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Histoire de ta bêtise, préface

TA BÊTISE INTACTE

D’abord comme il se doit j’ai pensé à ma gueule. Quand en novembre les Gilets jaunes sont apparus pile au moment  où Histoire de ta bêtise venait de partir à l’imprimerie, j’ai d’abord craint pour le livre. J’ai croisé deux fois les doigts : une première fois pour que ce mouvement capote vite et ne change rien à la carte politique que le livre parcourt ; une second fois pour que, tant qu’à durer, il n’aille pas jusqu’à dégager Macron et sa garde macronienne. Pas avant le 23 janvier 2019, date de publication. Après, oui, avec plaisir, avec joie. Vers fin février. Mi-mars, allez. Le temps que le livre ait sa petite vie.
Le 15 mars l’insurrection, et d’ici là 50000 livres vendus + le prix Romain Bardet du meilleur essai.
La superstition paye. Le pouvoir a tenu bon. Macron et la bourgeoisie qu’il incarne et sert sont toujours d’actualité. Tu occupes le terrain, mieux que jamais. Tu as sauvé ce livre qui ne t’aime pas.
Mieux :  tu l’as justifié. Ton attitude devant ce mouvement lui a offert une illustration inestimable et gratuite.
Rarement, ces dernières années, t’aura-t-on vu si transparent, si lisible dans tes intentions, tes intérêts, tes affects. Les gilets t’ont révélé. Tu t’es montré tel que tu es ; tel que je te peins.
Tu as montré ta peur constitutive.
Ta passion première de conserver a depuis toujours pour corollaire ta peur. Ta peur d’être dépossédé. Et puisque tu ne consentiras jamais à te dépouiller comme Saint François ou Pauline Lamotte, tu auras peur toute ta vie.
On a vu ta peur en gros plan, on a vu ce qu’elle te fait faire. Les réflexes policiers qu’elle communique à ton petit corps fier de sa minceur en chemise. Les blindés sur les Champs-Elysées. Les yeux perdus. Les mains arrachées.
Et ta bêtise.
Ce livre qui l’affiche en titre tache d’établir la généalogie de ta bêtise, son parcours neuronal, sa chimie. Comment ça marche? Comment un cerveau bien fait comme le tien en vient très régulièrement, et plus souvent encore en période de panique, à se rétrécir ?
Au cas où elle ne me serait pas apparue antérieurement, au cas où je n’en aurais pas encore compris les tenants, tu m’as offert, ces deux derniers mois, cent occasions de compléter ma compréhension du phénomène.
Je reviens sur l’une des plus exemplaires.
Courant décembre, un thème s’invite dans le mouvement, celui du Référendum d’Initiative Citoyenne. Beau thème non? Complexe, vaste, infini comme la quête démocratique. Toi qui depuis ton ordi trouvait les Gilets Jaunes bas-de-plafond, tu devrais te réjouir qu’ils relèvent le niveau du débat public que tes fondés de pouvoir ont tant avili. Et te fournissent l’opportunité de réfléchir toi-même à la démocratie réelle, toi qui ne l’as jamais fait, toi qui t’accommodes des institutions existantes – elles ont été conçues par et pour toi.
Certes, à ce stade, je ne me fais pas d’illusion : pour la raison que justement les institutions existantes ont pour objectif ta conservation, ton hypothétique réflexion, on le sait déjà, n’ira pas loin. Tu trouveras de bonnes raisons de légitimer le statu quo, de réaffirmer que le régime actuel est le moins pire (le moins pire est ton mantra) et qu’à cet égard mieux vaut ne pas risquer de le déstabiliser. Mais du moins auras-tu eu à te creuser les méninges pour réfuter ceux qui promeuvent le RIC, à l’argumentaire bien  charpenté. Ca aura fait à ton cerveau une petite sortie conceptuelle hors de l’étroit périmètre conservateur où tu l’incarcères.
Or non.
Même pas
Même pas une ou deux heures de pensée.
Tout de suite, et comme tu le fais pour tant d’autres sujets, tu as trouvé le moyen de ne pas penser. Le moyen t’est tombé dessus, comme une providence, comme une entorse au genou la veille d’un cross de collège. Il tenait en sept lettres :  C,H,O,U,A,R,D.
