Begaudeau.info, le site officiel de François Bégaudeau

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QUELQUES DATES POUR L’AUTOMNE

On pourra cet automne se trouver au cinéma Jacques Tati de Saint-Nazaire, le 3 octobre, à 10h pour un débat sur lavenir des salles de cinéma, laprès-midi pour une intervention sur Maps to the stars.
Ou se trouver le 10 octobre au cin
éma Le Vox à Mayenne, pour une rencontre sur cinéma et démocratie, scandée par des extraits divers, premier dun ensemble de cinq rendez-vous semblables sur le même sujet. Parallèlement un documentaire est tourné sur la notion de représentation.
Ou se trouver le 23 octobre
à Charleroi pour une rencontre littéraire et une lecture de D’âne à zèbre.
Ou noter trois rendez-vous th
éâtraux :

1 La devise.

http://www.tdb-cdn.com/la-devise

En février dernier, Benoit Lambert, compère de Dijon, m’a demandé d’écrire une « petite forme » pour deux comédiens, susceptible d’être jouée dans un théâtre ou dans des lycées. Cela pourrait partir, suggérait-il, de La devise. J’ai d’abord séché, voire refusé. Je n’avais pas très envie de participer à l’hystérie républicaine et au branle-bas de combat éducatif déclenchés un certain 11 janvier. Plutôt de me terrer et d’attendre -trente ans- que l’orage passe. Et puis, avec le concours de Benoit, j’ai trouvé une entrée. Un moyen de faire du théâtre didactique pas didactique. (Cinq premières minutes de la pièce ci-dessous.)

 bégaudeau la devise

2. Jouer juste, équipe 1.

http://www.akteon.fr/evenement/jouer-juste-f-begaudeau

3. Jouer juste, équipe 2 (sans ordre de préférence)

Du 1 au 4 décembre 2015 à la scène Nationale d’Aubusson. Le 10 mars 2016 a la scène conventionnée de Bellac ( 2 représentations) Les 1 et 2 avril 2016 au théâtre jean gagnant de Limoges (3 représentations) Le 26 avril 2016 au théâtre de la Verrière a Lille (2 représentations).

En complément subsidiaire optionnel et facultatif, on pourra assister, le 16 novembre 2015 à 17h30 à la Maison des Auteurs – SACD, à une rencontre sur « Le metteur en scène, c’est quoi? ». En présence de : Bernard Fau, scénographe, François Bégaudeau, hurdler, Lena Bréban, comédienne, Colette Nucci, directrice de Théâtre, Jean-Claude Lande, Producteur (sous réserve)

La devise

Un pupitre de discours.
Un homme en costume s
avance. Entre trente et quarante ans. Peut-être une cravate à la Macron, bleu ciel, nœud large. Il a un jeu de feuilles. Les pose sur le pupitre, en garde une à la main.
Il lit ce qu
il dit, comme en répétition, avançant à vue mais essayant déjà dy mettre le ton.

Homme, s’éclaircissant la voix
Chers jeunes.
Temps.
Chers jeunes, la R
épublique ma missionné auprès de vous pour vous dire lurgence de redonner du sens à notre devise, véritable socle moral de la République.
(
Il sinterrompt brièvement, lit pour lui ce quil va dire. Le dit)
Nous savons, vous savez, ils savent que parmi les devises nationales en vigueur sur la plan
ète, la nôtre est souvent considérée comme la plus belle, la plus audacieuse, la plus moderne, la plus propre à montrer la voie à lhumanité, et cest à ce titre quelle nous donne, à nous Français, une responsabilité particulière de par le monde et même au-delà.

Une femme du même âge linterrompt. Elle l’écoutait, face à lui mais invisible.

Femme
Le pupitre je suis pas s
ûre en fait.

Elle réfléchit en tournant autour de lui, metteur en scène.

Ça fait, je sais pas, solennel.

Homme
Ç
a fait pupitre ?

Femme
Ça fait un peu pupitre oui.

Homme
En m
ême temps cest un pupitre.

Un temps

Femme
On va tenter autre chose. Tiens approche la table, l
à.

Ils écartent si possible le pupitre. Disposent une petite table qui trainait là.

Femme, en installant
J
ai une petite dalle moi.

Homme, pareil
T
as pas déjeuné ?

Femme,
Un pauvre sandwich.

Homme
Jambon
 ?

Femme
Poulet. Sauce curry.

Il sassoit derrière la table, sur une chaise, et cherche ses marques. Pose sa petite bouteille deau à coté de lui. Elle jauge le dispositif.

Femme,
Non, non, dessus. Tu t
assois sur la table. Pas de chaise.

Il le fait, ça le met de dos au public.

Non, devant. Dessus-devant. Voilà.

Homme
J
aime bien. Je sens que mon corps aime bien.

Femme
Enl
ève la veste pour voir. Oui cest mieux.
Jambes crois
ées. Non, pas comme ça. Un pied sur un genou. Décontract. Tu peux la tenir cette position ?

Homme, sexaminant
Ça devrait aller.

Femme
On va partir l
à-dessus.

Homme
Du coup on renonce d
éfinitivement à ce que jaie un micro.

Femme
Pas besoin. (
se retournant vers la « salle »). Elle est pas très grande cette salle, même sans micro ça ira.

