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WONDER, en librairie le 14/09

Dessin : Elodie Durand
ISBN : 2756091200
Éditeur : Delcourt (2016)

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La couv

couv Wonder

Un article

article sur Wonder

Déjà vu ici-même

Un film nécessaire et suffisant.
Ça fait dix minutes, et tout y est.
La chance du documentariste, de s’être trouvé là, où a lieu ce qui a rarement lieu.
La demi-chance, parce qu’il fallait y être. S’éloigner un peu de la Sorbonne, voire de Nanterre, pour se poser devant l’usine Wonder, un jour de l’an de grace 1968.

Pour prolonger cette petite joie, on retrouve la voix de cette femme, par intermittences, dans T’as pas fini de m’entendre parler.

 

159 Commentaires

  1. François, j’ai une question :

    Page 9, un énoncé : « Bientôt, même le ciel ne serait plus une limite ». Ca me rappelle les premières pages des « Choses », cet usage du style indirect libre que Pérec privilégie pour évoquer une sorte de frénésie (consumériste) des personnages. Est-ce que tu y as pensé en l’écrivant ?

  2. – Y aurait-il moyen d’avoir un retour sur la rencontre Begaudeau/ Durand / Serna du 1er décembre à la Libraire Le genre urbain (oyé) du Paris 20e?

    Proposer au pétillant duo du Wonder un échange triptyque avec un historien de la Révolution française a-t-il été plaisant et fécond? https://www.youtube.com/watch?v=hCRFhemVEJU

    • la librairie francophone du 26 novembre
      Wonder / François à 25’55
      https://www.franceinter.fr/emissions/la-librairie-francophone/la-librairie-francophone-26-novembre-2016

      • encore une émission bien nulle

      • @belette: complètement hors de propos, mais qui concerne le corps de l’écrivain et ça me permet de le dire : j’aime bien la façon très particulière dont François prononce certaines consonnes fricatives sourdes ou sonores. J’avais déjà remarqué pour « Chabat », avec une espèce d’antériorité enrobante du son qui m’avait intrigué l’oreille (comme pour « Cimino »). Je le constate ici par rapport au mot « jeunesse » et peut-être que l’amplification sonore phonétique accentue la réception que j’en fais et distingue ce court segment des autres sons produits. On note aussi qu’il ne s’agit pas ici de trois termes neutres pour notre locuteur.

        Voilà : sinon j’achèterai pas le prochain Ben Jelloun.

        • ça ne donne pas un son qui est chuinté, mais vraiment rond, plein de chaleur en fait. C’est assez prononcé sur certaines occurrences.

          • @Jérémy: oui tu explicites un truc que j’avais remarqué aussi

  3. il y avait quelque chose que je digérais mal dans wonder et je commence tout juste à comprendre.
    J’étais gênée par le fait que pour ne pas vouloir retourner dans cette taule Renée devait être au préalable émancipée , et émancipée par son contact avec les bourgeois révolutionnaires.
    Ce qui pour moi annule la possibilité de refuser d’être exploité juste en se regardant travailler et en se rendant compte du pouvoir exercé sur soi par ses patrons.
    En se rendant compte qu’il y a beaucoup de peines pour peu de bénéfices.
    Tout simplement.

    Je ne sais pas comment dire ça et j’ai bien peur d’être maladroite.
    Mais l’ouvrière du film , la vraie, n’est-elle pas capable de refuser par elle-même de retourner bosser ?

    Alors j’étais bien suspicieuse envers ton imagination françois et je me demandais si tu n’avais pas fait exprès de faire intervenir les bourgeois au préalable pour démonter une bonne fois pour toute cette idée clicheteuse qui dénigre mai 68 en notant que c’était une révolution de petits bourgeois et pas d’ouvriers ,de vrais gens qui souffrent alors que les bourgeois qui ont tout, de quoi je me mêle etc etc.
    Je te soupçonne de dire que oui c’est une revolution en partie de petits bourgeois mais qui a eu son effet émancipateur sur les ouvriers et on ne peut pas le dénigrer.
    Je t’accuse ! non allez j’arrête.

    • je sais pas si je suis bien claire parce que je suis vraiment bordélique en ce moment, je recommence si on comprend pas.

      • @anne-laure: c’est un parti pris de prendre Renée, au départ très disciplinée dans son entreprise, docile, qui arrondi les angles et de la flanquer dans une manif où elle va se laisser emporter par un petit bourgeois intellectuel et découvrir des trucs qu’elle ne connait pas ; si bien qu’elle va prendre goût aux discours libérateurs, au désir d’émancipation ambiant ; mais cela se passe dans la douceur. Alors que dans le court-métrage, les choses sont brutales ; on sent que l’ouvrière ne souffre plus d’aller travailler, elle est à un point de non-retour, c’est son corps qui refuse. Et contrairement à Renée, elle a du se sentir terriblement seule.

        • @anne-laure, belette: qu’est-ce qui fait qu’un jour « on se regarde travailler » et « on refuse d’être exploité » comme tu dis si ce n’est qu’on a été affecté par quelque chose d’extérieur à soi qui a modifié notre perception des choses

          avant mai 68 « Renée » allait tous les matins à l’usine, après elle ne veut plus retourner dans cette taule
          c’est bien parce qu’elle a rencontré pendant ces événements quelque chose, quelqu’un, qui l’a changée non ? quelque chose qui l’autorise à déclarer son quotidien insupportable et à le refuser

          « l’ouvrière du film, la vraie, n’est-elle pas capable de refuser par elle-même de retourner bosser ? », demandes-tu,
          mais ça n’existe pas « par elle-même »,
          ou alors ça existe tout le temps mais ce « elle-même » est bien la somme de toutes les traces de ce et ceux qu’elle a croisés et qui l’ont affectée non ?

          bourgeois, petits bourgeois, ouvriers ? dans le cas de la vraie Renée on ne sait pas avec qui elle a vécu mai 68 au delà de ses collègues avec qui elle a fait la grève. Mais c’est deja énorme une grève comme catalyseur d’un autre rapport au travail et aux gens, ça peut être très joyeux parce que révélateur d’une puissance qu’on ne pensait pas avoir.

          dans Wonder, Renée commence à s’émanciper avec sa collègue ouvrière qui l’entraine – elles rigolent bien – puis continue seule en rencontrant des gens d’autres milieux, bourgeois, artistes ou intellectuels.

          elle était prête apparemment, elle attendait que ça de changer d’air mais il fallait une occasion, un souffle

          • @Juliette B: @belette: merci pour votre participation les gonzesses, je me sentais bien seule sur ce coup là.
            Vu vos retours j’ai dû pas trop mal m’exprimer finalement.

