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Histoire de ta bêtise, préface

TA BÊTISE INTACTE

D’abord comme il se doit j’ai pensé à ma gueule. Quand en novembre les Gilets jaunes sont apparus pile au moment  où Histoire de ta bêtise venait de partir à l’imprimerie, j’ai d’abord craint pour le livre. J’ai croisé deux fois les doigts : une première fois pour que ce mouvement capote vite et ne change rien à la carte politique que le livre parcourt ; une second fois pour que, tant qu’à durer, il n’aille pas jusqu’à dégager Macron et sa garde macronienne. Pas avant le 23 janvier 2019, date de publication. Après, oui, avec plaisir, avec joie. Vers fin février. Mi-mars, allez. Le temps que le livre ait sa petite vie.
Le 15 mars l’insurrection, et d’ici là 50000 livres vendus + le prix Romain Bardet du meilleur essai.
La superstition paye. Le pouvoir a tenu bon. Macron et la bourgeoisie qu’il incarne et sert sont toujours d’actualité. Tu occupes le terrain, mieux que jamais. Tu as sauvé ce livre qui ne t’aime pas.
Mieux :  tu l’as justifié. Ton attitude devant ce mouvement lui a offert une illustration inestimable et gratuite.
Rarement, ces dernières années, t’aura-t-on vu si transparent, si lisible dans tes intentions, tes intérêts, tes affects. Les gilets t’ont révélé. Tu t’es montré tel que tu es ; tel que je te peins.
Tu as montré ta peur constitutive.
Ta passion première de conserver a depuis toujours pour corollaire ta peur. Ta peur d’être dépossédé. Et puisque tu ne consentiras jamais à te dépouiller comme Saint François ou Pauline Lamotte, tu auras peur toute ta vie.
On a vu ta peur en gros plan, on a vu ce qu’elle te fait faire. Les réflexes policiers qu’elle communique à ton petit corps fier de sa minceur en chemise. Les blindés sur les Champs-Elysées. Les yeux perdus. Les mains arrachées.
Et ta bêtise.
Ce livre qui l’affiche en titre tache d’établir la généalogie de ta bêtise, son parcours neuronal, sa chimie. Comment ça marche? Comment un cerveau bien fait comme le tien en vient très régulièrement, et plus souvent encore en période de panique, à se rétrécir ?
Au cas où elle ne me serait pas apparue antérieurement, au cas où je n’en aurais pas encore compris les tenants, tu m’as offert, ces deux derniers mois, cent occasions de compléter ma compréhension du phénomène.
Je reviens sur l’une des plus exemplaires.
Courant décembre, un thème s’invite dans le mouvement, celui du Référendum d’Initiative Citoyenne. Beau thème non? Complexe, vaste, infini comme la quête démocratique. Toi qui depuis ton ordi trouvait les Gilets Jaunes bas-de-plafond, tu devrais te réjouir qu’ils relèvent le niveau du débat public que tes fondés de pouvoir ont tant avili. Et te fournissent l’opportunité de réfléchir toi-même à la démocratie réelle, toi qui ne l’as jamais fait, toi qui t’accommodes des institutions existantes – elles ont été conçues par et pour toi.
Certes, à ce stade, je ne me fais pas d’illusion : pour la raison que justement les institutions existantes ont pour objectif ta conservation, ton hypothétique réflexion, on le sait déjà, n’ira pas loin. Tu trouveras de bonnes raisons de légitimer le statu quo, de réaffirmer que le régime actuel est le moins pire (le moins pire est ton mantra) et qu’à cet égard mieux vaut ne pas risquer de le déstabiliser. Mais du moins auras-tu eu à te creuser les méninges pour réfuter ceux qui promeuvent le RIC, à l’argumentaire bien  charpenté. Ca aura fait à ton cerveau une petite sortie conceptuelle hors de l’étroit périmètre conservateur où tu l’incarcères.
Or non.
Même pas
Même pas une ou deux heures de pensée.
Tout de suite, et comme tu le fais pour tant d’autres sujets, tu as trouvé le moyen de ne pas penser. Le moyen t’est tombé dessus, comme une providence, comme une entorse au genou la veille d’un cross de collège. Il tenait en sept lettres :  C,H,O,U,A,R,D.
