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LE MOINDRE MAL, un livre en papier

En librairie le 4 septembre à 10h.

 

couv le moindre malInutile de présenter à nouveau la précieuse collection Raconter la vie, lancée en janvier dernier avec un tir groupé de cinq livres. Encore moins le site accolé, dont il a souvent été question dans cet espace http://raconterlavie.fr/
Juste rappeler que le projet mène de front la mise en ligne de textes contribuant à la cartographie du réel français, et un travail classique de fabrication de livres, sept à ce jour, dont le dernier, Le moindre mal, est publié en pleine rentrée littéraire pour lui assurer un salutaire anonymat.
Le premier titre envisagé fut : Le soin.
Le neuvième titre : Tant qu’on a la santé.
Le septième : Sous la blouse.
Un jury présidé par le professeur Debré, frère de Jean-Louis Debré, fils de Michel Debré, petit-fils de Robert Debré, a finalement opté pour le deuxième.
D’autres informations capitales sur la genèse et l’exécution du livre sont à peine dissimulées dans

http://www.transfuge.fr/interview-guerir-les-hommes,240.html

On gagnera surtout à lire l’entretien donné par Isabelle, personnage principal du livre, au supplément week-end du Bulletin de la greffe du foie n° 453 (aout 2014)  :

 

BGF : Pouvez-vous prouver que vous êtes Isabelle Pacitti, l’infirmière racontée dans Le moindre mal?

I : Je joins un scan de ma carte d’identité.

 

BGF : Est-ce une preuve fiable ?

I : Non.

 

BGF : Auriez-vous préféré que l’auteur vous donne un autre nom dans le livre?  Lequel?

I : J’aurais préféré mon vrai nom, Nathalie Portman, qui sonne mieux

 

BGF : Le livre vous présente comme brune. Avez-vous d’autres pathologies?

I : Une légèreté incurable, maladie hautement contagieuse dont l’agent infectieux trop méconnu est identifié sous le nom de Julie Ferrier

 

BGF : Se pourrait-il que vous changiez de métier dans les années à venir?

I : Oui ça se pourrait bien. J’envisage de suivre une formation de masseuse

 

BGF : Si on vous versait chaque mois, à vie, et sans contrepartie, une somme de 2500 euros, cesseriez-vous de travailler?

I : Ca va de soi.

 

BGF : Vous feriez quoi?

I : Je masserais François Bégaudeau, surtout ses mains qui sont magnifiques, à l’instar des ses pieds.

 

BGF : Est-ce là une réponse soufflée par François Bégaudeau ?

I : Oui.

 

BGF : Alors quelle est la réponse personnelle de votre moi authentique ?

I : Libérée du travail, je confectionnerais des petits pains moelleux. J’adore ça.

 

BGF : Y a-t-il des choses que vous n’avez pas osé dire pendant les entretiens préparatoires à ce livre ?

I : Les entretiens avaient lieu chez moi mais un soir François a insisté pour faire la bouffe. Du coup j’ai découvert ses harengs à la banane. Je n’ai pas osé lui dire ce que j’en pensais.

 

BGF : Notre rédaction s’est laissée dire que François Bégaudeau mangeait plutot des insectes

I : Oui et non. Je l’ai vu manger des brochettes de mouches de Figeac, mais flambées au whisky. Un vrai amateur d’insectes les mange crus.

 

BGF : Y a-t-il un cinéma à Figeac?

I : Quel est le rapport ?

 

BGF : La mouche.

I : Il y a un cinéma classé art et essai, mais il n’est pas très connu, la place Champollion lui vole la vedette.

 

BGF : Champollion a-t-il greffé des foies ?

I : Pas si souvent.

 

BGF : Quel est votre singe préféré?

I : Le magot, c’est incontestable. Une forêt en abrite plusieurs familles près de chez moi, ils sont très drôles et très sociables mais se la pètent un peu : ils prétendent être les uniques macaques d’Afrique

 

BGF : Vous êtes nominée pour le Molière de la meilleure perfusion, croyez-vous en vos chances?

I Si la sitiste Anne-Laure, souffrant de psychasténie chronique, se retire de la course, je crois bien pouvoir être la future lauréate.

 

BGF : Merci, Isabelle

I : De rien, Bulletin.

