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On rappelle les épisodes précédents à l’attention des étourdis, avec une pensée particulière pour ce quadragénaire de gauche qui récemment confiait lire peu de romans contemporains, peu de romans en général, mais avoir lu tout Houellebecq qu’il tenait pour, je cite, un grand écrivain. Les épisodes : Gaëlle Bantegnie, membre du collectif Othon, chanteuse des Femmes (http://www.les-femmes.propagande.org/), puis de La maman et la putain (https://www.youtube.com/watch?v=te8wGXGkcEc), puis élue miss Nutella en 2006 par quatre voix contre cinq, a publié à ce jour deux romans chez Gallimard : France 80, Voyage à Bayonne (http://begaudeau.info/2012/09/10/blog-phrase-numero-10/)
Elle en publie ces jours ci un troisième, Au pays d’Alice, chez le même éditeur. Si les littéraires convaincus que l’évocation  d’une fille par sa mère ne fait pas littérature consentent à passer outre leur risible réticence pour ouvrir ce roman, ils verront qu’il porte, par et dans la langue, des enjeux décisifs. Ni plus ni moins que : comment suis-je au monde? Ou encore : qu’est-ce qui m’agit dans une situation donnée, quotidienne ou plus rare? D’où viennent et que produisent les idées-affects qui me traversent?
En somme : quelle machine suis-je?

sinoza gaellisé

-Espèce de grosse tare !

-De grosse quoi ?

-Tare

-C’est une insulte ça ?

-Non, c’est un mot

 

Je lave, m’habille, rassemble mes affaires pour la maternité, un gros sac que j’ai déjà préparé. C’est pour aujourd’hui, lundi 5 juillet 2010, j’aurais préféré un chiffre pair.`

 

A 20 heures, Antoine est encore là, assis sur un fauteuil en skaï, des restes de repas sur la table. Quand les contractions se déclenchent, je lui demande de me faire la conversation pour oublier la douleur. Il ne voit pas trop quoi me dire, finit par m’expliquer le phénomène de la tectonique des plaques.

 

Alice se met à hurler. L’un après l’autre nous la prenons dans nos bras, en veillant à bien maintenir sa tête comme nous l’a conseillé la puéricultrice, nous la berçons aussi puisque ce sont des choses qui se font.

 

La grande émotion que je ressens, dans la chambre 103 de la maternité, ne vient pas seulement du fait qu’il y a là, dans son berceau en plexiglas, un enfant, alors qu’avant il n’y avait rien, mais que personne ne sait ce qu’est un être humain de quelques heures et que cette étrangeté, au lieu de susciter le rejet ou l’indifférence, va être immédiatement accueillie par la famille comme faisant partie de son propre corps alors que rien, dans ce qu’on peut apercevoir du comportement de la petite fille qui vient de naître, ne permet de l’attester. Alice, puisque c’est ainsi qu’elle a été baptisée, pourrait être portée par d’autres bras, sentir la chaleur et l’odeur d’autres corps dans l’espace d’une autre chambre, et non seulement elle y survivrait mais elle n’aurait aucun souvenir de sa séparation avec sa famille biologique ni avec la femme qui lui a donné naissance.

 

Je reste donc éveillée, l’atlas routier sur les genoux afin de calculer le nombre de kilomètres qu’il nous reste à parcourir jusqu’à Grandchamps-des-Fontaines et, alors que nous venons à peine de dépasser celle qui déjà s’éloigne derrière nous, la distance qui nous sépare de la prochaine aire d’autoroute. Je suis aux aguets, attentive aux minutes qui nous éloignent de celles que, tous les trois embarqués dans la même voiture, nous venons tout juste de vivre, et que mon angoisse actuelle a pour effet de saisir avec une acuité particulière, comme si ce qui me revenait en ce moment précis, moi qui ne conduis pas et ne dors pas non plus comme un bébé d’une semaine dans l’inconscience du temps, c’était juste, non pas de me préparer à donner le biberon ou de changer Alice, mais de me souvenir de ces instants-là.

 

Chaque progrès accompli signe la perte de l’enfant qu’elle a été et cela nous rend tristes.

 

Quand elle n’apprécie pas sa purée de poireaux, elle la recrache dans son assiette ou dans ma main si elle se trouve à sa portée. Et presque à chaque fois, son père et moi intervenons afin de lui inculquer les règles et valeurs propres à une bonne éducation. Non, ce n’est pas vrai, on ne se pose jamais la question en ces termes. Je ne me dis jamais Tiens c’est aujourd’hui lundi, je vais enseigner telle règle à Alice. Ce genre d’apprentissage a toujours lieu en situation et presque toujours sous le coup d’une émotion, si bien que je ne sais plus très bien moi-même si c’est la règle qui m’importe ou le fait que ma fille se conforme à ce que me commandent mes affects.

 

Est-ce que je veux qu’Alice aille au lit à 21h parce que c’est bon pour elle, pour son développement, pour son bien-être de bébé ou parce que c’est moi qui suis fatiguée ? Faute de se poser la question clairement, on s’est pris le chou bien souvent. La règle qu’on impose à Alice de se coucher à 21h n’étant pas une justification assumée de notre désir d’être tranquilles, se transforme immédiatement en une croyance en son bien-fondé. Je ne peux pas fixer des règles sans m’imaginer qu’elles ont un fondement rationnel.

 

Je lui demande si elle croit en Dieu. Elle ne me répond pas. On longe une église, ça m’amuse de lui poser la question. Elle trouve l’édifice très ancien. Elle ne dit pas édifice ni ancien. Elle dit vieille maison. Je lui précise que c’est une église. Elle en a déjà vues, en a même visité à l’occasion. Une fois devant le porche du bâtiment, elle dit Tiens il y en a une autre. Elle ne dit pas Tiens, elle ne dit jamais Tiens. Juste il y en a une autre.

 

Réveillée à 8 heures, habillée sans prendre le temps de me laver ni de petit-déjeuner, c’est d’abord au plaisir de ma douche et de mon café en solo que je pense quand j’ordonne à Alice de se presser. C’est ce que je devrais lui expliquer alors qu’elle se tortille en hurlant dans les draps de mon lit défait. L’école n’est obligatoire qu’à partir de six ans, je n’ai pas de cours au lycée aujourd’hui, je suis donc disponible pour te garder mais je n’ai aucune envie de le faire parce que je préfère être seule. Tu vois ? Elle ne verrait pas. Elle verrait très bien. Protesterait parce qu’elle aussi aurait envie de rester à la maison, de prendre un bain avec ses grands mammifères en plastique, lion, rhinocéros, tigre, éléphant puis de boire un biberon de lait réchauffé au micro-ondes. Elle commencerait à pleurnicher, irait se réfugier en pyjama dans un coin du placard en hurlant qu’elle ne veut pas aller à l’école, pressentant bien qu’après trois sommations, incapable d’anticiper sur mon propre énervement, je la tirerais de là, portes-manteaux brinquebalant, comme un haltérophile sans ceinture lombaire, jusqu’à laisser tomber sur le lit son corps de 15 kilos que la privation du plaisir de rester à la maison en pyjama aura non seulement tendu mais aussi fait rougir par endroits.

 

Je me souviens de Mme Cachin, professeur d’EPS au collège qui, observant mes doigts agripper les barres asymétriques, me fit remarquer que je devais être bien nerveuse pour me grignoter ainsi les extrémités, transformant l’évidence de cet auto-érotisme buccal en symptôme d’un dérèglement psychologique. Alors, je recouvrirais moi-même le bonheur simple de la succion des doigts et de l’arrachage d’ongles d’une signification pathologique qui en modifierait à jamais le goût. Plus tard, devenue adepte de la manucure en institut, je transformerais ce plaisir gentiment auto-phage en un soin du corps socialement acceptable.

 

Je remonte la couette sur ses épaules, geste qui ne l’empêchera nullement de glisser durant la nuit, mais qui me rassure sur l’attention que je suis capable de porter à ma fille alors qu’elle dort et ne s’en rend pas compte. Geste qui vient aussi finaliser, comme le plat de la main qu’on passe incidemment sur une nappe fraîchement repassée, les efforts qu’on a fait pour réussir une action, qui vient couronner le sentiment d’un travail bien fait.

 

A force de tout recouvrir sous des significations flottantes, le terme amour ne dit pas non plus ce qu’est agir pour tenir en vie son enfant. L’amour n’inclut pas de s’occuper d’un enfant, s’occuper d’un enfant n’inclut pas l’amour.

