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Histoire de ta bêtise, préface

TA BÊTISE INTACTE

D’abord comme il se doit j’ai pensé à ma gueule. Quand en novembre les Gilets jaunes sont apparus pile au moment  où Histoire de ta bêtise venait de partir à l’imprimerie, j’ai d’abord craint pour le livre. J’ai croisé deux fois les doigts : une première fois pour que ce mouvement capote vite et ne change rien à la carte politique que le livre parcourt ; une second fois pour que, tant qu’à durer, il n’aille pas jusqu’à dégager Macron et sa garde macronienne. Pas avant le 23 janvier 2019, date de publication. Après, oui, avec plaisir, avec joie. Vers fin février. Mi-mars, allez. Le temps que le livre ait sa petite vie.
Le 15 mars l’insurrection, et d’ici là 50000 livres vendus + le prix Romain Bardet du meilleur essai.
La superstition paye. Le pouvoir a tenu bon. Macron et la bourgeoisie qu’il incarne et sert sont toujours d’actualité. Tu occupes le terrain, mieux que jamais. Tu as sauvé ce livre qui ne t’aime pas.
Mieux :  tu l’as justifié. Ton attitude devant ce mouvement lui a offert une illustration inestimable et gratuite.
Rarement, ces dernières années, t’aura-t-on vu si transparent, si lisible dans tes intentions, tes intérêts, tes affects. Les gilets t’ont révélé. Tu t’es montré tel que tu es ; tel que je te peins.
Tu as montré ta peur constitutive.
Ta passion première de conserver a depuis toujours pour corollaire ta peur. Ta peur d’être dépossédé. Et puisque tu ne consentiras jamais à te dépouiller comme Saint François ou Pauline Lamotte, tu auras peur toute ta vie.
On a vu ta peur en gros plan, on a vu ce qu’elle te fait faire. Les réflexes policiers qu’elle communique à ton petit corps fier de sa minceur en chemise. Les blindés sur les Champs-Elysées. Les yeux perdus. Les mains arrachées.
Et ta bêtise.
Ce livre qui l’affiche en titre tache d’établir la généalogie de ta bêtise, son parcours neuronal, sa chimie. Comment ça marche? Comment un cerveau bien fait comme le tien en vient très régulièrement, et plus souvent encore en période de panique, à se rétrécir ?
Au cas où elle ne me serait pas apparue antérieurement, au cas où je n’en aurais pas encore compris les tenants, tu m’as offert, ces deux derniers mois, cent occasions de compléter ma compréhension du phénomène.
Je reviens sur l’une des plus exemplaires.
Courant décembre, un thème s’invite dans le mouvement, celui du Référendum d’Initiative Citoyenne. Beau thème non? Complexe, vaste, infini comme la quête démocratique. Toi qui depuis ton ordi trouvait les Gilets Jaunes bas-de-plafond, tu devrais te réjouir qu’ils relèvent le niveau du débat public que tes fondés de pouvoir ont tant avili. Et te fournissent l’opportunité de réfléchir toi-même à la démocratie réelle, toi qui ne l’as jamais fait, toi qui t’accommodes des institutions existantes – elles ont été conçues par et pour toi.
Certes, à ce stade, je ne me fais pas d’illusion : pour la raison que justement les institutions existantes ont pour objectif ta conservation, ton hypothétique réflexion, on le sait déjà, n’ira pas loin. Tu trouveras de bonnes raisons de légitimer le statu quo, de réaffirmer que le régime actuel est le moins pire (le moins pire est ton mantra) et qu’à cet égard mieux vaut ne pas risquer de le déstabiliser. Mais du moins auras-tu eu à te creuser les méninges pour réfuter ceux qui promeuvent le RIC, à l’argumentaire bien  charpenté. Ca aura fait à ton cerveau une petite sortie conceptuelle hors de l’étroit périmètre conservateur où tu l’incarcères.
Or non.
Même pas
Même pas une ou deux heures de pensée.
Tout de suite, et comme tu le fais pour tant d’autres sujets, tu as trouvé le moyen de ne pas penser. Le moyen t’est tombé dessus, comme une providence, comme une entorse au genou la veille d’un cross de collège. Il tenait en sept lettres :  C,H,O,U,A,R,D.
Ce nom t’est venu par l’intercession de Ruffin. Avant cet épisode, tu n’avais jamais entendu parler d’Etienne Chouard, pas même en 2005 où tu te contentas de l’information dispensée par tes organes officiels, mais tu connais Ruffin, car Ruffin a une visibilité médiatique – de la gauche radicale tu ne connais que ce qui en apparait dans tes médias, c’est-à-dire à peu près rien. Dans un discours de mi-décembre, Ruffin, soutien des Gilets jaunes de la première heure, Gilet jaune avant l’heure, remercie Chouard d’avoir contribué à installer le RIC au centre des revendications, et c’est ainsi que tu découvres ce nom.
A ce stade, le scénario vertueux a encore sa chance : il t’est encore loisible de profiter de la circonstance pour rattraper ton retard, pour découvrir les ateliers constituants que Chouard organise depuis dix ans, et de te reporter à ses nombreux écrits et conférences  sur le tirage au sort, sur la démocratie représentative comme oxymore, sur la constitution qui ne doit pas être rédigée par ceux qu’elle est censée contrôler, sur le gouffre entre élire et voter, etc. Du grain à moudre. Plein d’os à ronger.
Or : non plus.
Dès l’entrée du vaste domaine embrassé par la réflexion de Chouard, une rumeur soigneusement colportée par tes pairs te dispense de t’aventurer davantage. Il paraitrait que Chouard a une ou deux fois dit qu’il ne s’interdisait pas de discuter avec Soral. Pour toi c’est une raison suffisante de ne pas l’écouter. Tu ne savais rien de Chouard, tu n’en sauras rien de plus. Rien de plus que sa notation dans ton barème moral. Quelque chose comme 2 sur 20. On ne discute pas avec Soral, point. Et toi tu ne discutes pas avec celui qui ne refuse pas catégoriquement de discuter avec Soral. Tu as des principes. Tu as du capital et des principes. Tu as les principes de ton capital.
On a reconnu les deux étapes de la fabrication de ta bêtise :
1 déport de l’attention du message vers le messager – a fortiori quand tu pressens la dangerosité pour ton ordre du message.
2 disqualification morale, et non théorique, du messager, par son association avec d’autres précédemment disqualifiés. Soral est d’extrême droite, donc Chouard qui un jour ne l’a pas condamné fermement l’est aussi un peu, donc Ruffin qui vient de saluer Chouard l’est aussi un peu, donc l’idée du RIC sent mauvais à son tour, et par extension l’instauration de consultations référendaires mènerait mécaniquement aux régressions morales que réclame le peuple reptilien et homophobe et antisémite et pour la peine de mort (ici, retwitter Victor Hugo, « souvent la foule trahit le peuple »)
Et moi qui ici mentionne Chouard et Ruffin ne serais-je pas aussi, par translation, un complice objectif de Soral? Ne serais-je pas un peu pour la peine de mort?
Non décidément tu as de bonnes raisons de ne pas t’attarder dans la réflexion sur le référendum, ou devant le site de Chouard, ou dans les pages de Fakir, ou sur la présente page. Tu vas vite retourner chez toi regarder une série en mangeant des sushis livrés.
Ne te méprends pas. Je ne suis pas ici en train de promouvoir le RIC (que par ailleurs je promeus), ni de purifier Chouard (qu’il pense puissamment me suffit), ce n’est pas de RIC ou de Chouard que je parle en l’occurrence mais de toi. De la bêtise qui est le précipité de ton tenace refus de penser. De l’impossibilité de penser à laquelle te condamne ta condition -bourgeoise.
Admettons, tiens, que Chouard ce libertaire radical soit un peu  fasciste, que Ruffin ce gauchiste radical soit un peu fasciste, que moi-même qui ne revoterai que lorsque Didier Super se présentera je sois un peu fasciste. Admettons que ton radar moral ait eu raison de capter des particules soraliennes dans les corps d’Etienne, François et François. Rions un peu et admettons. Il resterait ceci, qui seul m’intéresse en l’espèce et qui seul devrait t’alarmer : tu as encore perdu une occasion de penser. A nouveau tu t’es roulé dans la morale comme d’autres dans la farine (tu te ridiculises, tu n’as pas d’estime pour toi), et ton cerveau à nouveau a chômé.
Chimie de ta bêtise : tu possèdes, donc tu veux conserver, pour conserver tu fliques ce qui te menace, et tant que tu fliques tu ne penses pas.
On voit que ta bêtise t’est consubstantielle. Elle durera autant que tu dureras, c’est à dire longtemps, car durer est ton métier. Beaucoup d’années encore s’écouleront avant, que, disparaissant, tu frappes de péremption ce livre.

couv histoire de ta betise


694 Commentaires

  1. Quelqu’un a la version intégrale du papier de Caviglioli dans l’Obs sur Histoire de ta bêtise?

      • @Zyrma: Merci beaucoup. Qu’en penses-tu François?

        • Plutot du bien, car sa recension est très précise, très proche du texte.
          Evidemment il y a ce dernier quart, qui me semble être presque un passage obligé pour une publication dans l’Obs. Et qui néglige quand même de détailler ma pensée sur mon propre statut de bourgeois, qui est tut de même un peu plus fine que ce qu’il en dit. Aucun mot, par exemple, sur ce qui me semble décisif, et je crois assez inédit dans le champ des idées, à savoir le passage sur mon ADN de fonctionnaire. Rien non plus sur ce que j’appelle ma « perversité ». Et rien non plus du foncier populaire que je mentionne aussi.
          Quant à ce qu’il dit sur l’argument libéral du moindre mal, il ne dit pas assez nettement que c’est moi qui couche cette pensée, disant qu’elle me traverse souvent, que je suis libéral certains jours dans le sens précis où je me dis que l’humanité ce sera ca ou la barbarie.
          (Evidemment cette pensée ne peut etre que furtive vu que factuellement la paix libérale de nos pays se gagne au prix de la barbarie imposée au reste du monde)

          • @François Bégaudeau: Beaucoup aimé le passage fonctionnaire qui dit effectivement beaucoup des horaires, du temps de cerveau disponible (je rajouterais du travail en collectivité, de côtoyer quotidiennement un groupe de personnes qui dépasse le nombre de 10, et aussi de rencontrer toutes les classes sociales justement) qui change tout du rapport au travail, du rapport au travail non rémunéré et de l’ouverture sur le monde. Ma seule question c’est qu’est-ce que quelqu’un qui n’a pas vécu ça peut en saisir ? Tant qu’on ne l’a pas senti dans son corps ça nous est totalement étranger ?
            Ça me fait penser aussi au chômage : quelqu’un qui ne l’a pas vécu n’a pas eu cette opportunité de se laisser aller, de ne pas compter le temps, de se lever quand on veut, de penser, de se positionner… Le chômage c’est vraiment un truc que je recommande à tout le monde.