Ce nom t’est venu par l’intercession de Ruffin. Avant cet épisode, tu n’avais jamais entendu parler d’Etienne Chouard, pas même en 2005 où tu te contentas de l’information dispensée par tes organes officiels, mais tu connais Ruffin, car Ruffin a une visibilité médiatique – de la gauche radicale tu ne connais que ce qui en apparait dans tes médias, c’est-à-dire à peu près rien. Dans un discours de mi-décembre, Ruffin, soutien des Gilets jaunes de la première heure, Gilet jaune avant l’heure, remercie Chouard d’avoir contribué à installer le RIC au centre des revendications, et c’est ainsi que tu découvres ce nom.
A ce stade, le scénario vertueux a encore sa chance : il t’est encore loisible de profiter de la circonstance pour rattraper ton retard, pour découvrir les ateliers constituants que Chouard organise depuis dix ans, et de te reporter à ses nombreux écrits et conférences  sur le tirage au sort, sur la démocratie représentative comme oxymore, sur la constitution qui ne doit pas être rédigée par ceux qu’elle est censée contrôler, sur le gouffre entre élire et voter, etc. Du grain à moudre. Plein d’os à ronger.
Or : non plus.
Dès l’entrée du vaste domaine embrassé par la réflexion de Chouard, une rumeur soigneusement colportée par tes pairs te dispense de t’aventurer davantage. Il paraitrait que Chouard a une ou deux fois dit qu’il ne s’interdisait pas de discuter avec Soral. Pour toi c’est une raison suffisante de ne pas l’écouter. Tu ne savais rien de Chouard, tu n’en sauras rien de plus. Rien de plus que sa notation dans ton barème moral. Quelque chose comme 2 sur 20. On ne discute pas avec Soral, point. Et toi tu ne discutes pas avec celui qui ne refuse pas catégoriquement de discuter avec Soral. Tu as des principes. Tu as du capital et des principes. Tu as les principes de ton capital.
On a reconnu les deux étapes de la fabrication de ta bêtise :
1 déport de l’attention du message vers le messager – a fortiori quand tu pressens la dangerosité pour ton ordre du message.
2 disqualification morale, et non théorique, du messager, par son association avec d’autres précédemment disqualifiés. Soral est d’extrême droite, donc Chouard qui un jour ne l’a pas condamné fermement l’est aussi un peu, donc Ruffin qui vient de saluer Chouard l’est aussi un peu, donc l’idée du RIC sent mauvais à son tour, et par extension l’instauration de consultations référendaires mènerait mécaniquement aux régressions morales que réclame le peuple reptilien et homophobe et antisémite et pour la peine de mort (ici, retwitter Victor Hugo, « souvent la foule trahit le peuple »)
Et moi qui ici mentionne Chouard et Ruffin ne serais-je pas aussi, par translation, un complice objectif de Soral? Ne serais-je pas un peu pour la peine de mort?
Non décidément tu as de bonnes raisons de ne pas t’attarder dans la réflexion sur le référendum, ou devant le site de Chouard, ou dans les pages de Fakir, ou sur la présente page. Tu vas vite retourner chez toi regarder une série en mangeant des sushis livrés.
Ne te méprends pas. Je ne suis pas ici en train de promouvoir le RIC (que par ailleurs je promeus), ni de purifier Chouard (qu’il pense puissamment me suffit), ce n’est pas de RIC ou de Chouard que je parle en l’occurrence mais de toi. De la bêtise qui est le précipité de ton tenace refus de penser. De l’impossibilité de penser à laquelle te condamne ta condition -bourgeoise.
Admettons, tiens, que Chouard ce libertaire radical soit un peu  fasciste, que Ruffin ce gauchiste radical soit un peu fasciste, que moi-même qui ne revoterai que lorsque Didier Super se présentera je sois un peu fasciste. Admettons que ton radar moral ait eu raison de capter des particules soraliennes dans les corps d’Etienne, François et François. Rions un peu et admettons. Il resterait ceci, qui seul m’intéresse en l’espèce et qui seul devrait t’alarmer : tu as encore perdu une occasion de penser. A nouveau tu t’es roulé dans la morale comme d’autres dans la farine (tu te ridiculises, tu n’as pas d’estime pour toi), et ton cerveau à nouveau a chômé.
Chimie de ta bêtise : tu possèdes, donc tu veux conserver, pour conserver tu fliques ce qui te menace, et tant que tu fliques tu ne penses pas.
On voit que ta bêtise t’est consubstantielle. Elle durera autant que tu dureras, c’est à dire longtemps, car durer est ton métier. Beaucoup d’années encore s’écouleront avant, que, disparaissant, tu frappes de péremption ce livre.

