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Histoire de ta bêtise, préface

TA BÊTISE INTACTE

D’abord comme il se doit j’ai pensé à ma gueule. Quand en novembre les Gilets jaunes sont apparus pile au moment  où Histoire de ta bêtise venait de partir à l’imprimerie, j’ai d’abord craint pour le livre. J’ai croisé deux fois les doigts : une première fois pour que ce mouvement capote vite et ne change rien à la carte politique que le livre parcourt ; une second fois pour que, tant qu’à durer, il n’aille pas jusqu’à dégager Macron et sa garde macronienne. Pas avant le 23 janvier 2019, date de publication. Après, oui, avec plaisir, avec joie. Vers fin février. Mi-mars, allez. Le temps que le livre ait sa petite vie.
Le 15 mars l’insurrection, et d’ici là 50000 livres vendus + le prix Romain Bardet du meilleur essai.
La superstition paye. Le pouvoir a tenu bon. Macron et la bourgeoisie qu’il incarne et sert sont toujours d’actualité. Tu occupes le terrain, mieux que jamais. Tu as sauvé ce livre qui ne t’aime pas.
Mieux :  tu l’as justifié. Ton attitude devant ce mouvement lui a offert une illustration inestimable et gratuite.
Rarement, ces dernières années, t’aura-t-on vu si transparent, si lisible dans tes intentions, tes intérêts, tes affects. Les gilets t’ont révélé. Tu t’es montré tel que tu es ; tel que je te peins.
Tu as montré ta peur constitutive.
Ta passion première de conserver a depuis toujours pour corollaire ta peur. Ta peur d’être dépossédé. Et puisque tu ne consentiras jamais à te dépouiller comme Saint François ou Pauline Lamotte, tu auras peur toute ta vie.
On a vu ta peur en gros plan, on a vu ce qu’elle te fait faire. Les réflexes policiers qu’elle communique à ton petit corps fier de sa minceur en chemise. Les blindés sur les Champs-Elysées. Les yeux perdus. Les mains arrachées.
Et ta bêtise.
Ce livre qui l’affiche en titre tache d’établir la généalogie de ta bêtise, son parcours neuronal, sa chimie. Comment ça marche? Comment un cerveau bien fait comme le tien en vient très régulièrement, et plus souvent encore en période de panique, à se rétrécir ?
Au cas où elle ne me serait pas apparue antérieurement, au cas où je n’en aurais pas encore compris les tenants, tu m’as offert, ces deux derniers mois, cent occasions de compléter ma compréhension du phénomène.
Je reviens sur l’une des plus exemplaires.
Courant décembre, un thème s’invite dans le mouvement, celui du Référendum d’Initiative Citoyenne. Beau thème non? Complexe, vaste, infini comme la quête démocratique. Toi qui depuis ton ordi trouvait les Gilets Jaunes bas-de-plafond, tu devrais te réjouir qu’ils relèvent le niveau du débat public que tes fondés de pouvoir ont tant avili. Et te fournissent l’opportunité de réfléchir toi-même à la démocratie réelle, toi qui ne l’as jamais fait, toi qui t’accommodes des institutions existantes – elles ont été conçues par et pour toi.
Certes, à ce stade, je ne me fais pas d’illusion : pour la raison que justement les institutions existantes ont pour objectif ta conservation, ton hypothétique réflexion, on le sait déjà, n’ira pas loin. Tu trouveras de bonnes raisons de légitimer le statu quo, de réaffirmer que le régime actuel est le moins pire (le moins pire est ton mantra) et qu’à cet égard mieux vaut ne pas risquer de le déstabiliser. Mais du moins auras-tu eu à te creuser les méninges pour réfuter ceux qui promeuvent le RIC, à l’argumentaire bien  charpenté. Ca aura fait à ton cerveau une petite sortie conceptuelle hors de l’étroit périmètre conservateur où tu l’incarcères.
Or non.
Même pas
Même pas une ou deux heures de pensée.
Tout de suite, et comme tu le fais pour tant d’autres sujets, tu as trouvé le moyen de ne pas penser. Le moyen t’est tombé dessus, comme une providence, comme une entorse au genou la veille d’un cross de collège. Il tenait en sept lettres :  C,H,O,U,A,R,D.
Ce nom t’est venu par l’intercession de Ruffin. Avant cet épisode, tu n’avais jamais entendu parler d’Etienne Chouard, pas même en 2005 où tu te contentas de l’information dispensée par tes organes officiels, mais tu connais Ruffin, car Ruffin a une visibilité médiatique – de la gauche radicale tu ne connais que ce qui en apparait dans tes médias, c’est-à-dire à peu près rien. Dans un discours de mi-décembre, Ruffin, soutien des Gilets jaunes de la première heure, Gilet jaune avant l’heure, remercie Chouard d’avoir contribué à installer le RIC au centre des revendications, et c’est ainsi que tu découvres ce nom.
A ce stade, le scénario vertueux a encore sa chance : il t’est encore loisible de profiter de la circonstance pour rattraper ton retard, pour découvrir les ateliers constituants que Chouard organise depuis dix ans, et de te reporter à ses nombreux écrits et conférences  sur le tirage au sort, sur la démocratie représentative comme oxymore, sur la constitution qui ne doit pas être rédigée par ceux qu’elle est censée contrôler, sur le gouffre entre élire et voter, etc. Du grain à moudre. Plein d’os à ronger.
Or : non plus.
Dès l’entrée du vaste domaine embrassé par la réflexion de Chouard, une rumeur soigneusement colportée par tes pairs te dispense de t’aventurer davantage. Il paraitrait que Chouard a une ou deux fois dit qu’il ne s’interdisait pas de discuter avec Soral. Pour toi c’est une raison suffisante de ne pas l’écouter. Tu ne savais rien de Chouard, tu n’en sauras rien de plus. Rien de plus que sa notation dans ton barème moral. Quelque chose comme 2 sur 20. On ne discute pas avec Soral, point. Et toi tu ne discutes pas avec celui qui ne refuse pas catégoriquement de discuter avec Soral. Tu as des principes. Tu as du capital et des principes. Tu as les principes de ton capital.
On a reconnu les deux étapes de la fabrication de ta bêtise :
1 déport de l’attention du message vers le messager – a fortiori quand tu pressens la dangerosité pour ton ordre du message.
2 disqualification morale, et non théorique, du messager, par son association avec d’autres précédemment disqualifiés. Soral est d’extrême droite, donc Chouard qui un jour ne l’a pas condamné fermement l’est aussi un peu, donc Ruffin qui vient de saluer Chouard l’est aussi un peu, donc l’idée du RIC sent mauvais à son tour, et par extension l’instauration de consultations référendaires mènerait mécaniquement aux régressions morales que réclame le peuple reptilien et homophobe et antisémite et pour la peine de mort (ici, retwitter Victor Hugo, « souvent la foule trahit le peuple »)
Et moi qui ici mentionne Chouard et Ruffin ne serais-je pas aussi, par translation, un complice objectif de Soral? Ne serais-je pas un peu pour la peine de mort?
Non décidément tu as de bonnes raisons de ne pas t’attarder dans la réflexion sur le référendum, ou devant le site de Chouard, ou dans les pages de Fakir, ou sur la présente page. Tu vas vite retourner chez toi regarder une série en mangeant des sushis livrés.
Ne te méprends pas. Je ne suis pas ici en train de promouvoir le RIC (que par ailleurs je promeus), ni de purifier Chouard (qu’il pense puissamment me suffit), ce n’est pas de RIC ou de Chouard que je parle en l’occurrence mais de toi. De la bêtise qui est le précipité de ton tenace refus de penser. De l’impossibilité de penser à laquelle te condamne ta condition -bourgeoise.
Admettons, tiens, que Chouard ce libertaire radical soit un peu  fasciste, que Ruffin ce gauchiste radical soit un peu fasciste, que moi-même qui ne revoterai que lorsque Didier Super se présentera je sois un peu fasciste. Admettons que ton radar moral ait eu raison de capter des particules soraliennes dans les corps d’Etienne, François et François. Rions un peu et admettons. Il resterait ceci, qui seul m’intéresse en l’espèce et qui seul devrait t’alarmer : tu as encore perdu une occasion de penser. A nouveau tu t’es roulé dans la morale comme d’autres dans la farine (tu te ridiculises, tu n’as pas d’estime pour toi), et ton cerveau à nouveau a chômé.
Chimie de ta bêtise : tu possèdes, donc tu veux conserver, pour conserver tu fliques ce qui te menace, et tant que tu fliques tu ne penses pas.
On voit que ta bêtise t’est consubstantielle. Elle durera autant que tu dureras, c’est à dire longtemps, car durer est ton métier. Beaucoup d’années encore s’écouleront avant, que, disparaissant, tu frappes de péremption ce livre.

couv histoire de ta betise


694 Commentaires

  1. Bonsoir François,
    (En attendant de le lire, une simple question) Le mal de la gauche n’est-il pas avant tout induit par une constitution contraire à sa construction même (contrairement à la droite qui offre réseau d’affaires ET pouvoir décomplexé) ?