          • C’est la force cruelle des déterminations ; qui n’a pas imprimé profondément l’éthos fonctonnaire ne l’acquerra jamais. Mais du moins puis-je le raconter, permettant une compréhension théorique du phénomène. Tout comme le récit d’un chômeur peut au moins me donner l’idée de ce qu’est une vie de chomeur, et peut etre un peu la sensation de cette vie si le conteur est doué.

          • @François Bégaudeau: ne trouves-tu qu’il soulève un point intéressant quand il parle de ton usage bourgeois des goûts populaires, quand il fait référence au punk et au foot? Tu en parles un peu dans le livre, quand tu dis que tu t’aimes aimant telle ou telle oeuvre mais tu ne vas pas aussi loin que ce que pointe Caviglioli, soit un goût assez distinctif en somme (mais n’est-ce pas le propre du goût?). Citer Bigard quand on s’appelle Bégaudeau n’est pas la même chose que quand on est prolo. On s’attend à ce que le prolo rit aux blagues grasses de Bigard, moins à ce qu’un écrivain de gauche en parle.

          • Que moi parlant AUJOURD’HUI de punk, de foot, ou de Bigard, ça ne fasse pas le même effet que quand, respectivement, un squatteur à crète, un supporter coloré, ou mon beau-frère en parlent, je suis bien d’accord. Mais ce qui compte c’est la façon dont j’ai pratiqué ces trucs là, indépendamment de la situation d’énonciation où je suis aujourd’hui amené à en parler.
            J’ai envoyé un mot à Caviglioli (on se connait), le remerciant et disant juste que sur le punk ça n’allait pas son truc. Je n’ai pas fait un punk « littéraire », d’ailleurs j’ai assez dit que mon gout pour le punk n’était jamais passé par les textes, ni même par leur contenu politique, mais bien par la texture musicale même. Nous n’avons pas fait du post-punk intello, mais du punk tout court, joué dans des lieux punks et écouté par des fans de punk.
            Pour le foot, je ne peux que dire pareil : j’en ai fait 7 ans dans un quartier popu, j’ai joué mille heures dans des cours d’immeuble, et j’ai été abonné derrière les buts à la Beaujoire pendant quatre ans, à crier « enculé » pour ponctuer chaque dégagement du goal adverse.
            Pour Bigard, idem : beaucoup de ses sketchs me font marrer, tout betement, et notamment pour leur trivialité. Moi je veux bien qu’on dise que mon gout du trivial n’est pas exactement un gout du trivial, que je suis pas trivial trivial mais juste trivial, mais comment on sépare?
            Je n’en fais pas des caisses là-dessus dans le livre, parce que c’est le genre de trucs qui se déjuge en s’affirmant, mais je connais ma vie, j’en connais le foncier popu. J’ai éprouvé concrètement ma réticence au rock dandy, quand, au lycée, certains optaient pour lui. Moi ce ne fut pas les Smiths mais les Clash, implacablement. Que puis-je dire d’autre? Mon usage des gouts populaires n’est pas bourgeois, il est ce qu’il est. Quelle est la différence entre un type de 16 ans qui s’agite dans sa chambre sur Janie jones, et un type de seize ans qui s’agite dans sa chambre sur Janie jones?
            Et je te passe les détails sur le type de 47 ans qui s’agite dans sa chambre sur Janie Jones.

          • En résumé il faut nettement distinguer entre la circulation culturelle de ma parole sur foot punk Bigard, qui n’engage que ceux qui la reçoivent, et mon usage du foot, du punk, et de Bigard. DC confond les deux c’est le problème.

          • @François Bégaudeau@O:

            Tes radars de gestion négligent le geste pour le geste : le geste valorisé par sa seule exécution. Le prof se valorise en préparant un bon cours, et le guichetier en se montrant diligent. C’est une valorisation non lucrative, une valorisation en soi. (…) Le fonctionnaire n’étant pas à son propre compte, ses actes ne sont pas strictement comptables, en tout cas pas sous les aspects du chiffre d’affaire.
            Générés par des profs et des postiers, grandissant dans leur giron, incorporant un statut qui dissocie le salaire de la performance, nous avons développé des réflexes d’auto-valorisation. Antonioni ne paye pas mais me hausse. Jouer du punk-rock ne paye pas mais me comble. Moins ça rapporte et plus ça a de prix. Nous fonctionnaires fonctionnons à l’envers.

            Je recopie pour le plaisir et je relève juste un détail que j’ai envie de préciser : Le prof se valorise en préparant un bon cours.
            C’est un réflexe d’auto valorisation classique mais je le trouve insuffisant quand il est déconnecté du réel. Et le réel du prof c’est la classe, parce que c’est là que ça résiste, que ça résiste aux procédures établies par la structure ou par la savante préparation du prof. La classe c’est ce qui te met en échec, ce qui déclenche ta colère, ta déception ou ta joie, c’est ce qui t’affecte. Et c’est sur ce mode affectif que le prof se coltine le réel. C’est là que commence son travail désintéressé de fonctionnaire, en cherchant à combler l’écart entre les prescriptions : préparation du cours, corrections, didactique, et la réalité : la classe.
            Je pointe le truc parce qu’il a à voir avec le mérite dont il est aussi question dans le livre. Dès qu’on parle valorisation, l’évaluation n’est pas loin qui glisse sans peine, chez Macron et d’autres, vers l’évaluation au mérite en voie de régularisation expéditive dans la fonction publique où, pas plus ici qu’ailleurs, elle n’a sa place. Car si on considère que le travail réel consiste 1°) à analyser des affects 2°) à déterminer des points de résistance 3°) à créer des solutions (par exemple préparer un bon cours), puis à les expérimenter et à les ajuster, on comprend à quel point il est impossible de le mesurer et à quel point vouloir en mesurer le mérite est une idée absurde.
            On en revient à cette impossibilité de ressentir ce qu’on n’a pas vécu dont parlait O. Si on regarde honnêtement cette affaire, le travail réel est une expérience subjective effectivement difficile à partager, et si elle peut faire l’objet d’une valorisation en soi, elle est de fait impossible à évaluer par les radars de gestion qui négligent le geste pour le geste.

    • En lisant le passage sur les domaines d’excellence de la bourgeoisie – le comique et l’actorat – j’ai repensé à ça :
      https://www.youtube.com/watch?v=AMij3xjEW-A
      Il se délecte du récit de son parcours mais n’en dira rien (les rencontres, toujours). Avec les esclaves qui s’activent en arrière-plan. Jamel qui sait pas quoi jouer. Edouard flamboyant bourgeois esprit canal, fils de bourgeois tradi (énarque et industriels). Le succès de ce monologue auprès de la bourgeoisie cool m’a toujours frappé. Ils savent qu’ils rient d’eux-mêmes. Enfin j’espère.

      • @Billy: Ah Otis, je l’ai toujours à portée de clic.

      • effectivement historique, mais finalement assez flou sur la cible
        en tout cas il ne parle pas clairement du mythe bourgeois des « rencontres », nides « rencntres » en tant que mythe bourgeois (plutot en tant que cliché d’interview)
        donc les cools avaient à l’époque une grosse marge pour adorer ce monologue sans qu’il leur en coute
        on note d’ailleurs qu’à chaque fois qu’Edouard a fait des sorties plus explicitement politiques, ce fut un cauchemar de centrisme blaireau -je me souviens par exemple de la marseillaise qu’il fait chanter au Trocadero entre les deux tours de 2002
        j’achèverai la bête en rappelant aussi qu’il a un temps tourné avec une lecture théatrale de Pedigree, de Modiano

  2. Arrivé à la moitié du livre (et à moitié convaincu par lui, je préfère les romans, qui seront d’ailleurs peut-être plus lus suite au succès et à l’audience récente ?), et je pense à Guy Hocquenghem et sa Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary. J’y vois le même geste de dézingage tous azimuts, ça pique.

    • je ne déteste pas cette filiation

      • @François Bégaudeau:
        Cette « Histoire de ta bêtise » est tout simplement parfaite.

        Le portrait que tu y dresses du bourgeois, pour navrant qu’il soit, comporte tellement de détails, d’angles, de couleurs, ce portrait est si fourni, il convoque tant de situations, il est si incarné, si vivant, qu’au final il me connecte (connecte la lectrice que je suis) non pas seulement à l’inanité du personnage mais aussi à ce qu’il y a de vivant (de vivant malgré tout) en lui.
        Son ridicule ne me fait pas seulement rire. A certains égards il me touche, aussi. Et dans ces moments où il me touche se déroule ton programme annoncé en première page: « Ce travail t’exonérera (…). Je ne viens pas te juger mais te nommer. Te prendre dans mes phrases et peut-être, à la fin, dans mes bras. »
        Cet aspect n’enlève d’ailleurs rien à la dureté du livre (dureté pointée par Charles). Mais il l’accompagne. Tout du long.
        Et il tient au fait que tu ne recherches manifestement ni la dureté ni la douceur mais seulement la lumière, celle-là qui nous fait voir en page 73 le renard (le réel) « planqué derrière la nuit ».

        Et comme j’y ai retrouvé mes bourgeois! Oh la la mes bourgeois de tous les jours. De tous les horizons. (Familiaux, professionnels, télévisuels). Comme ils étaient là tout d’un coup! Pris dans tes phrases. Embrassés par ta pensée. Laquelle se mettait à contribuer joyeusement, avantageusement, à la mienne.

        • merci Jeanne, ça fait du bien d’entendre parler de ce livre sur la base de sa lecture

        • @Jeanne: Je viens aussi de terminer Histoire de ta bêtise et ne saurai mieux exprimer que vous ce qu’il procure.
          On est comme sonné et joyeux, sonné de voir tant d’arguments si bien énoncés, développés, sonné de voir ce que cela dessine, et joyeux pour les mêmes raisons !
          Je vais tenter une comparaison un peu nulle (si si) mais c’est comme… un seau plein de glaçons qu’on vous balancerait sur la tête et qui vous réchaufferait.
          C’est lire en mieux des choses qu’on avait remarquées, observées , notées, et accéder aussi à de nouvelles pensées.
          C’est ce qui peut arriver de mieux quand on lit un livre, et c’est arrivé.
          C’est fort. De café. et même soyons généreux deux cafés !

          • Le seau de glace qui tient chaud, j’aime beaucoup. Merci Lison, éminente locomotive.
            Le prochain livre je le concevrai comme un seau de braises qui glace.
            De toute façon l’absolu alchimique de la littérature se trouve dans des noces bizarres entre le chaud et le froid.

