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Forum provisoire

Amis sitistes,

Le dis-moi était agonisant depuis près d’un an. Nous songions à l‘euthanasier, la providence technique a accompli cette basse besogne à notre place.

Il nous reste à finir le travail : supprimer toutes les pages existantes du dis-moi. Cette suppression est définitive. Les milliers de posts accumulés dans cet espace auront donc formé une œuvre d’art absolument moderne : collective, anarchique, éphémère, et sans postérité. 

Cet auto-autodafé libère de la place pour un forum provisoire, qui sera opératoire le temps de concevoir un nouveau site plus adapté à notre époque formidable : plus simple, plus fluide, plus macronien.

Ce forum provisoire nous l’appelons : forum provisoire.

3 672 Commentaires

  1. On dirait que le problème des militants de la revue Positions qui interrogent François c’est qu’ils restent campés sur des théorisations Etatico-centrées. Ils veulent à tout prix faire parti et participer aux jeu des élections. Au fait les réponses de François à leurs questions enfievrées mettent en lumière que leur militantisme, parce qu’il est vissé à la « politique » des politiciens donc parce qu’il n’est pas sécessionniste, participe à maintenir l’ordre en place. Comme la structure de la FI et comme les revendication des GJ.

    Dès qu’il s’agit d’évoquer des actions concrètes de luttes, des actes de sécession leur raisonnement part dans les hauteurs, leurs interrogations sont à deux doigt d’être existentielles voire nihilistes, ils se demandent « à quoi bon ? ». Alors que le militant est censé être dans les actions concrètes, eux ne sont que dans des théories qui ne posent pas pied au sol. Ils ont l’air au fond de ne pas croire aux tentatives d’autonomie et d’autogestion qui germent ça et là. Je ne les ai pas trouvé très joyeux. Plutôt excités / énervés par leur propre idéalisme qui par nature est creux et défaitistes quant aux actions qui existent bel et bien, quant au réel quoi. C’est étonnant.

    • Je te trouve un peu dure quand même.
      Ca réfléchit certes dans un cadre, qui n’est pas vraiment le mien, mais ça réfléchit.

      • Je crois que ce n’est pas mon cadre non plus.
        C’est le fait qu’ils semblent ne focaliser que sur il faut créer un parti fort qui m’a irritée au fil de la lecture je pense.

        • Ca m’a agacé aussi qu’ils y reviennent tout le temps, en dépit de l’expression répétée de ma réticence à ce sujet. On a là un bon document de l’entonnoir dans lequel peut vous mettre l’obsession pratique.
          Du coup qu’attendent-ils de moi au juste? Je ne sais pas. Ou j’ai peur de deviner.

          • Ça fuse aujourd’hui. C’est dur de faire sa pub tout seul.
            T’auras quelques miettes ce soir.

    • T’es vraiment tout. Ce tout qui n’est rien. Tu ne sais pas encore que les engagés peuvent être théoriques. Ils sont nombreux à théoriser et ne jamais descendre dans la rue. Bref, tu en dis des conneries et bien sûr tu es tellement tebê que tu vas oser dire que ton idole est le plus fort de l’univers.
      Même lui te le fais remarquer, mais avec plus de dentelle que moi. Moi, je m’en fiche je ne fais pas ma pub.

  2. J’ai commencé à lire l’entretien entre Houellebecq et Onfray et je suis vraiment stupéfait par les conneries,venant d’Onfray, que je suis en train de lire,je ne comprendrai jamais comment quelqu’un qui a passé sa vie à étudier les philosophes les plus obscurs,les concepts les plus ardus et qui,plus simplement,a emmagasiné autant de connaissances puissent faire mentir à ce point là les lumières et tenir des propos aussi cons,je n’en donnerai qu’un exemple:
    « S’il y a une quantité d’imbéciles,ça ne donnera rien de durable.Il faut aussi une minorité de gens intelligents pour faire une civilisation.Regardez le XVIIEME siècle français et le nombre de ses génies:La Fontaine,Racine,Moliere,Boileau,
    La Bruyère,Corneille,etc..Et aujourd’hui tout le monde utilise les voitures,le téléphone,l’électricité,la réfrigération,Internet,qui sont autant d’inventions occidentales dues à des minorités agissantes plutôt qu’à des majorités silencieuses,plus à des qualités qu’à des quantités.
    Au XXIEME siècle,ces minorités se trouvent sur la côte californienne et en Chine et travaillent à l’instauration future du transhumanisme.Raison pour laquelle je pense que quelqu’un comme Elon Musk est un personnage qui comptera pour la suite de la civilisation,qui sera planétaire et finira par quitter la planète(…)Ces projets se jouent avec une poignée de gens.Voilà pourquoi je pense que l’avenir de la civilisation ne se fera pas avec les islamistes même si,effectivement, ils souhaitent détruire l’Occident grâce à la quantité.Le futur se fera avec la qualité de ce qui reste d’un Occident qui est un peu la queue de l’Europe »

  3. J’ai bien avancé dans la filmo de Raz,il me reste à voir Wesh wesh,ma préférence pour l’instant va en premier pour Les chants de Mandrin,très beau film sur les lumières et la période pré revolutionnaire et je crois bien que c’est la première fois que je vois concrètement comment la révolution a pu advenir(état autoritaire,sécession du marquis,diffusion d’un esprit libertaire et des idées des lumières)La fin est très belle aussi avec cet étonnant marquis qui avance dans l’obscurité avec les lumières qui scintillent dans le ciel,les personnages sont tous très incarnés(à l’exception des femmes par contre)et on a presque envie de faire partie de cette bande d’anarchistes.
    Ensuite vient Histoire de Judas qui démystifie totalement la figure du Christ pour la resituer historiquement sur un territoire occupé,on est très loin du Christ de Pasolini,très peu de paroles ici,pas de miracles non plus,ni esprit divin dans les cieux et une très belle fin aussi avec Judas que l’on semble voir se coucher dans son tombeau suivi d’un plan où pour la première fois la caméra descend du ciel pour arriver sur des  herbes balayées par le vent et la silhouette du Christ qui apparaît.
    J’ai plutôt bien aimé aussi Bled Number One(je l’ai vu l’année dernière,je ne me souviens que de quelques scènes,l’égorgement,les femmes enfermées dans cet hôpital)
    Par contre Dernier maquis ne m’a pas passionné,intéressé oui mais ça m’a paru assez obscur(par exemple je n’ai pas compris la scène du ragondin).
    Terminal Sud m’a laissé perplexe,je ne sais pas ce que veut nous raconter cette dystopie,je n’y ai pas compris grand chose.

    • Sur Dernier maquis, qui reste mon préféré après avoir tout revu, et Terminal, qui est devenu mon presque préféré en le revoyant, j’essaierai d’etre un peu éclairant demain.
      En tout cas sur le ragondin je te promets de l’être, étant un expert de cet animal, même si pas autant que du sanglier.

      • Sur le repas dans la cabane tu ne pourras pas l’être. Tu diras qu’il lit pas et qu’il manque de références littéraires. Qu’il manque de référence sur toi.

      • Et Le Gang du Bois du Temple, tu le places où ? A moins que tu n’aies prévu d’en parler demain ?
        En ce qui me concerne, j’ai eu la chance de le voir hier à Montreuil et d’assister à l’échange de Rabah et 7 de ses comédiens avec la salle. Et même de discuter un bon moment avec le génial ​​et déjanté Mohamed Aroussi qui est le décorateur et accessoiriste des 4 derniers films de Rabah et qui incarnait Carabas dans Histoire de Judas. On le retrouve ici dans le rôle de l’étrange Emir saoudien, mais aussi selon ses confidences​ ​​dans celui du prêtre dont on ne voit que les mains​ réconfortantes​​.
        J’ai énormément aimé Le Gang du Bois, à tel point que j’ai du mal à redescendre. Me hantent notamment les prises de vue en hauteur depuis les toits des immeubles ou du balcon de l’ex tireur d’élite​ ​avec les bruits de la cité qui montent, les lumières crues des bretelles d’autoroute ou ​la séquence incroyable dans la cour de la prison avec les clameurs des détenus​ (non prévue dans le scénario mais belle opportunité qui s’est présentée). Et comme toujours avec RAZ, il y aurait beaucoup (de bien) à dire de la beauté formelle du son direct et de la photographie, mais je m’arrête là et vous laisse découvrir.

        • Avec Samir on a convenu de ne pas en parler, parce que le programme est déjà chargé et que le film a été à ce jour très peu vu. Mais j’aime beaucoup oui.