 

L’entretien intégral :

http://raconterlavie.fr/collection/le-moindre-mal/#.VAQ4VbccTcs

L’entretien tronqué :

Il est ici

La carte d’identité d’Isabelle :

Elle est là

223 Commentaires

  1. j’ai des difficultés à me servir des choses (tel, ordi,site de François…).je vous ai envoyé un post hier – que j’ai du adresser à webmaster au lieu de l’adresser à l’un d’entre vous. excusez ma maladresse,je ne maîtrise plus les outils de communication et c’est pénible.A bientôt.patricia

  2. Cette émission avait déjà été mise en ligne, je pense. Pardon pour la redite.

    https://www.youtube.com/watch?v=J2By3GtsVbA

    En la revoyant, je me suis dit qu’Isabelle avait une dimension libertaire, par son intransigeance parfois frondeuse, sa capacité à ne jamais s’oublier, bien plus sa capacité à se tenir au plus près de ce qui la met en joie. L’intervieweuse est bienveillante, chaleureuse. Emerge malgré elle, malgré ce qu’elle dit, la tentation de qualifier cette infirmière de « bon petit soldat ». La Nightingale touch, encore une fois. François corrige, insiste sur l’aspect « farouche ».

    Isabelle rejoint d’autres personnages des récits de François qui partagent un même désir d’indépendance vital : Florence Aubenas, Annie dans « Le problème », Léna, dernièrement…

    Je vais me procurer le film de Ducray dans un avenir très proche.

    • Ducray est aussi un interlocuteur intéressant dans cette discussion.

    • Oui c’est vrai j’aime bien les gens en quête d’autonomie, ou qui le sont par un sorte de don -de capacité à se suffire (même s’il faudrait préciser ce que  » se suffire » veut dire. Il y avait aussi, et surtout, la Gaelle de Trompe-le-monde, et quelques filles de Vers la douceur.
      Il semblerait que l’autonomie des hommes m’intéresse moins (sans doute parce que celle des femmes part de plus loin, et pour d’autres raisons aussi)

      • Dans le genre personnage féminin en quête d’une certaine autonomie, la Inès de Toni Erdmann, film effectivement génial, est un des personnages les plus riches et justes que j’aie pu voir au cinéma au long de ma longue vie.

      • @François Bégaudeau: oui, évidemment, la liste n’est pas exhaustive. Tout cela mérite un examen plus attentif. En reprenant chaque texte.

      • @François Bégaudeau: Ce qui m’intéresse à travers les figures féminines autonomes que tu évoques, c’est la manière dont elles parviennent à créer des îlots d’émancipation dans des contextes qui sont parfois coercitifs et dont elles ne s’échappent pas toujours (Annie, oui, donc la question se pose pas, Isabelle non, par exemple). Mais il me semble bien que dans « D’âne à zèbre », tu évoquais ces femmes qui restent au foyer et qui y trouvent aussi leur compte (si je me trompe pas). Parce qu’elles recréent des périmètres d’auto-satisfaction (avec France Inter en fond sonore, j’ai un vague souvenir du passage, faudrait que je relise).

        En ce qui concerne le « Moindre mal », je pense que son attention aux gestes prodigués est une manière de délimiter un périmètre dans lequel elle peut se mouvoir, sans qu’il y ait une tutelle immédiatement incarnée, celle des médecins par exemple. On n’imagine pas que la hiérarchie puisse s’immiscer jusque dans des gestes quotidiens dont le rituel et l’accomplissement précis relèvent de l’infirmière.

        • oui la technique chez Isabelle c’est exactement ça : un domaine qui n’appartient qu’à elle, où personne ne la surplombe, où elle peut librement s’auto-évaluer (se trouver faible, se trouver forte)
          il faudrait voir pur chacun le domaine, le lieu, la situation, où il se sent souverain

  3. j’ai assisté aujourd’hui à ma première heure syndicale sur temps de travail, en 16 ans d’activité dans la fonction publique.
    ma collègue de bureau pense que je viens à la réunion parce que je partage son bureau de militante.
    moi je pense que c’est parce que je reviens d’un arrêt maladie prolongé et que j’ai eu le temps d’expérimenter un autre rapport à ma collectivité employeur.
    je me dis aussi que la lecture du « moindre mal » n’y est pas pour rien : la partie II où Isabelle prend part à une grève, questionne une réforme de manière active.
    lors de cette heure syndicale, il a été pas mal question des élections du 4 décembre pour renouveler les différents organismes qui existent en vue de faire entendre la voix des agents dans différents domaines, du régime indemnitaire (prime au mérite), des remplacements effectués par l’équipe de façon morcelée et durable, sans aucune contrepartie financière.
    bref, j’ai repensé à une ou deux phrases du livre qui disent que dans la fonction publique (hospitalière ou autre), le secteur public s’est aligné sur les pratiques du secteur privé.
    la conclusion de l’heure a été que (constat) le dialogue social n’était pas dans l’air du temps et qu’il avait besoin de la participation des agents.