couv histoire de ta betise


757 Commentaires

  1. Cet essai peut effectivement inviter à « te prendre dans nos bras » de gens de gauche lorsque lu et mis en espace par Valérie Grail et Christophe Brault
    (Théâtre du Rond-Point, Paris – Festival « Réparer le monde – Nos disques sont rayés #4 »). Je reconnais.
    Le lien : https://www.youtube.com/watch?v=FGdebSPBj3w

  2. Un dernier post pour reconnaître que cette expérience d’échange aura été enrichissante pour moi et t’en remercier donc. Par contre n’étant ni groupie ni sainte (pour rappel, on tend vers), je te souhaite bonne chance.

  3. Pour finir sur ce refus tout logique de ne pas faire barrage, il prouve simplement les limites de l’intellectuel. Car c’est bien par devoir envers les minorités que je m’y oblige (Les anar compris soit dit en passant).

  4. .. / Souvent pendant la campagne je t’ai trouvé bête. Je t’écoutais, et je pensais: comme c’est béte. Le penser n’ètait pas très correct de ma part. Pas très courtois et passablement hautain. Mais peut-on jamais réfréner une pensée? Dépréciative ou non, une pensée me traverse comme un courant d’air. D’elle je suis aussi innocent que toi de tes mots, qui par ta bouche ne font que passer. Tu n’en es pas l’auteur. Tu es parlé, tu es pensé. À travers toi parle et pense une condition, une position sociale, une situation, dont il faudrait raconter l’histoire.
    Il faudra travailler à une généalogie de ta bêtise.
    Ce travail t’exonèrera. Si tu es parlé par ta condition, par ta position, tu n’y es pour rien. Je ne viens pas te juger mais te nommer. Te prendre dans mes phrases et peut-être, à la fin, dans mes bras. /… – – p.7, HDTB, Pauvert, 2019, François Bégaudeau –

    Des lignes introductives un peu comme un programme, une feuille de route, où l’auteur informe l’objet de sa réflexion qu’il l’éxonère, d’emblée et de suite, tout comme lui même, de toute malveillance dans l’analyse à laquelle il s’attèle. Une fois de plus, l’auteur ne juge pas de haut, l’objet de son analyse, mais embarque avec lui dans la même galère, celle de la détermination sociale pour tous, celle du libre-arbitre remis en perspective, celle de l’excuse sociologique, comme dirait l’autre que ça n’arrange pas.

    Un essai annoncé, de base, comme produit à hauteur de son objet.

    • où on retombe sur l’idée d’un travail de généalogie, ici, de la bêtise du bourgeois, en situation

      • j’aime beaucoup l’interligne ´ observons moi’

        • Bonsoir BS
          Il faut que tu explicites alors en  » quoi?
          tu reprends le rôle de Catherine Hiegel dans Le lien ou quoi?
          :- ) » Personnellement, je ne saisis pas.

          • cru lire de la taquinerie mélangée à de la tendresse dans les posts qui se ratent ici mais tiennent le fil,

            j’aime beaucoup le texte de base de François, Le foie, c’est une hypothèse tendre que je forlmule

            ce qui n’empêche pas que je puisse me tromper

            (je reprends le vieux FSF emprunté à un copain)

          • Bonjour BS,
            Engagée, j’ai rencontré bien des profils de gauche en 25 ans et t’avoue avoir été très gênée parce mépris du bourgeois. J’ignorai que ca existait encore d’autant chez un écrivain brillant.
            Oui, les posts échangés dernièrement disent cette déception. Humilier le lecteur me choque parce que violent, stérile et requiert un gros travail de la part du lecteur qu’il aurait pu éviter.
            Bon, ceci dit et comme je le disais précédemment, ca reste de la littérature et un bon texte qui plait à l’intellectuel et aux lecteurs de gauche, son lectorat. Ni plus ni moins.
            Te souhaitant une excellente semaine,

          • Chère Sophya : soit tu consens enfin à citer des passages qui illustrent tes allégations dégueulasses et transfugiennes sur ce livre (humilier, violence, mépris, cri, haine), soit tu cesses ces allégations.
            Je te propose la solution 2 : que tu cesses de parler de ce livre que ta centre-gauchitude viscérale ne supporte pas.

