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N’importe qui, documentaire

N’importe qui est un documentaire, tourné en Mayenne  à l’automne 2015. Il parle d’un peu tout et n’importe quoi.
On y voit un âne, deux brebis. On y voit plein de chèvres, parmi lesquelles François, qu’à Laval on connait sous le nom de « Le dégarni ». François va, de maison en maison, questionner les gens sur la démocratie. Des dialogues se nouent, parfois se dénouent.
On se demande encore.

Affiche N importe qui 2017

Le film a une sortie officielle : le 22 mars.
Il sera exploité au Lucernaire, à Paris, à raison de deux séances par jour, du 22 mars au 4 avril.
Le 4 avril, le réalisateur sera présent pour une rencontre avec le public.

Le film peut, par ailleurs, être vu n’importe où, n’importe quand :

13 MARS, 20H30 Laval, Festival les Reflets, Cinéville,

26 MARS, 16h, Decines (Lyon), Festival Ecrand du doc, Ciné Toboggan

SEMAINE du 12-19 avril, Cholet, Cinémovida

14 AVRIL, La Roche-sur-Yon, Le Concorde

15 AVRIL, Saint-Gratien, cinéma les Toiles, 20h

27 AVRIL, Hérouville-Saint-clair, Café des images.

9 MAI, Saumur, Palace, 20h30

30 MAI, Rouen, Omnia

Ces séances en présence du réalisateur (à Cholet ce sera le 13 avril)
D’autres dates vont se caler dans les semaines à venir, dont la plupart à Copenhague. Mais en l’état on constate aucune exploitation de ce film au-dessus de Paris. Précarité du Nord de la France, qui a tué le réseau art et essai ? Non : réticence du réalisateur.
Pas d’exploitation non plus en région PACA.
Rien à Nice
Rien à Toulon.
Ça sent l’échec.

 

Avant-gout :

« N’importe Qui » bande-annonce 2 from Atmosphères Production on Vimeo.

N’importe Qui from Atmosphères Production on Vimeo.

Film annonce ▸ N’IMPORTE QUI, un film de François Bégaudeau from ACOR on Vimeo.

 

Informations complémentaires.

https://www.facebook.com/lacor.info

Entretien avec le réalisateur

« Êtes-vous bien représentés ? » est une question récurrente posée aux intervenants.
FB : Plus précisément : « est-ce que vous vous sentez représentés ». J’ai ouvert la plupart des discussions avec cette question un peu brute. C’était une amorce, plus qu’une fin en soi, car au fond la question de la représentation est secondaire. L’idée est d’en arriver, par ce déclencheur, à la question démocratique. En privilégiant l’exploration concrète de l’expérience de mes interlocuteurs. L’un s’est présenté sur une liste municipale, l’autre anime des ateliers de concertation, une autre est président de la Maison de l’Europe, un autre est étudiant, etc. Je les fais tous parler depuis leurs positions singulières.

Pendant ces dialogues, vous avez choisi d’être dans le plan.
FB : C’est précisément une façon de signifier qu’il ne s’agit pas d’entretiens mais de dialogues. Je me laisse la possibilité de réagir, d’objecter, de prolonger une réflexion de mon vis-à-vis, comme on le fait dans un dialogue, un logos à deux (logos à deux est une expression de moi ; appelons ça une trouvaille). C’est beaucoup plus vivant, et surtout, je crois, beaucoup plus conforme à l’humeur démocratique, qui postule l’égalité des interlocuteurs. Chacun est, au pied de la lettre, mis sur le même plan. Il était hors de question pour moi de reconduire ce drôle de dispositif de l’intervieweur invisible, qui parle depuis un non-lieu, voix de personne ou de Dieu qui s’exclut du cercle des égaux, et laisse entendre qu’il occupe un point neutre. La base de la la démocratie, c’est qu’il n’y pas de point neutre, pas de point objectif, pas de point expert. Nous sommes tous embarqués, donc je m’embarque dans le film.

Comment avez-vous choisi/trouvé les « personnages »?
FB : Ce film est venu d’une idée d’Antoine Glémain, le producteur. Lequel officie en Mayenne. Il y avait donc déjà cette délimitation territoriale, et j’aime assez l’idée, j’aime bien qu’un film, comme chez Rohmer, soit d’abord balisé par un lieu. Ensuite j’ai dit aux gens de l’équipe qui habitent dans le coin: ramenez-moi n’importe qui. Je ne voulais surtout pas entrer dans une logique de panel : un noir, une retraitée, un agriculteur, un homosexuel, etc. Même si cette logique revient au galop au montage, où on se voit créer des équilibres. Mais vraiment l’idée était de parler avec n’importe qui. Avec quiconque le désirerait. Le désir me semble un très bon critère de sélection.