            Oui Juliette, dire « par elle-même » n’était pas très habile, j’avais bien senti le truc qui coince.
            Mais par elle-même : sans avoir recours aux intellectuels de gauche voulais-je dire.
            Et je suis d’accord avec toi belette sur l’idée que s’est son corps d’ouvrière qui n’en peut plus, qui ne veut pas retourner dans cette taule.
            C’est peut-être aussi à partir de là que l’émancipation est possible.
            Ou bien parce que le temps de grève est un temps qui permet de faire autre chose que de travailler.
            De lever la tête du guidon comme on dit par chez nous.
            J’ai le sentiment que c’est plutôt ceci qu’a vécu la fille de wonder, la brune.

          • @Anne-Laure: oui c’est exactement ça « de lever la tête du guidon » et alors s’ensuit que le rythme de l’ouvrière a été totalement cassé par la grève si bien qu’elle ne peut/ne veut même plus le reprendre ; le corps refuse, accompagné de ses opinions, le corps et les opinions se soutiennent mutuellement « tu sais que si j’me r’tenais pas celui-là là-bas hein »

          • @Anne-Laure: ce court-métrage me montre plutôt comment les patrons avancent étape par étape, le discours des syndicalistes étant généralement (sous-entendu) « on a évité le pire » ; c’est très concret pour moi, un peu comme un jeu où les règles seraient que les patrons ont le droit d’ avancer de plusieurs cases, les syndicalistes ne pouvant les faire reculer que d’une case.

        • @belette: oui voilà voilà, aussi ma question demeure : pourquoi avoir choisi de faire intervenir les intellectuels bourgeois avant que ce corps ne refuse de retourner dans cette taule ?

          • @anne-laure: c’est à François que ta question s’adresse, mais en attendant moi je ne comprends pas bien pourquoi te heurte l’idée que la fréquentation de ces intellectuels ait pu jouer dans le choix d’une Renée de ne pas retourner à l’usine;
            ce qui affecte son corps, et depuis longtemps, c’est bien la dureté physique de son travail, mais ce peut être aussi – comme une bascule – des mots mis sur cette dureté physique subie par elle et par d’autres en qui elle se reconnait soudain;
            ce sont parfois des mots qui font que ce n’est juste plus possible d’y retourner.

            Imagine-toi par exemple te retrouver face à foucault, rancière ou deleuze, à l’époque…

            c’est amusant parce qu’on est là au coeur du dernier livre de frédo, vers les pages 170 et suivantes quand il parle de l’imagination intellectuelle notamment; (j’ai été frappée d’y retrouver des interrogations exprimées sur le site par toi).

            « Pourvu qu’elle se généralise, l’imagination intellectuelle est (alors) une arme politique: elle est le seul antidote aux vilenies des puissants. Car ce que les mots portent à la connaissance, elle le porte à la sensibilité, c’est-à-dire au corps, qui s’en trouve affecté. Le récit de la vilenie est éprouvé comme la vilenie même ».

            (j’arrête promis juré plus de citations du livre avant que tu l’ai lu)

          • @belette: et j’ai aussi pensé après l’avoir lu que malgré tes craintes, tu pouvais tenter le coup avec celui-là de livre de fredo;
            parfois il te perdra sans doute un peu, comme moi, mais à d’autres je suis certaine qu’il te trouvera

            (et puis comme ça tu sauras – ça c’est du pur teasing – pourquoi je vais désormais volontiers parler de bites dans mes papiers)

          • @juliette: oui c’est à françois que la question s’adresse mais plus à moi qui suis heurtée par cette idée de l’intellectuel de gauche émancipateur du corps ouvrier ,
            ( c’est à qui le veut que cette question s’adresse )
            c’est ce qui me heurte chez bakounine mais j’ai pas eu la force de finir parce que ça me coince tout ça,
            M’étonne pas que fredo et moi nous nous posons les mêmes questions puisque nous avons la maladie de la révolution ,
            je ne peux pas me le payer le fredo pour le moment tellement je suis sans le sou, c’est dramatique, nous attendrons le jour de paye , le jour où les braguettes s’ouvrent.

            Je ne peux m’imaginer à la place de renée car je n’ai pas un corps d’ouvrière.
            On peut me classer dans les intellectuels bourgeois de gauche je pense.

          • Il n’y a pas l’idée que les intellectuels bourgeois émancipent l’ouvrière
            Il y a un bain. Pendant un mois elle se baigne dans une eau où l’on trouve des squatteurs, un mec qui lui plait, une femme qui lui plait, des fringues, une jupe, des animaux, des manifestants, des mots, des images, un tableau abstrait, Fidel Castro, Godard -et des intellectuels bourgeois dont Foucault. Autant d’atomes qui créent des molécules inédites en elles, mais dont aucun n’a la primeur

          • @juliette: c’est à dire que bakou me demande d’éduquer les corps ouvriers et ça me gène,
            déjà j’aime pas trop qu’on me donne des ordres,
            pour commencer

          • @anne-laure: oui;
            en te lisant je me disais revenons à Wonder: ce qui se passe chez Renée – son refus final de retourner à l’usine – on ne sait pas bien comment il a pris;
            parce qu’en fréquentant ces gens nouveaux, dont des bourgeois et des intellectuels, elle découvre certes un autre discours, mais aussi un autre usage possible de son corps: le sexe, le théâtre, etc.
            et rien ne dit que le premier – le discours nouveau – ait plus compté que le second – le corps dans un mouvement nouveau – dans son émancipation.

          • @anne-laure: c’est un choix et pas un choix je pense ; Renée fait partie de ceux qui n’avaient pas fait le choix de la grève, elle retourne à Wonder (p.74) sauf que son usine est fermée. Qu’est-ce qui va se passer pour elle ? « S’il n’y a plus d’usines, où ça sera, ma place ? (p.77) »

          • @anne-laure: tu diras sans doute qu’elle peut se trouver une autre place seule, et que pour cela on n’est pas obligé de passer par les intellectuels, j’avoue que je ne sais pas

          • @belette: j’avoue que je ne sais pas non plus,
            mais j’ai ma petite idée que pour se mettre à refuser d’obéir il faut avoir eu l’expérience d’avoir été dominant,
            peut-être de faire partie de l’espèce des grands fauves blonds

          • @françois: ah d’accord.
            C’est moi qui me fais des films selon mes préjugés.
            C’est que pour moi la deuxième partie de son émancipation, avec les anarcho-désirants aux références américaines , nous viens aussi de la bourgeoisie.
            Peut-être que j’aurais aimé voir l’émancipation du côté des ouvriers en fait.