 

Je veille à ce que Maman Renard soit toujours à portée de main afin qu’Alice ne souffre d’aucun manque affectif. Je suis assez flattée que ma fille ait choisi Maman Renard, en guise d’objet transitionnel, plutôt que la grenouille Betty ou l’hippopotame Georges qui sont quand même moins classes.

 

Alice saute sur mon lit ensoleillé, libre, en culotte. Je serais incapable de faire comme elle, je n’ai plus les tendons élastiques, je sens mes articulations travailler, la lourdeur de mon grand corps, si j’essayais, je risquerais de péter le sommier, ça ne me viendrait plus à l’idée, j’ai aimé cela pourtant, enfant, sur le lit de mes parents qui me disaient Attention ne saute pas sur le lit comme ça, tu vas finir par le casser, mais il ne cassait pas, il n’a jamais cassé puis j’ai cessé de sauter, j’ai cessé d’en avoir envie, j’ai oublié que j’en avais eu envie.

 

Je les tiens par la main sur le trottoir. Elles cueillent des fleurs roses qui émergent de la clôture d’un voisin et me les offrent. Emilie porte une jupe jaune comme un citron, Alice une robe orangée comme un abricot. Dans ma veste verte, je suis une courgette.

 

C’est en observant ma fille immédiatement prise en charge par Tata Annie, que je me rends compte qu’il m’est difficile de suivre une conversation en m’occupant d’Alice, que j’ai du mal en somme à faire deux choses en même temps, ce que ma mère, de façon approximative, appelait le don d’ubiquité, qui lui semblait propre aux femmes tant elle avait pu constater que les hommes, quand ils discutent, ne parviennent pas à s’occuper d’autre chose et surtout pas des enfants. Ce qui voudrait dire, que contrairement à ce que je pensais, je ne suis pas vraiment une femme.

 

La scène prend une tournure plus dramatique quand je reviens dans la chambre. Ma mère en sanglots se cramponne à mon père, lui disant qu’elle ne veut pas mourir, qu’elle nous aime trop, ce qui m’arrache à mon tour quelques larmes. C’est émouvant mais j’ ai un doute. Je n’arrive pas à croire que j’assiste aux derniers instants de ma mère, la scène ressemble plutôt à une répétition générale de ce que pourrait être sa propre mort. Je fais l’expérience, pour du beurre, de la mort de ma mère. Que l’instant de sa mort subite dure à ce point avère qu’elle n’est pas en train de mourir.

 

-Si tu manges bien tes pâtes, tu auras droit à une mousse au chocolat en dessert.

Le regard de ma fille s’illumine, elle entame son plat. Vu le taux d’obésité infantile en France, je me demande si la promesse d’une mousse au chocolat comme gage de tranquillité est une bonne idée. Je ne le fais pas remarquer à ma mère. En plus, je trouve bizarre de faire dépendre un plaisir d’une bonne action. Si tu es gentille, tu auras droit à ta sucrerie. Si tu fais ce que tu n’aimes pas, tu auras droit à ce que tu aimes. Il vaudrait quand même mieux que la bonne action soit un plaisir, ça serait plus simple. Que manger une mousse au chocolat soit une bonne action.

 

-A New York, j’ai vu une peau de serpent toute déchirée et un cristal.

-Tu as vu ça dans un rêve ?

-Non, à New York

 

 

253 Commentaires

  1. 6 juillet, c’est l’anniversaire d’Alice.

    • @Acratie: celle d’anne-laure ou de gaëlle ?

      • @Juliette B: Page 186.

        • @Acratie: chuis bête j’avais pas vu qu’on était sur cette page là quand je t’ai posé la question, je me croyais sur le Dis-moi.
          Mais dis-moi justement, tu retiens toutes les dates d’anniversaire citées des héros des livres que tu lis ?
          Ca m’épate ça 🙂

          • @Juliette B: Rien d’aussi exceptionnel, non, même si je mémorise encore en mode instit ; j’ai juste terminé la relecture de Au pays d’Alice ce matin et j’ai noté la coïncidence de date. Clin d’oeil à la p’tite.

          • @Acratie: ah d’accord; allez je cligne de l’oeil avec toi à l’intention d’Alice.

  2. je sors de la réunion »rentrée littéraire » organisée par la médiathèque de ma ville ,et présentée par les bibliothécaires et deux libraires. Tous ont lu depuis avant l’été, en particulier grâce aux services de presse qui adressent les livres aux librairies avant parution…sauf Gallimard, qui ne leur envoie aucun livre : est ce qu’ils réservent leurs envois aux grandes villes? aux librairies prestigieuses,aux journalistes et gens très connus? En tout cas c’est vraiment un handicap pour les auteurs et leurs livres.
    Est-ce que vous savez quelque chose à ce sujet, Gaëlle et François?

    • @patricia: … / je sors de la réunion »rentrée littéraire » organisée par la médiathèque de ma ville ,et présentée par les bibliothécaires et deux libraires / …

      t’as dû te faire sacrément chier non? iavait quoi à boire?

  3. … / et la répétition à a du sens en fait / … -> ah si ia un truc à corriger // chouette // vais manger un truc quand même, allez, un bon rouleau de printemps
    https://www.youtube.com/watch?v=zbcXANXTezg

    • … / et la répétition à a du sens en fait / … j’ai oublié de raturer // oups oups oups // quel truc de putain de bourgeoise ce ‘oups’ bref,

      @Juliette B: donc, pour mettre en grassouillou, tu sélectionnes le truc que tu veux graisser poulette ( c clair ça ou même pas? parc’que sinon, ia pu que lourdes hein ;- )
      et, juste après // tu bouges pu ta sélecte hein // t’as pu qu’à cliquer sur l’outil b (montrer un peu gras // mais vrai que jerôme ferait mieux d’écrire carrément gras, tiens, ce qu’il a choisi, ce b // pour Begaudeau? // c crétin, en fait, bien con.

      bref, tu sélectionnes, zooouuuup, et tu graisses zooouuuup

      t’es chti, j’ai trop confiance en ton karma biloute: vas-y c’est ton moment sister

  4. @shash and co: Le chapitre dont je voulais parler c’est celui page 207, quand Alice est au square avec Thomas et que Gaelle se retrouve du coup à côté du père du petit garçon qu’elle ne connait pas, mais avec qui elle partage obligée une activité: surveiller les enfants.

    Je l’aime beaucoup ce chapitre. Il parle de la sociabilité naissante d’Alice qui s’est fait un copain et qui commence à se disjoindre de sa mère;

    Pendant que les deux enfants s’éclatent à escalader les trucs dans le square, les deux adultes sont obligés de socialiser un minimum mais ça les emmerde parce que c’est lui parce que c’est elle ou juste parce qu’ils sont fatigués;

    Gaelle pointe très précisément ce sur quoi ils embrayent un peu puis plutôt pas à partir des platitudes initiales – « je ne fais rien de cette information », « je rebondis », « je ne rebondis pas », « on laisse filer » – et c’est drôle.

    Comme là:

    – Son papa signale à Thomas qu’il va falloir rentrer, que le steak est prêt. Je ne fais rien de cette information, ne m’enquiers pas de la cuisson du steak – bleu, saignant, à point, bien cuit – ni de sa provenance. C’est important pourtant la traçabilité de la viande rouge, surtout depuis l’affaire de la vache folle, mais peut-être que le monsieur est un peu jeune pour se souvenir de cette histoire. On ne sait pas au fond ce que retiennent les gens. Peut-être que ce n’est même pas du steak qu’ils vont manger ce midi, que c’est juste une façon de parler, comme on dit qu’on va manger de la soupe alors que pas du tout.

    Tout au long du chapitre, Gaelle évoque les sujets morts nés entre le monsieur et elle et on biche parce qu’elle souligne à chaque fois combien le sujet peut l’intéresser ou pas selon comment ça s’emmanche, mais que là l’important c’est le désir qu’elle et lui ont ou pas de se parler (et plutôt pas).

    Plus tard, Alice et Thomas voudraient bien poursuivre leurs jeux chez l’un ou chez l’autre, mais les deux parents ont encore le pouvoir de dire « non, ça va pas être possible » et les enfants, qui ne connaissent pas encore leur force, s’inclinent sans broncher;

    C’est bien quoi; si j’avais l’énergie je ferais dès ce soir le lien avec la page 59, quand Gaelle nous parle de ses propres parents, puis avec le moment dont tu as si bien parlé où Gaelle erre comme une désoeuvrée pendant que sa fille joue à l’ordi avec son père.