    • @Helene: je suis dans les lignes qui tracent septembre 2012 et le 1/6e 1/7e de salariés du CHF qui enquillent le mouvement de gréve:
      on est ici dans une narration après coup assumée / c’est pas des dialogues à la bleu pétrole / mais c’est détaillé, précis, chiffré, on y oublie pas de narrer les changements d’horaires et de roulements de taf, le manque à gagner, celui au bas à droite de la fiche de paye, celui sur le compte idoine à créditer et aussi celui sur le boulot au quotidien qui avec les ‘non remplacés’ impose le ‘travailler/fonctionner mieux moins bien’

      J’y aime aussi les lignes sur les concepts de ‘secret médical’ et de ‘conscience pro’ des médecins ainsi que celles avec les ‘encouragements’ des cadres de santé qui, puisqu’ils font de la ressource humaine et ont vocation à concilier, choisissent de ne pas se permettre de diviser.

      Me reviennent des posts échangés entre notre hôte et une sitiste qui comparaient rapide
      /et du coup, tout comme sur le ‘pourquoi éduquer à tout prix’ avec louise, se sont arrêtés en route sans prendre la route /
      comparaient rapide les réacs d’après publication du le moindre mal et celles du après l’entre les murs

      (enseignants vs infirmières un peu / m2k vs jean echenoz un peu)

      et bien déjà, les infirmières, elles ont pas les vacances scolaires ^^^^^^

      et puis elles, il semblerait qu’on les attendent moins au tournant ‘au niveau de l’audace’: …/ Dans votre dernier livre, « Le Moindre Mal », vous suivez une infirmière dans son quotidien au centre hospitalier de Figeac. L’audace a-t-elle sa place dans l’univers de l’hôpital ?

      FB: Je ne le crois pas. Et ce, pour des raisons nobles. L’hôpital a la vie des gens entre ses mains. On n’est pas obligé de mettre de l’audace partout. /… les échos,

      – ou alors, c’est peut-être plus au niveau technique donc du côté des fournisseurs en matos pour hôpital qu’on espère de l’audace: pour alléger/améliorer le quotidien pro et continuer à penser la pénibilité aussi dans manipulation des matériels, des personnes via aussi l’invention de semelles de pompes à eau peut-être, drainantes et massant les plantes des pieds,
      ou au niveau de pizzas 4 saisons énergisantes et euphorisantes sans confusionner,

      / un peu hâte je l’avoue d’arriver aux dialogues avec le commercial dont ça a pas mal causé un peu partout /

      • j’ai refermé le moindre mal
        ce récit c’est aussi comme une malle de voyage avec plein de tiroirs qui peuvent te ramener vers des situations, des personnes rencontrées, visitées, accompagnées à l’hôpital, des conversations avec des pro du domaine de la santé

        C’est aussi un récit qui me livre ‘l’autre coté du miroir’ me file comme un accès aux coulisses: la pause repas rapide/sas-relai pour le changement d’équipes/rdv avec le commercial des poches/pot de chambre est livrée partagée avec beaucoup de malice, c’est un autre pan assez féministe de l’ouvrage
        / le groupe de meuf qui chahute le keum-commercial consentant /

        Ce récit est toujours précis, sautillant, vivant, il illustre bien le multiple d’une personne, il m’en apprend sur le métier d’infirmière et sur quelques autres métiers alentours /même si souvent approchés côté patient ou accompagnant/ et il me livre surtout un pan de vie, proche, contemporain, une histoire de plus qui me peuple: sensation rigolote.

        – Je lirai peut-être les échanges qui auront sans doute lieu dans le dis moi via jeremy,

        /// bonnes fêtes de fin d’année à tous / l’an dernier, on avait passé cela en CHR, la vie quoi ///

        • Un essai manifeste du féminisme. Ou un article. Il livre des énoncés bruts qui formulent du féminisme. Il m’est arrive de le faire.
          Le roman est le lieu où tout est intégré dans le flux vivant. Le lieu de l’immanentisation de tout, y compris des idées. C »est bien pourquoi je m’y sens mieux.
          On dira qu’un roman contient du féminisme ; alors qu’un essai le formule. Tout est là.

          • @François Bégaudeau: » Le roman est le lieu où tout est intégré dans le flux vivant. Le lieu de l’immanentisation de tout, y compris des idées. »
            clair ce que tu formules là.
            Je pense à Vie dans d’Ane à Zèbre. Et en ce moment le Guiraudie. Du récit nettoyé gratté. Le risque de ce choix d’écriture. Ce qu’ajoute Carrère et l’effet produit.
            je comprends là petit à petit (parce que ce travail de lecture n’est pas simple non plus) quelque chose d’important sur le récit. je dirais davantage récit que roman . Il me semble que le terme de roman est plus général? plus englobant?Que ta phrase ne peut pas s’appliquer au roman en général?A creuser.