Ce nom t’est venu par l’intercession de Ruffin. Avant cet épisode, tu n’avais jamais entendu parler d’Etienne Chouard, pas même en 2005 où tu te contentas de l’information dispensée par tes organes officiels, mais tu connais Ruffin, car Ruffin a une visibilité médiatique – de la gauche radicale tu ne connais que ce qui en apparait dans tes médias, c’est-à-dire à peu près rien. Dans un discours de mi-décembre, Ruffin, soutien des Gilets jaunes de la première heure, Gilet jaune avant l’heure, remercie Chouard d’avoir contribué à installer le RIC au centre des revendications, et c’est ainsi que tu découvres ce nom.
A ce stade, le scénario vertueux a encore sa chance : il t’est encore loisible de profiter de la circonstance pour rattraper ton retard, pour découvrir les ateliers constituants que Chouard organise depuis dix ans, et de te reporter à ses nombreux écrits et conférences  sur le tirage au sort, sur la démocratie représentative comme oxymore, sur la constitution qui ne doit pas être rédigée par ceux qu’elle est censée contrôler, sur le gouffre entre élire et voter, etc. Du grain à moudre. Plein d’os à ronger.
Or : non plus.
Dès l’entrée du vaste domaine embrassé par la réflexion de Chouard, une rumeur soigneusement colportée par tes pairs te dispense de t’aventurer davantage. Il paraitrait que Chouard a une ou deux fois dit qu’il ne s’interdisait pas de discuter avec Soral. Pour toi c’est une raison suffisante de ne pas l’écouter. Tu ne savais rien de Chouard, tu n’en sauras rien de plus. Rien de plus que sa notation dans ton barème moral. Quelque chose comme 2 sur 20. On ne discute pas avec Soral, point. Et toi tu ne discutes pas avec celui qui ne refuse pas catégoriquement de discuter avec Soral. Tu as des principes. Tu as du capital et des principes. Tu as les principes de ton capital.
On a reconnu les deux étapes de la fabrication de ta bêtise :
1 déport de l’attention du message vers le messager – a fortiori quand tu pressens la dangerosité pour ton ordre du message.
2 disqualification morale, et non théorique, du messager, par son association avec d’autres précédemment disqualifiés. Soral est d’extrême droite, donc Chouard qui un jour ne l’a pas condamné fermement l’est aussi un peu, donc Ruffin qui vient de saluer Chouard l’est aussi un peu, donc l’idée du RIC sent mauvais à son tour, et par extension l’instauration de consultations référendaires mènerait mécaniquement aux régressions morales que réclame le peuple reptilien et homophobe et antisémite et pour la peine de mort (ici, retwitter Victor Hugo, « souvent la foule trahit le peuple »)
Et moi qui ici mentionne Chouard et Ruffin ne serais-je pas aussi, par translation, un complice objectif de Soral? Ne serais-je pas un peu pour la peine de mort?
Non décidément tu as de bonnes raisons de ne pas t’attarder dans la réflexion sur le référendum, ou devant le site de Chouard, ou dans les pages de Fakir, ou sur la présente page. Tu vas vite retourner chez toi regarder une série en mangeant des sushis livrés.
Ne te méprends pas. Je ne suis pas ici en train de promouvoir le RIC (que par ailleurs je promeus), ni de purifier Chouard (qu’il pense puissamment me suffit), ce n’est pas de RIC ou de Chouard que je parle en l’occurrence mais de toi. De la bêtise qui est le précipité de ton tenace refus de penser. De l’impossibilité de penser à laquelle te condamne ta condition -bourgeoise.
Admettons, tiens, que Chouard ce libertaire radical soit un peu  fasciste, que Ruffin ce gauchiste radical soit un peu fasciste, que moi-même qui ne revoterai que lorsque Didier Super se présentera je sois un peu fasciste. Admettons que ton radar moral ait eu raison de capter des particules soraliennes dans les corps d’Etienne, François et François. Rions un peu et admettons. Il resterait ceci, qui seul m’intéresse en l’espèce et qui seul devrait t’alarmer : tu as encore perdu une occasion de penser. A nouveau tu t’es roulé dans la morale comme d’autres dans la farine (tu te ridiculises, tu n’as pas d’estime pour toi), et ton cerveau à nouveau a chômé.
Chimie de ta bêtise : tu possèdes, donc tu veux conserver, pour conserver tu fliques ce qui te menace, et tant que tu fliques tu ne penses pas.
On voit que ta bêtise t’est consubstantielle. Elle durera autant que tu dureras, c’est à dire longtemps, car durer est ton métier. Beaucoup d’années encore s’écouleront avant, que, disparaissant, tu frappes de péremption ce livre.