          • c pour cela que j’ai pris le temps de faire miennes – nôtres? – les premières lignes de l’auteur (en haut des posts, le 25, annotées par 7 lignes à moi que j’espérais impulsion d’un pas de côté, pas de côté pour embrasser cet essai que je trouve écrit à hauteur de son objet, perso.
            bonne semaine aussi, bons mois d’hiver, à bientôt, peut-être devant son Autonomes?

          • Bon, pas sure de récupérer le rôle de Danède du coup,

        • En réponse à ton dernier post, oui, je tenterai de voir Autonomes. On y passe même par un monastère. Très étonnée

    • oui, l’énoncé est celui-là. Après, en terme de réception, jamais vu un bourgeois reconnaitre sa bêtise lorsqu’elle est qualifiée telle dès les présentations. Sourire. Très sûr de son fait, immanquablement, il se braque, il peste, il referme. Donc rdv manqué. Ceci dit, là n’est visé que le bourgeois macroniste. Ca a peu d’incidence. Personnellement, et pour reprendre mes premières impressions, si j’avais eu à traiter de ce PROBLEME général, je serais davantage allée sur le boutiquier car il a contaminé les imaginaires du pauvre aussi.

      • Le livre n’a aucunement pour but de convaincre ou rallier le bourgeois.

        • Aucune importance. Très tendance d’écrire pour ceux qui savent déjà tout ce que tu dis. Quant à ma remarque sur les voyages, là encore, tu ne retiens que l’anecdotique, le tour opérateur.

          • sérieux, Sophya, s’passe quoi?
            tu reprends le rôle de Catherine Hiegel dans Le lien ou quoi?
            :- )

        • Cher François,
          En réponse à ton dernier post : « soit tu consens enfin à citer des passages qui illustrent tes allégations dégueulasses et transfugiennes sur ce livre (humilier, violence, mépris, cri, haine), soit tu cesses ces allégations.
          Je te propose la solution 2 : que tu cesses de parler de ce livre que ta centre-gauchitude viscérale ne supporte pas. »
          je ne répondrai pas stricto sensu à ta demande parce que je n’aime pas les règles imposées et rappelle que je n’ai pas qualifié cet essai de haineux. Ceci dit, et psq quelques passages y suffisent, je citerai simplement et au hasard : « tu aimes la fable » plutôt que « ta représentation est une erreur » ou encore « pitoyable enfantillage » plutôt que « raisonnement biaisé », par exemple.
          Oui, tu cries sur ce mauvais élève. Infantilise par ces tournures.
          Une bourdieusienne non violente

          • « Tu aimes la fable » dénote donc un style violent. Je l’apprends.
            Par ailleurs crois-tu vraiment que des prélèvements aussi courts disent quoi que ce soit. On ne juge de l’éventuelle violence de « pitoyables enfantillages » (houla quelle brutalité, bernanos n’a qu’à aller se coucher) qu’en spécifiant quels gestes sont ainsi commentés. Mettons par exemple que je parle alors de la boucherie de 14-18, et que j’appelle ça de « pitoyables enfantillages ». Alors on trouverait que je pratique l’euphémisme.
            Tes prélèvements ne disent rien, ne valent rien. Ce qui ne t’empêche pas de reconduire tes saloperies -quand cessera donc cette haine?

