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Le moindre mal : les chiffres du triomphe

Un mois de vie en librairie pour Le moindre mal. C’est suffisant pour un premier bilan.
Le bilan est bon. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
-2 ruptures de stock en librairie : Bourg-le-Reine, Nîmes (inondation)
-1 cascade d’articles dans la presse littéraire : Seringue hebdo, Gastro Mag, supplément féminin de La République du Vaucluse
-2 invitations (mail, sms) au Téléphone sonne de France Inter. Sujet du jour : rythmes scolaires, une impasse ?
-4 lettres. Dont 2 voyelles.
-7 mercenaires.
-3 petits cochons.
-X ventes qui, du moment qu’en bons féministes on partage les frais, permettront à l’auteur d’offrir à sa copine une soirée KFC-Gaumont
Dans ce tableau trop parfait, il fallait bien une touche négative, et bien sûr c’est un texte. A-t-on franchement besoin de textes ? La question se pose, et se pose a fortiori pour celui-ci qui, publié par Médiapart, puis ci-dessous avec l’accord suicidaire de l’auteure, impose la double peine d’un écho entre le livre et un poème. Doit-on comprendre qu’on comblera le trou de la Sécu en le remplissant d’alexandrins ? Mademoiselle Vorger, vous vous foutez du monde.
Une pointilleuse étude de personnalités a fini par établir ce que l’on pressentait : parallèlement à la rédaction d’articles, Camille Vorger enseigne la littérature en fac. De là son acharnement à parler d’un livre comme d’un livre ; à parler littérairement de littérature. Libre à elle, mais qu’elle ne vienne pas se plaindre si personne ne lit jusqu’au bout ce travail excessivement attentif et long –une page. Elle l’aura bien cherché.

« C’est l’heure, c’est tard.
C’est lourd, c’est bête.
C’est rigolo docteur, mais c’est de l’art
Ce que vous faites.
Où vous en êtes ? »
Katia Bouchoueva

Infirmières et courants d’air
Quand l’hôpital se livre

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D’un côté, un récit dans la collection « Raconter la vie »1 : toujours soucieux de corps et de gestes, François Bégaudeau marche ici dans les pas d’une infirmière et nous amène à suivre son rythme trépidant, sans répit ni repos. De l’autre, un poème dont la légèreté évoque un haïku : Katia Bouchoueva, poète-slameuse, s’inspire de son vécu d’aide-soignante pour nous offrir ce texte aérien qui dit aussi la grâce des gestes médicaux2. Entre les deux, un point commun : une littérature ancrée dans le réel, faisant dialoguer le concret et l’abstrait, les rires et les rythmes. Une littérature qui, en se confrontant à des métiers « nécessaires », se trouve confortée dans sa propre nécessité. Deux auteurs intimement convaincus que littérature et science font bon ménage : « il n’y a rien de plus étranger à la littérature qu’un partage strict des tâches entre fiction et réel, entre récit et étude. Littérature est peut-être le nom de leur méticuleux brouillage… » conclut l’auteur et critique dans un article intitulé « Mort et vif ».3 Telle est la tension essentielle (existentielle) qui se joue dans notre rapport à la littérature et dont le monde hospitalier nous offre un précipité.