couv histoire de ta betise


650 Commentaires

  1. Cher François,

    Je me suis régalée à la lecture de votre essai; mais un élément précis à éveillé ma curiosité (toute femme que je suis ayant évidemment succombé aux efforts de séduction littéraire ravageurs de Romouchka).
    Pourquoi diable citer Gary comme un auteur bourgeois (ou qui plaît particulièrement aux bourgeois)?
    Petit pique adressée à un bourgeois de votre entourage qui se trouve être un fan de Gary? Pointe d’envie?
    Qu’y a-t-il de si bourgeois chez Gary si ce n’est son désir accompli d’ascension sociale, sur lequel il ironise à chaque coin de rue « j’ai fait carrière et je m’habille a Londres, comme promis, malgré mon horreur de la coupe anglaise. »? Ou du moins, par rapport à tant d’autres auteurs, qu’y a-t-il de si bourgeois en lui?

    • Je ne dis pas que Gary est bourgeois. L’énoncé « Gary est un auteur bourgeois » n’est pas dans le livre.
      Je dis autre chose. Je le convoque au sein d’un raisonnement sur la familiarité avec le faux dans lequel vous met la situation bourgeoise. D’où que les littéraires issus de ses rangs, et ils sont nombreux, montrent un certain dégout pour la littérature réaliste, lui préférant la fiction, les fables, voire les affabilations. En tant que grand affabulateur -ce qui nous ramènerait à l’ami Moix-, Gary s’impose alors tout naturellement comme un modèle, comme un référence. Je pensais notamment à un roman de Francois-Henri Déserable (sic) sorti il y a deux ans, qui fabulait allègrement sur les affabulations de Gary. Pour le moins on peut dire que la vérité n’est pas, chez ces gens là, une obsession -comme elle l’est pour tout un autre pan de la littérature un peu moins consacrée collectivement par la bourgeoisie (alors que Gary l’est, c’est indéniable : il est sans doute le romancier français du vingtième le plus lu dans la bourgeoisie, avec Modiano)

      • Vous ne dîtes effectivement pas que Gary ou Modiano (?) sont « des auteurs bourgeois », mais comme c’est eux que vous choississez pour incarner les choix littéraires du prototype bourgeois, un lecteur qui ne les connaît pas, et n’a en jamais entendu parler pourrait garder l’équivalence en tête.
        Par exemple, je n’ai jamais lu Modiano (ni me souvienne qu’on m’ait conseillé l’un de ses ouvrages), et sauf donc à ce que quelqu’un me fasse l’éloge de son travail dans les mois ou années à venir, je partirai d’emblée avec une opinion biaisée négativement sur ces ouvrages (non pas que votre opinion sur cet auteur soit divinisée et indiscutable, simplement que n’en ayant aucune autre, c’est celle-là qui va demeurer).
        [Et parce que j’ai clairement tant d’autres ouvrages à lire, plutôt que de m’amuser à battre en brèche mon dès-lors-préjugé à l’encontre de Modiano]

        Bref, le travail de Gary déjà utilisé à tord et à travers par des Francois-Henri Déserable (je ne connaissais pas, d’ailleurs), ou un Eric Barbier (je n’ai pas vu le film – un navet, paraît-il-, mais la simple idée de voir un film sur le livre éponyme me donnait la nausée…), n’aura rien gagné à être catalogué tel.

