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Histoire de ta bêtise, préface

TA BÊTISE INTACTE

D’abord comme il se doit j’ai pensé à ma gueule. Quand en novembre les Gilets jaunes sont apparus pile au moment  où Histoire de ta bêtise venait de partir à l’imprimerie, j’ai d’abord craint pour le livre. J’ai croisé deux fois les doigts : une première fois pour que ce mouvement capote vite et ne change rien à la carte politique que le livre parcourt ; une second fois pour que, tant qu’à durer, il n’aille pas jusqu’à dégager Macron et sa garde macronienne. Pas avant le 23 janvier 2019, date de publication. Après, oui, avec plaisir, avec joie. Vers fin février. Mi-mars, allez. Le temps que le livre ait sa petite vie.
Le 15 mars l’insurrection, et d’ici là 50000 livres vendus + le prix Romain Bardet du meilleur essai.
La superstition paye. Le pouvoir a tenu bon. Macron et la bourgeoisie qu’il incarne et sert sont toujours d’actualité. Tu occupes le terrain, mieux que jamais. Tu as sauvé ce livre qui ne t’aime pas.
Mieux :  tu l’as justifié. Ton attitude devant ce mouvement lui a offert une illustration inestimable et gratuite.
Rarement, ces dernières années, t’aura-t-on vu si transparent, si lisible dans tes intentions, tes intérêts, tes affects. Les gilets t’ont révélé. Tu t’es montré tel que tu es ; tel que je te peins.
Tu as montré ta peur constitutive.
Ta passion première de conserver a depuis toujours pour corollaire ta peur. Ta peur d’être dépossédé. Et puisque tu ne consentiras jamais à te dépouiller comme Saint François ou Pauline Lamotte, tu auras peur toute ta vie.
On a vu ta peur en gros plan, on a vu ce qu’elle te fait faire. Les réflexes policiers qu’elle communique à ton petit corps fier de sa minceur en chemise. Les blindés sur les Champs-Elysées. Les yeux perdus. Les mains arrachées.
Et ta bêtise.
Ce livre qui l’affiche en titre tache d’établir la généalogie de ta bêtise, son parcours neuronal, sa chimie. Comment ça marche? Comment un cerveau bien fait comme le tien en vient très régulièrement, et plus souvent encore en période de panique, à se rétrécir ?
Au cas où elle ne me serait pas apparue antérieurement, au cas où je n’en aurais pas encore compris les tenants, tu m’as offert, ces deux derniers mois, cent occasions de compléter ma compréhension du phénomène.
Je reviens sur l’une des plus exemplaires.
Courant décembre, un thème s’invite dans le mouvement, celui du Référendum d’Initiative Citoyenne. Beau thème non? Complexe, vaste, infini comme la quête démocratique. Toi qui depuis ton ordi trouvait les Gilets Jaunes bas-de-plafond, tu devrais te réjouir qu’ils relèvent le niveau du débat public que tes fondés de pouvoir ont tant avili. Et te fournissent l’opportunité de réfléchir toi-même à la démocratie réelle, toi qui ne l’as jamais fait, toi qui t’accommodes des institutions existantes – elles ont été conçues par et pour toi.
Certes, à ce stade, je ne me fais pas d’illusion : pour la raison que justement les institutions existantes ont pour objectif ta conservation, ton hypothétique réflexion, on le sait déjà, n’ira pas loin. Tu trouveras de bonnes raisons de légitimer le statu quo, de réaffirmer que le régime actuel est le moins pire (le moins pire est ton mantra) et qu’à cet égard mieux vaut ne pas risquer de le déstabiliser. Mais du moins auras-tu eu à te creuser les méninges pour réfuter ceux qui promeuvent le RIC, à l’argumentaire bien  charpenté. Ca aura fait à ton cerveau une petite sortie conceptuelle hors de l’étroit périmètre conservateur où tu l’incarcères.
Or non.
Même pas
Même pas une ou deux heures de pensée.
Tout de suite, et comme tu le fais pour tant d’autres sujets, tu as trouvé le moyen de ne pas penser. Le moyen t’est tombé dessus, comme une providence, comme une entorse au genou la veille d’un cross de collège. Il tenait en sept lettres :  C,H,O,U,A,R,D.
Ce nom t’est venu par l’intercession de Ruffin. Avant cet épisode, tu n’avais jamais entendu parler d’Etienne Chouard, pas même en 2005 où tu te contentas de l’information dispensée par tes organes officiels, mais tu connais Ruffin, car Ruffin a une visibilité médiatique – de la gauche radicale tu ne connais que ce qui en apparait dans tes médias, c’est-à-dire à peu près rien. Dans un discours de mi-décembre, Ruffin, soutien des Gilets jaunes de la première heure, Gilet jaune avant l’heure, remercie Chouard d’avoir contribué à installer le RIC au centre des revendications, et c’est ainsi que tu découvres ce nom.
A ce stade, le scénario vertueux a encore sa chance : il t’est encore loisible de profiter de la circonstance pour rattraper ton retard, pour découvrir les ateliers constituants que Chouard organise depuis dix ans, et de te reporter à ses nombreux écrits et conférences  sur le tirage au sort, sur la démocratie représentative comme oxymore, sur la constitution qui ne doit pas être rédigée par ceux qu’elle est censée contrôler, sur le gouffre entre élire et voter, etc. Du grain à moudre. Plein d’os à ronger.
Or : non plus.
Dès l’entrée du vaste domaine embrassé par la réflexion de Chouard, une rumeur soigneusement colportée par tes pairs te dispense de t’aventurer davantage. Il paraitrait que Chouard a une ou deux fois dit qu’il ne s’interdisait pas de discuter avec Soral. Pour toi c’est une raison suffisante de ne pas l’écouter. Tu ne savais rien de Chouard, tu n’en sauras rien de plus. Rien de plus que sa notation dans ton barème moral. Quelque chose comme 2 sur 20. On ne discute pas avec Soral, point. Et toi tu ne discutes pas avec celui qui ne refuse pas catégoriquement de discuter avec Soral. Tu as des principes. Tu as du capital et des principes. Tu as les principes de ton capital.
On a reconnu les deux étapes de la fabrication de ta bêtise :
1 déport de l’attention du message vers le messager – a fortiori quand tu pressens la dangerosité pour ton ordre du message.
2 disqualification morale, et non théorique, du messager, par son association avec d’autres précédemment disqualifiés. Soral est d’extrême droite, donc Chouard qui un jour ne l’a pas condamné fermement l’est aussi un peu, donc Ruffin qui vient de saluer Chouard l’est aussi un peu, donc l’idée du RIC sent mauvais à son tour, et par extension l’instauration de consultations référendaires mènerait mécaniquement aux régressions morales que réclame le peuple reptilien et homophobe et antisémite et pour la peine de mort (ici, retwitter Victor Hugo, « souvent la foule trahit le peuple »)
Et moi qui ici mentionne Chouard et Ruffin ne serais-je pas aussi, par translation, un complice objectif de Soral? Ne serais-je pas un peu pour la peine de mort?
Non décidément tu as de bonnes raisons de ne pas t’attarder dans la réflexion sur le référendum, ou devant le site de Chouard, ou dans les pages de Fakir, ou sur la présente page. Tu vas vite retourner chez toi regarder une série en mangeant des sushis livrés.
Ne te méprends pas. Je ne suis pas ici en train de promouvoir le RIC (que par ailleurs je promeus), ni de purifier Chouard (qu’il pense puissamment me suffit), ce n’est pas de RIC ou de Chouard que je parle en l’occurrence mais de toi. De la bêtise qui est le précipité de ton tenace refus de penser. De l’impossibilité de penser à laquelle te condamne ta condition -bourgeoise.
Admettons, tiens, que Chouard ce libertaire radical soit un peu  fasciste, que Ruffin ce gauchiste radical soit un peu fasciste, que moi-même qui ne revoterai que lorsque Didier Super se présentera je sois un peu fasciste. Admettons que ton radar moral ait eu raison de capter des particules soraliennes dans les corps d’Etienne, François et François. Rions un peu et admettons. Il resterait ceci, qui seul m’intéresse en l’espèce et qui seul devrait t’alarmer : tu as encore perdu une occasion de penser. A nouveau tu t’es roulé dans la morale comme d’autres dans la farine (tu te ridiculises, tu n’as pas d’estime pour toi), et ton cerveau à nouveau a chômé.
Chimie de ta bêtise : tu possèdes, donc tu veux conserver, pour conserver tu fliques ce qui te menace, et tant que tu fliques tu ne penses pas.
On voit que ta bêtise t’est consubstantielle. Elle durera autant que tu dureras, c’est à dire longtemps, car durer est ton métier. Beaucoup d’années encore s’écouleront avant, que, disparaissant, tu frappes de péremption ce livre.

couv histoire de ta betise


728 Commentaires

  1. Merci d’avoir pris le temps de répondre.

    Pour l’appartement: c’était en lien avec une phrase de votre livre, vous l’aurez compris. A ceux qui parlent de RG, je réponds: méfiez-vous de vos interprétations.

    Pour le mensonge: juste envie de connaître votre ressenti, étant moi-même entourée de bobos moralisateurs, qui m’auraient sans doute jugée irresponsable si je leur avais fait part de mon vote blanc (un acte qui nous sépare!). Mais contrairement à votre entourage, mes bobos ne m’ont pas posé la question. Dans le milieu dans lequel j’évolue, la question ne se pose pas tellement la réponse est évidente.