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Piqure du réel

Pour écrire ce roman, François Bégaudeau a suivi une infirmière pas à pas, geste à geste, mot à mot, à travers sa cavalcade quotidienne. Et l’écriture, ciselée, de mimer une précision chirurgicale, la pose d’une sonde urinaire se résumant à cette formule elliptique en forme d’équation : « Soin invasif très infectieux = beaucoup de précautions de stérilisation = belle panoplie de gestes à effectuer. » (p.13) Le récit a des allures de reportage, mettant en scène l’affrontement entre l’humain et le déshumain, la familiarité et l’étrangeté : il s’ensuit une guerre sans pitié entre les prénoms et les sigles, une guerre froide mais sans merci qui met Isabelle, Valérie, Cathy, Nathalie, Morgane, Séverine, en butte aux TAA, T2A et autres J2M : « dans le cadre du plan hôpital 2007, la ministre de la santé met en place la tarification à l’activité, dite TAA, puis T2A, en hommage à Jean-Marie Messier, dit JMM puis J2M. » (p.39) Au cœur de cette déshumanisation, les chiffres affluent pour ajouter à la précision du réel : « Il fait chaud dans la 206 Diesel grise qu’elle oriente sur l’étroite route bosselée de Gramat dont elle contourne le centre vers la départementale 840. » De la voie qu’Isabelle emprunte on glisse alors vers la voix radiophonique qui l’accompagne sur son trajet quotidien : « Le mouton dessiné sur un panneau ne la fait pas ralentir. Le candidat sèche. » (p.49) Au sein de cette alternance de solitude et d’effervescence, le réel se livre sans complexes et l’on pénètre avec elle dans la forteresse : « À 13h07 elle compose sans y penser le code 1456Y de l’entrée du personnel puis le code 2365B du vestiaire. » (p.50) Dès lors, l’écriture décrit patiemment les automatismes, les rituels, le calme avant la tourmente.
« Si la tempête dans votre verre, / Si la lumière dans votre labyrinthe / Sont bien réelles » (KB)

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Eclats de rires

Mais François Bégaudeau parvient à éviter l’écueil de la pesanteur en perfusant son récit d’une douce ironie qui traverse tous ses écrits, en diffusant quelques bouffées d’humour au gré des dialogues. Au médecin qui invite Isabelle à « un moment de détente » dans son bureau : « Mon truc, c’est plutôt les piqures, dit-elle. Une piqure dans le cou, ça vous dit ? » (p.24) Certains passages ou personnages confinent au burlesque : il en va ainsi du visiteur médical qui régale l’équipe de pizzas tout en leur vantant les avantages d’un modèle de colostomie, de sorte que l’évocation des selles se mêle à celle des garnitures. Pire, l’émotion amène le visiteur à « se liquéfier » devant elles.  (p.52) De même, une aide-soignante retraitée se mettant à « pisser devant le personnel médusé, amusé, usé. » (p.36) Le rebond de ces trois mots dont le troisième est contenu dans les deux autres dit la lassitude, l’usure, au delà des rires.
« C’est dangereux alors d’y boire,
C’est dur d’y être. » (KB)

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Jeux de rythmes

La troisième partie de ce récit est ramenée à l’échelle d’une journée sans trêve : écriture dense sans un blanc, danse des mots, afflux hémorragique. Si l’écrivain est un coureur de fond (selon la formule de Murakami), alors l’écriture se fait sprint. Le rythme effréné devient mimétique d’une pulsation, d’un halètement, d’une quinte de toux : « Au loin quelqu’un crache, tousse, recrache. Sans doute la 11. Ou une toux fantôme. Isabelle va voir. » Le mouvement nous emporte jusqu’à la chute finale avec la citation d’un extrait de l’Enfant de Jules Vallès, « craquant du bonheur d’être libre ». Cette lecture fait rêver notre Isabelle que le soin quotidiennement prodigué aux autres conduit à l’oubli de soi : « Oui ne rien faire c’est bien aussi. » Accepter le vide, après le plein, voire le trop plein. Un peu d’air, enfin :
« Ne fermez
pas
La fenêtre.
La fenêtre est fermée. C’est dans vos têtes. » (KB)

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Courants d’air

La légèreté l’emporte dans le poème de Katia Bouchoueva qui a vécu, au travers de son expérience d’aide-soignante, l’accompagnement de personnes en fin de vie :
« Mais qui n’a pas saisi ?
C’est simple pourtant et clair.
C’est dans un hôpital les courants d’air embrassent
Les mains. Merci. Merci. » (KB)

Le matériel et l’immatériel s’entrecroisent, s’entrelacent. Le corps et les sensations sont ici prégnants, portés par un rythme dont la pulsation est souvent binaire :
« Et dans mon sang veineux / Et dans mon sang venteux »

Et l’on perçoit, à l’horizon, la métaphore : l’échappée d’une vie qui s’évapore.
Qui veut partir mais sans laisser de traces ? (KB)

Mais l’image nous emmène bien au-delà : les mains qui soignent, qui soulagent, sont aussi celles qui écrivent. Et c’est cette écriture-même, comme chez François Bégaudeau, qui permet l’envolée. Quand la littérature nous ouvre une fenêtre sur le réel d’un hôpital.