        C’est dommage parce qu’à bien le lire, l’on y trouve une critique sociale et humaine sans ménagement:

        « Ils avaient appris et ils enseignaient « la sagesse », cette camomille empoisonnée que l’habitude de vivre verse peu à peu dans notre gosier, avec son goût doucereux d’humilité, de renoncement et d’acceptation. Lettrés, pensifs, rêveurs, subtils, cultivés, sceptiques, bien nés, bien élevés, férus d’humanités, au fond d’eux-mêmes secrètement, ils avaient toujours su que l’humain était une tentation impossible et ils avaient donc accueilli la victoire d’Hitler comme allant de soi. À l’évidence de notre servitude biologique et métaphysique, ils avaient accepté tout naturellement de donner un prolongement politique et social. J’irai même plus loin, sans vouloir insulter personne: ils avaient raison, et cela seul eût dû suffire à les mettre en garde.Ils avaient raison, dans le sens de l’habileté, de la prudence, du refus de l’aventure, de l’épingle du jeu, dans le sens qui eût évité à Jésus de mourir sur la croix, à Van Gogh de peindre, à mon Morel [le héros des « Racines du ciel »], de défendre ses éléphants, aux Français d’être fusillés, et qui eût uni dans le même néant, en les empêchant de naître, les cathédrales et les musées, les empires et les civilisations.  »

        Enfin le choix de la fiction, du conte, voir de l’affabulation, ne suffit pas, à mon goût, à pousser quelqu’un hors du champ de la révolte; un exemple intéressant avec ce conte « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce » de Lafon 🙂

        • Je prends Gary comme un fait social, ou sociologique si l’on veut. Dire qu’il est prisé par la bourgeoisie n’en fait ni un écrivain mauvais, ni un conformiste (de même que le camusisme qui est désormais la religion officielle de nos intellectuels organiques ne fera jamais de Camus un auteur illisible). J’ai lu et assez apprécié Gary. Même s’il faudrait dire alors ce qui me met quand même toujours à distance, et je crois que c’est assez simple : c’est bavard. Ca discourt beaucoup (« j’irai même plus loin »). On parlait de littérature plus silencieuse qu’un caillou avec Beckett, eh bien Gary est, au bas mot, plus sonore qu’un éboulement.
          Bon, et puis sur la révolte, je ne vois pas qu’un type qui tient tant à devenir diplomate, le devient, et adore De Gaulle se mette vraiment du coté de la subversion sociale. Les lignes ci-dessus témoignent non d’une révolte, mais de l’éternel discours des dandys contre le conformisme, contre les pisse-froids, contre les petites vies, à quoi on opposera l’aventure, le panache, la singularité, le romanesque, le truculent. Un dandysme droitier oui, dont la littérature française a produit bien des exemples (avatar actuel : Sylvain Tesson)

          • @Francois, j’ai choisi cet extrait, parmi tant d’autres, parce qu’il s’en prend aux « subtils, aux cultivés […] bien nés, bien élevés ».

            L’admiration de Gary pour de Gaulle, qui a plus à voir à mon avis avec leur engagement pour la France Libre qu’avec une affinité politique parfaite, ne l’a pas empêché d’admirer Jean Seberg (pour un temps du moins), Camus, Malraux.
            Une des caractéristiques du bourgeois c’est tout de même de se prendre au sérieux (Tesson, non?); Gary est un maître dans l’autodérision, le torpillage de ses propres fondations, le foutage de gueule (avec son double Prix Goncourt)–
            Son bouquin « Chien Blanc » traite de l’émancipation des noirs, c’est un des premiers auteurs à parler (avec talent) de la féminité, de la liberté sexuelle, ou de l’écologie (« Les racines du Ciel »).
            Bref, 70 ans plus tard, ça paraît très consensuel tout ça mais à l’époque, je ne suis pas sûre qu’il ait été en accord avec les conservateurs de tous poils–

            @Kathia Non, mais c’est une réelle question de savoir où classer Gary à partir du moment où il a soutenu de Gaulle en mai 68-
            C’est un auteur qui m’a beaucoup marquée adolescente, inspirée, et je me suis déjà questionné sur où il se situerait politiquement- d’où ma légère irritation à le voir surgir dans l’essai de Bégaudeau, je pense 😉

