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Histoire de ta bêtise, préface

TA BÊTISE INTACTE

D’abord comme il se doit j’ai pensé à ma gueule. Quand en novembre les Gilets jaunes sont apparus pile au moment  où Histoire de ta bêtise venait de partir à l’imprimerie, j’ai d’abord craint pour le livre. J’ai croisé deux fois les doigts : une première fois pour que ce mouvement capote vite et ne change rien à la carte politique que le livre parcourt ; une second fois pour que, tant qu’à durer, il n’aille pas jusqu’à dégager Macron et sa garde macronienne. Pas avant le 23 janvier 2019, date de publication. Après, oui, avec plaisir, avec joie. Vers fin février. Mi-mars, allez. Le temps que le livre ait sa petite vie.
Le 15 mars l’insurrection, et d’ici là 50000 livres vendus + le prix Romain Bardet du meilleur essai.
La superstition paye. Le pouvoir a tenu bon. Macron et la bourgeoisie qu’il incarne et sert sont toujours d’actualité. Tu occupes le terrain, mieux que jamais. Tu as sauvé ce livre qui ne t’aime pas.
Mieux :  tu l’as justifié. Ton attitude devant ce mouvement lui a offert une illustration inestimable et gratuite.
Rarement, ces dernières années, t’aura-t-on vu si transparent, si lisible dans tes intentions, tes intérêts, tes affects. Les gilets t’ont révélé. Tu t’es montré tel que tu es ; tel que je te peins.
Tu as montré ta peur constitutive.
Ta passion première de conserver a depuis toujours pour corollaire ta peur. Ta peur d’être dépossédé. Et puisque tu ne consentiras jamais à te dépouiller comme Saint François ou Pauline Lamotte, tu auras peur toute ta vie.
On a vu ta peur en gros plan, on a vu ce qu’elle te fait faire. Les réflexes policiers qu’elle communique à ton petit corps fier de sa minceur en chemise. Les blindés sur les Champs-Elysées. Les yeux perdus. Les mains arrachées.
Et ta bêtise.
Ce livre qui l’affiche en titre tache d’établir la généalogie de ta bêtise, son parcours neuronal, sa chimie. Comment ça marche? Comment un cerveau bien fait comme le tien en vient très régulièrement, et plus souvent encore en période de panique, à se rétrécir ?
Au cas où elle ne me serait pas apparue antérieurement, au cas où je n’en aurais pas encore compris les tenants, tu m’as offert, ces deux derniers mois, cent occasions de compléter ma compréhension du phénomène.
Je reviens sur l’une des plus exemplaires.
Courant décembre, un thème s’invite dans le mouvement, celui du Référendum d’Initiative Citoyenne. Beau thème non? Complexe, vaste, infini comme la quête démocratique. Toi qui depuis ton ordi trouvait les Gilets Jaunes bas-de-plafond, tu devrais te réjouir qu’ils relèvent le niveau du débat public que tes fondés de pouvoir ont tant avili. Et te fournissent l’opportunité de réfléchir toi-même à la démocratie réelle, toi qui ne l’as jamais fait, toi qui t’accommodes des institutions existantes – elles ont été conçues par et pour toi.
Certes, à ce stade, je ne me fais pas d’illusion : pour la raison que justement les institutions existantes ont pour objectif ta conservation, ton hypothétique réflexion, on le sait déjà, n’ira pas loin. Tu trouveras de bonnes raisons de légitimer le statu quo, de réaffirmer que le régime actuel est le moins pire (le moins pire est ton mantra) et qu’à cet égard mieux vaut ne pas risquer de le déstabiliser. Mais du moins auras-tu eu à te creuser les méninges pour réfuter ceux qui promeuvent le RIC, à l’argumentaire bien  charpenté. Ca aura fait à ton cerveau une petite sortie conceptuelle hors de l’étroit périmètre conservateur où tu l’incarcères.
Or non.
Même pas
Même pas une ou deux heures de pensée.
Tout de suite, et comme tu le fais pour tant d’autres sujets, tu as trouvé le moyen de ne pas penser. Le moyen t’est tombé dessus, comme une providence, comme une entorse au genou la veille d’un cross de collège. Il tenait en sept lettres :  C,H,O,U,A,R,D.
Ce nom t’est venu par l’intercession de Ruffin. Avant cet épisode, tu n’avais jamais entendu parler d’Etienne Chouard, pas même en 2005 où tu te contentas de l’information dispensée par tes organes officiels, mais tu connais Ruffin, car Ruffin a une visibilité médiatique – de la gauche radicale tu ne connais que ce qui en apparait dans tes médias, c’est-à-dire à peu près rien. Dans un discours de mi-décembre, Ruffin, soutien des Gilets jaunes de la première heure, Gilet jaune avant l’heure, remercie Chouard d’avoir contribué à installer le RIC au centre des revendications, et c’est ainsi que tu découvres ce nom.
A ce stade, le scénario vertueux a encore sa chance : il t’est encore loisible de profiter de la circonstance pour rattraper ton retard, pour découvrir les ateliers constituants que Chouard organise depuis dix ans, et de te reporter à ses nombreux écrits et conférences  sur le tirage au sort, sur la démocratie représentative comme oxymore, sur la constitution qui ne doit pas être rédigée par ceux qu’elle est censée contrôler, sur le gouffre entre élire et voter, etc. Du grain à moudre. Plein d’os à ronger.
Or : non plus.
Dès l’entrée du vaste domaine embrassé par la réflexion de Chouard, une rumeur soigneusement colportée par tes pairs te dispense de t’aventurer davantage. Il paraitrait que Chouard a une ou deux fois dit qu’il ne s’interdisait pas de discuter avec Soral. Pour toi c’est une raison suffisante de ne pas l’écouter. Tu ne savais rien de Chouard, tu n’en sauras rien de plus. Rien de plus que sa notation dans ton barème moral. Quelque chose comme 2 sur 20. On ne discute pas avec Soral, point. Et toi tu ne discutes pas avec celui qui ne refuse pas catégoriquement de discuter avec Soral. Tu as des principes. Tu as du capital et des principes. Tu as les principes de ton capital.
On a reconnu les deux étapes de la fabrication de ta bêtise :
1 déport de l’attention du message vers le messager – a fortiori quand tu pressens la dangerosité pour ton ordre du message.
2 disqualification morale, et non théorique, du messager, par son association avec d’autres précédemment disqualifiés. Soral est d’extrême droite, donc Chouard qui un jour ne l’a pas condamné fermement l’est aussi un peu, donc Ruffin qui vient de saluer Chouard l’est aussi un peu, donc l’idée du RIC sent mauvais à son tour, et par extension l’instauration de consultations référendaires mènerait mécaniquement aux régressions morales que réclame le peuple reptilien et homophobe et antisémite et pour la peine de mort (ici, retwitter Victor Hugo, « souvent la foule trahit le peuple »)
Et moi qui ici mentionne Chouard et Ruffin ne serais-je pas aussi, par translation, un complice objectif de Soral? Ne serais-je pas un peu pour la peine de mort?
Non décidément tu as de bonnes raisons de ne pas t’attarder dans la réflexion sur le référendum, ou devant le site de Chouard, ou dans les pages de Fakir, ou sur la présente page. Tu vas vite retourner chez toi regarder une série en mangeant des sushis livrés.
Ne te méprends pas. Je ne suis pas ici en train de promouvoir le RIC (que par ailleurs je promeus), ni de purifier Chouard (qu’il pense puissamment me suffit), ce n’est pas de RIC ou de Chouard que je parle en l’occurrence mais de toi. De la bêtise qui est le précipité de ton tenace refus de penser. De l’impossibilité de penser à laquelle te condamne ta condition -bourgeoise.
Admettons, tiens, que Chouard ce libertaire radical soit un peu  fasciste, que Ruffin ce gauchiste radical soit un peu fasciste, que moi-même qui ne revoterai que lorsque Didier Super se présentera je sois un peu fasciste. Admettons que ton radar moral ait eu raison de capter des particules soraliennes dans les corps d’Etienne, François et François. Rions un peu et admettons. Il resterait ceci, qui seul m’intéresse en l’espèce et qui seul devrait t’alarmer : tu as encore perdu une occasion de penser. A nouveau tu t’es roulé dans la morale comme d’autres dans la farine (tu te ridiculises, tu n’as pas d’estime pour toi), et ton cerveau à nouveau a chômé.
Chimie de ta bêtise : tu possèdes, donc tu veux conserver, pour conserver tu fliques ce qui te menace, et tant que tu fliques tu ne penses pas.
On voit que ta bêtise t’est consubstantielle. Elle durera autant que tu dureras, c’est à dire longtemps, car durer est ton métier. Beaucoup d’années encore s’écouleront avant, que, disparaissant, tu frappes de péremption ce livre.

couv histoire de ta betise


637 Commentaires

  1. Chez Taddei (petit cachottier va !) 25ème minute, pause : pulvérisé, à renvoyer dans ses pénates le petit mec de Slate.fr à la pige; quelle merde comme les autres journaux de la bourgeoisie ce canal d’information !
    Allez j’y retourne pour le coup de grâce sans doute …

    • merci Alban. Intéressant l’air emmerdé de Taddei au bout d’un moment face au niveau tristement affligeant des interventions de ce monsieur Proust. S’agissant de sa prestation ça pourrait s’appeller Comment j’ai tout fait pour éviter de parler du contenu du livre.
      https://youtu.be/nVx4OEzs0yU

      • on peut remercier taddéi d’avoir laissé cette espace à françois mais alors c’était tout de même une situation très étrange, où un seul type accepte de venir, et pour à peine regarder françois en face, et pour parler de lui à la troisième personne.

      • sur le sujet de l’éducation des enfants où tout le monde était d’accord, putain j’en reviens pas :

        « Sur les inégalités, je ne mettrais pas la responsabilité dans la main de l’Etat. Nous sommes une société aristocratique égalitaire. Tout le monde est pour l’école publique, mais tout le monde essaye d’emmener ses enfants vers les meilleurs établissements » @EmmanuelMacron

  2. @elo:

    tu me demandes quels très intéressants éclairages de l’histoire je trouve très cohérents et très puissants, chez Cousin.
    je te conseille, pour une 1ère approche, la conférence en 2 parties que j’avais déjà indiqué. je là remets ici:
    https://www.youtube.com/watch?v=grjbFtB2dJI
    https://www.youtube.com/watch?v=nVexkrIX1KM

    si, après cela, tu souhaites plus d’éléments, je pourrai te conseiller d’autres vidéos.

    • @guillaume: ah ouais t’as raison, il est intéressant à suivre ce francis ,
      j’ai pas encore tout écouté, mais j’avoue qu’au bout de trois minutes à cause du ton de sa voix et du contexte de la vidéo je me suis demandée si c’était pas alain soral déguisé avec une perruque et des lunettes,
      et ça me faisait même pas peur,
      je suis à moitié amoureuse de vincent lapierre de toutes façons tu vois bien, j’essaye de résister mais faut dire qu’il est sacrément séducteur.

    • @guillaume: ben je viens de finir la partie un et je comprends mieux ce que tu tentais de nous transmettre,
      j’ai jamais lu marx alors je ne pourrais pas dire qu’il se plante en nous expliquant les textes,
      tout cela me rappelle un marxiste que j’avais écouté sur hors-série et t’as de la chance il est gratuit sur youtube. L’un des rares intellectuel dont j’avais entendu qu’il fallait aller jusqu’à détruire l’argent pour se sortir de cette affaire. Que c’était ça ou rien.
      Mais bon, de la part de francis cousin j’ai plutôt l’impression qu’il reste dans l’idée volontairement , pas dans le passage à l’acte.
      Je comprends qu’il veut surtout parler du machin de l’être , je sais plus comme il dit.
      Bon, sinon j’ai pas trop apprécié qu’il traite les gens du NPA de couillons, j’ai fait : non mais dis hé , oh !

      ps : je suis hyperfrustrée parce que je suis totalement hermétique au concept qui a l’air tellement central de la baisse tendancielle du taux de profit,
      tu pourrais me l’expliquer trois cent mille fois avec des schémas des flèches des légendes et tout et tout , je comprendrais pas mieux.
      Je suis ainsi faite.
      Pas faite pour être marxiste quoi.

    • @guillaume: limite des fois je me trouve louche, je me demande si je suis pas faite pour être patriote.

      • je trouve qu’une partie des explications d’Anselm Jappe, dans l’interview que tu m’indiques, est un peu limitée. mais il y a par ailleurs des choses intéressantes: la nécessité d’abolir l’argent, notamment. il explique aussi qu’il y a des contradictions chez Marx, qui s’expliquent par le fait que Marx est à la fois un homme de son temps, et un « passeur » intemporel; un Marx exotérique, et un Marx ésotérique. le coté le plus intéressant et le plus radical de Marx étant le Marx profond, le « passeur » intemporel, le Marx ésotérique. Cousin parle un peu de cela aussi.

        concernant le point NPA = couillons, voici une confirmation parmi d’autres:
        https://www.atlantico.fr/decryptage/80375/medef-gauche-immigration-de-travail-laurence-parisot-npa-claude-gueant-regroupement-familial-

        PS: oulà! si tu te demandes si tu n’es pas faite pour être patriote, présente-toi immédiatement en section hygiène pour le stage de rééducation. £:^)

        • Tu pourrais expliciter l’équation NPA = couillons à travers l’exemple et l’article que tu donnes ?…ça ne me semble pas si évident que tu le dis.

          • si si moi je comprends le côté couillon du NPA, même si je pige pas tout de cet article, qui date de 2011, parce que c’est le genre d’article d’infos politiques qui me gave en deux secondes, alors je lis en biais.
            C’est pour parler de la part favorisante à l’immigration du NPA pour donner à manger de l’africain pas cher au patronat.
            Je ne sais comment mieux le formuler , mais, certes, le NPA est un parti bourré de maladresse dans la forme mais il faut bien se rendre compte qu’il n’a aucune pouvoir ,
            il s’oppose par principe je dirais,
            ( ici pour ne pas contrôler les frontières )

            moi il me font bien rire, c’est mes copains.
            Je ne surveille pas toutes leurs aventures mais je ne crois pas qu’ils aient obtenu le moindre petit résultat de leur force d’opposition au gouvernement.

            En gros c’est un peu de la perte de temps de s’exciter sur le NPA qui est un tout petit parti ( à 2 % quand même , c’est la parti de la loose c’est le mien , mais je suis tellement de la loose que j’ai même pas ma carte )

          • j’ajoute que philippe poutou est mon unique ami facebook,
            j’ai de temps à autres de ses nouvelles :
            – fifi à la manif pour les migrants
            – fifi à la manif des féministes
            – fifi à la manif antifa
            etc
            je lui ai jamais dit, mais par devers moi je pense tendrement : bon, quand t’auras fini de faire le guignol.

        • Tu ne rates décidément aucune case, Guillaume. Le coup de l’extreme gauche et du Medef complices dans l’immigration, et bien sur le coup de « l’armée de réserve ». Faux nez marxiste destiné à recouvrir un refus de l’immigration qui est un d’un autre ordre.
          Ou bien fais-moi mentir, Guillaume. Dis moi que l’immigration en soi ne te dérange pas, qu’elle ne te gêne qu’en tant que le travailleur immigré est une aubaine pour le capitalisme
          Je reformule en question : que le travailleur immigré constitue pour le capital une aubaine, est-ce le seul grief que tu adresses à la migration des travailleurs?
          Moi je ne crois pas. Ce qui te gêne aussi, c’est que les migrations altèrent les souches et déséquilibrent les communautés de l’etre. C’est cela qui t’embête fondamentalement. Comme toute pensée du même -pensée identitaire, au sens profond- est emmerdée par la différence, ou plus précisément, la différance (le fait de différer)
          Ainsi je te vois patauger un peu sur l’individu, qui est par nature (par définition) un élément différencié. Un coup tu me dis que l’individu est une invention du capitalisme, un autre coup qu’en fait la communauté de l’être admet des individus. Ce second coup me rassure, mais alors il faut revenir à notre question initiale : si un corps et un cerveau individués, c’est à dire différant en partie du même de la souche, manifeste le désir de s’émanciper totalement de la communauté de l’être, quel sort lui réserve-t-on? Par exemple si une femme n’a pas envie d’enfanter, dérogeant à un invariant anthropologique de la communauté de l’être, à savoir la pulsion de perdurer, que se passe-t-il? On la soutient dans son émancipation ou bien on l’engage à rentrer dans le rang? On salue son individuation achevée, ou bien on lui demande de mettre son désir individuel en sourdine?
          Et quel sort réserve-t-on à l’homosexuel dans la communauté de l’être?
          Tu me diras peut etre que dans la communauté de l’être il n’y a pas d’homosexuel. Diras-tu cela? Soyons concrets, un peu. Ne soyons pas comme le très brillant et très abstrait Cousin.

          • dans la seconde partie de la vidéo de francis que j’avais commencé a regardé ce matin , les questions/réponses , nous avons une question sur l’immigration et c’est pas inintéressant.

          • et t’as remarqué aussi Guillaume : quand le NPA demande la régularisation de tous les sans papiers, le MEDEF est d’accord aussi ( ah moins que ce soit l’inverse, on s’y perd, on s’y perd !). Bah oui ! ils aimeraient tellement les déclarer et les payer correctement.

            là-dessus deux docs pas mal :
            On vient pour la visite de Lucie Tourette
            On a grévé de Denis Gheerbrandt

          • deux très bons docs, surtout le premier, qui m’ont aidé à écrire En guerre

          • @François Bégaudeau:

            visiblement l’immigration est un sujet très sensible.
            montrer que soutenir l’immigration de masse c’est faire le jeu du Medef, ça fait réagir. c’est pourtant une évidence.
            depuis au moins 40 ans en France, les personnes sérieuses de gauche, avec un peu de fond et de bon sens, savent que l’immigration de masse est un problème. je vais donner un exemple marquant:
            https://www.youtube.com/watch?v=LG2BA9SxClM

            l’immigration de masse est un processus du capitalisme.
            « le système capitaliste développe aussi les moyens de tirer plus de travail du salarié, soit en prolongeant sa journée, soit en rendant son labeur plus intense, ou encore d’augmenter en apparence le nombre des travailleurs employés en remplaçant une force supérieure et plus chère par plusieurs forces inférieures et à bon marché, l’homme par la femme, l’adulte par l’adolescent et l’enfant, un yankee par trois Chinois. » (Marx)

            maintenant, après cela, s’il y en a chez qui ça ne provoque toujours pas d’interrogation, je ne vais pas insister. je ne souhaite pas polémiquer. chacun voit les choses comme il veut.

            pour toi, refuser l’immigration de masse, c’est rejeter la différence.
            ne vois-tu pas comme cette position est étriquée et incomplète?
            certes il y a des gens qui ne veulent pas d’immigration parce qu’ils n’aiment pas les étrangers.
            mais on parle de choses sérieuses là. sur un plan sérieux, refuser l’immigration de masse c’est refuser un processus capitaliste destructeur.

            et évidemment, le fait que l’immigration de masse déséquilibre les sociétés accueillantes (mais aussi les sociétés d’où partent les immigrés!) est un problème. encore une évidence. ce qui est étrange c’est d’être content que des sociétés soient déséquilibrées (certains esprits retords pourraient même vouloir ce déséquilibre pour supposément hâter la destruction de la société de consommation, du capitalisme – façon de faire qui me paraît très dangereuse).

            non, je n’ai jamais dit que l’individu est une invention du capitalisme. tu ne fais pas attention.

            j’avais déjà répondu sur la volonté de s’émanciper de la communauté:

            rien n’oblige un membre à rester dans la communauté. il y reste parce qu’il a envie d’y rester. si par hasard il voulait se séparer de la communauté, il pourrait le faire. (mais il me semble que vouloir se séparer de la communauté est un cas pour le moins assez rare)
            déjà quand on est avec des amis proches c’est rare de ressentir ce groupe d’amis comme étant aliénant et coercitif, alors imagine dans une « communauté de l’être »…

            je complète ma réponse:
            s’il arrive qu’une femme n’a pas envie d’enfanter, on respecte son choix, tout simplement.
            s’il y a des homosexuels (oui il peut y en avoir, évidemment), on les respecte tels qu’ils sont, tout simplement.

            enfin, je ne me trompe pas d’ennemi. l’ennemi ce n’est pas l’immigré. l’ennemi c’est l’argent. et en abolissant l’argent, on aboli tous les processus capitalistes (dont l’immigration de masse).