Camille Vorger

2 Tes oursons sont heureux, à paraître aux éditions Color Gang, ainsi qu’un livre d’artiste (avec des estampes d’Yves Olry : http://www.colorgang.eu/livres-d-artistes/num%C3%A9o-d-146-guichet-12/)

3 Chronique du dernier livre d’Olivia Rosenthal, Transfuge, septembre 2014.

30 Commentaires

  1. Lu « l’enfant » de Jules Vallès, le livre que cite Isabelle l’infirmière.
    très bonne surprise. l’écriture est alerte et caustique. l’auteur est enfant unique, fils d’une mère peu aimante et d’un père peu heureux, qui le battent tous deux à la moindre occasion mais cela est raconté sans pathos. le livre a été classé dans une rubrique, « ancien temps », ce qui fait aussi son charme, un monde disparu renait par ce récit (métiers, repas, école…).
    ce livre donne la main à un autre : « enfance » de Maxime Gorki, où l’enfant est battu beaucoup aussi. mais dans toutes les couches de la société et la société est autre, russe, beaucoup d’alcool fort, des croyances orthodoxes et légendaires. enfance pauvre dans les deux cas, plus dramatique dans le livre de Gorki(le livre s’ouvre sur la mort du père et se ferme sur la mort de la mère, beaucoup de morts et de violence, dégringolade sociale du grand-père patriarche), difficile quand même dans le livre de Vallès, où l’enfant ne trouve pas d’affection dans son cercle familial, contrairement à Gorki.

    • @Helene: ah oui L’Enfant de Jules Vallès, grand livre,qui n’en finit jamais de diffuser sa colère. C’est vrai qu’il décrit un temps passé,mais il garde sa force, sa violence,et du coup une forme d’actualité ,c’est net et coupant, impitoyable. Tu peux lire les deux suivants, qui constituent la trilogie de Jacques Vingtras : Le Bachelier, et L’Insurgé (pendant la Commune). ça me fait plaisir que tu découvres Vallès.

      • @patricia: une colère froide.
        c’est passé et c’est intéressant, c’est ressusciter les morts, autrement que dans des écomusées. c’est passé et oublié et il faut faire l’effort. en même temps, comme tu le dis, le texte garde sa force, la faute à Vallès. merci de m’envoyer sur les livres qui continuent l’aventure. Gorki a aussi écrit une suite à son récit d’enfance.

        • @Helene: oui « colère froide »,l’expression prenant toute la force d’un oxymore,contradiction entre les deux termes de l’expression : l’écriture est glaciale,et fait d’autant plus ressortir la violence volcanique du propos. Livre puissant,au sens compris dans ce site.

        • @Helene:merci Hélène. tu me renvoies aux deux dernières pages du Moindre Mal,et au passage qu’Isabelle cite de Vallès : »Le temps est superbe,et je descends dès 9 heures en ville, libre,je me sens gai,je me sens fort,je marche en battant la terre de mes talons et en avalant des yeux tout ce qui se passe… »
          Emotion,envie d’être là,à ce que je fais à l’instant.
          Elle peut faire ça, la littérature.