          • @lison: Eh oui ! « la bête humaine, c’est du Zola, mon commandant ! »

          • entre littéraires on se comprend
            on a des lettres, c’est comme ça

        • @Jeanne @lison: Pour moi qui ne me suis pas reconnu dans cette histoire de ta bêtise et donc à qui le livre ne s’adresse pas a priori, ça constitue comme un pense-bête, comme un vaccin ou plutôt une piqure de rappel. Voilà ce que je ne veux pas pour moi.
          C’est utile comme support écrit que je pourrais consulter à nouveau les jours où la pensée faiblit, s’il m’arrive à nouveau de me laisser penser « roh, Macron, c’est peut-être pas si mal après tout, faudrait lire les nouvelles lois en entier pour se faire une idée ». Page 196 « Un moindre mal. Un pire en mieux. Les jours de fatigue cela s’entend. Ta pensée faible semble forte les jours de faiblesse. Les jours d’accablement. De moindre désir. »
          Un livre pour se décrasser les neurones, comme le fait une pensée radicale, comme l’avait fait l’entretien avec Lagasnerie, comme la lecture d’Illitch, comme les architectes du collectif etc… ça remet les pendules à l’heure.

          Sur la forme, j’ai été peu friand du côté très pointilliste de ce portrait du bourgeois. Je m’y suis retrouvé dans le développement fonctionnaire précédemment relevé, et j’ai admirer la façon dont la fin est amenée, construite, limpide (moi qui n’arrive jamais à terminer un texte).

          Dernière remarque pour la discussion : est-ce que ce livre pourrait se prendre comme un complément à En guerre ? Après Louisa et le monde matériel, les bourgeois et le monde des idées ? Avec ça on a fait un bon tour des classes sociales contemporaines ?

          • Oui ca peut se regarder comme un complément à En Guerre. En tout cas l’exploration de l’autre versant social, parce que contrairement à ce que j’ai pas mal lu, Romain n’est ni un macronien ni un bobo. Plutot un type qu lit Le Monde diplo, mais se sent juste impuissant et démuni devant l’adversité sociale, et sans doute pas assez désirant pour prendre le truc à bras le corps.
            Cela dit si un roman et un essai de moi devaient former diptyque, ce serait plutot cette Betise et le prochain roman, qui ride autour d’une famille bourgeoise.
            Un correspondant me disait aussi qu’il voyait dans les auto-analyses de la Betise un complément de Deux singes ou ma vie politique.

          • rode, pas ride

          • @françois: ah dommage j’aimais bien ride , je voyais des ronds dans l’eau, des ondes des vaguelettes.
            Et vlan pétage d’imagination. A cause d’une lettre.
            Et donc on reprend, on est chez les loups dans la forêt il fait nuit noire etc etc

          • @lison,o:
            « C’est lire en mieux des choses qu’on avait remarquées, observées ».
            C’est ça. On avait fait la moitié du boulot avant d’ouvrir le livre, ou plutôt la moitié du boulot s’était faite, d’elle-même, sans qu’on y pense, et puis quelqu’un – l’auteur du livre – a complété le job: quelqu’un a pensé.

            Pour être exacte, il me faudrait aussi parler de la tristesse que m’a inspirée cette lecture. (Pas uniquement de la joie: de la tristesse). Quand un texte nous emporte, quand il nous saisit un peu entièrement, il soulève plusieurs affects et non pas un seul.
            Je suis triste devant cette bêtise. Une bêtise contente d’elle, ayant pignon sur rue, ne cherchant pas à se réformer.
            (Alors que la bêtise des animaux, des bêtes, comme aussi la bêtise de mon fils de 7 ans – qui est bête comme un humain de 7 ans – est si belle et enchanteresse!).

            « Ca remet les pendules à l’heure ». Oui. Dis-moi, O, de quel entretien avec Lagasnerie parles-tu.
            Et sinon moi j’ai surtout associé ce livre à « La Politesse ».

          • J’ai parlé sur france inter de la bêtise des intelligents, celle des semi-habiles. C’est cet entre deux qui accable jusqu’à la tristesse : ce dévoiement interne d’une intelligence, par évidement des mots, par falsification, par subordination de la pensée à des affects comme la conservation et son corrélat la peur
            L’association avec La Politesse est tout à fait juste. La politesse proposait une saisie comportementale de l’espace sociologique que j’analyse dans la Betise.

          • Les bourgeois ne s’étaient pas rués sur l’analyse version polie, ils aiment qu’on leur parle mal. Rapport à leur endettement névrogène.

            En lisant la 1ère phrase « Souvent pendant la campagne je t’ai trouvé bête », je me dis qu’elle est très offensive. Comme le titre, offensif. Lorsque la même phrase revient p189, après le développement de l’idéologie bourgeoise, du cool comme catégorie esthétique et éthique, de la méritocratie, de la substitution de la lutte des classes à un terrible dilemme accueil-fermeture, le « souvent pendant la campagne je t’ai trouvé bête » c’est logique. « Bête » c’est le mot juste.
            J’aime tellement la rapidité de l’Histoire de ta bêtise, l’humour, les morceaux de récits, les blocs rythmés de phrases seules, saillantes, « n’est-ce pas ? », « je vais vite », « je schématise » ou l’honnête « j’aime bien t’emmerder ».
            Là où le bourgeois feint la neutralité, le réalisme, le pragmatisme et tout, Histoire de ta bêtise s’affiche comme pas du tout neutre, on sait qui est « je » et c’est pas « tu ». Au bourgeois qui manage doux, le « tu » moqueur acte le conflit irréconciliable, la lutte des classes. Il y a la posture joueuse, le ton ironique, mais Histoire de ta bêtise regarde le bourgeois comme un égal. Jeanne l’a déjà dit, le bourgeois y est présent, vivant (aussi vivant qu’un bourgeois peut l’être, quoi). Puis François s’épargne pas, il analyse sa part bourgeoise, sa joie d’analyser la bourgeoisie, se demande s’il a réussi à penser contre lui, si on peut penser contre soi.

            L’idée que le libéralisme est un moindre mal, un pire en mieux « les jours de fatigue cela s’entend » arrive à la fin. Après 200 pages d’Histoire de ta bêtise, je suis gonflée à bloc. Non vraiment ça s’entend pas. Je sors de cette lecture armée, joyeuse, pas fatiguée. Les pages vitalistes qui suivent les jours de fatigue sont mes préférées, sur le courage de la pensée (idée que j’ai enfin captée, il était temps) et sur la passion pour la machine capitaliste. Penser le système, c’est aimer penser le système.

            Histoire de ta bêtise décrit la condition bourgeoise, une condition de commerçants-proprios, désespérément dominante. Partant de cette constance de la condition bourgeoise, François, comment t’as structuré ton essai ?
            Et sinon Pauline Lamotte, c’est qui ? J’hésite, soit c’est une pote à toi, soit c’est une femme célèbre que je connais pas (et j’espère pas trop célèbre du coup).
            Tu écris « marxistes ou paramarxistes ». Pourquoi et c’est quoi « paramarxiste » ?(c’est les anars/libertaires qui veulent pas se dire marxiste mais enfin bon ?)

          • La structure s’est pensée en amont, et affinée en écrivant.
            J’avais quelques étapes du raisonnement en tête.
            La vertébration globale était la suivante : au départ, un constat, la betise, avec comme point d’impulsion factuel la campagne 2017. Et cette question : comment des cerveaux pas plus mal équipés que le mien arrivent à produire autant de betise? Réponse hard : parce que la condition bourgeoise empêche de penser. Pourquoi l’empêche-t-elle : parce que le souci premier et structurel de conserver restreint la pensée au strict cadre de la conservation, et de l’esprit de responsabilité afférent. Or la pensée est déstabilisatrice et irresponsable ou n’est pas. La pensée n’est pas non plus pacificatrice, comme la bourgeoisie a intéret à l’etre, elle est violente ou n’est pas, radicale ou n’est pas.
            Il fallait donc détailler cette condition, en ayant toujours en tête de la lier à la betise.
            J’avais plusieurs jalons : la conservation, le creux, l’inconsistance, la mode comme mode, la dématérialisation (laquelle ouvre la parenthèse très marxiste sur la valeur, laquelle ouvre le passage sur la falsification originelle et économique dont se soutient le capital, lequel me permet le passage qui me semble central, à savoir le lien établi entre toutes les fables bourgeoises et un tropisme commercant. A la fin, cool ou pas, le bourgeois reste un boutiquier, enfermé dans une idéologie de boutiquier.
            Alors je pouvais finir, comme tu l’as vu, sur la pensée. Finir en disant : ta position, bourgeois, n’est peut etre pas si con, mais en tout cas elle est faible, elle est conceptuellement pauvre. Elle te condamne à la pauvreté conceptuelle. Une idée décisive, en ce sens : je ne sais pas si la pensée radicale de gauche a raison, mais je sais qu’elle est forte (parce qu’elle s’astreint une tache immense, parce qu’elle s’attaque à du très fort -le capital). Ma fidélité définitive à cette pensée tient finalement moins à sa justesse (même si je n’en pense pas moins) qu’à sa puissance.

          • Puis tu avais peut-être aussi l’obligation de raconter ta condition assez tôt (Mais qui est « je » ?) pour être l’égal du « tu ».

            Lors de ta parenthèse marxiste sur la valeur, « il n’y a pas de titrisation objective » ou « Il n’y a pas de juste prix, il y a le prix qu’on donne. Toute valeur est performative, comme un sport n’est à la mode que s’il est décrété tel », j’ai pensé à la Condition anarchique de Lordon, et (sur l’impossibilité de la sincérité, au bloc suivant) à Kechiche et la bourgeoise qui ne peut pas aimer Adèle.

            Suspense de malade sur Pauline Lamotte. Surement une ex.

          • Oui les quelques passages doivent pas mal à Lordon, mais moins à la Condition anarchique, lu après l’écriture, qu’à une conf d’une densité de dingue.
            Mais l’affaire de la valeur est discutée depuis longtemps chez les marxistes – le débat portant justement sur la possibilité d’un juste prix. Lordon lui est tenant de l’hypothése radicale : y en a pas. Ce qui revient à l’arbitraire absolu des institutions, et donc à une joyeuse nouvelle : nous pouvons tout inventer -puisque rien n’est fondé sur rien.
            Pauline Lamotte découverte cette année : bourgeoise mayennaise qui fait voeu de pauvreté, a des extases qui lui vaudront d’être observées à la Pitié, est amoureuse de Jesus, lit Pascal, passera sa vie parmi les pauvres de Londres puis de Montmartre.