          • @anne-laure: ah bah tiens en parlant de corps: pour me consoler que tu puisses pas acheter des livres quand tu veux et du fond légèrement déprimé que je sentais a tort ou a raison dans tes post je viens de m’acheter des bonbons Haribo bien dégueus. Tout mangé en 2 mn, même ceux au coca que j’aime pas.

          • @juliette: ben ? ça va pas bien juliette ?
            des bonbons avec de la gélatine de porc ?

          • @françois: et en résumé en conclusion, je dirais que je n’adhère pas à cette histoire d’une ouvrière bien disciplinée comme le disait belette , un peu nunuche ( pas belette, l’ouvrière ), qui s’émanciperait au contact du bain de mai 68.
            Mais bon, moi j’y étais pas, je ne peux pas le savoir.
            Nous avions le témoignage de thierry, qui n’est pas issu du corps ouvrier par ailleurs, mais ce garçon avait déjà une gestion de son corps très particulière bien avant l’effet 68.
            Et puis je ne me souviens plus du reste.
            Juliette s’en souvient peut-être mieux que moi. De ce que faisaient les ouvriers en 68.

          • il n’est pas non plus très vraisemblable de redessiner le réel au crayon

          • @anne-laure: oui c’est ça,ceux qui vous transforment en vache folle.

          • @anne-laure: elle n’est pas si disciplinée et nunuche je trouve aussi: elle sait dire non a un homme qui insiste quand elle a pas envie et elle a élu comme copine de travail la grande gueule qui n’a pas peur du contremaître.

            Thierry ne parle pas beaucoup des ouvriers je crois, mais à l’hôpital il travaille avec les moins qualifiés et il raconte en passant toute la réflexion qu’ils ont menée avec les soignants sur la relation aux patients. On sent le souffle de mai 68 quand il en parle, mais ensuite il raconte que c’est retombé comme un soufflé leurs belles et bonnes idées.

          • Je trouve aussi

          • @juliette: ah tu ne m’as pas convaincue, je continue à voir cette fille comme une grosse nunuche.
            C’est peut-être parce qu’elle est blonde.
            Mais bon j’ai plus le livre là, je ne peux pas me tester de nouveau sur le sujet.

          • @anne-laure: elle a les yeux grand ouverts

          • @juliette: mais peux faire ma grosse vicieuse si tu veux en t’expliquant qu’elle est tellement nunuche qu’elle adhère à tout ce qui lui tombe dessus à partir du mouvement de grève, pourvu qu’elle se sente protégée par des hommes, par des groupes, jusqu’à se mettre à faire la poule.
            Je ne la sens pas très critique en fait.
            Je pense pas qu’elle imprime.

          • je crois que la séquence 68 a déniaisé pas mal de gens
            cet album ne raconte que ça, en compressant mensongèrement le temps : une fille qui se déniaise

          • @juliette:

            elle a les yeux grand ouverts

            comme un poisson rouge

          • @anne-laure: c’est pourtant une voie solitaire qu’elle trace à la fin

          • @anne-laure:

            comme un poisson rouge</blockquote

            ça ça me fait rire

          • @juliette: oui c’est vrai.
            Bon j’arrête de faire ma vicieuse, je repars lire.

          • @juliette: oui c’est vrai pour la vie solitaire je voulais dire.

          • @anne-laure: ca tombe bien mon train arrive (et le ciel est magnifique)

          • elle aime bien dessiner aussi
            comme elodie

          • @juliette: tu m’intrigues avec ton histoire de bites dans fredo.
            C’est qu’il a une sacrée puissance sexuelle cachée dans son discours philosophique ce petit rigolo.
            Je compte me prendre le guiraudie en même temps et j’ai l’intuition qu’ à l’inverse je trouverai dans ce livre beaucoup de philosophie derrière le discours sexuel.
            Mouais je crois qu’ils vont bien se compléter tous les deux.

          • @anne-laure: dans le guiraudie il y a une scène que j’adore qui m’a fait penser à romeo et juliette,
            il est sur un palier, introduit en cachette la nuit dans la maison de son amour caché qu’il a été surprendre dans sa chambre et il doit se sauver parce qu’il risque d’être surpris par la famille,
            il retient son souffle mais son coeur bat fort parce qu’il a senti que son intérêt était un peu partagé par l’autre et ça le rend fou de joie.

          • @juliette:

            il retient son souffle mais son coeur bat fort parce qu’il a senti que son intérêt était un peu partagé par l’autre et ça le rend fou de joie.

            oh bah oui ça fait ça en général.
            Enfin je crois.
            Je sais plus.

          • @anne-laure: oui mais quand ce général a un objet aussi particulier ça frappe

          • @françois: ah oui t’as raison ,j’ai trop tendance à m’accrocher au réel pour apprécier une bd, quelle imbécile.
            Ceci dit je ferais bien une enquête sur les vieux qui étaient jeunes dans les années 70 pour évaluer leur taux de déniaisement.
            Sur un groupe d’une centaine de personnes par exemple, tous milieux sociaux confondus.
            Mais bon il va falloir faire vite avant qu’ils ne disparaissent.
            Certains ont déjà certainement disparus et comme ce sont les meilleurs qui partent les premiers ça sera pas très fiables tout ça.
            Bref.
            Passons.

          • en tout cas c’est l’effet que fit le rock à tous ceux qui commencèrent à en écouter dès ces années

          • @anne-laure: je suis convaincue qu’on peut se déniaiser tout seul mais c’est peut-être plus facile en 68 que maintenant.
            @ Juliette : pourrais-tu re-poster le lien sur le début du bouquin de Fredo ?

          • @belette: je pense un peu comme toi, qu’il faut être fait d’une matière spéciale, je dirais déniaisable pour être déniaisé,
            une matière qui préexiste bien avant les facteurs de déniaisement, un truc de l’enfant qu’on était certainement.
            Ce qui expliquerait pourquoi mai 68 n’a pas eu tant d’effet que cela sur les corps, juste un effet superficiel.

          • je suis bien d’accord que toute affectation induit une disposition a etre affectée
            mais pas d’accord pour dire que mai 68 a peu affecté les corps
            surtout si l’on s’entend pour désigner par « mai 68 » à peu près toute la décennie
            il est au contraire très frappant de voir comme les corps ont massivement changé à cette époque

          • @belette: je dis ça et en même temps je pense à la génération des 25/30 ans que je côtoie beaucoup, qui sont incroyablement imprégnés de vieilles valeurs anté-68.
            C’est à dire que oui, autour de moi je ne vois que très peu l’effet 68.
            Alors évidemment on me prend pour une vieille hippie, une anomalie de la nature.