  2. @shash : les métiers de la santé sont plus judiciarisés que l’enseignement :question de conséquences.
    Et puis on sent qu’Isabelle fait bien son boulot ,dans/malgré les conditions des services où elle passe.Ses collègues ne sont pas menacés par le récit de François. L’enseignement c’est plus tordu .
    Il me semble que le mythe conforte les infirmières : malgré toutes les difficultés, elles continuent à soigner comme des anges. Alors que le mythe déssert les enseignants :les valeureux instituteurs de la 3ème république ont pris un sérieux coup dans l’aile : les reportages montrés par ex à la télé sur les classes difficiles ne font pas de l’enseignant un héros,d’autant plus qu’il faudrait montrer les choses dans la durée,ce qui ne correspond pas au temps du reportage. (un acte médical est plus facile à faire tenir dans ce temps).
    Maintenant le personnel médical peut être sacrément secoué par le public,mais leur image ,il me semble,n’en est pas dégradée .
    Jérémy,tu aurais peut être des choses à dire là dessus, si tu travailles en collaboration avec les enseignants des matières techniques de la formation d’infirmier(e).

  3. bon, maintenant ça marche. mystère. je voulais juste mettre mon post à la bonne place (mis par étourderie sur Dis-moi),je le colle ici :
    François, tu peux nous parler de tes sorties à propos du Moindre mal?
    La lecture à deux voix : avec qui l’as-tu faite? Comment s’est fait le découpage pour les deux voix? Quel était le projet de ce type de lecture? Quel public? Comment ont réagi les gens? Ils pouvaient poser des questions? Si oui, qu’est ce qui leur est venu? Est ce que le public de ce type de présentation a lu ? va lire après la lecture, va se suffire de la lecture? Est ce qu’une lecture incite davantage le public à s’intéresser à l’écriture (tons, organisation, rythmes,vocabulaire technique, documentaire/travail d’écrivain…?)
    Autre présentation, avec un ou deux auteurs de la collection : qui? comment avez vous procédé? Quelqu’un vous interrogeait? à tour de rôle? de façon transversale sur le travail d’écriture, la documentation,le choix des vies…?Avais -tu discuté avant avec les autres auteurs? intéressant? décevant? Est ce que le fait de s’intégrer à une collection (comme à un recueil de nouvelles par ex),apporte des ouvertures? Enrichit les séances promo? est frustrant pour chacun? Est ce que ce projet d’écriture de vies rencontre l’intérêt du public? le fidélise sur plusieurs titres? Est-ce que ça t’apporte quelque chose de spécifique pour ton travail personnel ?

    • François, tu peux nous parler de tes sorties à propos du Moindre mal?
      allons y gaiement
      La lecture à deux voix : avec qui l’as-tu faite?
      avec arnaud meunier, metteur en scène et directeur de la Comédie
      Comment s’est fait le découpage pour les deux voix?
      On a lu la partie 3, que j’ai réduite pour faire 25 minutes. Puis je nous attribué les passages. C’était en gros deux phrases pour moi, deux phrases pour lui, l’alternance rapide épousant le rythme de ce texte d’action.
      Quel était le projet de ce type de lecture?
      Dans le cadre de cette fete, des lectures se succèdent sous une sorte de petit chapiteau. L’an dernier on avait lu Deux singes à six voix.
      Quel public?
      Public normal de lectures. Femmes quarante à soixante-dix ans.
      Comment ont réagi les gens?
      On peut jamais dire.
      Ils pouvaient poser des questions? Si oui, qu’est ce qui leur est venu?
      Me souviens plus très bien, mais il me semble qu’une femme a dit qu’elle s’était reconnue, une autre m’a demandé quels étaient mes projets, j’ai dit vous lécher les seins. ET puis j’ai bashé un mec qui me demandait ce que je pensais du PSG version Qatar.
      Est ce que le public de ce type de présentation a lu ?
      sais pas. En général non puisque peu lisent.
      Va lire après la lecture, va se suffire de la lecture?
      Tout ce que je peux dire c’est qu’après j’en ai signé six ou sept pas plus.
      Est ce qu’une lecture incite davantage le public à s’intéresser à l’écriture (tons, organisation, rythmes,vocabulaire technique, documentaire/travail d’écrivain…?)
      en tout cas dans le temps de la lecture c’est à ca qu’ils ont affaire.
      Autre présentation, avec un ou deux auteurs de la collection : qui? comment avez vous procédé? Quelqu’un vous interrogeait? à tour de rôle?
      N’en ai fait qu’une, mercredi, avec la juge Celine Roux. Dans une grande salle assez pleine, et interrogés alternativement par un journaliste du cru qui a plutot bien fait le boulot.
      de façon transversale sur le travail d’écriture, la documentation,le choix des vies…?
      OUi ça portait là-dessus. Puis sur les contenus : la justice, le soin.
      Avais -tu discuté avant avec les autres auteurs?
      On a discuté une heure avec Celine Roux, à la descente du train. C’est essentiellement moi qui lui ai posé des questions complémentaires sur son travail.
      intéressant?
      oui
      décevant?
      non, mais la magistrature est un pilier imbougeable de la bourgeoisie.
      Est ce que le fait de s’intégrer à une collection (comme à un recueil de nouvelles par ex),apporte des ouvertures?
      Oui forcément. Apporte surtout des ventes pas dégueus, alors que je n’ai eu quasi aucune presse.
      Enrichit les séances promo?
      Pas structurellement, je pense. mais il se trouve que là j’ai plutot fait des trucs pas mal (les deux émissions france-cul, ce truc à saint-etienne, la rencontre à Rennes)
      est frustrant pour chacun?
      non
      Est ce que ce projet d’écriture de vies rencontre l’intérêt du public? le fidélise sur plusieurs titres?
      Oui il semblerait. Mais est-ce que ça va durer? En tout cas les journalistes, eux, n’y sont plus du tout. Sont passés à autre chose. L’idée les a intéressés comme un gadget en janvier, ses contenus précis ils s’en foutent.
      Est-ce que ça t’apporte quelque chose de spécifique pour ton travail personnel ?
      Pas vraiment. Y aurait l’aspect faire un livre documentaire sur un sujet qui engage des gens, mais j’avais déjà fait, je connais bien le truc. Et j’ai été infiniment moins emmerdé par les infirmières que par les profs.