    J’en suis à la page 76 et j’apprends même de nouveaux mots. Merci Mr le professeur.

    • Pendant les mois de mars et avril 2017, mon malheur a été d’évoluer dans le périmètre culturel, que cette élection mettait dans un état d’affolement tout à fait pathétique. Et sinon j’adore qu’on m’appelle monsieur le professeur.

    • Désolée dmzval, si mon RG vous a heurté, c’était une blague (pas terrible) mais juste une blague.

  2. Mr Begaudeau,
    Je vous ai entendu dans l’émission Thinkerview et Interdit d’interdire.
    Comme je me suis retrouvée dans vos propos, j’ai acheté votre livre. Nul doute qu’il va me plaire car je suis empêtrée également au sein de nombreuses contradictions et les voir mises à nue m’amuse pas avance !
    Je viens donc de commencer votre livre et j’aurai 2 questions:
    1- Avez-vous déménagé?
    2- Avez-vous écrit ce livre pour vous déculpabiliser du mensonge sur votre prétendu vote de 2017?
    Allez , je retourne à ma lecture…

    Merci pour vos idées rafraîchissantes.

    • Putain, les RG !

    • 1 Pas encore. D’ailleurs si mes finances me le permettent je garderai sans doute mon appart parisien un petit moment lorsque je transhumerai. Renoncer d’un coup à la Grande épicerie est au-dessus de mes forces.
      2 Mon mensonge sur le vote n’était qu’à l’intention des neuneus qui jetaient leur fiel sur quiconque annonçait ne pas voter contre Le Pen. Je n’ai pas menti par lâcheté, mais par souci d’esquiver cette discussion sans intéret. Je n’en ai donc nourri aucune culpabilité. Pieux mensonge, car utile à ma paix.

  3. merci pour ce livre, qui m’a valu quelques fous rires et une vraie prise de conscience…

    j’en ai profité pour embrayer sur « en guerre » et « molécules »

    excellents bouqins qui se lisent d’une traite

    on parle de plus en plus de luttes de classes sur les médias mainstream…

    • Oui j’ai remarqué ça aussi.
      Revival de la notion.
      C’est presque aussi fort que le néo-punk de 1994.

  4. Merci. Ma radicalité se trouve rassurée. Mon intérêt pour vous décuplé. Mes tentations bourgeoise ravalées sur l’autel de ma pensée et de mon temps à rêver. #filledefonctionnaires Jamais trop a gauche.

  5. François je te remets ici un post laissé le 30 mars sur le fil de « ta bêtise sans fin », que peut-être tu as loupé? Dis moi…
    Bonjour François…Est-ce que tu dirais que la bourgeoisie que tu décris dans « histoire… » porte des symptômes typiquement français?
    As-tu regardé un peu comment ça se comporte ailleurs (car évidemment des bourgeois et des classes il y en a majoritairement partout) ou consulté d’autres penseurs sociaux, français ou étrangers, qui auraient travaillé sur la question de l »être bourgeois aujourd’hui »? Le cool-mais-pas-cool me semble particulièrement frenchy mais je suis curieuse de savoir si c’est un phénomène plus généralisé.
    La deuxième question que je me pose c’est si ce bourgeois qui se la joue ouvert, Grand défenseur de Grandes causes, cool, moderne, décoiffé et barbu…est plus susceptible d’opérer un vrai glissement de classe, une déconnexion sans retour, qu’un bourgeois plus « repérable », plus stéréotypé (dans le genre coincé, fermé, conservateur…). On a parfois l’impression que la frontière tient à pas grand chose (à cause de la barbe et des convictions humanistes de surface), on peut se faire avoir, pas souvent très longtemps…et ça rend pas facile la lecture du paysage…
    Est-ce une niche pour Eux qui leur permet de se conserver en sauvant les apparences ou bien une évolution sociétale vers un accroissement de conscience qui pourrait aller vers plus de justesse et de justice?

    • La raison principale de ma non -réponse est que je ne sais pas bien quoi te répondre sur le caractère français du cool-pas-cool. Il me semble quand même: -que les mêmes causes économiques et sociales produisent partout les mêmes effets (les mêmes corps)
      Comme je ne voyage pas, ma documentation là-dessus est cinématographique, par exemple les bourgeois de Burning, de Lee-Chang dong, et leur leader (un parfait cool pas cool : douceur cauteleuse et monstruosité dans le même homme)
      -que le capital n’a pas de frontières, ni les gens qui le possèdent. On sait même que la bourgeoisie contemporaine est particulièrement nomade. A minima, la matrice du cool-pas cool étant la bourgeoisie cool new-yorkaise, on peut au moins parier que ce que je décris vaudrais aussi, vaudrait encore plus, pour les cool-pas-ccol de deux cotes américaines.

      Ce bourgeois dit de gauche est-il plus proche de muter que le bourgeois hard? Le bon sens laisserait croire que oui, mais en fait je ne suis pas si sur. Le bourgeois hard a une certaine consistance qui peut le rendre davantage désireux d’une nouvelle intensité. Mais là je navigue à vue, et on pourrait sans doute aussi bien hypothéquer l’inverse.

  6. Soyons fous, je te propose quelque chose d’autre à foutre alors : foutre tous tes orteils dans une Université du sud de la France pour discuter ciné-litté-politique. Le phénomène Ruffin aime bien mon coin, il est venu y a pas longtemps. Si tu m’envoies un mail à mon adresse je t’en dis plus si ça te tente de discutailler de l’idée.

  7. Une vidéo de G. Lagasnerie toute récente, pour éventuellement alimenter une réflexion / discussion au sujet du racisme, de la détermination raciale et de la surdétermination de classe, suite à des échanges que nous avons eu ici le mois dernier.

    https://www.youtube.com/watch?v=4YZo8Vl9QTA

    J’avoue être intéressé par les commentaires que tu pourrais éventuellement avoir à faire sur le propos de Geoffroy.

    Il est à rappeler par ailleurs que, bien que G. Lagasnerie soit à louer pour le fait d’apporter ses lumières de sociologue universitaire sur la question du racisme et pour son engagement dans la lutte de la famille Traoré pour la justice et la vérité, le Mouvement de l’immigration et des banlieues milite depuis bien plus longtemps contre les homicides et meurtres policiers d’hommes non-blancs des quartiers populaires.

    Et un pti bonus avec une vidéo d’un jeune penseur de la race, penseur « décolonial » français que je juge puissant, Norman Ajari pour la sortie récente de son livre :
    http://parolesdhonneur.com/2019/02/21/discussion-livre-dignite-mort-ethique-politique-de-race-de-norman-ajari/

    Pour mémoire tes posts en réponse aux miens à ce sujet :

    – 01 mars :

    « Alban, ce débat sur la surdétermination nous l’avons eu souvent ici. Je pourrais te retrouver les posts. C’es une affaire complexe, je veux bien la reprendre, mais si elle part sur des bases morales je démissionne d’emblée. Ne nous demandons donc pas s’il est « indécent » de parler de surdétermination, demandons nous si c’est juste. Prenons des situations concrètes et voyons pour chacune quelle est la détermination-maitresse, celle qui inclut les autres sans les nier.
    Sachant bien que j’ai toujours dit aussi que certaines situations spécifiques appelaient de luttes spécifiques, mettant en avant des découpes qui ne sont pas en priorité des découpes de classe. Oui un pédé qui se fait frapper dans le centre de Paris est d’abord visé comme pédé -ce qui n’exclut pas d’ailleurs que des affects de classe soient présents dans l’ensemble des particules formatrices du fait. A ce titre c’est bien comme homosexuel qu’il sera fondé à se constituer en sujet politique. Pareil pour les racisés, dans certaines situations. Mais lesquelles, tiens?
    En tous les cas, et d’ailleurs ca n’échappe pas à sa soeur, je maintiens que dans l’affaire Adama on a d’abord affaire à la mort d’un habitant d’un quartier populaire. »

    – 04 mars :

    « Je ne réprouve pas la morale en soi. Il est vain, et même pas souhaitable, de purger la politique de la morale. Je ne parlais en l’occurrence que du ton, légèrement comminatoire, avec lequel tu me relançais. C’était pour poser les bases d’un dialogue sobre, sans kalash. Parce que je connais bien l’agressivité avec laquelle les luttes de minorités interpellent les marxistes. Comme si d’ailleurs les marxistes leur devaient quoi que ce soit ; comme si en outre les minorités avaient absolument besoin de la validation marxiste. Vous pensez que la classe n’est pas une surdétermination, les amis? Eh bien grand bien vous fasse. Mettez en avant la race, le genre, etc. Et que belles soient les victoires acquises sur ce front.

    Ma conviction reste que :

    1 la surdetérmination de classe est pertinente. A quoi le voit-on? demandes-tu. On le voit en soustrayant l’élément nécessaire. Retire la noiritude d’Adama, l’interpellation et ce qui s’ensuit devient moins probable mais elle reste possible (en banlieue la bac peut interpeller violemment un blanc). Enlève le quartier où ça a lieu, remplace le par le seizième : la scène n’a pas lieu. (dans le seizième la bac n’est pas là pour interpeler un jeune homme noir qui rentrerait chez lui). L’élément nécessaire de la situation est bien la donnée sociale : des flics en patrouille dans un quartier pauvre.