Homme
Y a juste ceux du fond qui risquent de pas entendre.

Femme
S
ils se mettent au fond, cest quils ne sont pas hyper désireux dentendre.

Homme, circonspect.
C
est dommage, du coup.

Femme, en lui repositionnant la jambe
Dommage quoi
 ?

Homme
C
est pour eux quon est là. Cest à eux quon est venu parler. A ceux du fond.

Femme
On est venu parler
à ceux qui veulent pas entendre ? Cest mal barré comme échange.

Homme
Oui

Femme
Je propose qu
on parle essentiellement à ceux qui veulent entendre.

Homme
S
ils veulent entendre cest quils ont déjà compris. Du coup on sert à rien.

Femme
Parce qu
on prétend être utiles ? Vas-y reprends.

Homme
Le texte
 ?

Femme
Non. Du fromage.

Elle est de profil et regarde, invitant à reprendre.
Il se redresse un peu, feuille en main toujours.

Homme
Chers jeunes, la R
épublique ma missionné auprès de vous pour vous dire lurgence de redonner sens à notre

Femme
Essaye avec les manches relev
ées.

Il relève ses manches.

Homme
Chers jeunes, la R
épublique ma missionné…

Femme
Pas mal. Oublie pas de croiser les jambes.

Homme
Ah oui pardon. Chers jeunes, la R
épublique ma missionné auprès de vous pour vous dire

Femme
T
as déjà tout rédigé, ou cest juste des notes ?

Homme
Le d
ébut est écrit, après je brode sur une trame.

Femme
Chers jeunes, c
est écrit ?

Homme
Oui. L
à.

Il montre sa feuille et pointe la ligne en question.

Femme
Donc tu vas le garder
 ?

Homme
Ben oui.

Femme
C
est pas une blague, quoi.

Il ne comprend pas.

Femme
J
ai cru que « chers jeunes » c’était une blague. Une sorte de parodie quoi.

Homme
Comment tu veux que je dise
 ?

Femme
Je sais pas. C
est toi lacteur.

Il cherche.

Homme
Chers ados
 ?

Femme
Ah non arr
ête je déteste.

Homme
Ados
 ?

Femme
Oui je sais pas
ça m’énerve.

Un temps

Ça fait adulte sympa.Ça fait adulte qui se la joue sympa.

Homme, enthousiaste
Oui
 !

Femme, pareil
Tu vois
 ?

Homme
Je vois carr
ément ! Ma copine est exactement comme ça

Femme
Faudra penser
à en changer.

Homme
J
y pense.

Femme
Non mais j
veux dire penses-y vraiment.

Homme
C
est pas évident. Je laime.

Femme
C
est un critère secondaire. Une adulte qui dit « ado », on la quitte, cest comme ça, y a des règles. Y a des balises morales. Une ligne jaune à pas dépasser.

Homme
Une ligne rouge plut
ôt, non ?

Femme
Non. Jaune.

284 Commentaires

  1. La devise. Suite dans l’actu de mai 2016.
    Antoine Prost, historien et auteur d’un Eloge des pédagogues, est accusé d’avoir « dérapé » dans son discours sur les valeurs de la République lors des Journées de la refondation de l’École de la République qui se sont déroulées début mai. Il faut prendre connaissance de ce discours, de son implacable justesse, pour comprendre ce que la polémique qu’il suscite dit de la sclérose qui règne dans l’école.
    La réponse publiée dans médiapart ou les réponses données lors de la table ronde, qui traduisent uniquement en termes institutionnels (travail en commun = conseil pédagogique d’établissement) et en revendications, les propos de Prost, montrent combien l’école est impensées par ceux qui y travaillent. Là encore, on est loin du free frame of reference.
    http://www.dailymotion.com/video/x48gvr4_journees-refondationecole-grand-debat-3-les-valeurs-de-la-republique-a-l-ecole_school

    https://blogs.mediapart.fr/amelie-hart-hutasse/blog/060516/propos-dune-sortie-de-piste-dantoine-prost

    • Tout ce qu’il dit parait pourtant bien modéré.
      Et quel plaisir de revoir, présent ici comme partout, monsieur territoires perdus de la République, j’ai nommé Iannis Roder

      • @François Bégaudeau: En effet, et les réactions n’en sont que plus consternantes. Je ne crois pas que Prost soit sorti de piste, il sait très bien ce qu’il fait.

        • @Acratie: oui et effectivement, l’incrimination des profs n’est absolument pas celle du système scolaire. En gros, il reproche aux enseignants de ne pas la jouer assez collectif. Reprocher à ceux-ci de ne pas se mettre d’accord sur le nombre d’interrogations à donner en une année et sur l’organisation, ça ne mérite pas une polémique. Et pourtant, il y en a une. Bonjour le pré carré.

          Tu imagines si en plein débat il avait appelé à s’attaquer à la Vieille, en se référant à Rancière et en postulant que Roder ne croit pas en l’égalité des intelligences, étant donné sa posture et ses propos.

          Mais bon, il se serait pas appelé Antoine Prost.

      • @François Bégaudeau: Iannis a dit : « L’école ne doit pas s’occuper des opinions de ceux qui la fréquentent ». Et le même dit : si les opinions mettent en cause les valeurs républicaines, il ne faut rien laisser passer. Tu écoutes cinq minutes et tu rigoles déjà.

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