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UN FILM NOUS VIENT

En fait deux films. Lun en novembre, lautre fin octobre.
L
un sera beaucoup débattu. Des réserves modéreront des enthousiasmes, comme autour de la table ronde pas ronde de Transfuge.
L
autre sera broyé. À Transfuge, autour de la même table, il fut en gros défendu.
En attendant la critique à paraitre bientôt, on reporte ici un texte qui célébrait Despues de Lucia, et dont les arguments vaudraient objection à celles que soulèvera, que soulève déjà Chronic.
Une mise en jambe.

Ce quen pense papa

C’est faire un truisme que de le dire : la critique de cinéma est une infatigable fabrique de truismes. Un exemple ? Sans pathos. Signification floue, vient spontanément dans la bouche pour saluer la sobriété d’une scène à haut potentiel émotionnel – « c’est traité sans pathos ». Un autre exemple ? Esthétisant. Soldat lexical convoqué sur-le-champ pour déplorer une stylisation excessive. « Désolé mais c’est quand même un peu esthétisant »
Il y aurait aussi : ce film tombe dans les travers qu’il dénonce.
Et puis le point de vue. Des années qu’on entend dire, par des critiques ou des lecteurs de scénario en commission, que tel film pèche par absence de point de vue. D’emblée perplexe, on a d’abord été poli, patient : ceux qui parlaient ainsi étaient des professionnels, dans leur bouche légitime il n’était pas douteux que point de vue recouvre un grief précis. Et puis le temps passant, le cheveu se raréfiant, la perplexité a duré. Elle a eu même tendance à se dilater en irritation lorsque, cet automne, le critère a été convoqué au discrédit du meilleur film de l’année.
Ainsi le tort de Despues de Lucia, second film de Michel Franco passé à peu près inaperçu à sa sortie (même Transfuge l’a raté, c’est dire) est de n’avoir pas de point de vue. Qui a formulé cette réserve-attaque ? Pas mal de gens ici et là, peu importe, on n’est pas là pour balancer, on est là pour comprendre ce qu’ils veulent, pour comprendre qu’ils veulent des maîtres.
Premier élément de clarification : en l’occurrence, point de vue ne doit pas être compris dans son acception spatiale. Le point de vue quémandé n’est pas du genre de celui qu’offre un appartement sur une ville. Ce serait en effet un comble de reprocher à un film qui se limite presque toujours à un plan par scène d’être incapable de se choisir un point d’où voir. Quels cinéastes contemporains ont ainsi le courage de faire reposer toute une scène, même longue de cinq minutes, sur un cadre ? Peu. En général on préfère shooter sous tous les angles en se disant qu’on tranchera au montage. Cela s’appelle se couvrir. Franco ne se couvre pas, il prend ce risque, adossé aux certitudes qui caractérisent les grands.
Donc le contentieux est ailleurs. Il tient, non au choix du plan-séquence, mais à la nature du cadre. Car non content de n’en proposer qu’un par scène, Franco le règle assez large, de sorte que l’œil du spectateur puisse se poser sur quoi bon lui semble, sur tel personnage, visage, main, geste, objet. Voyez le plan fixe et unique qui restitue la soirée dans la chambre d’hôtel. Enfumé, baigné de musique in – jamais de musique off chez Franco, ça va sans dire —, et surtout investi par une huitaine de corps d’ados, assis ou debout ou alternant entre les deux positions. Où donner des yeux ? A toi de voir. Tu peux regarder à droite le groupe qui picole en rigolant et vice-versa ; ou à gauche le couple qui se tripote dans un lit. Et tiens voilà le plus gros des garçons qui se lève pour déplacer le meuble bloquant la porte de la salle de bains en fond de plan. Libre à toi de le suivre ou de rester sur le couple qui commence à s’entreprendre l’entre-jambe. Toute l’élégance de la mise en scène consiste à laisser la possibilité de multiples circulations du regard. Or certains ne disent pas élégance. Ils disent « petit malin » (truisme numéro 5). Ce petit malin de Franco les laisse seuls avec ce fragment de temps. Ils aimeraient sans doute qu’on les guide davantage. Ils aimeraient un découpage qui induit leur regard. Ils aiment les plans directifs, comme on qualifie les micros qui ne captent qu’un point d’émission du son. L’ère du HF les comble : avalages de salive assourdissants et voitures muettes à l’arrière plan. L’oreille n’entendra que ce que le cinéaste a décidé qu’elle entendrait. L’oreille est mise au pas, comme l’œil quand on le guide. Ils veulent des cadres serrés, ils veulent qu’on les cadre.
Dans la chambre d’hôtel de Despues de Lucia, ils auraient voulu que le plan large ne soit qu’un plan introductif destiné à planter le décor, puis qu’on se pose vite, comme le veut la syntaxe dominante, sur un des protagonistes de cette beuverie. Ils veulent quelqu’un à qui s’accrocher. Ils veulent un référent. Ils veulent un personnage. Qu’est-ce qui distingue un personnage d’un corps objectivé dans un plan large non-directif ? Le personnage est doué de sentiment et donc d’humanité. Rarement utilisé pour cadrer un pied ou une mouche, le cadre serré est un humanisme. Sur un visage s’impriment des émotions qui imprègnent d’humanité le réel brut. Selle qu’on pose entre l’animal et les fesses douillettes du cavalier. Ou quelque autre amortisseur.
Pour amortir quoi ? Nous voici arrivés au pépin de la pomme de discorde. La scène d’hôtel ne se limite pas à la captation naturaliste d’une soirée vaguement orgiaque de voyage scolaire. Si le gros garçon a du débloquer la porte pour se rendre dans la salle de bains, c’est que ses camarades et lui-même y ont enfermé l’héroïne, Alejandra, qu’ils sadisent méthodiquement depuis une bonne demi-heure de film, et que le plan suivant découvre prostrée dans la douche et bougeant à peine lorsque son visiteur se déboutonne devant elle sans faire mystère de ses intentions. Le film n’est pas avare de scènes mêmement dures — plus tôt on aura vu Alejandra invitée à manger un gâteau à la merde, plus tard arrosée d’urine. Est-ce un problème ? Ça le deviendra si celui qui s’est fait connaître par le tout aussi grinçant Daniel y Ana persiste dans cette voie, contrariant notre conviction que son génie peut s’accommoder de sujets anodins. Pour l’heure, on ne saurait reprocher à Franco de se tenir dans les bordures de l’abjection. Nombre de grands cinéastes l’ont fait, le font. Oui, diront les détracteurs, mais ils ont un point de vue.
Nous voilà revenus au point de départ mais cette fois le pépin est découvert : qu’elle se formule souvent devant des films frayant avec le pire montre bien que la demande de point de vue est une demande de médiation entre la violence et le spectateur. Sans cette médiation, diront-ils, le spectateur est transformé en voyeur. Le mot est lâché, truisme numéro 6, généralement suivi comme son ombre par l’accusation de manipulation. S’approchant souvent des précipices de la psyché humaine, Haneke l’a souvent essuyée. Tout est normal. Les automatismes critiques fonctionnent bien.
Et que fera-t-on d’Hitchcock dans cette affaire ? Est-il au-dessus de tout soupçon, lui qui n’a cessé de jouer avec les attentes tordues des spectateurs ? Pense-t-on sérieusement envisageable de purger le cerveau du spectateur de toute molécule de voyeurisme ? En admettant que Despues de Lucia flatte en moi un instinct sadique, en quoi est-ce un problème ? Est-on supposé avoir définitivement validé l’équation platonicienne entre le Beau et le Bien ? La victoire d’Apollon sur Dionysos a donc été officiellement actée par le Parlement des Arts ? On n’était pas au courant.
Inutile cependant de se hisser à ce niveau de disputatio. Il suffit de constater qu’une nouvelle fois l’anathème jeté sur les supposés manipulateurs s’emmêle dans ses contradictions. La dénonciation n’est possible que si le dénonciateur s’est soustrait à la manipulation. Donc dans le même temps qu’il reproche au cinéaste d’être un dictateur, le critique fait la preuve que cette dictature permet qu’on y échappe. A moins qu’il se considère exceptionnel, exceptionnellement autonome, et c’est effectivement le sous-texte de ce genre de discours : moi je suis David Vincent, je vois ce que nul ne voit, je suis un professionnel, j’ai des yeux de lynx, à moi on ne la fait pas, mais les autres, tous les autres, les spectateurs lambda qui n’ont pas mon recul, ne se rendent pas compte qu’ils sont manipulés. On ne peut pas les laisser comme ça, livrés à eux-mêmes, il faut les sauver et nous les lucides avons été mis sur terre pour ça.
Ainsi se recompose la géopolitique mentale du critique moraliste : d’un coté la violence abyssale produite par ce monde cruel ; de l’autre les gens, par définition sujets à se laisser enrôler par la violence lorsqu’elle s’invite sur l’écran ; au milieu le cinéaste et les critiques, ceux-là s’assurant que celui-ci s’interpose bien entre la violence et le bas-peuple, qu’il joue son rôle de médiateur, de tuteur, de papa.
A un papa la société confie la mission d’éclairer sa progéniture dans le chaos du monde. De lui donner des repères – des valeurs, diront-ils aussi. Au cinéaste envisagé comme super papa certains critiques confient la mission d’empaqueter le réel brut pour que le spectateur n’en soit pas submergé (citons l’un d’eux : « Un metteur en scène, même débutant, se doit d’avoir un regard clair, net et précis sur les désordres qu’il filme. »), et le devoir de ne livrer de scènes crues que filtrées par un discours, que tamisées par un point de vue. Un point de vue au sens d’opinion. Le cinéaste sera ainsi sommé de faire clignoter des balises pour nous rappeler que pisser sur une fille c’est mal et que non, petit spectateur mal éduqué, il ne faut pas jouir de cette scène, il faut la trouver insupportable.
Si le cinéaste pouvait fournir en bonus une explication à ces abominations, ce serait parfait, la société serait blindée de repères. Rationalisé, le mal se découvrirait un remède, sauvant de la désespérance le spectateur transi par tant d’opaque barbarie. Or, le désespérant Franco n’assure pas ce service minimum, même lorsque les interviewers magnanimes lui accordent une nouvelle chance de s’ériger en berger des âmes. Assurément vous nous alertez, Michel, sur l’usage de facebook par les ados, et sur les comportements immoraux de certaine jeunesse bourgeoise buveuse de Gin et fumeuse de joints, hein Michel que vous nous alertez ? Mais l’obtus Michel persiste dans son refus d’endosser ce noble rôle. Il dit qu’il a voulu produire un récit juste, composé de scènes justes. C’est tout. Déception des gardiens de la morale : Michel Franco n’est pas le papa qu’ils attendaient. Ils n’ont plus qu’à se résigner à l’idée qu’il n’est rien de plus qu’un cinéaste. Rien de plus qu’un des meilleurs cinéastes apparus depuis vingt ans.