    2 la surdétermination de classe est tactiquement pertinente. Car si la lutte appuie sur le « racisme d’état » et le « racisme de la police », quel débouché se donne-t-elle? La justice pour la victime, ok. Une condamnation des flics coupables, ok. Et sinon?
    D’où : peu de résultats
    Aux Etats-Unis, bilan de 60 ans de découpe raciale de la lutte? Moins de noirs dans les prisons? Je crois savoir que non.
    Tu me diras : la lutte sociale n’a pas beaucoup avancé non plus. »

    • Merci Alban, je vais écouter.

      • J’achève le visionnage de ton exposé sur le documentaire avec une classe ciné de Laon.
        C’était…top.

        Clair, intelligent et ce plan de la vache serrée dans les bras face à la caméra…
        Donc merci pour ça aussi François!

    • Très bien cet entretien.
      Vraiment interessante sa réflexion sur la catégorie  » violences policières » à laquelle il préfère celle d' »ordre policier », et sa méfiance quant à la popularité de l’expression « violences policières », sa reprise dans les media, qui tend à accepter toutes les violences/ contraintes qui viennent avant les coups et blessures.
      Autre chose m’a intéressée à la fin de l’entretien sur la question du local,
      « On croit que gagner en puissance c’est monter en généralités », alors que c’est à partir d’une situation concrète qu’on peut nommer des problèmes, les dénoncer et essayer de les résoudre.
      Ca rejoint un petit truc auquel je pense depuis quelques années et que je vais mal exprimer… c’est que la géographie ( l’espace, le territoire, le sujet concret) serait plus déterminante que l’Histoire( le temps, le Monde, le thème général) dans les mouvements sociaux ( et peut être plus « victorieuse » aussi). Que la géographie est plus réelle, l’histoire plus abstraite.
      Bref le local/ le global, tout ça !
      Ce qui nous éloigne un peu de la question de la surdétermination sociale.

    • Je vois quand même comme une contradiction entre sa critique de grandes causes générales et sa préférence pour des situations concrètes ( comité Adama), et par ailleurs sa préférence pour « Ordre policier » plutôt que « violences policières ».
      Parce que ordre policier me semble plus général et plus abstrait que violences policières et que précisément c’est parce qu’il y a eu violences et mort (et pas seulement un contrôle, une perquisition, une fouille etc) qu’il a intégré ce comité.
      Je sais pas si c’est bien clair…

      • Je ne crois pas que sa volonté d’attaquer l’ordre policier soit contradictoire avec le local. Il parle bien du local comme du lieu de lutte, mais pas comme de la cible.
        En revanche tu es lumineuse de pointer l’autre contradiction, tellement criante que je ne l’ai pas vue : il reproche à Dufresne de mettre en avant l’exception au risque de ratifier la norme policière, et lui s’est effectivement engagé sur une maxi-exception, sur une violence ++

        • c’est pas tant contradictoire si on reprend son enquête sur la justice dans son bouquin juger, dont il parle par ailleurs dans l’entretien , il dit d’où il part pour se retrouver engagé dans le comité adama, en quelques sortes, où il observe bien la différence de traitement selon le profil social,
          qui était donc déjà une violence,
          c’est un travail de recherche de la racine jusqu’au fruit si je puis dire.
          Du fruit à la racine, par la suite.

        • le profil social et donc aussi racial parce que c’est tout de même dingue la grosse proportion de noirs et d’arabes qu’on trouve dans les prisons.
          Il part de là aussi, Geoffroy.
          ( et de surveiller et punir de michel foucault )

          • petite touche personnelle : on trouve aussi une grosse proportion de gens du voyage dans les prisons, qui sont blancs de peau.

            Si l’on veut vraiment faire un boulot d’étude sérieux sur le conditionnement psychosociologique de ceux qui sont ciblés comme hors-la-loi par la police, il faudra tenir compte de ces gens là.

          • mais c’est encore pas suffisamment local, zut,
            bon, restons sur les noirs et les arabes.

          • mais bon, allez , petite anecdote psychosociologique en passant : j’ai identifié trois de mes collègues issues des gens du voyage ( deux aide-soignantes, une ash ), ça ne se voit pas comme ça, elles sont blanches et ne mangent pas hérissons ,
            et alors elles sont marrantes parce qu’elles sont hyper à cheval sur le respect des lois.
            Il y en a même une qui nous racontait comment elle avait observé que les gens du voyage étaient des gens vraiment irrespectueux des lieux de soins, ils arrivent toujours en grosse masse familiale, ne tiennent pas compte des horaires de visites, prennent toute la place sont impolis etc, elle en était dégoûtée.

        • bref, c’est là qu’il reste localisé donc.

      • écrit ce matin et mal placé :

        Lagasnerie toujours intéressant, parce que ça, pense, parce que ça tente des synthèses, et parce qu’il a le gout pour tordre et renverser des idées reçues de la gauche critique -ici son attaque contre Dufresnes, délicate mais ferme, est très bonne. Assez d’accord sur l’ordre policier, même si je pense que la recension des « violences policières » peut, à l’inverse, mener à déconstruire l’ensemble de l’ordre policier -si les flics sont capables de ces violences, alors tout l’ordre policier est suspect.
        Sur le local, pas de problème. Même si je le trouve bien muet, ici, sur l’efficacité réelle des luttes locales et par exemple de celle qu’il mène depuis deux ans. Quel résultat?
        Sur le point qui nous intéresse (et pour Alban) : Geoff commence par faire son petit numéro habituel contre la gauche sociale, qui prend l’économie comme premier déterminant alors que bon c’est pas ça en fait, la vraie ligne c’est d’avoir affaire à la police ou pas. J’adhère au passage à cette découpe (elle est dans En guerre, Romain l’illégaliste se disant que la loi le protège), mais pas à son caractère prééminent. En fait je crois que Geoff sous-estime à la fois la place du social et le sens que la gauche met dans social (ou dans ‘l’économique » comme il dit). Geoff ne cesse de parler de quartiers populaires, mais qu’est-ce qui définit un quartier populaire sinon la situation économique des gens qui l’habitent? Si quelqu’un s’enrichit dans ce quartier, eh bien il le quitte – sauf le dealer qui a besoin de cette planque. Les jeunes noirs et arabes des quartiers populaires sont d’abord des jaunes pauvres. Qu’ils soient noirs et arabes aggravent sérieusement leur cas aux yeux d’une police et d’une justice clairement imprégnées de préjugés, mais s’ils n’étaient pas pauvres ils ne seraient pas dans ces quartiers, et beaucoup moins exposés à l’arbitraire policier et judiciaire.
        Voyons le passage sur l’école. Comme toujours Geoff a une idée intéressante, qu’il obtient par renversement d’une conviction de gauche établie. La conviction de gauche est : l’école exclut les pauvres. Lui ne dit pas ça : c’est la police qui déscolarise les jeunes noirs et arabes en les absorbant dans le « système police-parquet ». Très bien. Belle idée. Mais factuellement fausse. Et son très bon interlocuteur lui fait remarquer : souvent ces jeunes là se retrouvent dehors et en proie à la tentation délinquante parce qu’école les exclut (les exclut de fait ou symboliquement, précisé-je -et le fait dès le primaire). Objection qui fait valoir à nouveau la prééminence de l’économique, que Geoff ne saurait entendre. Comme il tient à maintenir, contre les faits, l’idée de la police comme force en soi, et force numéro 1 d’oppression, il passe vite à autre chose (s’agirait pas de s’embrasser trop du réel).
        Et puis quelle est donc cette drole de façon de considérer la police comme un corps autonome, et l’ordre policier comme un ordre émanant de la seule la police, qui en imposerait à la justice. Comme si les policiers n’étaient pas aux ordres. Aux ordres de l’état, lequel est aux ordres de qui? Qui a exigé de son état, de l’état dont il se considère le client, que les manifestations soient violemment réprimées? C’est la police qui d’elle-même s’est dit : « maintenant on tire dans l’oeil »? Dommage que Geoff ne livre pas d’enquêtes précises, il aurait pu remonter à la classe qui invariablement en appelle à la police. C’est le capital et la classe qu’il agrège qui ont demandé à Macron de faire le ménage. Ce qu’il a fait.
        Enquetant, Geoff aurait croisé aussi des flics réfractaires. Car s’il il y a effectivement une relative autonomie de la police et qu’elle lui fait parfois excéder la violence que son donneur d’ordres exige, elle lui fait aussi parfois s’opposer à ses ordres -voir tous les flics qui ont pu dire leur ras-le-bol devant ces ordres, et leur peu de zèle à les appliquer.
        Vive le local, vive les situations, les « synthèses pratiques », qui nous permettent d’être précis dans l’analyse et l’attaque. Mais alors soyons le.

        • Je propose une généalogie de la violence :

          l’intensification de la violence dans nos sociétés vient de l’intensification de l’autonomisation des mécanismes d’identification-adhésion des normes.
          Je m’explique : dans les sociétés traditionnelles, un individu qui ne respectait pas les normes était rejeté par le groupe qui instituait des normes autoritaires et verticales, mais où il y avait un équilibre entre poiésis et praxis. Avec la poiesis, les hommes instrumentalisaient leur autorité et ils avaient un certain espace de liberté avec des activités dites de praxis.
          Concernant les sociétés modernes, je ne pense pas comme Hannah Arendt, que les hommes soient déresponsabilisés dans leur atomicité. Au contraire, ils sont sollicités de partout par les injonctions du marketing, du management, les institutions qui produisent des normes et leur conditions d’existence
          en autonomisant les gens et les responsabilisant jusqu’à leurs neutrinos. IL n’y a pas plus d’espace pour la praxis libre tant les discours sont devenus performatifs. Cela crée de la violence car les gens n’ont pas d’autres issues que leur performativité.
          La praxis dirige l’homme vers plus d’abstrait alors que la pratique et la poiesis vers plus de concret et de pragmatique.