          • je ne m’explique pas pourquoi j’ai dit roman, parce qu’effectivement c’est bien récit qu’il faut dire
            la découpe fiction / documentaire me parait toujours infiniment moins pertinente que la découpe récit/discours (ou situations / idées)

          • @François Bégaudeau: j’ai toujours été gênée par ce terme de discours,que je trouvais encombré par les notions de grammaire. Il s’éclaire par ce que tu dis (2 posts plus loin,je remonte pour pouvoir répondre).La découpe récit/discours devient fondamentale.
            Le terme de situation aussi, pertinent pour l’immanence, que la découpe fiction/documentaire casse.
            Je relie à ce que tu as dit de l’influence de l’écriture théâtrale sur ton écriture de roman.
            Merci pour l’avancée.

          • @François Bégaudeau & patricia: surtout que moi j’ai bien écrit ‘récit’

            – qu’est-ce qu’il peut être brouillon parfois ce François Bégaudeau
            et finalement pas si précis si on regarde bien,

            heureusement, je suis là,

  4. j’ai fini le livre
    je n’ai pas trouvé trop longues les pages sur la grève. pour moi c’était clair et sans fioritures et donc sans longueurs.
    j’ai bien aimé la dernière partie (la partie III), même si elle n’est pas du tout « aérée » dans la forme, et donc a priori pas du tout ce que j’aime lire. mais bon je sais que cette forme ininterrompue peut s’accompagner d’un jeu, d’une sorte de jonglage entre deux « choses », et ça c’est attractif. de mémoire ça se passe comme ça dans « jouer juste » où l’écriture non-stop s’accompagne d’un aller et retour entre deux « terrains », reliés seulement par la personne du narrateur (le coaching d’une équipe de foot en finale de coupe d’Europe, le coaching par le même de sa relation amoureuse).
    ici, on peut se dire qu’on retrouve dans ce flot de mots cette alternance, mais sur plusieurs temps, consécutifs, et avec des variantes :
    – le trajet domicile-hôpital d’Isabelle fait alterner l’attention à la route et l’attention à la radio (la vue et l’ouïe) ;
    – la séquence de promotion d’un produit hospitalier par un commercial sur la pause déjeuner du personnel marche aussi par alternance serrée entre le discours pro du commercial et les paroles échangées par les infirmières sur leur temps déjeuner, deux « discours » parallèles qui finissent par se croiser un peu ;
    – tout le long de la journée d’Isabelle en fait on retrouve cette alternance, ce jonglage permanent, d’Isabelle : avec les malades, avec ses collègues, avec le médecin.
    c’est ce qui ressort en tout cas du récit. et c’est peut-être ce ressenti qui a conduit au choix de cette forme d’écriture en flux, dans lequel joue le mouvement d’alternance et de coupure. peut-être pas, je ne sais pas. c’est quand même toujours bien de savoir, même si ce n’est pas fondamental.
    j’aime bien cette dernière partie (je crois que je l’ai déjà dit)parce qu’elle se rapproche du corps d’Isabelle en l’accompagnant de près (bien, le coup du thermos qui te fait apparaître dans le récit, un tic aussi ? déjà vu dans « au début ») dans ses déplacements, ses échanges, ses réactions et nous la fait mieux connaître.
    d’ailleurs je m’étais trompée sur son âge, je ne sais pas pourquoi mais je la voyais plus âgée. totale subjectivité de ma part. du coup, l’info sur son âge a apporté un vent de fraîcheur sur le petit film que je m’étais fait depuis le début(et un petit lifting pour Isabelle héroïne du livre).
    je trouve bien de finir le livre sur un livre. c’est comme représenter sur un tableau un tableau. et le livre, c’est par excellence ce qui sort une personne de son travail, de son quotidien. c’est un élément important d’émancipation d’une personne.
    comme je suis adepte des livres en boucle (« la blessure la vraie ») ou au moins des livres qui ménagent une certaine correspondance entre le début et la fin, j’ai cherché si dans ce livre la fin et le début étaient en résonnance. je n’ai rien trouvé, j’ai trouvé une fin qui sort de mon schéma.
    j’attends ton prochain livre sur d’autres gens dont la vie s’écarte du destin tout tracé par leur milieu d’origine. il y en a beaucoup quand même, je me demande quels profils tu as choisi et quelle forme ça peut prendre. à moins que tu ne cultives, avant fabrication, le goût du secret(http://www.youtube.com/watch?v=G_VpgMyn1Ho).