      • @patricia: @François Bégaudeau: Merci d’avoir posé toutes ces questions Patricia, et merci des réponses précises François. Quand tu dis « ventes pas dégueus », ça concerne seulement le papier ou aussi le format numérique ? J’ai acheté les deux parce que le numérique était immédiatement disponible, mais pour revenir sur un texte, le livre papier m’est encore indispensable, et j’ai remarqué que je garde une meilleure mémoire du texte quand je lis le papier.

        • je ne connais pas le détail
          on m’a dit qu’il fallait 7000 pour rembourser les a-valoir, et qu’on y serait bientot, c’est tout

      • @François Bégaudeau:

        Et j’ai été infiniment moins emmerdé par les infirmières que par les profs.

        parce que les infirmières ont bien d’autres choses à faire que d’emmerder les écrivains.

        • sans doute. mais pas que.

          • @François Bégaudeau:

            Oui, merci Patricia et François. Cet échange est vraiment intéressant. J’aime bien l’ occasion de savoir plus du travail d’écrivains. Merci François pour étant accessible et ouvert concernant ton travail.

            Quel public?
            Public normal de lectures. Femmes quarante à soixante-dix ans

            Pourquoi que les femmes, à ton avis? Est-ce que les femmes d’un certain âge veulent voir ton corps chaud? Ou parce qu’ les femmes lisent plus que les hommes? Peut-être dans ce cas, tes audiences étaient largement les infirmières? Mais, quand même, t’as dit que ton public normal comprend les femmes. Sais-tu s’il y a aussi le cas pour d’autres auteurs?

          • c’est le cas pour tous les auteurs
            le lectorat de romans est féminin à 80%
            ça n’a rien à voir avec mon corps
            les lectrices françaises sont d’ailleurs beaucoup plus portées sur les corps de david foenkinos et olivier adam, moi je leur fais peur

          • @François Bégaudeau: T’es beaucoup plus beau que David Foenkinos et Olivier Adams.

          • @François Bégaudeau:

            le lectorat de romans est féminin à 80%

            Penses-tu que ce fait influence les choix des auteurs et éditeurs de style, thèmes, intrigues, etc?