          • 470 commentaires plus tard, il y a là matière à faire un nouveau bouquin? De nombreuses perles dans vos réponses, mais qu’il devient compliqué de suivre tellement il y a en a (et en plus le scroll de mon PC ne marche plus). dès que mon taux de bourgeoisie remonte un peu, je saute sur vos écrits et ça redescend aussitôt: ça devrait être remboursé par la sécu.

          • Désolé François je vais être un peu brutal voire méprisant je sais et je ne me sens pas vraiment à l’aise dans cette disposition d’esprit mais bon il faut savoir parfois lâcher prise, faire fi des scrupules. Tu me demandais dans ton post du 12 mars dernier, dans la suite de tes échanges avec Guillaume, comment je voyais les choses politiquement quant au réel et à la situation. Je ne vois pas assez clairement ce que tu me demandes ici avec cette question « Quelle est la situation ? » Il faut pourtant que j’arrive à comprendre ce que tu me demandes.
            Sinon du point de vue de mon analytique politique je vois les choses en terme de représentations. Je ne me vois pas combattre des individus mais des représentations que des individus véhiculent, expriment voire cherchent à propager (il ne faut pas être naïf); avec une boussole : une conception de l’égalité que j’ai essayée de définir dans un ou 2 pots précédents; donc des représentations inégalitaires contre lesquelles je souhaite me mobiliser. Rechigner à accepter l’idée que des noirs africains pourraient ne serait-ce que circuler sur le territoire défini comme la France alors qu’il y a à peine 80 ans les hommes blancs pouvaient circuler en maître dans de nombreux territoires d’Afrique me parait relever de la plus pure inégalité principielle.

            J’en viens à l’objet de mon post ici: ok tu aimes discuter je vois la chose tu veux minimiser pour toi les risques de bêtise d’accord et ce n’est pas un détail pour moi mais à quelques endroits ici ca schlingue fort. Alors oué je sais on arrête de penser quand le magistère moral s’impose et c’est pas bien certes mais n’empêche qu’on continue à faire de la politique. Ma question: çà ne te fait pas chier quand même quelque part d’être lu, écouté et apprécié par des personnes qui ne semblent pas avoir de complexe à exprimer des représentations glacées face à la misère d’autres personnes qui ne sont à priori pas de la même « communauté culturelle » qu’eux, et j’euphémise beaucoup nezpa (j’ai vu tes interrogations sur la question de l’homosexualité entre autres). Pourtant ca n’est pas faute d’avoir ouvertement laisser entendre que tu te situais dans le cadre d’une pensée de gauche radicale. Je ne sais pas je ne comprends pas comment il peut y avoir malentendu à ce point là ou alors il s’agit d’autre chose …

          • tu poses une question et y réponds :
            la question : « çà ne te fait pas chier quand même quelque part d’être lu, écouté et apprécié par des personnes qui ne semblent pas avoir de complexe à exprimer des représentations glacées face à la misère »
            la réponse : « Pourtant ca n’est pas faute d’avoir ouvertement laisser entendre que tu te situais dans le cadre d’une pensée de gauche radicale. »

            Par ailleurs il ne m’a échappé que toi Alban et les sinistres fachos que tu détestes à bon droit avez au moins un point commun : vous êtes très obsédés par les mots, les « représentations » comme tu dis, les principes. Le réel est, entre vous, le tiers absent. Et c’est ainsi que ça dure depuis des décennies : les sociétaux de gauche et les réactionnaires de balancent des idées et des représentations à la gueule. Pour quel résultat? Victoire évidemment des seconds, plus forts en abstraction puisque articulés autour de fables comme la patrie, les racines, etc.

    • guillaume,
      je continue avec la partie deux , c’est très intéressant mais je fais une pause parce que tu trouves pas que francis a un sourire de ragondin ( ou castor , ou ras musqué ) ?
      J’étais troublée.

      • @ guillaume
        « depuis au moins 40 ans en France, les personnes sérieuses de gauche, avec un peu de fond et de bon sens, savent que l’immigration de masse est un problème. je vais donner un exemple marquant »…et là tu convoques Georges Marchais !
        Tu souhaites donc l’arrêt de l’immigration de masse (quelle immigration de masse, d’ailleurs ?). Mais en attendant ce jour que tu souhaites tant, que fais tu des immigrés sans papiers et exploités qui sont ici ? Tu les aides à obtenir des droits ? Tu les renvoies chez eux ? Tu décides pour eux qu’ils vivraient mieux dans leur pays d’origine ?

        • pour ma part je suis toujours à l’écoute des ouvriers, chômeurs , sdfs , qui me parlent des migrants dont le statut serait favorisé par le gouvernement, qui leurs prennent leurs boulots font baisser les salaires ont les meilleurs accueils sociaux , les meilleurs places dans les foyers les Emmaüs etc ,
          dans mon cerveau ça fait : tac. Je retiens.
          Je ne juge pas. Je ne ressens pas de haine, je ne m’énerve pas.
          Parce que c’est bien par ici que tout a commencé, le front national et tout ce qui s’en suit et c’est très intéressant.

        • et d’ailleurs, on en parle pas suffisamment alors que c’est le lieu, mais j’ai trouvé que le meilleur passage de l’histoire de ta bêtise est celui qui parle des migrants.

        • ( et l’autre passage que je préfère c’est l’ensemble de phrases avec le mot sioux et on me reconnait bien là )

    • et sinon tu crois pas que c’est un p’tit peu une connerie son idée que les chasseurs-cueilleurs n’étaient pas spécialisés ?
      j’étais déjà sceptique lorsqu’il parlait de tout le monde qui connaissait toutes les plantes ( dans la partie un ) ,
      et là je vois qu’il insiste pour appuyer son raisonnement, mais je crois qu’il vrille la réalité à son avantage,
      c’est pas joli joli.

      • oui dans Rahan c’est le sorcier qui connait les breuvages magiques qui soignent
        ou les femmes amoureuses de Rahan, qui le recueillent en piteux état et le remettent sur pied

        • à propos de rahan , savais-tu que les néandertaliens étaient blonds ?
          ben on les a massacrés.

          • quel dommage
            un beau grand blond bien charpenté …

          • plus beaux et plus costauds, pour ça qu’il fallait s’en débarrasser.

    • non mais parce que tu vois tout de suite me vient à l’esprit l’existence des chamans ,
      et comme francis nous parle des aborigènes d’australie je te laisse chercher dans ce texte, s’il y avait chamans , ou pas.
      Par extension on peut imaginer que les individus avaient des talents différents selon leurs personnalités.
      Je ne sais pas.
      ça me donne envie de me replonger dans le livre sur les sapiens.

      Après je comprends bien ce qu’il veut dire par : pas de maîtres d’un savoir. Je suis d’accord.
      Le chaman subit ce que le monde des rêves, exprime à travers lui.

    • ces histoires de chamans me rappellent l’un des passages du livre la condition anarchique ( de frédéric lordon ) que j’avais particulièrement aimé, où il parle de comment les sorciers acquiert leurs pouvoirs surnaturels ( surnaturels entre guillemet te dirais simone, weil ),
      je m’en souviens plus très bien, par la croyance de son groupe social qui lui fait croire que ,
      lui n’y croit pas,
      il se prend au jeu,
      il se met à croire qu’il a des pouvoirs ,
      et il a des pouvoirs.

      Jésus de Nazareth ?

      c’est un sujet qui m’intéresse depuis longtemps je dois dire, vu que dans ma famille du vanuatu il avait des sorciers qui se servaient de leurs baignoires pour y accueillir des crocodiles de mer.

    • je reviens guillaume, te construire une petite conclusion après avoir vu la fin de la vidéo numéro deux.
      – plutôt rassurée d’entendre francis dire qu’on n’arrête pas l’histoire, qu’on ne revient pas en arrière, je suis d’accord.
      – je comprends son idée de la communauté de l’être, même si je vois pas l’idée de la communauté, j’aurais dit plutôt des relations sur le mode de l’être , pas de l’avoir ,
      je veux dire si l’on veut l’exercer en pratique,
      c’est à dire que j’entends bien cette idée depuis longtemps sinon je ne ferais pas le métier ( mal payé ) que je fais : infirmière en psychiatrie ( si tu savais pas ).
      Sur ce sujet je peux témoigner, par exemple , qu’aujourd’hui, sur mon jour de repos, mes pensées ne sont pas dirigées vers une question de : mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir m’acheter aujourd’hui ?
      mes pensées vont vers une personne que j’aimais beaucoup, et c’était réciproque , qu’on a vu agoniser et mourir de son insuffisance respiratoire ce week-end.

    • et je reconclue derrière la conclusion, j’ai pas de limites,
      je vais dire quelque chose que j’ai déjà certainement formulé sur ce site, je radote comme une mémé,
      mais , chose étrange car cela se trouve enfermé par le cadre du travail ( dont on sait qui fait le cadre ),
      je ne vois pas qui d’autres que les soignants sont les mieux placés pour comprendre l’amour chrétien, je veux dire que ce ne serait pas juste une idée mais de l’acte.
      C’est peut-être juste ma courte vue conditionnée par ma situation existentielle qui me fait croire ça tu me diras.

      • @anne-laure:

        plusieurs commentaires:

        oui, maintenant que tu le dis, Cousin à un peu un sourire de ragondin. £:^)

        au sujet des nombreuses choses que dit Cousin sur l’histoire, si l’on veut savoir réellement ce qu’il en est, il faudrait lire les travaux sur ces sujets. chose que je n’ai pas fait. je ne peux donc ni confirmer ni infirmer. je note juste que le propos se tient, et il colle avec certains petits aspects de l’histoire que j’ai creusé de mon coté.

        c’est peut-être exagéré de dire que les soignants sont les mieux placés pour comprendre l’amour chrétien.
        ceci dit, je ressens souvent que beaucoup de soignants ont une humanité « en plus » par rapport à la personne lambda. c’est assez touchant. ce « plus » est sans doute en partie dû au fait qu’ils sont au contact avec la vie et la mort sans la plupart de ses « filtres ». ils sont proches du coeur des choses, du réel, du concret. là où il est beaucoup plus difficile de tricher. ils savent mieux ce qui est vraiment important et ce qui est futile.

        PS: à travers certaines de tes réponses, je vois que tu ne te braques pas. c’est chouette.

        • c’est peut-être exagéré de dire que les soignants sont les mieux placés pour comprendre l’amour chrétien.

          oui je reconnais que j’exagère. J’aime bien me prendre pour jésus, ça me procure de l’assurance.
          Faudrait fouiller d’ailleurs s’il n’y a pas dans d’autres religions quelqu’un d’équivalent à jésus au niveau de la radicalité de celui qui combat l’argent qui se fait toujours le maître.
          Histoire de contrer un peu francis qui a l’air tellement sûr de lui,
          avec son sourire de ragondin.

        • guillaume, je reviens te faire comprendre un petit quelque chose à propos des soignants et je ne sais pas si c’est intéressant pour toi , tu me diras,
          mais vécu de l’intérieur , ce qui est assez troublant dans le métier de soignant c’est qu’on se retrouve à avoir des relations très puissantes avec des gens qui ne sont pas de nos proches ( pas des amis pas de la famille ).
          C’est assez tordu quand j’y pense.
          mais tu vois cela me fait donc penser à ce que francis et toi racontez sur les communautés de l’être.

        • et attends, parce que j’ai pas fini je suis pénible, il y a quelque chose sur la communauté de l’être qui me laisse perplexe,
          c’est à dire qu’on entend bien la question d’un mode relationnel qu’on aurait perdu par la force de l’organisation capitaliste , qui, je ne sais plus comment dit cousin , nous rend comme des épaves,
          je pense qu’on voit tous à peu près de quoi il s’agit, il nous arrive dans la vie d’être en relation vraie avec les autres et c’est rare mais on voit bien.
          Mais il faut remettre nos corps dans le contexte historique et je crois que c’est une illusion, par le biais d’idéaliser ce qu’on ne connait pas, de croire qu’un monde sans argent, sur le mode de l’être serait idéal sur le plan des relations.
          Je veux dire par là, je réexplique parce que je crois que je suis pas claire, qu’on idéalise, on désire, ce mode de relation puisque justement il est rare, et donc précieux.

          mon conseil lecture du jour est l’éthique de spinoza.
          Gratuit sur le net aussi.

          bisoubisou

        • autre chose, ah on croit que je vais partir et je pars jamais je suis comme la misère.
          Imaginons un monde d’amour chrétien, dans le partage et sans argent.
          J’invite une personne a partager un poulet rôti. Est-ce qu’il n’y a pas un moment où je vais commencé à soupçonner cette personne d’être avoir moi juste pour bénéficier de la moitié du poulet ? et qu’au fond ce qui se construit de relation est faussé.
          Est-ce qu’il n’y a pas un moment où je me dirais qu’il faudrait créer l’argent pour clarifier les choses sur le plan relationnel. On paye chacun 4 euros 56 du poulet et ainsi nous savons que nous sommes ensemble parce que nous avons envie d’être ensemble, et non pour en tirer quelques avantages personnel. On dirait presque de l’amitié.
          Ainsi nous revenons au tout début de notre échange où tu m’interpellais sur la question de l’intérêt de l’argent.

        • et là tu te rends compte qu’on a peut-être créé l’argent pour consolider les liens d’amitié.
          C’est donc l’amitié qu’il faut détruire.
          bam, ah bah ça nous tombe dessus on l’avait pas vu venir.

    • mais sinon c’est assez fascinant d’entendre que karl marx, homme du XIXème siècle, avait tant fait travailler sa pensée sur les mécanismes du capitalisme qu’il décrit ce qui se passe en ce moment, au XXIème siècle.
      Notamment sur ces histoires de bonshommes qui s’accrochent au programme libéral , par la croyance à la loi du marché , du mondialisme ,
      tandis que d’autres bonshommes s’accrochent aux nations, s’accrochent aux frontières ( qui , comme il nous le rappelle sont des constructions libérales contre les communautés de l’être ),

      tant on sent que la désintégration approche.

  3. @elo:

    tu me demandes quels très intéressants éclairages de l’histoire je trouve très cohérents et très puissants, chez Cousin.
    je te conseille, pour une 1ere approche, la conférence en 2 parties que j’avais déjà indiqué. je la remets ici:

    si, après cela, tu souhaites plus d’éléments, je pourrai te conseiller d’autres vidéos.

  4. En passant…
    Il y a deux livres auxquels j’associerai bien « Histoire de ta bêtise », qui seraient les uns aux autres complémentaires, deux livres dont la lecture m’avait enthousiasmée aussi, c’est « Que faire des classes moyennes ? » de Nathalie Quintane, et « Le guide du démocrate » de Jean Charles Massera.

  5. Bonjour François Bégaudeau,

    En espérant que vous ayez le temps de lire ce message et d’y répondre :

    Cette semaine par le biais d’une émission, je viens de faire une belle rencontre, une très belle rencontre. La vôtre. Quel délice de vous avoir vu remettre à sa place ce pseudo-journaliste Cohen sur la 5 ! Plus sérieusement, votre rigueur intellectuelle, votre ton incisif ainsi que votre lucidité m’ont interpellé, sans flagornerie aucune ! J’ai ensuite écouté vos autres interviews et vais sûrement acheter votre nouveau livre. A travers ces vidéos, j’ai appris à me connaître, comprendre mon parcours et ma méfiance vis-à-vis de la bourgeoisie.

    J’ai deux interrogations pour vous par rapport à ce que vous dites dans vos interviews, la première est : vous étiez prof de français et moi je suis prof d’anglais, c’est peut-être ce qui nous différencie en terme de références, mais comment vous situez-vous par rapport au courant romantique anglais, à la pensée anglophone sur le marxisme et l’anarchie ? A chacune de vos références, effectivement je me sens idiote parce que je n’ai pas encore lu Flaubert, Rimbaud ou Diderot… Quant à Bourdieu, un jour faudra m’y mettre. Mais vous, que pensez-vous des poèmes de William Blake, des textes des sœurs Bronté, du poète Samuel T. Coleridge ? Des penseurs tels que T. Adorno ou W. Benjamin ? En tant qu’écrivain, où vous situez-vous ?

    Deuxième question qui en découle un peu. Généralement, je n’écoute pas les écrivains qui sont interviewés parce que je les trouve toujours moins bons que leurs livres… mais j’aimerais cependant vous connaître en tant qu’écrivain, quel texte me conseillez-vous ? Quel est votre plus « beau » texte ? Ou celui qui est le plus abouti ? Celui qui représente la quintessence « Bégaudeau » ? Avez-vous déjà écrit votre « chef d’œuvre » ? Je ne sais pas quel terme poser… En tout cas, j’espère que vous aurez compris mes questions et qu’elles ne sont pas trop redondantes !

    Au plaisir de vous lire,

    • @AnneZ: (je me glisse là discrètement parce que je me suis posé la question du chef d’œuvre. Je me suis demandé si précisément En guerre, la dernière bouture, n’était pas le chef d’œuvre de Bégaudeau. Et comme ça n’est pas évident c’est sans doute que la réponse est non. Mais on retrouve la structure begaudienne qu’on avait vu dans La blessure la vraie ou dans Molécules. Et on a une sorte de concentré de drôlerie bégaudienne, une intensité dans chaque phrase qu’on imaginerait mal qu’on puisse faire plus efficace. A titre personnel je recommanderais En guerre parce que c’est celui où j’ai le plus ri. Mais les autres sont très bien aussi 🙂 je referme la parenthèse)

    • Comme dit à peu près par ailleurs, je peux juste signaler En guerre comme quintessence -ou D’ane à zèbre, dans un tout autre registre, et dans une toute autre probabilité de le trouver encore en librairie. Pour le reste, je vous laisse butiner.
      Mon chef d’oeuvre est prévu pour aout 2029.

      Mon inculture n’ayant d’égale que mon génie, je connais à peine Blake, n’ai jamais lu Coleridge ni aucune des Bronte, et ne pourrai que délivrer quelques banalités sur Adorno et Benjamin.

    • @AnneZ: quelles oeuvres de Blake vous conseillez ? Je ne connais pas non plus.

      • @Jérémy: Je vous conseillerai : Le mariage du ciel et de la terre ainsi que Chants d’innocence et d’expérience. Tout un programme rien que dans les titres!

        Blake illustrait lui même ses poèmes, donc dans l’idéal prenez une édition avec la reproduction des gravures.

        J’ai étudié Blake vers 23/24 ans, j’étais juste fascinée! C’était sublime! Bonne lecture!