          • @o: Comme toi, ne me sentant pas visée dans ce « tu », ce début de lecture est un plaisir.
            Ayant traînée par curiosité dans des institutions pas très recommandables – cad de droite, j’avais assisté à une conférence de Fabrice Hadjadj (je connaissais rien du bonhomme à l’époque).
            Une bonne partie de son exposé était une attaque en régle de cette (future) macronie : son rapport problématique au savoir, son manque de valeurs – forcément pour un catho intégriste -, sa conception du travail, citant Marx dont il avait l’air de bien connaître la pensée (sa récupération réactionnaire comme tu disais). Bien sûr, il n’a pas épargné l’extrême gauche, décadente etc.
            Le public a ri deux fois : à « Marx » et à « sexe », le même rire, très bizarre, une espèce de sursaut.
            A la fin, j’ai quittée l’église, congelée et affligée.
            Mais feuilletant pour la premiére fois Transfuge, il y a deux ans, j’ai été très surprise d’y trouver une critique littéraire signée de lui.
            Que penses-tu du personnage, si tu l’as déjà lu ?
            Je le trouve intéressant uniquement quand il parle d’art, il sait habilement mettre sa solide culture (philosophie, littérature, musique) au service de son propos, son texte sur « La beauté » est d’une grande puissance. Comme il semble se foutre de plaire au public de la droite molle d’ici, il radicalise son propos, donc pense, bien par moment mais penche de plus en plus du mauvais côté, hélas.

          • Oui j’aimais assez les texte d’Hadjadj dans Transfuge. Qui confirment ce que je dis dans le livre et redis chez Taddei : la gauche critique et la droite réactionnaire, sont, du point de vue de la pensée, les deux territoires les plus riches.
            Après je ne connais pas bien son parcours.

          • @ François : D’ailleurs, tu as des retours sur le livre de la gauche critique amie (Lordon, Branco, Friot and co)?

        • @Jeanne: ici Lagasnerie : https://www.dailymotion.com/video/x3x9wse

          @François Bégaudeau: j’ai pensé à 2 singes aussi dans la partie auto-analyse, je me suis même dit qu’on lirait bien un 2 singes II mais il n’y a peut-être pas assez de matière, pas assez de changements ? Si 2 singes I parlait de ce qui t’a fait libertaire, 2 singes II pourrait raconter comment on survit en libertaire, comment on garde le cap ?

          • A vrai dire je crois que les réponses à cette question sont dans la Betise :
            -libido intellectuelle (la pensée comme absolu) et « perversité » littéraire
            -socialité fonctionnaire
            -foncier popu
            -passif punk
            + quelques autres hypothèses plus anecdotiques semées ici et là (pas de paternité, consommation minimale, évolution dans un secteur déclassé, etc)

          • @o:
            Merci beaucoup, je regarde ça.

          • @François:
            Oui je me souviens t’avoir entendu dans l’une des interviews faire ce distingo entre les deux bêtises.

            Tiens regarde, à propos du rapport déglingué que nos bourgeois ont établi au langage, je retrouve cette phrase que j’avais notée de Quintane dans « Que faire des classes moyennes? » :
            « La singularité que signe l’appartenance à la classe moyenne est la séparation stricte entre ce que nous vivons et ce que nous racontons, si bien que le second est tout à fait indépendant du premier et s’y rapporte rarement, ou de manière inadéquate ».
            Certes elle ne parle par de bourgeois mais sa « classe moyenne » telle que je l’ai comprise (toi aussi?) est une espèce de masse d’individus assez proche de la bourgeoisie pour y aspirer sérieusement.

          • une masse d’individus
            pas: une espèce de masse

  3. Épuisé à Nancy aussi, dans au moins 3 points de vente.
    Pas voulu l’acheter à la fnac.
    À la librairie Xxxx, stock = 1 mais introuvable. On soupçonne un salarié d’avoir emprunté le dernier exemplaire 🙂
    J’ai proposé à Brighelli d’évoquer ton livre sur sur blog mais ça coince : il garde le souvenir de vos échanges sur d’autres thèmes 🙁
    Je suis certaine qu’il dénonce la même bêtise que toi depuis longtemps sous le qualificatif de « crétin » : vous avez bcp + de points communs qu’il ne l’imagine pour l’instant.

    • Permets moi d’en douter quand même.
      Brighelli, venu de la gauche, aura précisément contribué à évacuer la question sociale, et les rapports de classes, en se donnant des cibles comme 68 (et donc comme moi)
      Brighelli fait partie des gens qui, un peu comme Michéa et Onfray, ont eu tendance à glisser à droite sur un mode simple : commençant par dénoncer le fait que la gauche ait perdu de vue les classes populaires au profit des minorités (sexuelles, ethniques »), ils finissent eux même par disqualifier les luttes de minorités. Ce n’est pas mon cas. Ce n’est pas parce que je montre l’usage stratégique que la bourgeoisie a fait des minorités, ni que par ailleurs je pense que l’appartenance de classe est la déterminations des déterminations, que je cesse de trouver absolument justes, opportunes, urgentes les luttes des minorités noires, arabes, pédés, lesbiennes, etc. Des pédés se font taper en tant que pédés, des arabes se font discriminer en tant qu’arabes. Ce sont des faits, sur lesquels je trouve notre trio bien mutique.
      Mais peut etre ai-je raté une étape dans la prose de Brughelli. Peut-être cible-t-il ici ou là les bourgeois. Tu me diras.

      • @François Bégaudeau:
        @François Bégaudeau:
        J’abandonne aussitôt l’idée stupide que tout le monde doit d’accord sur tout.
        Je vais continuer à vous apprécier pour des raisons différentes.
        Je ne connais pas l’ensemble de vos points de vue pour mesurer l’étendue de vos désaccords.
        Sur la pédagogie, je suis résolument du côté de « l’Enseignement de l’ignorance » que je relis, et de « La Fabrique du crétin » que je n’ai pas lu.
        Sans parler « De l’École » de Milner, qui se relit très bien aussi ; bref, tous ceux qui ont identifié « les Assassins de l’École » de Carole Barjon.
        Je vais déjà terminer « Histoire de ta bêtise ».
        Bon après-midi à tout le monde
        * Je ne partage pas l’analyse du glissement à droite des uns et des autres : il y a le constat maintenant bien partagé qu’une discussion est plus intéressante avec quelqu’un de droite qu’avec un bourgeois de gauche.

        • Oui ce n’est pas faux. J’aime bien parler avec les gens de droite.
          Mais je ne vois pas en quoi cette conception autoritaire de l’école met ces intellectuels en porte-à-faux avec la bourgeoisie. La bourgeoisie est tout à fait pour ces méthodes, qui sont du reste la marque des établissements huppés, et de l’école privé où ses enfants grandissent en s’abrutissant de savoirs qu’ils s’empressent d’oublier après le bac pour intégrer l’ESSEC.
          Milner, Brighelli parlent au nom de l’ordre. En quoi ils sont des intellectuels organiques de la bourgeoisie.

          • @François Bégaudeau:
            Pourquoi refuser l’accès des enfants de classe populaire à cet ordre, cette structuration indispensable de la pensée pour pouvoir élaborer quelque chose de cohérent ?
            La bourgeoisie veut réserver cette maîtrise indispensable
            – de son esprit (par une scolarité exigeante dans le seul établissement public valable de la préfecture ou en établissement privé)
            – de son corps (par l’EPS ? j’en doute, mais plutôt au conservatoire ou au centre équestre)
            à sa seule progéniture.
            Milner, Brighelli, Michéa sont subversifs dans la mesure où ils dénoncent cet accaparement d’un enseignement correct au seul bénéfice de la même caste, avec un bonus pour ceux qui n’y sont que d’un pied mais qui permettront à leurs enfants d’y mettre les deux : les profs. Et c’est dans la réussite des enfants de profs (qui mieux qu’eux bénéficient d’une assistance scolaire gratuite 24/7/365 ?) aux côtés des enfants de CSP++ qu’on trouve l’explication de leur trahison.
            Comme Juan Branco, tu es le meilleur exemple que la discipline en elle-même n’éteint pas les esprits mais au contraire donne les moyens de s’affranchir et de contester efficacement la domination.

          • La discorde vient de ce que, contrairement à Brighelli, Milner, et tant d’autres dont vous semblez faire partie, je ne trouve pas que la bourgeoisie soit désirable, ni que l’accès à ses moeurs soit un horizon intéressant. Car c’est bien ça qui sous-tend les positionnements dont nous parlons : le but est d’offrir aux prolos l’immense chance de devenir des bourgeois. Appelons ça la pulsion assimilatrice de la classe dominante, dont je parle longuement dans le livre.
            Vous nous prenez, Branco et moi, comme exemples. Vous pointez en nous ce qui pourrait relever d’une bonne éducation scolara-élitaire : capacité à l’expression, à la clarté, à la rationalité. C’est à dire que vous laissez tomber le contenu, qui est pourtant bien la chose qui nous distingue. Or notre langue académique sans la contenu, ça donne par exemple Enthoven : langue académique articulant des pensées académiques.
            Si Branco et moi avions eu pour seule source de formation l’école républicaine d’élite, nous serions devenus Enthoven. Ce qui sans doute vous aurait ravi. Quant à moi, cela me glace.
            Pour notre joie et votre déception, nous avons eu d’autres sources de formation, qui ont sérieusement court-circuité la formation scolaire. Dans le cas de Juan, je n’ai qu’une idée vague de ce qui a pu jouer. Quant à moi, c’est très clair, ces courts circuits ont été la pensée contestataire, le rock, les amis, l’art (je ne dis que les gros morceaux). Ce n’est pas du tout à l’école que j’ai rencontré la pense anarchiste, ce n’est pas à l’école que j’ai rencontré les Stones et les Ramones. Et ce n’est pas exactement à l’école que j’ai rencontré la littérature – en tout cas je ne l’ai aimée que sur des bases affectives formées hors de l’école.
            En résumé il apparait que je suis qui je suis (pour l’horreur des uns et le bonheur de mon chat) en dépit de l’école, et non pas grâce à elle.
            Livrée à sa stricte efficace, l’école est un espace de dressage, qui forme des soldats ou des généraux dociles. Qui forme des Macron qui, comme le dit bien Todd, n’a jamais éprouvé ce que penser signifie.

          • @François Bégaudeau:
            Merci d’avoir pris le temps de me répondre malgré ma méconnaissance de votre pensée. Je me suis permis le tutoiement parce que vous êtes mon cadet et que je vous considère comme un camarade, mais puisque ça reste à prouver, je vais déjà vous lire.
            Sachez malgré tout que, par un malentendu, je me suis trouvée en totale adéquation avec votre dénonciation de l’oppression bourgeoise dans ces vidéos où vous présentez votre livre.

            Peut-être, après ma lecture, saurai-je mieux éviter la confusion entre les moyens et les fins.
            Une école émancipe si elle apprend à maîtriser des outils sans orienter leur utilisation ultérieure. Des enseignants vertueux n’orientent pas : ils perfectionnent chez leurs élèves une dextérité, un acuité, une finesse difficiles ou impossibles à acquérir en autodidacte.

          • A ce stade je ne saurais mieux faire que te conseiller Le Maitre ignorant. Qui pose que tout apprentissage réel est autodidacte. Ce qui ne veut pas dire qu’on apprend seul, mais qu’on apprend toujours informellement, hors des périmètres institués comme éducatifs.