          • Tu serais moins irrité si tu cessais de réduire mon propos à Gary = bourgeois. Encore une fois je ne pointe qu’une chose, à savoir l’aura de Gary dans un certain lectorat bourgeois, ainsi que parmi les jeunes écrivains bourgeois qui s’y réfèrent.
            Gary a une vie trop romanesque, et il a trop de perversions, pour etre réduit au qualificatif bourgeois.
            Cela étant posé, ce ne sont surement pas les traits que tu pointes qui l’exemptent de la bourgeoisie, et notamment celui ci : « Une des caractéristiques du bourgeois c’est tout de même de se prendre au sérieux ». Ceci est un contresens total, qui me fait douter que tu m’aies vraiment lu. Outre que je m’attache d’abord à la bourgeoisie cool, dont la marque de fabrique est de ne pas se prendre au sérieux, je pointe ailleurs que s’il y a bien quelque chose qu’on peut reconnaitre à une certaine bourgeoisie, c’est la capacité d’humour (que je lis dans le livre à sa familiarité endémique avec le faux). Je déplore même qu’un de ceux que j’ai pu croiser ait embrassé la carrière d’écrivain plutot que celle de comique dans laquelle il aurait excellé (je pensais à Beigbeder).
            Dans une certaine bourgeoisie de gout contemporaine, la légèreté est au contraire une valeur nodale, opposable à ces grognards de gauchistes qui nous plombent avec leurs discours critiques. C’est le tropisme Sagan – voir l’amour inconditionnel que lui vouent tous les jeunes bourgeois lettrés : légèreté, légèreté, ivresse, vitesse, décapotable, cheveux au vent, et allons tout perdre au casino De Deauville. Sagan idole de Beigbeder.
            A te lire j’ai l’impression que tu n’a pas remis à jour ton image de la bourgeoisie, qu’elle reste pour toi un ramassis de conservateurs coincés du cul. Tu rates donc le moment cool (et un peu mon livre)

      • L’échange est intéressant et démontre – là encore – combien les quiproquos sont fréquents à la lecture d’un pamphlet aujourd’hui (et cela alors même que l’on sait l’écrivain en capacité d’analyser la complexité). Choix risqué donc qui nécessiterait peut-être une lettre à l’attention du lecteur 🙂

        • ou d’innombrables notes de bas de page

        • Je réponds ici au commentaire mentionnant Beigbeder plus haut (faute de pouvoir ajouter un commentaire sous celui-ci).
          Non, non, je n’ai pas loupé tes assauts sur la bourgeoisie cool, mais j’ai peut être été un peu vite sur le passage Beigbeder (que je ne connais presque pas d’ailleurs. ah, désolée!) et j’avais donc retenu du bourgeois « cool » ses traits façade de tolérance, et le passage très amusant avec « le sommeil des enfants ».
          Donc le bourgeois cool pouvait tout de même se prendre au sérieux (il se prend- lui- au sérieux, pas le monde autour, à l’opposée peut être du gnognard de gauchiste d’ailleurs qui prend le réel au sérieux, mais « ironise davantage de sa petite personne »).
          Attention, il faut mettre des guillemets PARTOUT: Y’a des gauchistes qui se prennent aussi au sérieux, et des bourgeois cool qui peuvent faire un peu d’autodérision (mais j’en ai pas croisé des masses)!

          Je ne penserai pas à l’adjectif « cool » pour qualifier Gary. Il est bien trop idéaliste (ça transpire de tous ses romans).
          De même que l’Humour quoiqu’intersectant « le cool », s’en détache souvent très largement. Dieudonné et Gardin peuvent être très drôles, mais pas forcément cools.
          Bref, entendu pour l’interprétation « Gary= fait social bourgeois » 🙂
          Merci pour la discussion!

  2. Page 107 : « Moi oui. Je n’ai que ça à faire »
    J’ai ri

  3. Serge Halimi, Le monde diplo du mois de mai

    « Enfin une bonne nouvelle ! La comédie que la bourgeoisie libérale se joue depuis une trentaine d’années afin de toujours basculer du côté du parti de l’ordre tout en se racontant qu’elle a audacieusement conjuré le pire (l’extrême droite) pourrait toucher à sa fin. L’hostilité au « populisme », à la Russie, à l’extrémisme, aux fake news, etc., continuera sans doute à justifier de nouveaux votes en faveur d’Emmanuel Macron ou autre représentant du « parti libéral« .
    Mais François Bégaudeau complique la tâche de ceux qui voudront parer ce choix de l’auréole du progressisme, voire de la « résistance « . Avec une férocité réjouissante, il rappelle que la bourgeoisie libérale et diversitaire a « besoin de Trump et de tous les mufles autoritaires du mondex« , qui, selon elle, expriment la passion identitaire des classes populaires. Ce qui permet de continuer à les ignorer. Quand le système capitaliste devient indéfendable, autant parler le moins possible de politique économique, de fiscalité, de classes sociales ; et plutôt de valeurs et de tolérance. Autant détourner l’attention des intérêts qu’on sert ou dont on s’accommode, et se montrer intarissable sur sa culture et sur son ouverture. »

    • Merci pour le partage ! C’est exactement ce que fait le capitalisme : la diversion avec l’étalage de valeurs mises en spectacle. Cachez cette lutte des classes et ce désastre social et écologique que je ne saurais voir derrière une montagne de bons sentiments.