        • @AnneZ: Oops! Le mariage du Ciel et de l’Enfer

          • @AnneZ: Il y a aussi l’album d’Etienne Daho Les chansons de l’innocence retrouvée en hommage à Blake.

  6. Bonjour,

    Merci pour ce livre que j’ai adoré et qui retrace presque tout ce que je pense.

    Bien que la sortie ait coïncidé seulement avec le mouvement des Gilets Jaunes je constate que celui-ci a permis aux tiers absent d’être un peu moins absents du débat le rendant enfin plus représentatif.

    Je confirme le ras le bol, le mien c’est sûr; des bourgeois, du petit bourgeois gentilhomme étriqué et de sa bourgeoise.

    Prévoyez-vous bientôt une rencontre publique ?

    Merci !

    • mercredi, il y a une rencontre au Centre Paris anim’ Montparnasse
      je ne sais pas s’il y sera beaucoup question de la Betise, mais le temps de parole est conséquent

  7. Cher François,

    Je ne vous avais jamais lu ni, a priori, écouté, avant cette matinale du week-end sur France Inter, qu’en principe je n’écoute plus, surtout les jours ouvrés. Un choc. Pas votre propos en soi, mais : votre propos sur cette antenne, radio organique de la bourgeoisie cool (je ne vole pas vos mots hein, j’essaie d’en faire bon usage – vous me corrigerez là-dessus). J’ai lu alors très vite votre livre et laissé passer un peu de temps. Il m’est depuis revenu régulièrement en tête, accompagné de quelques questions.

    Histoire de ta Bêtise a essentiellement prêché un convaincu (et c’est très agréable), j’ai beaucoup aimé en particulier les passages sur l’esthétique et le cool, et le rappel que tout ça commence très tôt… Ces passages m’ont rappelé la dictature du bon gout vestimentaire et musical qui régnaient dans mon collège et mon lycée, à peu près aux mêmes années que vous. Convaincu, donc, sauf peut-être sur l’essentiel : la bêtise. Le terme me semble un peu court ou alors – c’est très probable j’ai lu trop vite ou trop mal.

    J’ai, en tout cas, mal saisi dans quelle mesure les comportements et les réflexes de cette bourgeoisie – qui peuvent m’apparaitre ‘bêtes’ à moi, non bourgeois – relèvent vraiment de leur ‘bêtise’, au sens du manque d’intelligence. Ces bourgeois sont a priori soumis aux mêmes biais de perception que la population générale. Vous évoquez d’ailleurs la question de la conscience de classe chez ces bourgeois. L’analyse marxiste montre la difficulté à élever la conscience de classe chez celles et ceux qui en auraient tout intérêt et, sauf erreur, elle ne l’assimile pas à la bêtise du prolétariat non organisé. Doit-on chez les bourgeois, qualifier de bêtise leur non conscience de classe, alors qu’en plus et contrairement aux classes dominées, ils en plus ont tout intérêt à ne pas en prendre conscience ou à la nier s’ils venaient à en prendre conscience ?

    Dans le même ordre d’idée, l’analyse de Bourdieu montre à quel point la formation des habitus des groupes sociaux échappe à leurs membres, y compris grâce à l’école. On reproche rarement aux dominés leur-non conscience de ces processus et on la qualifie rarement de bêtise. Doit-on le faire pour les bourgeois, qui du fait du capital qu’ont investi leurs parents et la société sur leur éducation et des années qu’ils passent notamment dans l’enseignement supérieur ont peut-être encore moins de chance que d’autres d’échapper à ce déterminisme de classe ?! (Et pas de méprise hein: je ne plains pas ces enfants bourgeois !).

    Y a-t-il donc une bêtise qui se distinguerait de ces biais (non conscience de classe ou de l’habitus de classe) et qui soit spécifique à la bourgeoisie ? ou bien doit on qualifier ces biais, partagés par les membres d’autres classes, de bêtise du fait de l’appartenance à la classe dominante ? Dans ce cas, la qualifier de bêtise ne revient-il pas à poser un jugement moral, ce que les marxistes, me semble-t-il, essaient généralement de dépasser ? Ces questions n’appellent pas de réponse ici de votre part, j’imagine qu’on a dû vous demander 20000 fois votre définition de la bêtise bourgeoise depuis la sortie du livre… (Je ferais peut être mieux de de le relire quand on me l’aura rendu).

    Au-delà de ces questions bien sûr, il y a des bourgeois authentiquement bêtes (ou ayant des réactions bêtes), j’en croise tout les jours dans mon université, temple de l’intelligence… Dans d’autres milieux aussi: au moment de poster ce texte je tombe sur le texte de Mr S. Kaganski sur le site de Transfuge… illustration magistrale de la brutalité d’un bourgeois cool lorsqu’il réagit à une attaque… faut il le prendre au premier degré ? dans ce cas là il illustrerait également la bêtise du bourgeois cool (et peut être y a-t-il là d’autre ressorts plus personnels, puisque vous semblez évoluer pour partie dans le même milieu). Ou alors, puisque précisément vous évoluez dans le même milieu, s’agit t-il d’un happening, un texte à lire au 2e degré tant il tombe dans tous les ecueuils décrits dans Histoire de ta Bêtise ?

    Encore merci, en tout cas, pour ce livre très réjouissant.
    Arnaud

    • Bonjour Alban.
      Je précise la bêtise -qui n’est pas du tout l’ignorance de sa classe. S’il arrive fréquemment, voire toujours, qu’un bourgeois nie sa classe, son corps lui est très au courant, son corps est imbibé de ce savoir et ordonne à peu près tous ses gestes en fonction de ce savoir.
      La betise propre de la bourgeoisie (elle n’a certes pas le monopole de la betise) tient à sa position sociale de possédant, qui lui greffe dans le ventre la passion de conserver, laquelle limite considérablement le champ de la pensée. Le bourgeois, même en pensée, ne s’aventure jamais dans les zones conceptuelles qui délégitiment l’existant. Or la pensée, si elle mérite ce nom, est par nature déstabilistrice, par nature séditieuse. Sinon elle n’est pas de la pensée, elle est la projection-légitimation de ce qui est. Le bourgeois ne pense pas non parce qu’il EST bête mais parce que sa condition et la passion inhérente à cette condition le lui interdit – comme on interdit à ses enfants de trainer longtemps hors de la propriété.
      Observer la betise patente de la bourgeoisie ne relève pas du jugement moral. C’est une donnée aussi objective que ses fringues, ses moeurs. Elle est bête comme elle respire. Elle est bête comme la souris craint le chat. Chacun voit bien que le texte de Kaganski, qui n’est pas du second degré, est bête. Chacun le plaint, et rêve de l’abolition des classes pour le tirer de là.

      • @François, Arnaud:

        La bêtise propre de la bourgeoisie (elle n’a certes pas le monopole de la bêtise) tient à sa position sociale de possédant, qui lui greffe dans le ventre la passion de conserver, laquelle limite considérablement le champ de la pensée. Le bourgeois, même en pensée, ne s’aventure jamais dans les zones conceptuelles qui délégitiment l’existant.

        Un exemple me vient aussitôt à l’esprit. Une collègue me parle souvent en détail de ses garçons ados, de leurs difficultés au lycée ou avec leurs petites amies, leurs interrogations sur leurs études, leurs résistances à ses injonctions (ne pas se coucher trop tard, limiter les jeux videos, ne pas manger n’importe quoi, etc). Elle me demande conseil souvent et souvent je relativise, je dédramatise, lui dis qu’ils sont grands. Elle me dit que ça l’aide et se montre reconnaissante. Quand elle m’interroge, beaucoup plus rarement, je lui parle un peu des miens.

        En réponse à sa question – « qu’est-ce qu’il devient ? » -, je lui dis un jour que mon fils de 17 ans, en rupture scolaire alors qu’il était « bon élève » aux yeux de l’institution, vient d’aller passer une semaine ou un peu plus je ne sais plus sur la Zad de NDDL. Je m’apprête spontanément à lui raconter l’expérience riche – de son point de vue – qu’il a vécue là-bas, découvrant la biodiversité exceptionnelle des lieux menacée par l’aéroport, aidant aux champs ou aux travaux divers les locaux et rencontrant aussi des gens de passage fort sympathiques (un étudiant allemand spécialiste de spinoza, une jeune instit en congé sabbatique, etc).
        Je m’apprête donc à lui faire part de ce que par son expérience il m’a fait moi-même un peu découvrir par son récit.
        Mais dès le mot Zad prononcé, avant même que je mentionne ne serait-ce que le quart de tout ça, elle me dit, en fronçant les sourcils : « pour Vinci c’est embêtant que le projet d’aéroport soit arrêté. Cela leur cause du tort économiquement. Ils avaient gagné l’appel d’offres quand même, c’est illégal cette occupation ».
        Et c’est tout. La conversation est terminée.

        On peut donc la résumer à:
        Elle – que devient ton fils ?
        Moi – il vient d’aller passer quelques jours sur la Zad de Nantes.
        Elle – c’est embêtant pour Vinci cette histoire de Zad. Ils perdent de l’argent.

        Inutile de dire que ce qu’elle pensait à la fin, elle le pensait au début. Impossible pour elle de changer de braquet ne serait-ce que pour considérer d’autres entrées sur ce dossier que la préservation des intérêts économiques de Vinci.
        (Son père était chef d’entreprise en province, elle a fait de brillantes études, prépa littéraire à Henri IV, grande école, etc.)

        • Juliette j’adore ton exemple
          très parlant

        • @Juliette B: hé ben dis donc , elle donne une belle impression de massacre de chair humaine ton anecdote,
          ce qui n’est pas sans me rappeler que l’argent à l’origine est un moyen pour se libérer les uns des autres, pour casser les relations sociales aliénantes du temps des primitifs ,
          de ce point de vue on peut dire que c’est une grande réussite.

          • @anne-laure:

            eh oui, l’argent détruit les relations humaines:
            https://www.youtube.com/watch?v=rf-rywOPEyo

          • @guillaume even: heu oui, merci pour ce petit point schématique sur musique douce,
            mais à l’origine on n’en pouvait plus du lien social, de toutes ses obligations et ses sacrifices individuels , alors nous voulions nous libérer du groupe.
            Il y a un moment où il faudrait peut-être savoir ce que l’on désire, merde.

      • @François Bégaudeau:

        C’est parfaitement clair. En plus du grand plaisir que j’ai eu à lire une brillante description de la bourgeoisie 2.0, j’ajoute ce paradigme de la bêtise bourgeoise dans mon petit arsenal… Merci !

        PS. Le texte de S.B. sur Transfuge est effectivement énorme (de bêtise) et, naïf provincial, j’ai vraiment cru à la possibilité d’un happening. Dommage qu’il soit mal écrit, il aurait pu faire une post-face amusante à une future édition de L’histoire de ta Bêtise…

        • Tu me donnes une idée, Arnaud

          • @François Bégaudeau:

            Un pastiche du texte de SK pour la version poche?

          • @François Bégaudeau: Le texte tel quel suffit, non ? Comme il a déjà l’air d’être un pastiche…pas fastoche de faire un pastiche de pastiche, par contre l’augmenter de quelques phrases du même tonneau, ça peut être tentant !

          • @François Bégaudeau: Ravi… et flatté de donner une idée !

        • @anne-laure:

          à l’origine?
          il me semble qu’à l’origine l’homme vivait dans des communautés non individualistes. on a vu des vestiges de cela chez les indiens d’Amérique et d’Amazonie, par exemple. l’état d’esprit était radicalement différent de l’état d’esprit de l’occidental moderne aliéné. le groupe était épanouissement, car chaque individu vivait pour le groupe, dans l’altruisme, dans le don (ce qui ne veut pas dire que c’était parfait dans la communauté). on ne peut concevoir cela si on reste dans un schéma mental moderne (mental moderne par définition aliéné… par le capitalisme, par l’argent… d’où l’individualisme, etc…).

          mais je ne suis pas expert de la question. il faudrait lire sérieusement les grands travaux sur le sujet. Pierre Clastres par exemple.
          on ne peut avoir une opinion sérieuse de la question tant qu’on n’a pas fait ce travail.

          un exemple de communauté non capitaliste, non aliénée:
          https://www.youtube.com/watch?v=h7sXjOEnvgs

          oui, il faut savoir ce que l’on désire. mais pour savoir ce qui est désirable, il faut d’abord qu’on ai une connaissance correcte des choses, du monde, de l’histoire.

          cordialement

          • @guillaume: merci, il était intéressant ton petit film, et c’est une belle histoire au niveau de la perte de la foi de l’américain ( pour passer à une autre forme de foi ? ) ,
            j’aime bien le moment du bébé cochon qui croque la coquille vide d’œuf d’alligator.
            t’sais quoi ? ça me donne envie de voir le film the mission, film de 1986 dont ma sœur me parle tout le temps :

            – ahlala ça m’fait penser à Mission, tu l’as vu ?
            – nan j’ai pas vu, enfin j’crois pas

            6 mois plus tard :

            – ahlala ça m’fait penser à Mission, tu l’as vu ?
            – nan j’ai pas vu, enfin j’crois pas

            etc en boucle à l’infini

            moi j’ai prévu de lire le bouquin Sapiens qui, parait-il, m’expliquera le début du capitalisme,
            mais je sais pas trop si c’est fiable,
            tu as beaucoup de versions de l’histoire ( et selon les plis idéologiques des historiens ) , faut faire le tri, rester critique.

            ps : pour l’histoire du sacrifice de l’individu pour la cohésion du groupe , je l’avais trouvé dans le suicide d’Émile Durkheim mais je me souviens plus très bien des détails ( et surtout je suis trop crevée par le travail pour réfléchir ) , on le trouve en libre service sur le net. Bouquin passionnant , facile à lire, avec plein de statistiques rigolotes.
            Pierre Clastres oui, je vois à peu près de quel bouquin il s’agit. Pas lu.

            Cordialement

          • @guillaume: re-ps : mais c’est passionnant l’anthropologie hein ?
            si j’étais un chat et que je pouvais alors me taper plusieurs vies je me ferais bien un vie de recherches en anthropologie-sociologie-philosophie.

          • @guillaume: re-re-ps : je te conseille ce film au passage, film entièrement inuit que ma sœur m’a fait voir, la même sœur que celle de the mission décidément.

          • @guillaume: mince , j’avais oublié :

            Cordialement

          • @anne-laure:

            oui, la perte de foi de l’américain je la vois aussi comme un passage à une autre forme de foi. ou plutôt comme un approfondissement de sa foi (il s’est dépouillé d’une forme dépassée (pour lui) pour aller plus à l’essentiel)

            le film Mission je l’ai vu il y a longtemps. j’ai de vagues souvenirs, comme beaucoup de choses que j’ai vu ou lu. £:^) mais il me reste un sentiment d’expiation, d’absolu, de foi et de grâce qui s’en dégage. évidemment j’ai beaucoup aimé ce film.

            oui, il y a beaucoup de version de l’Histoire. mais c’est comme tout: plus tu creuses, plus tu dégages des faisceaux d’indices qui vont renforcer telles versions plutôt de telles autres, tels auteurs plutôt que tels autres, des incohérences ici, du manque de sérieux là, etc… petit à petit tu commences à cerner les choses, les auteurs, les points forts, les points faibles, … et tu acquiers peu à peu une vision cohérente. (qu’il faut toujours être prêt à remettre en question, car on est jamais à l’abri d’une nouvelle révélation puissante)

            clin d’oeil humoristique: notre époque ténébreuse nous aide: les grands médias ont atteint un tel niveau de mensonge que l’on sait d’avance que la vérité se trouve à peu près à l’opposé de ce qu’ils racontent…

            enfin, j’ai regardé le film que tu m’as conseillé, Atanarjuat.
            c’est un beau film. et la sobriété de l’expression orale des personnages est touchante.
            c’est intéressant comme cette histoire, cette culture, qui est mise en scène, est à la fois si éloignée de nous, et si proche de nous dans les fondamentaux humains (méchanceté, sexualité, beauté, amour, désir, jalousie, peur, adultère, meurtre, …).

            cordialement

          • @guillaume: je n’en reviens pas que tu aies pris le temps de regarder mon conseil de film inuit,
            je n’en reviens pas de ta gentillesse,

            je ne me souviens plus très bien du contenu mais il m’avait fait comme tu le racontes,

            j’ai toujours pas vu Mission ( et pas : the mission, c’est un autre film ) parce que je ne le trouve pas, ni sur universciné ni sur netflix , ni sur les sites de streaming que je suis nulle à chercher.
            Je vais finir par demander à ma sœur de m’envoyer sa K7 VHS par la poste,
            et le magnétoscope qui va avec.

          • @anne-laure:

            je n’ai pas vraiment de mérite, j’ai du temps.
            et puis ce qui compte c’est de prendre en compte ce que dit l’autre, dans la mesure du raisonnable. sinon ce n’est pas un dialogue, c’est 2 égos qui soliloquent.
            en plus j’ai aimé ce film, donc c’est moi qui te remercie.

            pour Mission, si tu es intéressée pour télécharger ce film,

            c’est pas bien. cela contrevient à la loi française.

            et si tu peux te servir d’un logiciel de téléchargement de « torrents » (utorrent par exemple),
            alors voici un lien de téléchargement « magnet link »:
            magnet:?xt=urn:btih:b270b1e1af1e37d2cbaba8173d37395045723b9d&dn=The+Mission+1986+720+BRRip+x264-x0r&tr=udp%3A%2F%2Ftracker.leechers-paradise.org%3A6969&tr=udp%3A%2F%2Fzer0day.ch%3A1337&tr=udp%3A%2F%2Fopen.demonii.com%3A1337&tr=udp%3A%2F%2Ftracker.coppersurfer.tk%3A6969&tr=udp%3A%2F%2Fexodus.desync.com%3A6969
            je te mets les sous-titres français ici:
            http://ti1ca.com/mv0pabbj-The.Mission.1986.720.BRRip.x264-x0r.srt.html

            rassure-toi, ça ne m’a pas pris beaucoup de temps, et ça me fait plaisir.

          • @anne-laure:

            je n’ai pas vraiment de mérite, j’ai du temps.
            et puis ce qui compte c’est de prendre en compte ce que dit l’autre, dans la mesure du raisonnable. sinon ce n’est pas un dialogue, c’est 2 égos qui soliloquent.
            en plus j’ai aimé ce film, donc c’est moi qui te remercie.

            pour Mission, je peux t’indiquer où le trouver, mais je crains que ce ne soit pas très approprié sur ce forum.
            si tu souhaites que je te l’indique par un autre moyen, n’hésite pas à m’indiquer cet autre moyen.

          • @guillaume: oui c’est vrai ce que tu dis sur les egos qui soliloquent, c’est assez courant.
            J’ai trouvé la solution pour Mission, je le fais venir d’Allemagne pour 3,45 euros, qui dit mieux ?
            adjugé vendu.
            J’ai commencé à lire Sapiens ce matin, c’est pas mal je remets à jour les connaissances que j’avais gobées à la fac de sciences dans les années 90 ,
            il y en a eu des découvertes scientifiques depuis.
            Et c’est écrit comme un oui-oui c’est plutôt relaxant.
            Pour le moment.

            Je te tiendrais au courant des grandes découvertes sur l’histoire de l’homo sapiens, si tu veux.