          • @François Bégaudeau:
            Merci d’ores et déjà pour la qualité de ces échanges sur écran. Je retourne au papier et je reviendrai.
            À bientôt

  4. J’ai acheté mon premier exemplaire le 26 janvier à Paris
    Dès que j’ai voulu en acheter un 2e le 31 on ne le trouvait plus
    C’ien rupture de stock!
    En 2 jours tout s’est vendu, à la Fnac ( une ruée)
    C’était sans doute l’effet C à vous
    François a exceller, magnifique et à écraser Cohen et compagnie !
    Amazon était en rupture aujourd’hui ils expédient à nouveau l’Histoire de ta bêtise je l’ai commandé réception le 2

  5. Le livre de François est introuvable partout !
    À Paris inutile de chercher il est en rupture!
    Même dans les Ardennes
    Les français semblent vouloir
    se nourrir de bonnes lectures!
    Cela serait de bonne augure!
    À Dinan je ne pense pas que l’on soit moins intelligent qu’a Sedan (08), mais le libraire ne devait pas avoir beaucoup d’explempaires, dans ces villes, souvent les habitants vont dans les supermarchés au rayon des livres
    Et ils ne trouvent rien! Rien…
    quelques lectures qui n’éveillent pas les cerveaux … le peuple ne doit pas pas trouver facilement les lectures qui peuvent les faire réfléchir!
    C’est sûrement cela la réponse
    Cependant c’est une bonne nouvelle que François rencontre beaucoup de lecteurs pour son livre!
    Je voulais un 2e essai pour l’offrIr
    Je l’ai commandé sur Amazon ils ont sans cesse du réassort, en 2 jours j’ai reçu le livre
    À Paris depuis mercredi on ne le trouve plus
    Pour pipif ne pas désespérer, le commander de suite et bonne lecture

  6. Pourquoi n’ai je pas réussi à trouver ( le 1° février) ton dernier ouvrage à Dinan (22 )? On me répond qu’il serait épuisé ! La France profonde et provinciale serait-elle devenue intelligente. Peut-être mais pas à Dinan, ça j’en suis sûr !

    • @pipif: Il existe aussi une version Ebook disponible immédiatement. On espère que les centrales nucléaires tiendront le coup et continueront d’alimenter en énergie nos chargeurs surexploités.

      • @Pleutre: Idem, j’ai fait ma librairie. En rupture et impossible de commander car il n’est pas encore réimprimé. Alors j’ai craqué pour la fnac. Également en rupture. Du coup je me tâte pour le ebook là. Je les achète d’habitude sur la fnac mais j’aurais opté (par éthique, je suis ouf) pour un site autre. Sur le site de Pauvert, ils proposent plusieurs liens cliquable pour la version numérique vers des libraires indépendants ou autres, mais les liens sont tous pétés. Et en réalité, il n’ y a que amazon, apple store, google et donc la fnac pour les ebook j’ai l’impression 🙁

  7. Je me retrouve dans tellement de pages d’Histoire de la bêtise – et je n’en suis qu’à la moitié – que ça en devient comique. Je ferai une petite liste pour le rire ce week-end.

    • @Charles: j’irais pas jusque là, je n’ai pas assez d’humour sur moi-même mais je reconnais que l’auteur est assez bon

    • tu as donc définitivement plus d’humour que Vincent Jaury, qui, l’ayant lu, vient de m’envoyer un mail de rupture, et donc de fin de collaboration

      Histoire de ta bêtise, dommage collatéral numéro 1

      • @François Bégaudeau: Oh !
        ( j’adore tous ces effets c’est passionnant )
        Merci

      • @François Bégaudeau: il se rend compte qu’il va perdre 34,27% de ses lecteurs ?
        C’était donc pas une blague son édito sur macron et nyssen.
        Sans vouloir être indiscrète c’est quoi ses arguments ? Il couche avec Cohen ?

      • @François Bégaudeau: sans déc ?

      • Ah merde. Il se confirme que le bourgeois cool prône l’ouverture et la tolérance quand ça l’arrange. Je pensais que Vincent n’avait pas lu ton essai. Sinon comment titrer sérieusement son édito « l’humanisme contre les populismes » ?

        • @Billy: puisqu’on en est aux grands mots : l’humanisme, oui, mais sans la liberté d’expression.
          Si les Prud’hommes avaient à en juger, ça ferait mal.

          • @François: Je comprends que tu ne veuilles pas aller plus loin mais sache que si jamais tu voulais faire chier VJ (et faire chier les gens est un plaisir inégalable), je peux te recommander un avocat spécialisé en droit social (pas trop mon game moi, même si c’est une affaire très simple).

        • Il ne voulait pas le lire, m’avait-il dit y a dix jours, pressentant que ça allait lui déplaire. Ensuite je pense que les sorties contre moi de son mentor et financier BHL (dix pages sur le film de Dombasle ce mois-ci) l’ont poussé à lire et, jouant groupé avec ledit-mentor, à me lourder.
          L’hypothèse de Cat est donc pas mal.
          Mais cette donnée anecdotique ne doit pas nous faire perdre de vue la vérité plus profonde qui s’exprime là, et que les éditos toujours plus agressifs et bêtes de Vincent avaient profilée : une radicalisation de la bourgeoisie centriste (qui est à proportion de sa peur, etc)
          (y a deux ans, VJ était encore tout disposé à ce que je fasse un grand entretien avec Lordon ; et puis il ne m’en a plus jamais reparlé)

          • L’hypothèse de Juliette, pardon

          • @François Bégaudeau: Tu réagis comment ? tu entérines ?

          • 1 je ne peux que me plier au congé qu’il me donne -et après tout il fallait bien que ça s’arrete un jour
            2 l’éclat d’une vérité me procure toujours d’abord beaucoup de joie
            3 est-il bien opportun de répondre à un mail haineux? (il m’y traite entre autres de salaud), je ne suis pas sûr

          • @François Bégaudeau: Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour lire ce mail.

          • Il n’est pas exclu que je le publicise un jour.

          • @François Bégaudeau: les ciné en liberté vont forcément perdre pas mal de leur intérêt…

          • @François Bégaudeau: Pas étonnée par ton point deux. Il y a de la joie à voir dans l’évènement la justification du livre, mais il y a aussi un sentiment de gâchis bien énervant. Qui s’effacera à l’annonce d’une nouvelle collaboration.

          • @François Bégaudeau: qu’est-ce qu’il te reproche précisément, si tant est qu’il soit précis ?

            Et sinon, rien à voir mais tu nous ferais profiter de la liste des 10 présentée à Rennes hier ?

          • La fureur n’est jamais précise. Son mail est vraiment rageux et idiot
            Mais en gros il dit : puisque tu me détestes, casse toi.

          • @François Bégaudeau: oui, logique. Tes camarades de Ciné en liberté ont réagi ? Ils ont choisi sud, la cnt ou la cgt pour la section syndicale ? Le 5 vous mettez quoi sur votre banderole de tête ?

          • Je pense que JC n’est pas au courant
            J’ai forwardé le mail à Fred, qui est bien sur tout désolé, m’avait fait un mail élogieux trois jours avant sur le livre, mais avait vu le coup venir, ayant vu Jaury fulminer au bureau depuis une semaine.

          • @François Bégaudeau: une rubrique comme Le nez dans le texte et sa régularité mensuelle n’impliquait aucun contrat vous liant un minimum ?
            Parce que là, du point de vue du droit, on peinerait vraiment à justifier sa suppression au motif de la parution du livre j’imagine.

            (idem pour le cinoche bien sûr, mais là ce n’était pas au titre d’une rubrique régulière).

          • Toute la presse culturelle est activée par des pigistes. Moi je suis payé à la tache depuis quinze ans. Chaque numéro du mag fait l’objet d’un contrat, et d’une rémunération en soi.
            C’est pour ca que les pigistes peuvent arriver et repartir sans bruit. Leur présence est à la discrétion de la rédaction.
            Un beau modèle de flexibilité.
            (même si, bien sûr, je n’ai absolument pas le statut et la position symboliques d’un pigiste ; j’étais, depuis quinze ans, en positon de force -j’aurais même pu je pense négocier à la hausse mes rémunérations)

          • @François Bégaudeau: oui, mais dans ton cas il est vraiment facile – avec la régularité mensuelle du Nez dans le texte depuis x (?) années – de prouver que tu es un pigiste régulier.

            Et le droit dit ça:

            A défaut de statut légal des journalistes ou assimilés payés à la pige, la jurisprudence a depuis longtemps indiqué qu’il fallait distinguer les pigistes réguliers (ou pigistes permanents) des pigistes occasionnels (ou pigistes temporaires).

            Cette distinction a des conséquences pratiques importantes.

            Le pigiste régulier peut se considérer comme titulaire d’un contrat de travail à durée indéterminée (Cass. soc. 16 sept. 2009 ou encore Cass. soc 6 juill. 2011) et prétendre, en cas de licenciement ou de démission légitime, à des indemnités de rupture.

            Reste bien sûr j’imagine (?) à vérifier s’il n’est pas précisé dans chacun de tes mini-contrats mensuels que tu t’engages à ne rien réclamer en cas de rupture brutale de commandes.
            Là tu as en tout cas la preuve qu’on met fin de façon brutale et pour des motifs personnels, n’ayant rien à voir avec le travail que tu produisais, à ton travail pour ce journal. Idem pour ciné en liberté d’ailleurs, si c’est rémunéré.

            Bon je sais que tu as autre chose à foutre, mais c’est pas tous les jours qu’on peut piquer des sous à un milliardaire.

          • @François Bégaudeau: https://consultation.avocat.fr/blog/vianney-feraud/
            pour 90 euros par tel ou 70 par écrit je vois que cet avocat spécialisé renseigne sur la faisabilité du truc,

            (allez zyva qu’on s’amuse)

          • @François Bégaudeau@Juliette: @François Bégaudeau: J’étais en train d’écrire que rendre ce mail public devient un minimum syndical mais le dernier post de Juliette ouvre une perspective bien plus excitante. Pas sûre cependant qu’on soit excités par les mêmes trucs, ni que tu aies envie de passer le temps en procédures.

          • oui là je crois que nos libidos divergent
            jamais je ne ferais un truc pareil, pour tout un tas de raison, qui vont d’une sorte de cap nietzschéen (que certes je peux me permettre en tant que rentier) à ma détestation de la paperasse, en passant bien sur par le temps
            et puis ce serait ternir la joie
            j’expliquerai un jour plus en détail pourquoi les très nombreux coups de pute que j’ai pu subir ont toujours eu en moi une vertu exaltante

            Et puis ceci : recourir au droit contre la bourgeoisie, c’est lui donner raison, elle qui pose toujours que le droit peut arbitrer-pacifier les conflits, qu’il est en somme au-dessus des conflits de casse (puisqu’il s’agit bien là d’un conflit de classe)
            Ce serait du même coup me déjuger, moi qui pose que la conflictualité est non-réconciliable -elle est juste dépassable au prix d’un saut politique

          • @François Bégaudeau, Cat: Déjà Vincent est en tort, s’agissant d’un pigiste régulier, ou « permanent » comme on dit plutôt, le licenciement doit être similaire à celui d’un salarié. Il doit donc être motivé (et pas pour n’importe quelle raison, genre incompatibilité d’humeur), suivre les procédures (entretien préalable…), et le pigiste doit recevoir des indemnités.