        • Alors déjà pourquoi c’est pas ce soir le microciné ?! (je suis nulle moi putain)
          Merci Tony parce que je voudrais adhérer davantage à Dernier maquis et il me résiste.
          J’étais à Belfort et j’ai donc tout revu sur grand écran sauf Bled number one que je découvrais et que j’ai déjà envie de revoir. Mon préféré est les Chants de Mandrin, je peux pas m’empêcher de pleurer en le voyant, je crois que c’est parce que ce film vient me prendre physiquement pour me propulser dans la famille des révoltés. Et puis le fatum est pour nous. Malgré la beauté plastique de certains autres films, la photo de celui-ci est vraiment la plus belle (et j’y connais rien).
          Comme j’avais la chance de REvoir le Gang, j’ai bien regardé les mains du curé en me demandant qui avait pu l’interpréter (ils m’étaient devenus familiers cette bande-là) et j’ai eu la réponse par Mohammed Aroussi (qui était le plus bavard de l’équipe ce soir là, et il avait un super pull). J’aime vraiment beaucoup ce film aussi AnnaH, on attendra la gêne dessus alors.
          Par contre lors de la rencontre après la projo d’Histoire de Judas, le monteur son Nikolas Javelle a indiqué qu’il lui arrivait souvent (en particulier sur ce film-là) de rajouter des sons et bruitages, parfois sons captés sur le lieu du tournage mais après le tournage. Les paroles des acteurs elles sont toujours en prise directe, jamais en post prod.
          Terminal sud a gagné à être revu aussi, j’ai vraiment hâte de t’entendre en parler François.

          • Tu as raison, Zyrma, de préciser pour le son. Je me souviens que Rabah avait expliqué à François avoir retravaillé le son et mixé plusieurs ambiances sonores dans Dernier maquis.

  4. Voici l’entretien de François avec Critikat, qui est passionnant : https://www.critikat.com/panorama/entretien/francois-begaudeau-critique-materialiste/

    • C’est le fameux entretien qui devait être brouillon ? Si c’était le cas, il a été très bien sculpté. Passionnant, merci.

      • Je trouve aussi. On veut d’autres entretiens brouillons comme ça.

        • bonne transcription oui
          mais c’est aussi qu’il n’a gardé que la première heure et demie d’échange, alors que la discussion s’est encore prolongée deux heures, me laissant l’impression qu’il allait être submergé par un fatras

      • Ils sont tous assez passionnants d’ailleurs pour l’instant.

  5. Pour ceux qui, comme moi, avaient raté l’Ema de Larrain à sa sortie, il est là:

    https://www.arte.tv/fr/videos/103490-000-A/ema/

  6. Tiens, de quoi poursuivre la réflexion sur le sujet du corps (donc du sexe) des artistes :

    https://www.monstrograph.com/product/les-artistes-ont-iels-un-corps/

    Un petit ouvrage collectif auquel François a participé. Mais on regrette la stratégie marketing reloue « tirage très limité et fin des ventes le 31 décembre ».

    • Ca n’est pas une stratégie marketing Ostros, mais le fait de moyens contraints qui limitent le nombre de livres imprimés par ces auto-éditeurs et le temps qu’ils peuvent consacrer aux envois des commandes de leurs petites mains.
      Les livres de Monstrograph, quand ils ne sont pas réédités par un autre éditeur, seront tous en accès gratuit en numérique après cette date par ailleurs. Ils expliquent eux-mêmes tout ça.

      • Pardon Juliette, Monstrograph et toutes les personnes que j’ai pu offenser. J’ai parlé sans avoir pris la peine de tout lire. Je me suis rendue compte ce matin que j’avais acheté les sacs-poubelle avec le cordon de plastique ultra fin et cassant à décrocher pour les nouer autour pour pouvoir les fermer au lieu des sacs aux anses épaisses et solides intégrées, ça m’a complètement perturbée.

        • Tant que tu jettes pas comme moi tes lunettes en même temps que le sac poubelle dans le grand conteneur à ordures, tout va bien.

        • L’ami Page et sa compagne, qui ont crée Monstrograph, sont des gens fiables
          Après, j’attends avec certaine vigilance leur « Les artistes peuvent-ils tout dire? ». Que je reçois bientot.

          • Oui, c’est très précisément la raison pour laquelle je me suis éloignée de la page Facebook de l’auteur en question, dont j’aime les livres, parce que dans ses interventions soutenues en ce média il avait l’air de considérer avec autorité que tout comportement sexiste, misogyne, anti-féministe, etc., devait être à tout jamais banni des romans et qu’il incombait aux auteur(e)s de ne plus créer aucun personnage de ce type. Donc, même pour éventuellement les moquer selon sa logique, m’étais-je dit. Ca m’avait sidérée.
            Je suis donc bien intéressée aussi sur le contenu de ce bouquin et l’avancée de sa réflexion, parce que si on le suit là-dedans Ma cruauté part au pilon.

            Comment as-tu été sollicité pour celui auquel tu as participé ?

          • Pas mal de choses partiraient au pilon
            J’observe d’ailleurs que depuis que Martin a épousé ces causes, il n’écrit plus de roman et j’en suis bien marri.

            Martin m’a sollicité, parce qu’on se connait, et qu’on s’est longtemps lu avec attention.
            Ca date un peu ce truc. J’ai du rédiger les réponses il y a au moins trois ou quatre ans.

    • Merci pour l’info Ostros.

  7. Je ne connaissais pas l’humoriste Alexis le Rossignol et ses chroniques légères et instructives.

    https://www.youtube.com/watch?v=FFL_EJTEZro

  8. Pour celles et ceux qui ne peuvent pas être ce soir à 20h30 au Méliès pour Le gang des bois du temple, il passe au Luxor samedi 10 décembre à 11h. Suivi d’une master class avec Rabah.

    https://www.cinemalouxor.fr/evenement/2047374-le-gang-des-bois-du-temple-avant-premiere-suivie-d-une-master-class-avec-rabah-ameur-zaimeche

    • Du coup je laisse ma place pour ce soir à quelqu’un.e, cadeau. RAZ sera là aussi. C’est juste que cette séance à Montreuil ça fait tard et loin pour moi.
      Faites-moi signe, je préviendrai le ciné de vous la mettre de côté.

  9. Les échecs successifs pour voir Pacifiction ont fait en sorte que je n’ai pu voir le film qu’aujourd’hui, ce qui me permet de témoigner que Lordon a, lui aussi, vu Pacifiction.

    Sinon : quelques réactions en vrac malgré la migraine. Tout d’abord, je suis surpris de ne pas avoir senti le temps passer, comme si je n’avais pas pris le film de manière linéaire. Combien de temps entre les deux premières apparitions du portugais ? De l’américain ? Je ne sais pas. Chaque scène relançait les dés de mon intérêt, peu importe si l’une d’entre elles me laissait un peu sur la carreau. En fait, j’étais parfois frustré de ne pas passer plus de temps dans des discussions, plus de temps en boîte de nuit. (J’aurais pris moins de scènes à chercher le sous-marin, par contre.) Je repense à l’aller-retour en l’avion et la discussion avec les maires : peut-être ma séquence préférée parce qu’on l’avion, l’île du ciel, la secrétaire qui s’endort, les deux maires géniaux, De Roller en égotrip chaleureux, les lunettes de Shanna.

    L’île est une île fantôme : le film alterne entre matérialisme et onirisme/espace mental, mais très vite délaisse la « réalité » pour le purgatoire : finalement, ces boîtes de nuit ou cette île ne peuvent pas être peuplés. Ces gens se côtoient dans une bulle et n’ont rien à se dire (nombreux dialogues révèlent leur platitude, et je crois que les meilleurs échanges sont souvent des scènes très courtes avec peu de mots).

    Je suis un grand partisan des personnages secondaires-observateurs : j’étais plus en éveil que d’habitude quand on voyait Lopez et l’autre compagnon de De Roller. Dans un film dont la narration n’a aucune intention de progresser vers quelque chose, j’aime d’autant plus les personnages-touristes. D’ailleurs, je pense qu’on peut ajouter des personnages-touristes dans des récits plus « classiques » pour être moins programmatique et lourdingue — et s’il y avait eu dans le James Gray des élèves présents dans le film qui ne servaient pas l’histoire ?

    Bref, j’arrête ici ces pensées décousues. En tout cas, je suis content d’avoir vu ce film au cinéma.

    J’ai aussi vu Enquête sur un scandale d’État sur Canal. Rien à ajouter. J’ai trouvé le film excellent. J’ai même trouvé Lindon parfait.

    • La question à un million c’est donc est-ce que Lordon s’est endormi ou est parti avant la fin?

      • Il l’a vu en entier. Peu de départs en général, ou alors très tard : quelqu’un est parti deux minutes avant la fin. Faut dire qu’on sait à peu près à quoi s’attendre si on part voir Pacifiction trois semaines après sa sortie.

        • Pas du tout senti le temps passer ? J’ai adoré Pacifiction mais j’ai quand même bien senti la dernière heure. Suis-je le seul parmi les admirateurs du film ? Je soupçonne Charles d’avoir commencé à sentir le temps passer dès le début de la bande-annonce.

          • Hahah j’ai senti le temps passer un peu après le discours sur la romancière mais pas du tout sur la fin étonnamment. Je reprécise que j’ai aimé le film, je suis simplement circonspect envers une certaine hype autour, notamment sur le mode « le film politique de l’année ».

          • J’ai trouvé que le dernier segment passait rapidement. J’aurais voulu que la soirée privée avec l’Amiral dure plus longtemps, par exemple. L’enlisement final me frustre un peu parce que les passages où il cherche le sous-marin me paraissent répétitives, j’aurais préféré d’autres manières pour De Roller de tourner en rond. Creuser la spirale.