Y compris avec le premier venu, sur le marché.
FB : Oui, on s’est dit qu’on allait tenter la démocratie version JT, c’est à dire le micro-trottoir. Qui a produit ce qu’il produit au JT:  n’importe quoi. On en a fait l’ouverture du film, en le tirant vers la comédie. Le micro-trottoir, c’est pas sérieux. Ca fait quarante ans qu’on le dit, et quarante ans que ça dure.

Combien coute le séchage?
FB : Au Lavomatic de la rue Basfroi, c’est 1 euro. Et 3,80 le lavage.

Il y a des scènes qui semblent plus écrites.
FB : C’est une hybridation qu’on s’est beaucoup autorisé avec mes amis du collectif Othon, notamment dans Conte de Cergy, après bien d’autres documentaristes. Pour moi l’injection de fiction dans un documentaire est naturelle. Ici c’est parti de l’envie de faire quelque chose avec deux de mes interlocuteurs, qui m’avaient beaucoup amusé, et que je savais capable de tenir un texte. C’est comme ça qu’ont surgi l’idée du cavalier et celle du premier ministre.

Vous êtes marié?
FB : Non.

Il ressort de tous ces échanges une certaine perplexité sur l’état de la démocratie. A commencer par la votre.
FB : Pour ce qui me concerne, la cause est presque entendue : il y a une antinomie entre le régime représentatif où nous vivons et l’idée démocratique. Et puis un régime pensé pour ne faire jamais advenir au pouvoir des gens des classes populaires, son compte démocratique est réglé. Mes interlocuteurs sont parfois tout aussi radicaux sur le constat, et en même temps la plupart continuent à jouer ce jeu, ce qui ne laisse pas de m’étonner. En gros : le vote est biaisé et ne sert à rien, mais on vote. Cela dit le film essaie de ne pas s’en tenir là, et de prendre le sujet par des angles plus précis, liée à des expériences subjectives :  avec l’un on parlera de la démocratie à l’échelle européenne, avec un chevrier de sa lutte solitaire contre l’usine chimique qui a pollué ses terres, avec un chargé d’affaires de la démocratie en entreprise, avec un élu FN de sa vision du peuple, avec une autre du « collaboratif », etc.

Et quelques solutions sont abordées…
FB: Des solutions, non. Ce film n’a pas cette vocation. A la rigueur, en y repensant, je me dis que je cherche plutôt l’aporie, c’est à dire l’impasse intellectuelle. Par exemple avec la sénatrice, je tache de mettre au jour les contradictions entre ses intentions démocratiques et le système représentatif auquel elle demeure attachée. Une impasse apparait. Et donc la nécessité d’inventer autre chose. C’est mon coté Socrate de Laval.

Cet « autre chose » est peut-être figuré par la scène finale, avec ces enfants qui délibèrent entre eux.
FB : Mon idée ici n’est pas : l’avenir est entre leurs mains. Mais de filmer une situation proto-démocratique : des gens discutent entre eux, en organisant le dispositif de parole. Il se trouve que ces gens ont entre 5 et 10, ans ce qui accentue le coté quintessence de démocratie. Mais ce qui m’’intéresse c’est le geste premier de la démocratie mis à nu : ça discute. Ca pense à plusieurs voix.

Et les animaux c’est encore un stade encore plus primitif de la démocratie, non?
FB : Les animaux sont d’abord mes amis. Et les meilleurs amis du cinéma. Il n’y a pas figure plus charismatique qu’un animal. Donc j’en glisse dès que je peux. Zola disait : jamais un jour sans une ligne. Je dis : jamais un film sans animaux. Ca tombe bien, la Mayenne est un département rural, il y reste quelques bêtes. Plus beaucoup, à vrai dire, comme partout en France. Mais parfois, sur le bord d’une route, on trouve un âne, et c’est une grâce.

Du coup, on pense beaucoup à Elephant.
FB : Je n’ai pas cherché ça. C’est une référence flatteuse.