    Là où elle goûte la nostalgie de la petite enfant qu’Alice n’est déjà plus.

    • @Juliette B: ouais

      celui que je kiffe bien aussi c’est celui avec les lignes sur le ‘personnage public’ du perso-narrateur-reum d’Alice

      LIGNES qu’elle déroule jusqu’au moment où elle pose qu’elle préfère aussi – au final – qu’on se police un peu tous, quand ça nous est possible, qu’on est pas trop passé de l’autre côté de la force ^^ – mais j’aime bien cette réserve quand elle est en route pour l’école d’Alice, qu’une mère la reconnait et qu’elle livre ne pas être trop fâchée, rancunière – un truc comme ça –
      //sorry notre hôte, j’ai prêté le bouquin de ta cope à une cope et je peux pu trop être précise (en plus j’ai un peu picolé cette fois – pour de vrai – pour que vous puissiez voir, une fois au moins, ce que ça fait vraiment :p // donc, j’aime bien ce chapitre sur le perso public de chacun oui, où le seul fait de croiser une autre meuf qui joue à la mère remet le perso-reum-auteur d’Au pays d’Alice dans son rôle de reum, elle la remet dans ce rôle, ré_oblige la narratrice à jouer à la mère et ça lui déplaît pas tant

      • @shash: ah ouais, bourrée, c’est chaud quand même un peu,
        bon:
        – LIGNES, en minuscules, ça ira -> lignes
        – :p -> : P ça, c fait
        – … / donc, j’aime bien ce chapitre sur le perso public de chacun oui, où le seul fait de croiser une autre meuf qui joue à la mère remet le perso-reum-auteur d’Au pays d’Alice dans son rôle de reum, elle la remet dans ce rôle, ré_oblige la narratrice à jouer à la mère et ça lui déplaît pas tant / … -> je pensais que ça déconnait mais je relis et la répétition à du sens en fait // si si un peu j’t’assure // donc je laisse tel, au final

        * et l’aut’ éradicatrice de mes couilles, elle peut passer si elle veut, faire le ménage quant au superflu, paraît que j’y file mal à la tête, la pauvre, mon cul oui.

    • @Juliette B: Oui, moi aussi beaucoup aimé le point d’interrogation que l’auteur ( rrre ) soulève par ce récit.
      Pourquoi suivre l’organisation sociale des adultes plutôt que celle des enfants ?
      Pourquoi ne pas suivre les désirs d’Alice et thomas qui souhaitent rester ensemble ?
      Pourquoi les séparer ?
      etc.
      Comme tu dis :

      et les enfants, qui ne connaissent pas encore leur force, s’inclinent sans broncher;

      Très intéressant.
      Dans ce cas précis , ce sont bien les adultes qui imposent leurs lois.
      Et les enfants qui subissent, qui s’adaptent.

      • bla bla bla
        bla bla bla

      • @anne-laure: aucun état d’âme pour ma part à ce moment-là, à cet âge-là, quand au fait de dire: « allez on rentre, c’est l’heure ! »;

        Mais l’autonomie d’Alice est en marche, c’est ça qu’on nous donne à voir

        • @Juliette B: tu sais qu’t’es belle toi, quand tu parles, entre filles intelligentes?

        • @Juliette B: Ah ? faut croire que j’ai trop d’états d’âme éric tu sais comme les états d’amérique.
          Je ne sais combien d’états d’ailleurs.

          L’autonomie d’Alice oui.
          ça doit être ça qui est mis en valeur t’as raison, pour ça que j’ai des états d’âme.
          Je suis à distance de ma lecture là, j’y reviendrai.
          A la traque de l’autonomie.

          • @anne-laure: non mais je dis aussi un peu des conneries parce que l’autonomie de l’enfant qui a tellement dépendu de toi, ça te tourneboule quand ça survient;

            même quand t’es droite dans tes bottes comme une jupette

          • … / non mais je dis aussi un peu des conneries / … toi? m’étonnerait,

          • test 6925: … / m’étonnerait,/…
            picoler aide peu à conjuguer -> m’étonnerais

            @ Juliette Biloute: et quand ta sélecte est ok, ça marque ‘strong’ en anglais
            alors qu’ici, ien a qui prétendait qu’fallait parler français, fier, parler français

          • ah benh non chu con enfin chu con CHU BOURRéE tu veux dire: test 6925 26 : … / m’étonnerait s ,/…

            c’est JE m’étonnerais? OU

            c’est pour cela (il/on) m’étonnerai T

            he he
            en fait
            on sait pas
            ha ha

          • toi, à jeun, sure que tu le fais pas un post comme ça

            https://www.youtube.com/watch?v=yFE6qQ3ySXE

  5. @f shash:

    Le papa de Nina vient chercher sa fille. Papa ! Il est très grand, elle lui embrasse les jambes. D’un bras monte-charge, il la hisse jusqu’à sa joue. Bisou.

    Au pays d’Alice – p:153.

    Dans le chapitre que tu m’as invité à relire, je redécouvre ravie ce passage là et je me dis que pour le coup ça ne pourrait pas être plus court et plus juste; à la place de Gaëlle Bantegnie, je ferais breveter ce bras monte-charge.

  6. Si tu veux bien, Gaëlle,et si tu as un petit moment, j’aimerais bien savoir comment se passe la promo,c’est à dire comment tu es interrogée sur le livre.

    • chere Patricia, je n’ai donc vraiment pas réussi à faire comprendre qu’un livre qui faisait un minimum parler est une exception?
      Ainsi le libellé de ta question devrait etre plutot : y a-t-il promo? t’interroge-t-on sur le livre?
      En l’occurrence la réponse, comme pour 560 des 590 romans sortis à a rentrée serait : non.

  7. @anne-laure: relu le chapitre du mariage que tu avais mentionné comme ton préféré; deux champs de vision, celui avant Alice, quand Gaelle pouvait observer les visages, les gens en entier, leurs tenues, bijoux, ce qu’elle aimait faire dans ce genre de fêtes, et celui après Alice, où elle rapetisse automatiquement d’un mètre pour s’en tenir de fait aux mollets des invités, aux papiers négligemment jetés sur le sol de l’église, au jupon de la mariée, etc.

    Un monde soudainement morcelé.

    Gaelle note avec précision ce qu’elle rate de la fête (les larmes de la mariée dont elle n’apercevra que l’éclat) en rétrécissant ainsi pour surveiller sa fille. Et ce qu’elle ne rate pas, comme l’échange solennel des alliances, n’a pas le même goût pour elle dès lors qu’Alice à ses pieds n’est pas émue du tout, trop occupée à jouer dans la poussière.

    Considérant que Gaelle est un peu claustro, qu’elle aime voir loin, ça fait un sacré changement de perspective. Tout comme le regard qu’Antoine ne lui accorde pas en lui tendant la couche sale d’Alice changée dans la voiture – tel un chirurgien rendant à une infirmière le scalpel utilisé pour l’opération.

    Au début de Toy story on ne voit que ce que voit l’enfant, à hauteur de ses yeux je me souviens; ça donne un peu la nausée. Tout à coup je pense aussi à Alice au pays des merveilles et ses changements de taille.

    Et toi dis-moi, quand tu auras envie et le temps.

    • @Juliette B: Alors ça c’ est trop chou de ta part d’avoir tenu compte de ma préférence.
      Tu me diras quelle est la tienne peut-être.
      Si t’en as.
      Je compte bien relire le passage du mariage, mais là j’avais un peu lâché la Gaëlle d’Alice pour retourner sur l’affaire de Gaëlle la meurtrieuse.
      Bah ? Ben dis donc ? Elles s’appellent toutes les deux gaelle t’as remarqué ?
      C’est fou le hasard.

      Je suis d’accord sur ce que tu dis du monde à la hauteur d’Alice qui capte presque toute l’attention de sa maman.
      Je crois que ce chapitre parle de cela en effet mais aussi du monde qui est en dehors de la hauteur d’Alice.
      Au dessus d’Alice.
      Il parle des deux mondes.
      Je relirai je te redis ça.

    • @Juliette B: Bon m’en va donc m’atteler à la tâche de te raconter ma version du mariage.

      Ma première lecture ayant été emportée par le rythme des petits pas maladroits d’Alice qui font ploc ploc je n’ai tout d’abord pas pensé ce qui s’y était passé.

      Comme tu le dis , il ‘agit bien là d’une façon pour la maman d’Alice de se mettre à sa hauteur, de s’enfermer dans le monde comme elle le voit, avec de temps à autres des petites brèches vers l’autre monde.