    • bjr Sophya,
      si tu démarres la lecture d’HDTB, je veux bien le faire avec toi,
      le re-lire, en ce qui me concerne

      Tu l’as commencé l’essai, là?

      • Bsr Begodo sitiste
        Non, j’attends qu’un ami me le ramène. Ca ne devrait pas tarder mais je me ferai plaisir de te faire signe quand ce sera fait.
        Pour l’anecdote, les messages avant lecture adressés ici visaient simplement à marquer mon opposition au rejet que ce livre a suscité alors qu’il était une belle occasion de réflexivité (rdv manqué par ce même tempérament qui m’a opposé à François pas plus tard qu’aujourd’hui, d’ailleurs. Mais de là à s’arrêter à la forme, c’est pathétique. Même s’il a l’art d’agacer parfois.) Pour le moment, je lis Deux singes ou … Mais j’en suis au tiers. Intéressant parcours de François. j’aime la démarche mais attends d’avoir fini pour donner mes impressions. Ce sera mon cycle Bégaudeau, fin 2019. Découvert par la sortie de cet ouvrage. François n’aime pas briller. Dommage, le modèle qu’il défend en aurait besoin.
        Belle soirée, BS

        • entendu comme ça, merci

          – c son Deux singes ou ma vie politique qui sort en poche ou bien?
          (je t’ai lu dire à propos il me semble mais pas bien compris lequel sort dans cette collec)

          • le poche de Deux singes existe depuis 2014 (c’est toujours un an ou deux après le livre)
            là je parlais du poche de Histoire de ta betise

          • ok, j’aime bien avoir des repères sur le succès que tu mérites,
            kiss

          • Tu as la réponse 🙂

        • Oui bien sur c’est mon tempérament qui m’a valu la réprobation bourgeoise
          Quelle belle analyse fine

          quant à l’énoncé « François n’aime pas briller », il tombe d’on ne sait où
          du Ciel, sans doute

          • Disons le choix du pamphlet pour le dire autrement. Mais j’avais déjà abordé cette question.
            Quant à « n’aime pas briller », je suis allée un peu vite (comme souvent, c’est vrai) et devais dire « pas fait pour briller ». L’expression de ce titre m’était restée.
            Quant aux analyses fines, je les réserve à mes projets et le soir, c’est relax. Je me l’autorise parce que nécessaire. C’est ça travailler pour les sans-voix. Pas le choix.

  2. Si nous n’avons plus beaucoup de crédit dans ce pays enflé d’orgueil qui laisse 9 millions de personnes dans la précarité et à l’enseignement supérieur médiocre, il nous reste la littérature. Espérant donc que votre excellent travail sera reconnu pour une gauche unie, plurielle partageant les mêmes objectifs réalistes : représenter et défendre les plus pauvres et l’environnement, construire une société où l’être humain est au coeur du dispositif.
    Vous souhaitant un excellent dimanche,

  3. Bonjour François,

    Je continue à m’interroger suite à la lecture de « Histoire de… »

    J’ai regardé tes interviews et souvent, malheureusement, les mêmes questions te sont posées, j’utilise donc mon petit clavier.

    Une question: comment fais-tu pour évoluer parmi les humains et garder un peu de spontanéité dans tes rapports ?

    En effet, dans une de tes interviews, tu expliques que nombreuses personnes ne savent pas où elles se situent, comme un écrivain propageant une idéologie libérale alors qu’il est persuadé d’être dissident, etc. Tu expliques aussi qu’il n’y a pas eu d’événement ou d’écrivain qui t’ont ouvert les yeux car – je résume de mémoire – il y a ceux qui savent qui sont embarqués dans une lutte des classes et les « autres ».

    Je note bien que l’école ou les médias font tout (directement ou sans le savoir) pour noyer ces enjeux et qu’il y ait un maximum d’ « autres ». Bref, comprendre les mécanismes de classe, ça nécessite de penser son rapport aux autres et aussi son rapport à soi. J’arrive avec ma question. Attends :-).

    Ce travail d’analyse, cette prise de conscience, est un long travail d’étude de textes. Moi c’est Bourdieu qui m’a aidé à comprendre cette grille, un peu Marx.

    Mais dans la vie de tous les jours, comment fais-tu pour supporter ton voisin, ton cousin, ton frère, ton collègue, ton facteur, ton manager ou même ta femme (ça c’est chaud) qui se laissent porter par le courant sans savoir qu’ils sont embarqués, que leur emploi, leurs goûts, leurs loisirs et leurs opinions ne sont le résultat que de marqueurs de classe qu’ils n’ont pas vraiment choisi mais qu’ils ont accueilli car imposé par leur classe.

    J’arrive avec ma question.

    En gros, ne se retrouve-t-on pas seul lorsque l’on évolue dans un environnement où chacun agit selon son sociotype.

    Exemple, j’ai une condition sociale de bourgeois avec patrimoine économique très confortable et avec un capital social élevé avec pleins de diplômes pour me légitimer mais (par masochisme? perversion?), j’aime ce qui n’est pas de ma classe: J’aime (et j’aime honnêtement, pas par défi) mettre du rap violent en voiture quand je suis avec ma femme macroniste pour voir sa réaction (là j’ai le droit au discours sur le respect des « valeurs »), j’aime défendre TPMP et la télé réalité à table avec tonton qui ne jure que par les émissions culturelles sur Arte, j’aime défendre l’idéal de la Commune avec mon beau père qui est militaire, j’aime ne pas trier mes poubelles et me faire engueuler par mon voisin qui m’explique que les bébés tortue vont mourir à « cause de moi », car nous sommes tous « dans le même bateau » (warf), j’aime dire à mes enfants que les bonnes notes à l’école primaire sont superflues car ils retomberont sur leurs pattes quoiqu’il arrive (étant dotés d’un patrimoine, de réseaux, de culture, etc.), mais avec mon comportement (que je ne feins pas hein), je passe en permanence pour un CONNARD, un prétentieux, un fous.

    Donc ma question, à moins de vivre dans une ZAD, comment envisager le rapport aux autres, des liens amicaux, familiaux jusqu’à amoureux en société quand chacun se laisse porter par son sociotype?

    Comment se mettre sur « pause » et arrêter d’analyser son entourage et laisser de la spontanéité dans les rapports?

    Je ne sais si je suis clair, je tente.

    Merci,

    • Si je puis intervenir , j’aime bien ta question.
      Je laisse françois y répondre parce que de quoi je me mêle.

      Ton histoire de bébé tortue me rappelle l’autre jour à la caisse d’intermarché où j’étais avec ma fille pour y faire des achats non anticipés alors on n’avait pas de sacs,
      alors j’achète des sacs,
      alors ma fille me dit qu’on pourrait s’en passer , tout mettre dans le caddie et dans le coffre de la bagnole comme ça,
      mais moi j’ai gardé le vieux réflexe des années 80, il me faut des pochons ( comme on dit dans le pays nantais ),
      bref, comme c’est moi la mère c’est moi qui commande et on prend des sacs plastiques avec la fille qui continue à faire la morale en se rendant compte qu’on fait un spectacle pour la jeune caissière qui se marre,
      alors je dis que les sacs plastiques il est vrai que j’ai même l’habitude de les balancer directement dans les océans comme ça , en faisant le geste ,
      et ma fille se tourne vers la caissière pour lui dire que :
      – oui , et elle met aussi carrément des sacs sur les têtes des tortues.