          • Mais ressentir la durée ou pas ne veut pas forcément dire grand-chose, j’avais trouvé Burning interminable — mais il m’était resté dans un coin de la tête et, en le revoyant, j’avais trouvé le film parfait. There Will Be Blood m’avait aussi paru interminable, comme si j’étais coincé dans ce désert avec eux pendant des années, puis voilà : je l’ai vu une dizaine de fois. Dans Pacifiction, le fait de relancer mon intérêt à chaque scène (qu’est-ce qui va se passer ? est-ce que ça va marcher ?) a rendu le temps passé en salle plaisant et rapide.

          • Étrangement j’étais happée par Pacifiction à chaque minute et je n’ai pas ressenti les heures s’étirer. À la fin j’étais un peu déçue de voir le film s’arrêter j’aurais bien fait encore une heure comme ça. There will be blood je me souviens que j’avais été fascinée de bout en bout avec la sensation de regarder un grand film. Niveau longueurs ressenties Une vie cachée de Malick a été une expérience plus difficile. Je me sentais de plus en plus lourde et épuisée à mesure que les heures passaient.
            J’ai pu voir La mort de Louis XIV (big up à Juliette) et je me suis régalée aussi. Idem une heure de plus je serai restée collée à l’écran pareil. Il y a plein de choses à voir dans les plans de Serra. Et malgré les sujets graves une ‘énergie lumineuse’ prend le pas sur la pente sombre auquel ils sont voués. Je pense que c’est le plaisir que prend Serra à faire un film qui se diffuse partout et nous contamine. Je suis sortie de ces deux films en sautillant. Dans les toilettes du Balzac à la sortie de Pacifiction j’ai voulu partager mon enthousiasme avec les spectatrices qui attendaient aussi leur tour et je me suis confrontée à des grognements j’ai pas insisté. Ça m’a refroidie.

          • « Dans les toilettes…bla-bla » comique.

    • Tu as donc vu les deux meilleurs films de l’année. Tu peux te reposer
      Mais pour ce qui est de trouver dans un James Gray un truc INUTILE, tu peux attendre longtemps.

      • False. Le dernier de 2P est juste beau et non bon. Et d’autres films moins en vue, moins branché -comme vous l’êtes- ont vu le jour.

      • J’ai d’ailleurs appris que c’était le camarade De Peretti qui avait conseillé à Valéria Bruni-Tedeschi de faire les Amandiers et qu’il avait joué pour Chéreau. On ne saurait pourtant imaginer des cinémas plus éloignés l’un de l’autre.

        • Oui, elle le dit dans ce documentaire : https://www.arte.tv/fr/videos/111967-000-A/des-amandiers-aux-amandiers/

          Documentaire semi-hagiographique que l’on peut mettre en relation avec les articles de Libération pour comprendre le message en filigrane véhiculée par la réalisatrice : le désir d’être un démiurge-connard à la Chéreau. Ce n’est pas une recherche de la liberté artistique contre l’esprit puritain du temps, mais la volonté d’être dans la filiation des valeurs de fils de pute inculquées dans sa jeunesse. Ils se croient neutres et pas du tout idéologues.

          On trouve tout de même de nombreux passages dans ce documentaire qui captent les psychodrames à deux balles de ce genre de metteur en scène. Gesticulations à outrance. Hystérisation de la moindre émotion. Intimité cartoonesque. Murmures ridicules. Embrigadement dans un contexte de chantage émotionnel. Belle éclaircie quand une comédienne dit qu’elle n’a pas un caractère compatible avec Bruni. Son regard voulait en découdre. Ça me plaisait.

          • pareil

        • Il a pas mal partagé l’affiche, la bande-annonce des amendiers peu avant la sortie sur ses réseaux sociaux, avec bienveillance. Je ne crois pas qu’elle exagère en l’appelant ami dans le doc.

  10. De Bruyne a un plan génial : trop fatigué par ces deux derniers mois à disputer trois matchs par semaine, il s’est dit qu’une élimination prématurée à ce mondial le préparerait pour le prochain. Ah ? Non ? Le prochain est dans trois pays en même temps et les équipes passeront des heures dans des avions en plus de disputer la Ligue des Champions, la Super League, La Ligue des Champions des Champions ? Bon. Le prochain-prochain.

    Ou alors la Belgique est tellement nulle qu’elle va jusqu’au bout.

    • C’est François qui nous l’a guigné.

    • C’est quand même pas de pot de subir la malédiction du champion du monde sans être champion du monde

    • Equipe vieillie, épuisée, pourrie.
      Je ne vois rien de plus subtilement tactique à dire sur cette Belgique. Qu’elle reparte vite – elle devrait déjà ne plus être là.

  11. Vu Armageddon time. Morne et prévisible, dévitalisé et étouffé comme Two lovers. Un de ses pires films car là il y a vraiment 0 fulgurance, 0 scène un peu remarquable.

    • Si tu es allé voir le Gray hier soir, j’en conclue que tu ne va pas me rendre ton devoir Charles.

      • @schnoups : eh oui maîtresse, je ne suis pas arrivé à convaincre mes accompagnants d’aller voir Ran. Honte à moi.

        • On efface l’ardoise si tu regardes 4 fois d’affilée A Most violent year.

          • Revu hier avec grand plaisir. En revanche je vais attendre un peu avant de revoir Ran (à part la chasse d’ouverture, que je regarde régulièrement).

          • Seldoon, c’est avec toi que j’avais discuté de Craig Zahler à l’occasion de la sortie de Dragged accross concrete? Je viens de voir Section 99 et je suis tombé de haut, le film est vraiment horrible – il commence pas trop mal mais vire rapidement à la série B puis Z dans une débauche de violence très pénible à voir et très bête. Un pur fantasme droitier où le héros est une bûche que personne ne peut arrêter mais grande gueule qui zigouille tout le monde à coups de talon dans la gueule pour sauver sa femme et sa fille à naître.

          • Zahler c’est un cinéaste dont j’attends avec impatience un nouveau film,c’est vrai que ce film est un concentré de violence,droitier je ne sais pas,le héros est un prolo qui n’a que sa force,l’ayant vu il y a quelques années je ne m’en souviens pas précisément mais je me rappelle bien de cette voiture qu’il avait mis en pièce à la seule force de ses bras et aussi de bras arrachés et de têtes défoncées(comme chez Noe dans Irréversible).

          • Seldoon, tu dois avoir 5 pages sur Soderbergh là. Ça va me permettre de patienter pour le livre. Je sais pas si tu as lu les critiques de critikat sur ses films, je pense que tu devrais plus ou moins t’y retrouver.

            J’en profite pour reposer une question à François, est ce que tu as écrit sur Soderbergh François ? Si oui, as-tu ces textes ? Merci.

          • Je crois bien que c’était avec moi. Alors oui je comprends que Section 99 rebute : il est aussi droitier que les films d’autodéfense de Charles Bronson, et il glisse effectivement vers la série B (très vite) puis Z (dès l’arrivée dans la deuxième prison) à moitié assumée, ce qui n’est pas vraiment pour me plaire. Et il a de grosses maladresses techniques (la scène sur le ponton) et baisses de qualité (l’enlèvement de la femme, cliché de bout en bout) régulières.

            Il faut savoir que c’est le préféré de la courte filmographie de Zahler de certains de ses admirateurs. Ce sont souvent ceux qui aiment le « camp », la série Z. Mais ils le nomment aussi comme son plus radical, et ils marquent un point. Je défends surtout le film en tant que premier film. Je lui passe donc bien des défauts au vu du developpement du talent formel de son réalisateur. Un talent déjà présent ici, plus qu’en germe, plus souvent que par fulgurances prometteuses. On y voit clairement la naissance, sinon d’un cineaste, au moins d’un excellent formaliste avec sa gestion du rythme des scènes d’action (j’aurais plus envie de les appeler scènes de violence) si particulière… et une certaine liberté qui vient, il faut bien l’admettre, de la série Z.

            Bien d’accord avec Tony, je suis impatient de savoir ce qui arrive après – en esperant que Dragged Across Concrete ne marquait pas le début d’une normalisation mainstream de son cinéma. En attendant je conseille Bone Tomahawk, plus intéressant, plus étrange (plus violent aussi) et moins « Un Justicier dans la Prison » que Section 99. En plus il y a Richard Jenkins, qui, comme chacun sait, sauve n’importe quel film d’un simple regard de cocker. Même Intolerable Cruauté.

          • Schnoups tu remarques que j’écris plus facilement sur Zahler.

          • C’est pas Bien Tomahawk son premier film?
            Le bascule dans la série z avec Don Johnson a vraiment désespéré, tout ça pour ça. Et le personnage de Vince Vaughn est un sommet de ridicule, le film est d’une bêtise insauvable pour moi.

          • Bone Tomahawk*

          • Tu as raison, c’est bien Bone puis 99 puis Concrete, et ça me surprend.

          • Je ne vais pas essayer de te faire croire que le film est intelligent. Et je te suis sur Don Johnson, c’est à partir de son introduction et de son cigare que je commence à beaucoup prendre sur moi. Il y en a qu’il ne dérange pas, mais en général ceux là adorent Carpenter.