      Or celle-ci étant prof de philo j’imagine qu’on pourrait inviter des philosophes au mariage.

      On sait que Baruch est l’ami de Gaëlle qui est l’ami de François qui est l’ami de Friedrich qui est l’ami de Baruch.

      On va dire que les amis de leurs amis sont leurs amis.

      C’est un peu la même bande quoi.

      Je ne m’y connais que peu en philosophie et de Baruch je n’ai qu’une idée vague de ce qu’il peut penser mais je connais assez bien Friedrich puisque que suis amoureuse de Zarathoustra qui n’ a pas de prénom ou de nom. C’est juste Zarathoustra avec un Z.

      Je me suis donc dit qu’on pouvait regarder cette scène du mariage par le biais de l’ éclairage de Friedrichou.

      On va lui faire porter une lampe à pétrole tiens, ça lui ira bien.
      -tiens ? tu la prends ? Alleeeez….ah bah voilà. C’est bien. Et lève le bras un peu. Voiiiiiilà.
      ( oh j’te jure quelle chiffe molle , toujours là les bras ballants celui-là )

      On trouve au début de ecce homo cette phrase qui résume assez bien je trouve le processus de la pensée de Nietzsche :

       » le mensonge de l’idéal a été jusqu’ à présent la malédiction suspendue au-dessus de la réalité « .

      On a les bras ballants mais on est percutant de la cervelle hein ?

      La suite n’est pas mal non plus :  » l’humanité elle-même ,à force de se pénétrer de ce mensonge , a été faussée et falsifiée jusque dans ses instincts les plus profonds , jusqu’ à l’adoration des valeurs opposées à celles qui garantiraient le développement, l’ avenir, le droit supérieur à l’avenir. »

      Bon après ça part vers les cimes où l’air est glacé tout ça et j’adore mais je vais m’ arrêter là.

      Et donc quoi de mieux qu’un mariage pour illustrer ce monde d’idéaux ? L’idée est bonne.

      On y trouve un peu de tout, surtout si ça se passe à l’église : idéal religieux, amoureux, social, moral , économique , idéal d’engagement de toute une vie pour le meilleur et pour le pire jusqu’ à ce que la mort nous sépare. Amen.

      La narratrice le dit au début du chapitre qu’elle aime les mariages parce que tout le monde s’y fait beau et sent bon, ça sent bon l’humanité portée par ses idéaux. Ses traditions j’dirais dans le sens où ça se transmet de génération en génération et c’ est pas près de s’arrêter.

      On peut se complaire dans ce monde, on y est bien quand il s’agit de célébrer une fête qui fait plaisir à tout le monde ( ou presque , ça on sait pas , y’en a peut-être qui se sont obligés à venir mais qui font la gueule intérieurement )

      C’est aussi le lieu d’une rencontre sociale un peu hors du commun, on y retrouve de la famille qu’en dehors de ces occases on voit peu , on y rencontre une autre famille, des amis des familles, tout un autre monde etc.

      C’est bien tout ça. C’est riche d’informations.

      Et puis on y place une petite fille qui doit avoir plus d’un an parce qu’elle commence à peine à savoir marcher parce qu’elle a du mal à courir derrière ses cousins plus âgés et qu’elle se fait encore porter en poussette de temps en temps cette feignasse.

      La narratrice nous le disait précédemment : Alice a marché à 12 mois comme les médecins pédiatres l’ont noté dans les livres, comme si elle était programmée par les livres.

      Elle a donc plus d’un et moins de deux car elle ne sait pas bien parler. Elle babille. Comme c’ est écrit dans les livres.

      On imagine un petit être presque tout neuf , pas encore bien organisé au niveau de la pensée et presque tout en pulsions. C’est un peu l’foutoir. C’est plus proche d’un primate que d’un homme avec un grand H, un homme accompli pourvu de valeurs humaines. C’est ce que nous raconte la narratrice en décrivant le parcours d’Alice dans l’église. Pas encore bien socialisée la gamine, elle marche sur les souliers bien cirés des messieurs, elle ne reste pas en place, n’écoute pas la messe à mon avis, elle tente de se barrer par la porte parce qu’elle est attirée par l’extérieur , elle est plus intéressée par les déchets sur le sol que par ce pour quoi tout le monde est rassemblé.

      Déchets apportés dans l’église par les beaux souliers cirés, c’ est à noter. Le monde des valeurs ne se rend pas toujours compte de ce qu’il fait.

      Alice n’y est pas, dans le monde des valeurs, elle est dans l’autre monde.

      Et puis elle bouffe un papier , comme ça, parce qu’elle a envie.

      Mais revenons en à l’éclairage nietzschéen.

      -Friedriechou ? T’es où ? Ben ? Kestu fais pas terre ? Quelle loque ce mec. Allez hop, lumière !
      Et tu râles pas non plus. Nan mais oh ! tu t’prends pour qui ?

      Dans Zarathoustra se trouve le conte des trois métamorphoses , tout en métaphores car c’ est bien de quoi est fait Zarathoustra.

      Je m’ en souviens plus très bien , tu connais peut-être, c’ est l’histoire de l’homme qui se méfie du dragon qui porte des écailles sur lesquelles il est écrit « tu dois » ( qui représentent les valeurs ) et qui se transforme en lion qui ne se laisse pas faire, qui fait son rebelle qui fait la bagarre , et qui se transforme finalement en enfant qui dit oui.

      L’enfant qui dit oui c’ est Alice. C’est l’ être qui dit oui à la vie, c’ est l’être qui admet être porté par la vie. Par son corps en quelque sorte. C’est l’être qui est rappelé à l’ordre par son corps.

      C’est ce qui se passe quand Alice fait sa petite crotte dans sa couche.

      La narratrice nous dit pour rigoler qu’elle le fait parce qu’elle est sensible à l’émotion générée par le sceau du mariage alors qu’en fait elle en a rien à foutre puisqu’elle était toute occupée à tâter de la bouche son bon de réduction unico figure-toi.

      Et donc rappel à l’ordre des urgences du corps qui fait décrocher les parents de la fin de la cérémonie, tout appliqués à faire disparaître le produit malfaisant des petites fesses fraiches d’Alice.

      Les parents tout appliqués au soin du corps d’Alice qui doit porter des couches parce que l’organisation sociale le veut parce que ça ne se fait pas de faire caca n’importe où et surtout pas dans les églises.

      Urgence du corps que l’on remarque dès le début du récit, l’urgence qui inaugure le décrochage vers le monde d’Alice , lorsque la maman décroche son regard des pendentifs en argent pour sauver la vie d’Alice qui allait se faire tamponner par une Mercedes.

      Le corps de la maman d’Alice est missionné pour protéger le corps d’Alice quoiqu’il arrive, malgré l’envie de s’occuper l’esprit par quelques jolis objets brillants pendouillants qui font plaisir au regard, qui seraient à la limite de déclencher un sentiment de convoitise, ce qui occuperait bien l’esprit en effet. Si j’étais parano , je dirais que ces objets sont faits exprès pour détourner le regard de l’essentiel. Faits exprès pour que le corps d’Alice disparaisse.

      D’intuition, je ferais bien intervenir ici Baruch qui nous donnerait son idée de ce qu’est pour lui que le corps mais on m’ a dit qu’il était chez le coiffeur.

      Alors je me permets de parler pour lui , car il me semble bien que ce qu’il pense lui c’ est que le corps est indissociable de l’esprit ( c’ est ce que raconte la narratrice dans l’ épisode nouvelles stars) , qu’on ne peut comprendre la pensée sans tenir compte du corps.

      Si j’ai bien compris c’ est le corps qui porte la pensée et la pensée qui se constitue à partir du corps qui agit.

      Alice est un être plus que pensant , un être agissant.

      Un être qui sait que de se mettre en mouvement permet de faire son expérience corporelle qui sera source de pensées qui feront en sortes d’ajuster les mouvements du corps pour qu’il reste en vie.

      C’est quelque chose comme ça.

      Une histoire de confiance.

      Bon bah voilà, c’ était ce que je voulais dire.

      • et j’ ajouterai pour Gaëlle, même si j’ai plutôt envie d’aller manger un gâteau aux pommes, que c’ est bien grâce à ton style très descriptif des mouvements, qui sait bien ce qu’il fait, qu’on a la démonstration de ce que je viens de baragouiner.
        Ah, je ne sais pas comment expliquer ça.
        Qu’il suffit de décrire précisément la vie pour faire de la philosophie.

        Mais merci Gaëlle en tous les cas.