          • @belette: bon l’autre fois je leur ai dit qu’ils étaient gravement arriérés , j’ai pas pu me retenir , c’était pas très sympa, mais c’était trop le truc des catherinettes.
            J’avais l’impression de faire un bond vers les années 60.

          • @belette: plutôt 20/25 que 25/30 d’ailleurs.
            Tout ça pour rien quoi.

          • @belette: j’ai par ailleurs chez moi un spécimen de 21 ans qui ne veut plus sortir, ne plus faire d’études , ne plus travailler, ne plus rencontrer le monde.
            ô comme je le comprends cet enfant parfois.

          • il est possible que des corps affectés par 68, aient ensuite été dés-affectés, et re-affectés par des stimulations autoritaires
            ce serait le cas de mes parents et de pas mal de profs de cet âge
            moyennant quoi on peut dire qu’ils sont redevenus ce qu’ils étaient. sans que ca ne minimise ce qui leur est arrivé dans les années 60-75

          • moui bon et donc j’ai fini le petit bouquin de bakou hier, celui qui me parasitait le salaud.
            Je tente de vous le résumer mais ça va pas être facile tant ce mec est bordélique.
            Et d’ailleurs Dieu et l’Etat est un livre qui a été publié après sa mort par ses potes tant il rangeait pas ses affaires, il faisait n’importe quoi.
            Il avait laissé en plan ainsi plusieurs de ses ouvrages, ne finissait pas son boulot, un vrai bon à rien.
            Comme j’attendais de ce livre des réponses à des soluces de mécanismes de révolution , puisque bakou est réputé avoir été un actif révolutionnaire, j’ai pas trouvé grand chose, j’étais déçue.
            Le seule conseil qu’il donne, ce que j’avais pris comme une injonction qui ne me plaisait pas du tout, c’est que les jeunes intellectuels bourgeois instruisent le peuple.
            Bon en relisant j’ai compris que cela ne me concernait pas vu mon grand âge alors ça va.
            Son idée est que le peuple est mal instruit puisque c’est l’État qui entretient la transmission de savoir, des idéologies qui ne servent que les dominants.
            Apparemment seuls les jeunes bourgeois pourraient être assez lucides pour critiquer l’hypocrisie ( comme il dit ) de la bourgeoisie.
            Je suis sceptique.
            Je pense qu’il se prend en exemple et prend en exemple ce qu’il a observé des mouvements révolutionnaires qui devaient être blindés de bourgeois.
            Sur un plan philosophique, ce qu’il nous rappelle est une bonne grosse base matérialiste :
            La vie n’est que matière, les idéologies ne sont que des abstractions produites par le cerveau humain qui n’est qu’un animal.
            Quand on dit idéologies, c’est toutes les productions intellectuelles qui déterminent des lois et organisent les sociétés ( religion, justice, sciences ), qui donc ne servent que les dominants puisqu’elles servent à cacher ce qu’il appelle le matérialisme le plus brutal (et j’aime bien quand il dit ça : le matérialisme le plus brutal) , c’est à dire à permettre aux privilégiés de garder leurs privilèges, de ne pas partager les biens du monde selon les besoins de chacun , donc à garder en place l’état qui permet cette inégalité.
            Je ne sais pas si je suis bien claire.
            A un moment, vers le début, il dit que les classes privilégiées se retrouvent comme des connes au dessus des autres et dans une sorte de vide intérieur qui ne leur sert pas à grand chose, ce qui est bien la preuve qu’il vaut mieux être égalitaires.
            Faudrait que je retrouve ce passage pour voir si j’ai bien compris.
            C’est le moment où j’ai saisi que ce mec aimait passionnément les hommes ( les humains ) avant tout.
            C’est ce qui le meut.
            Ce qui le mouvait.

            Il dit quelque chose sur l’art qui est intéressant , je vous le recopierai quand j’aurais envie.

          • mmmbon et donc sur le sujet de l’art , mais avant je dois expliquer l’histoire du lapin mort, que je vous raconte de mémoire parce que j’ai la flemme de relire,
            bakou pour expliquer les méfaits de la science, pour dire qu’elle est utile pour améliorer la vie humaine mais dont nous devons nous méfier, fait une analogie avec les lapins que les savants tuent et dissèquent pour établir des lois scientifiques. Des lois sur les lapins.
            Il dit qu’alors les savants n’ont qu’une vue fixe et faussée de la vie car il leur manque de saisir l’individualité lapinesque , des lapins vivants et bien différenciés les uns des autres qui ne font que passer.
            Car ainsi va la vie.
            Ce en quoi je ne suis pas trop d’accord avec lui sur les lapins morts qui seraient identiques parce que à mon avis les différences organiques sont notables.
            Foies plus ou moins bruns , oreilles plus ou moins longues etc. Cependant.
            Mais certes pas autant que lorsque les animaux sont vivants et qu’il faut noter leurs mouvements, leurs différences de caractères, leurs histoires de vie, etc.
            Bon.
            Donc bakou très attaché à l’importance de prendre en compte chaque individualité, ce qui se trouve en total contradiction avec des lois universelles qu’on veut faire appliquer à tous bien évidemment.
            Toujours le même refrain.
            Il est bien embêté avec ce problème inextricable j’ai l’impression.
            Mais il ajoute quelque chose sur le sujet de l’art qui va réveiller vos oreilles :

            La science ne peut sortir de la sphère des abstractions. Sous ce rapport, elle est infiniment inférieure à l’art, qui, lui aussi, n’ a proprement à faire qu’ avec des types généraux et des situations générales, mais qui, par un artifice qui lui est propre, sait les incarner dans des formes qui, pour n’être point vivantes, dans le sens de la vie réelle, n’en provoque pas moins , dans notre imagination , le sentiment où le souvenir de cette vie ; il individualise en quelque sorte les types et les situations qu’il conçoit, et , par ces individualités sans chair et sans os, et , comme telles , permanentes ou immortelles, qu’il a le pouvoir de créer, il nous rappelle les individualités vivantes, réelles qui disparaissent et qui apparaissent à nos yeux.
            L’art est donc en quelque sorte le retour de l’abstraction dans la vie.
            La science est au contraire l’immolation perpétuelle de la vie fugitive, passagère, mais réelle, sur l’autel des abstractions éternelles.

            c’est un peu obscur pour moi le début de son explication, et je n’arrive pas à savoir de quoi il parle lorsqu’il parle des individualités vivantes , s’il parle du sujet représenté par l’artiste, ou de l’artiste qui se trouve dans le sujet qu’il représente.
            C’est peut-être les deux en même temps.
            C’est peut-être ça l’artifice mystérieux.