          • @elo: ( ce que tu ne savais pas ,elo, c’est que les prénoms anne-laure et guillaume sont compatibles à 94%, j’ai vu ça dans psychologie magazine )

          • @anne-laure:

            j’imagine que tu parles de « Sapiens: Une brève histoire de l’humanité ». j’avais regardé 2 ou 3 commentaires de lecteurs. cela m’a donné un mauvais feeling: du fait d’un lecteur, notamment, qui trouvait que l’auteur avait une idée préconçue en tête, et qu’il a arrangé les choses pour que cela aboutisse à son idée préconçue.
            ceci dit mon propos ici n’a pas vraiment de valeur. il faudrait lire le bouquin.

            ok pour que tu me tiennes au courant de ta lecture.
            (mais, étant donné que, de toute évidence, je ne suis pas le bienvenu sur ce forum, je ne vais sans doute pas rester longtemps)

            chao!

            PS: je suis très heureux d’apprendre que les prénoms Anne-Laure et Guillaume sont compatibles à 94%. merci Psychologie Magazine. £:^)

          • @guillaume: oui moi non plus je ne serais pas motivée par ce livre si mon père dédé ne m’en avait pas fait la pub alors qu’il me conseille en général un livre tous les milles ans,
            si tu vois ce que je veux dire,
            c’est la moindre des choses.
            Hé bien écoute , je continue ma petite histoire de sapiens et c’est pas mal du tout, je pense que le contenu te plairait , même si l’auteur a de l’humour à deux balles.
            Là il vient de m’expliquer le rôle ( supposé , puisque toujours nous sommes dans les sciences ) de l’apparition du langage,
            pour élargir la cohésion de groupe par le commérage par exemple ( qui aime qui, qui déteste qui, qui est malhonnête, à qui on peut faire confiance etc ),
            ce qui me fait rigoler.
            Ce qui ne peut s’élargir au delà de 150 individus ( c’est prouvé par la sociologie ), alors on invente les mythes pour augmenter la cohésion de groupe , et là , du coup, il me raconte l’histoire de l’entreprise Peugeot.

            L’argent faisant partie des mythes , pour info.

          • @guillaume: enfin non, c’est pas vrai j’exagère , j’ai déjà lu il y a moins de mille ans un livre que dédé mon père m’avait conseillé : un livre sur la bonne santé par la méditation et les oméga 3.

            Et moi je lui ai fait lire en attente de dieu de simone weil et il avait tout bien lu consciencieusement mais après il était tout vénère je sais pas pourquoi.
            Je crois qu’il aime pas les femmes.

          • @elo: tu me ravies avec ta mésange à magnolia,
            ah bah oui en ce moment ça explose en magnolia dis donc j’ai remarqué, ça fait chanter du claude françois,
            ça explose en mimosas aussi et ça sent bon le miel mmmmh, on en boufferait.
            L’autre jour j’expliquais à une amie ma théorie sur les apparitions de couleurs selon les moments de l’année et qu’il devait y avoir un lien avec la vision des insectes et l’inclinaison du soleil, elle m’a dit que j’étais folle.
            Ah bah bravo l’amitié hein, c’est du propre.

          • @elo: merci, c’est tellement sublimer la nature qu’on dirait que c’est pas la nature,
            est-ce une bonne chose,
            je pose la question,
            cela dit c’est captivant et je m’arrête à 7 minutes pour te dire : Quouuuuua ? c’est ça les chenilles de paons du jour !!!!
            j’en avait vu plusieurs gros paquets en rando et je m’extasiais et les copines faisaient semblant de s’intéresser mais elles en avaient rien à foutre en vérité les hypocrites,
            ah ! je tiens ma revanche, quand je vais leur dire ce que deviennent ces chenilles moches
            ( c’est comme la fois où je leur ai dit tiens des cigognes et elles se foutaient de ma gueule alors que j’avais raison )

            en nouvelle-calédonie rarement on tombait sur le grand papillon bleu, le si convoité papillon bleu qu’il vole toujours très loin du sol. On aurait dit qu’il était conditionné l’animal.

          • @elo: tu me rappelles qu’à l’age de vingt ans je voulais devenir entomologiste, et puis bon, si c’était pour bosser dans la médecine légale pour la police, bof bof.

          • @elo: instant psycho : je me demande si mon amour pour les insectes n’aurait pas produit mon premier réflexe misanthropique.
            Comme il était tellement naturel pour moi d’observer de tripoter ces petites bêtes et que devant des humains cela provoquait ( à mon grand étonnement au début ) des cris d’horreur.
            Je me disais : qu’ils sont cons.

          • @elo: alors tu vois, on n’y échappe pas,
            mais le truc qui avait fini par m’agacer dans les docus animaliers ( pour ça entre autres que j’avais cessé de les regarder ) , c’est toujours la petite note morale vers la fin : regardez comme nous détruisons la nature,
            cela fait trente ans qu’on nous le dit ( depuis le commandant cousteau ) et il ne se passe rien.
            Mais c’est peut-être parce que bernard arnault a jamais regardé de documentaires animaliers.
            Je ne sais pas ce qu’il regardait à la télé quand il était petit.
            Auto-moto ?

          • @anne-laure:

            £:^)

            dédé-le-misogyne a encore frappé…
            cette fois-ci il balance sur nos origines.
            tous les mille ans il revient de sa planète oméga… et il n’est pas content…

            @elo:
            je ne pense qu’à massacrer les animaux… mais après avoir jeté un oeil aux documentaires, je suis tombé amoureux de Samoura. ma vie est bouleversée. nous avons prévu une lune de miel aux Bahamas pour en profiter pour rencontrer ses compagnons cochons nageurs.

          • @elo:

            oui mais bon, on le dit à la fin, parce qu’on a les boules. On sait bien que ça change rien, mais on voudrait tellement. Alors on le dit.

            tu m’fais rire,
            le titre de ton docu m’a fait venir en tête une magnifique chanson , je te la spéciale dédicace.
            Le roulement de batterie putain, ce roulement.

            ps : moi c’est le papillon de nuit à grandes antennes touffues que j’adore mais je sais plus son nom.

          • @elo: remarque : mouais le sphinx à tête de mort , celui qui s’incruste en loucédé en tenue de camouflage chez les abeilles travailleuses pour profiter du miel ,
            ah bah bravo, belle mentalité.

          • @elo: ah ça me revient, c’est bombyx son petit nom,
            je reviens le dire parce que c’est aussi un nom rigolo,
            un vrai petit pokémon.

          • @guillaume: sinon,
            comme mes sujets préférés dans la vie sont les chenilles et les colonies,
            je peux te conseiller deux livres qu’on trouve gratuitement sur le net,
            qui permettent d’interroger les racines les traditions,
            de deux intellectuels que j’ai bien aimé lire , bien compliqués je pense pas avoir tout pigé,
            , tout deux critiques et du capitalisme et du communisme,
            deux rageux , deux jamais contents,
            qui ont pour points communs d’avoir été proches du réel de la souffrance des hommes ( je veux dire c’est pas des universitaires qui passent leur temps à penser dans des bulles de concepts )
            qui ont pour points communs d’avoir une écriture très méticuleuse et d’être morts jeunes de maladies étranges,

            ( il y aurait-il un lien ?)

            – les damnés de la terre de franz fanon
            – l’enracinement de simone weil

            après t’as l’anti-œdipe de deleuze et guattari aussi qui parle de décollement de racine avec des histoires de libéraux pervers ,
            mais c’est franchement pénible à lire.
            Mais bon, les goûts et les couleurs hein.

          • @guillaume: pendant qu’elo tente de t’attractiver par zoophilie me revoilà pour te parler de racines,
            c’est pas hyperintéressant mais je cogitais à propos du mot aliéné , qui , comme c’est bizarre , lorsque tu le regardes semble signifier : sans liens.
            J’ai le souvenir de mon premier cours de psychiatrie d’une métaphore de ballon gonflé à l’hélium qui se balade comme ça dans l’air , au gré du vent, et il était censé représenter la folie, l’aliéné.
            Alors on a crée des grandes maisons pour capturer tous ces ballons qui n’étaient pas attachés par une ficelle, qui faisaient n’importe quoi.
            C’était les asiles d’aliénés.
            Psychiatrie : cours numéro un.

            Cordialement.

            ou

            Bisoubisou cordiaux de chimpanzés,

            comme tu veux.

          • @elo: bon ben du coup, moi aussi je regarde les documentaires des cochons , pour voir qui est cette truie qui me fait concurrence ,
            et wouaaah je m’arrête sur la sibérie, ces museaux de chevaux cristallisés par la neige,
            limite j’ai les larmes.
            On devrait faire des documentaires animaliers sans commentaires, non ?

          • @anne-laure:

            ce n’est pas une cochonne qui t’a fait de la concurrence, c’est une vache. mais notre amour s’est brisé sur les récifs du féminisme. donc rassures-toi tu n’as plus de rivale. £;^)

            bises!

          • @guillaume: aaaaaah je suis confuse, j’avais mal interprété ta lune de miel au bahamas,
            c’est pour cela que je ne comprenais pas pourquoi la belle rouquine ne s’appelait pas samoura.
            Elle ne s’appelait pas d’ailleurs.

      • @François Bégaudeau:

        Bonjour François,

        Si tu le permets je vais te faire part de ce que je vois comme les 2 piliers du déroulement de ta pensée :

        L’objectivité

        Quand tu parles de l’observation de la bêtise bourgeoise, de la bêtise comme donnée objective observable. Ce en quoi cette mobilisation du concept d’objectivité en matière d’ordonnancement socio-politique me rappelle un peu la dogmatique marxiste.

        L’observation de la bêtise de la bourgeoisie comme constat objectif est une chose et ici je n’ai pas d’objection mais rendre publique cette observation en est une autre et relève pour moi du choix moral suivant : jouer le jeu ou non de l’entretien, de la reproduction dans l’espace publique (sachant que pour moi l’espace publique commence là ou 2 personnes sont en discussion) de représentations légitimant, naturalisant, les processus inégalitaires.

        Le cas Karl Marx.
        Sa famille étant bourgeoise, son logiciel de naissance était la conservation, la reproduction du mode de pensée bourgeois et pourtant … oh miracle.

        Les marxistes dans le prolongement de Karl lui-même invoque la conscientisation par le choix rationnel de la science et de la dialectique qui marche sur ses pattes et non la tête à l’envers.

        J’y vois personnellement une grosse faiblesse de pensée, une marche bancale et on le voit bien dans le Capital le mec hésite genre : ces salauds de capitalistes ils laissent vivre leurs salariés dans des conditions horribles à en crever mais bon d’un autre côté il y a les lois immanentes du Capital, la production de survaleur qui embarquent les capitalistes …
        Par contre le gars va postuler que pour s’en sortir et subvertir l’ordre établi la classe ouvrière devra massivement prendre conscience de l’arnaque de la relation salariée … moi je dis bancale … comme vision des choses.
        Mais pourquoi un ouvrier devrait –il prendre conscience qu’il doit rejoindre le parti de la classe ouvrière, le parti du communisme plutôt que d’investir son énergie dans la stratégie individuelle en suçant la b…. de son patron ou optant pour l’entreprise personnelle de la démerde ?
        Et cette hésitation marxienne, pourquoi au fond ? Croyant faire œuvre d’un matérialisme cohérent on cherche à tout prix à éviter de mobiliser un concept que l’on a évacué en première instance en s’attaquant à l’ennemi religieux : aux illusions de la morale fabriquées par la Religion : et oui c’est çà quand on est un matérialiste cohérent on ne succombe pas au chant des sirènes de la Religion : la morale.

        Je ne vois pas … je suis tout ce qu’il y a de plus matérialiste philosophiquement parlant, athée et croyant profondément qu’il n’y a que matière et vide. Ce que nous sommes n’est que le produit de l’activité des neurones de notre cerveau ; l’activité de nos neurones c’est nous, notre mémoire, notre personnalité, nos humeurs, nos vices, nos addictions, nos goûts, nos liens affectifs et nos choix moraux car nos neurones-nous fabriquent, en toute autonomie par rapport à un environnement donné, à partir d’un cumul d’expériences et d’un magma de représentations, qui sont évidemment la aussi des activités de neurones, qu’elles soient des calques de représentations véhiculées dans notre environnement ou non (ce qu’elles ne peuvent jamais être totalement puisque la subjectivité est la règle neuronale par excellence), d’autres représentations nouvelles : ici l’activité neuronale se fait création, pensée nouvelle potentiellement pensée hors-cadre …

        Le parti-pris esthétique : ton choix des belles pensées, des évasions hors-cadre de la pensée

        Je vois une déclinaison assimilable dans le concept de puissance. Une pensée puissante, la puissance d’une pensée comme assimilable à la beauté d’une pensée.

        Je te propose une expérience de pensée et d’imaginer un monde significativement nouveau :
        les continents régionalisés, des continents comme régions de la totalité-unité Monde, le Monde comme Nation et la nation mondiale avec cerise sur le gâteau un gouvernement mondial, un président mondial, un parlement mondial waaaah ca en jette non, pas suffisamment « disruptif » ? bon …Au passage cela avait été fait avant avec l’idée d’Europe … résultat : …

        Laisse-moi te demander alors François pourquoi l’idée du RIC te parait plus belle que celle d’un gouvernement mondial, au nom de quel principe ? parce que l’idée du RIC est plus aventureuse, plus séditieuse par rapport à l’existant. Mais à quel titre le RIC est plus séditieux que le gouvernement mondial ? Parce qu’il est plus démocratique ? Et alors en vertu de quoi le plus de démocratie réelle devrait être plus désirable si ce n’est parce qu’on est en face du choix moral de l’égalité absolue ou non au regard des conditions de naissance.

        Conclusion personnelle: l’idée d’égalité et les passions qu’elle soulève pour ou contre elle, relève du choix moral d’une différence de statut, à conférer ou non, entre 2 personnes, ni de la pure esthétique des idées, ni de l’objectivité en matière socio-politique.

  8. Je viens de terminer le bouquin de Ruffin et c’est troublant comme il y a des résonances avec Histoire de ta bêtise.
    Le plus étonnant vient de la forme :
    – avec l’utilisation du Tu pour FB, qui s’adresse à un bourgeois générique et du Vous pour FR qui s’adresse directement à Macron (marrant d’ailleurs que le Tu ait été choisi pour une personne indéterminée alors que le Vous ait été choisi pour un individu clairement défini).
    – avec cette sorte de ping-pong, entre l’histoire du Tu ou du Vous et celle de l’auteur.
    Les amitiés qui ressortent sur le fond des deux essais étonnent moins quand on est groupie des deux François : réhabilitation des classes sociales ; références à Marx, au Christ ; primat de la matière, des faits, du réel, amour de la littérature ; domination ravageuse (pléonasme ?) du capitalisme.
    Et même si FR est moins précis, parce que probablement il a moins consacré de temps que FB à l’écriture de son essai, on retrouve : le creux dans le discours bourgeois (les pages sur Macron qui s’invente des parrains philosophes sont d’une fatuité comique, on pourrait dire pauvre garçon s’il n’était pas si nuisible), l’idéologie commerçante (Macron qui se décrit lui-même comme prostituée et reconnu par beaucoup comme charmeur) de laquelle découle tout un tas d’affects tels que la religion du mérite (je me suis fait tout seul pour Macron, et on rigole en lisant FR ou quand l’on se souvient de Crépuscules), le hors-sol dont sont capables les bourgeois pour conserver et faire fructifier leurs privilèges et leur domination destructrice.
    Autre fait marquant : le sourire de la mort de Macron chez FR qui rappelle le dernier homme nietzschéen dont parle FB dans Histoire.
    On avait déjà remarqué ici les affinités, les résonances entre certains romans de François et de Joy (Boys boys boys / Jouer juste, Du bruit / Un démocrate : Mick Jagger 1960-1969) qu’on a finalement peu analysées.
    On se dit que sur un essai, c’est le moment qui fait que deux littéraires marxistes, qui situent leurs pensées dans la matière, le réel ont écrit deux livres qui se font autant écho. Mais que l’écho se retrouve également dans la forme est tout de même frappant. Je ne sais pas ce que tu en penses François.

    Et puis aussi le livre de François R m’a rappelé à des moments En guerre, en particulier sur la séparation physique des classes sociales, cette géographie de classe et sur la novlangue qui utilise un mot une expression, pour signifier son contraire (je pense tout de suite maintenant au Plan de Sauvegarde de l’Emploi dans En guerre).

    En tous cas on est heureux quand on est bégaudeau-ruffinophile, de voir que maintenant il n’y a pas que Bégaudeau qui suit Ruffin et qu’il y a aussi Ruffin qui suit Bégaudeau (et qui le revivifie !). Ça m’a beaucoup plu François, qu’il lise un de tes romans pour te découvrir et qu’il n’ait pas pris En guerre (qui fait pas mal de références à Ruffin et Merci patron). On attend avec joie la suite de ce qu’il adviendra de votre amitié.

    • Le parallèle m’a frappé aussi, et j’y vois d’abord le fait d’une situation objective : celle où nous sommes de plus en plus nombreux à ne rien attendre de la bourgeoisie. Celle de l’extinction de la social-démocratie, qui remet à nu le conflit de classes, et une binarité sèche.
      La vraie singularité de Ruffin, et le point de convergence plus singulier entre nous, tient à sa constitution littéraire et péri-chrétienne. Et, oui, qu’il ait pris quelques heures de son temps serré pour lire Molécules, sans doute le moins social de mes livres, est la preuve ultime de l’étrangeté de cet homme. De son unicité.

      • @François Bégaudeau: @GaelleS: d’accord sur le tutoiement même si l’adresse est bien différente. Pour ma part j’ai pas tellement aimé le côté vraiment binaire de Ruffin, un peu lourdingue et finalement pas aussi puissant qu’on pourrait penser que ça soit, peut-être parce que les parallèles qu’il tente de tracer n’en sont justement pas. Qu’il n’y a rien de comparable entre la vie de Ruffin et celle de Macron ? Ce sont deux mondes qui n’ont rien à voir, des réalités différentes que même les mots n’arrivent pas à rassembler ni à rapprocher ?
        Sur le sujet du livre j’ai surtout pensé à Crépuscule et quelle joie de voir que les esprits se rencontrent ! Pour Juan comme pour Ruffin le problème n’est pas Macron mais son profil, son environnement, « son monde » qui l’a poussé au pouvoir et qui l’empêcherait, même s’il en avait l’intention, de mener une politique populaire ?

      • @François Bégaudeau:

        La vraie singularité de Ruffin, et le point de convergence plus singulier entre nous, tient à sa constitution littéraire et péri-chrétienne.

        Oui son empathie rappelle ta tendresse froide. On se souvient aussi qu’il a publié un livre « dialogue » avec un Mgr Leborgne (pas encore lu mais c’est au programme ).

        • @elo: Je ne te donnerai pas la définition claire de la tendresse froide qui se trouve dans Une certaine inquiétude car je ne l’ai pas sous la main.
          Mais voici ce que j’en ai retenu : c’est porter de l’intérêt à toute personne et tenter de la comprendre (dans le sens de prendre ensemble) donc tenter de comprendre l’ensemble de ses actes et de ses pensées et ce sans porter de jugement de valeur, sans mettre en jeu son propre système de valeurs morales, tout en acceptant aussi que des éléments nous échappent. Une sorte d’amour christique qui aime toute manifestation du vivant. Difficile à faire, d’ailleurs François dit dans le livre cité plus haut que c’est par la littérature qu’il y arrive le mieux car elle permet de se passer de la morale.
          D’autres sitistes rectifieront ou préciseront peut-être en attendant la version copyright de François.