    • dans cette partie il n’y a pas alternance, on est bien toujours dans le même espace temps
      à ce titre il me semble que la comparaison avec Jouer juste ne vaut que sur l’absence de retours à la ligne
      il y a plutot une succession rapide, et parfois, une simultanéité : entre des sons, des images, des gestes. Saisir ce qui à un instant t anime un corps: une piqure à faire, une sensation de chaud, une image de télé entrevue, une toux lointaine. C’est ce qui donne cette profusion.

  5. Avec un peu de recul on peut penser que « le moindre mal » est le récit de l’émancipation d’Isabelle infirmière, comme « deux singes ou ma vie politique » était le récit de l’émancipation de François écrivain. L’émancipation se fait par rapport au milieu d’origine et de son tropisme. Isabelle grandit dans un milieu familial où de génération en génération les femmes sont assignées au soin de leurs proches. En plus, comme fille aînée, Isabelle est programmée à prendre soin de sa soeur cadette. Quand elle devient infirmière, on pourrait penser qu’elle continue dans la veine familiale du soin mais il ressort de ses différentes expériences professionnelles qu’elle préfère, à la communication avec les malades, la beauté des gestes techniques parfaits de son métier : petit décrochage. Ensuite, après avoir pris soin de sa grand-mère maternelle, elle ne reste pas après le décès de la grand-mère pour soutenir sa mère mais part dans le sud-ouest : un autre décrochage. Je n’ai pas fini le livre mais sais qu’il se termine par l’idée qu’Isabelle va penser un peu plus à elle, prendre soin d’elle-même, et plus seulement des autres (la famille, les patients).
    C’est bien le récit d’une émancipation de la famille et de ses « mots d’ordre », plus ou moins implicites. Dans « deux singes », il s’agissait de l’émancipation d’un milieu classe moyenne enseignant politisé, ici c’est du milieu prolétaire traditionnel que s’émancipe Isabelle. On pourrait multiplier les récits d’émancipation individuelle.

    • ce serait effectivement un beau programme
      programme d’un livre prochain, du reste

  6. Plusieurs choses m’ont étonnée.
    p 13 : « le corps ouvert des patients est une mine de connaissances. Mais étonnamment l’anesthésie générale limite la communication avec le malade. ». Très drôle mais un peu surprise par « étonnamment » : je comprends la vanne sans ce mot qui l’introduit, la signale. « Mais l’anesthésie générale limite la communication avec le malade. » : j’aime bien, on est dans le premier degré, avec une petite option « absurde ». A moins qu’un mot ait été nécessaire à cet endroit précis, pour équilibrer la phrase ? mais mot un peu long ? quel mot sinon ?
    Autrement, je ne sais plus pourquoi, mais j’ai en tête que tu as choisi d’écrire sans expliquer au lecteur ce qu’il doit penser. Mais ça doit être valable uniquement dans le cas des romans, des fictions, parce qu’ici tu décodes pas mal. Comme porte-parole d’Isabelle, je peux le comprendre : elle explique, tu reprends son explication, ta seule marge de manœuvre se trouve dans la façon d’expliquer : synthétique, percutante, efficace. tu déplies rapidement, un moindre mal.
    En dehors de l’univers d’Isabelle, quand tu expliques, je crois que c’est parce qu’on se trouve dans le champ de la politique et que dans ce domaine c’est sérieux et donc ce qui s’écrit doit être didactique.
    D’ailleurs, je trouve intéressant le glissement de l’échelon professionnel vers celui de la politique qui fait s’interroger sur le moment où commence la politique. il se pourrait bien que la politique commence bien en-deçà de ce qu’on se représente habituellement ; dans une certaine mesure, l’organisation professionnelle est déjà politique (conditions de vie des agents, conditions de l’activité et du service), contient une dimension politique en germe.
    Ensuite, il y a d’autres étonnements :
    la façon très claire dont tu restitues la façon de voir d’Isabelle sur l’organisation et le fonctionnement de ses différents milieux de travail, et qui coïncide avec ce que je constate sur mon propre lieu de travail (sous-effectifs, moyens constants, non-remplacements, réunions et formations « management ») ;
    la façon douce d’aborder l’euthanasie, sans jamais la nommer je crois, à partir des seules situations rencontrées par Isabelle ;
    enfin, ce que peut voir une infirmière, je ne l’imaginais pas. savoir concrètement m’apporte. Et ça rentre bien dans le cadre des récits de vie, de métier, de « raconter la vie ».
    j’aurais bien cité trois ou quatre extraits en lien avc mes remarques mais ce n’est pas matériellement possible et en même temps j’avais envie d’avancer, j’espère que ça ne rend pas mes propos trop obscurs.