          • En tout cas que cette surféminisation du lectorat est un phénomène riche de conséquences.
            Je te le dis sèchement : je pense que ça ne fait pas de bien à la littérature. En tout cas ca n’aide pas la mienne.

          • @François Bégaudeau: Peux-tu développer un peu plus tes opinions si ça ne te gêne pas? Penses-tu que la surféminisation du lectorat penche la littérature envers les thèmes qui sont attirant aux femmes? Réduit les nombres de ventes? Pourquoi c’est pas bon pour ton écriture? Penses-tu que ton écriture est plus tenante aux hommes qu’ aux femmes?

          • @François Bégaudeau:
            eu envie de repenser à cette histoire de corpo des ‘infirmières vs les enseignants’ à partir de l’accueil/réactions d’après publication bien différent ( si l’on pose que les deux bouquins peuvent se comparer) et c’est marrant parc’qu’il y a un truc dont il me semble que j’ai peu entendu parler pour l’instant dans la foulée de la parution de ton chouette récit le moindre mal: dans les 2 cas – relation aux infirmières, relation aux enseignants – il y a quand même un truc que j’entends parfois, dont chacun peut sans doute témoigner ici aussi, c’est le truc assez mythologique/flippant pour pas mal d’usagers – les gars et les gates qui font le ‘grand public’ tu sais – des services de soins et de l’enseignement:
            pour pas mal de bénéficiaires des techniques dispensées par les professionnels de santé à soi ou des proches, ou de celles des professionnels de l’éducation, il y a une sorte de respect/crainte identique pour/devant ces professionnels qui, à un moment donné ont quand même un peu de notre existence – ou de celles de proches – entre leurs mains (en proportion moindre pour les enseignants oui et non au vu de la place que prennent l’école et les résultats obtenus par les mômes dans les préoccupations des familles et de chacun d’entre nous encore si souvent)
            – pour préciser, il pourrait donc s’agir d’une sorte de mélange de respect/trouille du mauvais geste, de la mauvaise éval, un truc qui participerait au mythe de l’infirmière, et à cette sorte d’admiration/dévotion mythifiée vis à vis des pros du médical: notre vie, celle de nos proches passe forcément par eux, est à un ou plusieurs moments souvent, entre leurs mains, et il vaut mieux, par intérêt aussi, les canoniser un peu non?

            Presqu’idem dans le rapport parents-élèves/enseignants je trouve qui par la relation montre que c’est encore souvent bien flippant de ne pouvoir signifier à un enseignant que ce qu’il dit est étrange voire bien con juste parc’qu’on le ménage pour qu’il saque pas trop le petit non?

            La maltraitance institutionnelle existe aussi dans ces 2 milieux pro, vis à vis du public-usager parfois comme en interne, vis à vis des salariés et les cas du médecin étranger et de ses collègues dans l’Hippocrate de Lilti et de celui d’une des collègues de ton Isabelle qui (re?)signe un contrat précaire synonyme pour elle d’un confort-étoile filante sur 3 mois il me semble, ces 2 situations rappellent aussi que les dispositifs de cdd et autres, utilisablent comme sas d’accès à un emploi un peu plus stable sont trop souvent des mesures pour flexibiliser un max de salariés alors que pas mal rêveraient de titularisation et de moins de contrariétés au quotidien.

          • @François Bégaudeau: je me suis bien loupée dans la réception/compréhension de ton …/Y aurait l’aspect faire un livre documentaire sur un sujet qui engage des gens, mais j’avais déjà fait, je connais bien le truc. Et j’ai été infiniment moins emmerdé par les infirmières que par les profs./…en réponse à la dernière question de patricia