        • @elo: donc à ne pas confondre avec indifférence (cf. les pages d’Histoire de ta bêtise sur la tolérance et l’indifférence)

        • j@elo: Je viens d’écouter ton lien de Ruffin. Il parle plutôt de la façon dont on peut avoir la capacité d’empathie avec qui que ce soit (et pas qu’avec ses semblables) : avoir connu l’échec, l’affect de médiocrité, de fragilité.
          Dans son livre, Ruffin définit l’empathie comme la capacité de se mettre à la place de l’autre, de le comprendre.
          Ce n’est pas un hasard si dans la video que tu as posté Ruffin dit qu’il met la littérature au dessus du pouvoir.

        • @elo:
          tiède ce serait je pense pour dire indifférence, chaude pour une sorte d’amour passionné, où la haine et l’amour sont sur un même axe.
          froide ce serait donc pour une forme inconditionnée de tendresse.

          si tu lis Une certaine inquiétude, tu verras mieux les nuances que fait François sur le Christ, le christianisme etc. Nietszche aussi en avait causé. Avec Saint-Paul qui a introduit le pêché et la morale au discours du Christ qui au départ était une sorte d’amour inconditionnel (avec comme François d’Assise comme disciple). vu ce que tu écris ça m’étonnerait pas que ce livre te parle.

        • Gaelle a bien expliqué la tendresse. Le froid vient de ce que qu’un régime de tendresse ordinaire ne permet pas d’aimer inconditionnellement les vivants. Il faut donc accéder à un autre régime de sensibilité, qui passe par le refroidissement. Pour aimer mon ennemi je dois refroidir en moi les affects qui me portent à le haïr -ou pour le moins à ne pas l’aimer.
          L’art, qui s’exerce froidement, ou du moins au prix d’un refroidissement des affects chauds, offre seul la distance pour comprendre l’incompréhensible. Pour comprendre des affects qui, dans la vie courante, me rebuteraient.

        • Tes synapses fonctionnent bien, on dirait

    • @GaelleS: d’accord sur le tutoiement même si l’adresse est bien différente. Pour ma part j’ai pas tellement aimé le côté vraiment binaire de Ruffin, un peu lourdingue et finalement pas aussi puissant qu’on pourrait penser que ça soit, peut-être parce que les parallèles qu’il tente de tracer n’en sont justement pas. Qu’il n’y a rien de comparable entre la vie de Ruffin et celle de Macron ? Ce sont deux mondes qui n’ont rien à voir, des réalités différentes que même les mots n’arrivent pas à rassembler ni à rapprocher ?
      Sur le sujet du livre j’ai surtout pensé à Crépuscule et quelle joie de voir que les esprits se rencontrent ! Pour Juan comme pour Ruffin le problème n’est pas Macron mais son profil, son environnement, « son monde » qui l’a poussé au pouvoir et qui l’empêcherait, même s’il en avait l’intention, de mener une politique populaire ?

    • @GaelleS: (j’avais écrit ça mais ça n’est jamais parti :'( )
      d’accord sur le tutoiement même si l’adresse est bien différente. Pour ma part j’ai pas tellement aimé le côté vraiment binaire de Ruffin, un peu lourdingue et finalement pas aussi puissant qu’on pourrait penser que ça soit, peut-être parce que les parallèles qu’il tente de tracer n’en sont justement pas. Qu’il n’y a rien de comparable entre la vie de Ruffin et celle de Macron ? Ce sont deux mondes qui n’ont rien à voir, des réalités différentes que même les mots n’arrivent pas à rassembler ni à rapprocher ?
      Sur le sujet du livre j’ai surtout pensé à Crépuscule et quelle joie de voir que les esprits se rencontrent ! Pour Juan comme pour Ruffin le problème n’est pas Macron mais son profil, son environnement, « son monde » qui l’a poussé au pouvoir et qui l’empêcherait, même s’il en avait l’intention, de mener une politique d’émancipation ?

      • @o: Je trouve qu’une des forces du livre vient justement de ce parallèle qui finalement n’est pas si fixe que ça. Ruffin déplie la généalogie de Macron en même temps que la sienne, et donne des pistes pour expliquer leurs différences d’empathie : Macron empathique avec les hommes de pouvoir, Ruffin empathique avec ceux qui triment, qui sont quand même majoritaires dans le pays. Parallèle pas si fixe que ça car Ruffin montre aussi qu’il est empathique avec Macron en essayant de comprendre comment il fonctionne. Et qu’il cherche des moments qui pourraient ouvrir une brèche à Macron, une brèche d’empathie pour les non-puissants, mais ça marche pas très bien.
        Après Ruffin a écrit son livre en peu de temps, donc ça explique probablement en partie les transitions un peu rapides parfois. En tous cas il m’épate de sortir un bouquin aussi riche aussi vite.
        Il m’a aussi fait penser à Crépuscules. En parlant de Juan il vient de passer aux incorrectibles https://www.youtube.com/watch?v=21z_9CltvMI

        • @GaelleS: par exemple j’ai pas le souvenir que Macron soit décrit comme empathique avec qui que ce soit ? Et j’imagine que dans la tête du monsieur l’empathie n’est pas du domaine du politique, et d’ailleurs je me dis qu’il n’a peut-être pas tout à fait tord (car peut-on gouverner avec de l’empathie ? On voit bien la caricature que ça devient quand il répond au cas par cas chaque fois qu’il rencontre les problèmes des gens « faites passer votre dossier à tel ministère » « on va vous trouver une formation » etc. Donc l’empathie, plutôt côté Ruffin ?
          Quand il décrit la vie des gens ensuite. Il y a d’un côté les riches et comment ils le sont devenus (j’ai plus le livre sous la main pour vérifier) et les pauvres et leurs problèmes, leurs espoirs, leurs rêves. Dans un vrai parallèle empathique il nous raconterait les rêves des riches, leurs problèmes et leurs espoirs. Bref, pour moi il n’y a pas de parallèle parce que les registres sont différents selon qu’on se trouve d’un côté ou de l’autre ?
          Pour finir, d’accord sur le côté prolifique de Ruffin mais je me demande pour quoi sortir un livre comme celui-ci, en même temps que le film sur les Gilets Jaunes et après Crépuscule qui faisait déjà les liens dans l’oligarchie ?

          • Il y a dans le livre des termes et des réflexions pas très conformes à une anthropologie sociale réaliste. Et par exemple un lexique parfois moral, qui est la marque de Ruffin, sa marque religieuse sans doute, qu’il faut accepter comme telle.
            Mais pour le reste le livre fait bien le travail de montrer que les traits psychologiques ont été dessinés par des structures
            Même si François ne fait que la moitié du chemin -un singe et non deux- pour rendre compte de sa radicale réticence à faire du journalisme comme on le programmait à le faire. Amour du réel, bien, mais encore? Mais venant d’où? Mais consubstantiel à quoi?

          • @o: Je ne sais plus où mais Ruffin dit explicitement dans son livre que Macron sait faire preuve d’empathie envers les riches. Il applique du coup une politique empathique envers les riches (je vais vite en disant riche), une politique à leur avantage. Ruffin se dit que Macron appliquerait une politique au minimum plus sociale s’il était empathique avec d’autres classes sociales, celles qui subissent les conséquences de la domination des neolibéraux.
            Pour le rêve des riches ou du moins des néolibéraux, c’est sous-tendu dans ce qu’il écrit non ? C’est pour les aider dans leur rêve qu’ils ont mis Macron au pouvoir non ? Garder et développer leur main-mise sur la valeur travail afin de pouvoir conserver le pouvoir et faire fructifier leur patrimoine, ce qui passe forcément par la domination d’une autre classe sociale.

  9. @François Bégaudeau: C’est exactement le sens qui m’intéresse dans le mot « beauf ».

    C’est le côté péjoratif du terme, car dans « bobo » on a un mot neutre « bourgeois » (neutre dans le sens où il n’a pas de valeur plus positive ou négative, dans le sens où dans l’absolu, ce n’est pas un crime d’avoir de l’argent) et un mot appréciatif « bohème » qui une fois accolé à bourgeois dans le néologisme « bobo » offre un côté non neutre au mot bourgeois originel, pour lui offrir insidieusement une valeur moral positive. Insidieuse, car on ne garde plus que les deux premières lettres des mots « bohème » et « bourgeois », facilitant au passage leur mélange respectif, créant ainsi un mot avec un sens positif pour quelqu’un qui a de l’argent, alors qu’à la base le mot est relativement neutre.

    L’ajout du suffixe « beauf » dans le néologisme « bobo » (si on peut appeler ça un néologisme) permet d’offrir un contre-poids péjoratif dans un mot qui avait précédemment un suffixe appréciatif.

    Et en écrivant tout ça, je crois qu’on peut mettre les choses en perspectives ainsi, tu me diras si tu vois les choses aussi comme ça ou non 🙂

    Péjoratif Appréciatif Neutre
    Bobeauf Bobo Bourgeois
    (1) (2) (3)

    (1) Construction du mot « bo(ourgeois) + beauf = Neutre + Péjoratif.
    (2) Mot de départ Bourgeois = le sens varie subjectivement (entre péjoratif et appréciatif).
    (3) Construction du mot « bo(ourgeois) + bo(hème) = Neutre + Appréciatif.

    • @Leonis Catulus:

      Zut mon petit tableau comparatif s’affiche mal :

      Péjoratif………Appréciatif……….Neutre
      Bobeauf………….Bobo…………Bourgeois
      ….(1)………………..(2)……………….(3)

      • @Leonis Catulus:

        (lol c’est chiant le fait qu’il n’y ai pas de fonction d’édition dans ton blog :p) J’ai tendance à me relire après avoir posté… Et quand j’apporte des corrections à certains endroits et pas à d’autres, mon propos n’a plus de sens :p)

        Bref, avec le bon tableau :

        Péjoratif………Appréciatif……….Neutre
        Bobeauf………….Bobo…………Bourgeois
        …..(1)………………..(2)………….…….(3)

        Il faut les bonnes explications :

        (1) Construction du mot « bo(ourgeois) + beauf » = Neutre + Péjoratif.
        (2) Construction du mot « bo(ourgeois) + bo(hème ») = Neutre + Appréciatif.
        (3) Mot de départ « Bourgeois » = le sens varie subjectivement (entre péjoratif et appréciatif).

  10. Réponse à François sur la surdétermination de classe ou les déterminations maîtresses

    Je suis bien d’accord avec toi, François, l’affaire est complèxe.

    J’avoue ne pas comprendre pourquoi il y aurait (ou devrait y avoir) dans chaque situation particulière une détermination maîtresse qui inclurait les autres même sans les nier. C’est un postulat auquel je veux bien réfléchir mais quel est son fondement ?

    Disons que pour ma part il me parait plus juste de parler de déterminations croisées, imbriquées même, pour assumer d’entrer de plein pied dans la perspective de l’intersectionnalité.
    Toujours pour ce qui me concerne le rapport social de domination de classe est aussi « fabriqué » que les autres rapports de domination : de genre, hétérosexiste, racial etc …

    Certes la guerre économique est une guerre vitale, de droit de vie ou de mort mais
    1. au fond l’enjeu vital par l’économie se retrouve dans chacun des types de rapports sociaux.
    2. Les rapports économiques ou de travail dans le système capitaliste de production des marchandises, ce à quoi je fais correspondre la notion de classe, ne sont pas l’unique déterminant vital pour les individus ou groupes d’individus.

    Dit autrement l’exploitation économique par le travail salarié capitaliste est l’une des facettes parmi d’autres, selon, moi de l’oppression, de la domination.

    Mais admettons que cela ne soit pas le problème de fond dans cette discussion.
    J’avoue ne pas comprendre pourquoi pour toi dans le cas de l’agression physique d’un homo il ne semble pas faire mystère du fait que l’on aurait à faire là à une détermination maîtresse hétéro-normative ou hétéro-sexiste alors que dans le cas de l’homicide policier d’un homme arabe, noir ou rom nous n’aurions pas à faire une détermination maîtresse raciste.

    Un peu de grain à moudre humoristique pour réfléchir à la complexité du sujet, pour moi reflétant l’imbrication des déterminations sociales : Oceanerosemarie en 2017, aujourd’hui Ocean, à propos des critiques du festival afrofem, Nyansapo.
    https://www.youtube.com/watch?v=sWzDS83VJnk

    La perspective morale au-delà des scories d’une pensée inégalitaire nietzschéenne, des ambivalences de Marx et de l’humanisme anthropocentrique et occidentalo-centrique kantien

    Par ailleurs, j’assume de faire entrer en jeu une notion morale à l’affaire. En regard d’ailleurs de la discussion sur le problème de l’ambigüité intrinsèque de l’emploi du mot « juste » (parle-t-on de justesse ou de justice ?).

    Pour essayer d’être simple je partirai de la maxime bien connue et que l’on retrouve dans de très nombreuses philosophies antiques et religions : ne pas faire aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, qui techniquement est nommée l’éthique de la réciprocité. Et bien c’est au nom d’une matérialisation cohérente de ce principe moral dans le champ social que l’individu est amené à regarder la stratification sociale.

    Doublée du principe bébête que personne ne choisit le milieu social au sein duquel il vient au monde (kasdedi à Maxime L.), et donc n’a une quelconque responsabilité quant aux différents patrimoines, avantages, handicaps, désavantages (affectifs, économiques, intellectuels, culturels) dont elle/il hérite, cette dimension nous amène de manière imparable selon moi à la notion morale de l’altruisme.

    Pour revenir à nos moutons je pose cette question : est-ce que le choix politique de prendre le parti des dominés sociaux donc du prolétariat, à la manière de Marx toute proportion gardée, ne revient pas, en dernière instance, au choix moral de l’ « égalité pour tous » ou du moins à la fin de la violence de l’inégalité des conditions d’existence et fin des souffrances qui en résultent ?
    Puis dans une optique rationnelle de cohérence de la démarche de lutte contre une domination particulière embrasser, au moins en principe et au-delà des intérêts individuels, les luttes contre toutes les autres formes de domination.

    • Je ne réprouve pas la morale en soi. Il est vain, et même pas souhaitable, de purger la politique de la morale. Je ne parlais en l’occurrence que du ton, légèrement comminatoire, avec lequel tu me relançais. C’était pour poser les bases d’un dialogue sobre, sans kalash. Parce que je connais bien l’agressivité avec laquelle les luttes de minorités interpellent les marxistes. Comme si d’ailleurs les marxistes leur devaient quoi que ce soit ; comme si en outre les minorités avaient absolument besoin de la validation marxiste. Vous pensez que la classe n’est pas une surdétermination, les amis? Eh bien grand bien vous fasse. Mettez en avant la race, le genre, etc. Et que belles soient les victoires acquises sur ce front.
      Ma conviction reste que :
      1 la surdetérmination de classe est pertinente. A quoi le voit-on? demandes-tu. On le voit en soustrayant l’élément nécessaire. Retire la noiritude d’Adama, l’interpellation et ce qui s’ensuit devient moins probable mais elle reste possible (en banlieue la bac peut interpeller violemment un blanc). Enlève le quartier où ça a lieu, remplace le par le seizième : la scène n’a pas lieu. (dans le seizième la bac n’est pas là pour interpeler un jeune homme noir qui rentrerait chez lui). L’élément nécessaire de la situation est bien la donnée sociale : des flics en patrouille dans un quartier pauvre.
      2 la surdétermination de classe est tactiquement pertinente. Car si la lutte appuie sur le « racisme d’état » et le « racisme de la police », quel débouché se donne-t-elle? La justice pour la victime, ok. Une condamnation des flics coupables, ok. Et sinon?
      D’où : peu de résultats
      Aux Etats-Unis, bilan de 60 ans de découpe raciale de la lutte? Moins de noirs dans les prisons? Je crois savoir que non.
      Tu me diras : la lutte sociale n’a pas beaucoup avancé non plus.

      • @François Bégaudeau: Sur la surdétermination de classe…
        Quand je suis entrée au collège, j’ai découvert la bourgeoisie, je disai plutôt « les riches ». Comme j’étais sinon pauvre, disons issue de classes populaires (père cheminot, mère cantinière), mais bonne élève, je les ai fréquentés.
        En 6° une de mes meilleures copines était la fille d’un cardiologue et maire PS de la ville, fille adoptive vietnamienne.
        Elle habite prés du collège et m’y invite quelquefois. Je découvre de grandes pièces, un grand confort, un grand piano, et un sauna dans le jardin…Pendant les vacances de Noël elle m’écrit que Mitterand est en vacances chez ses parents, dans leur résidence secondaire au bord de la mer. La socialiste de 11 ans que j’étais en étais ravie ! J’étais la copine de la fille qui…
        L’année passe, on se sépare en juin en se faisant des petits cadeaux, je lui offre un objet décoratif (?)un peu cher, et elle me donne un t-shirt devenu trop petit pour elle.
        L’année suivante je sens bien qu’elle m’apprécie moins jusqu’au jour où elle me dit, « de toute façon toi t’es raciste tu m’invites pas chez toi ». Blessée qu’on puisse me traiter de raciste, triste de comprendre qu’on allait plus tellement être copines, et incapable de lui dire que si je ne l’invite pas chez moi c’est que chez moi les pièces sont moins grandes, qu’il n’y a pas de chambre d’ami, pas de piano, pas de sauna…
        Je crois aussi que j’aurai pas aimé voir ma mère gênée, ou mettre les petits plats dans les grands pour une fille riche dont les seuls cadeaux auront été des trucs à elle dont elle ne se sert plus, et j’aurai pas aimé que mon père rappelle tous les quatre matins qu’on l’avait reçue, qu’elle était la copine de sa fille.
        Quelques semaines plus tard, elle se retournerait en classe pour me dire «  franchement Isabelle , tu m’énerves », et c’en était fini. C’est elle qui n’aurait pas donné suite ; et moi j’allai redoubler ma 5°.

        • Copyright La vie d’Adèle
          (en gros)

          • @François Bégaudeau: sans les scènes de cul hélas

          • @François Bégaudeauet @Charles…
            Oui (en gros)
            et je pressentais la blague qui a suivi à laquelle j’aurais préféré « sans les spaghettis hélas ».

        • @lison: Merci lison pour ton récit. C’est intéressant qu’elle suppose d’emblée du racisme de ta part, centrée sur ses origines, sans jamais même considérer que la différence de vos milieux sociaux puisse être à l’origine de tes réticences à l’inviter.
          Fille de la bourgeoisie provinciale, j’avais vers 14 ans un copain fils d’ouvrier qui détonnait avec les enfants bien nés des amis de mes parents que je fréquentais par ailleurs. Il est venu chez moi, mais en l’absence de mes parents, et jamais je n’ai été chez lui, c’était comme une évidence.
          Ma mère à qui je parlais parfois de lui a toujours écorché son nom, ça m’exaspérait parce qu’elle ne faisait ça qu’avec lui et je rectifiais à chaque fois, comme une petite guerre sourde.
          Lui m’a un jour surprise en évoquant en rigolant les grandes oreilles de mon père, notable de la ville qu’il croisait parfois dans la rue. D’abord interloquée et presque fâchée qu’il se moque ainsi – d’autant que jusque là, je n’avais jamais remarqué moi-même ces grandes oreilles -, je me suis dit ensuite : eh oui on peut aussi se moquer comme ça des bourgeois quand on ne l’est pas, c’est de bonne guerre. Il m’a appris plein de trucs.