    • tu as totalement raison, et ca me coute de le dire, et en même temps ca m’enjoue, sur etonnamment
      suis justement en train d’écrire une conf sur le comique, avec comme idée force le dosage verbal, la traque du mot de trop, eh bien je prendrais cet exemple, et te citerai, voilà c’est comme ça que ça se passe chez bibi
      sur la politique aussi je te rejoins, bien sur

      • bibi est bon prince
        merci : pour le crochet, pour la conférence.
        la traque du mot de trop, c’est un sport sympa mais qui comporte un risque : à enlever des mots, le risque est peut-être que moins de lecteurs comprennent l’intention de la phrase, le côté comique en particulier.
        dans ce passage de ton livre, il n’y a pas de mot de trop, ni de phrase de trop (chaque phrase donne la main à la suivante):
        « A ce moment arrivent Mireille et sa cadette qui s’effondrent. Isabelle ne s’effondre pas. Elle ne le peut. Si toutes trois sont à terre, il ne restera personne pour les relever. »
        il y a trois mots (« pour les relever »),qui font basculer la scène embarquée dans un mouvement dramatique (l’effondrement moral devant le corps sans vie d’un proche)dans une dimension comique (l’effondrement physique, la chute, d’une personne, d’une deuxième, la troisième, occupée à les relever, débordée par la tâche de les relever en alternance).
        ici il n’y a pas de mot de trop, de mot pour baliser le chemin du lecteur vers l’issue humoristique. pas qu’il n’y ait pas de « balises » : les « balises » ici tiennent dans la ponctuation : les points, qui découpent, impriment un rythme à la lecture et préparent la chute comique. des balises très discrètes, qui passent bien.

    • @Helene: …/ Dans un roman sur la Sécurité sociale, Balzac les aurait appelées sœurs de soins /… p.20
      – comme chacun sait, j’aime par exemple ce genre de déhanché chez François Bégaudeau: il a entre autres bossé des textes littéraires, des romans classiques, il les a bossé car figure imposée dans des programmes scolaires ou parc’qu’ils les aimaient donc il en joue, il en sourit, il rend hommage en anachronismant une biographie d’auteur, certains de ses persos en passant – le lisant ici je le vois faire ce geste/saut des deux pieds qui se rejoignent sur les plantes, en écart de côté: il fait sa petite frappe pas si discrète selon que tu le lis, le découvres pour une première ou pas –

      . bien touchée aussi par les lignes sur le mot ‘cocktail’ resitué dans le jargon corpo quand Isabelle est en pneumologie et je plane un peu au milieu de la page 18 dans:
      …/ Quel soignant prétendrait n’avoir jamais été irrité, ne serait-ce que dix secondes, de voir des vies absurdes s’accrocher? /… et dans les lignes consacrées à cette femme de 90 ans que la douceur, le soulagement, le simple état de fait de la venue, de la visite/événement de sa fille, allège, lui procure comme une sorte d’autorisation à mourir.

      Une sorte de légende/analyse/observation/hypothèse que l’on s’autorise du monde des vivants, la mort qu’on romance, qu’on espère (et s’espère) pas trop rude si vraiment il faut y passer,

      • @Helene: oser faire le malotru et charcuter un texte, n’empêche pas d’essayer d’en extraire un truc un peu en bloc autonome,
        alors merci de lire plutôt:
        …/ Une pure amitié hospitalière. Dans un roman sur la Sécurité sociale, Balzac les aurait appelées sœurs de soins /… p.20