        • François,
          En réponse à ton dernier post « « Tu aimes la fable » dénote donc un style violent. Je l’apprends.
          Par ailleurs crois-tu vraiment que des prélèvements aussi courts disent quoi que ce soit. On ne juge de l’éventuelle violence de « pitoyables enfantillages » (houla quelle brutalité, bernanos n’a qu’à aller se coucher) qu’en spécifiant quels gestes sont ainsi commentés. Mettons par exemple que je parle alors de la boucherie de 14-18, et que j’appelle ça de « pitoyables enfantillages ». Alors on trouverait que je pratique l’euphémisme.
          Tes prélèvements ne disent rien, ne valent rien. Ce qui ne t’empêche pas de reconduire tes saloperies -quand cessera donc cette haine? »
          Je n’ai aucune haine, je te parle simplement d’un ton méprisant qui me semble inutile et stérile. J’ai attendu longtemps avant de lire ton livre, en ai lu d’autres entretemps et te disais ici simplement ma déception. La prochaine fois, je veillerai à aborder mes impressions avec bien avantage de précaution. Voilà ce que j’en retiens. Passe une très bonne semaine,

  5. Comme convenu, je reviens sur le passage qui évoque l’injonction à la responsabilité au deuxième tour ou le biais de parentalité (p 55, éd poche), tu leurs rappelles et opposes t’être toujours clairement positionné contre cette maladie qu’est le néolibéralisme et ses avatars (soit un système d’exclusion assumée à l’extrème droite : racisme, sexisme, antisémitisme, …). Donc pas responsable de l’état de la situation et donc pas plus concerné. C’est votre monde. C’est logique. Rien à foutre.
    Ca se comprend. Ceci dit, puisque l’essai même démontre la bêtise crasse d’un vote de boutiquier-(ego)centriste, pourquoi alors ne pas reconnaître pleinement cette faiblesse actuelle et ne pas leurs accorder le délai nécessaire à une réflexion plus aboutie en s’associant à cet appel à voter contre … tout en rappelant et démontrant qu’ils en sont la cause. Et rappeler entre autres que servir l’intérêt général (entendre un système qui s’accommode très bien d’effets collatéraux jugés incompressibles : 9 millions d’exclus ici, le (quart) monde ailleurs) et non le bien commun produit CA.
    Parce que même si nous sommes (réellement) de gauche, pas difficile de reconnaître que je préfère lutter dans un contexte néolibéral que pétiniste. Pour mes enfants, déjà (et dans l’hypothèse où la question se poserait pour moi). Non ?

    • ce motif de la non-parentalité apparaît plusieurs fois dans le cheminement d’HDTB, oui (en 63 par ex. aussi) mise en lien avec une irresponsabilité (légéreté?) de pensée politique où l’auteur, sans enfants donc, ne serait aucunement concerné par les conséquences de ces (non-)actes, son refus de participer aux élections par exemple (argument de son interlocuteur bourgeois, à qui le systéme du vote convient puisque ça ne change jamais rien pour lui)

      • et, p.60, comment le père de famille compose avec la société, dont il s’arrange, responsable, pour sauver la mise, limiter les risques, progéniture oblige.

    • ce n’est pas ce que je demandais
      je demandais des citations où ça crie
      je ne les aurai pas
      l’accusation demeurera arbitraire

      mais nous vérifions ici une règle déjà formulée : les questions de forme sont toujours aussi et en vrai des questions de fond
      ainsi ton illégitime réticence de forme (les cris) est en fait une réticence de fond : c’est la réticence d’une soc-dém à un livre marxiste
      et la réticence de quelqu’un qui fonde sa défense de l’existant sur le raisonnement du « moins pire » déconstruit dans ce livre
      ce livre te semble brutale, non parce qu’il l’est, mais parce qu’il brutalise ta pensée

      • Pas du tout. J’ai tj été en marge et, en cela, ne suis pas moins congruente que toi. Par contre, je ne suis pas méprisante quand je leurs parle. J’espère toujours en cette occasion pour faire bouger les lignes.
        Autrement, j’ai particulièrement aimé :
        « qui suis je ? » qui aborde comme il se doit le d’où je parle et comment je m’y prends pour ne pas en être. Ceci dit, je reste très étonnée qu’un anar ne se fasse pas le relai d’une conso qui réoriente ce pouvoir d’achat sur des organisations de l’ESS et le seconde main. C’est déjà mieux et impacte immédiatement. (Un détail : déconseille la Vie claire. Les fruits et L ne sont pas en circuit court et pas frais. Donc pas de vitamines donc moins de carburant)
        « tu appelles équité ce pastiche d’égalité » Important de rappeler ce « numerus clausus officieux ». Ceci dit les stat suffisent à démontrer qu’on se moque du monde (à tel point que je me demande comment font les profs pour supporter d’être leurs petites mains in fine)
        Sur la haine du centre droit, l’image du coulis de framboise qui enrobe la violence sociale est bien vue. Sourire Pas sûre qu’il te lise pour comprendre, se considérant comme tout sauf bête. Je me répète.
        Idem pour la comparaison de la bourgeoisie à une névrose. Dommage ! Alors qu’il s’agit bien d’une absence totale de culture gé en sciences sociales et sociologie, plus particulièrement, comme tu le rappelles très justement et entre autres points abordés à raison.
        Bref, très bon essai et guide pour commencer à penser responsable. J’espère donc que quelques médias s’en empareront encore à l’avenir pour présenter ce travail excellent mais contempteur, forcément.
        Très bon dimanche,