        • Je suis dubitative sur le sens du local. En voici une acception réduite au territoire.
          – Tout d’abord la disparition des services publics : dans ma commune, la SNCF a supprimé sa boutique à l’automne 2014. La mobilisation des habitants (pétition de 4000 signatures), des élus locaux (maire et conseiller départemental), des syndicats de cheminots et des associations n’a pas eu gain de cause face à l’entreprise publique. Cette histoire s’est reproduite sur l’ensemble des localités où la SNCF a décidé de fermer ces points de vente. Le niveau où s’est passé le rapport de force n’était pas suffisant. Même un regroupement national des demandes de maintien n’aurait pas davantage abouti à infléchir ces décisions. Et force est de constater que les mouvements de grève nationaux précédant la réforme de la SNCF n’ont débouché sur rien non plus.
          – Une initiative de gilets jaunes sur ma commune s’est traduite par un tour de garde sur un rond-point. Leur présence quotidienne n’a été connue que de ceux qui passaient par là en voiture et qui les soutenaient par des klaxons et des signes de la main. À quoi cette présence a-t-elle réellement contribué ? Sans elle, le mouvement en aurait-il été affecté ? Bien évidemment, aucune présence policière n’a été notée pendant le mois d’occupation.
          – Ici on aime les actions locales, la dernière en date a rassemblé ceux qui veulent des coquelicots.
          Mais ces « gens de bonne volonté » persuadés d’agir, sont intolérants à toute forme de revendication sociale qui obtiendrait des résultats par l’usage d’un rapport de force combatif.
          Il a fallu les voir lors de la réunion organisée par les gilets jaunes – ceux des manifestations en ville, sur les grandes zones commerciales – déjà outrés par les propos que Hugo, Jaurès ou Ruffin n’auraient pas renié. Rien que prononcer le mot révolution a provoqué des départs !
          Le local ne sert-il pas finalement ceux qui se forgent une bonne conscience, tout en conservant l’ordre établi ?

          • Je pense que la généralisation n’aide pas beaucoup à penser ce « local ».
            Des actions locales il y en a de multiples, des gagnantes, des perdantes, de petites et de plus amples, mais voyons.
            On peut dire que des parents qui se mobilisent pour un enfant sans papier dans une école sont seulement de « bonne volonté », on peut dire que les ouvriers de LIP qui occupent l’usine, et en organisent l’autogestion ne remettent pas fondamentalement en cause l’ordre établi, on peut dire que les zadistes se forgent une bonne conscience tout en conservant l’ordre établi. On peut le dire, mais on peut imaginer qu’on a un peu (ou plus) tort de le dire dans ces cas-là.
            Et ces autres gens sûrs d’être dans les bons combats, les grands, les dignes, les valeureux, sont ils toujours bien tolérants face à des mobilisations plus circonstancielles ?
            C’est un débat ancien je pense, et je ne suis pas sûre qu’il faille hiérarchiser ces luttes globales et locales, plutôt voir là où on a envie d’aller, là où on est efficace, parfois vers l’une, parfois vers l’autre, et les penser ensemble, les articuler.
            Il ne s’agit pas d’aplanir, de dire que tout ce vaut, mais attention à ne pas présupposé- qu’en soit- un combat global est meilleur qu’une lutte locale, et que les personnes qui le constituent seraient elles aussi meilleures.

          • « C’est un débat ancien je pense, et je ne suis pas sûre qu’il faille hiérarchiser ces luttes globales et locales »
            Je signe. D’ailleurs ce sont là des questions théoriques que souvent nos corps tranchent sans se les poser.

        • Coucou (chuchoté),

          Sur le sujet de Geoffroy de Lagasnerie et de sa distance aux enquêtes et au réel, Arnaud Saint-Martin et Jerome Lamy l’abordent en fin d’émission (en 2016) sur Hors-serie.net.

          Le lien ici : https://www.hors-serie.net/Aux-Sources/2016-07-02/La-sociologie-en-roue-libre-id189

          Au passage, j’ai adoré HDB. Ce qui est très drôle, c’est qu’on se représente très vite à qui on doit éviter de l’offrir. Merci pour ça.

          Au revoir (chuchoté aussi)

          PS : j’adore l’ASMR, je ne sais pas si vous connaissez mais vous devriez faire une lecture d’HDB en chuchotant, que vous mettriez sur youtube et vous feriez des milliers, des millions de vues.

    • oh bah tiens alban, y a fifi qui m’a donné ce petit film pas trop mal fabriqué sur le sujet.

      ( où l’on peut observer que les papas n’en branlent pas une )

  8. «  »Trouver un nouveau concept est l’activité principale de ces gens. Parfois ils en trouvent. Ils sont contents. Pour feter ça ils matent une série. » »

    Ahahah!!Bravo
    Et oui car dans une série, toujours du nouveau à consommer, des saisons comme les saisons printemps hiver de la mode…

  9. François B.
    Si je te comprends bien : pour toi, l’acte de voter est un acte non politique.
    – Considères-tu que s’abstenir et voter blanc, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ? Si oui, pourquoi ?

    • je me fous totalement de cette affaire de vote blanc
      je me fous totalement du vote en général, je veux dire de cette question
      c’est les journalistes qui, votocentriques, me lancent toujours là-dessus, moi je parlerais bien d’autre chose
      le vote, quel qu’il soit, est un acte tellement dérisoire que son contenu réel ne m’évoque à peu près rien
      quelqu’un me dit qu’il a voté blanc, je lui dis ok super mais reprendras-tu des nouilles?

      • Bonjour François,

        J’ai trois questions :
        1- J’aimerais savoir d’où vous vient le mot « coton » pour parler de la vacuité du langage bourgeois. Mot qu’emploie souvent François Ruffin depuis quelques semaines pour tenter de décrire la langue du gouvernement (un contre « langue de bois » en quelque sorte).

        2- Vous ne développez pas trop sur cette langue de coton, mais vous apportez un éclairage édifiant sur le rapport au réel. Que pensez-vous de toutes les expressions et formulations qui pullulent pour désigner le moindre comportement et attitude ? Est-ce qu’on peut y voir un désir pathétique de notre société moderne de tenter de maitriser la moindre « chose » dans un monde qui nous échappe (climat etc.)

        3- Est-ce que vous développez dans un autre livre ou autres écrits le sujet d’une école non obligatoire, ça m’intéresse.

        Merci et bravo, je vous ai lu d’une traite, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi stimulant (il l’est d’autant plus qu’il est d’une utilité politique, ça fait du bien).

        • 1 moi je ne dis pas coton, mais cotonneux. Mais Ruffin a bien raison. Coton correspond mieux. On aime trop le bois pour le leur laisser. Il fallait une métaphore molle, liquide. Il m’arrive de dire bouillie, aussi.
          2 Le capital veut créer de la valeur avec tout. Or dans l’industrie des services fumeux, la valorisation passe par la persuasion que ce qu’on vend est bien quelque chose – car on sait bien que c’est rien. Cela passe par l’estampille d’un mot. D’où le passage de « Nous sommes plus grands », que Juliette citait, où j’énumère les danses sportives inventées chaque année pour créer un nouveau produit, et produire un nouvel acte d’achat.
          Le libéralisme appelle ça des concepts. Trouver un nouveau concept est l’activité principale de ces gens. Parfois ils en trouvent. Ils sont contents. Pour feter ça ils matent une série.

          • Et l’école non obligatoire ?

            Je suis en train de lire En guerre, Histoire de ta bêtise est une belle continuation de ce roman. Ruffin vous cite dans son dernier discours qui clôture son gros mois d’avant première pour son film. Je vois d’ailleurs une belle complémentarité entre Ce pays que tu ne connais pas, J’veux du soleil et Histoire de ta bêtise. Est-ce que vous nous feriez pas un livre sous le mode de la conversation ? Une discussion entre vous deux, ça serait sympa non?

          • A terme, pourquoi pas. Mais pour l’instant je crois que François et François ont pas que ca à foutre, surtout le premier.
            Je n’ai pas écrit beaucoup sur l’école obligatoire, si ce n’est le texte pour la revue Charles que tu trouveras sur ce site dans un ensemble de textes sur l’école.
            Tu peux aussi regarder ça, qui condense assez bien l’affaire je trouve.
            https://www.youtube.com/watch?v=-0x5Vokw6ig

      • Je comprends bien mais comme les journalistes s’insurgent du fait que tu ne votes pas comme si tu trahissais je-ne-sais-pas-quoi que eux-mêmes ne savent pas définir. Mais, eux votent effectivement par réelle conviction que ce candidat n’est -plus- le moins pire mais -bien- le meilleur.

        Je connais ce milieu que tu fréquentes. Je ne m’étendrai pas sur lequel exactement. J’ai toujours mis une distance professionnelle et personnelle et une indifférence (même si j’avais mon casque invisible d’anthropologue pour les observer), ce qui m’a valu une sorte de respect finalement.