      • Pour moi trier ses déchets pour les bébés tortues revient surtout à détourner le discours écolo: on fait culpabiliser tout le monde sans distinction pour faire illusion dans les médias, pour ne pas nommer clairement que c’est la classe dominante et l’industrie qui sont responsables. Le jour où Greta comprendra qu’il faut abolir le capitalisme qui est une prédation des ressources, on fera un pas. Son combat devrait être contre le capital et non contre moi qui me brosse les dents en laissant le robinet couler. On en revient au débat où certains pensent que l’on peut « ajuster » le capitalisme pour sauver la planète vs « abolir » le capitalisme.

        • voilà, nous sommes d’accord.

          C’est l’histoire de la circulation magique de la responsabilité en pays néolibéral.
          C’est le petit grégoire chamayou qui parle de ça je crois, si je me souviens bien.

    • Ta question pourrait s’adresser à d’autres, à tout le monde, et elle se reformulerait en : comment subir le monde social que je n’ai pas choisi, subir les sociabilités que m’impose la nécessité de gagner ma vie (je passe sur ton épouse macronienne, ça c’est rien que de ta faute mon pote)
      Il y a dans ton post des éléments de réponse : par exemple trouver de la joie dans l’adversité ; moi j’aime assez les antagonismes, ou les frictions, donc ça peut aller. La seule chose que je supporte mal c’est l’ennui. C’est le rien. Aussi je préfère toujours un adversaire offensif, ou qui se déclare, que la molle neutralité des sociabilités molles -voir les diners que je décris dans HDTB : j’aurais tant préféré que mes hotes y tiennent des propos violemment libéraux, qu’on puisse lancer les grandes flèches et finir en carnage.
      Je précise que j’ai la chance immense de pouvoir travailler chez moi, et donc de beaucoup moins subir. Reste les passages obligés dont j’ai déjà parlé, mais qui sont assez brefs pour etre subis en se bouchant le nez. Par exemple l’autre jour un producteur nous donne rv, à un co-scénariste et moi, dans un restau japonais du huitième, gorgé de macroniens en plein déjeuner « de travail » avec des nanas type fashion week. Le producteur est évidemment fumeux, assez bête, platement commercial (les gens veulent pas de ça, les gens ont besoin de rever, et tout le best-of), et flanqué comme il se doit d’une assistante trentenaire bombasse qu’on identifie immédiatement comme ex-scolarisée à Saint-Stanislas, dont on ne sait pas la légitimité à nous parler de notre scénar (un diplome de l’ESSEC?), et qui va aligner 12 inepties confuses et inutiles pour légitimer son salaire. Moi je descends d’un train qui me ramenait d’une soirée Gilets jaunes à Rouen. Bon eh bien je me dis qu’après tout ça ne durera qu’1h30, et que le contraste est joyeux, et m’offre décidément bien des informations sur la société (c’est sans doute ca la vraie clé de la joie en milieu hostile : que la betise ambiante soit supplantée par la joie insatiable d’élucider)

      • Merci d’avoir pris le temps de me répondre, c’est sympa.

        J’ai construit mes opinions politiques tardivement et de même, j’ai pris conscience des classes vers 21-22 ans. Tard.

        Avant j’étais chloroformé, dans une espèce de flou très confortable. Mes parents n’ont pas fait d’étude mais très vite j’ai adopté enfant les codes dominants, non par talent bien sûr (dans ce forum on est vite d’accord sur cette illusion je pense, warf), mais par chance et par hasard. Bref, je deviens un peu la star de ma famille chiraquienne (big up) avec l’aboutissement: prépa et « école de commerce » (graal absolu dans mon milieu, mais pas HEC trop ardue, plutôt genre Audencia, ça brille et ça dégouline, mais ça brille quand même)

        En école de commerce, tout s’est allumé: sociotypes et marqueurs de classe étaient si flagrants que ça en devenait fatiguant. Col relevé et rugby, chansons paillardes, culte du corps et homophobie, refus de toute transgression et adoration des traders, dégustation de vin. Je découvre que des gens font de la voile, ont fait du scoutisme et aiment les chevaux. Ils ont pris l’avion pour les vacances et connaissent les musées. Ils vont au ski tous les ans sinon ça va pas. Ils ont une maison de campagne pour retrouver les potes et faire un BBQ.

        Quand je découvre cela, je ne suis plus chez mes parents, je suis « en province » (pardon). Je prends tout ça dans les dents, seul.
        Enfant et ado, je copiais cette classe dominante mais j’étais un « passager clandestin » car le soir et les weekends, c’était foot en bas, basket près du périph, on voulait tous faire du rap, club Dorothée à bloc. Jamais un avion, jamais un musée, jamais un livre, jamais le ski, etc.

        Je suis long mais tu m’as lu une fois, peut-être me reliras-tu.

        Retour en « école de commerce », je me rend compte que faire le passager clandestin peut marcher ado, mais là, le monde adulte arrive et je n’ai pas la grammaire. J’ai « mauvais goût ». Je suis un peu à côté de la plaque. Il y avait une fille « versaillaise » qui me plaisait, j’essayais d’apparaître cool, mais ça sonnait faux. Je me sens beauf. J’achète « Dernier inventaire avant liquidation » de Beigbeder et je lis les 50 livres. En 2 ans, de 19 à 21 ans, je visite tout Paris et ses musées, je vais sur la Tour Eiffel (je précise que je vivais en banlieue chic de 0 à 19 ans, à Vincennes, mais je ne connaissais de Paris que la FNAC à Châtelet, Virgin sur les Champs et quelques bars à Bastille).

        Je dévore la socio et décide de muscler encore mon capital culturel comme un athlète. Après l’école de commerce, je bosse, mais en parallèle je vais à Paris 8, je fais une thèse comme d’autres vont au Club Med Gym. Je me réveille, j’ai une femme macronienne à mes côtés, j’ai des sous et un réseau de winner, je suis du bon côté de la division du travail, j’ai acquis la grammaire qui m’aurait permis de tringler la versaillaise.

        Et puis j’ai vieilli. Je ne me force plus du tout. J’aime toujours le rap et vais voir Nanterre au basket. J’ai laissé tomber tous les sociotypes de la classe « Sup de Co » sauf les livres (et ma femme). Enfin quand je dis « Je ne me force plus du tout », je mens un peu car au boulot, je fais semblant par confort financier et un peu de lâcheté. Je cache mon calendrier CGT reçu à l’entrée. En déplacement pro, je me cache au Relais aussi quand j’achète pour l’avion le Diplo ou Fakir. Ici, « trouver de la joie dans l’adversité » n’est pas possible car je dois manger, je ne peux pas me mettre à dos mon milieu pro.

        Par contre, à la maison, en famille, je ne me cache plus. J’apprends à mes enfants à ne pas trier leurs déchets, à ne pas suivre les règles de la maîtresse, à aller en manif. Ça, c’est juste pour rééquilibrer la balance de l’éducation forcément un peu macronienne de sa femme

        Bref, tout ça pour en venir où?

        A ma question.

        Bien malgré moi, j’analyse mécaniquement tous les marqueurs de classe de quelqu’un, et quand je dis « marqueurs », c’est plutôt son système de pensée. Et c’est fatiguant, car j’ai l’impression d’être un robot. Et je ne suis JAMAIS surpris. Chacun récite sa soupe. Aussi bien ceux de la classe dominante que ceux de la classe dominée.

        Je crois que dans ton bouquin, tu insistes sur le fait que les « gens » sont prévisibles. On ne trouve pas un PDG fan des Dardenne ou Kéchiche. Mais on ne trouve pas non plus un prof de fac qui dit du bien d’Hanouna. Chacun à sa place.