          • Mes étudiants s’endorment sur le radiateur, c’est l’hiver.
            C’est pas grave Seldoon, les papiers de critikat permettent de largement documenter la question.

    • La clé de l’erreur historique que font les critiques qui défendent le film est encore leur enfantilité. Cette coincidence en eux entre enfance et cinéma, qui leur fait avaler les trucs les plus puérils et bon-enfant qui soient. Là est la source de tous leurs aveuglements (ou bien il faudra alors se résigner à penser qu’ils sont juste nuls)

      • Oui tu as raison mais je pense que la politique des auteurs joue aussi beaucoup. Ainsi la critique des Cahiers de Yal Sadat (le plus américanophile de la rédaction) qui transforme tous les défauts évidents du film en fausses pistes ou en vraies forces. Extraits et commentaires.
        « Ouverture plus maigre » par laquelle Gray scrute le passé (en comparaison de PTA, Linklater, Tarantino), « objet a priori conventionnel » mais qui est, en réalité, « une sorte de [on n’est quand même pas très sûr] belle froideur classique », évidemment. Et donc « on aurait tort de voir dans la retenue d’Armageddon time un simple manque d’ampleur ». « Certes […] Gray tisse un song d’automne en apparence décharné, délesté des chatoiements et de la sensation de démesure qui font la beauté de l’adolescence chez Anderson ou Linklateur » et « son chemin narratif, de même, parait d’abord plus banalement fléché par les codes du récit d’apprentissage ». Mais en fait non, on avait mal vu car, salto arrière, « cette sagesse [!] vise peut-être à mieux distiller la charge politique d’une oeuvre taraudée par l’envers honteux de l’histoire nationale [où?], arrimée à l’identité juive de son auteur ». En réalité, Gray subvertit le genre : « montrer précisément que cette manière très américaine de raconter les histoires échoue à saisir le destin des minorités de sa patrie ». Gray viserait à tenter, une fois de plus, comme tous ses glorieux ainés au passage, à tenter de déniaiser le spectateur face « aux promesses d’équité en Amérique ». « Il s’agit, en somme, de réapprendre un dégoût ».
        Dans ce récit, « tout est affaire de glissements [traduction : d’évitements], de déplacements invisibles [de scènes manquantes] et effroyablement signifiants [lourdeurs] ». « Là où Gray se différencie de ses mentors, c’est dans le marquage du point de rupture où l’indignation se résorbe » « en confrontant son alter ego aux aînés, il capture l’instant précis où achoppe l’apprentissage de la justice, condamnant la conscience de classe à s’éteindre avec l’adolescene ». Et donc cela dit quoi de neuf? On ne sait pas. Le film tirerait donc sa force d’être à hauteur d’enfant.
        « Là se dessine la fascinante singularité de ces mémoires : alors que Tarantino et d’autres se remémorent une transition politique, Gray se remémore un oubli, attrape au vol la dépolitisation d’une âme ». Gray peint ici « un autoportrait de l’artiste en orphelin éternel, en héritier lâché sans boussole dans les jungles politiques de l’âge adulte ». Mouais. La vocation d’artiste n’est pourtant que très superficiellement traitée et les jungles politiques, à savoir mépriser les discriminations tout en y participant quand il faut sauver sa peau, je reconnais qu’elles y figurent bien mais Gray n’en fait pas grand-chose, ne leur donne aucun débouché et ne leur donne aucune force, c’est plutôt platement illustré. « Gray restitue la puissance d’occultation hélas nécessaire pour grandir dans une nation érigée sur des fondements inégalitaires ». Le film s’arrête un peu avant ça puisqu’il montre une forme de sécession de la part de l’enfant, un refus de prendre part, au moins mentalement, à la célébration du mérite comme arme de la struggle for life.

        Gray dit des trucs dans ce film, c’est indéniable : l’Amérique est profondément raciste (sans déconner), les minorités y participent les unes contre les autres pour ne pas avoir à en faire les frais. Il cible en plus sa propre communauté, ce qui lui donne un certain crédit. Cela n’a rien de très profond ou révolutionnaire, ce qui n’est pas en soi rédhibitoire mais le problème c’est que ce soit si empesé, lourdement amené, étouffé. Que les performances des comédiens sentent le professionnalisme poussif, que tout soit si lisible, que rien ne nous surprenne.
        Ira Sachs avait fait un film approchant, Brooklyn village, contant l’histoire d’amitié entre deux enfants venant de milieux différents, avec également la naissance d’une sensibilité artistique. C’était autrement plus complexe et déchirant que ce film fait, encore une fois avec Gray, pour complaire à la critique intello et à l’époque.

        • « La vocation d’artiste n’est pourtant que très superficiellement traitée et les jungles politiques, à savoir mépriser les discriminations tout en y participant quand il faut sauver sa peau, je reconnais qu’elles y figurent bien mais Gray n’en fait pas grand-chose, ne leur donne aucun débouché et ne leur donne aucune force, c’est plutôt platement illustré. »

          Bien résumé.

          La valeur des sujets traités prennent souvent le relai sur la valeur de leur traitement, et la lourdeur du Gray permet de ne rater aucune de ses intentions. Ça facilite le boulot.

        • Le film pouvait être fort si l’enfant ressentait la délectation d’etre un dominant, évoluant dans des lieux de dominant. Mais l’enfant n’est pas comme ça. Il dit non. Il est Vincent Lindon à la fin de la Loi du marché. Il est un rebelle. IL sera un artiste.
          « La vocation d’artiste n’est pourtant que très superficiellement traitée » Elle est traitée, si. Avec une bêtise sans concurrence.

          • Merde je me suis planté dans l’emplacement de ma réponse qui est donc plus bas.

  12. Je suis passée à côté de cet entretien du 15 novembre.
    Nous sommes de plus en plus à nous sentir étouffé.e.s par la masse d’interactions sociales non désirées et particulièrement dehors. Ado déjà je trouvais que cette promiscuité était malsaine. Que le stress qu’elle génère est normal alors que les médecins soutiennent que non. En ville ça participe à la volonté de femmes de ne pas avoir d’enfant car c’est dans les villes qu’on se rend compte et qu’on se dit à voix haute maintenant sans passer pour des asociales qu’on est trop nombreux.ses. Le télétravail fonctionne bien parce qu’enfin on peut s’extraire du flux. Mais je ne vois pas d’études apparaître sur ce sujet qui soutiendraient le droit à la solitude comme est soutenu depuis peu le droit à la déconnexion.

    https://positions-revue.fr/ce-qui-minquiete-cest-la-disparition-du-desir-de-se-revolter/?fbclid=IwAR18Si-ILGPOGMcr2Hiw0V7GwN-YIKN3Y2t1EsIWxoutz7SxJiu-I5diLgY

    • Entretien intéressant mais qui vire rapidement au dialogue de sourds avec des questions de stratégie politique-politicienne qui sont étrangères à la réflexion de François. Heureusement qu’il les déconstruit et explique en quoi elles ne l’intéressent pas.

      • Le film frôle ça un moment quand dans l’école privée on reconnaît le talent de dessinateur, de l’enfant quand Gray montre le luxe émollient de l’établissement mais il s’arrête bien vite et effectivement on a le droit aux éppuvantails classiques qui permettent à notre héros de dire non. Ce qui est logique parce que Gray a toujours fait des films où l’on doit s’identifier au personnage principal et qui ne saurait donc être trop ambigu. Moi ce qui m’agace avec Gray c’est son côté bon élève qui donne à la critique exactement ce qu’elle attend : pas de nostalgie parce que c’est idiot, un peu d’autocritique, une conscience des problèmes de l’époque décrite. A chaque fois dans un dosage parfait pour susciter une adhésion sans encombres. Rien ne va trop loin, ne gratte, ne reste mystèrieux ou indécidable. We own the night malgré son scénario bancal était un peu plus retors. Mais ici comme depuis 4 film c’est du cinéma de bon élève. Appliqué et lourd comme le dit très bien K.

  13. Je suis. J’en ai même lu deux.

  14. On m’a aussi parlé du Sang noir comme d’un grand grand livre. J’ai fait confiance à mes interlocuteurs et me suis dit qu’un jour j’irai et que ça sera bien.

    François, je veux bien aussi que tu développes sur Catarina, ce que tu en as pensé. Je ne l’ai pas vue mais la façon choquée dont des spectateurs m’en ont parlé m’a intrigué. Au-delà, ce concept de « faire une situation » au théâtre, ce que tu entends par là, m’intéresse aussi.

    • Je me joins à la demande et j’ajoute :

      • Si tu vas au théâtre régulièrement, peux-tu nommer des pièces qui t’ont intéressé assez récemment ( désolé, on dirait une question d’entretien d’embauche).
        Salut Juliette,
        Cette question s’adresse aussi à toi.
        Ainsi qu’à tous les sitistes qui ne s’en foutent pas .

        • je vous propose Vers le spectre de Maurin Olles, c’est que ça des situations

          • Merci, Zyrma.

