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Deux singes sort en poche

Hélas ça ne le rend pas moins long.

 

Le début du livre :

 

77

 

En 77 j’ai six ans et j’ignore que deux crises pétrolières viennent de secouer le monde. Je n’habite pas le monde, j’habite une maison. Dans la maison une télé repose sur un meuble, parfois le cheval de Davy Crockett y gravit un sentier de montagne rocheuse, parfois une boule de feu y brûle qu’enveloppent deux mains barrées par le slogan En France on n’a pas de pétrole mais on a des idées. Je suis un enfant de France, je suis destiné à avoir des idées.

Pour l’instant j’en ai peu. Passif je vois passer des gens. Quand la télé ne les encadre pas, les gens sont des amis des parents auxquels je suis amarré. Si mes parents étaient citoyens de Chine, mon quotidien serait peuplé d’yeux bridés comme ceux de Mao dont j’ai vu passer le cercueil transparent, et je n’accepterais pas moins cet état de fait que celui de vivre à Saint-Michel-en-l’Herm, Vendée.

Dans mon champ de vision, les amis des parents apparaissent par binômes insécables. Trentenaires de la dernière génération qui ne divorce pas en masse, ils se laissent sans broncher désigner comme les Mercier (Gérard et Renée), les Mesnier (Max et Claudine), les Boisseau (Guy et ?), les Tricherau (Emile et Jacqueline), les Gindreau (Jean-Marie et Mimi). Filles et fils de paysans devenus profs ou fonctionnaires dans l’administration, par la grâce d’un phénomène que je serais en peine d’appeler l’ascenseur social, n’ayant jamais vu d’ascenseur — mon monde est plat.

Quand mes parents passent voir Mimi et Jean-Marie, je suis dans leurs pattes, toutou de mes géniteurs, mais je ne joue pas avec Isabelle car c’est une fille. C’est dans la chambre de son frère Fabrice que je monte pour me greffer au jeu en cours. Ou alors il descend et nous traversons le jardin de derrière jusqu’à la cage de Boubou.

Boubou est un macaque ramené par un certain tonton Didier qui réapparait une fois l’an, s’assoit dix minutes raconter une péripétie pleine de fauves affamés, puis s’évapore vers un continent sous-développé, différant toujours le moment de récupérer l’animal.

De même que j’ai adopté le nom voiture pour désigner une voiture, j’adopte le nom Boubou. Je l’ai entendu, je le répète. C’est ma période perroquet. Jusqu’à quand l’ai-je été est une des questions posées ici.

Il a fallu l’exemple du chimpanzé du zoo de La Rochelle pour lever la perplexité de Jean-Marie quant à la survie de Boubou sous le climat du Sud-Vendée. D’accord, on le garderait, mais à condition que les enfants n’en disent mot à l’école, car l’hébergement d’animaux extra-européens requiert un permis. Aucun risque : en nous l’excitation de la clandestinité supplante la tentation de dévoiler un secret. J’ai suggéré un nom de code pour évoquer le macaque en présence de tiers. Rictus. Mot dont je m’attribue l’invention de bonne foi, ne sachant plus où je l’ai attrapé. Rictus ! est le cri de ralliement. Et les copains non affranchis regardent s’éloigner nos dos voutés de comploteurs.

Inconscient de nos intrigues pour le protéger des lois humaines, Boubou mord benoitement dans des épis de maïs glissés à travers les barreaux rouillés qui jadis isolaient les bêtes folles. Il reproduit nos grimaces, nous reproduisons les siennes, à la fin on ne sait plus qui imite qui, d’autant que les gestes que nous le défions de reproduire sont d’emblée inspirés par la pantomime académique des singes : aisselles grattées, pouce dans la bouche, sauts sur place avec atterrissage jambes fléchies et mains posées au sol. On l’invite à singer nos singeries, jamais à mimer un revers de tennis, alors que peut-être il saurait.