135 Commentaires

  1. @François Bégaudeau: Rétif à la marche linéaire vers la clarté qu’accompagnent les trompettes de tant de scénarios, Franco trouble la lumière qu’il diffuse, en sorte que l’ambivalence toujours demeure.

    oui.

    et sans doute on pourrait revoir le film et toujours y voir être davantage que la fois précédente.

  2. Alors, je viens de me renseigner sur « Chronic ». Absolument pas d’envie de le voir. Je l’ai vécu cet histoire moi-même et je n’imagine pas que un cinéaste trentenaire peut capturer la douleur, le sens de culpabilité, la honte, l’horreur, l’aboutissement de tout que représente la mort lente d’une proche qu’on ne peut pas assumer. Peut-être je me trompe, mais si Franco ne vivait pas cet experience lui-même à son âge tendre, je vois pas comment son film peut être vraisemblable. C’est une expérience comme aucun autre qu’on doit vivre pour le comprendre justement, à mon avis.

    • je retire des librairies mon livre sur la grossesse
      et je tache d’oublier ce sale film nommé Chronic

      • @François Bégaudeau: Merci encore une fois pour permettre les voix différents d’être respecter, tolérer sur ce site. Merci pour ta gentillesse, ton empathie, ton tolérance pour les opinions qui sont évidemmemt importants et personels pour les autres même s’ils ne se comportent pas exactement avec les tiens.

        • @Anglophone: Je lis la réponse François comme une plaisanterie incitant à la réfléchir à la fonction de l’art. Parce que moi aussi ton post m’a donné envie de plaisanter, disons qu’en reprenant ton point de vue, je me suis demandée si Franco n’aurait pas mieux fait d’attendre d’être en phase terminale pour faire son film. Ne le prends pas mal, aucune malveillance ici, c’est plutôt pour rire ensemble d’une mission impossible.

          • @Acratie: non, je pense pas que Franco devrait attendu d’être en phase terminale pour faire son film. Je crains simplement que le film soit banale, maudlin, mais à la fin, je ne l’ai pas vu. Je disais simplement que j’ai pas l’envie.

            Quant à la plaisanterie de notre hôte, j’avais oublié toutes les bonnes conversations et les bonnes blagues que lui et moi avions partagé ici.

          • non moi ça ne me fait pas rire
            ce genre de propos me consterne

          • @<a href="#comment-40753"FB: Merci pour tes rectifications. je m’efforcerai d’avoir des propos, des pensees, plus corrects dans l’avenir.

      • @François Bégaudeau: j’ai pas lu ton livre sur la grossesse, mais j’ai l’impression qu’ il est un recueil des temoognages raconté par les femmes à propos de leurs experiences. Dans ce capacité, le livre serait tout à fait différent que la situation dont je parle.

  3. @Acratie: oui, pour accepter la demande de Martha Dave a besoin d’un sas: on le voit d’abord prostré sur le canapé de la maison familiale, puis il monte dans la chambre de son fils, ouvre la porte et regarde la pièce vide, la ferme et part chez Martha. Ca m’émeut rien que d’en parler.

    • @Juliette B: et souvent dans ce film l’émotion nous surprend : la scène que tu cites, la visite de la maison construite par John, la scène au bar après l’enterrement de Sarah.

  4. Je vous relis, maintenant que j’ai vu le film,

    Vous m’épatez à vous être repéré avec la meuf du perso joué par Tim Roth,
    pas sure d’avoir bien suivi moi,

    – la scène où Dave questionne la meuf sur un éventuel remariage, la meuf c’est son ex?
    en fait, Dave est parti loin de son ex et sa fille après l’arrêt cardiaque accompagné de leur fils c ça?

  5. Un peu comme avec la journée de l’Isabelle de notre hôte qui fait tant réagir, dire, les gestes qu’effectue le perso joué par Tim Roth sont dingues: nombreux, précis et amortis, objectif premier? limiter les esquarres, cette saloperie qui bouffent en plus du reste tous les gens qui peuvent pu trop bouger
    du nuisible, de la charogne, qui profite de la maladie, de la vulnérabilité augmentée,
    ces gestes routine sont forts, comme lorsqu’il met sur le côté l’architecte, relève et baisse les barrières du lit médicalisé pour laisser l’accès à la fille qui, peut-être, est déclencheuse de l’hyper méfiance des proches

    – Tu l’as vu en érection toi l’architecte lors de la toilette? le fils hallucine, ce remplacement inopiné de la Silvia, je crois qu’elle s’intitule ainsi l’infirmière de nuit, va être fatal à David/Dave

    • @shash: non, j’ai aperçu son zizi, mais il m’a semblé au repos:-)

      • @Juliette B: ce qui n’empêche pas David/Dave de dire à l’architecte qui lui confie avoir peur de mourir que ces meufs dont il ne veut pas dépendre ont peur elle aussi,

        – Ce moment de la toilette de l’archi est terrible, il fait suite aux sanglots que Dave accueille, embrasse après les crises, de douleur, d’étouffement, de trouille au moment où la fille de l’archi amène l’assiette du repas familial qui se déroule au rez de chaussée,

        avec le perso joué de Tim Roth ça y est: je pige enfin la bienveillance.

      • @Juliette B: au repos, et quand bien même?!

        – j’aime le dialogue entre les deux mecs quand Silvia se pointe:
        « ces seins ont grossi non?
        – non, vous êtes juste en manque »

        et puis aussi, à propos du remplacement de nuit que Dave renvoie:
        « il était beau »?

        benh quoi, vous avez jamais eu d’histoire avec un homme? »
        et là, sourire tendre et bienveillant de Dave,

        ouais, prix du scènar à Cannes c ça qu’on lit au début du générique du film? aurait pu avoir plus mieux,

        • @shash: dans une interview conjointe que j’ai vue sur le net, Franco explique que Roth a largement participé aux choix de certaines prises de vue et autres décisions techniques importantes pendant le tournage; et que comme en plus d’être acteur, il est aussi réalisateur, il lui faisait confiance et suivait souvent ses conseils car ils étaient bons.
          On les sent très raccord sur le film tous les deux, de bout en bout.

          • @Juliette B: cet aspect là m’échappe quelque peu, pour ne pas dire plus,
            ok, j’en prends note, pense pas que j’en ferai quelque chose mais ok,

          • @Shash:

            cet aspect là m’échappe quelque peu, pour ne pas dire plus,

            on est juste pas pareilles là-dessus je crois; moi cette mention par Franco et Roth du plaisir qu’ils ont eu à travailler étroitement ensemble pour construire le film ajoute aussitôt à mon plaisir, parce que ça me renvoie en pensée à une expérience de travail collectif heureuse. Quand ça marche comme ça, je trouve ça merveilleux, ça a à mes yeux quelque chose de surnaturel et je ne me lasse pas de m’en réjouir

            Me parle pour la même raison, dans

            Les deux amis

            de Garrel, la scène où Abel, qui vient de se faire lourder comme ami par Clément, le regarde dormir, encore sonné par la violence de la rupture, et dit: « On devrait faire de la musique. Il faut former chacun des groupes, sinon on tient pas… On finira tous les deux tous seuls Clément ».

            Ca me touche aussitôt au coeur.

          • @Juliette B: Je te rejoins sur la scène émouvante des Deux amis,que tu cites.En effet ça nous renvoie à ce qui peut se vivre de mieux, une activité commune,avec quelqu’un ou des gens avec qui on s’entend bien.

        • @shash: c’est noté.

          • @Juliette B: ah si, peut-être que je pigerai mieux avec un exemple,

            – Tim Roth cite une scène en particulier? un moment où Franco lui aurait volontiers laissé les commandes?
            / si tu t’en souviens et veux bien /

      • @Juliette B: j’imagine tout à coup comment les 2 gas auraient pu saluer une bandaison heureuse pour l’archi?

        – en descendant l’escalier pour la montrer à tous durant le dîner? non, l’archi se la serait sans doute réservée pour profiter ++++ de ses youporn préférés

  6. Vu Despues de Lucia. rarement été aussi tendue tout au long d’un film. La caméra reste presque toujours fixe ,elle montre ce qui se passe,je dirais elle regarde ce qui se passe,sans accompagner l’action ou les personnages, elle nous colle devant,et j’ai eu l’impression d’un double emprisonnement : celui d’Ale et le mien comme spectateur. Pas de mouvement, pas de possibilité d’échapper,elle à son sort, moi au spectacle. c’est du tragique sans dieu, c’est là implacable. elle rentre tout, le gamin supplie,c’est pareil, c’est là, c’est ça.
    Impossibilité de partager l’après Lucia. je ne crois pas qu’elle cherche à protéger son père, ni à se protéger de lui. Ils sont chacun dans son couloir,et ils y vont, chacun,seul, dans le mur.
    Tragédie en 3 morts. Pour le spectateur, terreur, pitié,impuissance.