          • Zyrma t’as bien aimé Vers le spectre ? Moi j’ai trouvé ça trop long et trop chargé, et finalement trop commun. J’adore Maurin mais pas là. J’ai l’impression qu’il a voulu faire une pièce « grand public », « grand sujet » et ça semble peut-être trop loin de lui. Si jamais ça repasse quelque part on peut voir Letzlove, portrait(s) Foucault, avec le même Maurin Ollès qui m’avait fait grand effet.
            Je recommande « Amis il faut faire une pause », c’est belge, c’est super et j’ai aucune idée d’où ça passe (programmez-le !).
            Sinon Koulounisation c’est pas mal même si j’ai quand même beaucoup de réserves. Il faut essayer de lâcher prise et de prendre la pièce pour ce qu’elle est : une évocation de la guerre d’Algérie, une reconstitution poétique, plus qu’une enquête à proprement parler.
            Enfin allez voir les pièces de François Hien (au TNP pour ceux qui sont dans le coin).
            Et toi Julien qu’as-tu vu ?

          • Salut O,
            Cette année j’ai vu « Contes et Légendes » de Pommerat.
            Parfaitement beau mais un peu vain dans son obstination à ne pas vouloir rencontrer le réel; mérite le label « situations ». Actrices remarquables.
            Banquet Capital de Creuzevault; des situations encore des situations; dont la justesse est malheureusement menacée par des blocs théoriques indigestes (des pages du Kapital sont récitées). Les acteurs et la mise en scène m’ont procuré une grande jouissance: nous assistons en 1848 à une réunion de révolutionnaires (Blanqui et Barbès sont présents) chez Raspail; ils débattent de la stratégie à adopter au retour d’une manifestation pour susciter le basculement définitif.
            Je vous conseille d’éviter « La réponse des hommes  » de Tifaine Raffier : chaos indescriptible de moyens colossaux et de motifs d’indignation qui vous agressent pendent près de trois heures : des situations de merde s’annulent. Et oui, ça ne fait pas tout.

          • Vu Banquet Capital dans sa première version très longue, trop longue. Mais c’était fort.

          • et merci pour les liens
            je crois que j’ai déjà vu tout ça, mais ça se revoit

          • J’ai vu Fin de Louis de Pommerat l’année dernière, ça m’avait bien mobilisé. J’ai pas Contes et légendes par ici mais Le Petit Chaperon Rouge, quelqu’un l’a déjà vu ?
            Pour Creuzevault j’ai failli aller aux Frères Karamazov et puis finalement non. Mais il m’intrigue alors j’irai au prochain.
            Enfin pour Raffier je crois qu’on en avait déjà tous les deux dit du mal ici. Je n’insiste pas plus tellement c’est mauvais 🙂
            Et dans le théâtre émergent alors, que vois-tu ?

    • N’était pas Catarina – plus de places- mais une pièce courte avant.
      Une situation au théatre, c’est ce dont est tissé le théatre classique. Bérénice arrive enfin au devant de Titus, que vont-ils se dire, que va-t-il lui dire, dans quel état repartira-t-elle? C’est tout Tchekhov : des personnages dans un lieu défini, à un moment donné (une villa, la nuit) et qui se disent des choses. Ils ne tiennent pas compte de nous qui les regardons. Comme s’il y avait entre eux et nous un mur (dit quatrième mur)
      Les personnages de Beckett feraient la transition. Ils sont dans une situation, mais une situation qui s’apparente presque à celle du comédien même : etre sur un plateau (qu’est ce qu’on fait là? on attend). Et de pièce en pièce cette situation s’abstrait, et il n’y a plus qu’une voix qui parle. Qui parle à personne, donc au public.
      Lagarce est un auteur très contemorain pour ça : on dirait des situations, et en fait non, c’est une succession de monologues – tous écrits dans le même style, faisant tous entendre la même voix. (je donne sans doute l’impression de ne pas aimer Lagarce et c’est une impression exacte)

      • Merci François.
        Julien, la dernière pièce que j’ai vu – En transit, aux ateliers Berthier – ne m’a pas trop plu, malgré une belle scénographie, parce que j’ai trouvé que le récit pâtinait assez vite et du coup l’ennui pointait.
        Beau beau souvenir de La seconde surprise de l’amour mis en scène par Francon mais ça ne se joue plus sinon.
        Dans un autre genre l’ami Fred Blin reprend jusqu’en janvier les vendredi, samedi, dimanche son spectacle au théâtre du Petit saint Martin et ça je recommande très chaudement. Il tourne aussi en province j’ai vu .

        • Merci Juliette,
          Je note Blin.
          François,
          Il se trouve qu’en allant pas mal au théâtre ses derniers temps, majoritairement dans le champ dit de la « jeune création » (compagnies émergeantes), il m’arrive encore de trouver du théâtre de situations, mais dont la cohérence est toujours menacée de dissolution par l’insufflation artificielle d’éléments extérieurs à elles. (théorie déclamée, danse, chant, cirque, vidéo, trituration de la trame narrative ).
          Comme si les situations ne se suffisaient plus à elles-mêmes et que le jeu narratif de leur structuration était devenu ringard.
          Or ce ne sont que ces situations et ces textes qui ne tiennent pas et non la forme-situation en tant que telle.
          Mais quelque chose me dit que la situation va revenir très fort en 2023: je participe à projet « d’écriture au plateau » dans lequel on devrait trouver une narration et des personnages situables.

          • C’est quoi l’écriture au plateau Julien ? Quelque chose comme le formidable Trans de Didier Ruiz ou rien à voir ?

          • Je ne connais pas Trans de Didier Ruiz.
            Pour ce que j’en connais : amener à un groupe d’acteurs des idées de scène, des bouts de texte; ils s’en saisissent, improvisent. On réécrit et écrit à partir de ce qui a fonctionné, on procède dialectiquement en alternant les périodes d’écriture et les périodes où les acteurs et le metteur en scène incarnent des propositions de plus en plus précises. A la fin (un à deus ans après), la forme coconstruite est fixe.
            Pommerat bosse comme ça, Creuzevault aussi. Le texte ne préexiste pas au projet, on ne monte pas un texte.

          • Oui c’est bien ça.
            Même si dans la plupart des cas je doute qu’aucun texte ne préexiste. Dès l’ors l’écriture au plateau désigne un processus normal de rectification du texte au fil des répétitions. Et le concept est un peu une mode.

            Sur les situations :
            Une chose qu’on dit peu (le théatre contemporain ne brille pas sur sa lucidité sur lui même), et qui est pourtant centrale, c’est le flou de la position du metteur en scène. Flou qui peut lui faire ressentir un certain désarroi : au fond, où est ma patte à moi? En quoi cette pièce est elle « de moi »? Or la situation c’est un peu le retrait du metteur en scène : elle a sa logique propre, voulue par l’auteur, et qui oriente clairement à la fois le jeu et la scénographie. C’est pourquoi le metteur en scène sent qu’il pourra davantage mettre sa patte avec des non-situations, qui n’indiquent pas intrinsèquement leur mise en scène. Le must étant le texte pas théatral à la base, comme on le voit partout, au grand dam des auteurs de théatre vivants.
            Evidemment la question ne se pose plus si le metteur en scène est aussi l’auteur. Ce que, pour toutes ces raisons, j’aurais tendance à préconiser.

            Par coincidence, vu ça hier. Sans voir vu le film, mais peu importe. On y voit un metteur en scène et une metteure en scène du genre que je déteste.
            https://www.arte.tv/fr/videos/111967-000-A/des-amandiers-aux-amandiers/

          • Je suis très émue d’assister à ce tournant de l’Histoire de l’Art. Merci Julien. On compte sur toi pour nous ramener des situations.
            Toi tu fais quoi concrètement ? Tu écris pour un groupe de comédiens ? T’es parmi un groupe où chaque comédien écrit-joue ?

            Et merci François pour le point théâtre. (Je connais Lagarce juste par Xavier Dolan. C’est difficile de sympathiser après s’être rencontrés comme ça.)

          • Puisqu’on parle de Dolan, la bonne nouvelle du jour c’est qu’il arrête le cinéma.

          • Charles, la bonne nouvelle n’aura été que de courte durée : Dolan n’arrête pas définitivement le cinéma. Il fait juste une petite pause. C’est dur mais je devais te le dire.

          • @François « On y voit un metteur en scène et une metteure en scène du genre que je déteste. »
            Pourquoi? Trop intenses?

          • Intenses est un mot trop positif pour leur être accolé.
            En dernière instance je dirais grotesques.
            Et pathétiques les acteurs qui laissent faire ça, qui se soumettent à ça. Qui est l’enfer pour un acteur, mais évidemment aucun ne le dit, ils sont sous emprise – et sous contrat.

          • Billy,
            C’est plus vraisemblablement un tournant dans l’Histoire de la dramaturgie.
            J’écris pour les acteurs avec la metteure en scène.
            Elle n’est pas du genre de ceux que l’on voit dans le documentaire proposé par François. Les voyant faire, m’est revenu le terme théâtralisme qui décrit en psychiatrie une tendance aux états émotionnels trop intenses. Elle laisse l’acteur travailler froidement, sans le noyer sous les directives, sans chercher à susciter à tout prix l’état réel à dérober.