          • très intéressant ce qu’il dit sur l’art
            il dit l’essentiel, ni plus ni moins

          • @anne-laure: moi je comprends qu’il fait référence aux humains et animaux de la vie réelle, d’abord vivants et morts ensuite.

          • @belette: pas d’ordi sous la main pour te faire un copier coller, je le fais plus tard ou tu le retrouves sur la page précédente à la date du 7 octobre.
            Dans cet extrait du début il expose un certain nombre de principes et termes spinozistes pour comprendre la suite;
            après il donne pas mal d’exemples concrets en développant son propos, comme l’affaire de la chemise d’air France, et ca rend la lecture plus facile je crois.

          • @juliette: ah mais oui mais l’art ne sert pas qu’ à représenter des humains et des animaux, il ne représente pas que le vivant , il peut meme être abstrait.
            C’est pour ça qu’y a un truc qui cloche, pour ça que je pensais plus à ce que racontait l’art de l’artiste en tant qu’individu.
            Bon je retourne à ma posture d’alitée mélancolique.
            On avait dit qu’on faisait ça, on le fait.
            Jusqu’au bout nom de dieu.

            J’ai écrit que le cerveau humain n’est qu’un animal , pfff, j’allais trop vite,
            n’est qu’animal donc.

          • @anne-laure: je ne crois pas que ca cloche, il dit lui même que ca peut être des formes, des formes qui incarnent etc., donc ca peut inclure l’art abstrait

          • @juliette: on peut remarquer qu’il écrit pas très bien aussi, peut-être pour ça que c’est obscur.
            J’en ai marre de ces gens qui écrivent n’importe comment, ça devrait être interdit.

          • @anne-laure: oui c’est vrai; mais avec tes deux prochaines lectures ca va être différent.
            J’ai commencé le livre de Véronique Ovaldé dont parlait François et je peux dire que j’en suis très contente, je frétille comme un anchois.

            La lumière était crue en ce matin de juin et je traînassais derrière mes camarades, les regardant marcher par frappes de trois ou quatre, cheveux nattés, serrés, contraints, corps boudinés dans notre uniforme à carreaux, boudinés parce que près de s’échapper, et nous marchions sur le trottoir et nous agglutionions à chaque feu rouge dans un mouvement aquatique qui évoquait un bac d’anchois allant et venant et scintillant, s’étirant et se reformant avec régularité.

            Soyez imprudents les enfants. p 15

          • eh oui
            ça écrit, quoi
            et tu vas bien voyager

          • frappes grappes
            putain de correcteur automatique

          • un bac banc d’anchois

            pfff j’me tire une balle

          • @juliette: oui il m’ a l’air bien agréable ton livre, avec ce mot boudiné,
            ben moi je vais reprendre un livre qu’on m’ a donné d’un type qui critique bien violemment la psychiatrie, m’en prend plein la tronche , aaaaah je suis maso.

          • @Juliette B: j’ai trouvé merci – en train de chouiner – j’atteins mes limites – lecture difficile

          • @belette: le début est apre oui, fais comme tu sens

          • ah ? belette te comprend pas fredo, t’écris n’importe comment : au cachot fredo !

            ( tu vas voir je vais vite leurs régler leurs comptes à tous ces malfaisants )

          • @françois bégaudeau: dis-moi françois (et les autres si c’est le cas) tu l’as vu le film Reprise de Hervé le Roux ? ça vaut le coup ?
            Votre BD et les échanges ici m’ont assez donné envie de le voir

            http://next.liberation.fr/culture/1997/03/26/a-la-poursuite-d-une-wonder-femme-reprise-film-de-herve-le-roux-1996-duree-3h12-en-1968-une-ouvriere_198947

          • …je parle du long métrage de 3 heures sous-titré « un voyage au coeur de la classe ouvrière », qui inclut le passage sur la reprise à l’usine bien sûr

            (et qu’on me dise une fois pour toutes si quelqu’un sait: « je rentrerai pas dans cette taule », ou « dans cette tôle » comme l’écrit Lefort ?)

          • je crois que les deux sont admis

          • @anne-laure: je ne sais pas si ça va te parler mais ce texte de bakou m’a fait repenser après coup à ce passage de Fuocommare où un réfugié africain chante le voyage de misère que lui et ses compatriotes viennent de traverser et dont on vient de voir en images les effets sur leurs corps épuisés, meurtris ou morts.

            Il y a d’un côté les images des corps réels et de l’autre ce chant qui les raconte et les fait exister bien davantage encore

            un blues quoi

          • @juliette: ah j’aime lorsqu’on parle de fuocoammare, tout à coup ça m’apaise l’intérieur c’est dingue.
            Comme un truc qui me tombe dans le fond qui me remet tout en place, chtoung.

            Me souviens pas qu’on voyait les effets de leur voyage de merde sur leur corps , mais je me souviens qu’ils chantaient sacrément faux.
            C’est pas fait pour faire beau.
            J’avais douté de ce qu’il disait à un moment , me disait qu’ils en rajoutaient une couche pour que ça fasse mieux pour la chanson, je sais pas trop, pour s’exprimer par-delà de ce qui c’était réellement passé.
            C’est à dire pour exprimer davantage leurs sentiments que le réel.
            Pour être entendus.
            Je sais pas si tu vois.
            Aaaah je suis tordue.
            A la fin j’ai bien voulu les croire cependant.
            Je leurs ai cédés.

            Moi je dirais taule.
            Je vois pas le rapport avec la tôle.

          • @juliette: enfin je me souviens des effets de la déshydratation sur certains corps oui.
            Qui ne sont pas ceux qui chantent à mon avis.

    • une critique du Molécules
      avec la tof que je rêvais de faire

      • une critique du Molécules
        avec la tof que je rêvais de faire

        avec le lien souvent c’est bien http://www.benzinemag.net/2016/10/07/molecules-francois-begaudeau/

        • Delphine Blanchard parle d’un livre en 3 parties et c’est le dernier tiers qui donnerait à réfléchir sur le … / sens de la vie… De l’amour à la mort. / … (cf lien si désir)
          Delphine, quelqu’un avec qui il aurait été intéressant de cohabiter dans une lecture-rencontre tiens entre autre parcqu’on se souvient encore bien des questions qu’un perso comme Léna par exemple pose rapidement
          et puis ça m’intéresse ce qualificatif de nombriliste – Molécules le serait donc moins – à propos des romans de notre hôte
          serait-ce toujours ce rapport à l’autofiction? alimenté de réel pour François Bégaudeau et moins par un moi qui se recueillerait en lui-même? (comme écrit récemment à propos du sujet Victoria de Triet qui objective, diffracte son perso par exemple en s’amusant avec de multiples auto-analyses-questionnements-consultations-avatars psys-points de vue multi-anglés)
          serait-ce en particulier pour sourire en réaction à d’autres papiers auto-centrés là-dessus?