        _ D’ailleurs tout bien considéré tu ne m’as pas fait si bon accueil. Tu n’as rétribué que ma partie molle. Le noyau dur, à peine lu et déficitaire, est resté lettre morte. Mon jansénisme, mon anarchisme, tu as pris soin de ne pas les relever, ou bien en les folklorisant. Présentateur du cercle, l’émission de Canal Cinéma, tu m’appelais le gauchiste. Autour de la table on identifiait le gay truculent, l’ambassadrice du bon sens, le cinéphile autiste, l’élégante pointue, le réac débonnaire, et le gauchiste. Étiquette sans contenu. Marque. Tu te serais bien gardé d’entrer dans le dur — tout comme moi, amolli, poli, enrôlé dans le pacte tacite de non-agression que nouent des intérêts communs. _

        Ce passage m’a particulièrement effrayée et écœurée, même si je suis blindée de ce côté-là. Il résume ton livre, une sorte de fatalité des petits bourgeois à toujours regarder le bas, le mépriser. La surface bouge mais non le fond.
        Classifier les gens de façon malveillante et non avenue pour rappeler toujours d’où ils viennent, hé alors ? Hé alors, c’est une fierté pour nous, qu’ils veulent changer en honte.
        Je te trouve bien téméraire et courageux de dévoiler des choses personnelles. Comment as-tu pu garder ton calme ?
        Quand tu as commencé à fréquenter ces milieux, t’attendais-tu à autre chose ? As-tu vite désenchanté ?

        Si tu as déjà répondu à toutes ces questions et commentaires, donne-moi un lien ou référence pour éviter les redites. Merci.

      • Bonjour François, pardon de vous relancer sur cette question du vote en tant qu’acte complètement dérisoire. Pourriez-vous svp, à défaut de développer ici, au moins renvoyer à d’éventuels textes ou interventions (je n’ai pas encore fini d’explorer votre site tant il est touffu et riche) car à chaque fois que je vous écoute ou que je vous lis, j’ai l’impression d’en ressortir plus lucide. En ce qui me concerne, je vote depuis mes 18 ans par pur conditionnement (au passage toujours contre mes intérêts de classe) mais avec de plus en plus de dégoût.

        • Pardon, j’avais zappé la question.
          Je dois commencer par l’essentiel : pour moi la question du vote n’en est pas une. A un ami qui vote, je dis : comme tu veux. A un ami qui ne vote pas je dis : comme tu veux. A moi-même votant je disais : mouais. A moi-même ne votant pas je dis : mouais. Si voter vous dégoute, eh bien cessez de le faire -et soyez sûre que ça ne changera pas la donne structurelle. Je me répète : je trouve ce geste dérisoire, il n’engage à rien. Les gens qui disaient se boucher le nez pour voter Chirac contre Le Pen en 2002 me laissaient bien perplexe (et caustique) : fallait-il qu’ils fétichisent leur vote pour qu’il leur semble moralement couteux de glisser un petit papier avec six lettres dessus. Ainsi donc ils se bouchent le nez pour voter mais ne se bouchent pas le nez pour déposer leurs enfants à la grille d’une institution programmée pour humilier les pauvres? Ne se bouchent pas le nez pour pointer chaque matin dans un boulot de merde, inutile, voire nuisible? Quelle drole de hiérarchie morale.
          J’essaie donc, par ces prises de paroles induites par des questions (sans quoi je ne parlerais jamais du vote), de défétichiser, dédramatiser, et surtout de décentrer la question politique en excentrant le vote. En le reléguant dans une zone marginale, inconséquente, dérisoire. Car la politique est ailleurs, on le sait. Et la vie. La vie est ailleurs. La vie, la politique, la vie poltique ne se jouent pas là. Si par exemple le fascisme doit advenir en France, cela passera par les urnes, mais les urnes ne seront que l’aboutissement logique d’un processus qui se sera joué hors des urnes : un certain état des rapports sociaux, un certain état des classes populaires, une certaine disposition de la bourgeoisie à permettre le fascisme pour contrer la menace sociale, un certain raidissement autoritaire du capital. Ceux qui croient « faire barrage » au fascisme en votant contre lui aux deuxièmes tours de la reine des farces, la présidentielle, font une analyse bien pauvre de la façon dont les forces politiques et sociales émergent, triomphent, échouent. Si le fascisme est assez fort pour advenir, ce sera par montée en puissance d’une force à laquelle des petits bulletins seront bien incapables de faire barrage.

          • Merci beaucoup d’avoir pris le temps de me répondre. Au passage, je viens de tomber par hasard sur un replay de l’émission « Chez Moix » avec Thomas Porcher et autres du 27 mars. Sur votre site, il y a-t-il un espace qui donne accès à vos différentes interventions ? Bonne fin d’après-midi.

        • En ce qui me concerne, le texte de Badiou dans « Circonstances » sur le deuxième tour Chirac / Le Pen en 2002 m’avait bien éclairée, et les pages sur le vote dans « Histoire de ta bêtise  » l’ ont actualisé.
          Et je me souviens d’un copain, qui devant les gens tellement préoccupés, honteux d’avoir du voter Chirac au deuxième tour, en reparlant des années après, s’en voulant, le regrettant, ne s’en remettant pas, en faisant parfois des caisses avec ça m’ avait dit « heureux ceux pour qui ce (le) vote est le principal problème de leur vie ».
          Je pense qu’en plus c’était une posture pour montrer que la politique ça les concernait, qu’ils pouvaient y penser, mais je ne crois pas que cela les ait réellement empêché de dormir.

          • Oui, et ne pas accorder au vote la même importance que celle qu’ils lui accordent c’est du même coup bousculer la bonne conscience politique qu’à eux il procure à tellement peu de frais. D’où leur rage face aux abstentionnistes qui menacent cette tranquillité d’esprit.

            Il suffit pour en juger de taper sur Google ONPC, Ruffin, Perret et de regarder à partir de la 59e minute la hargne paternaliste de Ruquier et Angot face au GJ du film refusant la centralité du vote.

          • Oh bah non juju, tu vas pas recommencer à nous montrer des émissions du samedi soir pour attiser notre haine.

          • Tu y retrouves deux GJ du film quand même. Ils assurent et Ruffin est stoïque de garder le silence face à la condescendance de Ruquier à leur égard.
            Vas-y sinon dis-moi le fond de ta pensée sur la beauté, moi je suis fatiguée.

          • ah d’accord, bon ben je regarderais peut-être alors,
            je n’ai pas encore de fond de pensée sur le sujet de la beauté selon ruffin,
            mais je le trouvais un peu décalé, je me demandais ce que cela venait foutre ici.
            Je ne comprends pas.

          • Dans le film ça intervient à un moment où il note qu’urbanistiquement, ces sorties de villes avec zones commerciales où se trouvent bcp de ronds-points qu’il visite c’est quand même sacrément moche.

            C’est quoi ce sang que tu vomis ?

          • c’est le sang du christ pardi,
            oui , il le dit rapport aux centres commerciaux au béton tout ça ,
            quand tu pense qu’il y a des architectes qui se cassent le cul pour faire du beau,
            personnellement j’aime pas du tout les architectes,
            c’est comme les cyclistes,

            il le dit aussi rapport au graphe de marcel en saint des gilet jaunes.

            Il reste bien perplexe avec cette question et moi je reste bien perplexe qu’il se pose cette question.

            Je t’accorde le repos désormais , juliette.

          • Merci, c’est parfait.
            Ma version préférée, c’est celle-là, avec en prime les petits garçons que le curé peut violer après dans la sacristie https://youtu.be/_pNk4AiaPn8

          • elle est un peu mollasse ta version,
            hé oui il est important d’avoir toujours des petits enfants sous la main afin qu’ils portent les cierges.
            Je repense du coup à gaël giraud le jésuite, j’étais trop fascinée lorsqu’il parlait de ses vœux : pauvreté, abstinence, obéissance.

          • Tu oublies la chasteté comme de par hasard.

          • et du coup je me suis demandée : mais on a le droit de se masturber , ou pas ?
            je suis bien restée bloqué dix minutes sur la question,
            mon destin était en jeu.

          • chasteté oui, t’as raison, je disais abstinence.

          • La réponse est oui, mais seulement avec un crucifix.

          • pfff t’es bête, ça doit faire mal en plus,
            t’es sûre qu’on peut pas plutôt laisser venir à nous les petits enfants pour se frotter dessus ?
            c’est plus doux.

          • D’où l’expression mes chères têtes blondes.

          • Je m’incruste.
            Ruffin se répète tellement et il fait tellement d’entretiens qu’il oublie souvent de bien contextualiser son propos et ça donne ce genre de sorties qui ne sont pas claires.
            Il dit en effet qu’ils ont tourné dans les endroits les plus moches de France. Les Gilets Jaunes surgissent d’une belle manière dans des lieux moches, les cabanes sont belles les ronds points non. C’est symbolique, goudron du rond point des gens qui ne cessent de se mettre en mouvement, beauté des cabane et du bois des personnes qui veulent stopper ce mouvement. Il souhaite montrer la beauté et l’esthétique du mouvement des Gilets Jaunes de différentes manières, humaine (les cabanes et la fraternité retrouvée), les visages (Graph de Marcel et tous les personnages, Marcel devient un emblème du GJ classe popu, homme qui a le regard triste, fatigué, bienveillant, de caractère et donc beau, c’est la main caleuse contre la main lisse), la beauté du mouvement de manière globale (mise en valeur des classes populaires qu’on voit joliment briller de jaune, le fait d’occuper les ronds points et les cabanes, la lutte face à Macron, le fait de réinvestir la politique, de vouloir agir, d’être dans l’action). Tout ça c’est de la beauté, c’est l’esthétique du mouvement, il insiste là dessus en contre de ce qui domine: gens pauvres et moches, pas de dents, violents et qui savent pas parler etc.