        ( j’avais oublié de le dire et ça peut servir )

      • @anne-laure: eh bien vois-tu anne-laure, je regrette pas du tout du tout de t’avoir demandé de me le raconter ton chapitre préféré.

  8. @Gaëlle : J’aime bien que tu dises ça ,Gaëlle : j’ai tendance à intellectualiser,il me vient tout de suite des catégories. Et puis je lis « . Les détails de la vie ordinaire m’intéressent parce qu’ils m’émeuvent »,et ça lâche et c’est moi qui suis émue maintenant.

  9. « émission à oublier, comme tant d’autres » :c’est vrai qu’on n’a pas trop de temps pour les choses intéressantes. mais j’aime bien quand même voir une émission comme celle-là : elle ne me fait pas changer d’avis, mais elle apporte de la matière à mes avis, qui sont souvent des opinions insuffisamment informées.Ici, Ruquier qui occupe le terrain avec ses rires à la cantonade et coupures de paroles quand il vous interroge,et qui se tait quand Nauleau et Zemmour prennent la parole,et qui quand même à un moment fait une remarque juste sur le livre. Nauleau qui saute sur un élément du livre qui lui permet de ramener au sujet de l’école,facilement polémique . Zemmour très fûté, qui,après s’être annoncé sur le terrain par force mimiques (c’est moi,on va voir ce qu’on va voir) se donne une position d’autorité en produisant une analyse précise et juste,ce qui lui permet de passer au dessus du livre et d’installer massivement son idéologie . A la marge, François Hardy (c’est bien elle?)qui s’emmerde parce que c’est pas son tour, et la pétasse en décolleté rouge qui essaie de temps en temps de faire son effet .
    Et vous deux : toi qui reprends pour rectifier et parviens à donner une explication claire et précise,qui prend force après le discours erroné, Joy qui accroche le concret(le rap) qui a été laissé de côté au profit d’une généralisation et met ainsi du sens sur ce qui était présenté de façon à ne pas en avoir. Chacun dans son mode,illustration du fonctionnement du livre : un même projet, un travail commun,et deux voix qui s’entrecroisent sans se mélanger.
    Je crois que je savais tout ça,mais je crois que je le sais plus précisément en voyant l’émission. Cependant, est ce que ce n’est pas le principe de ce genre d’émission : vous coller au poste avec l’impression que quelque chose se passe, alors qu’en fait il ne se passe rien? je m’interroge.

  10. J’aimerais bien savoir,mais c’est un peu tôt peut-être, dans quel esprit est abordé le livre de Gaëlle par les journalistes et itwers.

    • dans l’esprit, propre à l’accueil de 99% des livres, de ne pas l’ouvrir, voire de n’en pas remarquer l’existence
      tout est bien

      • J’ajoute qu’il se dit ici même des choses bien plus intéressantes que dans les quelques articles qui ont traité du livre.

  11. @anne-laure : tu dis stable? il me semble que Gaëlle choisit d’en dire le moins possible : il n’est pas le sujet. juste quelques touches parce qu’il existe et qu’il est là, juste comme une silhouette dessinée légèrement,discrètement,avec humour et bienveillance (la tectonique des plaques,la Nouvelle Star,les vieilles BD achetées pour Alice dans une brocante, »le cartable sur l’épaule »,les chambres,les matins…)

    • @patricia: Ohlala je n’ai plus le temps de trainer par ici patricia mais je ne trouve pas qu’Antoine ait si peu d’importance.
      Il n’est pas le sujet mais il est pleinement sujet lui aussi je trouve.
      Par ailleurs ce détail du bouton arrêt de chauffage par amour peut s’appliquer dans la relation mère/alice.

      • @anne-laure: je ne dis pas qu’il a peu d’importance,je dis qu’il n’est pas le sujet de ce livre. les quelques éléments que Gaëlle donne de lui sont déjà significatifs,et évoquent sa personne et le type de relation qu’ils ont,mais le livre n’est pas de l’autobiographie de leur couple (je pense que l’expression ferait grimacer Gaëlle, mais ce n’est que mon interprétation !).Il me semble que cette discrétion est d’une part respect pour lui et pour eux (même quand elle dit des choses intimes ce n’est pas pour se raconter,mais parce que c’est dans son sujet),et surtout que le sujet est autre.
        Tu vois ça autrement?

        • @patricia: Ouaip, t’avises pas de jouer avec mes nerfs patricia.
          Nan j’rigole.
          Oui tu as raison pour la discrétion.
          La narratrice ne s’étale pas sur le fonctionnement d’ Antoine pour ne pas trop l’impliquer dans l’affaire.
          Or dès le début du livre il est présent : le compagnon.
          Dans la tête d’Alice aussi.
          Il est bien pratique pour lui essuyer les fesses quand elle a envie.
          Elle alterne entre les deux, de façon équitable.
          Je ne reprends pas le livre mais dans les dialogues avec Alice aussi il est là, et dans la façon dont elle tient compte de l’importance qu’elle a pour ses parents ( les deux ).

          • Je suis d’accord Anne-Laure.

        • @patricia: j’dis que j’ai pas le temps mais j’continue.
          Connais-tu Dora l’exploratrice ?
          Si non j’t’explique : c’ est un dessin animé interactif avec une petite fille qui vit des aventures avec babou son singe.
          Elle a un sac à dos qui parle , une carte d’orientation qui parle enfin c’ est n’importe quoi.
          Il y a un fouteur de merde chipeur le renard qui chipe régulièrement la carte comme son nom l’indique.
          Il faut lui dire  » chipeur arrête de chiper « .
          Dora et son singe suive les indications de la carte pour aider quelqu’un je crois bien, me souviens plus très bien ça fait au moins dix ans que j’ai pas regardé ça.
          Il faut passer des épreuves, genre traverser des marécages, marcher sur des volcans des conneries comme ça.
          Dora chante sa petite chanson  » c’ est parti les amis où allons nous ? » et demande aux enfants ce qu’ils feraient dans telle ou telle situation, avec des petits jeux éducatifs je ne sais plus très bien. Pour apprendre à compter des trucs comme ça.
          Bon , et à la fin , quand la mission est terminée, elle demande aux enfants ce qu’ils ont préférés dans l’aventure.
          Babou aussi donne son point de vue, toujours les trucs les moins sérieux car il est un singe.
          Aussi après l’aventure du livre de gaelle je te dirais bien moi aussi ce que j’ai préféré :

          -le chapitre du mariage.

          J’expliquerai pourquoi plus tard.

          Et puis faudra qu’on parle du chapitre « notre ami est mort ».

          • après vérification c’ est pas babou mais babouche le nom du singe. Pardon singe.
            Babou c’ est le surnom de mon neveu.
            J’ai tout confondu.
            Et puis le nom d’un magasin de trucs pas chers parce que fabriqués au Bengladesh.

          • @anne-laure: ce chapitre me bouleverse, il est magnifique; en dehors de ses qualités littéraires intrinsèques – dont je n’arrive pas à parler, j’espère que d’autres le feront ici – il a fait écho chez moi aux écrits de François et à la video du mec d’Othon sur le site; pas sûre qu’il s’agisse de la même personne dans le récit de Gaelle mais je l’ai lu comme tel et je trouve émouvante la façon dont cette personne a fini par exister à mes yeux à travers ses copains qui chacun à sa façon le pleurent.

          • @Juliette B: moi pas bouleversée mais plutôt très intriguée par cette presque totale désorganisation des corps.
            ça m’interpelle quelque part.

          • @anne-laure: ce serait comme un moment où la normalité de la vie est insupportable, un moment où toute manifestation de vie devrait s’arrêter devant le scandale de la mort; un moment où l’arbitraire de la mort te rend fou de douleur et te fait tourner fou, un moment où tu as envie de pleurer de désespoir comme les enfants, sans chercher à retenir tes pleurs comme le font les adultes mais au contraire en les poussant à l’extrême le plus fort possible, le plus loin possible.

            tu vois, je sais pas en parler de ce chapitre; ça me fait penser aux tableaux de jérôme Bosch

          • je te dois bien cette information, Juliette : c’est en effet le même ami
            et ce que tu dis de ces deux pages, que je tiens pour un très haut moment de littérature, me touche

          • @Juliette B: oui je trouve que c’ est un chapitre difficile à commenter aussi.
            Je me disais en le finissant que je le relirai plus tard pour mieux le saisir parce qu’avec tous ces mots sur les corps tout en bordel j’étais toute mélangée.