  11. Bonsoir,
    Bon, j’ai finit par acheter votre essai en passant devant une librairie lyonnaise ; je suis naturellement entrée (ça me ressemble pas trop) et j’ai finit par l’acheter Ça fait longtemps que je souhaite vous lire, vous m’interessez voir j’ai de la sympathie pour vous. Je précise que je lis très peu, c’était pas trop mon truc à moi femme Issue de la classe populaire et Issue de l’immigration et et et …on n’m’a pas transmis et encore moins offert le virus, MAIS le sujet de votre livre m’intéressais beaucoup, le bourgeois ! Dans les débats télévisuelles je l’ai identifié mais je voulais en savoir plus sur eux. Et puis je me suis posée la question, ces gens, ces bourgeois, j’en connais ? Raison pour laquelle j’ai franchit la porte de cette librairie. J’en suis à la page 122 et j’crois bien que ouhai quoi, j’en connais quelques uns et je pense même qu’a Certains moments de ma vie je les ai imité, je trouvais que c’etait Confortable d’etre à leurs places ça avait l’air «cool » j’avais envie d’en être et eux avait envie de moi, je les intéressais. Mais aujourd’hui j’ai finit par ne plus donner suite j’ai même finit par avoir la haine contre cette classe. l’errance n’a pas duré très longtemps je me suis tellement ennuyée et j’avais tellement pas envie d’etre Ça, j’n’étais pas à ma place donc pas très compliqué de s’en extirper. Bref je m’arrete là, merci pour cette ouvrage je continuerais à vous lire (notamment En guerre qui me donne envie) et le reste j’en suis sûre donc à très vite.

    • Ca c’est du témoignage, merci Khedija
      J’ai comme l’impression que la bourgeoisie, qui est toujours un peu désirable, que chacun désire toujours sur au moins un point (le confort, en top 1), l’est de moins en moins
      Je dis dans le livre qu’elle a énervé tout le monde, mais je me demande si elle n’a pas aussi dégouté tout le monde
      Même si pas mal de gens continuent à la reluquer du coin de l’oeil avec un peu d’envie

      • Je ne sais pas si c’est le confort ou le fait de se sortir de son milieu d’origine qui joue, ça dépend de chacun. Désolée pour les fautes sur mon premier post en ancien prof vous avez dû être heurté ! Pardon

        • @François Bégaudeau: @Khedija: pardon de m’immiscer, mais vous êtes sûrs que la bourgeoisie n’est pas un cran au-dessus du confort plutôt ? ( ce qui produit sa névrose ou sa perversité, au choix de ce qu’on a envie de lui attribuer en trouble mental ).
          ça me parait douteux cette notion de confort, un peu trop vague.

          • @anne-laure: vous savez de là où je me trouvais ça paraissait toujours plus confortable,être bête c’est confortable, on se prend pas trop la tête mais on est quand même cool, entouré de sois disant cool. Je l’ai ressentie comme unesorte d’ascenseur social mais l’étage de la coolitude était toxique. Enfin, je pense qu’il y a différents niveaux dans cette bourgeoisie, je n’ai pas connu la même bourgeoisie que François Bégaudeau, lui il a quand même eu affaire à la crème de la crème, la plus ignoble et la plus bête.

          • pas exactement la plus ignoble, non
            rappelons qu’elle est cool
            la plus bête? : jamais quand elle s’en tient au small talk, à la petite blague, à l’habile dérision – plutot fine dans ces exercices
            et puis la politique arrive sur la table, et là ça se complique, ça s’affole, ça perd ses moyens, et autour des attentats ça se liquéfie, et autour de la présidentielle ça se décompose totalement, jusqu’à atteindre des pics de bêtise en janvier 2019 autour des GJ
            janvier 2015-janvier 2019 : une période sombre dans l’histoire de la finesse bourgeoise

        • oh oui extrêmement heurté
          une sanction exemplaire sera prise

          • @François Bégaudeau: vous avez raison c’est la bourgeoisie qui parle politique qui me rend excessive dans mes mots. Dans votre avant dernier post vous vous demandez si elle n’a pas dégoutté tout le monde, je répond cent fois oui, ça en devient même physique concernant celle que l’on voit sur les plateaux tv.

          • @François Bégaudeau:

            « jamais quand elle s’en tient au small talk, à la petite blague, à l’habile dérision – plutot fine dans ces exercices
            et puis la politique arrive sur la table, et là ça se complique, ça s’affole, ça perd ses moyens, et autour des attentats ça se liquéfie, et autour de la présidentielle ça se décompose totalement, jusqu’à atteindre des pics de bêtise en janvier 2019 autour des GJ
            janvier 2015-janvier 2019 : une période sombre dans l’histoire de la finesse bourgeoise »

            On dirait 98% de mes collègues de boulot (je suis designer dans une startup parisienne).

            Et je partage totalement ton avis.

        • @Khedija: ah bah y a plusieurs catégories de bourgeois oui je suis bien d’accord, il y aurait beaucoup de nuances à ajouter en plus des échantillons que nous donne françois,
          faudrait qu’on se fasse une sorte d’étude zoologique de l’espèce et on se ferait un grand schéma avec des sous-espèces etc

          Je crois que tu n’as pas compris ma question sur le confort,
          je voulais dire : confort matériel , psychologique ?
          c’est tout de même pas très facile à définir.
          Pour tout te dire je saute sur ce mot parce que cela me rappelle une grosse discussion sans conclusion du temps où j’étais hippie, j’avais 20 ans.
          25 ans plus tard j’ai toujours pas digéré.

          • Ok @anne-laure: moi à 20ans j’etais plutôt wesh wesh, 25 ans plus tard je suis là à discuter avec toi et ma digestion se passe bien (sourire!)

      • @François Bégaudeau:
        Me permettez-vous de vous demander ce que vous mettez derrière le mot confort, tout au moins celui dont jouissent les bourgeois tels que définis par vous et qui serait convoité par certains qui n’en sont pas ?

        • @Elyssa: hé bien chère Elyssa, je crois qu’au bout de deux jours nous pouvons dire que nous pouvons nous asseoir définitivement sur notre pertinent questionnement commun :
          c’est quoi le confort exactement ?
          et le confort bourgeois en particulier ?

          dans histoire de ta bêtise il y aurait quelques indices quand à l’inconfort psychologique du bourgeois cela dit.
          Car, on ne sait pas pourquoi, c’est une aberration de la nature, mais malgré un confort matériel le bourgeois trouve souvent le moyen de souffrir.

          ( en gros hein, on peut affiner, y a du boulot )

          • @anne-laure: Merci Anne Laure de m’avoir poussée à réfléchir sur cette notion de confort et je vous livre l’humble résultat ce cette réflexion. La vie repose sur un mouvement permanent d’aller et retour entre tension et détente. Ces deux états, en apparence contradictoires, sont en fait complémentaires. Dans ce couple, la tension représente le phénomène actif, productif d’une solution qui aboutit à l’état de détente. Ceci est valable pour les processus physiologiques, mais également pour celui de la pensée. Dans les processus conscients, l’état de tension est générateur, à des degrés variables, d’une sensation consciente d’inconfort. C’est cette sensation qui constitue le moteur de la recherche de la résolution de la tension qui aboutit à l’état de détente. Ce processus est au centre de tout développement ou de recherche de vérité (le concept de vérité m’a semblé d’ailleurs souvent hérisser le poil d’un certain nombre de bourgeois). A partir de ce constat, sommes-nous en droit de penser que le confort bourgeois conféré par le pouvoir inhérent à cette classe, constitue l’un des mécanismes à l’origine de la bêtise ou plus précisément de l’émoussement du processus de pensée ? Le confort n’est-il donc pas à la base d’une dysrégulation de l’ensemble des processus vitaux, notamment de celui de la véritable production intellectuelle ?

        • @Elyssa: et sinon j’ai commencé à lire rené guénon, comme il m’intriguait, je suis bien prise par son style, ses précautions ( ses avertissements plutôt ) dans l’avant-propos notamment me font bien rire,
          lorsqu’il parle, plus loin , de la différence entre autorité et pouvoir je retrouve ce que je lisais dans l’enracinement de simone weil, et je suis parasitée par l’idée qu’elle me l’avait surement cité, ce rené.
          Cette question sur la nature de la force est vraiment très intéressante. On n’en parle pas assez souvent je trouve.

          • on le trouve en pdf ici , pour ceux que ça intéresse.

          • @anne-laure: Merci Anne Laure de répondre à ma suggestion de lecture, c’est dramatiquement rare ! RG est en effet d’une grande rigueur intellectuelle, c’est d’ailleurs cette rigueur qui m’a avant tout intéressée chez François Bégaudeau. Permettez-moi alors de vous conseiller également « La crise du monde moderne » du même auteur, un ouvrage écrit en 1921 si ma mémoire est bonne est qui est d’une étonnante actualité.

        • @Elyssa: enfin je dis force mais c’est pas de la force, rené m’a corrigée bien correctement.

        • @Elyssa: Bonjour Elyssa, j’ai un peu de mal à reprendre le fil du confort et je ne suis pas sûre de bien vous comprendre,
          ce dont vous parlez me fait penser à l’inconfort assimilé au stress, stress physiologique donc, signal qu’il y aurait quelque chose à régler ( en soi ou a l’extérieur de soi ) pour retrouver le confort.
          Pour la bonne santé qui fait prolonger la vie.

          Si je vous suis bien, le bourgeois , qui ne pense pas donc , comme tout le monde le sait, ne serait pas stressé.
          J’en doute.
          Dans le livre de françois on le trouve fort stressé cet animal, notamment sur la question de l’éducation de ses enfants, par exemple ( mais j’ai un peu oublié de livre ) , qui se doit d’être parfaite.
          Dans le livre de françois on le trouve fort stressé et tenté de retrouver la paix interne, la bonne santé, par des réflexes d’obéissance normative , par des réflexes de l’ordre moral. Je dirais.
          Il aurait peur de faire le mal ?

          Pour René Guénon oui, j’ai pas fini de le lire mais je m’y remettrai dès que possible.
          Je vous en dirai des nouvelles. Des nouvelles de 1929.

        • @Elyssa: ps : j’ai un peu dérapé au niveau des lettres du clavier , désolée, mais c’est lisible me semble-t-il.

  12. Bonsoir Monsieur,
    Je viens de vous découvrir (dans le cadre de la promotion de votre dernier ouvrage), vous me pardonnerez donc de vous avoir écouté avant de vous avoir lu. Ceci étant, ayant, comme vous, fréquenté de très près le milieu bourgeois, notamment celui autoproclamé « de gauche » et m’en sentant, comme vous et pour les mêmes raisons, profondément et totalement étrangère, c’est au messager plus qu’au message que se porte mon intérêt. Aussi m’avez-vous tout particulièrement interpellée lorsque vous avez évoqué la négation du concept de mérite sur un plan métaphysique, pensée que nous avons également en commun. En bref, et pour ne pas trop amputer le temps que vous vous efforcez d’arracher (comme je vous comprends !), j’ai eu aussitôt envie de vous inviter à lire, si ce n’est déjà fait – et d’éventuellement échanger – un ouvrage intitulé « Autorité spirituelle et pouvoir temporel ».
    Bien à vous

  13. Quelques questions supplémentaires à l’hôte des lieux, en espérant ne pas abuser, concernant:

    La critique du populisme : Quid de cette frange de la gauche « radicale » qui conceptualise une stratégie de populisme de gauche ? Chantal Mouffe comme exemple emblématique …

    La critique du concept de révolution : pourquoi laisser à l’ennemi cette idée puissante si on rappelle qu’on l’inscrit dans une perspective absolument anti-bourgeoise, anti-capitaliste, anti-extractiviste,
    anti- spéciste, anti- patriarcal, anti-validiste, anti-nationaliste, anti-raciste et anti-colonialiste. J’en oublie ?
    Cela fait catalogue ? La cohérence d’un discours politique sur les valeurs « Républicaines » me semble à ce prix.

    Et 2 questions plus piquantes :

    L’identification d’un ou de l‘ennemi : serait-ce uniquement la bourgeoisie qui se complet dans sa bêtise, épargnant une bourgeoisie qui lit Peggy … ?
    Ou celui, qui dans la bataille des idées pour ou contre l’égalité et donc la liberté et la fraternité, porte celles qui visent le renforcement des privilèges de classe, genre, race ?

    La surdétermination de classe et le racisme structurel : y a-t-il racisme structurel ou non ? Dans l’affirmative préciser qu’il y a des flics qui sont racistes n’a pas vraiment de sens non ?

    Doit-on se demander s’il n’est pas indécent d’opposer une surdétermination de classe à des militants politiques qui se battent pour faire reconnaître la réalité d’une stigmatisation raciale et une menace vitale complètement sous-médiatisées et invisibilisées par l’ordre bourgeois ?

    • Alban, ce débat sur la surdétermination nous l’avons eu souvent ici. Je pourrais te retrouver les posts. C’es une affaire complexe, je veux bien la reprendre, mais si elle part sur des bases morales je démissionne d’emblée. Ne nous demandons donc pas s’il est « indécent » de parler de surdétermination, demandons nous si c’est juste. Prenons des situations concrètes et voyons pour chacune quelle est la détermination-maitresse, celle qui inclut les autres sans les nier.
      Sachant bien que j’ai toujours dit aussi que certaines situations spécifiques appelaient de luttes spécifiques, mettant en avant des découpes qui ne sont pas en priorité des découpes de classe. Oui un pédé qui se fait frapper dans le centre de Paris est d’abord visé comme pédé -ce qui n’exclut pas d’ailleurs que des affects de classe soient présents dans l’ensemble des particules formatrices du fait. A ce titre c’est bien comme homosexuel qu’il sera fondé à se constituer en sujet politique. Pareil pour les racisés, dans certaines situations. Mais lesquelles, tiens?
      En tous les cas, et d’ailleurs ca n’échappe pas à sa soeur, je maintiens que dans l’affaire Adama on a d’abord affaire à la mort d’un habitant d’un quartier populaire.

  14. J’aurai pas du lire cet article :p même si je ne regrette évidemment pas, mais comme j’ai commandé le livre il y a quelques jours et que je ne l’ai pas encore reçu, je suis un peu frustré de lire ici ce que je sais maintenant que je vais y lire.

    Néanmoins ce n’est pas bien grave tant cet article était nécessaire et tant il est jouissif à lire (encore plus quand on le place dans un contexte temporel différent du présent… Disons d’ici la fin de l’année. Comme tout -et sans doute pire- va se prophétiser, ce texte n’en sera que plus jouissif, quand on pourra dire, les pieds dans une eau tellement polluée qu’elle n’aura plu de poissons : « on avait raison ! Ça fait des années qu’on vous le dit qu’on va dans le mur ! »

    On n’aura flingué la planète, mais au moins on pourra se consoler en se disant qu’au moins nous, on a ouvert nos gueules), donc merci d’avoir pris le temps et le risque (faut le souligner, car pas grand monde en prendra conscience, je crois) de spoiler le sujet de ton propre livre, à peine sorti.

    Ce qui prouve encore une fois, ton altruisme et ta sagesse, s’il fallait encore des preuves 🙂

    L’actu est tellement dingues, tellement dramatique, que tu préfères éveiller les gens gratuitement depuis ton blog perso, en cramant totalement la priorité à ton bouquin, alors que lui devrait te rapporter un peu d’argent (heureux d’ y contribuer personnellement) !

    Si c’est pas de l’altruisme ça, je ne sais pas ce que c’est.

    Les mauvaises langues et elles sont nombreuses, seront les premières à me contredire, je ne me fait pas d’illusions, j’ai l’habitude, je peux contre-contre-argumenter à l’infini, car comme toi François, j’ai compris les règles.

    Je ne les ai pas comprises comme toi, mais elles expliquent les mêmes choses, ce que tu appelles les « bourgeois » moi je les appellent les « bobeaufs » (contraction de bobo -bourgeois bohème, sachant que c’ est le premier mot qui m’intéresse évidemment, pas le second qui est une tentative d’arnaque, comme tu l’as déjà démontré- et beauf dont tout le monde comprends le sens). Le bobeauf c’est le beauf des bourgeois, ou plus exactement le beauf des aristocrates (si on remet toutes les classes sur une échelle en mettant d’un bout les pauvres et de l’autre les riches), les néobourgeois. Précisément ceux que je crois que tu dénonce dans ton livre (raison de mon achat initial, pour savoir si ta pensée rejoint la mienne) et que j’attendais avant de tomber sur le présent article.

    Donc merci de confirmer que ce que je pense n’est pas totalement incorrect, car franchement on n’est pas aidé ! ❤️

    • Bobeauf me laisse un peu sceptique a priori, mais je sens que tu tiens quelque chose
      Tu peux préciser en quoi ces bobos emprunteraient aux beaufs ?

      • @François Bégaudeau:

        Je comprends ton scepticisme 🙂 Peut-être qu’expliqué ainsi, ce sera plus clair (tu me diras) :

        – Pour une personne qui appartient à la classe moyenne (exclusion des classes pauvres, bourgeoises et riches), les beaufs sont ceux qu’elle considère « en dessous » d’elle sur l’échelle morale, sociale, culturelle, esthétique, etc… Alors que ces derniers sont aussi de la classe moyenne.

        – Pour une personne qui appartient à la classe bourgeoise (exclusion des classes pauvres, moyennes et riches), les bobeaufs sont ceux qu’elle considère « en dessous » d’elle sur l’échelle morale, sociale, culturelle, esthétique, etc… Alors que ces derniers sont aussi de la classe bourgeoise.

        Au final on est tous le beauf (ou le con) d’un autre et en détaillant, je constate que mon « bobeauf » n’est pas ton « bourgeois », le bobeauf existe dans une catégorie « mère » bourgeois.

        🙂

        • Il me semble que dans le beauf il y a une nuance de trivialité, de vulgarité, lié notamment à des humeurs tranquillement racistes ou autres -c’est la chanson de Renaud, quoi (tout est parti de là). C’est à ce titre d’ailleurs que la notion m’intéresserait. Parce que j’observe que, dans la panique, toute une partie de la bourgeoisie est en train de de devenir un peu beauf.

  15. Bonjour François,

    Comme beaucoup, je me régale de certaines de vos interventions récentes dans les médias.

    Venons-en à l’objet de ce message:
    Il y a une personne qui devrait beaucoup vous intéresser. Il s’agit de Francis Cousin.
    Si vous ne le connaissez pas déjà, j’aimerais vous le faire découvrir.
    Le cas échéant, si vous avez 3 minutes à consacrer à cela, je vous recommande ce passage (de moins de 3 minutes, donc):
    https://www.youtube.com/watch?v=F2YzbVQkSjc
    Je suis quasiment certain que ce passage va beaucoup vous plaire et vous intéresser.

    Si vous avez plus de temps à consacrer, je vous recommande de commencer par cette conférence en 2 parties:
    https://www.youtube.com/watch?v=grjbFtB2dJI
    https://www.youtube.com/watch?v=nVexkrIX1KM
    (ne vous braquez pas sur l’organisateur de cette conférence…)

    Mes salutations, et merci d’injecter de la pensée à l’endroit même des lieux de bêtise les plus emblématiques (les émissions télé)

    PS: Votre final dans l’émission de Sud Radio (« ça va mal finir […] sauf résurrection du Christ. ») est terrible! Quelle claque!

    • La résurrection du Christ, on peut tenter d’y contribuer (rien de si aisé, là dedans), voir Jan van Rijckenborgh (« La Gnose Universelle » ; « Un Homme Nouveau Vient » …et le reste de la contribution).