    • @patricia: Lucia encore : je trouve fort que Franco mette ensemble deux plans(le mot ne convient pas) complètement différents : les événements qui ont lieu, c’est à dire cette fille qui arrive au lycée,se met à participer aux sorties des gens de sa classe,devient leur souffre douleur : occasion de les voir vivre , ces ados bourgeois débridés / la tragédie que vivent Ale et son père.
      Les deux plans se rejoignent,dans la mesure où les jeunes vont devenir les instruments du destin tragique du père et de la fille,mais en fait les deux plans restent imperméables.
      On ne sait rien de l’accident et de la place qu’y a eue Ale : culpabilité ou sidération ,elle est embarquée dans la tragédie,et ses efforts contradictoires pour y échapper (sortir, »s’éclater »/en faire trop, pousser les choses à l’excès) montrent qu’elle se sent prise dans la nasse, ce qui peut expliquer sa passivité ensuite : elle n’échappera pas, elle n’essaie pas d’échapper.
      Les autres ados sont presque surpris de cette passivité(on le voit à plusieurs reprises),ils ne s’attendent pas à tant de facilité, et c’est ce qui les fait pousser les choses toujours plus loin : le vilain bizutage prend une dimension qui d’une certaine façon leur échappe : la réunion avec les adultes après la disparition d’Ale les montre redevenus les gamins qu’ils sont.
      Ce qui est dominant, c’est la tragédie,et c’est de cela qu’Ale est victime, est héroïne, et pas des agissements de ses camarades :il me semble que son action à la fin me montre : elle aurait pu être retrouvée en sale état sur la plage,et là, aurait été vue comme victime des autres. Mais elle s »en sort, retourne dans sa ville et sa maison précédente, prend le temps de se reprendre, de se retrouver comme lavée, comme redevenue elle-même, avant de se présenter devant la mer : elle agit pleinement.

      • Je ne suis pas sur qu’elle soit si héroique. Il n’y a pas de héros chez Racine. Son acte final est de pure survie. Et elle ne fait jamais que revenir à la case départ, la maison d’enfance, la maison de la mère. Un personnage tragique ne peut que souhaiter une chose : qu’on fasse reset, qu’on reparte à zéro. Que tout cela n’ait pas eu lieu.

        • @François Bégaudeau: je ne pensais pas « héroïne » au sens d' »héroïque »,mais comme personnage de tragédie. Pour moi c’est exactement ça la tragédie, une logique dramatique implacable et en même temps aléatoire : les personnages agissent et « sont agis » ,ils sont pris dans une nécessité qu’ils croient maîtriser,alors qu’ils sont menés dans une direction qui correspond à une logique autre et incompréhensible.
          Oedipe croit échapper en quittant sa famille et il fonce avec son intelligence trompée vers son sort. Le père fait ce qu’il faut pour s’en sortir, il déménage, change de travail ; Ale s’intègre de façon dynamique aux élèves de son lycée,et c’est ce dynamisme même qui devient le piège.
          Je trouve que la fin continue le processus : en effet on ne sait pas ce que fera et deviendra le père,et comme tu dis il ne le sait pas lui-même, mais Franco le filme frontalement et fixe comme s’il était complètement déterminé dans son acte : il l’est, déterminé, mais dans l’autre sens du terme.
          Ale réussit à survivre et s’échappe, mais vers quoi?Cette maison vide n’est pas un retour à zéro,il n’y a pas de retour à zéro,et quoi qu’elle fasse – et nous, spectateurs de la tragédie, le savons puisque nous avons vu agir le père – elle n’échappera pas : père assassin? père mort? suicide ? : le film s’arrête sur une interrogation proprement tragique,des personnages en marche et aveugles (je pense à Pasolini faisant tourner le jeune Oedipe sur lui-même en se bouchant les yeux au carrefour )
          L’interrogation sur le jeune que le père emmène sur le bateau entre aussi dans la tragédie : il est peut être coupable ,et des éléments pourraient le montrer,mais peut être pas : le mystère de meure sur des éléments essentiels. Et ça tombe sur lui. Et le père justicier est peut être dans l’erreur, peut être pas. La raison des personnages tragiques est diabolique,et les dieux rient.

          • @patricia: je présente tout sur le mode affirmatif, mais dans mon idée il y a des ? partout.

        • @François Bégaudeau: très intéressant le lien que tu fais entre tragédie et jansénisme :ça m’ouvre une piste sur le jansénisme que je n’ai jamais réussi à comprendre vraiment.

    • @patricia: je sors de son dernier.
      C’est un filmage frontal, simple, où ça joue rarement avec le cadrage – un plan quand même, au travers des arcades d’une terrasse, comme pour faire trôner la femme en fauteuil roulant que l’infirmier à domicile aide à se nourrir –
      Chronic, ça montre, ça dit, ça documente,
      Si j’osais, j’avouerais quand même en avoir sur le coup voulu à Franco de stopper brutalement le kif que me procurait l’endorphine de son perso qui joggue, j’en suis revenue à pied du ciné dis donc (un moindre mal puisque ce soir, l’air des rues de Paris est étonnamment doux et la pointe typique des débuts de mal de crâne causé par le choc, la contrariété, a fini par se dissiper.)
      Chronic me touche avec sa mise en scène efficace d’une sorte de routine, de chroniques de l’ordinaire dans les situations de vie avec la maladie ou quand la vie prend fin.
      J’aime beaucoup aussi le moment où David revient voir sa fille sur le campus, quand ils s’étreignent, quand ils sont attablés, ces scènes me font un effet proche de celle avec Pialat-Bonnaire dans l’à nos amours.

      • …/ c’est bien la meilleure manière de finir un récit : en accusant l’arbitraire de toute fin -et cela va particulièrement à ce film qui explose un par un tous les fils narratifs, et pourrait donc continuer des heures. Une chronique, oui : du temps qui avance et c’est tout.
        Ensuite ca montre que Dave, en soulageant les autres ne se sauve pas lui -même. Dieu joue aux dés : il a droit de vie et de mort sur tous, à n’importe quel moment, quoi qu’ils aient fait. On retrouve là le jansénisme des grands. / …

        oui, c’est ce que je me suis dit sur la route du retour,

        et on a fait un sacré bond collectif dans la salle quand ça se passe,

        • @shash:… going to Hell : je ne comprends pas le texte : tu sais, toi, ce qu’ils disent? Les images ne m’éclairent pas. Help shash

          • @patricia: j’aime bien ce passage
            …/ He thinks Christians are insane
            They don’t know love,
            They know fear and moral hauteur / …

            et le chanté de leur jezeus chraïst m’évoquât tom à la ferme, un JC à la fuck qui me le fait

            après, j’aime surtout leur beat et puis c’est une propale de mise en muse des rêveries de notre hôte à propos de la fin, voilà, tu sais tout biloute,

          • j’aime bien ce passage
            …/ He thinks Christians are insane
            They don’t know love,
            They know fear and moral hauteur / …

            et le chanté de leur jezeus chraïst m’évoquât tom à la ferme, un JC à la fuck qui me le fait

            après, j’aime surtout leur beat et puis c’est une propale de mise en muse des rêveries de notre hôte à propos de la fin, voilà, tu sais tout biloute,

            about I’m Going to Hell for This One, patricia

          • @<a href="#comment-40624@shash: merci shash !

          • @patricia: et puis un truc avec/contre Mel Gibson aussi, de la bière,

            Thomas Croisière est-il dans le coup? ;- D

            une autre allez:
            https://www.youtube.com/watch?v=dgmhwUiMDsc

      • @shash:  » j’en suis revenue à pied du ciné dis donc  »
        c’est drôle que tu me dises ça, parce que après avoir vu Despues de Lucia, j’étais tellement tendue que j’ai eu besoin d’aller courir,je n’aurais pas pu lire ou faire autre chose, j’avais besoin d’air et de bouger.
         » Dieu joue aux dés : il a droit de vie et de mort sur tous, à n’importe quel moment, quoi qu’ils aient fait. On retrouve là le jansénisme des grands. / »
        Dans Lucia je ne vois pas de dieu mais une sorte de nécessité fatale qui s’impose. peut être que ça se ressemble.
        bonne nuit shash

        • @patricia: j’essaierai de voir sa D2L,
          bonne nuit patricia,

        • Oui ça se ressemble. Mais précisément cette fatalité n’est pas nécessaire. Elle ne cesse d’etre aléatoire. Il arrive cela, il pourrait arriver autre chose. Que va faire le père? Il semble ne pas le savoir lui-même. Qui va-t-il punir dans le groupe? Il prend un peu au hasard celui qui jusqu’à preuve du contraire n’y est pas pour grand chose.

          • @François Bégaudeau: Je transfère la question de la fatalité à Chronic. Est-ce que Dave est fataliste ? je l’ai pensé au moment où il se fait virer après la menace de plainte de la famille de John. Il reste stoïque, genre je le prends comme ça vient, alors qu’on peut supposer qu’il est atteint par l’évènement pour de multiples raisons. Puis il tente une visite à John, que la fille lui refuse assez gentiment et il n’insiste pas, il s’en va, sans expression de colère ni de déception ni de souffrance et on le retrouve avec Martha et son ami. On ne sait pas trop comment il encaisse l’accusation, est-ce qu’il relativise, comment il se détache de la situation. Franco sème pas mal d’interrogations dans ce film, pas facile pour le spectateur de faire avec ça, si ce n’est à y voir une grande liberté.