      • PS : Contrairement à toi, je ne rejoins pas Becket (sauf erreur) le voyage est une chance mais pour ça, il faut partir seul et hors circuit des tours opérateurs.

        • d’accord, je vais faire ça
          me passer des tour opérateurs
          que de bons conseils aujourd’hui

  6. Bonjour François,
    Ayant moi même fait le choix de ne pas avoir d’enfant (pour des raisons écolo et solidaires (trop d’enfants sans le nécessaire, autant donner là où le besoin existe déjà et n’est pas couvert. Grosso modo) et puisque tu évoques ce choix dans ce livre, penses tu que nous pouvons bien penser le monde sans tenir compte des choix induits par la parentalité (majoritaire) ? N’est ce pas simplement une contrainte supplémentaire à prendre en compte (sachant qu’elle oblige à une souplesse mais pas à renoncer à défendre son modèle de société in fine) ? Autrement dit, pouvons nous bien penser le monde sans tenir compte de ces responsabilités là ?

    • oh benh Sophya, bonsoir, je t’attendais plus

      j’ai commencé le Tendre est la nuit de F.Scott Fitzgerald, une édition de 1985, Pierre Belfond, aux pages nicotinées, je galère pas mal des yeux mais voilà, quoi

      T’en es où alors du HDTB de notre hôte?
      pourquoi parles-tu parentalité, dis?

      • Jamais lu de FSF. Pour HDTB, j’évoque la parentalité car elle est évoqué comme un biais possible. Mais je dois reprendre le passage pour aborder davantage cette question. Viens de finir l’essai pour avoir les premières impressions. Les notes arriveront ce week-end. Histoire de me faire allumer un peu plus par François Sourire

  7. Sur les premières impressions après avoir lu +- 50 pages, super agressif l’intro ! Le rejet massif m’étonne moins lors de sa sortie. Ensuite, le ton me convient davantage bien qu’il me semble que tu ne tiennes pas ta promesse, François « te prendre dans mes phrases (…) et peut être, à la fin, dans mes bras ». Du moins pas dans le 1er quart de l’essai. Car il s’agit bien d’une guerre déclarée à la bêtise, la tiédeur. Le système pour lequel vous votez suit une politique d’exclusion. Et puisque vous n’en êtes pas, vous votez comme des c… Très juste mais dit autrement, on avait une chance de conscientiser. Ceci dit, je respecte ce choix et poursuis donc ma lecture.

    • « « Je nour­ris une haine vis­cé­rale, pro­fonde, irré­duc­tible, contre la bour­geoi­sie, contre sa suf­fi­sance, sa vul­ga­ri­té ; une haine mythique, ou, si vous pré­fé­rez, reli­gieuse. » Pasolini
      si je suis « super agressif », ca c’est quoi?

      par ailleurs il n’y a pas eu rejet massif, mais haine de la part des gens visés
      je te les présenterai, puisque votre diagnostic sur ce livre est commun