Quand Boubou a griffé Fabrice qui lui tendait une banane en plastique pour me faire marrer, tonton Didier, joint d’urgence au Mozambique où il guidait un safari d’Américains, a assuré qu’une griffe de macaque ne donnait pas la rage.

Que Boubou ne m’ait jamais blessé conforte mon sentiment d’une affinité profonde. Si profonde qu’elle se passe de mots. Je peux lui suggérer télépathiquement de découvrir ses dents en retroussant ses lèvres, puis je l’imite le faisant. A toi à moi, indéfiniment, ça fait comme une boucle. On pourrait se lasser. Fabrice se lasse et rallie bien avant moi la maison où les adultes sont réunis.

Autour d’une table.

L’amitié des Mesnier, Bégaudeau, Mercier, Boisseau, Gindreau, prend essentiellement la forme d’invitations mutuelles à domicile. On ne se retrouve pas au café ou en discothèque mais chez les uns chez les autres. Dans ces années-là, l’âge adulte commence tôt. L’acquisition de meubles en est le signal et l’outil. Notamment d’une table, qui permet d’inviter un couple ami à manger, au moins à boire un coup, posant sur la toile cirée un nombre pair de verres sans pied. Quand on s’invite chez les uns chez les autres, l’apéritif, que dans les classes moyennes et inférieures on abrège en apéro, n’entraine pas forcément le repas, mais le repas implique forcément l’apéro où règne le Pastis et sa boule doseuse, dont le service scande une conversation débridée que le sol carrelé fait résonner.

Depuis la cage je perçois ce magma sonore. Bruit de fond dont une voix finit immanquablement par se détacher, celle de mon père sorti pour m’informer qu’on ne va pas tarder à manger. Il dit aussi : pas tarder à passer à table. Je feins la surdité jusqu’à une suggestion paternelle plus pressante. Quittant le jardin, je me raconte que Boubou est triste de me voir rentrer dans la maison pour prendre ma place.

Ma place à table.

52 Commentaires

  1. Je trouve que c’est une excellente nouvelle. Et même si tu n’as pas l’air si enthousiaste et que j’ai l’impression que tu ne crois pas que cela va changer tant que cela le nombre de lecteurs qui decouvriront le livre, félicitations.
    D’autre part, j attends avec impatience « la politesse ». aurions nous droit à quelques indices ou extraits qui donneraient au moins une piste sur le choix de ce titre ?

    • Je ne suis pas enthousiaste, mais tout à fait content que ce livre sorte en Poche. Je trouve d’ailleurs que ce format lui va bien.
      Pour La politesse, j’en parlerai dans deux mois, disons. Là c’est un peu prématuré.

      • @François Bégaudeau: soit , nous attendrons
        le titre m intrigue
        je me raconte pas mal de choses la dessus déjà
        je me plante forcement mais bon c’est amusant

        • tu te racontes quoi? ça m’intéresse

          • @François Bégaudeau: Je me demande d’abord comment la politesse peut t’intéresser ? un sujet? un vrai?
            De quelle genre de politesse il s’agit? à preciser?
            Quelle différence tu fais entre les genres de politesse que tu pourrais evoquer?
            ce qui serait la politesse qui vaudrait le coup de respecter?
            si tu parles du respect de l’autre qui impliquerait de la politesse?
            ou bien si tu fiches tout en l’air en indiquant que la politesse n’autorise pas à dire ce que l’on pense et que y a tromperie ou duplicité par retenue et peur de froisser ?
            vite fait , des choses comme ça

          • Ce titre n’indique pas un sujet, car le livre n’est pas un essai. C’est un récit. Donc je ne traite pas la politesse, elle est là comme une suggestion, une couleur indicative, un angle possible pour traverser ce récit. Mais je ne clarifie rien, je laisse plutot cette notion à son opacité, à son ambivalence, à ses géométries variables.

          • @François Bégaudeau:
            comme « la douceur »?