          • Fataliste, sans doute, dans le sens simple où il sait, depuis toujours, qu’un type comme lui suscitera toujours ce genre de réactions. C’est absoluement normal, il n’y a pas à s’en émouvoir et encore moins à réagir contre. Dave n’étant pas humain, il se trouvera bien des humains pour le repousser. Il le sait, il continue. Rien ne l’arrêtera qu’une voiture conduite par le scénariste qui lui a donné la vie.

          • @François Bégaudeau: Dave n’est pas humain dis-tu. Parce que le personnage manque de complexité ou parce que Dave est un saint ? Faut-il être un saint ou le personnage d’un film pour s’occuper de la bien réelle merde et du bien réel vomi avec tant de délicatesse ?

          • Oui je crois que c’est un saint. Je crois que la question du film, c’est : à quoi ressemble la bonté la vraie.
            Il apparait que :
            -la bonté est sans raison
            -la bonté n’a pas besoin de se justifier.
            -la bonté n’est pas sentimentale ; ne fait pas de sentiments ; est froide.
            -en cela la bonté est par-delà l’humain, qui le pauvre a de sentiments.
            -par suite la bonté est insupportable par les humains.

          • dave n’est pas complexe, non, il est simple, il est rudimentaire
            mais cette simplicité est opaque aux humains déshabitués à elle -je crois que mon texte explique assez bien cela en évoquant le rapport que ce film entretient à son spectateur
            par suite cette simplicité apparait complexe

          • @François Bégaudeau: le rapport que ce film entretient à son spectateur Grosse question en effet, insistante comme le suggère shash, bien après le film.
            De plus en plus impatiente de lire ton texte.

        • @patricia: côté faiseur du film c’est quand même spécial aussi
          – tes persos, tes situations, ton scenario, c’est une fenêtre que t’ouvres sur des existences, des moments courts et puis pof ça se referme et chacun reprend le cours de la sienne d’existence
          comme dans la vie, une mise en abyme de ce qui se passe souvent pour chacun d’entre nous aussi,

          – Et puis, comme avec le Camille Claudel de Dumont, je fixe un peu sur les temps de toilette,
          cette façon d’amener du touch, du care, de la douceur, de la chaleur pour des personnes qui à priori n’ont pu trop de contacts physiques, charnels, ni avec eux mêmes ni avec d’autres

          C’est un truc qui m’impressionne pas mal ça,

          et le dialogue avec l’architecte qui ne veut pas être dépendantes d’elles? (femme et fille) son humour avec le soignant qu’il appelle « honey »?

          très fort ce film, qui invite presque malgré lui à vivre son quotidien, à ouvrir les yeux, à faire gaffe à soi et son entourage je trouve,

          • @shash: que veux tu dire par « faiseur »?
            Ce que tu dis du film shash c’est précisément sa qualité,c’est à dire être complètement dans la vie dans ses côtés les plus banals et les plus justes, et être vertigineux par les trouées,les abymes vers soi et vers la condition humaine.
            je n’ai pas vu encore Chronic , pour ceux qui ont vu les deux, est ce qu’on peut parler des deux ensemble?

          • @shash: j’enchaine sur ta dernière phrase à propos de l’entourage parce que hier je repensais à la cousine de Sarah qui tente de choper Dave après les funérailles pour qu’il lui parle de la défunte. J’ai des questions à son sujet à vous poser, lui dit-elle.

            Il n’obtempère pas à ce qu’elle semble considérer comme un dû et sur le coup je me suis demandé pourquoi.

            Et hier je me disais que Dave refusait simplement et logiquement de rejouer pour leurs proches le dernier acte de la vie de ses patients;

            Il est là lui au dernier acte, et si eux ne sont pas là tant pis pour eux, le temps ne se rattrape pas.

            Ce n’est pas de la méchanceté ni de l’indifférence son refus, c’est juste ce constat là: seule Sarah pouvait répondre aux questions que sa cousine n’a pas été lui poser de son vivant et le temps ne se rattrape pas.

          • @patricia: un ‘faiseur’ de film pour réal alors, ou plus s’il fait plus
            un peu comme un auteur/compo/interprète en zique
            oh la la, patricia force 2, allez du nerf que begaudeau 😛

            – Si on parle aussi de D2L tu me mets sur la touche?
            je boude

          • @Juliette B: j’enchaîne sur ta dernière phrase
            https://www.youtube.com/watch?v=WfD8Dnh2xho

          • @Juliette B: Trust mis à part, je reviens sur cette scène que tu mets en exergue oui, ce pourrait être aussi parc’que David/Dave a bien entendu la 1ère question de la nièce « vous allez aux funérailles de tous vos patients »? on peut l’entendre comme le début des emmerdes cette question non?
            ne pas répondre, préférer ne pas, c’est pas si mal
            d’ailleurs ce qui se passe avec les proches de l’architecte lui donne raison, la place du tiers est parfois complexe, enviée, mal comprise,

        • @patricia: ‘sciuse mi soeur, tout à coup j’ai un doute: tu l’as visionné le chronic?
          ou pas?

          • @shash: non mais nos derniers messages se croisent(shakespeare, lamartine,qu’est ce qui passe par la cheminée? )
            je suis en train de me renseigner sur les chances de le voir ici.

          • Ce truc de la toilette:
            le soignant-assistant de vie au quotidien, quand il est bon, fait bien plus que veiller à l’hygiène
            cette attention à masser en même temps, le temps passer sur les jambes, à drainer doucement, à impulser sur la plante des pieds des stimulis sans risquer d’utiliser le pommeau de douche si pratique et punchant,

            Et puis le cadeau d’annive à l’architecte, simple, pas grand genre et qui dit tant,
            comme le film,

          • @shash: bien sûr que non je te mets pas sur la touche, moi j’ai pas vu Chronic, et justement je trouve intéressant qu’on puisse dire des choses sur celui qu’on a vu, qui semblent s’appliquer à celui qu’on n’a pas vu.
            force 2, tu crois que je dois augmenter ma dose de magnesium shash?,

          • @patricia: fais comme tu kiffe

            mag2 ça file des selles noires c ça?
            alterne alors avec des betteraves rouges, tu singeras alors notre jeanne mas nationale 😀

          • @shash: oui tu as raison ça peut aussi être ça, parallèlement, comme quand il ne répond pas à l’ex-femme de l’architecte qui lui demande: « mais il ne devrait pas être sous oxygène quand vous lui faites ça? » pendant qu’il est en train de manipuler/assouplir les jambes du malade.
            (Et à ce moment là on pense « Fuck off Mildred !)

  7. @François Bégaudeau:

    je ne crois pas que la partie familiale influence la partie professionnelle. le film ne le dit pas, ne montre rien qui aille dans ce sens, s’attache bien plutot à casser ce lien, à le déjouer

    Elle l’influence pourtant directement dans les faits quand Martha fait sa demande à Dave parce qu’elle sait qu’il a déjà fait ça avec son fils (elle lui dit: tu l’as déjà fait, je le sais, donc tu peux le faire pour moi).

    Par ailleurs, Dave pleure quand sa fille le fait parler de son fils; au début du film on le voit à deux reprises regarder les photos de la page Facebook de sa fille qui semble lui manquer; il reprend finalement contact avec elle, avec son ex-femme;

    et, surtout, il retourne dans la chambre vide de son fils juste avant d’aller chez Martha pour faire le geste qu’il a d’abord refusé; c’est là qu’il semble prendre sa décision.

    Franco n’en tire pas de conclusions toutes faites, mais il pose quand même ces jalons là.

    Je suis d’accord sur le fait qu’on ne peut pas affirmer que c’est à cause de son fils que Dave fait ainsi totalement corps avec ses malades, personnellement je ne le pense pas, mais pour autant à mon avis on ne peut pas affirmer que la partie familiale n’a aucune influence sur la partie professionnelle. Tout ça reste très ouvert.

    • oui voilà, ca reste ouvert
      évidemment que ça joue, puisque ca précède et que c’est fort, mais en quoi cela joue-t-il?
      on remarquera en tout cas que l’épisode avec Marthe ne rachète pas l’épisode avec le fils

      • @François Bégaudeau: un peu étonnée par ton terme de rachat parce qu’à aucun moment je n’ai le sentiment que Dave se sente ou se soit jamais senti coupable;

        mais sans doute parles-tu là du regard des autres,

        parce que lui il a fait ce qu’il fallait faire,
        il fait ce qu’il faut faire, même quand ça lui coûte (il dit d’abord non à Martha);
        le mystère de Dave est tout entier dans ses gestes.

        • absolument, s’il ne se rachète pas c’est parce qu’il n’est pas dans le paradigme de la faute-rachat
          le mal ne se rachète pas, il s’accompagne

        • @Juliette B: avec et à propos de l’accompagnement actif de la fin de vie de Martha,
          – s’il avait encore des démons à propos de l’accompagnement de la fin de vie de son fils, la question posée à sa fille – dans cette scène que, je viens de te lire à propos, on aime toutes les 2 au moins – et la réponse de celle-ci (elle lui dit qu’il a eu raison de le faire) me paraît le caler, l’alléger on l’espère.

          Pour Martha, je n’oublie pas qu’il a été viré de l’agence d’auxiliaire de vie/infirmier qui l’employait, qu’il a retrouvé ce boulot (auprès de Martha) en recontactant un ancien boss, qu’il est payé moins qu’avant (il a l’affaire de l’architecte au cul) bref, c’est prendre un risque certain que d’accepter d’aider Martha à mourir plus vite.

          • @shash: en fait dans ma vision du film Dave ne calcule pas, jamais; il fait juste corps avec ses malades et tout entier tendu vers ça, tout empli de ça, il balaie parfois d’un revers de la main ce qui peut l’entraver;
            dans le scène de chimio, quand l’infirmière appelle Martha il se lève spontanément pour l’accompagner et comme elle lui signifie qu’il doit attendre à l’extérieur, il se rassied lourdement, saisit le sac de Martha et le pose sur ses genoux comme si ce substitut limitait la séparation de leurs corps le temps de la séance.