          • Valeria veut etre Chéraeau, et Chéreau, monsieur Chéreau, le maitre, le père, était comme ça
            Les 15 secondes où on le voit dire « c’est de la merde » disent tout du mode tyrannique de certains metteurs en scène, et surtout de la docilité qui règne dans ce milieu verticaliste. Voyez leur tétanie autour.
            Mais c’est qu’un maitre n’est maitre que s’il pousse ce genre de gueulantes, ponctuées d’assertions opaques. Pourquoi c’est de la merde, nul ne le sait. Mais puisque le maitre le dit.

          • « Mais c’est qu’un maitre n’est maitre que s’il pousse ce genre de gueulantes »

            Exactement. Il s’agit peut-être même de jouer au maître plus que, ou à défaut, d’être maître. A un moment dans le documentaire Valeria Bruni-Tedeschi s’enerve et dit quelque chose comme « C’est moi qui décide ou pas ? C’est mon film » sur un ton qui se veut autoritaire et qui sent l’angoisse bien plus que la question rhétorique.

          • Mais un maitre c’est toujours ça : un mec qui joue au maitre, à défaut de l’être – et disons plutot : à défaut de puissance.
            Un mec qui joue au maitre et que d’autres croient. Ca marche à deux. La Boétie, etc.

          • J’ai regardé le lien sur Arte, mon Dieu, ça m’a rappelé des souvenirs.
            D’abord le documentaire édifiant vu il y a plus de vingt ans « Il était une fois 19 acteurs », ensuite ma détestation définitive de Chereau quand en 2003 il avait soutenu avec Mnouchkine, les Deschamps et le sympathique Bartabas la réforme Aillagon qui raya de la carte les intermittents du spectacle les plus précaires et enfin, à titre personnel, ma propre expérience avec un metteur en scène chéraldien (pervers, manipulateur, grotesque et véritable aimant à merdes relationnelles) avec qui j’ai travaillé plusieurs années vers 2010 et dont les conséquences furent une dépression, un dégoût définitif du métier de comédien et trois renouvellements faciles de mon statut d’intermittent.
            Je constate avec ce docu que Valeria a donc pris le relais de feu son maître pernicieux et aberrant, et je préfère encore qu’on m’inflige l’écoute de l’intégrale des albums de sa sœur que d’avoir à regarder son film, et d’ailleurs Il est plus facile pour un Chameau m’avait déjà détourné de son œuvre de cinéaste.
            Pour finir, https://twitter.com/toutestneutral/status/1571434213596958720

          • Jaoui remonte immédiatement dans mon estime, merci.

          • Et Chollet a écrit un papier plutôt honnête sur le sujet : http://www.la-meridienne.info/Les-Amandiers-ou-les-yeux-grands-fermes

          • @François Je comprends, mais des metteurs en scène que tu apprécies ne valent pas tellement mieux « humainement », dans leur façon de (mal)traiter les acteurs (et les techniciens) : Kéchiche, Pialat, entre autres. J’ai vu ce documentaire, mais je ne l’ai pas perçu de cette façon, parce que j’ai vu le film de Bruni Tedeschi avant. Le film parle de ça, entre autres, ce n’est pas du tout un hommage complaisant à Chéreau. Je n’ai pas été choquée par sa direction d’acteurs dans le documentaire car d’une part elle vient de cette école-là (et c’est une bonne comédienne, on ne peut pas lui enlever ça), d’autre part elle parle de cette époque et fait jouer une troupe de jeunes comédiens, par définition inexpérimentés. Elle reproduit donc en partie ce qu’étaient Les Amandiers : un troupe et une école. Sur un tournage,ou pendant des répétitions de théâtre, la vie se mélange à l’histoire, encore plus quand ce sont des jeunes gens. Et avec ce sujet, Valéria n’a pas tellement d’autre choix pour obtenir ce qu’elle veut (car oui, Charles, c’est bien « son » film, c’est la définition du cinéma d’auteur ; j’ai entendu une directrice de journal dire la même chose à propos d’un choix de une, « c’est mon journal », ça me paraît bien plus gênant) que de « tenir » ses comédiens, d’avoir une certaine autorité (dans son cas je trouve plutôt douce, et elle n’a pas peur du ridicule, elle ne se la pète pas). Je pense plutôt en la voyant sur le plateau que c’est une bonne professeur (moins hystérique et lunatique que l’était Chéreau, a priori). En fait, il y a chez certains comédiens un plaisir à être malmené pour atteindre quelque chose (elle parle de la honte dans le doc, je trouve ça très intéressant de faire appel à ce sentiment-là, ce qui n’est pas quelque chose d’agréable). Bref. Je n’ai pas envie de recommander le film si c’est pour que tu y ailles en sachant que tu vas le détester, mais je trouve pour ma part que c’est un très beau film, et qui a des points communs avec au moins deux films que tu aimes (si je ne me trompe pas), à savoir La Vie d’Adèle (les premières fois,la passion et un peu le côté social) et 120 Battements (la vie du groupe, la solidarité, l’engagement, la jeunesse et la mort). Et on rit pas mal (pas que moi, je précise), notamment aux dépens de Chéreau et de Pierre Romans et de leurs petites tyrannies.

          • Soyons méthodiques
            1 tu tiens pour admis que VBT est une bonne actrice, or cela se discute. Pour ce qui me concerne je déteste sa surprésence, sa surexpressivité, et son chantage permanent à la blessure. Je ne la trouve vraiment viable que dans des scènes de comédie, où cette surexpressivité est adéquate (elle est parfaite dans La Fracture, par exemple)
            2 l’axe Chereau-VTB, c’est une certaine conception du jeu, adossée çà une certaine conception de la vie que je résumerais par le dolorocentrisme conception très située historiquemet et socialement, et adossée elle-même à l’épisteme psychanalytique. C’est dans ces termes qu’il faut, dans la guerre du gout, en discuter. L’enjeu étant la place de la psyché personnelle, et de sa part écorchée surtout, dans le jeu. Pour moi cette place doit être nulle – et James Stewart aurait été d’accord avec moi.
            Le théatre comme lieu de thérapie, ou d’expression de soi, c’est bien ce dont il est question. Et ce que je réprouve. Un acteur exprime un texte, une situation, une présence sur le plateau. Point.
            J’ai eu parfois affaire à des acteurs de cette école. Je n’ai rien pu en tirer. Et ils m’ont chié bien des scènes.
            3 Ce que je déteste avant tout dans ce que je vois dans le docu, c’est strictement cette façon de jouer en même temps que les comédiens, voire avant eux (je te montre, fais comme moi). Je laisse Kechiche, que je n’ai pas vu diriger, mais je sais que Pialat n’est pas du tout comme ça. Chiant et parfois tyran (quoique pas du tout sur le mode Chéreau), mais absolument pas directif comme ça pendant la prise. Tu tiens aussi pour acquis qu’avec de jeunes comédiens il faut être directif voire autoritaire, cela se discute largement. Un jeune, ou un amateur, on peut aussi viser, au contraire, à ce qu’il se sente autonome pendant la prise -crois tu que Serra ait dirigé à la VTB les non-acteurs thaitiens de Pacifiction?
            4 je sais d’expérience que les acteurs détestent qu’on les dirige ainsi. Là ils subissent, parce qu’ils sont en position de faiblesse; ce que décrit assez bien le texte de Chollet (notamment en évoquant l’exception Garrel)
            5 je comptais bien voir les Amandiers – en général je trouve toujours à manger dans les films de VTB. J’essaierait de le voir, même si le regard risque de ne pas être très vierge.

          • @Charles J’ai survolé le papier de Chollet, trop long pour que je le lise plus consciencieusement maintenant, c’est marrant parce que je pense exactement le contraire : je suis d’accord sur le fait que ce qui se joue avec la polémique sur l’acteur a beaucoup à voir avec le sujet du film, c’est même troublant. Si Valéria avait renoncé à prendre cet acteur à cause de ces rumeurs, elle aurait trahi son film d’une certaine façon. Mais je ferais le constat inverse, c’est-à-dire que je pense que c’est notre époque qui est malade (en comparaison de ce qui est montré dans Les Amandiers) : il y a bien des abus de pouvoir dans ce qui est montré, mais c’est bien perçu comme tel, on réagit, on met une baffe, éventuellement on en rigole, il y a de la vie et les choses ne sont pas en permanence dramatisées. Et personne n’est traumatisé à vie pour un baiser volé ou un mot de travers. Aujourd’hui on est entré dans une époque de règlement de comptes avec le passé, et tout est vu sous un angle moral. Je m’étonnerais que François souscrive à ce texte de Chollet (qui est très bête), qui même lu rapidement ressortit exactement de ça : la morale, la bienséance sont aujourd’hui le principal critère pour juger d’une œuvre, alors que cela n’a aucun sens (ni artistique, ni même juridique). On est dans un monde profondément amoral (il n’y a pas besoin d’exemples, je pense), mais tout est jugé sous cet angle, comme si on était tous des modèles de vertu. (ce qui, quand ça vient de Libé, est quand même assez drôle…)

          • C’est moi qui ai souligné le « c’est mon film ». Charles, merci de me laisser la paternité de mes interventions.