          • @François Bégaudeau: D’accord, ça se tient, ça se tient même très bien comme position, dès lors que tu n’es pas économiquement dramatiquement impacté par cette rupture.
            Mais alors ne nous privons de souligner au passage à quel point ces gens s’assoient sur le droit, quand ça les arrange.

          • @François Bégaudeau@Juliette: Putain j’en étais sûre.
            Pas l’intention de vouloir te convaincre, encore moins de ternir ta joie, mais saches quand même qu’en te passant d’un avocat et en prenant un conseiller juridique syndical, tu t’épargnes toute négo et tu vas au carton, ce qui est aussi une joie. Mais c’est encore plus de temps et de paperasse.

          • @Cat: tu as raison de le préciser, ça servira aux futurs pigistes anonymes lourdés de Transfuge.

          • @François Bégaudeau: ortho : sache sachons sachez.
            l’impératif c’est pas mon truc.

          • Dégoutée du licenciement de François, mais pas étonnée. Ses textes détonnaient dans le magazine. Je m’étais habituée à avoir des nouvelles régulières de Charles Dantzig, ça va me manquer.

            François, tu peux expliquer pourquoi les coups de pute t’exaltent, au-delà du fait que t’es un pervers ? Peut-être parce que le coup de pute révèle franchement un conflit. Au moins, t’es informé clairement de la nature de la relation (là c’était pas un rapport d’égal à égal, mais un rapport patron/employé). Ce coup de pute-là est exaltant parce qu’il est la preuve de ta radicalité, et de la radicalité du bourgeois.

          • Je peux dire déjà que le coup de pute est un heurt, et que tout heurt porte une vérité – surtout du point de vue d’un matérialisme démocritien selon lequel la vie se crée par heurts d’atomes. La joie du coup de pute est donc une joie du vrai. Point 1.
            Je réserve les point 2 à 17 à un prochain livre payant et susceptible de me rémunérer.

          • Fais gaffe ton point 6 me parait très faiblard.

      • @François Bégaudeau: Non, tu déconnes ?

      • @François Bégaudeau: Être assez bête pour manquer à ce point d’humour, être assez bête pour justifier le livre, être assez bête pour ne pas craindre de passer pour un imbécile, c’est la bêtise au cube puisqu’on parle math sur ce site. Intéressant.

        • …En même temps, n’y aurait-il pas pensé tout seul qu’un « philosophe » énervé ayant, comme quelques autres amis notables, table ouverte à Transfuge, lui aurait très probablement soufflé à l’oreille le conseil de cette éviction.

          • Page 23:
            « Ce pli spéculatif entre pour beaucoup dans cette manière de vacuité que j’ai l’outrecuidance d’appeler bêtise ».
            Moi parfois ce que j’aime dans les formulations de François c’est la complexité,
            le petit jeu de décodage qu’ils offrent à mon esprit.

            (Et sinon qu’est-ce que c’est que cette histoire de fin de collaboration avec Transfuge? C’est pas Dieu possible).

          • qu’elles (les formulations) offrent à mon esprit

        • c’est très nul cette réaction de Jaury
          en plus au contraire tu aurais attiré plein de nouveaux lecteurs à Transfuge
          la TV va nous manquer

          • @yeux bleus: bé ça peut se faire par ailleurs en vidéo la critique ciné, je suis sûre que fréderic serait d’accord et on y inviterait d’autres critiques hors-transfuge,
            et ainsi nous pourrons enfin changer la musique à chier du générique.
            C’est mon but depuis toujours.

          • @yeux bleus: on peut y inviter charles par exemple.

      • @François Bégaudeau: Quel enculé. Plus aucune raison de lire Transfuge maintenant.

        • @Charles: Ah je ris , c’est que du bonheur comme dirait patrick.

          ( tu as vu mon info du film pour toi ou bien ? )

          • @anne-laure: Oui j’ai vu la bande-annonce. Je me réjouis que le sujet soit enfin abordé au cinéma mais je crains le gros navet.

          • @charles: ben ouais je me disais ça aussi ( quoique si tu regardes bien les producteurs ) mais rien que pour la musique dans une salle de cinéma

      • @François Bégaudeau: je trouve pas le hashtag jeboycotteTransfuge

        • pour avoir un hashtag jeboycotteTransfuge il faudrait des gens qui le lisent

    • @Charles: Je me retrouve aussi dans certaines parties, très précises. et je n’en suis aussi qu’à la moitié, ou un peu moins.

      Ce livre est dur.

      Accepter ma part de « racisme », ou d’intolérance à l’autre sur des critères arbitraires m’avait déjà pris pas mal de temps, même si je suis le client le moins fortuné de l' »apologie raciste ».

      Mais avoir des comportements bourgeois. Putain. Cette droite que je me mange. Je me croyais tellement peinard, j’étais tellement certain que ce livre parlerait de tout le monde sauf de moi, et voilà qu’il me bouscule dans mes certitudes.

      La seule chose que j’ai envie de te dire, @François, c’est un grand merci. Te lire m’aide à devenir une personne que j’ai envie d’être.

      • @Pleutre: je n’ai encore pas lu une once du livre mais je ne sais pas trop pourquoi : je ne crains pas le mal.

      • @Pleutre: peut-être parce que je sais que j’ai un mécanisme de défense psychologique hyper-efficace ,
        houlala du coup j’ai hâte ça m’excite

      • @Pleutre: Oui je suis d’accord avec toi, le livre est dur. Je n’ai jamais rien lu d’aussi violent à mon encontre, sa lecture me fait l’effet d’un uppercut. Sa violence est décuplée par la froideur de la colère qui s’y exprime et le brio de sa démonstration, implacable. C’est une attaque en règle qui semble mûrement réfléchie et venir de loin, comme un hérétique dans une communauté religieuse qui dévoilerait brutalement son incroyance (j’ai plein d’autres métaphores, n’hésitez pas à demander).

        • @Charles: qu’est-ce que tu peux me faire rire décidément , faut dire que je suis d’humeur joyeuse

        • Murement réfléchie, sans doute. En tout cas ca fait longtemps que j’observe. Quinze ans minimum. D’ailleurs tu sais qu’il y a eu ici ou là des premières banderilles.
          En même temps ce livre n’aurait jamais existé sans une commande d’éditrice.
          Merci de recevoir l’uppercut avec humour, Gentleman Charles

          • @François Bégaudeau:

            J’assume depuis très longtemps (toujours, en fait) d’être un bourgeois, donc je me sens peut-être moins démasqué qu’un Vincent Jaury. Et puis un foncier misanthrope et de droite malgré mon basculement à « gauche » demeure en moi, ce dont j’avais déjà conscience avant la lecture de ton livre. Ce qui permet d’atténuer un peu la violence du coup.

          • @François Bégaudeau: Et par misanthrope on aura tous compris là où je voulais en venir

      • @Pleutre: heu ah non, erratum dirait vincent lapierre , j’avais lu les premières pages offertes pour appâter le client.

        • @anne-laure: Moi je l’ai acheter direct. J’étais assez vener que le solde disponible sur le play store de google ne soit plus effectif sur sa plateforme de livre, google play livre. Donc je me suis tourner vers Kobo, le site à bugué et depuis je regarde régulièrement si il n’y a pas un débit en double venant de la fnac sur mon compte en banque. J’ai bien senti que le bouquin n’aimait pas ma gueule.

          Quand je dis que je j’ai un comportement bourgeois rapport à ce que j’ai compris de ce que j’ai lu, c’est que je n’ai pas spécialement envie que le monde tel que je le connais change. Pourtant c’est tout à fait ce qu’il se passe et pas en bien. Mais ça me va, les miettes me vont, boire des jerricanes de sucre dopé aux perturbateurs endocriniens me va.
          Et c’est assez terrible.

          Du coup, la prochaine fois que j’irai au CMP, si j’arrive à sortir de ma grotte, je pourrai dire à ma psychiatre référente que  » ma peur du changement » ne vient pas de la schizophrénie que je me traine depuis 25 ans, mais de mon comportement honteux de sale bourgeois décomplexé. J’ai hâte de voir comment elle va le prendre. Ce qui donne un bonus de +25% à l’action de sortir de chez moi.

          • @Pleutre: Pardon pour les caractères en gras, je dois être le seul encore soumis aux pièges des subtilités du site que tout le monde connait depuis 1998. Année où on a gagné la coupe du monde. Facile à retenir.

          • @Pleutre: Oh oui vas-y dis lui ça à ta psychiatre , c’est le genre de chose qui me fait toujours tellement plaisir avec les schizophrènes : le réel balancé à la gueule des gens.
            Je me souviens d’une scène de réunion pluridisciplinaire à l’hp où je relatais ce qu’un schizophrène m’expliquait sur son idée de la lutte des classes, il se sentait persécuté par les bourgeois.
            Grosse réaction de déni chez les psychiatres.

          • ça commence à faire longtemps que j’ai pas vu mon psychiatre mais c’est vrai qu’à vous lire j’avancerais bien mon prochain rdv pour lui parler du nouveau Bégaudeau, il faudrait faire des stat d’auteurs cités en consultation psy

          • @zyrma: heeeeuuuu pour avoir assisté à pas mal de consultes psys on cite pas beaucoup les écrivains,
            mais dans le sens du psy vers le patient on balance éventuellement du Nietzsche j’avais remarqué.
            On tente.

          • @zyrma: genre , on balance la grosse moustache et on attend de voir ce qui se passe.

        • @anne-laure:

          Putain 😀

          Je tiens tout de même à préciser que ma psy est quelqu’un de bien.

          J’ai plein d’anecdotes marrantes rapport à ta corrélation entre malade mentaux et bourgeoisie, mais je vais choisir le silence. Je préfère n’inclure que moi dans ce que je raconte. Je veux dire, on peut facilement me retrouver et me faire la peau. Blague. =)

          • @Pleutre: ben j’espère que tu vas écrire un bouquin pour nous raconter tout ça, parce que t’écris bien t’es rigolo , sous une fausse identité pour rester anonyme, conseil de billy

  8. Bourgeois refoulé qui se soigne, j’adore vous lire et vous entendre. Il est si rare de nos jours qu’on « parle » à notre intelligence avec style, humour et classe. Vous êtes un auteur punk, ça me rappelle ma jeunesse rebelle et heureuse où j’ai du être à mon minimum de taux de bourgeoisie. Continuez, vous être indispensable.