      • mais encore :
        ‘« Le bour­geois — disons-le par un mot d’esprit — est un vam­pire, qui n’est pas en paix tant qu’il n’a pas mor­du le cou de sa vic­time pour le pur plai­sir, natu­rel et fami­lier, de la voir deve­nir pâle, triste, laide, sans vie, tor­due, cor­rom­pue, inquiète, culpa­bi­li­sée, cal­cu­la­trice, agres­sive, ter­ro­ri­sante, comme lui. […] Le moment est donc venu de recon­naître qu’il n’est pas suf­fi­sant de consi­dé­rer la bour­geoi­sie comme une classe sociale, mais comme une mala­die ; désor­mais, la consi­dé­rer comme une classe sociale est même idéo­lo­gi­que­ment et poli­ti­que­ment une erreur (et cela même à tra­vers les ins­tru­ments du mar­xisme-léni­nisme le plus pur et le plus intel­li­gent). De fait, l’histoire de la bour­geoi­sie — au tra­vers d’une civi­li­sa­tion tech­no­lo­gique, que ni Marx ni Lénine ne pou­vaient pré­voir — s’apprête aujourd’hui, concrè­te­ment, à coïn­ci­der avec la tota­li­té de l’histoire mon­diale. »
        Pasolini

        • Je retiens la comparaison et rappelle que cette pensée de boutiquier (pour reprendre ton expression) a contaminée la majorité de l’humanité. Autrement, le changement aurait commencer au « Sud » et dans l’ex US. Il faut donc communiquer.
          Or une introduction qui débute par « Souvent pendant la campagne je t’ai trouvé bête . Je t’écoutais et je pensais : comme c’est bête. Le penser n’était pas très correct de ma part. Pas très courtois et passablement humain. Mais peut-on jamais refréner une pensée ? » cible un lectorat soit maso soit intellectuel soit biberonné à la lutte des classes. Autrement dit, les maso/boutiquier-pensés-par-une-condition vont te détester, les intellectuels trouveront l’essai intéressant et les biberonnés seront emballés.
          Résultat : un excellent essai, intelligent, brillant qui humilie celui qui n’a pas appris à penser alors que tu disposais de tous les outils pour l’aider à s’émanciper. Mais ca c’est dans un monde idéal, aussi.
          Ceci dit, ta virtuosité reste un plaisir à lire.

      • Oui mais c’était une autre époque, Pasolini (qui fait partie de mes réf), non ?
        Aujourd’hui, la forme est une condition première chez ce lecteur comme tu l’analyses très bien dans cet essai. (inutile de m’en mettre une en conclusion. Je les connais et ils sont la cause de mes maux, également. Puisqu’il faut le préciser)

        • Pardon mais cette hypothèse est nulle et non avenue. je ne vois aps en quoi la forme était moins une « condition première » en 1974.
          On eut donc légitimement restituer HDB dans l’histoire de la littérature anti-bourgeoise, et observer que son ton est bien doux en comparaison d’éminentes plumes (Flaubert Rimbaud Bloy Bernanos Pasolini et tant d’autres qui n’y sont pas allés de main morte)
          Pasolini m’aurait trouvé bien mou dans l’attaque, et encore bien trop précautionneux.

          • Oui mais aujourd’hui, Monsieur, on CO MMU NIQUE Sourire
            PS : Tous ces écrivains pouvaient être comme ça parce qu’il y avait encore assez de personnes à qui on-ne-la-fait-pas et qui votaient à gauche. Aujourd’hui, la France insoumise est majoritairement classée extrême gauche (alors que je n’ai lu nulle part qu’ils sont contre la propriété privée et une égalité éco stricte mais pour une orga PS, tout simplement) sans que ce qualificatif ne soit débattu ! Quelques coups de gueule de JLM et les voilà mis hors course. Nous sommes devenus des petits êtres émotionnels et ca ne changera pas en leurs criant dessus, François.

          • Pour la paix de notre ménage, on va au préalable décider d’éviter de finir des posts par virgule François.
            Cette règle anti-crime étant posée, laisse moi te dire que je ne comprends rien à ce que tu écris.
            On va donc reprendre les choses par le concret : cite un passage de HDB qui « crie ». Un passage où je « leur crie dessus ».
            Reporte le ici et nous verrons ensemble
            En attendant je réitère ma remarque : si HDB crie, quel verbe pour Pasolini? Hurler?