          Vrai que l’auteur a dit/dit volontiers qu’il part souvent de ce qu’il connaît le mieux c’est à dire de lui, de ses expériences, de ses affects après, pas tant que ça l’impression qu’il faille attendre certaine apparition du je, pour l’entendre, le lire dans son Molécules
          dès Jeanne, dès Léa, dès les patients de Jeanne, dès le collègue de Jeanne, faudrait pas gratter beaucoup pour en trouver des particules de l’auteur il me semble,

          • Il n’y pas trop à épiloguer là-dessus : ces gens, Delphine comprise, n’ont pas eu vent de l’existence d’Au début et du Moindre mal, entre autres. Fin de l’énigme.

          • on se le tient pour dit

  4. ça aurait consisté en quoi l’écouter ?

    • ça aurait consisté en quoi l’écouter ?
      c’était pas là que j’voulais le mettre

  5. à propos de

    propagation du discours

    , reçu les pages en question (en particulier les 58 59 60 et 61) comme sous le prisme d’une boule disco, objet à facettes typique de l’époque convoquée, la narration du Wonder passe par 24 cases/images séquence et file à Renée et donc aux lecteurs une réception des images kaléidoscopiques chopables-compréhensibles par intermittence,
    la vitesse d’envoi/réception de l’histoire produite à ce moment là produisant forcément cet effet
    -> au passage, ramenée à cet instant du Wonder au traitement choisi par Winding Refn dans son non moins étonnant The Neon Demon, plus précisément vers la séquence où Jesse accompagne Ruby en soirée le jour de leur rencontre – ça voit de quoi je cause ou bien? –

    • @shash: http://information.tv5monde.com/terriennes/wonder-du-noir-et-blanc-la-couleur-l-emancipation-d-une-ouvriere-qui-fabriquait-des-piles

      Elle y est quand même jusqu’en 49 la jeune femme brune du film Reprise non?
      Et ce s’rait pas un p’tit peu elle qui reprend en p.128?

      • en fait Elodie a transformée la nana du film en blonde. ET donné à sa copine les traits de cette même nana. Croisement étrange, mais dont elle a eu besoin pour mettre à distance le film, qui sinon la vampirisait un peu.

        • St Ouen rencontre chez Folies d’Encre,dans la librairie, des gens de chez Wonder (Elodie dans l’article tv5monde)

          vrai que ce fut intérémouvant ce truc et dès la première prise de parole cependant, les deux p’tites dames restèrent modestes, employées dans les services administratifs, la comptabilité, la gestion des approvisionnements, elles ne furent pas concernées par la prime de noir, sourirent en évoquant modestement pendant l’apéro-fille d’attente dédicaces l’unique revendication de leur carrière: dire qu’elles feraient grève si on ne reprenait pas fissa le revêtement du plafond qui s’effritait et leur tombait dessus en petits morceaux dans les bureaux

  6. on aime le tourbillon qui emmène de la page 77 à 103 aussi,
    composant fissa avec le nano-écho que la séquence samaritaine renvoie un peu vers ce qui a pu se dire récemment sur le lieu et son traitement à la Bonello (mais ça va passer vite la preuve, on se souvient déjà moins bien du Elle de Verhoeven), on aime la démonstration jusqu’au boutiste, raisonnement parmi d’autres, qui supprimerait l’aliénation dans les ateliers de l’époque (amusantes planches didactiques en 72-73) si on vit à poil.

    L’émancipation de Renée est joyeusment active dans ces pages avec une mention spéciale pour la page 102, les deux semaines avicoles de folie où le théâtre d’impro file à Renée ses propres couleurs psychédéliques.

    • @shash:

      page 73

      avec le marquage de Renée siglée d’un W?

      j’aime bien ce truc aussi, écho à l’individu qui travaillant dans une boîte la représente, ce n’est plus lui qui se présente mais lui travaillant dans cette boîte qu’on rencontre, qu’on reçoit, à qui on parle,
      Déjà là, le doux brun ange gardien la dote d’une tenue de super-héros, juste avant d’aller voler son bonheur

      • @pam59: on aime bien aussi le pari gagné pour cette bd d’éviter la nostalgie inhérente à 68 quand on le convoque

        Dès la planche 1, on lui règle son compte à celle-là – des fois qu’en 2016 on dirait en regretter certaines valeurs – et jusqu’en 11 inclus, coaché par le jean claude du ski on schusse jusqu’à notre héroïne qui reprend bravment son souffle en situation dans son usine.

    • et puis quelle force, quelle habilité dans le comment tout en douceur Wonder la brune, celle du Reprise, voyage au cœur de la classe ouvrière, s’efface mieux, elle rentre elle, a tout donné, tout dit, lutté, a plus de jus.
      Meurtrie de voir ainsi l’amie qui lui a un peu montré la route, Renée décide alors que ça se joue ailleurs, qu’un autre possible existe, il est juste pas tout à fait là.

  7. c’est toujours trop court les bds c’est mal foutu.
    J’aime beaucoup la page du loup :

    Je t’attendais ! Qu’est-ce que tu as fait tout ce temps mon loup ?

    ça me donnerait presque envie de chialer mais je vois pas pourquoi.

    • tiens ça me fait penser qu’ à la fin de rester vertical j’avais tellement envie que le type donne l’agneau au loup, j’aurais tellement aimé voir un carnage du loup qui se réjouit de la chair et du sang.
      Le rouge sur le gris.
      Il l’a pas fait c’est dommage, j’étais déçue.

  8. la chanson de sylvie, elle est terrible.

    • un pas en avant sur le couplet, deux pas en arrière sur le refrain

      • @François Bégaudeau: oui et le « et c’est beaucoup mieux comme ça » final me tue.
        ça va bien avec les dialogues de cette partie où les hommes parlent drôlement des femmes, on dirait une caricature mais non si on regarde comment ça se passe dans certains films des années 60.

        • oui je ne pense pas avoir caricaturé le virilisme beauf de l’époque
          (pas complètement disparu, comme on sait)

          • @François Bégaudeau: ce virilisme beauf nourrit le discours masculin sur une des conquêtes du féminisme : la pilule. Dans la chambre, l’injonction du mâle dominant -« prends la pilule »- s’accommode d’une expression rance et machiste -« les bonnes femmes »-, qui continue de le légitimer comme le sexe dominant. En face, le corps féminin persiste à se penser comme honteux, est prêt à se cacher, vissé à cette potentielle maternité que des siècles et des siècles de domination masculine ont imprimé comme destin.