        Etant donné ta très grande acuité en sociotype (ta plume dissèque comme un chirurgien, ça m’a fait rire), arrives-tu à mettre pause quand tu bois une bière avec quelqu’un que tu viens de connaitre ? Pardon, je reformule: arrives-tu à accueillir l’autre sans tout suite le mettre dans une case, tuant ainsi la spontanéité du rapport à l’autre ?

        Merci

        • merci pour la phrase:

           » j’ai acquis la grammaire qui m’aurait permis de tringler la versaillaise. »

          merci pour le rire.

        • « Je crois que dans ton bouquin, tu insistes sur le fait que les « gens » sont prévisibles. On ne trouve pas un PDG fan des Dardenne ou Kéchiche. Mais on ne trouve pas non plus un prof de fac qui dit du bien d’Hanouna. Chacun à sa place. »
          Nous sommes bien d’accord. Et tout ton post est super bien frappé.
          Je ne vis pas l’analyse des signaux de classe comme une obsession qui me fatiguerait, et je ne crois jamais à « la spontanéité du rapport à l’autre » -tout rapport à « l’autre » est médié par tout un tas de choses, mais je pourrais te parler du tiers sujet. A un moment les deux interlocuteurs se mettent à penser ensemble sur un sujet, et alors quelque chose se dessine comme un tiers lieu. Celui d’en face n’est plus un individu situé socialement mais un co-penseur. Un interlocuteur. Je finissais Contagion comme ça :je cherche un ami. Je cherche un interlocuteur. Je veux des conversations. L’art de la conversation c’est bien cela, et c’est un art qui sauve la vie (un art gratuit, accessoirement)
          Avec la bourgeoisie j’essaie de n’avoir que des relations de travail, et qu’entre nous il ne soit question que de travail. Au reste je ne donne pas suite ou je me bouche les oreilles. Deux exemples :
          -avant le dej raconté hier, la productrice nous donne rendez-vous, nous les deux scénaristes, au café. On essaie de régler nos violons en vue de la discussion avec l’autre producteur (du restau japonais). On parle donc du scénar, on réfléchit ensemble, tout va bien. A un moment, la productrice déviant un peu, dit un truc comme « de toute façon en France on n’aime pas les riches. Je fais comme si je n’ai rien entendu et je reviens au boulot (mais alors le personnage de truc on lui donne quel métier?).
          -avec le scénariste, qui se trouve par coincidence etre le mari de la productrice, on se voit hier pour bosser. On a déjà écrit un film ensemble, on fonctionne bien dans le boulot, on rigole pas mal (atout principal et souvent exclusif de la bourgeoisie), ça roule. Et puis pause clope, et là il part sur l’anecdote d’un vigile qui à France 2 ne l’a pas laissé entrer sans badge, concluant que « les gens ne sont plus libres ». Je me rends sourd à la betise de ce diagnostic social vierge de marxisme et de tout un tas d’autres pensées pertinentes inconnues de mon interlocuteur bourgeois. Je dis oui oui c’est fou. Puis : on y retourne?

          • Il y a un petit paradoxe car d’un côté tu dis que dans la conversation face à face, l’individu n’est plus situé socialement (« A un moment les deux interlocuteurs se mettent à penser ensemble sur un sujet, et alors quelque chose se dessine comme un tiers lieu. Celui d’en face n’est plus un individu situé socialement mais un co-penseur. Un interlocuteur ») mais lors d’un moment libre en pause clop, en face à face, le dialogue redevient identifié avec la soupe habituelle et tu opines avec une fatalité, car celui d’en face est quand même situé socialement.

            Il n’y a donc pas de moment magique où la spontanéité reprend le dessus. Lorsque je n’avais pas cette conscience des classes, cette spontanéité était partout, générant des émotions comme de la colère (les gars au col relevé), du désir (versaillaise) et de l’amour (femme macronienne). Maintenant, cette spontanéité s’est noyée et a disparu dans l’analyse robotique des sociotypes. Je pense que cette perte serait la même si je ne côtoyais pas que la bourgeoisie mais aussi les milieux populaires, ils seraient tout autant transparent.

            Je vais lire Contagion.

          • Vraiment je crois que tu t’égares avec « la spontanéité’. Dès lors qu’il y a socialité, même heureuse et consentie, il n’y pas de spontanéité, il y a un système d’affections, de stimulations, de contraintes, qui produisent mes gestes, mes mots, mes humeurs. Cette production peut etre joyeuse ou triste, mais elle est toujours une production.
            Je n’ai pas dit que l’individu n’est pas situé socialement, il l’est toujours, j’ai dit qu’A UN MOMENT, arrivé à un certain degré de concentration commune sur un objet de pensée, de conversation, alors ces marqueurs sociaux s’oublient quelque peu.
            C’est rare et donc précieux.

          • Ce qu’on peut remarquer , Gros, c’est que les individus restent tout de même beaucoup plus complexes que les sociotypes, non ?
            Pour éviter l’ennui, la robotisation des relations, on peut se concentrer sur les détails pour trouver les cadeaux-surprises.

            Je te conseille de lire En guerre aussi.
            Si tu ne l’as pas encore lu.

          • Je suis d’accord avec Anne-laure, personne n’est jamais complètement conforme à une caricature de classe sociale. Je connais des HEC-macroniens qui adorent La maman et la putain et Aragon, par exemple. Ils n’en sont pas moins macroniens mais ça peut être un sujet de discussion.

          • Oui, je me perds avec la « spontanéité », elle est certainement une nostalgie d’une période où je croyais l’autre vierge de condition et d’habitus. En fait, non, on « produit » du rapport à l’autre. Presque toujours.
            Pour la remarque « HEC/Macronien » et « Aragon/La putain et la maman », justement ça va ensemble, ça n’étonne pas, on reste dans la distinction de bons goûts, on parle « chef d’oeuvres ». J’aimerais plutôt trouver un Macronien qui adore le tuning, là ce serait intéressant.

          • Ce sera intéressant si tu t’y intéresses.
            C’est vrai ce que tu dis du bon goût bourgeois mais tu peux aussi rencontrer un macronien fan de tuning. Et ce serait aussi logique. Ce serait un mec, provincial, qui faisait du tuning en famille le dimanche quand il était petit et prolo. Le mec tchatcheur aura un vague bac pro, il est doué pour la vente, il devient commercial dans une boîte, il est bon, a des commissions sur ses ventes, gravit les échelons, gagne un peu de tune, fait du chiffre, success story, méritocratie, Macron et tuning.
            Et là aussi, si tu le rencontres, tu pourras dire oh les gens ne sont pas surprenants, un libéral vulgaire = macroniste + tuning.
            Macron a réuni la droite beauf, la vieille droite cultivée de province, la droite start-uppeuse et cool des villes. Vraiment pas surprenant.
            Quand on s’intéresse à tous ces gens pas surprenants dont on fait partie, on constate qu’effectivement tout est logique, on applique tous notre programme. Je trouve ça passionnant d’essayer de comprendre comment fonctionnent les gens, comment ils vivent. De se comprendre soi-même aussi c’est du taf. La socio c’est un sport assez fin.
            Je te conseille La bonne nouvelle, une pièce de théâtre de François avec des personnages libéraux qui se libèrent miraculeusement de leur programme. On est bons en placement de produits ici.
            Et dans le genre l’analyse dudit programme est un sport fin, il y a Deux singes ou ma vie politique. Le placement de produits commencent peut-être à se voir. Oh ça passe.
            Et même s’il est logique sociologiquement que mon interlocuteur et moi, on aime La maman et la putain, ça peut être le début d’une discussion, d’une analyse, d’une engueulade, d’une intense relation avec Charles.

          • Hello Billy,

            Le profil que tu dépeins est plutôt FN pour moi. Mon macronien à moi ressemble à ceux que je côtoie, du HEC/Dauphine/IEP. Rien n’est pire pour eux que le tunning. Ou les gens qui se promènent en maillot de foot.