          • @François Bégaudeau: la douceur dans vers la douceur

          • @François Bégaudeau: biens sur oui tu laisses le lecteur divaguer

          • oui comme la douceur
            en fait j’aime bien les titres littéraux (entre les murs, au début) ou à l’inverse assez déconnectés du contenu (La politesse, vers la douceur, le moindre mal) ou les deux en même temps (Deux singes ou ma vie politique)

          • @François Bégaudeau: et c’est ça qui est bon

  2. François,
    lors de la sortie d’un de tes livres en édition poche, en seconde vie comme l’écrit de façon amusante Patricia, as-tu été sollicité pour repartir en tournée en parler?

    – Est-ce que parfois tu as été agréablement surpris par une invite différente, plus intéressante pour ton livre à cette occasion? soit parc’qu’elle venait d’un autre milieu que celui de la presse spécialisée, d’une assoce de lecteurs ou d’un confrère-animateur radio ou tv qui, presque par hasard ne s’y était intéressé qu’à cette occasion par exemple?

    • Je ne me souviens plus bien. En tout cas ca ne m’a pas marqué, ce qui est une forme de réponse. La suite de la réponse se trouvant dans un livre prochain.
      Quoi qu’il en soit, mon idée ne serait pas d’avoir des invitations « dans un autre milieu que celui de la presse spécialisée » ; bien plutot l’inverse. Des entretiens et de papiers sous l’égide d’une presse littéraire qui ferait bien son travail, ça m’intéresserait fort. On vivra sans.

      Par ailleurs, non, je n’ai jamais été sollicité à l’occasion d’une sortie poche. La première fois est à venir, au Furet à Lille en janvier, où le libraire tient à ce qu’on parle de Deux singes au prétexte du Poche

      • @François Bégaudeau:
        …/ Des entretiens et de papiers sous l’égide d’une presse littéraire qui ferait bien son travail, ça m’intéresserait fort. On vivra sans. /…
        comme tu sais, il te reste la presse économique et médicale ;- )

        et donc,
        tu seras au furet en janvier: ché cool cha biloute, ça c’est pas une réponse de brun.

        • et la veille, conf sur le punk à science-po, c’est pas beau ça?

          • cha François
            on dit cha
            pas ça

  3. c’est plaisant de retrouver le texte dans un nouveau costume. Bonne seconde vie aux deux singes !
    dis François, je suppose que c’est bon signe pour le livre,une réédition en poche?

    • @patricia:
      bonjour,
      regardes si tu veux sur cette page du site dont je te mets le lien
      http://begaudeau.info/2011/09/06/les-3-meilleures-entrees-de-tu-seras-ecrivain/

      à l’époque de la sortie de son tu seras écrivain mon fils François y répondait un peu à ta dernière question, posée jadis par génie de niveau 3,

      Et ça peut relancer des invites ou propales pour en parler aussi,
      ma libraire de quartier va-t-elle pour le coup se laisser tenter?

      • @shash: merci shash. En effet : je retiens :
         » J’ai trois livres en poche, bientôt quatre avec La blessure la vraie, et c’est trois cas de figure très différents : Jouer juste petit succès de premier roman, Entre les murs carton mondial et stellaire, Vers la douceur petit score. Donc bon.

        Sur les aides mises en place, c’est très opaque, on découvre à mesure : les papiers dans la presse, tel libraire qui vous met en avant, etc. Rien de très rationnel dans tout ça, autant avoir la sagesse de ne pas anticiper, de ne pas spéculer. »

    • bon signe serait excessif
      disons que ça prouve qu’il n’est pas sorti dans l’anonymat total et s’est un peu vendu
      et que l’éditeur calcule qu’il peut encore se vendre
      mais je ne sais pas où Gallimard met le curseur
      un indice : le seul pas en poche s’est vendu à 2000

      • @François Bégaudeau:

        …/ le seul pas en poche s’est vendu à 2000 /…
        est-ce dans la diagonale?
        celui pour lequel des sitistes se renseignent régulièrement auprès de toi pour s’informer d’une ré-édition voir même s’interroge sur la formation d’un groupe de pression pour titiller l’éditeur d’origine?