          • @Juliette: en fait dans ma vision du film Dave ne calcule pas, jamais; il fait juste corps avec ses malades et tout entier tendu vers ça, tout empli de ça, Tout à fait d’accord avec ce que tu écris là. Il a seulement besoin de réfléchir à distance quand il doit prendre sa décision pour Martha, il hésite, il a besoin d’analyser la situation, et il choisit un lieu, la chambre de son fils, pour décider. Plusieurs scènes montrent cette rationalité de Dave qui tient je crois à son éthique, la scène avec la cousine de Sarah par exemple.
            Mais ce que tu indiques ajoute aussi au personnage de Dave la possibilité de la fantaisie : génial cadeau d’anniversaire pour John qui semble une évidence bien que requérant une démarche insolite. Toute la relation avec John montre comment Dave tranquillement s’adapte à un patient peu commun, il finit par le laisser mater ses films alors que sa réaction première est de fermer la tablette (je crois me souvenir de ça), il répond à sa manière aux obsessions de John.
            Ce que tu remarques Dave ne calcule pas, jamais, c’est dû je crois au fait qu’il ne se conforme à aucun modèle, il s’est déchargé de ça, il agit en fonction du malade, de la façon la plus appropriée et la plus sensible, c’est là son zèle, sa bonté, et il est apaisé car il n’a pas d’illusion et qu’il n’est pas soumis à des règles.

            D’où ses emmerds, mais les bons professionnels ont toujours des emmerds puisqu’ils dérogent aux prescriptions.

        • @Juliette B: d’où peut-être ce premier refus,

          après, je me souviens de la soirée devant la télé, après que la cancérologue ait parlée d’une nouvelle série de séances de chimio vivement recommandée, qu’on comprend comme ‘de principe’, du coup de fil de sa fille qui – comme Martha lui dit que c’est tout bon, pu de métastases, et que s’entame ‘juste’ la surveillance-soins de la période de rémission – dit à sa mère que, du coup, pas la peine qu’elle lui rende visite à la fin du mois,

          la demande de Martha est illustrée par le manque d’attention de son entourage proche, déjà confié lors du repas avec Dave et sa fille
          Pour un mec comme Dave, ça vaut fondement pour acter sa demande d’aide à mourir à ce moment là

  8. « Où est il défendu? »
    pas dans le dernier Télérama

  9. pardon, je clique

  10. Suffit que je passe 2 jours en lisant juste les dis moi sans passer par begaudeau.info, pour que François fasse un nouveau sujet et que tous les sitistes,sauf moi, réagissent. Je me dis : c’est bien calme Dis-moi,et d’un seul coup : MINCE !
    A force de ne pas l’avoir vu, j’ai acheté le DVD de Después de Lucia.visionnement fin de semaine,à mon aise, comme disent les belges.

    • @patricia: Moi je vais essayer de voir demain Chronic. A ton avis, c’est quoi la com’ de François sur les recettes des films de Franco?

      • @Charles: ouais, c’est louche

        • je précise que Franco ne m’a proposé une com sur Chronic, du reste pas très élevée, qu’après avoir lu mon texte sur despues
          donc je l’aimais avant
          mon honneur critique est sauf, même si en effet je n’aime pas beaucoup Chronic

  11. Rien à voir, mais ciné quand même : quelqu’un a vu The Assassin de Hou Hsiao Hsien? je ne sais même pas s’il est déjà sorti en salle. Je viens de le voir sur un site pirateux, très très très envie de le revoir en salle.

  12. françois bégaudeau: même léger malaise devant ton texte que celui que j’avais ressenti devant l’échange avec Sidi Sakho lors de la table ronde Transfuge sur Chronic: tu sembles réduire les critiques faites aux deux films de Franco à l’incapacité de ceux qui les émettent à accepter le réel, en tout cas la vision d’un certain réel qui serait trop cru pour eux (une jeune fille maltraitée, une femme qui vomit, un corps qui souffre, etc).

    Je ne dis pas que les critiques connes de ce type n’existent pas, bien sûr qu’elles existent, mais pourquoi ne pas accorder au spectateur de pouvoir ne pas aimer Despues ou Chronic pour d’autres raisons que celle d’être révulsé par un corps qui vit.

    A Sidi Sakho, tu rétorques « ce que tu demandes à un film comme Despues tu le demanderais jamais à un film sur les camps de concentration » ou à un film que raconte une rupture. Mais pourquoi pas ? Il y a mille façons de filmer les camps ou une rupture, et ce que vient de dire Sakho ce n’est pas que le réel d’une fille maltraitée le dérange, ce n’est pas le sujet qui l’emmerde, c’est que la façon dont le réal choisit de la montrer ne lui parle pas.

    Tu parles d’un « réel brut » dont le critique récalcitrant ne voudrait pas être submergé; mais de quel réel brut parles-tu ? quand mon fils vomit parce qu’il a une gastro parfois il le fait sur mes pieds, parfois je ne le vois que le lendemain sur le sol de sa chambre, parfois je le vois faire de face, parfois de dos, parfois je l’entends juste la nuit allait dégueuler aux toilettes…

    La vérité s’agissant de votre perception du film à toi et à Sidi Sakho, et à moi tant qu’on y est, c’est peut-être toi qui la donne quand tu dis: « tout ça c’est très physique, sensoriel et dès le premier plan je me sens chez moi »;

    et ben lui pas

    partant de là, peux-tu vraiment affirmer que c’est parce qu’il refuse le réel qu’il n’aime pas le film ou ne serait-ce pas plutôt juste qu’il ne s’y sent « pas chez lui », que le plaisir qui s’impose à toi d’emblée dans le film ne gagne pas ses fibres.

    De Despues de lucia Franco dit dans une interview assez postérieure au film: « Avec le recul, je voulais montrer comment Lucia se transforme en martyr pour permettre à son père d’accepter son deuil ». Et je me suis dit: mais oui, le film se joue finement de nous en prétendant raconter le harcèlement collectif alors qu’il raconte aussi – et c’est peut-être le plus dérangeant – un martyr consenti.

    Mais voilà, le martyr mis en scène par Dumont dans Hadewijch, il me fait vaciller mais je m’y sens chez moi, alors que le martyr mis en scène par Franco je m’y sens pas chez moi

    va savoir pourquoi;

    (pas encore vu Chronic, envie de le voir)

    • Je réponds à Charles et Juliette sur Franco.
      Un préalable au débat (et qui sera aussi sa conclusion), c’est qu’il faudrait que vous voyiez le film. Puis, que l’ayant vu, vous lisiez la critique que j’en ai faite. Là c‘est compliqué de parler sans se référer à la matière même du film, et puis vraiment je me trouve plus intéressant dans le texte que dans le débat en ligne
      Débat en ligne, qui en plus de pâtir des approximations emportées de l’oral, a lieu entre Sidy et moi. Sidy qui n’a pas vu Chronic. Donc on est loin du détail du film, et quand on est loin, eh bien très vite on va dans des questions générales qui, en cinéphilie, prennent vite le train de la morale.
      Cela dit, il se trouve que, comme je le dis dans cette vidéo, même une fois le film vu, c’est encore et toujours de morale qu’il est question, avec l’outillage éculé qu’on connaît bien, et que j’essaie de déconstruire dans le texte sur Despues : petit malin, point de vue, manipulation, voyeur, sadisme, pourquoi m’imposer ça ?
      Je le maintiens : ce paradigme n’est pas opératoire. Il ne marche pas. Folavril rappelle a bon droit que Franco a fait ce film en souvenir de sa grand-mère, et en hommage au dévouement des infirmiers, mais je n’ai même pas besoin d’en passer par là, parce que ce serait répondre « mais non il est gentil », à ceux qui disent « quel sale type ce Franco » -quel beau débat, noble et relevé.
      Ce que je dirai dans la vie comme devant un film, c’est que ce paradigme moral arrive en lieu et place d’autre chose. Cet autre chose est une gêne toute physique. Et là Juliette je crois que nous sommes d’accord (et que donc tu prends à l’envers ce que je dis) : devant de telles scènes on sent bien ou on sent mal, et je comprends très bien qu’on se sente mal, pour une raison x ou y, surtout devant un matériau existentiel à haute densité émotionnelle. J’ai une amie qui me dit : non moi j’irai pas, les soins palliatifs je pourrai pas. Et vraiment je respecte ça. Un autre me dit : désolé mais la scène ou Alejandra bouffe un gâteau de merde, je peux pas. Eh bien je respecte aussi. Pas de souci jusque là, et je le dis dans la Table : nommons la gêne physique, et il n’y aura pas de problème.
      Ce que je ne supporte pas, donc, c’est, dans la vie comme devant un film, quand on produit la morale pour ne pas parler du point sensible réel. C’est, dans la vie comme devant un film, la falsification.
      C’est là que j’en viens plus spécifiquement à ce que tu dis Charles. Tu ériges ton dégout fort compréhensible en ligne jaune objective : il y a certains protocoles filmiques que tu trouves répréhensible. Mais alors là il va falloir se lever de bonne heure pour tenir rigoureusement cette ligne, et pour placer le curseur ? Admettons la séparation nette que tu poses entre film de genre et film réaliste (bien qu’elle ne me semble pas si nette, mais admettons, car c’est là de ta part une belle tentative de conceptualiser), et tenons-nous en donc aux films réalistes. Dans ce périmètre, à partir de quel moment je pose une limite ? Où commence l’attentat à la pudeur ? Si on part sur la morale, pourquoi serait-il insupportable, et inacceptable de voir une cancéreuse vomir, mais tout à fait tolérable de voir un personnage fondre en larmes en apprenant que son épouse est morte, comme tant de films l’ont montré. On n’a le droit et pas le droit de restituer quoi ? Bon courage.
      Ma ligne est claire, quant à moi, et me semble ajustée à ce dont il est question, à savoir un film, et moi qui le regarde. Et ce que je vais voir, c’est ce qui se passe vraiment à l’écran. C’est comment c’est foutu, ce que ça montre, ce que ça dit, ce que ça me fait. Dans la scène d’irréversible, ce n’est pas le viol qui me gêne, ca m’intéresse beaucoup au contraire que le cinéma essaie de voir comment ca se passe vraiment cette affaire de viol (qui le ferait sinon ?). Sauf qu’en l’occurrence, on ne voit pas un viol, on voit Monica Bellucci se faire enculer, et par ailleurs tacher de changer de dimension actorale en jouant le jeu à fond. Au bout du compte cette scène ne produit rien ; ne me donne rien à voir, penser, ressentir.
      La moitié des scènes de Chronic ne me dégoutent pas, elles m’inondent de tendresse, et ça sans doute ca n’engage que mon corps, le rapport de mon corps à ce réel là, et plus généralement l’articulation cardinale et très viscérale chez moi, entre cruauté et bonté (mon texte s’appelle Froid comme la bonté, et on peut le lire comme un manifeste esthétique et moral). Ce que je peux tenir objectivement, et qui nourrit la critique, c’est que ces scènes portent bien des choses, que ce film est vaste, que ce personnage est unique, et que Franco confirme qu’il est un inégalable agenceur de récit. Mais là-dessus je ne peux que renvoyer à la factualité du film, et la boucle est bouclée.

