement sur le mode ni ni
            ça peut être aussi sur le mode et et.

            Act up a bien connu au plus fort de la lutte de violentes dissensions internes sur la ligne de son président, incarné par Thibault, et celle défendue par d’autres membres de l’asso qui n’étaient pas trop d’accord avec le tour que prenaient certains happenings.
            Le grand talent de Campillo c’est, entre autres, que chacune de ces deux parties survivantes a trouvé que le film restituait bien la réalité de tout ça. Personne ne s’est senti caricaturé ou trahi. C’était pas gagné d’avance.

            Quant à l’éventuelle jalousie de Sean liée à la relation de Nathan avec Thibault – Quand a-t-elle commencé exactement cette relation, avant ou après la mort de Sean on sait pas ? – j’aime beaucoup que le film n’élucide rien pour nous. On n’en sait rien, on peut tout imaginer. Y compris que Sean sur son lit de martyr ne soit pas parfait.

          • @juliette: oui : et et , si tu veux, ahlala il t’en faut toujours plus, mais quelle désireuse tu fais ma juju,

            je te crois pour ce que tu dis sur act up, j’étais pas renseignée de mon côté

          • @anne-laure: je précise que pour moi ces dissensions n’ont rien d’exceptionnel, c’est le propre de toute lutte collective c’est normal ça prouve qu’on est vivants on discute.

          • @juju: quant à la jalousie de Sean vis à vis de son Nathan ( j’avais oublié le prénom de celui-là ), je ne sais pas, je m’étais pas posée la question ,
            ce qui est sûr c’est que Sean l’aime beaucoup son bel homme protecteur , mais il est rapidement devenu son soignant et on sait ce qui travaille Nathan puisqu’il nous fait ses petites confidences ,
            c’est un petit peu un problème aussi ce rapport, pour Sean j’entends , pour nous cela ne pose pas de problèmes, qu’il prenne soin de lui jusqu’au bout.
            On dira que c’est son destin, mektoub etc

          • Par cause, j’entendais, littéralement : la cause d’une lutte. C’est à dire son origine dans le réel.
            D’ordinaire, un film commence par la cause : un héros vit ou observe des choses dont il tire une colère, une conviction, une théorie, etc, qui va se traduire en acte politique, en lutte. 1 je suis témoin d’un crime raciste de flic 2 j’intègre une association de défense des minorités. La cause d’abord, la lutte ensuite.
            Il est donc, oui, très original de commencer par la lutte d’Act up (en intriquant les mots et les actions comme dans la première séquence) pour peu à peu aller vers la réalité sur quoi elle a émergé, à savoir la maladie. La lutte d’abord, la cause ensuite.

          • @anne-laure: oui comme tu dis cela ne nous pose pas de problèmes qu’il prenne soin de lui jusqu’au bout.

            au fait j’ai pas pleuré comme les mémés à la fin.
            mais bien avant le petit jeune mort de trouille et qui tombe de sa chaise ça secoue.

          • oui ben voilà , c’est exactement ce que je voulais dire, avec l’exemple de l’acte raciste et tout,
            petit un petit deux etc

          • je serai toujours là pour t’expliquer ce que tu penses

          • on avait compris je crois
            une poche de sang c’est pas la mort physique d’un être vivant

          • @juju: ouais la mort du gamin Jérémie oui , m’a plus touchée aussi ,
            je suis fière de toi ma juju t’es pas une tapette,
            ça veut dire que t’es prête pour la révolution

          • @juju et françois: surtout que c’est du sang fabriqué avec de la colle à papier peint tu vois,
            rien à voir,
            depuis quand la mort a quelque chose à voir avec Castorama ?

          • dans mon texte je propose une explication à cette hostilité, inexpliquée en effet, de Sean vis-à-vis de Thibaud
            mais Juju a presque tout dit

          • @françois: et si tu meurs avant moi comment on fait ?
            par voie de médiuminie ?

          • @françois: mais je n’avais pas lu ton texte en entier mon françois, je ne savais pas,
            mon idée est super pertinente aussi, je crois même que c’est la meilleure

          • @:

            oui on aime dans le Campillo l’intrication vitale cause/lutte qui anime la fiction dès la première séquence et ce jusqu’au banquet des assureurs, pas une inversion simple (lutte puis cause) mais une sorte de pulsation-synecdoque originelle originale et intense
            très fort ce Campillo pour un homme

          • sur l’ensemble du film, la singularité de l’opération tient dans l’inversion simple de la chronologie normée de la cause à la lutte
            ici on va de la lutte à la cause

          • @: clair, simpliste, soit

        • @:

          La scéne qui fait surtout pas un héros de Sean est avant, bien avant et ien a même plusieurs trois au moins et surtout durant les RH qui anime/passe le temps/mobilise tant qu’il en a la force l’énergie de Sean
          1) menotage de l’intervenant ensanglanté pendant la conf soporifique (le débat à propos n’en fait surtout pas un héros)
          2) foutage de gueule lever de soleil-vue aérienne métro genre: la vie, la vie, la maladie préciorise la vie (clown presque cynique pas héros)
          3) papier surprise dans la gazette Act Up sur les objectifs de la présidente (reum de Marcus/Marco) visant la cour pénale et la prison pour les représentants de l’état et cie impliqués dans le scandale du sang contaminé (à part tous lui dire qu’il est allé avec son pote radical brun cette fois vraiment trop loin on en fait toujours pas un héros)
          4) découlant du 3 -> RH qu’il quitte en chahutant oralement Thibault (plus ingrat que héros car le Président tout d’même en plus de tout ce temps qu’il consacre et autres)

          120 BPM, l’homme sur l’affiche n’est jamais érigé en héros, THE point d’accord intégral.

          • @:

            ´ un héros ´
            bien mieux qu´ça, sur le bloc narré dans la fiction de Campillo, le perso de Sean c’est celui d’un gars qui embrasse ce qui lui arrive, prend ce qui vient du mieux qu’il peut

          • @spectatrice: heeeeuuuu ben ce qui lui vient c’est la mort oui, il a pas intérêt à faire le malin,
            je vois pas le problème sur cette question de héros , c’est ce que les gens disent de sean dans ce film ?

          • @spectatrice: ah bah non, pardon : « THE point d’accord ».
            Bon ben si tout le monde est d’accord , je vois pas le problème.

          • @:

            car le dass y compris au moment de la narration de fiction de Campillo a ceci de particulier qu’il isole et sur-communautarise d’emblée, d’emblée c’est la cause dans la lutte donc et vice-versa pour surtout pas se taire, surtout pas accepter d’être invisible, surtout qu’on s’occupe et cherche comment ralentir ce dass de maladie virale pour un tant soit la prendre en charge et la soigner, qu’on file du care aux malades quoi

        • @Juliette B: Désolée je prends le fil en route, mais envie de réagir sur cette scène de l’hôpital qui doit être celle qui m’a le plus secouée, justement parce que je n’y vois aucun mystère, mais une impasse. Un mec valide vient visiter un mourant. L’échange est injouable, il n’y a qu’une porte possible, et c’est J’préférerais que tu partes. Ok, il peut y avoir de la jalousie rapport à Nathan, mais je ne crois pas que ça se joue à ce niveau. Je la trouve bouleversante cette scène, et géniale aussi, de signifier autant avec si peu.

          • @fleur parmi les fleurs: je suis bien d’accord avec toi: Sean peut virer Thibault de sa chambre au seul motif que lui se meurt et l’autre pas, qui est bien portant. Ca fait d’ailleurs penser à des situations réelles de malades en phase terminale qui à la fin envoient chier leurs proches, ne supportent même plus qu’ils les touchent.

            Mais ça n’est pas contradictoire avec d’autres motifs, comme le fait de n’avoir pas envie de voir à ce moment là quelqu’un qui s’intéresse de très près à votre amoureux.
            Tout ça peut se mélanger et comme l’écrit François « Il y a une hostilité, voilà, et les premiers intéressés n’en ont pas l’intelligence ».

            Pour mettre de l’eau à ton moulin je cite encore ce passage du papier de notre hôte:

            « Est-ce la colère de voir Thibault tourner autour de Nathan, le dernier amant (…) ? Sans doute, et une fois de plus s’amalgament le corps jouisseur et le corps malade, sous le sceau de cette maladie dite sexuellement transmissible. Mais il y a autre chose. Il y a que Sean est malade et Thibault « seulement » séropo. Il y a que le corps du premier est tangiblement affecté et celui du second encore intact. Dans un film aussi corpocentré, cela change tout. Sean n’est qu’à moitié injuste quand il traite Thibault d’imposteur. Il fait signe vers la moindre urgence dans laquelle Thibault milite, qui parfois l’approche du point où l’activisme devient une fin en soi, où le mouvement oublie, un peu, très peu mais pour Sean qui dépérit à vue d’oeil c’est déjà trop, son objet, son urgence vitale. Avec Thibault, Sean est juste et injuste. Tout dépend quelle corps porte quelle idée dans quelle situation. »

          • @juju: merde juju tu m’as foiré mon coup, je voulais demander à françois son bout de texte qui me manquait machin machin,
            ben tant pis

          • @anne-laure: ah zut pardon

          • @juju: je te pardonne je vais lire à la place

      • @:

        Le Campillo est d’emblée politique puisqu’on rétorque au scandale du sang contaminé en balaçant des poches de (faux) sang voyons

      • @:

        Sean vs Thibault: c’est dès la première scéne où ils cohabitent à l’écran qu’on voit et que ça nous dit qu’ils sont pas en phase
        et la franche rupture (//avec la présence-participation à Act up se fait pour Sean via cette histoire d’actions aux USA avec les plus malades, les plus mal en point qui participent aux actions de rue, qu’on accompagne/poussé/traîne à la gay pride

      • @:

        et on rappelle aux mal-voyants et aux genss en manque d´antioxydants que la dernière présence à l’écran de Sean sert l’acte politique avec ses portrait et cendres qui virevoltent pour s’étaler prendre toute la place aux banquets des assureurs https://m.youtube.com/watch?v=2KqsR_ko5TU

        • @spectatrice: tout à fait on n’a pas oublié,
          cette histoire de : mort politique,
          et pourtant on en fume des clopes et pourtant on en boit de la bière,
          c’est pas pour demain le korsakoff merde,
          va falloir que je passe à la vodka

        • @: Sean (qui représente/personifie aussi la cause aprés les différents compagnons de lutte morts activistes, Jérémie oui et un autre avant lui identifié clairement lors de la première RH et dont il est dit que ça faisait un moment que son état l’empêchait de venir) est donc en lutte jusqu’au bout
          y compris et surtout avec son choix de moment de fin de vie.

          • sur l’ensemble du film, la singularité de l’opération tient dans l’inversion simple de la chronologie normée de la cause à la lutte
            ici on va de la lutte à la cause

  10. Charles Dantzig en couv’ du prochain Transfuge, sérieusement?

    • Dantzig a son rond de serviette au restau transfuge, c’est comme ça

      • @François Bégaudeau: ‘ ce film est une sorte de ratage intégral pensé-je ´ – about our dingeulingeu years –
        on y trouve du nu intégral, de l’épilation intégrale, du burlesque dandy indigeste intégral
        en revanche rien à faire, infidéle à ta pensée, j´y sauve dans ce merdier les jeux de Pierre et Céline (maintenant que j’ai vomi tous les encerclés-dansés-touchés des clients potentiels de Suzanne et dézhoupetté le producteur bedonnanbourgeois joué boursouflé par Fau)

  11. https://fr-fr.facebook.com/events/368389146914678/

    enfin ça communique sur l’événement Girlfriend exp

  12. @Jérémy:
    au début de nos vies respectives en ces lieux – même si je peux me tromper comme chacun sait – j’ai souvenir que tu avais posté et parlé avec un certain plaisir, intérêt et même une certaine familiarité du taf d’Elvis Costello (échange de plusieurs liens tubesques et moins)
    https://m.youtube.com/watch?v=3Y71iDvCYXA
    Du Coup, si visionnage du dernier De Peretti, ta rétine pourrait frétiller davantage devant certains plans avec certain poster (porté plutôt à gauche tu verras)

  13. @anne-laure: tiens, en vl’a un autre de suicidé: https://www.youtube.com/watch?v=FGZ28Cn8NG8

    • @Juliette B: ahlala me tente pas vers ce chemin juliette ça va finir en mike brant,
      laisse moi t’aimer toute une nuit, laiiiiiiisssssse mouaaaaaaaaaaaaa,
      toute oune nouie,

      mais merci pour cette maria, je ne connaissais pas.
      Je comprends pas trop ce qu’elle fait avec cette chemise sur les ronces mais bon.
      Je crois qu’elle aime pas son mari.

    • @Juliette B: ah d’accord. Une belle fin de cow-boy,
      allez zou on dort

  14. Je reviens de l’expo Traverser de Depardon à la fondation Cartier-Bresson je vous recommande à 200%. En plus il était là pour une émission de radio (vu la voix de la meuf, m’étonnerait pas que ce soit pour les matins du samedi de france q), il nous a fait profiter de sa pensée réjouissante via ses photos et via ses mots. Il a nommé l’expo Traverser et pas traversée, pour le mouvement, l’action. A parlé de son orgueil de paysan, de la contrainte du champ restreint de la photo qui devient espace de création, du fait que sur un moment il prend une photo et une seule, de son passage en photographe dans un hôpital psychiatrique en Italie où il a pris des photos d’une intensité dingue (m’enfin elles font pratiquement toutes un effet de dingue) et où il a arrêté de prendre des photos le jour où il a senti qu’il y était trop à son aise, disponible pour réfléchir à un agencement de la photo d’un point de vue technique. Si ça vous tente, il en recausera à la fondation le 5 octobre, faut réserver http://www.henricartierbresson.org/rencontres/raymond-depardon-detours-retours/

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