        • non, Fin d l’Histoire
          Dans la diagonale, c’est autre chose, il appartient au catalogue du Seuil et entretemps Verticales a changé d’écurie

          • @François Bégaudeau: tes deux dernières lignes, est-ce que ça pourrait illustrer un corpolecte de l’édition?

            pardon mais tu vois la vache devant toi en séance de dédicace? benh c aussi shash devant cette histoire de catalogue et d’écurie,

            J’ai réussi à emprunter en bibli le num de transfuge avec ton article le nom du peuple et là, j’ai chaussé mes lunettes et le relis avec plaisir,

            – J’avais oublié que Pio dans ce film (cf.la tof en quasi pleine double-page 86/87) porte la chemise de mari
            ça lui va bien à Pio aussi

          • Pio est tout le temps bien
            Dans le milieu, pas très aimé, comme tous les gens puissants.

          • @François Bégaudeau: …/ la chemise de Mon mari /…
            le tien, c souvent des polos plutôt

          • @François Bégaudeau: pourtant c’était bien. Florence Aubenas, libération, télévision, conférence de presse, féminisme. C’a aurait pu faire un carton. C’était quoi le problème? Le côté récup est mal passé?

          • D’abord ce livre venait après Entre les murs, donc il était entendu qu’il ne partait pas avec des points. Mais c’est surtout sa forme, tordue et peu académique, qui le desservait. Vraiment il faut bien réaliser ca : en cinéma comme en littérature, ce ne sont pas les contenus qui clivent mais les formes. Il n’y a qu’à voir tous les écrivains plébiscités des années 2000 : par-delà leurs différences, ils ont pour point commun une langue tout à fait accessible et des formes tout à fait normées. Ca ne fait pas d’eux des mauvais écrivains -surtout pas Houellebecq ou Carrère-, mais c’est à noter. A l’aune des capacités d’absorption des formes inédites par les journalistes et le gros du lectorat, Fin de l’Histoire c’est de la poésie expérimentale.

          • @Vincent: bonjour,
            peux-tu préciser ton …/ Le côté récup est mal passé? /…
            je ne comprends pas ce que tu questionnes à propos du fin de l’histoire de François :- (

            + au cas où, il y a sur ce site une page dédiée
            http://begaudeau.info/2011/08/14/fin-de-lhistoire/
            si tu as lu ce roman, ça t’intéressera peut-être,

          • @François Bégaudeau: et @shash sur Fin de l’hsitoire : mes souvenirs sont imprécis et cette lecture recouverte par de nombreux Bégaudeau suivants. Ok pour la difficulté formelle. La forme n’est jamais banale chez François, c’est toujours un enjeu, une recherche mais là le dispositif est central. Peut-être plus un texte du critique que du romancier. En tout cas cet hommage via écran m’avait complètement convaincu. La forme était également une question cruciale dans Entre les murs avec une narration plus classique. Mais je ne me figurais pas un abîme entre le deux. Le succès du premier aurait pu conduire à. Au moins côté ventes. La maldonne, si jamais, serait venue après. C’est pourquoi j’évoquais la réception de l’œuvre et non l’œuvre elle-même. Les idées qu’on s’en fait, les intentions qu’on lui prête, les vertus qu’on voudrait qu’elle ait. En gros, le jeune auteur à succès (au singulier à ce moment-là) qui surfe sur le drame, la popularité d’Aubenas, la vague médiatique pour faire sa pub. Un procès facile et stupide mais de fait une entreprise très casse-gueule. C’est aussi ça qu’est bien.
            Était-ce voulu et conscient l’expérimentation qui perdrait du monde? sujet périlleux + risque formel, était-ce pour rapidement retrouver une place qui t’irait mieux? Est-ce qu’on trouve sa bonne place de créateur? Est-ce une question?