            Avant l’émancipation.

      • ce qui nous fait un sacré contraste de langage avec celui des jeunes bourgeois en voie d’émancipation rencontrés à la manif, où l’on s’amuse à déconstruire le langage, à faire des jeux de mots débiles sensés être pertinents, me suis demandée d’où venait cette méthode, me suis demandée si cela ne nous venait pas de la psychanalyse, de lacan en particulier.
        ça me fait penser que wonder c’est un peu l’histoire d’une femme qui se promène de structure de langage en structure de langage.

        •  » à faire des jeux de mots débiles sensés être pertinent »
          injuste
          tout mouvement collectif s’amuse avec la langue, c’est de bonne guerre et joyeux
          mais ça dépend de quoi tu parles précisément

          • @François Bégaudeau: ah oui t’as raison j’ai pas extrait, je faisais ma feignasse alors que le livre est juste à l’étage sous le pc.
            exemple :

            qui parle ment, qui parlement , le parlement ment, le parlement parle à maman

          • plutot de la sympathie pour ces jeux de langage là, typiques de l’époque, godardiens
            parce qu’au passage ca dit des trucs. le parle ment. le parlement parle à maman. ca dit le mensonge d’Etat et le paternalisme des institutions, rien que ça

            il y a friction entre Wonder et les bourgeois radicaux, mais ces pages là revent plutot d’une conjugaison de ces forces hétérogènes -qui eut un peu lieu en 68, et c’est tout le prix de ce mouvement

          • @François Bégaudeau: alors que :

            nous sommes tous des juifs éléphants d’Arctique

            j’aime beaucoup, ça me fait sourire énormément,
            ça n’a pas de sens en soi, une sorte de contre-slogan, de contre-revendication, du révolutionnaire qui se moque de lui même et fait de la poésie parce que c’est plus agréable que de se fâcher, plus créatif, plus constructif.
            Paradoxalement.
            Mais là on n’est plus dans le groupe des bourgeois intellectuels de Foucault on est dans le groupe suivant.
            Ceux qui font n’importe quoi avec leurs désirs.

          • là encore 68 ne fut grand que parce que s’y activaient des intellectuels à la Foucault et la branche plus bohème des anarcho-desirants
            pas d’opposition entre ces cases, plutot l’envie de les ramasser dans un meme mouvement

          • @François Bégaudeau: ah bah ça ne vient pas de toi alors , ça vient de moi.
            Il m’agace le premier type de gauche qu’elle rencontre à la manif, et s’ensuit un agacement lorsqu’elle va chez Foucault, je sais pas trop pourquoi encore.
            Faudrait que je rezieute.
            Peut-être à cause des psys que j’ai rencontré dans ma vie qui font les malins avec l’analyse du langage, au début c’est marrant et après ça gave.
            Je préfère lorsqu’elle arrive chez les anarcho-désirants.

          • le premier qu’elle rencontre, Antoine, est inspiré de Léaud façon Godard, Skolimo ou Eustache. le prendre comme un dandy tordu. énervant et charmant. jeux de mots qui n’ont pas de prétention normative, ca change tout
            quant à Michel, il expose en trois bulles ce qui me semble la base de la pensée libertaire, excuse du peu
            mais oui un peu dandy aussi, un peu maniéré. Michel, quoi.

          • @François Bégaudeau: les psys et les gens ésotérique du même genre, parce que je m’en souviens encore du : fait moral = fémoral.
            C’était encore n’importe quoi.

          • @François Bégaudeau: oui en relisant j’ai pensé à antoine doisnel antoine doisnel fabienne tabard lorsque j’ai revu ce jeune homme qui ne s’appelle pas antoine.
            Et je trouve que le type à lunettes qui fait le singe sur les toits de paris ressemble à jean eustache, physiquement.
            Mais michel ça va, il me m’énerve pas trop, il fait juste un peu son crâneur.
            Je crois que ce qui m’agace chez ce jeune bourgeois c’est qu’il saute sur wonder avec son langage de dingue sans chercher à savoir qui elle est. La prend pour une étudiante et ne cherche pas à en savoir plus.
            Je le trouve brutal.
            Mais sinon oui je crois que je comprends un peu ton programme, de faire tenir la base de la pensée libertaire de mai 68 en une bd.
            C’est pas facile ça dis donc.

          • pas le temps d’en savoir plus. mouvement.
            et puis c’est pas le genre, le gars. le gars fait le malin. fait son show. et quelque chose me dit que ça plait bien à Renée.

          • @François Bégaudeau: ouais il fait son show, il monologue.
            Je ne sais pas si c’est plaisant pour renée vu qu’elle fait la tronche, vu qu’elle est toute inhibée.
            Mais elle le perd un instant et elle le cherche t’as raison.
            J’aurais dit plus par reflexe de dépendance à l’homme qui protège bien intégré que par intérêt pour ce garçon avais-je compris.

          • tout à fait
            mais c’est sans doute un peu les deux

          • @François Bégaudeau: et puis le truc qui m’énerve aussi chez ce type c’est qu’il semble répéter des phrases toutes faites comme un perroquet. Même pas de sa propre création.
            Mais peut-être que je me fais des idées.
            Mais peut-être que j’ai un problème avec les perroquets.
            A cause de la compagnie créole certainement.

          • @François Bégaudeau: il y a un piège dont je me méfie dans ce mouvement, qui est peut-être propre à tout mouvement révolutionnaire, c’est le côté appropriation du discours dissident ( je sais pas si on dit dissident mais ce mot me plait ) par des individus qui ne l’auraient pas pensé au préalable.
            C’est à dire que cela permet la propagation du discours certes mais sans le fond qui va avec et cela s’effondre vite.
            Après on peut comprendre l’excitation qui va avec l’appropriation d’un discours nouveau, qui fout son petit bordel, c’est normal.

          • @François Bégaudeau: quand je dis qui ne l’auraient pas pensé, c’est qu’ils n’auraient pas fait un long travail de pensée,
            j’aimerais bien que le site ne se déconnecte pas quand j’écris parce qu’en ce moment ça me le fait souvent, après je perds le fil je dois réécrire en me reconcentrant difficilement et je me parasite moi-même et c’est assez pénible.