  7. à propos du début du livre
    je me rappelle que Jérémy a écrit qu’il était surpris que le livre commence de cette façon, par la généalogie d’Isabelle. informée de ce début, il ne peut plus me surprendre mais il me rappelle un autre récit généalogique, celui d’anne-laure, son arbre généalogique, ses « René ».
    il peut être surprenant qu’un livre dont le sujet, sur le papier, est le récit du métier d’infirmière, parte de la généalogie de la personne infirmière. c’est simplement la façon la plus large de traiter le sujet : l’attention est portée sur le métier d’infirmière mais plus encore sur la personne qui exerce ce métier, ce qui étend le champ du récit, au récit de l’histoire familiale par exemple, cercle concentrique très éloigné de la cible du métier, mais pas hors sujet pour autant, pour plusieurs raisons : le choix par Isabelle de son métier est lié directement à son histoire familiale proche, et indirectement à son histoire familiale plus lointaine, qui, au-delà de son caractère anecdotique, situe Isabelle dans un cadre sociologique(origine géographique, ancrage géographique, classe socio-professionnelle), qui n’est peut-être pas indifférent à une orientation professionnelle, sinon pas indifférent à qui est Isabelle.
    si on se dégage du fond, on peut voir les choses encore différemment, percevoir autrement cette entrée en matière par un récit généalogique. sur la forme, le récit commence avec des prénoms : Giuseppe, Maria, Pasquale, Joseph (on note au passage la francisation du prénom familial Giuseppe), qui s’accumulent et on attend le prénom Isabelle (on sait déjà que c’est le prénom de l’infirmière, de la personne à laquelle quelqu’un a eu « l’idée tordue de s’intéresser »). c’est amusant, c’est comme une chasse à l’Isabelle, un jeu de cache-cache ou de patience. où se cache Isabelle, l’infirmière ? quand va-t-elle apparaître ? enfin elle émerge du groupe familial, par une approche par fines touches : « pendant ses dernières semaines de combat vain, il bénéficie d’une hospitalisation à domicile avec lit médicalisé et passages quotidiens d’infirmières, puis intègre les soins palliatifs où épouse et filles se rendent dès qu’elles peuvent. Sans vraiment le préméditer, l’aînée, Isabelle prend l’habitude de précéder sa mère et sa soeur Sophie dans les couloirs de l’hôpital, l’ascenseur, la chambre. »
    l’ entrée en matière dans « petite frappe » me semble construite sur le même schéma : la bd commence par un match de foot, des joueurs en action sur le terrain, on cherche Jon (on sait déjà que c’est le prénom du héros ordinaire de la bd), après quelques cases de jeu, on l’identifie enfin.
    je ne sais pas si c’est pensé mais il me semble que c’est la même façon de faire que dans « le moindre mal » : de l’équipe vers l’individu, du groupe familial vers l’individu, une sorte de masse, un collectif, dont émerge l’individu qu’on va suivre.

    • c’est tellement bien vu que je pense que chez moi c’est un tic
      j’avais même radicalisé ce procédé dans une nouvelle longue.on arrivait à l’héroine employée à la poste en suivant des clients depuis le café. je la mettrai bientot en ligne tiens
      un tic qui ici avait le sens que tu dis : puisqu’on fait de la socio, allons-y sur les généalogies familiales (et bien sur il y a le ressort psychologique, et le tropisme familial du soin, etc) ; si j’avais eu le droit à 200 pages, j’en aurais fait 50 là-dessus
      mais plus profondément il y a ce que tu suggères aussi : chercher le personnage. ce qui pour moi revient à le replacer dans le tout du monde et de la matière, c’est-à-dire à l’objectiver.

      • je lirai volontiers ta nouvelle avec son héroïne employée à la Poste.
        par contre je suis passée à côté de ce que tu appelles le « tropisme familial du soin ». bien sûr j’ai noté que la famille prend soin elle-même de ses membres qui perdent leur autonomie(de Pasquale, devenu aveugle) mais je n’ai pas fait le lien avec le choix de métier d’Isabelle. pour moi, les deux (le tropisme familial, le choix de métier) ne sont simplement pas dissonants, pas plus.
        la prochaine chose dont je pourrais parler à propos du livre, ça pourrait être ta façon de retoucher certaines phrases qui reprennent des idées d’Isabelle. ça a déjà été abordé sur une phrase, et été brillamment élucidé par Jeanne. mais on pourrait y revenir, il y a pas mal de phrases de ce type, et je pense que d’une phrase à l’autre tu as varié les procédés de légère mise à distance de ces énoncés. s’il y a des amateurs de ce genre d’exercice (pas envie de rester seule)

        • oui le tropisme dont je parlais ne désignait que cela, cette « manie » qu’ont les prolétaires de ne pouvoir s’en remettre qu’au soutien de leurs proches

          • tu ne serais pas en train de nous faire du Bigard là ? je pense à son sketch, « les pauvres n’ont pas de goût »

          • ce qui n’est pas faux

          • je ne sais pas, je ne connais pas de pauvres

  8. j’aime bien comment commence le livre : par une sorte de saga familiale, d’histoire familiale sur plusieurs générations, assortie de pas mal de points d’interrogations, puisque ça remonte loin et qu’on a perdu avec le temps les faits et les intentions.
    « Nul ne sait pourquoi c’est en Russie que partit Giuseppe Pacitti. »
    Pour moi, ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura jamais ne sont pas un moins dans le récit mais donnent au contraire du relief à l’histoire, par la puissance de ce qu’on ne saura jamais, qui est perdu à tout jamais, par ma fascination pour ça.
    Mais trop de questions sans réponse pourraient décourager le lecteur et ne pas faire un récit assez étoffé.
    alors, contexte :
    « Mais son idée on la devine : misère du Latium, montagne aride, terres ingrates, bouches à nourrir. »
    alors, dates :
    « En 1912 il descend du hameau de Picinisco »
    alors remplissage avec des conjectures et des questions, mieux que rien :
    « prend sans doute un train, traverse quel pays ? s’arrête à Moscou ? »
    re-date :
    « meurt en 1917 »
    Il fallait le faire : écrire un paragraphe sur la vie d’un homme avec 5 données : son nom, sa région d’origine, un pays d’émigration, deux dates.