      Pendant ce temps, en Chine, la dictature du prolétariat introduit l’écologie dans la constitution chinoise, ici l’occident j’attends toujours.

      François Bégaudeau, quelle fraicheur, quel plaisir à voir et entendre évoluer, je m’en inscris d’enthousiasme et envisage une triple ou quadruple commande du bouquin, pour offrir.
      Découvrant la personne, hop quelques sauts chez Zabriskie Point, « du vrai talent ».

      Merci pour toutes ces jubilations.

      • « on voit apparaître une forme bien distincte, l’occidentalo-centrisme, le suprémacisme blanc, occidental, européen, comme on voudra, l’hégémonisme blanc »
        >>> carrément n’importe quoi

        Tu cherchais à me faire passer pour un cuistre hein ? Ben tiens voila :
        Je m’étais dit au départ que je ne répondrai pas ; ca n’en valait pas la peine et le mépris après tout était la meilleure réponse mais je change d’avis car je ne veux pas laisser passer cela ici dans cet espace bâti avec noblesse par l’hôte des lieux qui nous offre à tous une logique d’élévation . Se tirer par le haut de la mélasse de la médiocrité ambiante instaurée par la bourgeoisie : penser et échanger nos pensées argumentées.

        Qualifier les propos, un vocabulaire certes jargonnant je le reconnais, de « n’importe quoi » sans y opposer un argument relève purement et simplement de l’insulte ; pauvre cloche !
        Je te réexplique au cas ou tu n’aurais pas compris : tu m’insultes en disant que je raconte n’importe quoi sans m’en dire plus, en sous-entendant que certains de mes propos ne relèvent que d’un jargon, donc je t’insulte en retour, bouffon !

        Parfois je me prends à faire la publicité de la logique christique (alors que je suis 100 % athée) : on te file une baffe, tends l’autre joue … Mais là dans ces conditions rhla va te faire foutre ! C’est çà les limites de l’ouverture d’esprit.

        Tu manques du plus fondamental niveau de respect, attends toi au même niveau d’irrespect en retour. C’est clair pour toi ou c’est encore trop jargonnant ?!

        Tu as fait ce choix moral par pur mauvais esprit et si tu as fait cela parce que tu avais la flemme d’argumenter ben il fallait simplement t’abstenir. Quand on n’a rien d’intelligible à opposer aux propos de quelqu’un on ferme sa gueule ou alors c’est la guerre

        • Tu vois par exemple cet échange avec Viriato prend tout de suite le tour d’un forum facebook. Tout de suite ça s’invective, s’engueule, tourne à l’affrontement de récré. Ce n’est pas que je déteste la baston, on sait que j’ai même un petit gout pervers pour ça, mais plus profondément cette ligne de front ne peut qu’aboutir à ça. En gros l’époque a sa ligne de front (le front identitaire), ce front appelle tout de suite un ton (la récré), et ce ton a un support attitré : facebook.
          Ici on a taché de se préserver de ça.

          • Voila que tu m’engueules ! Crois-moi sur parole je n’ai pas de compte Facebook et ni de Tweeter ou d’autres choses de ce genre; serais-je emporté malgré moi dans l’esprit du temps ? Mais je ne te comprends pas. Je ne l’insulte pas gratuitement je lui explique pourquoi, je mets les points sur les i et je le méprise pour sa façon qu’il a eu de me mépriser. Ai-je tort sur le fond ?
            Je m’exprime sur ton espace pour tâcher un maximum d’expliquer mes vues et positions pour faire honneur en quelque sorte à ta démarche ça ne m’intéresse aucunement de venir sur les réseaux sociaux pour cracher à la gueule des autres.
            Rien à voir avec la récré cela ne m’amuse pas du tout. Mais pour ce qui me concerne il y a bien une guerre de représentations, une guerre idéologique; c’est la politique dans son sens le plus classique en démocratie et que je compte à mon petit niveau intensifier modestement et pas seulement sur internet en tout anonymat. Parce que je ne suis pas naïf pourquoi le gars balance du « n’importe quoi » comme çà : pure entreprise propagandiste de décrédibilisation. Pour moi répondre frontalement à ce genre de basse provocation et d’affront à l’éthique de la discussion fait partie du combat politique. Alors ici on pense avant de combattre d’accord et tu as noté dans mes posts j’espère que je m’efforçais ici de poser mes arguments avec soin car en dehors de cet espace je chéris l’idée d’une pensée juste. Que le gars ne comprenne pas certains concepts d’accord que ca le saoule que j’emploie des termes qu’il n’aime pas d’accord qu’il me dise ça : écoute ton vocabulaire me saoule mais qu’il me dise « carrément n’importe quoi » et rien d’autre; désolé mais cela appelle une réponse frontale

          • Je ne t’engueule pas, et il ne m’a pas échappé que par ailleurs tu dépliais de vraies analyses. Mais mon idée état moins formelle. Mon idée était que ces guerre de représentations, tant qu’elles absentent le tiers (le réel), sont vouées à une succession infernale d’incriminations et de contre-incriminations. Voués à « je le méprise pour sa façon qu’il a eu de me mépriser », et à son tour ton interlocuteur te méprisera pour la façon que tu as eu de le mépriser afin de répondre à la façon qu’il a eu de te mépriser.
            Pourquoi les fachos adorent reprendre la « guerre pour l’hégémonie culturelle » chère à Gramsci? Parce qu’ils savent que leur pensée est une pure construction idéelle (la patrie, le sang, la race, les racines), et que donc ils ont tout intérêt à ce que le combat reste sur le plan des idées, des idées-fables (ils n’ont rien d’autre à proposer). Leur répondre sur ce terrain, sur le terrain des re-présentations, c’est vraiment les servir. Alors qu’une seule chose les désarme : la convocation du tiers. Non pas des représentations mais des situations, oui. Des situations de vie, où je prends le pari que les représentations sont bien secondaires par rapport à ce qui se joue en elles.

          • Qu’est ce qui a un contenu réel dans l’existence humaine ? Le réel, le quotidien, la vie telle que vécue. Ce matin j’ai été réveillé par un dératiseur. Je me suis dit : mais il s’est levé à quelle heure ce con. Il était 8h, trop tot pour moi, normal pour lui. C’est une situation.

             » les représentations me paraissent être une clé de lecture pertinente du réel. »
            Une clé de lecture des discours, oui -puisque les discours en sont boursouflés quand on en absent le réel.
            Mais une clé du discours du réel? La journée d’un ouvrier d’abattoir, elle doit se lire à travers les représentations?

          • « Qu’est ce qui a un contenu réel dans l’existence humaine ? » Le réel, le quotidien, la vie telle que vécue. Ce matin j’ai été réveillé par un dératiseur. Je me suis dit : mais il s’est levé à quelle heure ce con. Il était 8h, trop tot pour moi, normal pour lui. C’est une situation.

             » les représentations me paraissent être une clé de lecture pertinente du réel. »
            Une clé de lecture des discours, oui -puisque les discours en sont boursouflés quand on en absente le réel. Mais une clé du discours du réel? La journée d’un ouvrier d’abattoir, elle doit se lire à travers les représentations?

    • ok merci Guillaume
      vais regarder-écouter

    • Françis Cousin l’air de rien … Je veux bien que cela soit les idées qui comptent mais …

      Certes le monsieur a une rhétorique marxiste debordienne intransigeante – A bas le Capital – A bas l’Etat – A bas le salariat – A bas l’argent ! – qui séduit aux premiers abords ceux, dont je fais partie, qui sont attirés par la lumière des penseurs prenant politiquement et radicalement le parti du prolétariat dans la lutte des classes.

      Mais au nom d’une certaine vision de l’anti-dogmatisme, de l’ouverture d’esprit et d’une humanité bienveillante et chaleureuse que ne copine-t-on pas avec des éléments les plus ouvertement réactionnaires et racistes de l’extrême droite.

      Par ailleurs, quand on gratte bien, et sous couvert d’une défense des communautés primordiales de l’être contre les sociétés de l’avoir, on voit apparaître une forme bien distincte, l’occidentalo-centrisme, le suprémacisme blanc, occidental, européen, comme on voudra, l’hégémonisme blanc, avec cette facilité qui consiste à renvoyer à de l’idéologie complice du capital (à un « perfectionnement de la marchandise »), les moyens de résistances à l’oppression que sont les luttes décolonisatrices, le syndicalisme, l’étendard de la démocratie, la logique électorale, l’écologie, le féminisme, l’anti-racisme que sais-je encore, dont la radicalité des manifestations se discute au cas par cas bien évidemment.
      Je renvois ici pour une synthèse de quelques grains à moudre :
      https://dissidence.fandom.com/fr/wiki/Francis_Cousin

      Pour finir, je me dis que la radicalité, jaillissant comme par auto-mouvement de l’esprit éclairé du bonhomme, doit légèrement passer à l’as lorsqu’il s’agit de réclamer les biftons d’une séance de philo-analyse à ses patients, à moins qu’il ne se fasse « payer » en autre chose que de la monnaie sonnante et trébuchante …

      • @Alban:

        Alban a écrit un nouveau commentaire dans le sujet « Histoire de ta bêtise »:

        « […] au nom d’une certaine vision de l’anti-dogmatisme, de l’ouverture d’esprit et d’une humanité bienveillante et chaleureuse que ne copine-t-on pas avec des éléments les plus ouvertement réactionnaires et racistes de l’extrême droite. […] »

        Oui, « on copine avec des éléments les plus ouvertement réactionnaires et racistes de l’extrême droite »…
        « On » est des crypto-nazis qui sommes prêt à répandre les heures les plus sombres sur le monde…

        £:^)

        • @guillaume even:

          Oh oh oh cher Guillaume que cela est facile comme esquive; la dérision pour décrédibiliser … en me faisant passer pour quoi ? Un complotiste. Ce qui trahit sans doute chez vous un certain complèxe, un certain malaise tout même parce qu’amalgamer conservatisme des valeurs/racisme et nazisme alors que ce n’est absolument pas ce que j’ai fait et me l’interdirais même. Je garde la pratique de ce genre d’amalgame pour la flicaille médiatique de l’ordre moral hypocrite.
          Par contre désolé mais COPINER, sans que je dise que F. Cousin lui-même soit réac ou raciste, avec Emmanuel Ratier qui est passé par Minute, National Hebdo, Éléments, Radio courtoisie, et « fréquenter » A. Soral, que l’on ne présentera plus, ce sont les limites que je me fixe en terme d’ouverture d’esprit. Par contre j’ai bien écouté l’homme sur l’immigration, l’homosexualité par exemple: la dialectique hegelio-marxienne du bonhomme est certes hypnotisante de virtuosité mais il en vient à des sentences qui ne me conviennent pas du tout parce que je vois d’un mauvais oeil toute rhétorique politique de l’enracinement, du naturalisme des comportements sociaux ou complaisante à cet égard en se dispensant de mentionner le contexte de suprémacisme patriarco-occidental dans laquelle la planète est embourbée depuis belle lurette

          • @Alban: « on voit apparaître une forme bien distincte, l’occidentalo-centrisme, le suprémacisme blanc, occidental, européen, comme on voudra, l’hégémonisme blanc »
            >>> carrément n’importe quoi

          • @Alban:

            bonjour Alban,

            je n’ai pas esquivé; j’ai montré que vous disqualifiez certains courants « non dogmatiques« , « ouverts d’esprit et d’une humanité bienveillante et chaleureuse« , au motif qu’ils « copinent » avec ce que la pensée dominante qualifie « d’éléments les plus ouvertement réactionnaires et racistes de l’extrême droite« .
            et je l’ai fait en citant vos propos.
            et, étant donné que cette citation montrait de façon flagrante un fourvoiement un peu ridicule, j’ai rajouté un exemple par l’absurde pour appuyer la démonstration. avec une indication de mon ressenti amusé.

            si faire cela c’est avoir « sans doute un certain complexe, un certain malaise« , alors je vous laisse à votre opinion. sans aucun mépris de ma part.

            et de nouveau vous confirmez le travers que je montrais. ainsi vous dites encore, par exemple: « COPINER […] avec Emmanuel Ratier […] ce sont les limites que je me fixe en terme d’ouverture d’esprit« .

            je trouve cela domage de disqualifier d’emblée des gens sous prétexte qu’ils fréquentent d’autres gens (en prenant pour acquis les vocables diabolisants dispensés par la pensée dominante).

            à la fin de votre message vous êtes honnête: vous dites qu’il y a des propos qui ne vous conviennent pas parce qu’ils contiennent un discours favorable à l’enracinement, par exemple.

            c’est honnête de le dire mais ça ressemble à un a priori. vous nous dites en gros que quelque soit la force de l’argumentation, si cela abouti à un discours favorable à l’enracinement, vous rejetez le bonhomme.

            enfin, vous nous dites que la planète est embourbée dans un « contexte de suprémacisme patriarco-occidental« .
            vous ne trouvez pas que cette formulation fait un peu charabia? (sans parler de la reprise d’un discours à la mode et réducteur (« anti mâle blanc »))

            en tout cas ce n’est pas mon constat du monde. le constat principal c’est que le monde est en crise terminale. et ce n’est pas la faute du « mâle blanc », ni de « l’étranger », ni du « chomeur », ni même du « bourgeois » ou du « riche » (bien que leur pouvoir de nuisance soit bien supérieur), que sais-je encore…
            non, le monde est la résultante de chaque conscience. on a le monde qu’on mérite. (et chacun voit le monde à sa façon)

            on veut un monde meilleur? alors il faut être à l’écoute de soi-même et des autres, il faut être un exemple. il n’y a que cela à faire. (ceci n’empêche pas que si on ressent profondément le besoin de faire telle ou telle chose, quelle qu’elle soit, il faut le faire, car il vaux mieux assumer son ressenti profond que de le refouler)

            cordialement

        • @guillaume even:

          Je ne me lancerai pas dans une polémique avec vous ; d’autant plus que je soupçonne chez vous un goût prononcé pour faire chier les mecs qui se disent de gauche ou les gauchiasses ou encore islamo-gauchistes comme on les appelle dans vos cercles, allez ho à d’autres ne faites pas semblant !

          Il y aurait beaucoup à vous répondre et à vrai dire j’ai écrit, à côté, tout ce que j’avais à vous dire sur le fond en réponse à votre message mais comme je l’annonce en début de ce message je ne vous dirai rien sur le fond vous ne le méritez même pas.
          Gnagna démocratie, ouverture d’esprit j’avoue face à votre espèce d’individu nada.

          Simplement les pièces du procès symbolique que je vous fais :
          Vous mobilisez une énergie certaine pour faire la publicité des positionnements de Françis Cousin auprès de F. Bégaudeau et soutenez avec ferveur la polémique contre moi.

          Vous envoyez à une autre personne de cet espace d’échange une vidéo relayée par le canal youtube France Nation.
          Que d’aucuns jugent sur pièce les contenus de ce canal (ou plutôt allez je me mouille FOSSE A PURIN, évidement en exemptant absolument Les Pincon Charlot, Baillargeon, Chomsky, David Dufresne, François Boulo et sans doute quelques autres) :
          https://www.youtube.com/channel/UCYkcHGbBCrIWbk05vgvIPWQ/videos

          Je le dis tout de go : que vous en soyez conscient ou non je m’en tape le coquillard, ce que je vois en vous c’est un véhicule de représentations racistes et réactionnaires du type « Gauche du travail », Droite des valeurs.

          Tiens pour finir le genre de vidéo que vous devez apprécier n’est ce pas, une vidéo d’Hervé Ryssen miam miam hein !
          https://www.youtube.com/watch?v=CRkKhVkBPqo

          • Je suis d’accord avec toi, Alban : Guillaume semble passer pas mal de temps dans la sphère d’extreme droite. Mais après ce premier round d’identification, le premier round où l’identification vaut argument (au risque de barboter dans le connotatif), passons au second, celui de la discussion pied à pied, où toi et moi discutons sur le fond avec Guillaume. Non pas certes pour nous concilier -il n’y aura pas de conciliation. Mais pour réintroduire dans la discussion le tiers occulté (le réel)
            Ainsi nous pourrions demander à Guillaume : pourquoi n’es-tu pas de gauche? Qu’est-ce qui te distingue de la gauchiasse? Guillaume, si tu es dans le coin, on t’écoute.

          • @François Bégaudeau:

            extrême droite est un terme diabolisant. je ne trouve pas que je passe du temps dans une sphère « d’extrême droite« . je passe du temps dans des « sphères » diverses (droite, gauche, ni droite ni gauche, …). d’ailleurs, aux yeux de certains intolérants de droite, je pourrais être vu comme étant dans une sphère « gauchiste » (par exemple en parlant de François Bégaudeau et de certains de ses propos intéressants)

            je vois que je suis passé par un « round d’identification« ; je suis étonné et déçu; on dirait un contrôle de police.
            tu ne connais quasiment rien de moi, et pourtant tu déclares déjà qu’il n’y aura pas de conciliation. là encore je suis étonné et déçu.
            enfin, la forme, où je me vois froidement jugé (et de façon définitive), avec une volonté de me disséquer et d’écraser les éventuels arguments que j’aurais…

            maintenant tu me demandes pourquoi je ne suis pas de gauche. « qu’est-ce qui [me] distingue de la gauchiasse? »
            au passage, « gauchiasse » est un terme méprisant. je n’emploie pas ces termes. j’essaie en tout cas.

            je trouve la question un peu étrange. c’est un forum réservé aux gens de gauche? pourquoi serai-je de gauche? je ne pense pas que l’on te demande pourquoi tu n’es pas de droite… droite et gauche sont des étiquettes floues, chacun à sa définition. il y a des propos de gauche du passé, qui aujourd’hui seraient vu comme des propos « d’extrême droite ». l’important c’est ce qu’on dit (et fait) (mieux encore, l’important c’est d’être, tout court). par exemple, ce qui m’a intéressé c’est certains de tes propos en interview; je ne te juge pas en fonction de l’étiquette que te colle tel ou tel. non, je me concentre sur ce qui compte: le contenu, pas sur l’emballage.

            je vais tout de même répondre à ta question.
            au préalable, pour info, j’étais de gauche. mais cela fait longtemps que je ne me considère plus de gauche, ni de droite. (ni du centre)

            il y a une définition de la droite et de la gauche que j’apprécie particulièrement, et que je trouve bien sentie et puissante:
            « La droite c’est la gestion de la marchandise, et la conservation de la tradition.
            La gauche c’est la gestion de la marchandise, et la liquidation de la tradition. »

            et étant donné que la marchandise (argent, Capital, …) me semble un pb essentiel, je dis donc:
            ni droite ni gauche; à bas la marchandise.

            en plus de cela, la liquidation de la tradition a quelque chose d’intolérant. (je ne dis pas que la tradition c’est foncièrement bien, et qu’il ne faut rien changer). la liquidation de la tradition, une certaine « table rase », l’instauration d’un « homme nouveau »; tout cela mène souvent à des horreurs. par exemple, l’élimination de ceux qui ne soumettent pas à la nouvelle idéologie.