          • aimerais bien que le site ne se déconnecte pas quand j’écris

            Le Sieur Besiktas vous attend à 14h30 et à propos dans son cabinet

          • ce type / … / semble répéter des phrases toutes faites comme un perroquet

            lui et d’autres dans la bd alors

            tous très fans de Judor en fait

          • Judor dans le Les mots de Ramzy&lui (pour les mousdubulbe et les moins de? 1997 bro? putain vais finir moi aussi par dire le truc con comme quoi le temps bref, que les moins de 20 ans donc oui – ça marche à tous les cons c drôle – pourraient ne pas)

            Pour le coup, m’en vais écouter les feuilles mortes tiens.

          • le coup des moins de 20 ans

            ça marche à tous les cons coups c drôle

            – l’idée de base restant évidemment d’écrire coups et non, bon bref

  9. Une bien jolie bd cette Wonder, félicitations aux parents qui en font d’ailleurs une présentation au monde fort enjouée

    – on aime que les jeux de langue de notre hôte aient trouvé leur pendant ludique graphique, pas avares de trouvailles pour leur histoire, Durand et Bégaudeau racontent ce à quoi ils pensent quand ils convoquent 68 et on s’en retrouve bien heureux

    • consacré du temps au La parenthèse d’Elodie, sait tout grapher cette meuf, ces 168, 169, 172-173 et autres paysages urbains ont ma préference

      * sourires devant les 176-177, ambiance du Wonder un peu

  10. ah je l’attendais celui-là ! J’avertis le libraire: à suivre,plaisir déjà d’attendre le dernier Begaudeau.

    • j’espère qu’il sera à la hauteur de l’attente

    • @patricia: Wonder p.65, a mi tampoco: spéciale dédicace? :- )

      big kifs à toi Patricia

      • Dans Wonder il y a aussi ce drôle de personnage inquiétant – crâne chauve et barbe noire- qui apparaît page 87, quand Renée qui se regarde dans une glace le voit soudain passer derrière elle et se retourne, un peu inquiète.

        Il réapparait page 113 dans un gros accès de violence où il casse une voiture, et la guitare qu’il abat sur elle devant le regard des trois filles qui ne bougent pas, un peu interdites.

        On le voit ensuite assis, seul et abattu dans le noir, et il ressemble à un ours.

        On retrouve l’ours, là calme et intégré au groupe, page 119 et 120 sur le toit du minibus dans lequel la bande – dont lui même – s’apprête à partir, et marchant aux côtés de la fille à la coiffure afro.

        J’ai considéré que c’était le même perso (le barbu et l’ours), un mec un peu space, parfois violent mais parfois pas, que la troupe adoptait; une sorte de symbole de la place faite aux un peu fous, demi fous, dans cette petite communauté accueillante, une allusion à l’anti-psychiatrie peut-être (?).

        ce personnage/animal incarne bien en tout cas pour moi l’originalité et la force de l’univers d’Elodie Durand, déjà ressenties dans La Parenthèse.
        (je les retrouve aussi dans le rêve/cauchemar de Renée et sa bataille de formes page 69 – magnifique.)
        Il est né comment ce personnage de l’ours, François ? Vous l’avez imaginé ensemble ?

        • une incarnation de la violence (sociale et révolutionnaire ?) aussi bien sûr, en plus de la folie

          • @Juliette B: Pas encore lu Wonder mais ce que tu écris me fait penser au lynx de Petite frappe ; une inquiétude au détour d’une page, la peur de l’inconnu ?

          • @Acratie: ah mais je ne ne connaissais pas Petite frappe ! je le commande de ce pas; merci Acratie.

          • super rapprochement, Ac. sans préméditation, je crois que c’est exactement du même ordre.

          • @Juliette B: contente pour toi, juste retour après ton conseil Zaïx4

          • @Juliette B: j’aurais plutôt dit l’incarnation de l’anarchisme le plus extrême , dans le sens le plus fondamental, le plus individualiste ( et c’est bien ce que tu décris ).
            Je ne le trouve pas fou.

          • @anne-laure: tu les connais mieux que moi les fous. c’est son caractère imprévisible qui m’a donné ce sentiment, son déchainement de violence suivie d’une prostration aussi.
            en tapant sur la voiture il sacrifie une guitare, un objet précieux pour le groupe et pour lui aussi sans doute

          • @Juliette B: et j’irais même un peu plus loin, je dirais que c’est l’anarchisme essentiel de ce mouvement ,qu’il a un effet régulateur.
            On aurait mieux fait de l’écouter , l’ours, ça nous aurait évité bien des conneries.

          • @anne-laure: ça aurait consisté en quoi l’écouter ?

          • @Juliette B: En majorité les fous ne sont pas violents , en majorité les fous sont très sociables, voire trop.

          • @anne-laure: oui c’est marrant ce que tu dis; quand j’étais étudiante j’ai travaillé un été dans une institution qui accueillait des enfants psychotiques et le premier jour j’ai eu peur de …leurs effusions affectives.

          • @Juliette B:

            ça aurait consisté en quoi l’écouter ?</blockquote
            comment dire, vite fait puisque je suis fatiguée.
            L'écouter pour se méfier de nos pulsions grégaires qui font qu'on se perd les uns dans les autres, qu'on y perd sa pensée individuelle, ses désirs les vrais, qu'on reconstitue des groupes des couples des familles.
            Ce qui nous fait repartir de zéro.
            En gros.

          • @anne-laure:

            En majorité les fous ne sont pas violents , en majorité les fous sont très sociables

            Comme les anarchistes quoi.

          • @Juliette B: ah tu vois j’ai merdé ta citation , je suis nase,
            Oui ils peuvent être très affectueux les fous, trop pour le goût de l’ordre social.

          • @Acratie: ben comme tout le monde.
            quoi.

          • @anne-laure: c’est un peu ce que leur dit Foucault dans Wonder ce que tu dis

          • @Juliette B: ah bon ? Peut-être.
            C’est à dire que michel et moi nous nous entendons bien en général.
            Sauf sur la question de l’anus mais bon.

          • @Juliette B: mais bon ( suite ) j’ai pas envie de coucher avec michel et en plus il est mort.

          • @anne-laure: je l’ai toujours trouvé très séduisant.

          • @François: Super, alors je vais lire ce Wonderful wonderful book.

        • Je l’ai imaginé tout seul, comme tout ce qui concerne le scénario, et pour le coup Elodie a eu beaucoup de mal à piger où je voulais en venir. le problème c’est que j’avais du mal à lui expliquer ce qui n’était qu’une intuition, un caprice sans sens, une trouée d’absurde -sans doute parce que l’absurde me semble pour une part une marque d’émancipation absolue. Du coup elle a ramé sur la page où cette créature squatte le reflet de Renée. Et n’en est toujours pas contente. Moi non plus d’ailleurs.

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