  4. Bonsoir M. Bégaudeau,
    Etant en pleine lecture de votre ouvrage, je me permets de vous apporter une légère correction en page 63 3eme ligne « tu ne m’a pas fait envie »… je vous laisse corriger et je retourne à votre écriture qui m’amuse grandement, merci.
    Frédéric

  5. Ok. Espérons qu’il ne se dissolvera pas trop !
    Merci en tout cas, Mr le Professeur, car j’ai appris pas mal de choses (sauf pour Rohmer…). J’ai quelques bons amis bobos qui le recevront en cadeau. Ça les fera réfléchir, j’espère.
    Au plaisir de vous rencontrer, un de ces jours, si vous passez dans le Sud-Ouest ou, qui sait, dans une manif dans la capitale!

    • Oui pardon j’avais oublié la question sur Rohmer.
      Est-ce que ça joue faux chez Rohmer? Je ne sais pas si c’est exactement ça. En tout cas Rohmer ne cherche pas ce que j’appellerais la justesse pure : acteurs et actrices qu’on essaierait de mener à la pure attitude qu’auraient des vrais gens dans une vraie situation. Rohmer cherche une justesse en seconde main, une justesse de second terme. La justesse première voudrait qu’on oublie l’acteur pour ne plus voir que le personnage. Rohmer au contraire, en brechtien qu’il n’est pourtant pas (ou est beaucoup plus qu’il ne le dit), veut qu’on voit l’acteur en train de jouer ; en train de se démener avec un texte. Dans la tradition Cahiers que Grand Momo initia avec d’autres, il y a justesse si l’on voit ce qu’il est vraiment en train de se passer sous l’oeil de la caméra. Ce qu’il est en train de se passer sous l’oeil de la caméra, ce n’est pas Delphine défendant son végétarisme dans Le rayon vert, mais l’actrice Marie Rivière jouant Delphine défendant le végétarisme. Le jouant plus ou moins bien selon les prises. ET c’est parce qu’il n’est pas si juste que le jeu peut se voir, peut prendre chair. Au fond il n’y a rien de plus vivant, de plus incarné, que quelqu’un qui joue un peu mal. Hier pendant quatre heures on a filmé des gens qui jouaient un peu mal, j’ai adoré. Ce un-peu-faux était totalement vrai.

      • Merci pour cet éclairage qui répond à mes interrogations.

        La surprise passée, j’avais regardé les 3 autres contes, dans la foulée! Je me suis aperçue que je prêtais une grande attention au texte. A partir du moment où on ne peut pas « s’immerger » dans le film, les textes prennent toute leur place et on peut avoir un regard plus critique. Bref, une découverte, pour moi. Du coup, j’en avais « presque » conclu que, finalement, les acteurs ne servaient à rien et qu’il aurait suffit qu’ils lisent les répliques, assis sur une chaise …Mais bon, ce serait tout de même moins vivant (j’aime bien sa façon de filmer les paysages et les acteurs/trices) et sans doute trop hermétique!

        Votre livre m’aura également permis de mieux comprendre Rohmer! Inattendu. Merci. J’attends le prochain, pas avec impatience, car je suppose qu’on pas un très bon livre « sous le pied » tous les 4 matins!

      • C’est donc pour ça que les acteurs Français jouent mal. Plus sérieusement, ce un-peu-faux devient une norme du film, on s’y habitue et on y voit du réel, sinon on tiendrait difficilement le film.
        Ce que tu décris c’est aussi le travail de Dumont avec ses acteurs, surtout dans son dernier avec les acteurs non pro et pro.