            Oui c’est son film, et je ne pense pas qu’il faille faire des referendums sur les plateaux pour savoir si un acteur doit frapper une voiture avec son pied ou sa tête. Je soulignais surtout que si une metteuse en scène a besoin de dire « c’est mon film » comme une plainte, à des acteurs qu’elle paie, qui ont la moitié de son âge et le centième de son poids dans l’industrie, tout en tournant le dos et s’éloignant physiquement de la discussion, c’est qu’il y a un problème. Dans sa tête au moins, à ce moment là, la réponse à la question n’est pas si claire.

            Je juge sur un mini extrait, je n’ai pas le contexte, je ne suis même pas sûr de savoir à qui elle parle. Mais ça colle avec ce qui se dégage de ce documentaire. Je monaie aussi mes analyses de tweets, tarifs dispo sur mon site.

          • J’ai mieux lu le texte de Mona Chollet et je confirme : c’est très bête. Elle confond le film et la réalité.
            « En plus de se montrer violent et jaloux, Étienne est lourdingue et antipathique ; on a vraiment du mal à voir ce qui séduit Stella chez lui. Le cliché est si énorme qu’il en naît presque un effet de comique involontaire et pathétique. »
            Pure subjectivité de Mona Chollet : elle pourrait dire aussi qu’elle trouve l’acteur moche, et que son type à elle c’est plutôt Brad Pitt.
            « L’attirance de la jeune femme semble se résumer entièrement à un syndrome du Saint-Bernard : Étienne l’attendrit parce qu’il a eu une enfance difficile et parce qu’il « souffre » – souffrance qu’il étale complaisamment à chaque réplique, ou presque. La référence à Marlon Brando, c’est-à-dire à un acteur notoirement maltraitant, tant dans ses rôles que dans sa vie, est éloquente sur les origines de ce modèle de séduction virile, que le film n’interroge pas. »
            On a envie de dire : et alors ? personne n’oblige Mona à tomber amoureuse de « mauvais garçons »…
            « Ce qui me touche dans un personnage violent, c’est sa douleur, c’est d’où vient la violence ; c’est cette tragédie enfantine, c’est son impuissance à s’exprimer autrement que par la violence, dit la réalisatrice dans le making-of du film, Des Amandiers aux « Amandiers ». Je vois l’enfant, en fait. Moi, par rapport à un personnage violent avec une femme, je voudrais ne pas être politiquement correcte. »
            Ce n’est pas moins intéressant que ce que dit Mona, il me semble, qui a beau jeu de se foutre de la gueule de Valéria…
            « On ne peut s’empêcher de penser que Valeria Bruni-Tedeschi n’a pas tiré toutes les conclusions de l’expérience qu’elle a vécue aux Amandiers, ni analysé les rapports de pouvoir qui s’y jouaient, que ce soit entre élèves ou entre élèves et professeurs. Tout le monde ne peut pas avoir la lucidité précoce d’une Agnès Jaoui. »
            Tout le monde ne peut pas être une vieille femme aigrie comme Agnès Jaoui.
            (Cette dernière phrase est méchante, mais ce texte de Chollet est, lui, perfide.)

          • @Petit gars : je n’ai pas encore vu les Amandiers, je me garderais donc bien d’un commentaire dessus pour le moment. Le papier de Chollet me paraissait intéressant car pour l’instant assez isolé sur le film et le traitement de Chéreau et le lien avec l’affaire judiciaire en cours. Car le film est loué par l’écrasante majorité de la critique y compris par celle très pointilleuse sur la morale habituellement (Barnett, par exemple).
            Concernant les pratiques autoritaires, il n’est pas nécessaire que les acteurs soient traumatisés (à vie ou non) pour les considérer comme détestables. Quand on entend Jaoui, on n’a pas vraiment l’impression qu’il s’agissait de pratiques inoffensives ou simplement rigolotes par leur caractère un peu excessif.

          • @Seldoon, pardon, je me suis trompée d’interlocuteur, alors.
            Sur les rapports de pouvoir sur un tournage, ce n’est pas exactement comme tu dis : la réalisatrice comme les acteurs sont payés par la production. La réalisatrice est mieux payée (ici mais ce n’est sans doute pas toujours le cas), mais elle a une pression que les acteurs n’ont pas : si le film est loupé, c’est elle qui aura des difficultés à en tourner un autre, et elle qui en portera toute la responsabilité. C’est très lourd, tout le monde n’est pas capable de ça. Je me demande si elle ne s’adresse pas à Louis Garrel, à ce moment-là. J’ai déjà assisté à des tournages, je trouve qu’elle se mouille, on voit qu’elle est aussi comédienne (certains réalisateurs ne dirigent pas vraiment les acteurs, elle si), elle n’est pas tétanisée par la situation, elle assume sa position (dominante, c’est à elle de diriger le tournage). Elle ne se comporte sans doute pas de la même façon face à des acteurs de son âge.
            Ce que dit le personnage de Chéreau à sa troupe au moment des auditions, c’est qu’il ne pourra pas se montrer « démocratique ». Il y aura des injustices, il y aura des abus de pouvoir, il y aura même des brimades en l’occurrence. Dans ces milieux-là, beaucoup de choses peuvent être améliorées, sur la forme surtout, mais sur le fond je ne vois pas bien comment on pourrait être tout à fait « démocratique » : la société est violente, mais aussi les rapports humains, la vie. C’est violent de choisir quelqu’un sur son physique, sur sa voix, c’est injuste d’être touché par quelqu’un et pas par quelqu’un d’autre… Mona Chollet n’est pas touchée par le personnage d’Etienne et trouve Valéria Bruni immature de ne pas condamner ce personnage qui a en effet un côté violent, « toxique » comme elle dit, or il est inspiré d’un jeune homme qu’elle a aimé mort à 25 ans d’une overdose. Elle ne cache pas ses défauts, mais elle est censée le juger et le condamner pour faire plaisir aux féministes. C’est cette injonction (pour utiliser un mot à la mode) que je trouve, moi, violente.

          • @Charles, je suis d’accord avec toi, il me semble que Jaoui dénonce aussi les réactions du groupe face à un leader autoritaire et charismatique. Elle l’a d’autant plus mal vécue qu’elle s’est sentie rejetée par Chéreau lui-même (c’est montré dans le film). En revanche, ce que je trouve sain, ce sont les réactions individuelles face à ces abus. Les choses sont très dédramatisées, on en fait pas tout un flan. Aujourd’hui on met sur le même plan (tout est grave) un « regard gluant » (dixit l’accusatrice de Coquerel) et un viol, tout le monde est victime, on dirait que les femmes n’ont aucun répondant, elles sont détruites à la moindre parole déplacée… Je ne trouve pas que ça donne une très bonne image des femmes… Ce dont ne parle pas Chollet (elle aurait pu), c’est qu’il y a aussi le personnage d’Éva ionesco dans le film, qui a subi ce qu’on sait, or c’est un personnage très provoc (mais c’est elle qui alerte Stella/Valéria sur la violence de son mec).
            Pardon, je vois que je dérive vers tout autre chose…
            (Petit détail qui aurait pu avoir son importance : un des personnages est inspiré de Franck Demules, élève des Amandiers, qui fut notoirement violé quand il était enfant par un journaliste de Libé pédophile… Ça ne gênait personne à Libé. Eva Ionesco, Franck Demules, le type qui meurt d’une overdose, la femme du même Demules qui accouche et découvre qu’elle a le sida, les années 1980 étaient violentes, mais pas vraiment à cause des petites tyrannies de Patrice Chéreau, subies plus ou moins volontairement, le film montre ça.)

          • Je connais bien les pressions que subit un réalisateur sur un plateau, et le stress n’est pas toujours de bon conseil. On n’est pas toujours à son meilleur.

            Il est faux de penser qu’un acteur ne prend pas de risque sur un film. Ce sont des agents particulièrements dépendants : des désirs des réalisateurs, du marché… mais surtout, et on ne le dit jamais, de la direction d’acteur, de la qualité des dialogues, des cadres, des choix de montage. Ces choses, sur lesquels les acteurs n’ont presque aucune prise tant qu’ils ne sont pas des stars, font et défont leur carrière.

            Je ne juge pas la direction d’acteurs de Bruno-Tedeschi. S’il y a bien un domaine en cinéma où on ne doit pas être trop catégorique, c’est la direction d’acteur. Ce n’est pas une science dure. Ce sont des personnes, avec des corps humains. Il faut voir qui est dirigé, pour quel rôle, dans quelle scène, dans quel film. Une grosse partie du boulot du directeur d’acteur est de s’adapter à tout ça en permanence. Je n’ai pas vu le film, je ne connais pas le travail la majorité de ses acteurs, je n’en connais aucun personnellement, je ne vois pas comment je pourrais juger de quoi que ce soit.

            Je maintiens que ce court extrait est un mauvais signe concernant le rapport de Bruni-Tedeschi à sa propre autorité sur le plateau.