          • merci de ta participation Schnoups, sur le sujet de la question esthétique par françois ruffin,
            on en avait parlé en parallèle dans le rayon TA BETISE SANS FIN aussi,
            si tu nous cherches tu nous trouves.
            Tu me réponds un peu comme juliette et gaelle qu’il s’agirait de montrer que les pauvres ne sont pas aussi moches que les bourgeois le prétendent.
            C’est à dire qu’il s’adresse en fait aux bourgeois non ?
            Parce que perso, en tant que gilet jaune il n’a pas à me convaincre et je lui aurais rétorqué :
            – bon kanssé ktauras fini de débiter des conneries, tu t’essuieras la morve de ton nez hein.

            Pour le remettre dans le droit chemin révolutionnaire ,tu vois ?

          • j’ajoute qu’il m’agace un peu l’angélisme qu’on attribue à monsieur marcel qui ne s’appelle pas marcel,
            la sainteté d’ailleurs pourrait-on dire, il porte une auréole.
            Je ne sais pas si on l’aurait illustré de la même façon si ce visage avait été celui d’un pédophilie , par exemple.
            Car on ne connait pas tous les vices des gens, tu ne sais pas ce qu’il a fait de ses mains calleuses, où il a bien pu les fourrer, ce saint marcel.
            Je suppose que le grapheur est d’origine bourgeoise par ailleurs, faudrait faire une enquête.

            Pour moi tout cela est un peu du même ordre que de décorer son salon avec des photos de petits enfants africains, parce qu’ils sont tellement mignons ces petits animaux.

          • j’y reviens, ce regard esthétique sur les pauvres me fait penser à un message chrétien sous-jacent que nous n’avons toujours pas fini de questionner :
            la souffrance te sanctifie, la souffrance rend beau, pour être beaux comme des saints soyons souffrants.
            ( en gros )

            Ce qui ne fait qu’entretenir le mal si tu tends vers la beauté à mon avis.
            Si la beauté t’importe.
            Je nous souhaite d’être les plus laids possibles.

          • Tu n’as pas à me remercier, Anne Laure, c’est un plaisir.
            Ruffin s’adresse aux bourgeois de gauche, tout à fait.
            C’est la personnalité de gauche en ce moment Ruffin. Les gens ne sont pas sortis manifester lorsque c’était le moment. Comme il a du succès auprès de ceux qui auraient dû manifester et faire masse il s’adresse souvent à eux.
            L’idée aussi c’est de renverser le point de vue dominant sur ce qu’est la beauté. Que Marcel s’appelle Bernard et qu’il ait fourré sa main calleuse je ne sais où c’est pas la question. L’artiste (Swed Oner qui est d’Alès, tu as un article dans le midi libre daté du 05 février), passe un soir sur un rond point et aperçoit Bernard avec qui il avait bossé (maçonnerie). Trouvant injuste que cet homme ne puisse pas profiter de sa retraite après avoir travaillé toute sa vie il fait le graff : « Je veux montrer ce que l’on ne peut pas voir, la beauté de ces Monsieur tout le monde, Monsieur personne. La beauté, ce n’est seulement celle des publicités de savon ou de salle de sport. Et je veux peindre avec le moindre détail, les rides, cassures, grains de beauté, de ces visages abîmés par la vie. » Le graphiste et Ruffin/Perret ont le même combat, décrire une humanité méprisée qui ose s’exposer, s’afficher, le graff est politique aussi – « Oui, l’acte est politique mais ce n’est pas la base de mon travail et ce n’est pas mon rôle. Je n’aime pas les communautarismes et la politique en est un. Je mets simplement en lumière des gens par le fruit d’une rencontre dans une société qui s’éloigne de l’humain. On drague par internet, les machines remplacent les caissières et l’argent mène la danse. Mais les vrais rapports sont là, dans la discussion avec l’autre. »

          • ah d’accord, comme tu me l’expliques je comprends un peu mieux, qu’il s’adresse à ses amis de gauche qui auraient dû se bouger pour les gilets jaunes,
            c’est vrai que c’est un phénomène qui m’échappait jusqu’à ce que mon amie gilet jaune me dise l’autre jour qu’elle était dégoûtée de savoir quelques uns de ses amis de gauche restés au stade du dénigrement des gilets jaunes. Notamment un couple de profs, par exemple.
            Tandis que ma sœur me disait qu’elle n’irait pas voir le film de ruffin parce qu’elle était gavée de l’entendre se faire encenser par sa bande de potes, gauchistes précaires.
            Il y a plusieurs gauches, me dit-on à l’oreillette.

  10. Terminé hier le livre. Qui m’a donné l’envie de réécouter les Zabs, et en réécoutant me dire que tout était déjà là. Bravo pour l’audace, c’est un vrai boulet rouge ce livre. Livre rupture aussi, pas que mais quand même. Fier détenteur de tous les cds des Zabs que j’aime encore réécouter (et chanter par dessus quelle joie), abonné à Transfuge aussi (pour l’instant seulement), je suis forcément un peu triste. Comme si un pote venait de se séparer d’avec sa copine. Et puis depuis le temps que je l’attendais ce livre politique, bah là tu n’as pas fait les choses à moitié… Alors bravo pour l’audace, et impatient de voir la suite maintenant. « En attendant mieux! »

  11. Bonjour François,
    Dis-moi, d’abord, as-tu un canal de messagerie privée?
    Dis-moi, ensuite, ton histoire n’est elle un aveu d’impuissance?
    Y.

    • je ne comprends pas la question

      • C’est pourtant très clair

      • Dis-moi, le fait d’avoir écrit le livre « Histoire de ta bétise » n’est elle un aveu d’impuissance? Et peut-être, différemment, pourrais-tu écrire « Histoire de votre bétise » en t’adresssant aux prolétaires?
        Y.
        PS Je souhaite vivement pouvoir te communiquer d’autres choses (Yyyes@protonmail.com). Merci

        • Je ne comprends toujours pas la question.

          • Dans la même réflexion, je me suis demandé ce que tu avais gagné et perdu à écrire ce livre.

          • Pour moi, ce serait vraiment plus facile si je pouvais communiquer en privé via une adresse mail (temporaire eg. protonmail?)

          • Je donne très volontiers mon adresse mail, sauf quand je renifle un pénible
            Donc j’aimerais bien, au préalable, que tu clarifies ta question, afin que je sois sûr qu’elle n’est pas entachée de malveillance. Merci bien.

          • J’ai été cherché en bib « la blessure la vraie ».

          • La qualité de ce que tu produis me parait extraordinaire, et, par ailleurs, je perçois comme l’annulation de cette production. Dans le livre trouverai-je un début d’explication?

          • Pardon Yyves mais j’ai encore un peu de mal à te comprendre. Annulation de cette production?

          • Hypothèse: Je perçois ton livre comme un feu de bengale. Ton impuissance qui te détermine à l’allumer… et puis … et puis … et puis au bilan…

  12. on pourrait mettre le texte de laura en annexe de la prochaine édition de l’histoire de ta bêtise.

    C’est marrant parce que tout à l’heure à la caisse d’intermarché j’observais la femme qui se trouvait devant moi et je la trouvais bien louche avec ses petits sacs en cotons en guise de sacs de courses ( dont parle laura à la fin ) , ses produits de marques ( activia et chips de luxe ) et des billets de 50 qu’elle laissait tomber par terre de maladresse.
    Ma grande question finale était : mais pourquoi diable n’a-t-elle pas de carte bancaire ?

    Non mais parce que l’autre jour la jeune femme nerveuse qui agressait son fils adorable et qui payait en espèces je voyais bien le projet,
    mais elle , je voyais pas.

    • A quand un livre sur les po-bo ? Les pauvre-bohèmes qui vivent avec moins de 2500 euros par mois dans le centre de Paris et qui sont à découvert le 10 de chaque mois.Qui sont plutôt intellectuels mais qui n’arrivent pas à trouver leur place dans la société parce que la faute à pas de chance.Ils essaient de passer l’agrégation et le Capet mais n’y arrivent pas, alors ils travaillent en tant que profs contractuels en cdd précaires.
      Eh ! Mais je raconte ma vie là. Tout va bien, je vais bien …

      • plus généralement il faudrait écrire un livre sur la prolétarisation de la classe moyenne, dont les profs, déclassés, vacatarisés, sont de très bons exemples
        sans compter l’injonction oxymorique qui les déprime : émanciper des élèves

        • Les classes moyennes et populaires sont le tiers-état de l’abbé Sieyès pendant la révolution et qui représentaient 98 % de la population. Aujourd’hui ils représentent environ 70 % de la population et selon une étude du cabinet Mc Kinsey (très libéral), 70 % de cette population a vu ses revenus stagner ou baisser ces 10 dernières années.
          Monsieur Bégaudeau, je suis très impressionné par votre érudition. Michel Onfray et Alain Finkielkraut ne vous arrivent pas à la cheville. Vous avez des analyses économiques très pertinentes.Etant professeur en économie et gestion (préparant l’agrégation) je m’intéresse depuis longtemps au capitalisme et à la mondialisation de l’économie.
          Le problème de la bipolarisation du marché du travail dans toutes les économies (développées et non développées)vient d’un fait majeur des années 70 qui est la fin des accords de Bretton Woods et de l’instauration (injonction) du consensus de Washington comme horizon indépassable, institué par l’économiste libéral John Williamson faisant ainsi la synthèse des idées de Milton Friedman, Hayek et Gary Becker.