      • J’ ajoute que Le rayon vert est le plus improvisé, -le moins écrit, dans ses dialogues- parmi les films de Rohmer, ce qui peut entraîner ce long échange sur la viande (dont on se dit qu’il pourrait durer encore longtemps), et qu’en effet la rencontre acteur pro-Marie Rivière / acteurs non pro-les membres de la famille peut entraîner ce type de jeu.
        Là dessus rencontre avec Marie Rivière :
        http://www.cinematheque.fr/video/1381.html

        A ce sujet, association d’acteurs pro et non pro, j’avais trouvé « Les bureaux de Dieu » de Claire Simon vraiment intéressant.

        • Merci pour ce complément d’information.
          J’ai commencé également à écouter la rencontre avec Marie Rivière…étonnante cette actrice. Ca m’a donné envie de voir ce fameux « rayon vert ».

      • Bonjour, Très brièvement et Puisque vous semblez passionné de littérature et de cinéma, que nous lisons de moins en moins mais regardons des films, qu’Histoire de ta bêtise est difficilement adaptable autrement qu’au théâtre (a priori) et que Rohmer a démontré qu’un budget serré peut suffire à faire un film, En guerre pourrait être un beau projet d’auteur grand public, semble-t-il.

        • Oui En guerre ferait un grand film. Ça fait rêver. Et Jean-Bernard Marlin le réaliserait. Ce serait dingue.

          • Ou tout autre réalisateur que François sait en capacité de saisir ce qui se joue et de le restituer. 🙂 Mais puisque ça tarde un peu, un simple lancement d’appel à réalisation devrait pallier cette difficulté à tout lire que nous rencontrons tous, réalisateurs compris, j’imagine.

  6. Mr Bégaudeau,

    Conviendez-vous qu’écrire « Histoire de ta bêtise est un acte politique ? »
    D’où ma question sur les gilets jaunes, car je pense que la politique doit se traduire également sous d’autres formes d’actions.

    J’ai beaucoup aimé le passage sur les arts (cinéma, chansons, …) et la notion de coolitude.

    Beaucoup aimé aussi la phrase « là où manque la pensée s’arrête là morale ». Est-elle de vous (pour d’éventuelles citations)? Elle me sera très utile lors de mes débats d’idées!

    J’ai une question pour le critique d’art. J’ai moi aussi beaucoup aimé « conte d’été  » que j’ai découvert il y a peu sur Arte (pour les bourgeois?). J’ai découvert les textes ciselés et chargés de sens de Rohmer. Par contre j’ai trouvé le jeu d’acteur mauvais. Je me suis demandée si c’était une volonté de Rohmer afin de mettre en exergue les textes? Si vous avez un avis sur la question, ça m’intéresse.

    • Histoire de ta bêtise est un acte d’écriture, déjà. Je dois le redire : ce qui me lance dans l’écriture d’un livre est la conviction nerveuse que j’en ai un bon sous le pied. Point. Quand je mange, je mange. Quand j’écris, j’écris. Quand je fais de la politique, je fais de la politique.
      En seconde instance, il se trouve qu’on écrit avec son tempérament, et que mon tempérament inclut un intérêt fort et durable pour la question sociale. Il est donc logique que certains de mes livres croisent cette question, de façon plus ou moins frontale. Histoire de ta bêtise est un livre où mon tempérament social prend les devants, par rapport à d’autres aspects de mon tempérament (c’était aussi le cas du roman qui l’a précédé). Ainsi, il est facilement soluble dans le débat politique, d’où sa circulation.

  7. Je ne sais pas si quelqu’un a déjà posté ici cette note de lecture d’Histoire de ta bêtise par Michel Drac.
    https://www.youtube.com/watch?v=_eb3BFkj3Dg&feature=youtu.be
    Attention Michel Drac est… Michel Drac. Vous chercherez.

    • mes nouveaux amis fascistes se sont bousculés pour me la transmettre
      ca part très bien – très précis et très juste- et puis peu à peu il perd de vue le livre
      mais bel effort intellectuel
      et j’aime bien sa bonhomie

      • J’aime beaucoup cette note de lecture. Michel Drac y explique qu’Histoire de ta bêtise relève moins du procès que de la réflexion. Rien que pour cela il mérite – je trouve – l’attention.

  8. On dit que les meilleures blagues sont les plus courtes. La votre était trop condensée pour en saisir la subtilité.

  9. Mr le Professeur,

    En défilant ce matin, m’est venue une question: avez-vous participé aux manifs des gilets jaunes ?

    Sinon, je reprendrai volontiers des nouilles…

    Bon 1er mai.

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