            Il ressemble à comment tu le racontes.
            Je me disais aussi qu’il y avait quelque chose de totalement déstructurant dans cette douleur qui fait que tu ne peux l’expliquer par des mots et qu’il ne te reste alors que le langage du corps, du corps qui s’explose et fait n’importe quoi.
            Et ce qui est étrange, ce chapitre est étrange, c’est d’exprimer ce phénomène par des mots qui font des phrases.
            C’est tordu non ?

          • c’est à dire que ça vaudrait pour à peu près toute la littérature, pour peu qu’elle ne plane pas à deux-cent mètres : dire par les mots les choses du corps (qui parle, mais pas avec des mots ; qui pense, mais pas exactement comme le cerveau)

        • Je ne crois pas que Gaelle réfuterait le mot « couple ». Ces livres montrent bien qu’elle n’est pas du genre à prétendre se distinguer d’un régime ordinaire de vie, et donc du lexique commun qui le désigne. Comment appelle-t-on deux personnes qui vivent ensemble depuis x années, ont une fille, se déplacent le plus souvent ensemble? : un couple. Donc elle l’appellera un couple.

          • @François Bégaudeau: oui merci de ta précision. J’avais trouvé que Gaëlle se comportait comme une mère ordinaire. Et en effet sur couple je ne suis pas dans l’esprit de son travail.
            Pour confirmer ce que tu dis, elle emploie « compagnon », puis « mari » un peu plus tard dans le livre. Son souci d’être au plus près de la réalité.
            C’est une qualité que je trouve commune à Joy, Gaëlle et toi : vous ne vous payez jamais de mots,vous êtes rigoureux sur l’expression. Cette rigueur est ,je dirais le dur du noyau de vos travaux,dans la nature-même de vos travaux.

          • on se lit beaucoup les uns et les autres, et le premier qui va dans le fumeux doit faire la vaisselle
            donc on fait gaffe

          • @François Bégaudeau: Je complète, parce que je viens de voir (merci belette) à l’occasion du teaser sur Jouer juste,le passage de l’émission On n’est pas couché, de 2010, sur Parce que ça nous plaît : ceux qui n’identifient pas cette rigueur ne comprennent pas vos travaux,il me semble que c’est à l’origine (avec d’autres facteurs ) des contre-sens que font Nauleau et Zemmour sur les passages du livre qu’ils pointent.

          • n’ai-je donc pas assez dit qu’à l’origine de l’hostilité d’individus comme ces deux là, il y a bien sur tout autre chose que le livre en question, qu’ils avaient vaguement feuilleté
            coté Naulleau, ça remonte à bien avant, je pourrais le prouver faits à l’appui et ne le ferai pas
            émission à oublier, comme tant d’autres

          • @Patricia: cueilli aussi itw François / Gaëlle ce matin http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=584859

          • @François Bégaudeau:

            et le premier qui va dans le fumeux doit faire la vaisselle

            moui et donc comme tu disais que tu aimais faire la vaisselle, m’en souviens bien ( pour jouer avec les bubulles ?), que doit-on en déduire ?

          • J’ai une vie ordinaire. Le pari de ce livre, comme de « France 80 », c’est justement de faire de l’ordinaire une matière littéraire. Les détails de la vie ordinaire m’intéressent parce qu’ils m’émeuvent: les gestes, les attitudes, les objets et le lexique aussi bien sûr. J’ai d’abord écrit sur ma fille parce que je l’avais quotidiennement sous les yeux, que je n’avais pas besoin d’aller bien loin pour me documenter. Il y a vraiment une démarche documentaire là-dedans.

        • Oui, je suis d’accord. C’est plus dans « Voyage à Bayonne » que la relation de couple est abordée.

    • Oui, c’est exactement cette place qu’il occupe dans le livre.
      Disons que je ne souhaitais pas en dire davantage.

  12.  » ce à quoi il m’a renvoyée » :oui . ce livre produit beaucoup d’échos. Et c’est un livre qui ouvre. il ne renvoie pas à du négatif . pour moi c’est rare.

  13. N’ayant pas encore le bouquin dans les mains, je m’attelle aux extraits et déjà « Il ne voit pas trop quoi me dire, finit par m’expliquer le phénomène de la tectonique des plaques » On peut aussi parler de tremblement de terre, tsunami, explosion, dynamitage, crise identitaire, c’était ça pour moi la venue d’un enfant.

    • @belette: En attendant de le lire, tu peux imaginer la scène, c’est assez désopilant

      A 20 heures, Antoine est encore là, assis sur un fauteuil en skaï, des restes de repas sur la table. Quand les contractions se déclenchent, je lui demande de me faire la conversation pour oublier la douleur. Il ne voit pas trop quoi me dire, finit par m’expliquer le phénomène de la tectonique des plaques.

      en écoutant de 20’50 à 22’15
      http://www.franceculture.fr/emission-planete-terre-la-planete-terre-des-mythes-a-la-physique-2015-09-09

      • @Acratie: j’aime bien aussi : »Le père de l’enfant qui va naître est allé garer la voiture dans la parking de l’hôpital qui a brûlé récemment me dit-on. Incendie criminel.Maintenant, il est à mes côtés. mon compagnon.Je lui demande si ça va. »

        • @patricia: @Acratie: pour ce qui concerne la partie compagnon et parce que ce livre est tout en détails concrets dont tu peux te servir pour développer des idées, j’ai été marquée par ce détail du chauffage qu’il faut éteindre pour le confort du compagnon, par amour.
          Par amour : tant que je peux m’adapter pour ne pas avoir froid grâce à une méthode de mise en place de couverture autour de mon corps, j’obéis au désir de mon compagnon.
          N’est-ce pas inquiétant ?
          Moi ça m’inquiète.

          • @anne-laure: alors là Anne-Laure je tiens à te rassurer (tu sais que j’aime bien ça). La nuit, Gaelle est bien au chaud dans sa cabane en duvet tandis qu’Antoine goûte la fraîcheur délicieuse de sa couche.
            Comme ils sont tous les deux écolos, ils sont contents que le chauffage soit éteint la nuit et ils sont contents d’être contents tous les deux de ça. C’est important pour eux.
            Important,mais peut-être pas prioritaire pour Gaelle si elle était seule, parce qu’avoir froid quand on a froid c’est vraiment très désagréable.
            Mais Gaelle aime Antoine, alors elle a envie qu’il soit bien lui aussi. Et avoir trop chaud la nuit c’est vraiment très désagréable.
            Du coup, Gaelle a trouvé sa technique personnelle de réchauffement écologique et amoureux. Et je suis certaine qu’Antoine le lui rend bien. Donc pas d’inquiétude à avoir la-dessus.

          • @Juliette B: ouf

          • @Juliette B: Si Antoine le lui rend bien ça va, ça s’équilibre.
            Mais bon c’ est difficile à vérifier.
            Antoine est un personnage intéressant, me donne l’impression d’un mec hyper structuré hyper organisé ( épisode de la préparation matinale ) qui sait tout à fait ce qu’il veut.
            Stable le mec.
            Stable dans son habitude de lire à Alice des livres tous les matins tous les soirs.
            Le gros lourd.
            Ce mec aurait un programme éducatif en tête que ça m’étonnerait pas.

          • @Juliette B: Alors que la mère a bien du mal à imposer son programme éducatif puisque par la force des choses, de se mettre en position de tenir compte des désirs qu’Alice exprime ( épisode du dvd barbie, épisode du vêtement de pluie ), de prendre sur elle pour les accepter, de la même façon qu’elle accepte qu’il n’y ait plus de chocolat ( merde ), se rend compte qu’elle n’a pas de programme.
            Si ce n’est un programme démocratique peut-être, je sais pas.

            Pour le coup j’en profite pour revenir vers le début du livre, au début de la vie d’Alice et de son premier long voyage en bagnole, avec ce bout de phrase qui m’ amuse beaucoup ( page 29 ):

            ,vu que je ne peux atteindre, et encore difficilement, que l’extrémité de son lit que j’effleure quand même régulièrement pour faire quelque chose plutôt que rien,

            J’imagine très bien le geste de la mère ( et je vois bien la tête bien sérieuse de gaelle puisque j’ai une photo d’elle ) tout à ce qu’elle imagine être son devoir de mère de famille, surjouant l’empressement de rassurer sa fille sur sa présence sécurisante comme on nous a dit qu’elle l’était .Sécurisante. La mère.
            Alors qu’en fait ça sert à rien.

            Cette attitude théâtrale me fait bien rigoler.