      • @François Bégaudeau: J’ai bien conscience de marcher sur des oeufs avec cette affaire mais c’est encore la façon la plus honnête que j’ai trouvé pour l’expliquer. J’irai voir Chronic et lirai ta critique, n’en doute pas.
        En attendant quelques remarques. Concernant Irréversible, es-tu en train de dire que si une autre actrice que Bellucci avait joué le rôle la scène t’aurait semblé intéressante? Tu n’avais ressenti rien d’autre que du désintérêt et de l’ennui devant cette scène?
        Sur la distinction vomi/pleurs, acceptable/pas acceptable, tu sais bien que l’on n’arrive pas vierge devant un film et que l’on trimballe toutes sortes de référents culturels, consciemment ou non. Tu sais tout autant que moi la culture occidentale est remplie de scènes, passages, moments pathétiques où le corps ne contrôle plus un excès de douleur et se laisse déborder par la peine, à travers des larmes et des cris. Que le spectateur devant une scène de larmes est conditionné d’une certaine façon à l’accepter puisque les larmes ont été anoblies par l’art. Pourquoi l’art s’en est emparé? Parce qu’un corps qui pleure est un corps qui déborde de souffrance mais un corps qui ne se dégrade pas, qui est laissé intact par le passage des larmes. Un corps qui vomit en raison d’un cancer est un corps qui se dégrade, qui est faible pour des raisons non psychologiques. Alors oui, c’est du cas par cas et il est sans doute bancal voire intenable.

        • Oui il doit y avoir de ça. Un empêchement occidental, ou européen , ou français.
          Mais l’art est l’espace où s’élargit le possible, où s’augmentent nos capacités, où se déplacent les repères, où s’affolent les identités, les cultures, les territoires. Avec l’art je peux me sentir « chez moi » en Thailande, et pas du tout chez moi dans le Paris d’Ozon ou Audiard.
          Et puis si le cinéma s’interdit, ou se voit interdire, de filmer le corps qui se dégrade, il va filmer quoi au juste? Il lui reste quoi? C’est la moitié de la vie un corps qui se dégrade. Tous les jours mon corps se dégrade -de la mort au travail, comme disait l’autre.
          Je précise que Chronic montre moins des corps qui se dégradent qu’un type qui s’en occupe, les aide, les soulage. Ca non plus faut pas? Les millions d’humains qui font de l’aide à la personne on décide que le cinéma ne s’en occupe pas? Et si on s’en occupe on ne montre pas le coeur de leur travail? Le coeur de leur travail, et ca m’avait frappé pendant mon immersion pour le Moindre mal, c’est s’occuper du digestif : manger, pisser, chier. Désolé les gars : manger, pisser, chier -et souvent ça fonctionne pas, ça déglutit pas, ca se pisse dessus et ça vomit. Les trois verbes les plus universels, les plus communs, les plus bouleversants de normalité, et on ne s’en occuperait pas?
          Ca marche pas
          Ca marchera jamais.
          Moi je le redis : un grand cinéaste s’avance là. On prend ou on prend pas. Mais vraiment ce serait dommage qu’une fois de plus la morale nous prive d’art.

          • @François Bégaudeau: On va réfléchir à tout ça et voir le film.

          • @François Bégaudeau: oui, on va aller voir Chronic; dommage d’ailleurs, ce décalage entre ton texte à paraître dans Transfuge du mois prochain et la sortie en salles du film demain. C’était déjà le cas avec La tête haute, dont ta critique a été publiée bien après la sortie du film; mais j’imagine que c’est que tu es le premier à le regretter.

          • Le tete haute ‘était d’emblée concu comme un « remous », c’està-dire un retour sur le film sous en angle donné. Donc pas grave si ca sort quatre mois plus tard.
            Mais oui le petit décalage de la critique de Chronic est un peu pénible. Mais c’est le lot des mensuels.

    • @Juliette B: Sidy (sorry pour la faute)

      • @François Bégaudeau: oui je suis d’accord pour ton texte sur La tête haute, le décalage est moins génant.

        Petite histoire: hier, mon fils ainé me demande justement si j’ai vu le film de Bercot qu’il a regardé trois jours auparavant en streaming, et ajoute « je l’ai trouvé pas mal du tout… » (sous-entendu ça devrait te plaire aussi).

        je lui réponds que non je ne l’ai pas vu, et que d’ailleurs je n’en ai pas eu envie au départ, à cause de Polisse notamment, dans lequel la même actrice/scénariste/réalisatrice était impliquée et qui m’avait fortement déplu, notamment la scène du bus et des enfants roms arrachés à leurs méchants parents;

        j’ajoute qu’un article fort intéressant résume bien le mal que je pense de ce genre de films, dont le regard sur les « pauvres » ou les « délinquants » assignés par des bons bergers auto-désignés à une place de brebis égarées qu’il faudrait ramener vers le droit chemin de l’ordre social me sort plutôt par les trous de nez;

        La curiosité piquée, il lit ton texte dans Transfuge puis, une demi-heure après revient me voir et me dit textuellement: « oui, c’est vrai ce qu’il dit, oui c’est bien s’t’article – là longue pause puis léger sourire -: en fait ce qui me vexe quand même un peu, c’est de pas l’avoir pensé moi-même en voyant le film ».

        ensuite il m’explique qu’il a effectivement ressenti une gêne quand la juge vient manger avec les jeunes dans le centre pour mineurs délinquants, mais que quand même les scènes entre jeunes sont pas mal…parce que c’est dur pour eux, ce qu’ils vivent là et ce par quoi ils doivent passer pour en sortir.

        bien que convaincu par la petinence de l’article, il continue d’osciller et je le vois en plein dilemme intérieur entre le plaisir ressenti pendant un film qui colle complètement à un discours qu’il s’est lui-même fadé pendant des années quand il faisait des conneries (mineures) – un discours dont il semblait alors n’avoir rien à foutre, mais qui avait au moins l’intérêt d’être simple et au fond rassurant: si tu fais comme on dit (=la police/la justice/tes profs/tes parents) tout va bien se passer, mais si non tout risque fort d’aller mal pour toi – et une réalité beaucoup moins simple.

        Il m’a fait un peu pitié à ce moment là et dans le même mouvement j’ai ressenti un certain plaisir (peut-être pas vraiment glorieux) à le voir penser cette complexité là.

          • @Juliette B: Oui le film n’est pas du tout broyé comme le supposait François.

          • Dans Libé il l’est
            L’a déjà dans les Cahiers et dans le Monde.
            Où est il défendu?

          • @François: Les Inrocks, Première, la Croix ( bon ok ça compte pas vraiment)

          • @François Bégaudeau; Charles: sur l’accueil critique de Chronic, intéressant d’aller voir Allociné qui classe les critiques presse: Libé le tue, les Cahiers, Télérama, le Monde, le Nouvel Obs, Critikat.com aussi, mais pas Le Parisien, la Croix, le JDD, Voici, qui l’encensent.

          • @Juliette B: si vous pouvez voir Efterskalv ( The Here After ) de Magnus von Horn, du visionnage j’ai gardé de bons trucs,

        • il a quel âge, ton fils ainé?
          parce que tu peux lui dire un truc simple : je pense qu’à 18 ans j’aurais adoré ce film

          • @François Bégaudeau: oui, il a dans ces eaux-là; je lui ai dit et il m’a répondu, sans me demander d’ailleurs d’où je tenais ta remarque: « mais moi je l’ai pas trouvé très bien ce film, j’ai dit que je l’avais trouvé pas mal ».