          • Vous me surestimez en économie, mais il est certain sûr que dans ce domaine ne je risque pas la cocurrence d’Onfray ou Finikie, qui ne daignent pas tremper dans ces vils affaires.
            Je connais )à la fois bien et mal cette affaire de la fin des accords de Bretton Woods, mais au fond quelles sont les forces agissantes dans l’affaire? Qui a oeuvré pour qu’il en soit ainsi? J’en appelle à l’économiste.

          • Les forces agissantes sont celles qui animent les milieux industriels et financiers.En décembre 71, les américains ont cassé unilatéralement les accords les Bretton Woods qui garantissaient la convertibilité or de leur monnaie. Dès les années 60, l’inflation et le déficit commercial les ont contraint de réagir ou plutôt de surréagir en se permettant d’émettre de la monnaie indéfiniment (plus que ne leur permettent les réserves en or)car ils ne voulaient pas dévaluer leur monnaie.
            Ils ont contraint des pays comme l’Allemagne et l’Angleterre à réévaluer leur monnaie, ce qui a conduit à une dégradation de leur commerce extérieur et une récession dès 1973.
            Grâce à la fin de ces accords, ils ont installé définitivement leur domination sur l’économie mondiale grâce à leur arme fatale qui est le dollar.Ils ont ouverts ainsi les vannes de la finance dérégulée et libéralisée.

          • C’est ce que je voulais t’entendre confirmer. Merci.
            Tu connais Annie Lacroix-Riz?

          • Oui, je la connais un peu. Je l’ai déjà écouté dans l’émission interdit d’interdire. Elle fait partie d’une organisation qui se réclame du marxisme leninisme. C’est pas trop ma tasse de thé. Je suis plutôt marxiste-libertaire.

          • moi de même, mais ses analyses historiques t’intéresseraient je crois

        • Sans oublier ceux qui vivent avec 300 euros net/mois et qui ne sont ni des profs, ni des artistes et même pas des bacheliers. Ceux-là personne n’en parle. Et pourtant ce sont eux qui sont en première ligne des violences et des privations capitalistes. Bref, quand la classe moyenne précarisée prendra un peu moins de place dans les médias, on découvrira des pans entiers de la société, occultés depuis des décennies, de gens, de familles qui n’ont jamais accédé à toute cette merde méritocratique ( l’enculerie idéologique suprême ! ) dont les gogos se gargarisent, avec leurs diplômes à la con ( la « science », la justification de leur salaire ! ), tout juste bons à leur donner droit à une place plus confortable dans la division du travail mais, avec pour effet de les rendre bête et passifs, eux et leurs chiards, quand ils en ont l’impudence de proliférer. Cette pensée faible de la classe moyenne trouillarde face au déclassement est jouissive, elle indique clairement que tous les salopards qui ont voulu croire aux billevesées de l’égalité sociale par l’exploitation des autres, est terminated. Tant mieux. Que crèvent les classes moyennes,ce ventre mou du compromis social passé sur le dos des classes sous-prolétaires.

      • Cher miguel , je te raconte un petit cas socioprofessionnel pour te remonter le moral :
        l’autre jour je papotais avec une jeune stagiaire aide-soignante d’une vingtaine d’années , vive d’esprit et affirmée ( ou l’inverse ), elle me raconte qu’elle avait été caissière à hyperu , elle galère pas mal niveau thunes et compte en fait bien plus que d’obtenir le diplôme d’aide-soignante , être reçue au concours de surveillant pénitentiaire, pour les raisons suivantes :
        – le CHU embauche des aides-soignants mais le temps d’arriver à un CDI est très long.
        – il y a peu de postes disponibles à l’hôpital psy ( ce qui l’intéresserait en premier lieu ).
        – la formation de surveillant pénitentiaire dure moins de 9 mois, est rémunérée 1500 euros par mois, contre 600 euros celle pour devenir aide-soignante.

        • Hé bien prolétaire à 2500? Je (sur)vis avec 700 euros par mois. 15 ans de chômage et de petits cdd tous au SMIC malgré mon joli bac +5 mention TB en aménagement territorial… Retourné vivre chez sa mère encore une fois à 36 ans. j’essaie de glâner quelques euros en écrivant articles et chats sur internet. Reconnu adulte handicapé psy…Quel horizon ?800 /mois? Bien à vous tous camarades

          • Bien à toi Luc

          • Merci François!

      • Et elle a écrit sur quoi ?

        • Son tube c’est Le choix de la défaite : sur la façon dont le grand capital français organise la venue du fascisme tout au long des années 30.

          • Merci pour le tuyau. J’ai envie de le lire.
            J’ai lu un livre il y a quelques mois d’un de mes anciens profs de Nanterre : » L’Homme économique : Essai sur les racines du néolibéralisme ».Peut-être ça pourrait t’intéresser.

          • Tu me pitches un peu?

          • Ce n’est pas un livre sur le capital mais as-tu lu « De Caligari à Hitler » de Siegfried Krakauer ?

          • Un livre écrit par Christian Laval. En gros, ça commence avec les jansénistes, puis c’est développé par Adam Smith et Mandeville, et enfin par Jeremy Bentham.Voici un lien vers une petite fiche de lecture : https://journals.openedition.org/lectures/24181.

          • et je ne sais pas , miguel, si tu as repéré sur le réseau récemment l’apparition de barbara stiegler,
            qui prolonge de boulot de christian laval ( ou complète ) , qui prolongeait le boulot de michel foucault, qui prolongeait le boulot de je ne sais qui.
            C’est un travail d’équipe.

            ps : sinon nous avons le petit grégoire chamayou aussi qui fait le boulot.

          • qui prolonge le , boulot, pardon je suis très fatiguée, chuis arrivée au bout de mon potentiel.
            Arrrgrrglll, j’ai mouru.

          • nan c’est pas vrai je suis pas morte , mais je fais des expériences avec mon corps en ce moment :
            alooooors, voyons voir ce que ça fait de pas prendre de vacances pendant 4 mois.

            la prochaine fois je tente 6.

    • pierre aussi a construit une annexe pour la prochaine édition de l’histoire de ta bêtise, et ça lui a demandé beaucoup de travail.

  13. BABABABABA!! François BRAVO! J’ai vu toutes tes interviews, tu es le penseur radical et libre notre temps. Pauvre Proust était bien léger et vacillant. Bravo pour ce livre que j’aimerais voir lu par tant de monde cool et friqué. Tu es d’une puissance et d’une expression d’une rare puissance et précision.

    • Si je suis d’une puissance d’une rare puissance, alors je suis pas mécontent.

  14. @François Bégaudeau:

    2 gros gros chantiers de réflexion effectivement François:

    – pourquoi la réaction l’emporte ?
    Parce que les réactionnaires sont plus forts en abstraction dis-tu; évidemment je suis dubitatif. Cela serait-il simple ? Je vais y réfléchir donc …

    – Quel est le « bon angle » de lecture du réel ?
    Les situations selon toi ? Mais qu’entendre par la ? Sous quel angle le plus efficient interpréter les situations ?
    Les représentations ne seraient aussi qu’abstraction pour toi ? Et donc quoi elles seraient sans contenu réel ? Mais alors qu’est ce qui a un contenu réel dans l’existence humaine ?
    Oui j’assume mais reste prêt à y réfléchir et en discuter : les représentations me paraissent être une clé de lecture pertinente du réel.
    Par contre très clairement je fais une distinction entre principes si on y donne une connotation morale et représentations.

    • Cher Alban,
      je t’offre un philosophe noir que je trouve passionnant,
      enfin je dis que je te l’offre mais il faut tout de même payer si t’es pas abonné.
      C’est pas cher payé.

      • Oups pardon Anne-Laure je n’avais pas vu ton message merci (jamais trop tard). Mais je dois t’avouer je connais déja bien Norman … il était chez Taddei ce soir d’ailleurs ou notre bon ami François a déja été 2 fois …

        https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire/61129-existe-t-il-en-france-un-racisme-d-etat

        je n’ai pas regardé l’émission mais ca promet avec notre chère amie Judith et face à eux putain quand même un mec du FN (oué je sais c’est RN mais je m’en fous c’est la même engeance) et Hadrien Mathoux un journaliste (?) fils à Papa (le célèbre foufooteux Hervé) à Marianne, ce truc qui schlingue, co-auteur d’une récente « fameuse enquête » titrée « L’Offensive des obsédés de la race en gros et en plus petit du sexe, du genre, de l’identité …
        Je vous jure je suis très loin d’être un adepte des solutions violentes mais là franchement il y a des torgnoles à la Depardieu qui se perdent. Bref notre ami Norman attention c’est quelque chose Anne-Laure je vais faire un peu de publicité, c’est de la radicalité d’antiracisme politique en barre (que d’aucun, par exemple Marianne, et si il n’y avait qu’eux, ont d’ailleurs l’outrecuidance de qualifier de raciste …): c’est la Fondation Franz Fanon, le parti des Indigènes de la République, la pensée décoloniale (Ramon Grosfoguel, François Vergès et bien d’autres …) beaucoup ont été invités par Taddei :
        Félix Boggio Ewanjé-Epée
        https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire/55697-interdit-interdire-gilets-jaunes-sont-ils-tout-ce-que-on-dit-qu-ils-sont
        , Louisa Yousfi
        https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire/60677-vivons-nous-sous-regne-politiquement-correct

        Vergès chez Taddei, ici
        https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire/59057-interdit-dinterdire-feminisme-ligue-lol-autres-scandales

        • hé bé , je te remercie Alban pour cette émission de taddei , je me sens comme un marin breton qui vient de traverser une tempête,
          on voit que taddéi prend radicalement partie pour judith et norman, ça me fait rigoler,
          je trouve que judith était très bien dans ce rôle qui s’accorde avec sa vraie vie,
          et à force d’observer norman je me confirme qu’il est un homme timide.
          Ce que je trouve le plus intéressant du débat , pour le moment , c’est le mec RN , je sais plus son nom. C’est une psychologie à étudier qui me semble assez simpliste et assez banale , on va pas se fouler, qui me semble être dirigée tout droit vers la trouille.
          En conclusion je me mets cet article à lire sous le coude pour plus tard.