          • Je dois dire qu’il est assez difficile de ne pas anticiper sur la réception ou la « réceptivité » d’un livre qu’on est en train d’écrire. Mais alors s’il y a une session d’écriture où cette question ne m’a jamais traversé, c’est bien celle de Fin de l’histoire. J’étais juste très joyeux de faire ce livre, que je savais sincère, emballé, pertinent, dense, et dont la forme m’apparaissait comme vraiment ajustée au propos. Une sorte d’écriture en coussin d’air -le mois de sortie m’a bien fait retomber.
            Il faut préciser aussi que ce livre nait, dans mon esprit, le jour même de la conf, c’est-à-dire le 14 juin 2005. Donc bien avant la sortie D’Entre les murs, et avant même la fin de sa rédaction (septembre 2005). Donc de toute façon je n’étais pas dans des conjectures sur « quoi écrire après Entre les murs, etc ». Une sorte d’innocence tout à fait heureuse.

          • @Vincent: ok, je comprends mieux, merci.

            Je viens de regarder la conf « les mots/maux » (en gros) à laquelle François a participé à la cité de l’audace à la rentrée (et ouais): tout comme régulièrement ici, dans son dis moi et en réponse aux questions des sitistes, il y reprécise ce que la littérature et le scripteur (1ère fois que je l’entends dire ce terme)ne sont pas, que ni l’un ni l’autre ne sauvent/changent le monde entre autres.
            François y parle/reparle notamment du kif, de la jouissance que lui apporte son activité d’écriture – avec ses moments de doutes, de périodes où il n’y arrive pas mais malgré tout – et c’est pareil pour les livres qu’il aime lire avec ceci de spécifique qu’il sait que pour lui, aimer un livre c’est parc’qu’il y trouve ce qu’il a en lui ou aime déjà.
            – Sa bonne place de créateur ça pourrait être se faire plaiz/faire plaiz tu crois? avec oui, ce travail essentiel pour lui de la forme,

            Sur le risque qu’un côté récup., que tu as précisé entre temps, ait participé à de moindres ventes, j’ai l’impresion qu’il s’en fout de ça; et c’est quand même beaucoup plus souvent le cas avec carrément des biographies ou récemment je crois un livre à partie de l’étranger de camus je crois qui est « ré-écrit »
            ou encore au cinéma (à partir de faits d’actualités dramatiques ou des biopics: là aussi on pourrait imaginer un risque de réception-récup dans ce cas non?)

            – A la cité de l’audace, l’animatrice – et l’assistance – bloque encore bien sur entre les murs (film surtout) oui, il est là le nœud côté réception du boulot de François.
            Et puis cette conf. c’est quand même encore un moment où notre hôte fait preuve d’une extrême politesse je trouve (en particulier au moment de sa présentation par l’animatrice)
            A la mi-conf. ça se détend, en général, et tous semblent se quitter – audience y compris – assez comblés, adeptes du « merci pour ce moment » oui,

            Et puis tu verrais comment il parle de son Le moindre mal qu’il estime à sa place à la conf alors que l’anim a même pas calculé: il est fort François, poli et fort.

          • …/ alors que l’anim L’a même pas calculé:/…
            elle a lu son d’âne à zèbre, le dit burlesque il me semble bref,