            – et en plus je suis bien brouillonne
            bon :- /

            – Fin octobre, en répondant à patricia, parlais-tu des réactions des professionnels de santé, des salarié-e-s des services du CHF même et/ou des précédents établissements où a travaillé Isabelle?
            – imaginer que statistiquement dans ces métiers, les salarié-e-s écriraient moins volontiers sur internet, réagiraient moins, gloseraient moins sur leurs pratiques parc’qu’ils craindraient pour leur poste par exemple serait-il hors de propos?
            – un mythique(?)esprit corpo soulevable en bloc soudé vis à vis de l’extérieur serait-il total absent dans le domaine médical?
            ou encore:
            – ‘entre les murs'(livre/film) ne fut pas souvent reçu comme une fiction, en tout cas insuffisamment détaché de ton expérience de prof qu’on savait alors que là, tu narres de l’expérience de vie d’une autre personne, tu es plus reçu comme un ‘honnête’ tiers observateur/ le conteur neutre – d’où moins de décalage/erreur sur des pseudo-intentions de raconter à l’extérieur, de ‘trahir’ ou que sais-je?

  4. Bonne émission La suite dans les idées du 11 octobre, avec François Bégaudeau pour Le moindre mal et Eric Chauvier pour Les mots sans le choses.

    http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4928742

  5. ça fait plaisir de lire la critique de quelqu’un qui a lu François Bégaudeau. De la qualité, tout de suite.

  6. Tout ça pour faire passer en douceur que t’as une copine. Malin.

  7. bonjour,
    la partie finale du commentaire de Camille Vorger

    Courants d’air

    La légèreté l’emporte dans le poème de Katia Bouchoueva qui a vécu, au travers de son expérience d’aide-soignante, l’accompagnement de personnes en fin de vie :
    « Mais qui n’a pas saisi ?
    C’est simple pourtant et clair.
    C’est dans un hôpital les courants d’air embrassent
    Les mains. Merci. Merci. » (KB)

    Le matériel et l’immatériel s’entrecroisent, s’entrelacent. Le corps et les sensations sont ici prégnants, portés par un rythme dont la pulsation est souvent binaire :
    « Et dans mon sang veineux / Et dans mon sang venteux »

    Et l’on perçoit, à l’horizon, la métaphore : l’échappée d’une vie qui s’évapore.
    Qui veut partir mais sans laisser de traces ? (KB)

    me renvoie à un vieil album de Tom Waits, qui mêle rythme brut et étrangeté : https://www.youtube.com/watch?v=0nq-WDW7Sm8
    bonne écoute à ceux qui veulent

  8. « Le moindre mal » est bien situé dans les librairies où je suis allé. Il est plutôt visible.

  9. Je pense ta copine préférerait McDo. Plus d’ambiance.

  10. Merci à Camille Vorger de mettre le nez dans le texte. Juste retour, attendu par les lecteurs.

    Je ne connais pas Katia Bouchoueva mais connecter sa poésie avec Le moindre mal décloisonne ce que le lecteur tend à enfermer. Sans rien pointer de plus que ce que j’ai déjà lu dans le livre, ce texte ouvre une fenêtre et aère ma lecture, par sa précision et sa clarté il accroit ma puissance de lectrice. Tout comme le fait la chronique de Bégaudeau dans Transfuge.

  11. C’est choisy le roi et bourg la reine.
    On a sceaux aussi mais c’ est moins drôle.
    Une page c’ est peu pour un livre où tout est dans le détail.
    Je le relirais si le livre n’était pas avec ma mère.
    Elle a bien aimé. M’ a dit qu’infirmière c’ est un dur métier.
    Tu m’étonnes.
    Un soupçon plus dur que celui de maman quand même.

    • J’ajoute, et je vais encore digresser sur moi et ça va être chiant pour tout le monde, et en plus je l’ai déjà raconté à Helene ou patricia je crois. Je radote :
      J’ai découvert avec surprise il y a seulement quelques années (alors que je suis infirmière depuis douze ans) que si ma mère avait eu le choix de faire des études et d’exercer un métier elle aurait choisi infirmière.
      Alors que moi à 20 ans je voulais avoir le choix de ne pas faire d’études , je ne voulais pas travailler et juste être maman.
      Toute ma psychologie se tient là, sur ces deux phrases.

      Esprit simple, simple d’esprit.

      • @anne-laure: Dans le livre L’Annonce, de Marie Hélène Lafon, un petit garçon à qui on demande à l’école ce qu’il veut faire plus tard, dit : « faire heureux »

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