          • elle était très bien dans ce rôle qui s’accorde avec sa vraie vie ?
            Heuuu tu la connais ? Et pis quel rôle ? Et pis quelle vraie vie ?
            mmmm sinon Jean Messiha pfffff exemple parlant de la puissance des effets sur la psyché humaine de l’idéologie raciste; j’utiliserai ici l’expression triviale: cela retourne le cerveau ! Une marque du niveau d’aberration de sa production discursive; le mec se fait toute une gloriole d’avoir vu son prénom de naissance francisé comme marque « d’adoubement » à la citoyenneté française; sa femme s’appelle Rania …

          • beuh non Alban, je la connais pas , mais elle parlait de son métier de prof en seine-saint-denis ( si je me souviens bien du lieu tu me prends à rebours j’ai un peu oublié : banlieue parisienne avec des arabes et des noirs musulmans quoi, d’où qu’elle en tire une expérience réelle à propos du voile porté par les gamins et c’était très pertinent ).

            Pour jean messiha, connaissais pas son nom merci, j’avais l’idée que petit garçon il est était tout freluquet, petit garçon tout faible surprotégé par maman , habillé comme en 1952, moqué à l’école, qui n’a pas d’amis, le fayot.
            Qui dit rien qui est tout rageux à l’intérieur.
            Du genre gargamel : je me vengerai un jour , je me vengerai.
            Il est incroyablement fermé sur lui-même ce mec :
            Ce que je vis je le fais appliquer aux autres.
            Ma loi interne fera loi universelle.
            De la graine de tyran en somme.

            A chier , nul , zou : au goulag.

          • le voile porté par les gamin-es ,
            pardon j’ai loupé

          • et tu vois, je reviens sur mon analogie féministe, je suis têtue avec ça depuis que j’ai écouté norman fascinée,
            mais je pense que d’être arabe et d’écouter jeannot messiha doit faire le même effet à une féministe écoutant une femme soumise faire l’apologie de la dépendance au mâle.
            Je ne sais pas.
            Je pose la question.

          • je pose la question mais on saura jamais parce qu’on n’a pas le même type de corps.

    • avertissement : il faut passer outre le maquillage de merde de judith bernard en se disant que oui bon , madame fait du théâtre (en vrai je veux dire),
      toujours remettre dans le contexte, c’est la règle.

    • et alors je ferais une remarque qui peut paraître obscène, mais j’y repensais en m’endormant hier soir, tout ce que me raconte ce philosophe noir me ramène au fait que j’ai un corps de femme.
      Alors que j’y pense pas trop habituellement.
      Sauf quand j’ai mes règles.

      Et que je me lave les seins sous la douche.
      Je fais : oh mais kessesséça ? ah oui c’est vrai.

      • Salut Anne-Laure et salut François !
        Avez-vous lu « Le nouvel esprit du capitalisme » de Eve Chiapello et Luc Boltanski. Eve Chiapello était ma responsable lorsque j’étais étudiant à l’Ehess. Elle complète l’oeuvre de Althusser et Foucault ainsi que celle de Christian Laval.

        • Ben décidément miguel, tu en avais des profs célèbres.
          Moi, en espagnol, j’avais Monsieur Colomer ( prénom Ernesto j’imagine ).
          Il nous racontait que l’intérieur des tarentules était comme de la mayonnaise. Je te jure que c’est intéressant.
          En français , même pas en espagnol.

          Je ne connais pas ton livre et ça me fait beaucoup de livres à lire dis donc, je n’aurai pas le temps, pas le temps bisserait michel fugain.
          Je suis sur le livre Sapiens de Yuval Noah Harari en ce moment , j’en suis à l’histoire de la monnaie.
          En parallèle je cherche à comprendre le grand succès de cet ouvrage, qui , j’ai vu ça hier, se trouve dans les meilleures ventes de livres en france. Mais ce n’est peut-être pas contenu dans le livre.

          En tous les cas c’est pas inintéressant, il a fait un bon boulot de recherches le mec.

          • merci MA mais je lirai pas tout de suite parce que j’aime bien jouer.
            Il y a un article sur Sapiens dans le monde diplodocus aussi j’ai repéré.
            Que je lirai ensuite.

          • Merci à toi pour l’article du monde diplo que j’ai trouvé. Et aussi pour Pierre Souchon.

          • ben décidément , c’est le jour des remerciements aujourd’hui, serait-ce le jour du bonheur ?
            j’y repensais en allant mettre de l’essence dans ma bagnole,
            dans le sapiens j’ai au moins un indice qui explique pourquoi c’est un bouquin recommandé par obama ( dixit mon père, qui n’a pas lu le livre d’ailleurs, ai-je appris dernièrement, entre parenthèses de l’entre parenthèses ) : il y a une photo de lui à l’intérieur.
            Et un commentaire sur : remarquer la sobriété vestimentaire du mâle dominant d’aujourd’hui.
            ( comparée aux plumes des chefs indiens d’Amérique, par exemple ).
            Si faut narcissiser les gens pour qu’ils aiment les livres maintenant, où va le monde je te le demande.

          • remarquez, plutôt

      • T’es trop marrante toi … s’il y a du vrai à prendre au sérieux ici pour moi ca sent le refoulement ou alors tu es « cérébralisée » au point de vivre dans une univers poético-conceptuel que je n’arrive même pas à imaginer en vérité …

        • ben on peut dire que je refoule la plupart du temps l’idée qu’on puisse me considérer comme un être inférieur parce que j’ai un corps de femme.
          Sauf que l’autre jour je devais me cogner une formation incendie avec les collègues et le mec qui nous formait en soldats du feu, un mec genre viril droit dans ses bottes à l’humour de merde, devait faire monter les extincteurs à l’étage supérieur du bâtiment.
          Alors il a dit, alors que j’étais toute proche de lui : messieurs si vous voulez-bien prendre les extincteurs.

          Merci pour le tuyau Norman chez taddei , je regarderai , mais ça promet d’être un massacre qui va nous énerver, comme tu dis.

        • mais sinon, là où je me rends compte que j’ai un corps de femme , et je viens encore d’en faire l’expérience, c’est lorsque je vais en ville et que je croise les regards pétillants des vieux types de plus de 50 ans,
          mais c’est peut-être qu’ils me prennent pour un pédé.

  15. Gentil toutou Jean-Marc il aura son pti nonos.

    On a beau faire même si on est pourtant prévenu depuis belle lurette mais quand même c’est dingue cette capacité que ces petits soldats du système ont à trouver n’importe quoi à dire pour chercher à disqualifier les propos qui critiquent radicalement le mode de pensée bourgeois.
    Mais bon ne baissons pas la garde de la lucidité critique : l’enjeu est énorme ; il en va de la conservation bourgeoise.

    Le bottage en touche magistralement culotté du bonhomme quand tu lui demandes d’où il parle lui et donc parler publiquement pied à pied avec toi :
    C’est simple si le gars n’était pas prêt à parler de lui, alors qu’il te fait cette critique sur des contradictions qu’il verrait chez toi sous prétexte que c’est toi qui fait un livre « pour être vendu » oû tu parles de toi, et bien il n’aurait pas dû publier cette critique. Ca me parait d’une inéquité éthiquement questionnable. Je t’avoue que c’est un sentiment un peu primaire sur la forme habituelle de la critique à propos duquel je n’ai pas beaucoup réfléchi.
    Toi qui a exercé tes talents dans les cadres de ces formes là de la critique sans doute as-tu une autre opinion …

    Par ailleurs Taddei te dit une connerie vers la fin ; une connerie qui selon moi reflète son manque de lucidité de par sa condition bourgeoise.

    « … et que de toute façon, notamment chez les intellectuels – c’est facile à la limite pour un prolétaire d’être à la gauche de la gauche – pour un intellectuel, pour un ptit bourgeois, pour la classe moyenne, c’est toujours compliqué ; on est empêtré dans les contradictions … »

    L’air de dire que de nombreux prolétaires, même ceux tenant des positions radicalement de gauche, seraient moins sujet aux contradictions.
    Il veut parler de toi certes mais quand même cette formule me semble révélatrice.

    Je me demande si Taddei ici ne relève pas aussi un peu de ce que tu dénonçais : des préoccupations liées à la mauvaise conscience du bourgeois cherchant à faire croire et à se persuader lui-même qu’il est, bel et bien quand même un peu quelque part, de gauche, en tout cas pas une caricature de bourgeois.

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