          • En réponse au dernier post : « pour la paix de notre ménage » Je n’entends bien sûr pas crier au sens premier mais bien plutôt à celui de « Forcer sa voix, parler très fort sous l’effet de l’énervement, de la colère : Discutez sans crier ! Crier à l’injustice. » Et donc crier l’injustice d’une situation qui n’a que trop duré. Oui, l’essai crie, hausse la voix et à raison. Mais son cri, donc, ne sera compris que par les convaincus. Pour les autres, tous les autres, ils sont nombreux, il sera inaudible. Mon erreur est probablement ici de croire encore que les livres peuvent changer le monde. Cet essai est brillant mais n’envisage pas une conversion possible. C’est dommage. Personnellement, je passe ma vie à m’efforcer de déconstruire ces représentations à l’échelle individuelle et je vois chacun commencer à douter, à se questionner et j’aime ca. Parce que ca me conforte à penser que ca commence par là. PS L’impression de scène de ménage vient certainement de ce que je le dise. Pourtant il ne s’agit que d’un souci de transparence. Et désolée si la construction de ma dernière phrase t’a déplu. Ce n’est qu’une maladresse. Je ne suis pas littéraire, pour rappel et s’il est nécessaire de le préciser. Sourire

          • Ok, aucun passage cité, merci.

          • Bonjour François,
            En réponse à « Ok, aucun passage cité, merci. »
            Je n’ai abordé ici que l’impression à première lecture mais prendrai le temps des citations dès que j’aurais un moment.
            Bonne journée !

          • puisque ce livre crie à toutes les pages sa haine son fiel sa violence, ça doit pas etre dur de trouver des citations de ce genre

          • En réponse à ton dernier post « puisque ce livre crie à toutes les pages sa haine son fiel sa violence, ça doit pas etre dur de trouver des citations de ce genre »
            Ca m’obligera à faire le point sur cette première impression, en effet (et ai l’intuition que ca vient de ce que je suis bourdieusienne et non violente et non marxiste). Ceci dit, je n’ai jamais dit que ton essai était haineux mais belliqueux.

          • bourdieusienne et non-violente?
            tu as déjà écouté Bourdieu en conf?
            tu l’as lu?

          • En réponse au dernier post « bourdieusienne et non-violente?
            tu as déjà écouté Bourdieu en conf?
            tu l’as lu? »
            Oui, la sociologie est un sport de combat. Associée à la non violence (peu relayée en France), ca donne moi, entre autres personnes de terrain.

          • ah ok, t’en es là
            benh, good luck alors

          • PS / dernier : je regrette ton refus de répondre à mes posts sur le devoir de faire barrage et où je te disais que bien qu’étant vraiment de gauche (niveau master 2 en ESS, RSA par refus de faire n’importe quoi, locataire, pas un euro en banque sont de bons indicateurs de mon engagement sans faille), je préfère un contexte néolibéral au pétinisme, quand je n’ai pas le choix (je ne votais pas avant cette première qu’était Chirac/Lepen).

          • D’une part la réponse est dans le livre, si tu n’es pas d’accord libre à toi, fais barrage à l’envi et élis Macron en 2022. Pour ce qui me concerne les élections ne m’intéressent pas.
            D’autre part je ne suis pas disposé à discuter avec quelqu’un qui balance des allégations de merde et n’est pas foutu de les argumenter en citant le texte incriminé.

          • En réponse à « D’une part la réponse est dans le livre, si tu n’es pas d’accord libre à toi, fais barrage à l’envi et élis Macron en 2022. Pour ce qui me concerne les élections ne m’intéressent pas.
            D’autre part je ne suis pas disposé à discuter avec quelqu’un qui balance des allégations de merde et n’est pas foutu de les argumenter en citant le texte incriminé. »
            Il est effectivement exclu que je me plie à cette contrainte. J’ai lu le livre et n’y reviendrai pas. J’ai donné mon avis en toute transparence.
            Ca me semble suffisant et tes termes excessifs. Aucun intére^t aujourd’hui.

  8. Merci de cette info, Zyrma. Il me semblait que ca prenait plus longtemps pour passer en poche, tout de même. C’est donc un an aujourd’hui.

  9. Bonjour François,
    Indicateur de l’efficacité des grèves actu : 11 jours pour que le livre arrive ici (à 1h30 de train de Paris). Bref, il vient d’arriver et en version poche. Etonnant, non (sachant que le livre est sorti en septembre dernier sauf erreur) ?

    • janvier dernier
      le poche vient juste de sortir (donc je pense que le délai ne vient pas de la grève)

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