    • j’avais un taux à 2 en 1997
      j’ai eu un pic en 2005
      après, chute régulière

      • @François Bégaudeau: « Je m’appelle ConcombreDemasqué et je suis bourgeois, mais je n’ai pas pris un vers de Bourgeoisie depuis le début de l’année ». « Bonjour, ConcombreDémasqué ! », l’assistance de répondre… «Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer». Extrait de ma dernière réunion des B.B. (Bourgeois Barrés)

  9. Bravo et Merci pour votre intervention sur la 5, il méritait tous d’être remis à leur place!
    Tous dans leur petit confort journalistique et arrogant !
    Cher François ne changez rien vous nous apportez ce que nous attendons tant dans toutes ses émissions stériles et à la solde du pouvoir en place
    Merci pour votre livre
    Merci Merci

  10. Bonsoir,
    J’ai énormément apprécié vos interventions sur la 5 ce soir. Je me suis aussi senti moins « diplodocus politique » avec ma « lutte des classes » déclassée que je n’ose plus évoquer.
    Merci d’avoir impitoyablement dénoncé les faux-semblants, désamorcé les questions-pièges et retourné ces derniers contre leur émetteur, fondé vos réponses, démonté méthodiquement le « politiquement correct ».
    On n’est pas d’accord sur tout mais je voulais vous remercier d’oser espérer qu’il reste peut-être encore une étincelle de sens critique sur laquelle souffler en chacun de nous.
    Vous paraissiez amer… faut pas : vous êtes utile, indispensable.
    Merci
    Olivier

  11. Merci Anne-Laure pour itw france culture

    • @Juliette B: sur le sujet de la chimie des corps bourgeois, pas encore lu le livre de françois donc on verra bien, mais je suis pas très d’accord sur la faiblesse que leur procurerait l’immatérialité de leurs conditions, j’en doute,
      je vois plutôt une force d’avoir un corps bien à sa place, qui subvient toujours très bien à ses besoins de base, qui n’a pas d’effort à faire pour obtenir ce dont il a besoin,
      ce qui fait qu’effectivement il n’est pas nécessaire pour lui de transgresser les limites de son cadre intellectuel ( ce que moi j’appelle la pensée ) , donc on tombe dans le confort idéologique, le déni de ce qui est hors du cadre, mollesse dans la justesse des mots et des idées car on en a rien à foutre, tous comptes faits,
      mouais, c’est à y réfléchir encore cette question qui m’intéresse et je sais pas pourquoi ,
      mais je veux bien faire avocate de la bourgeoisie, en tant que femme aux conditions de vie prolétaire qui va mourir à 50 ans.

    • @Juliette B: me reste moins de 6 ans pour gagner le procès,
      chiotte

    • @Juliette etc: pour votre plaisir, je viens de tomber sur la suite du rapport chouard/enthoven ,
      de la part des gilets jaunes de la web

      • @anne-laure: merci.

        en retour voilà un homme qui a peur,
        et en veut beaucoup à notre hôte de l’avoir dit et écrit d’ailleurs https://youtu.be/nZBh2GKsahI

        • @Juliette B: Oooooh nooooonn pitié , juliette , tu vas pas recommencer avec cette maudite émission du samedi soir,
          tiens je viens de filer un extrait de mon livre du moment sur la page principale, je t’y invite , bisoubisou

          ( je regarderai quand même hein, je suis pas vache )

        • @Juliette B: je ne sais pas si c’est un homme qui a peur parce que je ne le connais pas en dehors de cette séquence de l’histoire ( où ça craint à mort pour son chef adoré ),
          mais dans le détail de son comportement, sa fausse modestie très difficilement dissimulée sur le sujet de son travail d’écrivain, démontre qu’il a une hiérarchie sociale fortement représentée dans sa petite tête, qu’il est bien loin d’être démocrate.

          ça te va comme analyse ?

          christine est folle, sinon.
          ( ouais elle est facile celle-là )

          • @anne-laure: le passage où il défend avec force son travail personnel d’écrivain, son livre sur Pearl et les autres, est une très bonne illustration de ce que François écrit page 221 d’Histoire de ta bêtise.

            « Poignarder le mérite ce serait t’interdire d’être fier de toi, n’y comptons pas ».

            Et je crois qu’il va nous falloir attendre quelques temps pour que BHL ait la saugrenue idée de penser sa classe. Il ne donnera pas tort au livre.

          • @juliette: tout à fait, j’y cogitais encore vaguement plus tard dans mon plumard, vaguement parce que je vais pas passer ma vie à penser à bernard-henri levy non plus.
            Je repensais à son doux rêve d’élévation par le mérite réussie, ce qu’il répondait à charles consigny avec une telle naïveté enfantine, mais je me souviens plus très bien,
            mais laissons le aller , libérons-le, allez va, bernard-henri, va planer par delà les nuages tel un majestueux albatros ,
            sur ce je vais arrêter de traîner par ici puisque vous commencez à raconter le livre,
            bisebise

        • @Juliette B: genre, dans sa tête ça fait :

          – numéro un = président de la république,
          – numéro deux = moi, écrivain républicain

          – les autres = gilets jaunes

        • @Juliette B: ah bah tiens regardes donc ce que je viens de voir apparaître sur facebook, un gros dossier du monde diplomatique,
          j’imagine que t’en connais déjà le contenu

          • @anne-laure: oui, dedans il doit y avoir celui qui démonte son bouquin sur Daniel Pearl. Le douteux bricolage de Bernard-Henri Levy (décembre 2003) ça s’appelle. M’avait beaucoup plu, je te le recommande.

          • @juliette: ben là je viens surtout de retrouver l’origine de la terrible insulte, qu’on balance sur quelqu’un d’autre 14 ans plus tard parce qu’on sait pas quoi en faire :

            Analysant la « dégringolade » de la pensée hexagonale, l’historien britannique Perry Anderson s’interrogeait sur « l’attention accordée par la sphère publique en France à ce grand nigaud, en dépit des preuves innombrables de son incapacité à saisir correctement un fait ou une idée »

            il était en anglais, le mot, à l’origine.

          • @anne-laure: amusant

          • @juliette: j’espère que t’as remarqué que j’ai accès aux articles du monde diplomatique, nan mais parce que je m’y suis abonnée il y a quelques jours et j’en suis fière putain ( je m’autoglorifie comme bernard henri levy ) , ainsi je permets à fredo de se payer quelques noisettes, je contribue à sa survie,

            vais lire ton article recommandé

          • @anne-laure: tu pourras lire Pierre Souchon aussi.

          • @juju: ouais j’ai vu,
            faut le nourrir aussi le petit,
            hé , déjà, faudrait transmettre à william que le rose et le violet ne sont pas des couleurs primaires, on veut faire du style mais on se plante dans les connaissances de base, ça craint,
            bon je continue.

          • @william: le vert non plus, william,
            mais que faisais-tu à l’école ? tu regardais par la fenêtre pendant le cours de dessins ?

          • @juliette: ah ouais d’accord,
            ou bien on est sur le même problème d’ego surdimensionné que nous avons constaté dans l’émission du samedi soir, qui lui donne tant d’importance par le sentiment de persécution,
            ou bien c’est de la schizophrénie paranoïde et quelques gouttes d’haldol suffiront,

            patient suivant,
            vas-y balance je suis chaude là

          • @juliette: mais sinon j’me disais , bernard-henri c’est le seul qu’on ait connu qui soit à ce point dans le déni de la domination néolibérale ou bien y en a d’autres des comme ça ?
            non mais parce que je repensais à son idée d’une europe sociale ça va être facile les doigts dans le nez et j’étais bien perplexe

        • @Juliette B: en même temps je suis en train de réaliser que je risque d’avoir une réception bien moins bonne de l’histoire de ta bêtise que ceux qui fréquentent des vrais bourgeois,
          j’veux dire j’aurai pas , ou peu , d’illustrations dans la vie réelle ,
          ça sera moins fun,
          je suis un poil déçue par avance

        • @Juliette B: ah bah en plus si y a françois qui s’invite sur ma page youtube en se grattant le nez, je vais pas échapper au contenu du livre merde

  12. insupportable d’entendre un nième « intellectuel » imposer sa parole sur une radio. Votre légitimité n’est pas avérée. Vous ne représentez que vous-même. Réglez vos comptes avec vos géniteurs directement autour d’une table et arrêtez de débiter des poncifs qui ne relèvent que d’une théorie inconsistante. Tous les bourgeois ne sont pas des décérébrés, tous les ouvriers ne sont pas des gens bien. La pensée manichéenne a fait long feu : relisez vos livres d’histoire et de grâce, taisez vous.

    • Je règle en ce moment mes comptes avec ma génitrice au théatre Montparnasse, tous les soirs. Je vous mets une invitation.

    • Pfff
      Votre réaction illustre la justesse du propos dont la violence n’est que le reflet de la violence de ces libéraux qui nous tuent…

    • @mam: Bonjour =) Je commence à peine le livre, mais il y a une phrase qui peut paraître anodine  » Je joue au con, je vais jouer au con etc » Or du haut de mes quarante pages ( -13 en réalité, j’ai dû m’absenter), j’ai compris que l’auteur jouait. Déjà, aucune raison d’écrire un livre si ce n’est pas pour un minimum de fun vu que ça ne rapporte rien (cf internet), ensuite, au con.

      Alors il confirmera, infirmera ou n’en aura rien à battre ( et il aurait bien raison) Mais jouer au con avec celui qui est définit ici comme bourgeois, ça pourrait vouloir dire « répondre à violence équivalente » Par le biais de la rhétorique, j’entends. Utiliser les même armes.

      Je vais pas faire un top dix de tout ce que dis et fait macron. Juste le coup de traverser la route pour trouver du travail, c’est le seul dont je me souviens sans avoir recours à internet.

      Jouer au con avec le bourgeois pour un écrivain au fait du monde qui l’entoure, ça peut être tout simplement de lui dire : regarde comme tu es bête, insignifiant, regarde comme ta pensée est bancale, MOI, je vais t’expliquer ce qui ne va pas, et encore c’est parce que JE suis sympa, mécréant. Après on se fera même une petite mousse en écoutant du punkcore si tu n’es pas trop occupé à ramasser tes dents. Sans rancunes. »

      A titre personnel, je trouve que c’est pas très cher payé.

      • Mais ça me va très bien ce que tu dis là Pleutre.
        J’ai souvent dit que le punk c’était un geste fondamental adressé à la bourgeoisie, et qui n’était surtout pas : occupe toi de moi. Mais : tu ne me fais pas envie. Tu me fais pitié. Ta bêtise fait pitié. Ote toi de mon soleil.