Vous diriez que c’est un film militant?
FB : Un film politique. Pour une part les deux termes s’opposent, en tout cas sur le plan du cinéma. Le cinéma militant sait ce qu’il veut dire, le cinéma politique met en oeuvre le questionnement. Mais je crois qu’un documentaire digne de ce nom -celui là en est-il digne?- est toujours politique, parce qu’il remet au centre le réel. Qui devrait être l’objet exclusif de la réflexion et de l’attention politique. Ça ne devrait être que ça la politique : quelle est la situation et que pouvons-nous faire ? Comment vivent les gens et comment pourraient-ils vivre mieux ? Or nous remarquons que 90 % du commentaire politique n’est pas du tout concerné par le réel. C’est un bien étrange renversement.

Le film sort en pleine campagne présidentielle, c’est un hasard?
FB : Autant que le hasard existe. La façon dont on se parle dans N’importe qui est tellement à rebours de la rhétorique présidentielle. Ce sont vraiment deux espaces hermétiques l’un à l’autre. A un moment, une mère est avec son bébé devant la télé où sont annoncés les scores du FN aux Régionales de 2015. Elle n’a pas un regard pour l’écran.

18 Commentaires

  1. On va essayer de voir ça au Lucernaire, le 4 avril si la séance avec le réalisateur est le soir.

    • oui elle est le soir

      • @François Bégaudeau: après la projection, plus qu’intéressante si besoin était de le préciser, ton échange avec les spectateurs a été frustrant. En effet, si certains ont un peu monopolisé la parole – sans toutefois s’éloigner du sujet, et souvent avec pertinence – on est resté avec nos questions à la bouche lorsque la discussion a été interrompue par le MC… Par exemple, cela me turlupine de savoir si tu as eu des retours des protagonistes du docu, et plus particulièrement des participants guère mis en valeur (le maire, l’élu d’extrême-droite…) ? Et une remarque : si tu as fait des choix dans ton montage (ce que tu assumes clairement), j’ai trouvé que le fait de laisser les enfants (la dernière séquence du film) s’exprimer, y compris mal ou à côté, était très rafraichissant, et compense (un peu) le fait de n’avoir que des orateurs expérimentés le reste du temps…

        • je n’ai pas compris moi-même pourquoi le MC interrompait cette discussion qui avait beaucoup d’entrain
          la question que tu poses est très légitime, j’y aurais répondu volontiers
          sache que le mec FN a trouvé le montage très honnete, ainsi que le maire (qui est un peu bébête, faut dire)

          • @François Bégaudeau: et as-tu une idée de la fréquentation en salles pour ce film (sous-entendu, se rapproche-t-on du phénomène Merci patron ?), et certaines salles continuent-elles à le demander, après avoir attendu les retours des premières semaines ?

          • on est très très loin de Merci Patron
            le Merci patron de l’année serait plutot « Et les mistrals gagnants », docu, très beau d’ailleurs, sur des enfants malades
            N’importe qui, c’est du compte-goutte, de projection en projection, et à la fin de la foire ça fera du 5000 spectateurs à tout casser
            Pour les parisiens centraux et périphériques, deux soirées en vue : Orsay 19 avril, et, plus accessible, Montreuil 2 mai, au Méliès.

  2. bien douteux le logos à deux avec le comédien roux,
    « j’ai une puissance rien que ça je me suis redressé »
    « tu me montes mieux »
    j’aime mieux rien dire comme dirait Monique

    • ça me fait penser que tout à l’heure j’étais à la caisse de jardiland derrière un jeune homme habillé en femme qui s’achetait un lapin nain ( et son ami deux petits oiseaux ) et tenait à prendre une carte de fidélité, donc devait déclarer son identité , en parlant bien fort sur le même ton que la caissière,
      elle lui demande son nom et il répond Jordan,
      – avec un E ?
      – non, pas A deux N E, ça c’est pour les femmes, et ça existe.
      – ah oui mais non mais moi je dis ça parce que je connais un Jordan avec un e à la fin.
      – oui il y en a qui font des trucs bizarres.

      • ah et puis en sortant du magasin on l’a croisé qui revenait du parking vers la caisse avec la boite du lapin sous le bras et je lui ai fait : ah ? c’était pas le bon lapin ?

        ( keske je peux être drôle putain )

  3. Content de voir que le film va faire son circuit dans l’ouest de la France. Sinon, on connaît ta réticence pour la gare du Nord. On n’est donc pas surpris.

    • suis content qu’y en ai qui suivent mon oeuvre, mes cohérences, mes obsessions, mes démons, mes blessures

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