            Spontanéité, etc., je mélange un peu.
            Soyons plus direct et allons au-delà des discussions entre collègues et pause café en regardant l’amour. L’amour sous-entend un certain abandon et une remise en question de son rapport à l’autre. Si l’amour (pas rencontre arrangée ou autre farce) transcende ces petites « productions » d’échange que décrit François, s’il les dépasse, pourrait-on imaginer François aimer à la folie une femme macronienne ?

            J’ai vu les placements, je vais lire quelques romans.

            (excuse François de t’utiliser dans mon exemple, ne te blesse pas, ça permet à celui qui me lit de comprendre à quel genre de personne je fais référence, c la rançon d’être une personne publique:-)

          • Pourrais-je aimer à la folie une macronienne?
            Non. Car « macronien-ne » c’est pas une idée. C’est un mode. Un mode de vie de pensée de gestes. Macronien-ne c’est un corps. Ce corps ne m’érotisera jamais.
            Maintenant pourrais-je avoir ce que j’appelle une conversation avec un emacronienne? Non plus. Tout Histoire de ta betise est là : le macronien ne converse plus. Ne sait plus faire. Converser c’est penser à deux, et le macronien se définit comme : ce qui ne pense pas.
            Donc ni levrette ni causette avec la macronienne.
            Un bowling, éventuellement.

          • « Pour la remarque « HEC/Macronien » et « Aragon/La putain et la maman », justement ça va ensemble, ça n’étonne pas, on reste dans la distinction de bons goûts, on parle « chef d’oeuvres ». J’aimerais plutôt trouver un Macronien qui adore le tuning, là ce serait intéressant. »

            Tu n’as pas tout à fait tort même si les macroniens sont aussi des beaufs parfois.

          • Wesh Gros,
            Est-ce que François peut aimer une macronienne? Oui François est amour, il aime tout le vivant. Reste à prouver que les macroniens font partie du vivant.

            Un frontiste c’est un militant, un mec un peu énervé, un mec qui croit en la politique. Imagine mon tchatcheur en mec pas bagarreur, pas politisé. Un bosseur fier de sa réussite sociale. Il aurait pu voter Fillon s’il n’y avait pas eu les affaires, si Fillon avait été moins coincé du cul, il aurait voté Sarko s’il avait passé la primaire. Je crois que mon macroniste-beauf se tient, mais t’as peut-être raison. Ce que je voulais dire, c’est que tous les profils s’expliquent sociologiquement. On a tous été produits par notre environnement, notre société, nos familles, nos amis. Ta rencontre idéale ne dépend pas du profil sociologique spécialement surprenant et incompréhensible de ton interlocuteur. Il serait forcément compréhensible. Ce serait à toi de réfléchir. Donc la rencontre idéale dépendra de ce que vous en faites.
            Retrouvez ma conférence tedX : La rencontre idéale, c’est ce que vous en faites. Comment rencontrer l’autre et à travers l’autre se rencontrer soi ?

            Un mec de gauche peut tomber amoureux d’une meuf de droite. Il y a toi déjà, j’en connais d’autres, j’ai des noms. Ça aussi ça se réfléchit. Peut-être que la meuf, étant de droite, correspond davantage au schéma patriarcal que le mec a dans la tête, tout gauchiste qu’il est.
            Le couple reste une relation sociale donc politique. C’est pas parce que les 2 membres du couples sont de gauche que la relation sera tout le temps égalitaire, tout le temps de gauche. Et c’est des bonnes questions à se poser : qu’est-ce qui dans mon couple est de gauche ou de droite, dans l’organisation de la vie à la maison, dans les vacances, dans les discussions, dans le cul, dans les sorties avec les potes.

          • Oui, oui Billy, très intéressant ça.
            Le copain de ma sœur est un gros gaucho, il l’a remet bien en place avec les habitudes de bourgeoises qu’elle prend, je m’entends très bien avec lui mais c’est un macho dans son quotidien. Idéalement il pense qu’il ne l’est pas, dans les faits il l’est.
            J’ai un pote de droite, c’est un pote de droite particulier, qui ne traine qu’avec des gens de gauche. Il n’est pas macho dans son quotidien, il est juste un peu à l’ouest sur les questions politiques.
            Si je devais choisir entre un gaucho macho et un macronien pas du tout macho je prends le macronien, sans aucune hésitation. Le macronien qui sait pas trop ce qu’il dit quoi et qui dans les faits, dans ses actes est bien plus intéressant, si on sait un peu se boucher les oreilles. Tant qu’on y est à taper sur le gaucho, je connais plus de mec de droite pas macho et intéressant dans leurs actes que de gaucho cohérents avec leurs idées.

          • moi aussi je veux un macronien alors,
            ça a l’air bien.

          • Très intéressant ce que tu dis Schnoups (toi aussi Billy mais tu as l’habitude que je te le dise). Le problème c’est que le mâle gaucho a très souvent tendance à expliquer la vie à un peu tout le monde et d’autant plus aux meufs qui sont moins politisées (car corrigez-moi si je me trompe mais j’ai le sentiment que parmi les gens dépolitisés ou moins intéressés par la politique il y a encore un peu plus de meuf que de mecs, mais si ç’a tendance à s’équilibrer). Et cette posture de, disons le mot, donneur de leçons, va s’exprimer par un comportement macho.
            Et je dis ça alors que ma compagne, filloniste, considère que je suis un communiste.
            Après t’as aussi les gauchos très féministes qui vont donner en spectacle leur engagement quotidien contre le patriarcat (« je comprends pas comment il peut encore exister des mecs qui ne fassent pas la vaisselle, enfin je sais pas mais moi tu vois je fais la cuisine, je débarrasse la table, je nettoie, on est en 2019 quoi »).

          • Je te prends là, Charles : vu Alice et le maire et lu ton (bon mais trop court) texte dessus
            Je retiens : « Il en ressort un constat mélancolique où tout le monde paraît paumé idéologiquement ». C’est très juste. Et j’ajouterais : y compris Pariser
            Gratitude pour ce film qui m’a beaucoup fait penser ; penser pour lui, parfois contre lui, mais toujours avec lui.

          • Schnoups, tu dis » je connais plus de mec de droite pas macho et intéressant dans leurs actes que de gaucho cohérents avec leurs idées », et du côté des filles ça se passe comment ?
            Est ce qu’une macronienne est plus intéressante dans ses actes qu’une gauchiste, plus cohérente, et va savoir, plus souvent féministe ?
            Sinon moi j’ai une conviction : le gauchiste est une femme, en général.

          • Moi j’ai quand même une question que je vous poserais bien : est-ce que vous connaissez des mecs de droite qui jouent vraiment avec leur compagne (je parle de gens hétéros) le jeu de l’égalité s’agissant de la vie domestique et des enfants ?
            A gauche, moi j’en connais de près au moins 5 comme ça qui font les courses, la cuisine, le ménage (oui oui la lessive aussi), s’occupent des enfants, quittent leur boulot si l’école les appelle parce que l’un d’eux est malade, emmènent le gamin chez le doc, etc etc, bref jamais ne considèrent que telle ou telle activité est naturellement dévolue aux femmes. Mais à droite j’en connais pas.
            Comment ça je connais peut-être pas assez de gens de droite ? Si, si j’en connais plein, j’ai au moins 45 cousins germains et ils sont presque tous de droite, sans compter des collègues etc. qui me parlent de leur vie de famille. J’ai beau chercher, je trouve pas un seul exemple. Et vous ?

          • ou bien , lison :

            les féministes sont forcément de gauche.

          • @Juliette : mes amis de droite n’ont pas encore des enfants mais pour ce qui concerne les taches domestiques, j’ai plutôt l’impression qu’il existe une certaine égalité – j’emploie beaucoup de précautions langagières car il est difficile de savoir exactement. Pas chez tous non plus, chez certains il y a aussi une répartition assez genrée (genre le mec conduit, la meuf regarde le GPS) mais en tout cas je n’ai pas vraiment constaté de répartition vraiment inégalitaire.

          • ben moi , comment dire juliette,

            je ne connais que mieux que d’autres, en majorité, des femmes qui ont été débarrassées de leurs gros boulets de mecs,
            alors je suis pas très fiable pour répondre à ton étude sociologique.