          • @shash: cité de la réussite, la cité de l’audace se trouve surement ailleur. Bon j’ai essayé la conférence sur l’audace et l’intro m’a stoppé net. Journaliste à psychologie magazine, c’était déjà mal barré, mais comme en plus elle ne sait visiblement rien de ses invités j’ai pas pu continuer. J’ai juste eu le temps de trouver étonnant le concept global, ceux qui ont réussi parlent? la vidéo rapelle la pub pour la privatisation de Paribas. Les partenaires sont bien visibles comme pour les conférence de presse des sportifs…et la « réussite », sérieux?
            Bon, comme nous sommes sur la page dédiée à la sortie en poche de 2 singes j’en profite pour dire à quelle point se livre est particulier pour moi dans la longue liste des livres de François que j’aime. L’aboutissement du sillon autobiographique. Il y a eu comme une montée en puissance, La Blessure c’était déjà fantastique. Dans 2 singes la question est frontal, l’histoire de soi regardée de plus en plus en face. Pas de cynisme, toujours de l’humour, de l’esprit, de la distance mais aussi beaucoup de sincérité et de premier degré qui amène une émotion plus intime.
            Comme de très nombreux éléments biographique me parlent directement, s’en ai même troublant. L’impression que c’est une bio d’un soi possible ecrite par un autre qui aurait « réussi ». Ah la bonne blague de la réussite qui se pointe. D’un autre bien différent (plus littéraire, plus doué, plus punk) mais l’impression quand même d’une grande familiarité avec un inconnu, une familiarité avec une ouevre. Du biographique qui résonne, qui concorde, qui remue, qui pense, une grande émotion politco-intime.

          • merci pour ces mots
            et d’avoir souverainement dévié de cette sinistre cité de la réussite à ce livre
            voilà une belle torsion comme on les aime

          • @Vincent: tout le monde sera d’accord avec toi (ah non il n’y a que moi? bon) notamment avec l’aspect très éprouvant de ce générique oui – et je pense que ça a continué pas mal de temps l’épreuve pour notre hôte invité –
            amis quand même, moi j’aime quand il décide que tant qu’à y être, il peut tenter quelque chose – joueur on vous dit, un joueur futé –

            Une animatrice le recevant qui aurait lu la blessure, la vraie et 2 singes aurait sans doute pu distribuer les questions où il était question du corps à François Begaudeau aussi,
            et bien là ça n’allait pas de soi non, plutôt vers le psychanalyste, l’écrivain-psychanalyste pardon.

            Un écrivain joueur même futé ça peut pas parler de corps non, bref

            Si que ça à faire et que tu retentes, passe peut-être d’emblée la partie irritante, il y a encore beaucoup trop de lieux et de milieux où on fait barbant au début en pensant que seuls les plus méritants restent tu sais ;- )

            et c’est peut-être bien justement pour ça qu’il ne faut pas forcément laisser toute la place,

          • effectivement une fois qu’on y est, on essaie de sauver ce qui peut l’etre
            mais peut-etre ne faudrait-il pas
            peut-etre faudrait-il vraiment signifier à ces gens qu’ils peuvent se foutre au cul leurs mots et leurs maux
            manque de courage, ou d’énergie, je ne sais pas

          • @shash: oui, je suis d’accord. Finalement j’ai regardé quand même, je suis faible. François est bon, géné et drôle. Faut dire que c’est génant, qu’elle épreuve. Mais le concept global me semble toujours aussi bizarre.
            François Bégaudeau, vous qui enseignez en zone sensible …il en faut de l’audace pour enseigner le français dans ces conditions. Comment dire…

          • @Vincent: et sa réponse là, il se dit sans doute pas le moment de glisser, plus que jamais torsion dans ma réponse, embarquement par un autre angle et il dit il me semble « je regrette de ne pas avoir fait ce film avec que des petits blancs » et il rappelle que l’école exige un langage dans lequel personne n’est à l’aise et ça déroule – avec la participation/adhésion/reprise de ses propos par marc lambron régulièrement, et ça déroule sur le langage académique.
            Dans entre les murs livre/film, vrai qu’on y voit chacun au travail avec la langue française,élèves, profs, personnel et agents techniques, parents,
            à part le cpe qui lui, est peut-être le plus plat – comprendre stable – du détonateur vocal et du registre de langage non?