          • Je crois que tu t’es bien mépris sur l’esprit de mon intervention. Je proposais justement de passer outre la phrase d’identification, de ne pas s’y tenir, de ne pas se crisper sur nos identités politiques supposées, et de commencer à discuter vraiment, plutot que de se renifler. Mon intervention ne signifiait pas : on ne discutera pas avec toi parce qu’on est de gauche, mais très exactement le contraire. Moi j’aime bien discuter avec tout le monde.
            Merci donc d’engager vraiment la discussion, et d’avoir eu la gentillesse de clarifier tes axiomes. Qui nous amènent donc à cette affaire de tradition qui me parait très intéressante à étudier. Je dirais même que cette une notion pivot dans les positionnements des uns et des autres. On gagnerait donc à la préciser. Là pour l’instant tu t’en tiens à une critique de base des opérations révolutionnaires d’inspiration marxiste (l’homme nouveau qui fait table rase, etc), donc tu désignes la tradition par la négative. Mais positivement, à quelles « traditions » es-tu attaché ?

          • @François Bégaudeau:

            cette affaire de tradition n’est pas vraiment le problème, comme je l’indiquais:
            le pb principal c’est la marchandise (argent, Capital, …).
            se positionner essentiellement par rapport à la tradition est donc pour moi une erreur.

            (cela n’est bien sûr que mon opinion imparfaite)

            quand à savoir à quelles traditions je serais attaché, ça n’a pas d’intérêt autre qu’une info personnelle et subjective.

            mais je vais tâcher de jouer le jeu des questions.

            je dirais que la tradition c’est l’ensemble des contenus culturels qui se sont inscrits profondément dans l’histoire d’un peuple.

            à quelles traditions suis-je attaché? j’ai un peu de mal à formuler une réponse.
            personnellement je ne suis pas vraiment attaché à une tradition.
            comme beaucoup de français je suis d’une petite classe moyenne banlieusarde. petit contexte catholique non pratiquant, ou pratiquant à la marge. puis j’ai développé par moi-même mon intériorité en m’abreuvant de livres, films, conférences, …
            au final j’ai remarqué que j’aime les gens et les peuples enracinés.
            j’aime la foi qui, par exemple, a poussé à la création de tant de merveilles d’art et d’architecture, et qui a éveillé une certaine transcendance dans beaucoup d’âmes. j’aime le savoir-faire ancestral vivant qui fait des choses solides et nobles. j’aime les vieux rituels vivants qui soudent la communauté. j’aime le terroir qui exhale l’âme des générations enracinées qui y ont vécu. …
            (tout ceci n’exclu pas une évolution naturelle, et pleins d’aspects de la modernité auxquels je suis également attaché)

            mais encore une fois, quelque part on s’en fout de savoir ce à quoi je suis attaché.

          • C’est toi qui as placé la tradition au centre de ta définition de la droite et de la gauche, il est donc tout à fait normal que je te demande de préciser. Ce que tu fais très bien, merci.
            Je partage pas mal de tes sentiments. Mais il faudrait encore entrer dans le détail pour voir ce qu’il en est politiquement de tout ça.
            Prenons « les vieux rituels vivants qui soudent la communauté », pour lesquels j’ai autant de sympathie que toi. Mais quid de celui qui, dans la communauté, ne veut pas sacrifier à un rituel pour telle et telle raison? Parce que la politique commence là : quand un ou des individus se lèvent contre une convention. Une femme, par exemple, a-t-elle raison de se lever contre le rituel du mariage avec un voisin? Contre le rituel qui consiste à montrer ses draps au sortir de la nuit de noce?
            Je prends cet exemple, je pourrais en prendre bien d’autres.

          • @François Bégaudeau:

            tu m’as mal compris François; au centre de la définition de la droite et de la gauche que j’ai donné, ce n’est pas la tradition qui est au centre, c’est la marchandise. en effet, quelle que soit la position prise par rapport à la tradition, droite et gauche continuent à gérer la marchandise. ils n’ont aucune intention d’abolir le Capital et l’argent.

            or c’est bien l’abolition de la marchandise qui est fondamental.
            l’Homme, quand il n’est pas dans un système marchand (exemple, certaines communautés qui ont existé dans l’histoire) forme communauté et est naturellement dans le partage.
            dans une telle communauté on est dans un autre état d’être. il n’y a pas vraiment d’individualisme, il n’y a pas vraiment d’aliénation, il n’y a pas de véritable scission entre les personnes, il y a un sens commun, des pratiques communes, il n’y a pas de politique, il n’y a pas de loi (le fait de ne pas tuer, voler, mentir, etc… va de soi), tout va de soi.
            j’avais donné un exemple « primitif » qui a existé, pour commencer à donner une idée. je le remets ici:
            https://www.youtube.com/watch?v=h7sXjOEnvgs

            les problèmes que tu indiques (exemple: conflit par rapport à un rituel/convention/règle/loi/…) sont des problèmes de sociétés capitalistes (même si c’est un capitalisme primitif).
            c’est le capitalisme qui a cassé « l’être », et qui a provoqué l’aliénation. d’où la société fracturée, les rituels/conventions/règles/lois/… exutoires ou compensatoires, l’individualisme, etc…

            donc pour résoudre les problèmes c’est le capitalisme qu’il faut briser.

            je comprends que tout cela peut paraître peu convaincant pour beaucoup de personnes.
            ces explications ne sont pas de moi. je ne fais que reprendre ce que dit Cousin notamment (qui explique le sujet beaucoup mieux, et de façon beaucoup plus complète), car après avoir passé du temps à écouter ces explications, jusqu’à présent je trouve que ces dernières sont très cohérentes et très puissantes, avec notamment de très intéressants éclairages de l’histoire.

            mais bon, peut-être qu’un jour je trouverai d’autres explications qui affaibliront certains points exposés ci-dessus.
            ce n’est pas l’alpha et l’oméga pour moi.
            il y a quelque chose qui me paraît encore plus fondamental: écouter et être présent, ici et maintenant.

          • J’avais bien reconnu Cousin dans tes propos. Et bien reconnu certains plis de pensée, que je ne partage pas.
            Tout le hiatus est là : « dans une telle communauté on est dans un autre état d’être. il n’y a pas vraiment d’individualisme, il n’y a pas vraiment d’aliénation, il n’y a pas de véritable scission entre les personnes, il y a un sens commun, des pratiques communes, il n’y a pas de politique, il n’y a pas de loi (le fait de ne pas tuer, voler, mentir, etc… va de soi), tout va de soi. » Je ne crois pas que l’individu soit une fabrication du capitalisme. Je crois que c’est une donnée de l’ontologie humaine. Nous sommes individués : chacun à un corps, un cerveau, un système affectif spécifique, et ce depuis toujours. C’est vrai des vaches, c’est d’autant plus vrai des hommes. Et quand bien même l’homme aurait d’abord été non-individué, il l’est depuis lurette et je trouve que c’est plutot une belle chose, un individu, doué de son génie, de son point de folie, de cette vibration particulière qui fait qu’il est LUI ET NUL D’AUTRE. A ce titre, c’est de l’individu que je pars, de sa plénitude, de sa singularité. Et la communauté est subordonnée à l’individu. Si l’individu juge pertinent pour lui de faire communauté, il le fait. Mais ce pacte communautaire doit etre provisoire, résiliable à tout moment : à tout moment l’individu doit pouvoir se dessouder d’une communauté que son corps ressentirait comme aliénante et coercitive.
            Tu n’aimerais pas abdiquer ta singularité, Guillaume. Et Cousin non plus ne l’aimerait pas. Son édifice conceptuel est troué par cette donnée : l’évidence de son individualité à lui, qu’un retour au « genos » dissoudrait immédiatement. Et alors : fini Cousin, fini Guillaume, fini François. Ceci est, strictement, un fantasme fasciste.
            Voilà le coeur du désaccord entre un anticapitalisme de droite et un anticapitalisme de gauche.
            (Je ne m’arrete pas sur la marchandise puisque c’est notre point d’accord.)

          • @guillaume: je viens ajouter mon petit grain,
            parce que lorsque tu dis pas de lois dans les sociétés primitives tu me rappelles un article que vivien nous avait posé dans le dis-moi, je sais pas où faut chercher,
            et je pense que tu le sais mais c’est toujours intéressant de le mettre en valeur,
            bref,
            lorsque les colons européens ont voyagé de ci de là à la rencontre des peuples dit primitifs, ils ont cru en effet que ces derniers n’avaient pas de lois puisque rien ( ou presque ) n’était écrit, comme à l’européenne où nous savons si bien faire les choses qu’il nous faut sans cesse des objets, concrets.
            Pour concrétiser l’abstraction.
            Si bien que chez nous les lois se retrouvent coltinées à l’Etat, au gouvernement, c’est une autre histoire.
            Et donc, je reprends le fil, les lois chez les peuples primitifs étaient bien présentes parce qu’intégrées depuis longtemps dans les cultures des peuples, intégrées dans chaque individus ( à peu près car il devait bien y avoir quelques sociopathes ), dans le détail des relations.
            Mon petit point de vue, par observation par exemple du peuple kanak, c’est que ces lois ont été tant niées pendant les périodes de dominations coloniales ( à proprement parlé ) qu’elles se sont désintégrées quasiment, le temps que le colon réalise qu’il faisait une belle connerie ( ou bien qu’il se rende compte qu’il y avait un autre moyen plus efficace d’exploiter les ressources à distance nous dirait françois qui s’y connait en capitalisme )
            Il n’en reste pas grand chose, des ces lois. C’est assez triste à voir ces peuples qui luttent pour préserver la misère de reste culturel que les européens ont détruit.
            ( avant les européens tu en avais d’autres les gengiskhan et compagnie , on ne vous oublie pas les gars : poing droit viril sur le cœur )
            Hé donc, j’allais oublier ma conclusion, c’est bien difficile au jour d’aujourd’hui, et pour rejoindre un peu ce que dit françois, de se rendre compte si ces lois étaient difficiles à vivre ou pas.
            Ou autre chose d’intermédiaire.

          • @guillaume: attends , parce qu’en faisant mes petites courses à intermarché , me revenait une petite histoire que nous racontait notre collègue fabien l’autre jour.
            Pour situer, faut savoir que fabien, comme moi, a vécu dix ans en nouvelle-calédonie, il en est revenu il y a un an avec sa femme kanak de la côte Est ( le coin que je préfère ).
            Moi j’y étais avec un caldoche ce qui fait que nous sommes un peu ennemi par alliance quelque part , mais on se parle quand même.
            Bref, on a fait la nouvelle-calédonie, comme dirait ma copine sandrine lorsqu’elle parle de son stage au Mali : moi j’ai fait le Mali ,
            comme si elle avait fait la guerre,
            et on se marre de nos gros rires gras, on est grave.
            Et bon, donc, l’autre jour fabien nous raconte que près de chez le père de sa copine Laetitia là-bas, ils ont fait construire une cabane sur un terrain paumé dans la foret. Ils ont l’intention d’y construire une baraque carrément.
            Sauf que , héhé , ça ne se fait pas comme ça dans ce pays là, tu n’as pas de cadastres sur certaines zones, il faut en passer par le chemin coutumier : c’est à dire demander l’autorisation aux membres de la famille plus ou moins éloignés pour que cela soit accordé.
            Mais y a pas de papiers à faire rien, hein. Cela n’a aucune valeur.
            Bon le père ( le vieux, comme on dit là-bas ) , de laetitia n’avait aucune objection pour donner le terrain mais il fallait tout de même passer par la convocation d’une bonne quarantaine de personnes, dans le cadre d’une réunion festive, boire et manger tout ça.
            L’histoire pour l’accord de s’accaparer le terrain finit bien, enfin jusqu’à ce que quelqu’un vienne se pointer et dise : c’est à moi. Nous verrons ce que l’avenir nous en dira.
            Mais le truc qui nous a fait rire dans ce récit surtout c’est que pendant cette fête une tantine mal intentionnée médisant sur le vieux, s’est prise de la part de Laetitia : chbam ! une bonne grosse tarte en retour.
            Ah bah il en était tout choqué le fabien.

          • @François Bégaudeau:

            il me semble que tu fais l’erreur d’aller trop loin dans l’interprétation de « l’état d’être communautaire »; absence d’individualisme n’est pas absence d’individualité. dans une communauté (quand j’emploi ce terme c’est toujours en sous-entendant « communauté de l’être » – « sans la marchandise ») les membres sont aussi des individualités. chacun est lui-même et nul autre, avec sa singularité. l’exemple des indiens pirahas le montre bien, non?

            rien n’oblige un membre à rester dans la communauté. il y reste parce qu’il a envie d’y rester. si par hasard il voulait se séparer de la communauté, il pourrait le faire. (mais il me semble que vouloir se séparer de la communauté est un cas pour le moins assez rare)
            déjà quand on est avec des amis proches c’est rare de ressentir ce groupe d’amis comme étant aliénant et coercitif, alors imagine dans une « communauté de l’être »…

            je résume: dans une « communauté de l’être » l’individualité est présente.

            maintenant je passe à un point moins essentiel, je voudrais juste rebondir sur le terme de fasciste, notamment.
            depuis longtemps c’est devenu un terme diabolisant. ici, si l’on rationalise, tu l’utilises dans le sens « totalitaire », c’est à dire « dictatorial ». donc « fantasme fasciste » c’est un fantasme dictatorial en quelque sorte. déjà on s’éloigne du point Godwin, on recommence à pouvoir raisonner.

            tu dis que la dissolution de l’individualité est un fantasme dictatorial.
            supposons que Cousin dise que dans une communauté de l’être il n’y a pas d’individualité. (il ne le dit pas, mais supposons…)
            eh bien même dans ce cas, dire qu’il n’y a pas d’individualité dans une communauté de l’être, ça n’a absolument rien de dictatorial. c’est juste une affirmation (que l’on peut trouver vrai ou fausse, peu importe).
            ça serait dictatorial si on disait: « il faut abolir l’individualité »
            or on ne dit pas ça du tout. le mot d’ordre c’est « à bas l’Etat, à bas l’argent », c’est tout. il n’y a pas d’autre mot d’ordre.
            « à bas l’Etat, à bas l’argent » n’a rien de « fasciste ». ça n’est même pas de droite!…

          • @elo et guillaume: je viens corriger un p’tit truc,
            mon idée sur le mot aliéne n’était que mon observation sur ce que m’inspirait ce mot ,
            mais en vérité je vous le dis, on trouve sur le wikipède que aliéné signifie l’autre, l’étranger :

            Du latin alienare (sens identique) dérivé de alienus (« étranger »), lui-même de alius (« autre »).

            ce qui fait qu’ensuite je me barre dans l’idée que l’étranger, celui qui est autre, est celui qui n’a pas de lien avec le groupe social.
            J’y remets une couche de pas de lien.
            J’ai peur de rien.

            C’est étonnant que ce mot signifie aujourd’hui l’inverse de son sens original.

          • @elo et guillaume: ah bah tiens si ça se trouve c’est la psychiatrie qui a opéré ce renversement justement,
            puisque ces foufous qui sont pas comme nous, qui s’attachent à rien, on les ligote sur leurs lits on les maintient bien comme il faut vers le sol, qu’ils restent parmi nous nom de dieu.

            Bon ben voilà je peux écrire un livre de linguistique maintenant.

        • @guillaume even:

          Le réel François …. Mmm question délicate … mais je te préviens d’avance je vais en venir encore et toujours à une sentence morale, j’ai beau faire, retourner les choses dans tous les sens …

          Le réel pour moi dans notre « affaire Guillaume » ? … ça commence avec l’histoire du mâle blanc, lui qui en parlait justement dans son message en répondant à mon « charabia » (je connais tellement cette rhétorique des réaco-droitards pour décrédibiliser l’usage des concepts qui les dérangent).

          Et puis tiens revenons aux propos de Guillaume :

          Le monde est en crise terminale disait-il … Pour qui ?

          Alors une petite expérience de pensée puisque dans les discours qui semblent l’intéresser il y a ceux qui concernent les amérindiens.

          Imaginons-nous la conception de la fin du monde pour les millions d’êtres humains qui peuplaient le continent du Nord au Sud et qui ont fait la « rencontre » du mâle blanc en 1492 et dans les décennies et siècles suivants.
          J’utilise à nouveau à dessein l’appel à la morale quitte à te déplaire et fortement t’agacer François, parce que franchement il y en a marre de ce mensonge historique, de cette ignominie mémorielle et qui me semble mettre en question tout discours, même radical d’un « occidental », anti-capitaliste, anti-argent, anti-étatique, anti-bourgeois s’il ne part pas de cette ignominie ou n’en fait pas un point central :

          N’y a –t-il pas indécence à parler de monde en crise terminale quand le monde vécu par les amérindiens a été dévasté, carbonisé, quasi annihilé par le mâle blanc et jusqu’encore aujourd’hui puisqu’on continue à « faire la misère » aux populations d’Amazonie qui essaie de sauvegarder le peu de terres saines ou ils peuvent encore vivre. Oui je le dis sans complexe aucun : la destruction, le mal absolu qu’est l’appropriation des terres de cette ampleur qui a eu lieu, et qui continue d’ailleurs, avec un acharnement de violence sans commune mesure ; ce niveau et les moyens utilisés de destruction culturelle sont impardonnables à un point tel que le concept de repentance me semble faible au regard de ce que réclamerait l’affront au minimum moral censé caractériser l’humanité.

          Après cela, que Guillaume et ses alter-ego diagnostiquent tant qu’il leur plaira une sorte de masochisme : j’appelle cela simplement de l’honnêteté intellectuelle agrémentée de lucidité et d’une vision cohérente du très célèbre et presque éculé adage : ne fais pas à autrui ce que l’on ne voudrait pas que l’on te fasse.
          Et je ne parlerai pas ici de la traite des noirs et des affres des autres colonisations de terres non européennes.

          Le réel pour moi ? Le mâle blanc qui perpétue ce forfait originel : considérer des êtres humains, en souffrance pour nombre d’entre eux ou non, à la couleur de peau, à la physionomie, aux us et spiritualités différents, comme des nuisibles, des intrus des déchets à (re) jeter … Au nom de quoi si ce n’est au nom de ce sentiment pourri qui veut que ce bout de Terre oû je nais c’est CHEZ MOI ! Au nom de quoi si ce n’est au nom de ce sentiment honteux, caché parce que criminalisé mais bien réel de supériorité que me confère un niveau pigmentaire de mélanine dont j’ai « « hérité » génétiquement sans rien demandé, sans rien mérité. Ce déni de cette putain de loterie qu’est la vie, que sont ces satanées conditions de naissance, me parait relever absolument d’une perspective morale.
          A 15 ans, à 20 ans à 25 ans allez bon … à 30 ans va encore, à 35 c’est fini désolé plus d’excuse, on a suffisamment vécu ; la on fait le choix de l’immoralité.

          J’en fais effectivement une question morale en ne la limitant pas au choix rationnel de la paix sur la base du « pas de justice pas de paix ».

          • Je l’ai dit ici : ce n’est pas la morale qui me gêne en soi – puisque, je le répète, le sens moral est indéfectible en nous- mais son magistère dans la pensée. Je lis ton post : je suis d’accord avec tout, mais désolé la pensée commence après. La pensée politique, en tout cas, qui ne connait que deux questions : quelle est la situation? Que faire? Le « réel » dont je parle c’est cela, c’est la situation, et ton texte n’en fait pas état -ou alors très très lointainement)
            A moins que pour toi la situation se définisse par le fait que des gens comme Guillaume existent. Et qu’il faille les combattre. Bien. Et après? Sera-ton bien avancé quand on aura éradiqué le masculinisme blanc? (qui d’ailleurs disparaitra de lui-même, puisqu’il n’y aura plus de blancs dans cinquante ans, patience Alban patience)

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