          • « S’il y a bien un domaine en cinéma où on ne doit pas être trop catégorique, c’est la direction d’acteur. »
            Au contraire s’il y a bien un domaine dans lequel pas mal de grands cinéastes ont imposé une façon de faire qui s’est révélée centrale, c’est bien la direction d’acteurs
            Il est vrai que j’ai souvent constaté que des cinéastes n’avaient pas d’idée sur la direction, mais c’est pas du tout bon signe.

          • #Seldoon, bien sûr, oui, les comédiens jouent gros eux aussi. En fait je trouve un peu dommage de commenter ce documentaire comme s’il donnait à voir le film lui-même, et je pense qu’on le voit différemment une fois qu’on a vu le film (et, en effet, selon qu’on a aimé le film ou pas). Là, j’ai l’impression qu’on juge le travail de Valéria sur des images du tournage, sans même tenir compte du fait que le film est en partie constitué de scènes de répétitions de théâtre. Il y a des moments où elle est ridicule, mais justement, je trouve ça pas mal de ne pas craindre le ridicule, car précisément ce sentiment de ridicule, c’est quelque chose que l’on ressent quand on joue. Quelque part c’est décomplexant, et elle parle aussi de cette forme d’humiliation. Mona Chollet a l’air de plaindre les acteurs de se prêter à des simagrées, mais probablement qu’elle se prend trop au sérieux pour être en mesure de jouer (d’ailleurs, il y a aussi quelque chose de cet ordre-là chez Jaoui, qui n’est vraiment pas une actrice très « ample », on sent qu’elle est dans le contrôle, toujours, et les personnages qu’elle s’est écrits sont comme ça). Il y a quelque chose de l’ordre de la détestation (dans ce qu’a dit François, du moins, qui a utilisé ce verbe) qui est un peu trop fort car je pense qu’un tournage de Kechiche filmé ne serait même pas montrable (des gens qui chialent, qui démissionnent, qui sont remplacés par leur assistant, qui se retrouvent à faire des trucs de cul sans être sûrs d’être d’accord, les états seconds obtenus on ne sait comment, les comédiennes à poil pendant des plombes…), et certains tournages de Pialat non plus. Donc ce n’est pas vraiment ça qui gêne.

          • @François, merci de ta réponse. J’ai des points d’accord avec toi, mais je t’avoue que je me retiens de te répondre sur certains points (surtout, cette histoire de dolorocentrisme, comme toi c’est quelque chose que je trouve un peu dégoûtant, mais je ne classerais pas Valéria là-dedans, plutôt, en France, des acteurs comme Dewaere ou Schneider, et je suppose que dans cette veine, dans ce genre-là, il y a aussi du bon ; quant à Pacifiction, j’ai beaucoup aimé, mais c’est très particulier, je me demande encore ce que j’ai vu…)
            J’espère que tu pourras regarder le film sans trop de préjugés (une petite virginité malgré tout), et j’essaierai de repasser ici pour voir ce que tu en dis car ça m’intéresse.
            Bonne soirée à tous.

          • Si Valeria n’est pas dans le dolorocentirisme, je ne vois pas bien qui pourrait y etre.
            Qu’elle étoffe ce noyau de saillies fantaisistes n’empêche pas que le noyoau soit là. Et la folie fait complètement partie du Kit – jouer la folie, ce que Valeria a commencé par faire dans ses deux films matriciels (Oublie moi, Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel)
            Comme déjà signalé, ce noyau a un emblème, une égérie, une patronne, une mascotte, dont toute cette génartion d’actrices est tombée folle, notamment avec la ressortie de tous les Casavetes (j’y étais): Gena Rowlands, notamment dans Une femme sous influence et Opening night (qui en plus est du théatre dans le théatre : extase générale)

        • @François

          Je voulais bien dire pas trop catégorique de l’extérieur, et éviter de parler en général. Ca dépend tellement du film et du rôle. John Goodman dans The Big Lebowski ne doit pas être dirigé comme Adèle Exarchopoulos chez Kechiche. Et donc je disais à Petit Gars que je ne me risquerais pas à juger de la direction de Valeria à partir d’un making of.

          Maintenant, un cinéaste, avec ses acteurs, doit il etre catégorique ? Oui, beaucoup plus. Mais quand même. Restons chez Kechiche. Il y a une méthode Kechiche, c’est évident. Ceci étant posé, dans la vie d’Adèle par exemple, je serais extremement surpris qu’il ait dirigé Adèle et Lea de la même manière. Même dans cette radicalité là. C’est très bien d’avoir une méthode, mais dans mon expérience à moi, une fois face à des humains, il faut énormement s’adapter (ne serait-ce que parce que 75% des acteurs sont complètement fous).

          • Tu as essayé de bosser avec des amateurs @seldoon ?

          • Je verse ces pièces au dossier; on voit un Chéreau moins connard qu’il n’en a l’air dans le making of des Amendiers. On voit qu’il ne dirige pas tout le temps comme un père qui vient d’enlever les petites roues; il n’a pas affaire ici à des disciples.

            https://www.youtube.com/watch?v=MpHglTDa1FQ&t=3s&ab_channel=GATOBoris

            https://www.youtube.com/watch?v=0Qzheb-8Res&list=PLsLp3fiW6EhDyITJeyCawDYV_5n8Cz-ia&index=3&ab_channel=GATOBoris

            Là, il évoque sa rencontre avec Koltès: c’est intéressant; il peut paraître plus modeste, mais la prétention affleure : il distingue la mise en scène commune (« on peut monter vingt fois Tartuffe ») et l’élection par l’auteur qui le choisit pour « créer » sa pièce. On aimerait avoir des précisions sur les raisons qui firent que Koltès ne voulut pas lui confier Roberto Zucco.

          • En fiction pas encore, pas sérieusement en tout cas. A l’époque de mes courts-métrages lycéens et étudiants, comme tout le monde je l’ai beaucoup fait par nécessité. Sur des choses souvent trop écrites à la base et autres exercices de style, donc pas adaptées. Mais c’était bien, c’était simple.

          • Il vaut mieux prendre le scénario comme canevas et voir comment iels se mettent les informations des dialogues en bouche c’est sûr. Après le fait qu’en fiction tu réalises de la comédie demande sans doute d’avoir des comédiennes et comédiens professionnel.le.s ?
            (Je n’ai vu que tes courts métrages comiques peut-être que tu as fait d’autres genres…)

          • J’ai fait pas mal d’autres genres (jusqu’au western), mais qui demandaient souvent une certaine technicité aux comédiens. Et effectivement, mes comédies, sans acteurs expérimentés ce serait compliqué. J’aurais pu tenter le court que j’ai en montage en ce moment avec des amateurs pour deux rôles, mais ses conditions de production peu orthodoxes (le tournage s’est étalé sur 4 ans, en sautant sur les opportunités) ont beaucou restreint les possibilités de casting.

            Ca va venir je pense. Surtout les distributions mixtes professionnels/amateurs, ça tire vite tout le monde vers le haut. Je fais aussi des plans plus longs que dans le temps, ce qui est plus propice aux amateurs.

          • Bien sur qu’on s’adapte
            D’ailleurs je crois que le bon directeur d’acteurs est celui qui prend le temps de les regarder. Ce qui est exactement ce que ne fait pas VBT : elle ne les regarde pas, elle les tord pour qu’ils ressemblent à ce qu’elle a en tête – et en l’occurrence à ses souvenirs
            N’oublions pas que tout ça repose sur une chose simple : si VBT avait trente ans, elle se serait évidemment distribuée dans le role principal. Sauf qu’elle en a 50. A son grand regret elle doit confier le role à une autre. Qui a donc une mission : etre VBT jeune telle qu’elle se voit. Elle va faire ça, qui est injouable, infernal. Mais elle ne va pas moufter : elle tient un premier role dans un film qui sera en vue. Elle prend sur elle.

            On s’adapte, mais on a des axiomes forts sur la direction d’acteurs. Chacun voit très bien de qui (au pluriel) je parle.

  15. Les amis, j’écoute une émission sur France Cul avec deux mecs dont Eric Vuillard qui disent que Louis Guilloux, c’est entre Flaubert et Dostoievski. No joke. Je ne connais absolument pas ce Guilloux, et je ne suis pas le seul apparemment puisqu’il est vraisemblablement peu connu d’une manière générale, même de lecteurs aguerris. En tout cas c’est ce que dit l’émission. Là ils parlent des romans Le Sang Noir et de OK Joe, que Vuillard a préfacé pour une nouvelle édition. C’est vraiment bien ou les mecs s’enflamment complet?

    • Guilloux je l’affilie, peut-etre approximativement, à l’anarchisme chrétien, où se situe aussi Vuillard. Mais je ne n’ai jamais lu.

    • Jamais lu non plus.

      • Lu.

        • C’est la façon la plus arrogante de le dire que j’ai trouvée.

          • N’explique pas tes blagues Julien. Tiens ta ligne. Tu as tout mon soutien.

          • Schnoups,
            J’ai pas eu la force. J’ai laissé le premier post seul pendant sept minutes quarante.

          • Laisse passer la nuit mon loulou, demain est un autre jour.

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