            Les vies de couple sont pour nous bien lointaines.

          • @charles
            Merci pour ta réponse. Je note.
            C’est vrai que l’arrivée (éventuelle) d’enfants permet mieux de voir ce que ça donne. Le truc de l’enfant malade qu’il faut récupérer à l’école quand les deux travaillent c’est un bon test par exemple.

          • Il y a un paramètre important à prendre en compte en ce qui me concerne. Je parle de mes potes sudistes, et dans le sud on est bien plus macho.

            Donc des gros gros gauchos bien bien macho ma petite, j’en connais beaucoup beaucoup beaucoup.

          • Je précise quand même que le mec de ma soeur est haut savoyard. Mais lui c’est un pote pour Gros. Il est ingénieur dans le nucléaire et trouve que mon mode de vie est le meilleur futur pour son fils, il est gaucho et macho, il lit fakir et écoute m pokora en boucle. Vous constaterez que ma frangine ne s’ennuie pas et c’est en cela que je la comprends.

          • Je parles d’amour en relation avec l’analyse de classe et ça part en partage des tâches ménagères!

            Pour ce sujet des tâches, je pense qu’une analyse de parti politique droite/gauche est assez stérile. L’équilibre homme-femme est une problématique de domination du patriarcat voire du religieux, pas de domination de classe.
            Politiquement, ce sont les courants anarchistes qui veulent l’abolition de la domination du patriarcat et du religieux. Le spectre à droite notamment conservateur défend totalement les deux dominations citées, donc femme = reproduction = ménage. A gauche, comme d’habitude, on n’est pas d’accord sur la position à tenir sur ces 2 dominations (enfin surtout celle du patriarcat)

          • Ouais, moi je regarde le GPS, mais j’ai une excuse : je ne sais pas conduire ( je veux dire que je ne sais vraiment pas conduire, j’ai pas le permis quoi ).
            J’ai l’impression d’ailleurs que c’est beaucoup plus mal perçu d’être une femme sans permis qu’un homme sans permis, ça fait tout de suite boulet, et boulet pas féministe, parce que conduire c’est l’indépendance, tout ça tout ça.

          • moi l’autre jour j’étais chargée du GPS, puisqu’à la place de la morte, pendant q’une femme indépendante conduisait la bagnole,
            et on parlait on parlait et j’ai pas été attentive au GPS et on s’est paumées.
            Elle va vous aider cette anecdote ?
            mmh-non, elle va pas vous aider.

          • Euh, Gros, tu dis que concernant ce pauvre sujet du « partage des tâches » la problématique gauche/droite est stérile. Bon. C’est une question de domination du patriarcat. Ok. Et ensuite, toi-même, tu nous dis que « le spectre à droite » est pour la domination du patriarcat et que donc « femme = reproduction = ménage ». Tu affirmes donc clairement qu’un mec de droite a beaucoup, beaucoup plus de chance d’être pour le patriarcat. C’est quand même fort. Par contre, nous, quand on soulève une incohérence dans l’énoncé « mec de gauche : macho », on s’égare ?
            Comme tu as une femme macronienne je vais t’expliquer quelque chose, un mec macho pour une vraie gaucho, c’est un tue l’amour (puisque tu tiens à parler d’amour) et dans un couple, il peut y avoir un véritable combat face à ce vulgaire sujet du partage des tâches. Et on sait bien qu’une femme qui reste à la maison ne gagne pas d’argent, elle est donc coincée et esclave de son mari qui a le porte monnaie et donc la puissance et qui donc domine l’autre, tu retrouves la les questions de classe puisque c’est ça qui t’intéresses. L’homme a l’argent, la femme est pauvre. Papa domine maman. Et quand maman finit par gagner sa croûte, elle quitte papa. En gros Gros.

      • moi j’adore conduire, par ex je pourrai aller à St Malo
        ben quand je suis en couple c’est toujours le mec spontanément qui prend le volant et moi je laisse faire
        (sauf en cas de gros trajet on alterne et quand je conduis pas j’occupe les gosses qui dorment bien sur quand je suis au volant)

        • pourquoi j’ai mis au présent ? ça doit être la courte nuit

        • oui, mais saint malo c’est trop dans le nord à mon avis zyrma, il fait trop froid, tu devrais descendre vers le sud.
          Dès que tu vois l’île d’ouessant c’est bon : tu t’arrêtes.

  4. Cher François,

    Je me suis régalée à la lecture de votre essai; mais un élément précis à éveillé ma curiosité (toute femme que je suis ayant évidemment succombé aux efforts de séduction littéraire ravageurs de Romouchka).
    Pourquoi diable citer Gary comme un auteur bourgeois (ou qui plaît particulièrement aux bourgeois)?
    Petit pique adressée à un bourgeois de votre entourage qui se trouve être un fan de Gary? Pointe d’envie?
    Qu’y a-t-il de si bourgeois chez Gary si ce n’est son désir accompli d’ascension sociale, sur lequel il ironise à chaque coin de rue « j’ai fait carrière et je m’habille a Londres, comme promis, malgré mon horreur de la coupe anglaise. »? Ou du moins, par rapport à tant d’autres auteurs, qu’y a-t-il de si bourgeois en lui?

    • Je ne dis pas que Gary est bourgeois. L’énoncé « Gary est un auteur bourgeois » n’est pas dans le livre.
      Je dis autre chose. Je le convoque au sein d’un raisonnement sur la familiarité avec le faux dans lequel vous met la situation bourgeoise. D’où que les littéraires issus de ses rangs, et ils sont nombreux, montrent un certain dégout pour la littérature réaliste, lui préférant la fiction, les fables, voire les affabilations. En tant que grand affabulateur -ce qui nous ramènerait à l’ami Moix-, Gary s’impose alors tout naturellement comme un modèle, comme un référence. Je pensais notamment à un roman de Francois-Henri Déserable (sic) sorti il y a deux ans, qui fabulait allègrement sur les affabulations de Gary. Pour le moins on peut dire que la vérité n’est pas, chez ces gens là, une obsession -comme elle l’est pour tout un autre pan de la littérature un peu moins consacrée collectivement par la bourgeoisie (alors que Gary l’est, c’est indéniable : il est sans doute le romancier français du vingtième le plus lu dans la bourgeoisie, avec Modiano)

      • Vous ne dîtes effectivement pas que Gary ou Modiano (?) sont « des auteurs bourgeois », mais comme c’est eux que vous choississez pour incarner les choix littéraires du prototype bourgeois, un lecteur qui ne les connaît pas, et n’a en jamais entendu parler pourrait garder l’équivalence en tête.
        Par exemple, je n’ai jamais lu Modiano (ni me souvienne qu’on m’ait conseillé l’un de ses ouvrages), et sauf donc à ce que quelqu’un me fasse l’éloge de son travail dans les mois ou années à venir, je partirai d’emblée avec une opinion biaisée négativement sur ces ouvrages (non pas que votre opinion sur cet auteur soit divinisée et indiscutable, simplement que n’en ayant aucune autre, c’est celle-là qui va demeurer).
        [Et parce que j’ai clairement tant d’autres ouvrages à lire, plutôt que de m’amuser à battre en brèche mon dès-lors-préjugé à l’encontre de Modiano]

        Bref, le travail de Gary déjà utilisé à tord et à travers par des Francois-Henri Déserable (je ne connaissais pas, d’ailleurs), ou un Eric Barbier (je n’ai pas vu le film – un navet, paraît-il-, mais la simple idée de voir un film sur le livre éponyme me donnait la nausée…), n’aura rien gagné à être catalogué tel.