          • @anne-laure: rien pour moi dans le livre ne renvoie Antoine à « un gros lourd »; par exemple son habitude de raconter des histoires à Alice matin et soir, je ne doute à un aucun moment qu’elle soit mue par le plaisir qu’il y prend ; peut-être parce que je connais au moins un père qui adore raconter des histoires tous les soirs à son enfant, qui a dévalisé la médiathèque de ses contes populaires parce qu’il a toujours aimé ça et qui prend son pied d’avoir une bonne occasion de se poser pour en lire un avec un public acquis et content de l’écouter.
            si en plus c’est un rituel qui permet à l’enfant de passer plus facilement le sas vers la crèche, l’école ou la longue nuit dans le noir, c’est encore mieux parce qu’il va pouvoir vaquer à ses occupations plus tranquillement après.

            De la même façon, le fait que dans le livre Antoine s’allonge sur son canapé pour se prêter au jeu d’Alice faisant le docteur, évoque avant tout pour moi l’image d’un mec ravi d’assister au spectacle de sa petite fille imitant les grands avec un langage pseudo-savant hilarant; et j’anticipe quand je le lis qu’il rit bien, ensuite, en se remémorant avec Gaelle le diagnostic d’Alice: « vous avez une récombite, il faut recompenser les termes de votre problème, il vous faut du sirop à boire et des brocolis à manger ».

            quand il fait écouter à Alice de la musique médievale ou compter sur l’ordi, je ne l’imagine pas le faire pour la préparer à normale sup, mais parce que ça le fait marrer de voir comment elle réagit.

            quand il attend que Gaelle arrive à la fête et prenne le temps de se poser pour lui annoncer l’accident d’Alice, j’y vois un égard pour elle ; s’il lui avait téléphoné avant pour lui raconter, elle aurait flippé pendant tout le trajet.

            Donc gros lourd, non, j’vois pas ça.
            Après, c’est pas un saint, il finit le chocolat, il s’engueule avec gaelle sur des sujets divers comme l’heure du coucher d’Alice, mais elle non plus c’est pas une sainte, elle a ses manies, ses défauts comme lui. Donc…

            Dans la voiture, je ne pense pas que Gaelle « surjoue » ou fait du « théâtre » (y a pas de public), je pense qu’elle est inquiète et cherche à se rassurer elle-même par des gestes qu’elle percevra et décrira plus tard comme dérisoires et un peu ridicules (comme le fait de remonter la couverture de l’enfant qui dort) et liés au fait qu’elle n’avait pas encore trop confiance en ses gestes de mère.

            Voilà ce que je peux te dire moi de ce que je vois en lisant le livre.

          • @Juliette B: Bien , je te remercie.
            Je n’ai pas dit que la mère n’avait pas ses moments de lourdeur.
            Je sais par exemple comment les gens pas du tout organisés qui trainassent le matin sont lourds pour les autres.
            Et je suis assez d’accord sur ta perception d’Antoine dans l’ensemble.
            Mais juste moi ça m’aurait vite gavé un père qui passerait son temps à foutre un livre sous le nez de mon enfant.
            J’aurais eu peur que mon enfant intègre ce geste comme une norme et qu’il ne cherche pas à voir ailleurs que dans les livres.
            A chacun ses petites angoisses personnelles j’ai envie de dire.

            Pour ce qui est du théâtre, es-tu bien certaine qu’il n’y a pas de public ?

          • Tu as raison de t’inquiéter, j’ai eu froid l’hiver dernier. Il y a une vraie question ici :ai-je raison ou pas d’accepter d’avoir froid par amour ? Dans le texte,je ne la tranche pas. L’intention est plutôt de noter que l’amour ne se niche que dans ce genre de détails. Je pratique ici volontairement une sorte de réductionnisme. Je tire l’amour vers ce qu’il a de cocasse.

          • @<a href="#comment-38252"gaelle: ah merde. Ta technique d’enveloppement n’est donc pas efficace.
            T’as essayé la double couche de couette ? Avec couette en plumes d’oies de laponie des trucs comme ça.
            Vêtements Damart , chaussettes de trappeurs, bonnet de louis de funes ?
            ah merde merde merde , que faire ?
            Et l’hiver approche.

            Je n’avais pas vu la cocasserie du geste.
            Je l’ai pris très au sérieux.
            Je crois que c’ est dans ce genre de détails que la question de l’amour se trouve en effet.

          • Gaelle ne dit pas « la question de ‘amour », mais l’amour lui même. Je me permets de noter cette nuance pas anodine.

          • @gaelle: Ah j’ai merdé le bleu , pardon.

          • @françois: Ah j’ai merdé la nuance.
            Bon ben j’vais dormir du coup.

          • @anne-laure: @gaelle: oui, c’est embétant… Remarque, contre le froid, y a aussi la solution du petit convecteur d’appoint dans la chambre; ou alors la ménopause, ça réchauffe bien aussi la nuit parait.

          • @Juliette B: Ouais non mais c’ est ça, y a toujours des solutions , sauf qu’à un moment quand tu as épuisé tes ressources tu souffres et tu t’en prends à l’autre qui pourrait peut-être se démerder pour ne pas avoir trop chaud lui.
            Il peut dormir à poil par exemple.
            Ou dans un bain de glaçons.
            Le ventilo c’ est pas possible c’ est pas écologique.

            Aaah je suis déçue de savoir que Gaëlle souffre du froid.
            Moi je l’avais imaginée comme une bonne nietzschéenne , tout droite dans son lit et digne comme un pharaon dans son sarcophage, à se dire que ce qui ne la tue pas la rend plus forte, à se dire que tant qu’elle trouve un moyen pour ne pas souffrir elle peut s’adapter aux contraintes imposées par son amoureux et cela lui apprend de la vie et la rend plus forte.
            Ce geste d’amour je le comprenais ainsi.
            Or malgré tout elle souffre et l’accepte , donc se sacrifie pour l’autre.
            C’est alors que l’amour finalement c’ est lorsqu’on bascule volontairement dans le geste qui fait souffrir ?
            Ben merde alors.

  14. Pas le temps de relire tout de suite le passage dont tu parles Juliette,mais le livre ne montre-t-il pas que la relation parent enfant est une espèce de bazar où on trouve de tout, mélangé : des principes, des principes respectés, des principes pas respectés, des comportements logiques, d’autres irrationnels,du juste, de l’injuste,de l’ambigu, de l’évident etc…et que le constat de ce mélange met à mal le mot éducation ?

    • @patricia: oui, ça c’est entendu, mais là elle prend la peine de spécifier qu’elle n’embraye pas et ça m’intrigue, voici l’extrait:

      On croise un homme d’un certain âge qui ouvre la porte d’une maison. Elle me demande qui c’est. je lui réponds que je ne connais pas, que c’est certainement un prêtre qui pénètre dans ce qui doit être presbytère. Je ne lui explique pas ce qu’est un prêtre ni un presbytère. On s’assoit quelques minutes sur les marches temporairement ensoleillées du porche de l’église puis on se met en route pour le goûter.

      Tu sais Patricia, je viens de relire ce qui précède l’extrait et je crois que je viens de comprendre (j’avais dû lire trop vite la première fois) :
      juste auparavant, Gaelle a remarqué qu’Alice avait « une perception cubiste de la réalité »: longeant une église elle a simplement dit « une maison » parce que son esprit n’était pas encombré par l’information qu’il s’agissait d’une église, elle ne sait pas ce que sait.
      Ca fait réfléchir Gaelle sur sa propre perception, à tous ces signaux intérieurs impensés qui transforment ou plutôt informent (au sens de mettre en forme) la réalité. Et là, elle dit ceci:

      Et sans doute ne serai-je même pas en mesure d’affirmer avec certitude que le grand bâtiment que nous longeons est bien une église si tous ces trucs clignotants ne se bousculaient pas dans mon crâne mais parfois j’en ai assez, je préfèrerais être comme elle qui n’a rien à en penser puisqu’elle prend une église pour une maison et n’est même pas capable de la percevoir en un seul bloc de pierres, qu’on la contourne ou pas.

      Donc, oui, je pense que là, à la fin du chapitre et au terme de cette réflexion, Gaelle décide sciemment de ne pas expliquer à sa fille ce qu’est un prêtre et un presbytère. Pour lui laisser cette liberté spatiale qu’elle-même n’a plus.

      • (Scène au café) Au pays d’Alice p:366

        Et il nous observe, un peu gêné quand même au moment où il repose sur la table sa tasse de café, parce qu’en se délestant de ce qu’il tenait encore il y a un instant dans ses mains, c’est un peu de sa contenance qu’il perd.