      • Dans ce registre joueur et « tu » qui chambre, j’ai ri tout haut à « tu ferais mieux de te taire. »
        Le passage Où est le cool ? est édifiant. J’ajoute que le magazine organique de la bourgeoisie, qui a promu le cool pendant des années, qui court après, dépend économiquement du cool. Les marques qui achètent de l’espace publicitaire dans ce magazine – et donc le financent – veulent cette rubrique. Ce qui confirme que le cool est une valeur marchande, un truc de commerçants. De commerçants The Kooples appuyés tranquille sur un tabouret de bar.
        Et sinon j’ai du faire 3 librairies pour trouver « histoire de la bêtise ». Les 2 premières m’ont dit avoir tout vendu et en recommander. Soit elles se foutent de moi soit il y a un vivier de lecteurs rive gauche, qui vont brutalement se mettre à penser contre eux-mêmes ou pour eux-mêmes.

        • Moi j’ai été cueillie par le « tu vois très bien de quoi je parle » (page 93), pas besoin de décrire, pas de temps à perdre là.

          Et j’en profite pour dire combien me frappe l’utilisation audacieuse et réussie de l’ellipse dans ce livre.

          Les gens, lieux, titres ou situations convoqués peuvent souvent ne pas être précisément nommés, ce n’est jamais un problème,
          On voit, en quelques mots on voit très bien le terrain circonscrit sur lequel l’analyse va se porter, la pensée s’exercer, c’est comme un tour de magie : c’était pas là, c’est là.
          Ca m’impressionne.

          • Oui ça va vite, et le tutoiement participe à cette vitesse, mais avec plein d’éléments précis genre « la pizza végétarienne cuite au feu de bois dans cet italien de la rue des Martyrs », tout de suite tu vois la pizza qui a une bonne situation.

          • assurément une pizza qui lit les Inrocks

        • Elles se foutent pas de toi, le livre s’écoule vite. Masochisme de la bourgeoisie? L’éditrice a dit un truc drole : les bourgeois ont trouvé leur fouetteuse.

          • Hé hé. On leur souhaite bien du plaisir.

          • @François Bégaudeau: Ne jamais sous-estimer la (notre) mauvaise conscience des bourgeois.

  13. Bonsoir, pour revenir sur mes propos sur RMC merci encore de m’avoir permis de faire un pas de côté pour analyser mes réflexes de classe et ma participation consentante à un système dont vous pointez brillamment les défauts. La littérature est faite pour nous faire réfléchir, ce livre m’a beaucoup appris et nourrira longtemps mes réflexions. Merci encore

    • Bonsoir Marie Anne
      J’ai rapporté à quelques amis, et en vous louant, la conversation que nous avions eu off, et que vos propos à l’antenne ont prolongée. Puissent mes chers bourgeois faire preuve d’autant d’honnêteté que vous.

    • @Marie Anne Soubre:
      Votre sourire, vos yeux qui pétillent : vous voir était une vraie satisfaction : une belle humanité sur ce plateau !
      Les rictus de Truchot et l’accablement de Grandserre faisaient de la peine. Marschall tentait de comprendre sans invectiver.
      Quant au public, derrière : sinistre… Bon, c’est de la radio, à la base, ok. Hé bien votre sourire était un plaisir pour les oreilles aussi.

  14. Enfin.
    Une excellente démonstration par l’exemple du bienfondé de ta réponse à certaine écrivaine, lors de ton passage à ONPC, sur le caractère abêtissant d’une réflexion politique envisagée sous l’angle strict de la morale (qu’on fait à l’autre bien sûr).
    Super mise en bouche avant la lecture du livre.

    Je replace aussi ici ce lien là, qui s’était fourvoyé ailleurs, pour le passage où l’interviewé interviewe les intervieweurs sur ce qu’ils entendent précisément par « populisme ». Parfait.
    https://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/video/le-grand-oral-de-francois-begaudeau-ecrivain-et-scenariste-2301-1134341.html

    • @Juliette B: C’est clair que le texte et l’interview donnent encore plus envie de lire le livre. Comme l’avocate, je suis aussi curieuse de voir à quels moments je vais me sentir visée par le tu.

      En vrac :
      C’est toujours frappant ce conservatisme bourgeois venant de personnes très peu avares des mots innovation et flexibilité.
      Pour Chouard c’était double bingo : tenter de décrédibiliser les gilets jaunes et de fasciser Ruffin.

      • La bourgeoisie n’est innovatrice (dans un emportement elle dira même progressiste et ce sera la même chose) que lorsqu’il s’agit de ringardiser un bien marchand pour promouvoir le nouveau. Le progressisme de Macron se limite strictement à passer de l’iPhone 7 à l’iPhone 8.

        • Super préface. Le sort que les bourgeois ont fait au RIC est édifiant. Merci à eux, c’est un excellent teasing pour ton essai. J’aime bien que tu ne parles du traitement médiatique du RIC que de loin. C’est pas le point de vue des médias, c’est celui, quotidien, du bourgeois chez lui à son ordi-sushi-série. Le bourgeois n’a pas grand chose d’un citoyen.
          Mais les médias bourgeois ont évidemment été bons sur le RIC eux aussi. Ils ont chargé Ruffin comme il se doit. J’ai personnellement beaucoup aimé Jean-Claude Carrière disant que « quand on parle de référendum populaire, Mussolini et Hitler sont pas loin ». Les bourgeois se moquent des complotistes et se roulent dans le point Godwin à la moindre occasion.
          Ton texte est très juste sur la peur bourgeoise. Alors que dans le dernier texte sur le blog de Lordon, la qualification de forcenés et le vocabulaire psychiatrique m’avaient paru un peu à côté. Parce que pour des fous, les bourgeois défendent quand même leur intérêt avec une belle constance. Mais Les Forcenés (sur leur folie) et ta préface (sur leur bêtise) décrivent la même chose : leur rapport au réel défaillant. Appeler ça de la bêtise parait plus juste que la folie, mais les 2 hypothèses notent leur absence de réflexion constitutive. Au fond, les bourgeois, c’est pas de leur faute s’ils font ça, ils sont faits comme ça les pauvres.

          Et on croise les doigts pour le prestigieux prix Romain Bardet. Tu le mérites François.

          • Dans mon entourage professionnel, ça a été un festival : après l’épisode RIC Gilets jaunes = Chouart = Soral = Ruffin = Tous fachos, analysé avec brio par François, ils ont joyeusement enquillé avec l’interview de Corbière à Valeurs actuelles qui confirmait sans nul doute l’alliance rouge-brun en construction,

            puis ont joui, comme en extase, en déroulant leur délicieuses colère et indignation face à ces inconscients rouges bruns coupables des futurs succès du Rassemblement national.

            J’étais sérieusement tentée par le meurtre, mais c’était tellement gros et ridicule le pied qu’elle prenait à dérouler pour moi son film d’horreur, que j’ai éclaté de rire devant ma chef quand elle m’a exposé son pitch et désigné les grands coupables – LFI et les abstentionnistes bien sûr – en tremblant d’indignation.

            Ah ça c’est sûr ça l’a vexée ma poilade, elle qui pensait sans rire sauver le monde à la dernière élection en portant Hamon au pouvoir.

          • pas grand chose à voir mais vraiment je suis content de pouvoir reporter ici ces lignes du journal de l’ami Manchette, reportées par Thomas Clerc dans Libé il y a quelques semaines :
            «J’appartiens à la couche des cadres intellectuels. Je jouis d’un revenu supérieur à celui des prolétaires et de certains autres. Dans cette mesure ma conscience demande la conservation de l’ordre établi, d’autant que les dangers physiques transitoires du désordre révolutionnaire m’effraient. Intellectuellement, puisque je subis comme insupportable l’état des choses, je suis enchanté d’en posséder la critique abstraite, et de connaître la prédiction rationnelle de sa destruction. Mais intellectuellement seulement, car matériellement cette destruction m’effraie. Je m’enchante de la prédiction de l’effondrement de l’ordre car je hais l’ordre ; je m’inquiète de cette prédiction, car je ne sais rien faire d’autre que vivre dans cet ordre. La prédiction de destruction, que je trouve rationnelle et qui satisfait certains de mes désirs, d’autre part menace mon confort. Je ne désire véritablement rien d’autre que la certitude abstraite de la destruction de l’ordre, car cela me venge de lui, mais je crains la réalisation de cette destruction, qui ne m’apporterait rien puisque mon plaisir est trouvé dans la simple idée de la destruction.»
            Jean-Patrick Manchette, 17 juin 1972 (1)

          • @Billy: elle est bien ton interrogation sur : s’il faut choisir entre folie et bêtise qu’est-ce que je prendrais ?
            pour ma part, j’y réfléchis cinq minutes, j’y voyais plutôt les ironies de françois et fredo , qui sont pas les derniers ironiques de la farce ,
            c’est pour faire rire,
            mais plus sérieusement, il ne s’agit à mon avis ni de bêtise ni de folie mais de corps particulièrement pris par des systèmes idéologiques, pour étudier ces corps il faudrait se refaire leurs histoires de leurs naissances jusqu’au moment où on les trouve sur les plateaux de bfmtv, à raconter des conneries

          • @Billy: des systèmes idéologiques qui ne sont pas les nôtres ai-je envie de préciser,
            sinon nous les trouverions fort justes raisonnables parfaits , nous aurions envie d’en faire nos amis nos amants etc

            tout ça pour dire qu’en bons chrétiens que nous sommes il faut admettre que ces gens sont nos égaux sur les plans de la bêtise et de la folie,
            cela me parait important, c’est la base.

          • @Billy: m’enfin moi en tous les cas je suis une bonne chrétienne

          • @François: sacré texte en effet,

            Une interrogation me vient après l’avoir lu : d’où lui vient sa haine (purement intellectuelle donc) de l’ordre ? Où et comment est-elle survenue, contrariant au moins en pensée le coeur même de ses intérêts ?

          • je ne connais pas bien la bio de Manchette, mais il n’est pas exclu qu’il soit fils de prolos
            à voir

          • Ce texte de Manchette est superbe !

            François tu as du flair, extrait de sa fiche wikipedia : « Né à Marseille, où la guerre a temporairement conduit ses parents, Jean-Patrick Manchette passe la majeure partie de son enfance et de son adolescence à Malakoff, dans la banlieue sud de Paris. Issu d’une famille relativement modeste (un père ouvrier devenu cadre, une mère au foyer), il se montre bon élève et témoigne dès son plus jeune âge d’un goût très vif pour l’écriture. « 

          • J’étais assez sûr de mon coup
            Je reparcours un roman de Manchette que je présente bientôt et je me dis que décidément c’est fort.
            Jamais lu le Journal, mais je sais que c’est fort aussi. Faudra.

          • @GaelleS, François: merci GaelleS

            De quel roman de Manchette parles-tu François ? Je n’ai rien lu de lui.
            Tu le « présentes bientôt » où ?

          • A rennes, le 2, on m’a demandé de parler de dix de mes livres préférés. Là j’ai pris L’Affaire N Gustro parce que c’est le seul que j’ai chez moi. Mais tous ses romans sont bien.

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