        C’est dommage parce qu’à bien le lire, l’on y trouve une critique sociale et humaine sans ménagement:

        « Ils avaient appris et ils enseignaient « la sagesse », cette camomille empoisonnée que l’habitude de vivre verse peu à peu dans notre gosier, avec son goût doucereux d’humilité, de renoncement et d’acceptation. Lettrés, pensifs, rêveurs, subtils, cultivés, sceptiques, bien nés, bien élevés, férus d’humanités, au fond d’eux-mêmes secrètement, ils avaient toujours su que l’humain était une tentation impossible et ils avaient donc accueilli la victoire d’Hitler comme allant de soi. À l’évidence de notre servitude biologique et métaphysique, ils avaient accepté tout naturellement de donner un prolongement politique et social. J’irai même plus loin, sans vouloir insulter personne: ils avaient raison, et cela seul eût dû suffire à les mettre en garde.Ils avaient raison, dans le sens de l’habileté, de la prudence, du refus de l’aventure, de l’épingle du jeu, dans le sens qui eût évité à Jésus de mourir sur la croix, à Van Gogh de peindre, à mon Morel [le héros des « Racines du ciel »], de défendre ses éléphants, aux Français d’être fusillés, et qui eût uni dans le même néant, en les empêchant de naître, les cathédrales et les musées, les empires et les civilisations.  »

        Enfin le choix de la fiction, du conte, voir de l’affabulation, ne suffit pas, à mon goût, à pousser quelqu’un hors du champ de la révolte; un exemple intéressant avec ce conte « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce » de Lafon 🙂

        • Je prends Gary comme un fait social, ou sociologique si l’on veut. Dire qu’il est prisé par la bourgeoisie n’en fait ni un écrivain mauvais, ni un conformiste (de même que le camusisme qui est désormais la religion officielle de nos intellectuels organiques ne fera jamais de Camus un auteur illisible). J’ai lu et assez apprécié Gary. Même s’il faudrait dire alors ce qui me met quand même toujours à distance, et je crois que c’est assez simple : c’est bavard. Ca discourt beaucoup (« j’irai même plus loin »). On parlait de littérature plus silencieuse qu’un caillou avec Beckett, eh bien Gary est, au bas mot, plus sonore qu’un éboulement.
          Bon, et puis sur la révolte, je ne vois pas qu’un type qui tient tant à devenir diplomate, le devient, et adore De Gaulle se mette vraiment du coté de la subversion sociale. Les lignes ci-dessus témoignent non d’une révolte, mais de l’éternel discours des dandys contre le conformisme, contre les pisse-froids, contre les petites vies, à quoi on opposera l’aventure, le panache, la singularité, le romanesque, le truculent. Un dandysme droitier oui, dont la littérature française a produit bien des exemples (avatar actuel : Sylvain Tesson)

          • @Francois, j’ai choisi cet extrait, parmi tant d’autres, parce qu’il s’en prend aux « subtils, aux cultivés […] bien nés, bien élevés ».

            L’admiration de Gary pour de Gaulle, qui a plus à voir à mon avis avec leur engagement pour la France Libre qu’avec une affinité politique parfaite, ne l’a pas empêché d’admirer Jean Seberg (pour un temps du moins), Camus, Malraux.
            Une des caractéristiques du bourgeois c’est tout de même de se prendre au sérieux (Tesson, non?); Gary est un maître dans l’autodérision, le torpillage de ses propres fondations, le foutage de gueule (avec son double Prix Goncourt)–
            Son bouquin « Chien Blanc » traite de l’émancipation des noirs, c’est un des premiers auteurs à parler (avec talent) de la féminité, de la liberté sexuelle, ou de l’écologie (« Les racines du Ciel »).
            Bref, 70 ans plus tard, ça paraît très consensuel tout ça mais à l’époque, je ne suis pas sûre qu’il ait été en accord avec les conservateurs de tous poils–

            @Kathia Non, mais c’est une réelle question de savoir où classer Gary à partir du moment où il a soutenu de Gaulle en mai 68-
            C’est un auteur qui m’a beaucoup marquée adolescente, inspirée, et je me suis déjà questionné sur où il se situerait politiquement- d’où ma légère irritation à le voir surgir dans l’essai de Bégaudeau, je pense 😉

          • Tu serais moins irrité si tu cessais de réduire mon propos à Gary = bourgeois. Encore une fois je ne pointe qu’une chose, à savoir l’aura de Gary dans un certain lectorat bourgeois, ainsi que parmi les jeunes écrivains bourgeois qui s’y réfèrent.
            Gary a une vie trop romanesque, et il a trop de perversions, pour etre réduit au qualificatif bourgeois.
            Cela étant posé, ce ne sont surement pas les traits que tu pointes qui l’exemptent de la bourgeoisie, et notamment celui ci : « Une des caractéristiques du bourgeois c’est tout de même de se prendre au sérieux ». Ceci est un contresens total, qui me fait douter que tu m’aies vraiment lu. Outre que je m’attache d’abord à la bourgeoisie cool, dont la marque de fabrique est de ne pas se prendre au sérieux, je pointe ailleurs que s’il y a bien quelque chose qu’on peut reconnaitre à une certaine bourgeoisie, c’est la capacité d’humour (que je lis dans le livre à sa familiarité endémique avec le faux). Je déplore même qu’un de ceux que j’ai pu croiser ait embrassé la carrière d’écrivain plutot que celle de comique dans laquelle il aurait excellé (je pensais à Beigbeder).
            Dans une certaine bourgeoisie de gout contemporaine, la légèreté est au contraire une valeur nodale, opposable à ces grognards de gauchistes qui nous plombent avec leurs discours critiques. C’est le tropisme Sagan – voir l’amour inconditionnel que lui vouent tous les jeunes bourgeois lettrés : légèreté, légèreté, ivresse, vitesse, décapotable, cheveux au vent, et allons tout perdre au casino De Deauville. Sagan idole de Beigbeder.
            A te lire j’ai l’impression que tu n’a pas remis à jour ton image de la bourgeoisie, qu’elle reste pour toi un ramassis de conservateurs coincés du cul. Tu rates donc le moment cool (et un peu mon livre)

      • Je réponds ici au commentaire mentionnant Beigbeder plus haut (faute de pouvoir ajouter un commentaire sous celui-ci).
        Non, non, je n’ai pas loupé tes assauts sur la bourgeoisie cool, mais j’ai peut être été un peu vite sur le passage Beigbeder (que je ne connais presque pas d’ailleurs. ah, désolée!) et j’avais donc retenu du bourgeois « cool » ses traits façade de tolérance, et le passage très amusant avec « le sommeil des enfants ».
        Donc le bourgeois cool pouvait tout de même se prendre au sérieux (il se prend- lui- au sérieux, pas le monde autour, à l’opposée peut être du gnognard de gauchiste d’ailleurs qui prend le réel au sérieux, mais « ironise davantage de sa petite personne »).
        Attention, il faut mettre des guillemets PARTOUT: Y’a des gauchistes qui se prennent aussi au sérieux, et des bourgeois cool qui peuvent faire un peu d’autodérision (mais j’en ai pas croisé des masses)!

        Je ne penserai pas à l’adjectif « cool » pour qualifier Gary. Il est bien trop idéaliste (ça transpire de tous ses romans).
        De même que l’Humour quoiqu’intersectant « le cool », s’en détache souvent très largement. Dieudonné et Gardin peuvent être très drôles, mais pas forcément cools.
        Bref, entendu pour l’interprétation « Gary= fait social bourgeois » 🙂
        Merci pour la discussion!

  5. Page 107 : « Moi oui. Je n’ai que ça à faire »
    J’ai ri

  6. Serge Halimi, Le monde diplo du mois de mai

    « Enfin une bonne nouvelle ! La comédie que la bourgeoisie libérale se joue depuis une trentaine d’années afin de toujours basculer du côté du parti de l’ordre tout en se racontant qu’elle a audacieusement conjuré le pire (l’extrême droite) pourrait toucher à sa fin. L’hostilité au « populisme », à la Russie, à l’extrémisme, aux fake news, etc., continuera sans doute à justifier de nouveaux votes en faveur d’Emmanuel Macron ou autre représentant du « parti libéral« .
    Mais François Bégaudeau complique la tâche de ceux qui voudront parer ce choix de l’auréole du progressisme, voire de la « résistance « . Avec une férocité réjouissante, il rappelle que la bourgeoisie libérale et diversitaire a « besoin de Trump et de tous les mufles autoritaires du mondex« , qui, selon elle, expriment la passion identitaire des classes populaires. Ce qui permet de continuer à les ignorer. Quand le système capitaliste devient indéfendable, autant parler le moins possible de politique économique, de fiscalité, de classes sociales ; et plutôt de valeurs et de tolérance. Autant détourner l’attention des intérêts qu’on sert ou dont on s’accommode, et se montrer intarissable sur sa culture et sur son ouverture. »

    • Merci pour le partage ! C’est exactement ce que fait le capitalisme : la diversion avec l’étalage de valeurs mises en spectacle. Cachez cette lutte des classes et ce désastre social et écologique que je ne saurais voir derrière une montagne de bons sentiments.