        J’aime beaucoup cette phrase.

        • @Juliette B: moi aussi j’aime bien ce genre de phrase. en sautant au-dessus du « parce que ».
          ça m’a rappelé, autour du geste de la tasse, une autre phrase que j’avais bien aimé dans un poème : « et il but le thé avec l’image qu’elle contenait »
          tu en as repéré d’autres des phrases dans ce genre (genre attitudes et gestes au premier plan) ?

          • @Helene: tu veux dire dans ce livre ?
            c’est un peu abstrait pour moi « attitudes et gestes au premier plan » pour pouvoir te répondre

          • @Juliette B:non dans un autre livre. ça a l’air super compliqué, laisse tomber.

        • @Juliette B: Moi aussi j’ai relevé cette phrase, j’aime beaucoup ces observations de la solitude, d’une présence qui ne tient que par une tasse à café, comme béquille c’est fragile.

          • @Acratie: je sens peut-être aussi un peu d’ironie de la part de l’auteure; il était là à écouter sa femme parler de ses filles et de leurs franfeluches, un sujet qu’il juge sans doute exclu de son domaine de compétences, trop féminin, trop intime, et quand il pose sa tasse il est un peu exposé au danger: il n’a plus l’excuse du café pour assister à ça et se sent un peu ridicule.

          • @Acratie: Je lis cet extrait comme toi mais je ne conclus pas à l’ironie. Elle constate, encore une fois.

          • @Acratie: dans le même chapitre, un autre passage chez moi fait mouche :

            Cela a l’air de réjouir particulièrement la dame, dont les trois filles, grandes désormais quoique toujours coquettes, ne portent plus ni robes à volants ni colliers en plastique mais des tenues, boots en nubuck et jeans slim par exemple, plus subtilement féminines en ce qu’elles font oublier, ce qu’Alice semble toujours avoir à l’esprit lorsqu’elle s’habille en fée, en princesse ou en dame, qu’elles sont des déguisements.

            (et je rigole parce que je suis déguisée comme les filles de la dame en écrivant ça aujourd’hui)

          • @Acratie: pas exclu que je surintreprète en effet.

          • @Juliette B: Je ne sais pas. Le livre prête à la surinterprétation peut-être. Justement parce qu’il pose les situations à plat le lecteur est laissé libre d’interpréter, et s’il en prend conscience il commence à gamberger, et il doute, non ? Par exemple dans l’échange précédent sur « prêtre-presbytère » j’ai effacé un post assez long sur le fait qu’Alice apprend in situ sans qu’il soit nécessaire d’expliquer les mots. Elle met une sous-couche de sens dans un contexte précis etc. Post complètement inutile en ce qui concerne cet extrait qui ne suggère même pas le dixième de ce que à quoi il m’a renvoyée.

          • @Acratie:

            cet extrait qui ne suggère même pas le dixième de ce que à quoi il m’a renvoyée.

            c’est peut-être une des grandes forces du livre de renvoyer chacun dans un second temps à une relecture de ce qu’il a personnellement vécu en la matière, avec ses enfants ou ceux des autres; pour ma part je ne cesse de faire des va-et-vients dans ma tête depuis que je l’ai terminé, il y a déjà plusieurs jours, entre des moments du récit de Gaelle Bantegnie et d’autres de ma propre vie.
            Et j’ai le sentiment double de penser plus richement ce qui est passé et de vivre de façon plus pleine ce qui a lieu. Je me sens aussi comme délestée d’un poids, peut-être celui du sentiment d’avoir parfois mal fait, puisque je peux me dire plus clairement: j’ai fait comme j’ai pu, on fait d’abord comme on peut.

          • « de vivre de façon plus pleine ce qui a lieu »
            c’est bien joyeux qu’un livre parvienne à faire ça

          • @Juliette B: J’aime bien « dans un second temps ».

        • @Juliette B: vite fait en passant : mais oui cette phrase est intéressante, l’attitude de cet homme est intéressante et comme le dit Acratie, l’auteur ne fera pas de commentaires pour nous expliquer pourquoi elle prend la peine de noter ce qu’elle pense être de la gène.
          C’est intriguant et cela stimule la partie questionnement de la cervelle.
          T’sais c’ est la partie en forme de point d’interrogation, pas loin de l’hippocampe en forme d’hippocampe.

          C’est amusant de voir ce que chacun y met derrière cette gène.
          C’est le jeu de dis moi comme tu interprètes je te dirai qui tu es.
          Voici ce que j’y mets : le type est bien gêné parce qu’il se sent responsable en tant que représentant du monde masculin de toutes ces fioritures ridicules dont les femmes doivent se décorer pour le maintien de la différentiation sexuelle qui fait tant plaisir aux hommes.
          Et donc : je suis une grosse féministe extrémiste.

          • @anne-laure: une autre version, inavouable, mais à laquelle j’ai d’abord spontanément pensé: le type sourit d’abord de contentement, sa tasse à la main, parce c’est sur d’autres que lui que son épouse a jeté son dévolu pour déverser son saoulant babil de bonnes femmes; il a la paix, observe, et se dit « hé hé, comment vont-elles se dépatouiller de cette emmerdeuse ? »; Gaelle écoute poliment la dame mais son regard signifie en même temps au mari qu’elle a deviné ce qu’il pensait: il est gêné, mais merdum ne peut se cacher derrière sa tasse car elle est vide.

          • @Juliette B: Ah ouais , pas mal.
            Moi j’avais émis la furtive hypothèse que le type en observant sa femme s’extasier devant la panoplie de petite fille d’Alice et se rappelant ce qu’elle avait vécu avec ses propres filles ( si je me souviens bien ), s’est alors souvenu qu’il avait des pulsions sexuelles pour les fillettes puisqu’il n’avait pas pu s’empêcher de violer ses filles lorsqu’elles étaient enfants mais ça heureusement personne ne le sait.
            Alors il est gêné.

          • @anne-laure: wé ça s’tient aussi (filmé par Dumont après)

          • @Juliette B: ou pendant, avec Fabrice Lucchini en acteur principal.

          • @anne-laure: ah oui, avec Luchini et binoche dans le rôle de la mère. je ris.

      • @Juliette B: tu as raison, ma réponse était à côté parce que je n’avais pas relu le passage.Tout ce chapitre va dans le sens que tu dis.Je retrouve ces pages et les suivantes que j’ai surlignées,à propos de l’encombrement et de la conscience de l’avant encombrement,que vit Alice. j’avais relevé aussi la page suivante : »Sur le parvis de l’église Sainte Thérèse,les cloches (4 éléments de connaissance déjà) sonnent 4 heures (+3) et je compte 1,2,3,4 (+2).Il fait froid comme souvent en décembre à cette heure-là (+3). Mais Alice n’entend pas sonner les cloches de l’église Sainte Thérèse,elle n’entend pas sonner les cloches de l’église,,elle n’entend pas sonner les cloches,elle n’entend pas sonner,elle n’entend pas 1,2,3,4,elle n’entend pas 4 heures. Elle entend,point. »
        Remarquable de finesse et de simplicité. penser. je crois que d’autres ont déjà cité ce passage. Tant pis tant mieux,je ne me lasse pas.

        • @patricia: ce que j’ai lu et vos citations à toi et aux autres sitistes me fait penser que cette mère a le souci/le hobby de se mettre à la moindre occasion à la place de son enfant.
          ça donne un profil de mère. sans jugement.

          • serait-ce trop demander que de poser une règle selon laquelle ne parleraient du livre que ceux qui l’ont lu ou sont en train

          • Aucune dérogation ? Non ?
            Bon, je ferme ma gueule.
            C’est peut-être aussi pour moi qu’on a inventé les majorettes.

      • @Juliette B: Peut-être aussi pour ne rien forcer, laisser le temps à l’enfant de poser les questions quand elle a envie de savoir. De la même façon elle ne précisera pas que le « livre » dont Alice tourne les pages pour sa copine est en réalité un album photos. Elle laisse les enfants vivre joyeusement l’instant, elle se réjouit de leur bavardage sans l’interrompre par une leçon de vocabulaire, elle ne fait pas sa prof quoi.

    • Oui, c’est exactement cela. C’est un bazar.Et j’ai essayé d’écrire ce livre à l’image de ce bazar. Par exemple, comme Fleur le notait, je pose quelque chose et je le rectifie tout de suite après. Je pense quelque chose mais c’est contingent, une autre situation provoquerait une autre pensée etc..

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