            (moi je vais le prendre au video-club parce que ça m’intrigue du coup ce qu’on voit des jeunes dans le centre pour mineurs)

          • hélas on n’y voit guère plus que ce que je décris dans le texte
            aucun rapport horizontal (si ce n’est bastonnant)
            Bercot mène une poliitque de sécurité sans faille : elle place un educ dans tous les plans

          • @François Bégaudeau: J’ai vu Chronic que j’ai trouvé beau et troublant. Beau car le film est magnifiquement cadré (beaucoup de plans fixes, des plans relativement larges), avec la distance adéquate, et une lumière superbe sans que cela ne soit ornemental. Franco donne à voir mais ne cherche à mon sens pas à choquer. Son rapport à ces corps meurtris me semble en effet assez honnête, même si certaines sont très dures.
            Troublant à cause de du personnage de Tim Roth, d’une morne bonté (je reprends ton terme). Il m’a mis assez mal à l’aise car c’est un personnage dont la vie semble vide, toute entière consacré à son travail qu’il fait moins avec passion que professionnalisme. Ses actes sont précis, délicats mais assurés, mécaniques. S’il prend autant soin des gens c’est uniquement parce que c’est son job (l’expression anglaise serait d’ailleurs plus parlante : « this is what I do »). Il y a un côte « Eichmann du soin » chez ce mec. Je ne pense pas qu’il ne soit pas sincère, j’ai l’impression que cela comble sa vie (qui a l’air tout à fait morne) mais son investissement dans son travail n’est simplement pas émotionnel.
            Il reste opaque jusqu’au bout du film, le traumatisme évoqué en cours de récit n’ayant pas ou peu de valeur explicative (je m’interroge tout de même sur son utilité).
            Tim Roth est bon car il semble toujours concentré, affairé quand il exécute les gestes de soins et vide le reste du temps. Sa manière d’être simplement là, sans surjouer la mélancolie ou la contemplation, me semble juste et en même temps dérangeante. Cela rend le personnage insoutenable, un peu autiste dans son rapport à aux autres (son approche de sa fille sur le campus est filmée de façon sidérante) mais irréprochable.
            Je suis content de l’avoir vu

          • suis content, et tu en parles bien
            et certesDave ne met pas de coeur, ou presque pas, dans ses gestes
            l’idée paradoxale es la suivante : c’est parce qu’il est la bonté même
            il y aurait un homme bon, et celui-ci aurait des sentiments
            et puis il y aurait la bonté incarnée : celle-là, étant la bonté même, n’a pas de sentiments
            Dave n’est pas humain ; il est par-delà.

          • @Charles @François Bégaudeau: Je trouve très juste ton portrait de Dave, Charles. Mais ce qui parait autiste chez lui, ou selon François « au delà de l’humain », ce qui le rend si morne, détaché, ce ne serait pas une des conséquences du drame familial plutôt qu’un trait de caractère du personnage ? Il me semble que la tension du film tient beaucoup sur le fait que la partie familiale vient influencer la partie professionnelle, c’est ce qui fait que le film n’est pas un film réaliste. Pour essayer d’être plus claire, j’ai vu en permanence dans ce film deux trames bien différentes, séparées mais poreuses, dont le point crucial est le personnage de Dave, dans l’entre-deux, comme sa place entre les vivants et les morts.
            Tim Roth est complètement ahurissant dans ce rôle.

          • je ne crois pas que la partie familiale influence la partie professionnelle. le film ne le dit pas, ne montre rien qui aille dans ce sens, s’attache bien plutot à casser ce lien, à le déjouer

          • @François Bégaudeau: A voir. Mais alors, comme dit Charles, pourquoi le fils ?
            J’ai repris cette question de Charles qui rejoint pour moi l’hésitation de Dave à répondre à la demande Martha. Je crois que la vie de Dave donne, sinon un sens, du moins une fonction à sa souffrance. C’est peut-être la raison pour laquelle il accepte finalement de soulager Martha. Non seulement il a déjà pratiqué ce geste et le refaire peut le dépersonnaliser, mais s’il ne le faisait pas, l’avoir déjà pratiqué n’aurait plus de sens. En quelque sorte, par ce choix, il assume son geste et son drame, il s’en empare.
            Peux-tu préciser, avant que nous puissions lire le prochain Transfuge, en quoi le film s’attache à casser le lien familial, à le déjouer ?

          • je trouve tes mots et ton analyse un peu peu psy, et donc un peu restrictifs
            si Dave est cela, alors il n’est pas Jesus

            le coup du fils est déjoué parce que :
            1 il arrive tot dans la fiction, et non comme une révélation finale
            2 il ne change absolument rien au cheminement du récit. Il y a cette sorte de parenthèse dans le récit, autour de la minute 45, ça dure 10 minutes, et puis le film continue, comme si de rien n’était.
            3 voir par ailleurs : Dave ne se rachète pas avec Marthe d’avoir tué son fils. Ca n’entre pas dans quelque résilience que ce soit. Ton « En quelque sorte, par ce choix, il assume son geste et son drame, il s’en empare » est très résilience-stïle, suis pas fan. J’espère que Franco ne parlerait pas comme ça, sinon je me suis trompé sur lui.

          • @François Bégaudeau: J’ai dû mal le dire alors car je n’avais aucune intention d’ajouter de la résilience au chapitre Martha. Quand je dis qu’il s’empare de son geste c’est parce que selon moi, comme il l’a fait une première fois, il peut le refaire si Martha le convainc que c’est bien pour elle. J’ajoute qu’il ne peut que le refaire, pour que ce geste conserve son sens. Mais j’y vois un raisonnement assez pragmatique, pas vraiment psy.

          • @<: Décidément j'ai du mal avec cette partie familiale. Je trouve le personnage passionnant, le film passionnant dans sa partie professionnelle, et je me demande si cette histoire familiale, le drame, ne dessert pas le film (que j'aurais aimé voir).

          • cette partie familiale n’occupe une place imortante que dans tes yeux
            quantitativement : 10 minutes sur 1h30
            et encore une fois elle n’est pas située au dénouement du film, plutot perdue en son centre

          • @François Bégaudeau: Sur la partie familiale et la mort de son fils, je trouve ça dommage qu’à partir du moment où ce décès est invoqué il y soit fait à 2 ou 3 reprises mention (comme des résonances), ce qui semble contredire un peu ton analyse. C’est pas grand-chose quantitativement, mais on aurait sans doute pu s’en passer.
            Sinon, la fin tu l’interprètes comment? Comme une façon arbitraire voire cavalière de conclure un récit ou comme une scène porteuse de sens sur le tragique de l’existence?

          • Mon idée est qu’il injecte le récit familial pour bien montrer ce qu’il ne fera pas :
            -ramener l’attitude de Dave à un trauma familial
            -résilier la « faute de Dave en lui donnant une seconde chance. On voit bien ce qui se serait passé dans un film Sundance u un film d’Audiard : il aurait refusé de piquer Marthe, laquelle reprenant gout à la vie, lui en aurait su gré. Et ainsi une survie rachetait une mort.
            La fin m’évoque plusieurs reveries : d’abord que c’est bien la meilleure manière de finir un récit : en accusant l’arbitraire de toute fin -et cela va particulièrement à ce film qui explose un par un tous les fils narratifs, et pourrait donc continuer des heures. Une chronique, oui : du temps qui avance et c’est tout.
            Ensuite ca montre que Dave, en soulageant les autres ne se sauve pas lui -même. Dieu joue aux dés : il a droit de vie et de mort sur tous, à n’importe quel moment, quoi qu’ils aient fait. On retrouve là le jansénisme des grands.
            Et puis, soufflé par Damien Aubel dans notre débat : Dave est une créature scandaleuse. L’ici-bas ne veut pas de lui. Il gene , il embarrase -scandale du Christ, folie de la Croix dirait Saint-Paul. Il faut le balayer, et ainsi revenir aux affaires humaines trop humaines : celles que régissent la morale et le sentiment, les deux s’infléchissant mutuellement. La bonté de Dave est-a-sentimentale. En quoi elle est la vraie bonté. Les Cahiers citaient récemment Bernanos : l’humanité moderne a beaucoup de sentiments mais pas beaucoup de coeur.

          • @François Bégaudeau: J’aime beaucoup ces rêveries finales.

          • @François Bégaudeau: Et dire que certains parlent de misanthropie en voyant le film…

      • @Shash: merci Shash

        • @Francois Bégaudeau; @Charles; @Acratie: Vu aussi le film hier, beaucoup aimé;

          Je reviens au fils et à son utilité dans le récit sur laquelle Charles s’interroge. Pour moi elle est réelle. Dave – non pas un homme bon mais la bonté incarnée comme dit François – n’est certes pas ce qu’il est à cause de son drame familial: pour moi il va de soi qu’il était comme ça avant et que c’est d’ailleurs pour cela qu’il a été capable d’accomplir le geste qu’il fallait au moment où il le fallait. Mais il en est resté hébété, sonné à tout jamais – car quel plus grand sacrifice peut s’infliger un homme ? – et seul son travail le sort de cette hébétude.

          A chaque fois qu’il n’est pas en train de prodiguer un soin, avec une concentration magnifique et fascinante qui à elle seule suffit à me combler en tant que spectatrice, Dave est prostré, assis sur un canapé le regard fixe, écrasé.

          Le soin c’est le seul shoot qui lui permet de continuer à vivre parce que quand il ne travaille pas, il est un mort-vivant.

          Ca m’a frappé dans la scène époustouflante que tu cites Charles, celle du campus où il suit sa fille. Dave marche les jambes un peu raides et écartées et sa fille, que la caméra suit longuement de dos avant qu’il ne l’aborde, a la même démarche: ils marchent tous deux comme des zombies, on pourrait presque être dans Walking dead à ce moment là (avec oui un mouvement de caméra et une lumière magnifiques).

          La fille de Dave m’apparaît comme un double de son père; la scène dans la cuisine où elle lui demande s’il pense parfois à son fils est extraordinaire (là aussi quelle lumière): elle pourrait pleurer sur sa propre douleur de soeur et fille abandonnée par le drame qui a fait exploser la famille, mais elle est juste en train de prodiguer un soin à son père; elle cherche à le comprendre, au sens littéral de prendre avec lui sa charge, la porter; c’est ce qu’elle fait à chaque fois qu’elle le voit et lui demande de raconter ses malades.
          Je pense qu’elle est comme lui.