  7. Bonsoir M. Bégaudeau,
    Etant en pleine lecture de votre ouvrage, je me permets de vous apporter une légère correction en page 63 3eme ligne « tu ne m’a pas fait envie »… je vous laisse corriger et je retourne à votre écriture qui m’amuse grandement, merci.
    Frédéric

  8. Ok. Espérons qu’il ne se dissolvera pas trop !
    Merci en tout cas, Mr le Professeur, car j’ai appris pas mal de choses (sauf pour Rohmer…). J’ai quelques bons amis bobos qui le recevront en cadeau. Ça les fera réfléchir, j’espère.
    Au plaisir de vous rencontrer, un de ces jours, si vous passez dans le Sud-Ouest ou, qui sait, dans une manif dans la capitale!

    • Oui pardon j’avais oublié la question sur Rohmer.
      Est-ce que ça joue faux chez Rohmer? Je ne sais pas si c’est exactement ça. En tout cas Rohmer ne cherche pas ce que j’appellerais la justesse pure : acteurs et actrices qu’on essaierait de mener à la pure attitude qu’auraient des vrais gens dans une vraie situation. Rohmer cherche une justesse en seconde main, une justesse de second terme. La justesse première voudrait qu’on oublie l’acteur pour ne plus voir que le personnage. Rohmer au contraire, en brechtien qu’il n’est pourtant pas (ou est beaucoup plus qu’il ne le dit), veut qu’on voit l’acteur en train de jouer ; en train de se démener avec un texte. Dans la tradition Cahiers que Grand Momo initia avec d’autres, il y a justesse si l’on voit ce qu’il est vraiment en train de se passer sous l’oeil de la caméra. Ce qu’il est en train de se passer sous l’oeil de la caméra, ce n’est pas Delphine défendant son végétarisme dans Le rayon vert, mais l’actrice Marie Rivière jouant Delphine défendant le végétarisme. Le jouant plus ou moins bien selon les prises. ET c’est parce qu’il n’est pas si juste que le jeu peut se voir, peut prendre chair. Au fond il n’y a rien de plus vivant, de plus incarné, que quelqu’un qui joue un peu mal. Hier pendant quatre heures on a filmé des gens qui jouaient un peu mal, j’ai adoré. Ce un-peu-faux était totalement vrai.

      • Merci pour cet éclairage qui répond à mes interrogations.

        La surprise passée, j’avais regardé les 3 autres contes, dans la foulée! Je me suis aperçue que je prêtais une grande attention au texte. A partir du moment où on ne peut pas « s’immerger » dans le film, les textes prennent toute leur place et on peut avoir un regard plus critique. Bref, une découverte, pour moi. Du coup, j’en avais « presque » conclu que, finalement, les acteurs ne servaient à rien et qu’il aurait suffit qu’ils lisent les répliques, assis sur une chaise …Mais bon, ce serait tout de même moins vivant (j’aime bien sa façon de filmer les paysages et les acteurs/trices) et sans doute trop hermétique!

        Votre livre m’aura également permis de mieux comprendre Rohmer! Inattendu. Merci. J’attends le prochain, pas avec impatience, car je suppose qu’on pas un très bon livre « sous le pied » tous les 4 matins!

      • C’est donc pour ça que les acteurs Français jouent mal. Plus sérieusement, ce un-peu-faux devient une norme du film, on s’y habitue et on y voit du réel, sinon on tiendrait difficilement le film.
        Ce que tu décris c’est aussi le travail de Dumont avec ses acteurs, surtout dans son dernier avec les acteurs non pro et pro.

      • J’ ajoute que Le rayon vert est le plus improvisé, -le moins écrit, dans ses dialogues- parmi les films de Rohmer, ce qui peut entraîner ce long échange sur la viande (dont on se dit qu’il pourrait durer encore longtemps), et qu’en effet la rencontre acteur pro-Marie Rivière / acteurs non pro-les membres de la famille peut entraîner ce type de jeu.
        Là dessus rencontre avec Marie Rivière :
        http://www.cinematheque.fr/video/1381.html

        A ce sujet, association d’acteurs pro et non pro, j’avais trouvé « Les bureaux de Dieu » de Claire Simon vraiment intéressant.

        • Merci pour ce complément d’information.
          J’ai commencé également à écouter la rencontre avec Marie Rivière…étonnante cette actrice. Ca m’a donné envie de voir ce fameux « rayon vert ».

      • Oui En guerre ferait un grand film. Ça fait rêver. Et Jean-Bernard Marlin le réaliserait. Ce serait dingue.

  9. Mr Bégaudeau,

    Conviendez-vous qu’écrire « Histoire de ta bêtise est un acte politique ? »
    D’où ma question sur les gilets jaunes, car je pense que la politique doit se traduire également sous d’autres formes d’actions.

    J’ai beaucoup aimé le passage sur les arts (cinéma, chansons, …) et la notion de coolitude.

    Beaucoup aimé aussi la phrase « là où manque la pensée s’arrête là morale ». Est-elle de vous (pour d’éventuelles citations)? Elle me sera très utile lors de mes débats d’idées!

    J’ai une question pour le critique d’art. J’ai moi aussi beaucoup aimé « conte d’été  » que j’ai découvert il y a peu sur Arte (pour les bourgeois?). J’ai découvert les textes ciselés et chargés de sens de Rohmer. Par contre j’ai trouvé le jeu d’acteur mauvais. Je me suis demandée si c’était une volonté de Rohmer afin de mettre en exergue les textes? Si vous avez un avis sur la question, ça m’intéresse.

    • Histoire de ta bêtise est un acte d’écriture, déjà. Je dois le redire : ce qui me lance dans l’écriture d’un livre est la conviction nerveuse que j’en ai un bon sous le pied. Point. Quand je mange, je mange. Quand j’écris, j’écris. Quand je fais de la politique, je fais de la politique.
      En seconde instance, il se trouve qu’on écrit avec son tempérament, et que mon tempérament inclut un intérêt fort et durable pour la question sociale. Il est donc logique que certains de mes livres croisent cette question, de façon plus ou moins frontale. Histoire de ta bêtise est un livre où mon tempérament social prend les devants, par rapport à d’autres aspects de mon tempérament (c’était aussi le cas du roman qui l’a précédé). Ainsi, il est facilement soluble dans le débat politique, d’où sa circulation.

  10. Je ne sais pas si quelqu’un a déjà posté ici cette note de lecture d’Histoire de ta bêtise par Michel Drac.
    https://www.youtube.com/watch?v=_eb3BFkj3Dg&feature=youtu.be
    Attention Michel Drac est… Michel Drac. Vous chercherez.

    • mes nouveaux amis fascistes se sont bousculés pour me la transmettre
      ca part très bien – très précis et très juste- et puis peu à peu il perd de vue le livre
      mais bel effort intellectuel
      et j’aime bien sa bonhomie

      • J’aime beaucoup cette note de lecture. Michel Drac y explique qu’Histoire de ta bêtise relève moins du procès que de la réflexion. Rien que pour cela il mérite – je trouve – l’attention.

  11. On dit que les meilleures blagues sont les plus courtes. La votre était trop condensée pour en saisir la subtilité.

  12. Mr le Professeur,

    En défilant ce matin, m’est venue une question: avez-vous participé aux manifs des gilets jaunes ?

    Sinon, je reprendrai volontiers des nouilles…

    Bon 1er mai.

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