            – As-tu aussi noté les moments frappe comique de François qui, précieux, m’amènent à ne pas trop spoiler (on me censure, Manuel/ sa réponse pour la dernière question à chaque invité sur l’audace dont ils ont envie là tout d’suite)
            Cette dernière m’a remis en tête le fait qu’au moment de l’événement, il avait dit trouver plutôt sympa la demande en mariage de raymond à estelle:
            – tu crois que son voisin de gauche lui a dit oui?

            – Après, vrai que le truc/concept autour de l’audace est chaud à la base: faut quand même en avoir l’idée.

            « ah non, je t’ai pas traité d’audasse, j’ai dit que c’était un comportement d’audasse, nuance. »

          • @shah:
            pour commencer, ces réponses hasardeuses de 3e niveau, sans le lien « Répondre », n’en finisse pas de m’intriguer. Comment faites-vous pour répondre pile au bon endroit?

            le quiproquo sur le voisin est très bon. Estelle s’est mariée et le voisin de la conf semble assez ouvert.
            Ce qui me frappe c’est la maîtrise que François affiche dans ces situations bancales, son talent pour l’inconfort. Un savant mélange d’humour, de provoc, de docilité, de gentilesse et d’envie de bien faire malfré tout. Tout ça et apparement une grande habitude de ses approches ratées, de ces lancements moisis. – ok, c’est pas grave on va repartir tranquillement de derrière et essayer de construire quand même, de jouer juste… l’échange médiatique ou la tantalisation du Nantais chez les bourrins. L’envie de jouer et d’éveiller est plus forte. Vaz-y balance, n’importe quoi c’est pas grave, j’ai l’hatibute je ferai avec. Et c’est vrai.

          • 1O ans et même plus de vie culturelle -20? 1992, en fait- vous accoutument très bien à des questions -3 sur 4? 4 sur 5?- qui n’ont rien à voir avec ce pour quoi censément vous etes interrogé (votre production culturelle). Ca développe quelques aptitudes. Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir, mais on en est là.

          • @Vincent: je dis oui à tout ce que vous écrivez à propos de François Bégaudeau :- ) mais ne vous dirais pas que j’ai visionné cette conf au titre cliché bien relou rien que pour lui

            – si vous dénichez celle à Lausanne, la plus récente, vous la partagerez?
            merci d’avance,

          • on la mettra en ligne un de ces jours

          • @Vincent: François n’enseigne plus depuis quelques années.

          • @Jérémy: oui, oui, contrairement à toi, je sais. Il s’agissait d’une citation sans guillemet d’une des questions audacieuses de la conférence sur les motmaux. le ton et le second degré étaient un peu en sourdine, dissimulés pour qui n’a pas encore vu ladite conf. Sans être un éminent sitiste, je connais quand même un peu mieux que ça mon François.

          • j’avais bien compris

          • @François Bégaudeau: elle sera mise en ligne le moment venu?
            comme pour tes textes annuels dans la montagne?

            c’est ta déclaration de pillnitz à toi quoi,

          • oui j’essaierai de faire un lot bientot

          • @Vincent: Pardon, j’avais pas saisi.

  4. Hélas ça ne le rend pas moins long.

    gros rire Patrick

  5. je crois bien que ça va être mon cadeau de Noël

  6. Souvenir gourmand : je me suis plongé dans ce début de récit avec les deux derniers mots du livre précédent : « Et deux singes ». En me disant : chouette, on va tout passer en revue, on va reprendre tout le parcours. En me disant : « il va certainement parler de ça, il va parler de ça. Est-ce que ça il va en parler ? ». Ok, mon propos est vague. C’est plutôt pour dire que j’étais vachement impatient de lire ce texte.

  7. c’est écrit en plus gros
    je trouve le texte (que je connais déjà, que je reconnais et redécouvre)très bien écrit(super fluide et convaincant)
    (un lien de causalité entre 1 et 2 ?)

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