          Martha m’a impressionné; sa beauté posée comme une évidence dans la scène du repas avec Dave et sa fille s’impose à moi jusque dans sa déchéance physique. La scène du diagnostic – redite probable de celle vécue avec le fils – m’a sidérée: la concentration de l’écoute de Dave à ce moment-là, son regard qui passe du médecin à l’écran radio invisible mais qu’on devine, les questions froides et précises de la malade, il n’en perd pas une miette.

          La scène finale avec Martha résume pour moi toute la subtilité du film; d’abord mon souffle suspendu quand je me demande quel geste ou quelle parole va accompagner le geste technique de Dave, puis mon attente déçue mais aussitôt consentie puisque Franco choisit de rester au plus près de la vérité des deux personnages plutôt que de nous soulager. C’est très fort.

          • @Juliette B: J’aime bien comme tu parles du personnage de la fille, double de son père, égale à lui en bonté. Encore une histoire de vases communicants, d’échanges, comme il y en a beaucoup dans ce film : entre chaque malade et Dave, entre la vie familiale et la vie professionnelle, l’émotion et l’efficacité, la vie et la mort. Une fluidité qui me semble constituer le film.
            Je reviens sur l’émotion. Dans les scènes où il accompagne les malades, Dave semble en être dépourvu, il en est dépourvu au profit des gestes professionnels. Cependant, accoudé au bar, il présente Sarah comme son épouse décédée récemment, il donne vie une relation qui n’a pas eu lieu, et il est allé à l’enterrement de Sarah. Je pense donc que l’émotion est présente mais différée, elle s’exprime ailleurs que dans la chambre du malade, elle ne vient pas parasiter le travail de Dave pour ne pas perturber le malade. J’y vois plus du professionnalisme qu’un effet de sa bonté.

          • si c’est du professionnalisme et pas de la bonté, ce film m’intéresse moins

          • pas vu le film cependant, j’aime vous lire à propos
            et d’imaginer que ce film avec un perso et une meuf femme aurait pu claquer aussi, claquer autant que le moindre mal de notre hôte qui raconte une meuf technicienne, pas vidée d’émotions mais avant tout technicienne,
            un mec dans cette posture, c’est tellement plus courant,

          • @François: Je te suis là-dessus, je suis allée un peu vite dans ma conclusion. Mais je crois que le travail dans un contexte tel que celui de Dave n’est pas tenable sans la bonté, elle fait partie des qualités professionnelles, au-delà de la seule bienveillance. Celle de Dave est extrême et c’est cela qui m’interroge aussi.

          • @Juliette B: … / La scène finale avec Martha résume pour moi toute la subtilité du film; d’abord mon souffle suspendu quand je me demande quel geste ou quelle parole va accompagner le geste technique de Dave, puis mon attente déçue mais aussitôt consentie puisque Franco choisit de rester au plus près de la vérité des deux personnages plutôt que de nous soulager. C’est très fort./ …

            et de ré-entendre Martha préciser gentiment à Dave qui l’accompagne pour une première en chimio et patiente à ses côtés dans la salle d’attente: « on est pas obligé de parler »
            ce qui fait doucement sourire Dave, d’emblée ils sont en phase, et peut-être au delà de la relation employeur(Martha)/employé(Dave)

  13. Autant j’ai trouvé ton argumentation absolument limpide et passionnante sur le fils de Saul (leçon de critique une fois de plus, je me répète), autant j’ai beaucoup plus de mal sur tes arguments pour défendre Franco. En même temps, je n’ai vu aucun film de Franco, je vais y remédier même si la perspective de voir une jeune fille être forcée à manger un gâteau à la merde ne me réjouit pas des masses. Ce que je dis donc ne vaut pas pour les films de Franco mais pour l’argumentation que tu développes pour les défendre, ce qui reste tout de même bancal puisqu’il est compliqué de parler de l’un sans évoquer l’autre.
    Tu parles des films d’Hitch mais ce dernier réalisait des films particuliers : des films de genre uniquement. Or le genre est marqué par l’artifice et l’abstraction, le jeu. Un film de genre ne prétend pas filmer la réalité et n’opte donc pas pour le réalisme. A aucun moment devant une scène de violence d’un Hitchcock je me dis qu’en vrai ça doit se passer comme ça. Il manipule, certes, mais il joue avant tout. Mais Hitch avait aussi plus de retenue dans les scènes de violence, années 50 obligent.
    Tarantino, lui est beaucoup plus violent et filme toutes sortes d’atrocités et pourtant sa violence ne fait plus scandale. Pourquoi? Parce que ça reste abstrait, parce que ce n’est pas l’acte en soi qui l’intéresse mais l’action. C’est ce qui le différencie d’un mec comme Gaspard Noé par exemple. Noé quand il filme un viol, ça dure 10 minutes, littéralement. Tarantino, c’est 5 secondes. Pour Tarantino, c’est une péripétie, pour Noé c’est un sujet d’étude, c’est une réalité à décortiquer. Moi je trouve ça ignoble à regarder, je ne comprends pas l’intérêt qu’il y a à me montrer une scène de viol dans toute sa réalité et son intégralité. Ou plutôt si je le comprends, (après tout c’est bien le grand De Palma qui disait que ce qu’il intéressait dans le cinéma était les émotions et que la violence génère l’émotion la plus forte), c’est pour générer de l’intensité, mais cela nie la part d’humanité du spectateur, du cinéaste et des acteurs. C’est un attentat à la dignité humaine. Supporter que l’on montre cela, c’est considérer que l’être humain n’a pas une valeur propre, qu’il n’est qu’une chose parmi tant d’autres (pour ne pas dire un déchet) puisque sa vie n’a pas le droit à des égards particuliers dans son filmage. Encore une fois, montrer des ados se faire trucider de façon la plus horrible qu’il soit dans un film d’horreur relève de la convention et est filmé de façon suffisamment outrancière (beaucoup de montage, de la musique, pas une durée excessive, pas de volonté de faire réel) pour qu’on nous demande ne pas le prendre au sérieux. Filmer en plan large, dans la durée, des actes inhumains et tout nous montrer, ce n’est pas pareil, on est dans le relativisme (tout se vaut, un viol ou un meurtre n’est pas un événement, ne le traitons donc pas comme tel).
    Je me doute que tu vas me répondre que « dignité humaine » est trop floue mais « filmer juste » ne l’est pas moins. Ce qui est juste est, littéralement, ce qui est conforme à la règle. Question : à quelle règle Franco se conforme-t-il?
    En quoi filmer frontalement une scène horrible (par exemple la scène du vomi dans CHRONIC que tu décrivais) est-ce juste?

    • @Charles: ça m’intéresse ce que tu dis Charles parce que j’y connais un rayon en viol sodomite, et comme toi j’ai eu horreur de devoir assister à celui d’irréversible.
      Je ne sais pas si c’ est une question de longueur de scène, il me semble d’ailleurs que celle de pulp fiction est assez longue, plutôt une question de contexte, de mise en forme du film en entier.
      On va dire de l’habilité du cinéaste à nous faire passer la pilule ( et là je suis très tentée d’être vulgaire en parlant de pénis à travers l’anus mais je me retiens ).
      Je te conseille de regarder twentynine palms si tu ne l’as déjà vu et on en reparle.
      Ou pas.

    • @Charles: et il me semble que la forme du film dépend au fond de la personnalité du cinéaste, et de comment il arrive à s’adapter aux contraintes des producteurs aussi, peut-être, sûrement.

    • @Charles: c’est à dire que gaspard Noé n’ a pas la bonté de bruno dumont ,de ruben ostlund ou de machin franco.
      A mon avis.

    • @Charles: ce serait un peu comme s’il fallait avant tout être bon pour assumer de montrer la monstruosité des hommes telle qu’elle est.

    • @Charles: On ne fait que parler d’horreur autour de Franco alors que Chronic est vraiment très loin de toute horreur. Il donne une identité unique aux corps malades, mourants ou morts. Oui un corps décharné ou un corps vomissant angoissent, nous préférons vêtir le premier ou éviter d’avoir à nettoyer le second (ou on le fait très vite en retenant notre propre envie physique de vomir, quand le protagoniste de Chronic tarde à effacer, nettoyer, il pense d’abord à la personne, lui parle très doucement, il se charge après de la salissure).
      Je crois que ce film parle de ce grand malaise face à nos morts, comment les accompagner, comment leur laisser encore un libre arbitre malgré le pouvoir qu’on peut soudain avoir sur un proche malade, comment leur laisser une ultime dignité ? on a quand même un sacré problème avec tout cela et ce film pose le doigt très précisément dessus.

      Les gestes et la façon dont les acteurs se touchent et nous offrent un ballet visuel précis m’ont fascinés.

      Ce n’est certainement pas de la bonne critique ciné, c’est juste ce que Chronic m’a offert.

      Pour la petite histoire, Franco avait écrit le scénario suite à l’observation de l’aide soignante qui a accompagné sa grand-mère. Le rôle était pour une femme mais quand Tim Roth l’a lu, il lui a dit « fais-en un homme et je le fais ». C’est peut-être anecdotique mais intéressant sur l’écriture : Franco a t’il adapté son rôle pour un homme? Joué par une femme certains gestes, efforts physiques auraient été différents, notre regard sur le personnage aussi certainement.

  14. après avoir vu la table ronde sur le fils de Saul, après avoir relu le texte et regardé la définition de truisme ( non mais parce qu’à part un livre que j’avais lu qui s’appelait comme ça je voyais pas ), je comprends mieux pourquoi on t’entend t’esclaffer quand le barbu à lunettes dit « sans pathos ».
    Il s’en étonne , il comprend pas.
    C’est pas très gentil ça françois.
    Et puis si tu te mets à porter des pulls en V rouges sombres maintenant.

    Tu ne serais pas un p’tit peu le diable en personne toi par hasard ?

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