  9. Je viens de relire un passage du livre. Celui sur les nonnes. C’est drôle de déplorer que les infirmières soient encore considérées comme des nonnes tout en racontant la vie d’une infirmière entièrement dévouée à ses parents (elle ne peut quitter sa mère malade que brutalement) et à ses patients, dont le choix du métier ressemble à une vocation, dont on n’est pas très sûr qu’il y ait place dans sa vie pour des hommes, des enfants (il semble bien qu’elle vive seule). Si ce n’était la coquetterie du vernis sur les ongles des orteils, on pourrait presque croire qu’Isabelle porte cornette.

    • Je te trouve un peu dure. Du moins partielle dans ta lecture.
      D’abord parce que la deuxième partie montre une Isabelle soucieuse de s’arracher à son tropisme serviable pour, enfin, prendre soin d’elle-même -d’ou éloignement de la sphère familiale et direction Figeac. Ensuite parce que ce soin d’elle-même apparait beaucoup dans le livre, je crois, depuis son souci de ménager son dos, jusqu’à la dernière page où elle s’occupe d’elle. Enfin parce que le passage sur les nonnes, je le dois à Isabelle, qui a bien compris que son supposé dévouement légitimait un salaire de merde.
      Et surtout parce que son ressort, je crois l’avoir montré, est certes de soulager (mais pour soulager son père un peu, c’est-à-dire pour se soulager elle-même), mais aussi la passion tout à fait auto-érotique qu’elle a pour l’acte de soin en lui-même (les piqures elle adore).
      Comme je le dis à peu près, on demanderait à Isabelle si elle préfère etre admirée pour son dévouement ou pour sa technique, elle opterait sans hésiter pour la seconde voie.

      • @François Bégaudeau: Merci de me donner l’occasion de répondre parce que moi aussi je me suis trouvée conne d’avoir écrit ce post. Parce que oui, évidemment, tout le livre va clairement le sens de son professionnalisme un peu froid plus que d’un bienheureux dévouement. Je me suis égarée à la périphérie.

    • @Acratie: Pas faux ce que tu dis Acratie sur le fait que le livre ne raconte pas la vie amoureuse d’isabelle.
      J’avais remarqué aussi.
      Parce qu’elle n’en a pas ?
      Parce que ce n’est pas le sujet.
      Cela ne signifie pas qu’elle sacrifie une vie sentimentale pour son métier. On en sait rien en fait.
      Le sujet c’ est comment la maladie arrive dans sa vie, par ce qui arrive à ses proches ( son père, puis je ne sais plus qui. La grand-mère ?), comment elle se constitue soignante à partir de ces faits.
      C’est vraiment juste comment ce métier apparait dans sa vie et rien d’autre.
      C’est ainsi que je me suis arrangée avec le livre.
      Si la maladie était apparue chez un amoureux ( ou amoureuse ) nous aurions eu un pan de sa vie amoureuse.

      Et si plus tard, dans son parcours de santé, isabelle en vient a rencontrer des séducteurs de seconde zone ( sous les traits des docteur bideau ou ramzy ou je ne sais plus ) qui tentent d’introduire des notions de sexe dans les relations professionnelles ,elle les remettra gentiment ( froidement ?) à leur place.
      Parce que ce n’est pas le sujet.

      anne-laure , avocat de la défense.

      • @anne-laure: Absolument.

      • Ne négligeons pas non plus l’impératif de faire 80000 signes, pas plus -et j’ai obtenu 90000 en pleurant
        J’avais donc un parcours familial, un parcours pro, la situation de l’hopital public, une grève, une journée de travail, à faire tenir en 75 pages
        Mais nécessité fait loi, et parfois fait grace : j’aime assez que tout ce qui apparait d’Isabelle n’apparaisse que dans le fil du soin ; par exemple on n’apprend qu’elle n’a pas d’enfants, petit scoop eu égard aux moeurs de la corporation, qu’au sein de la réflexion sur les horaires
        C’est une façon de livrer des informations que j’aurais tendance, si j’avais des idées en littérature, à préconiser

        • @François Bégaudeau: samedi dernier, lu Le moindre mal, vu le soir Hippocrate, relu à la suite ton livre. Le tout conseillé à une jeune amie qui est en temps partiel psychologue dans l’hôpital de la ville, avec un autre statut encore.
          TRES intéressant.
          La place réduite accordée aux infirmières dans le film (au cours de la petite manifestation du personnel à la fin, l’infirmière qui met définitivement de la réalité sur l’affaire de l' »ecg ») / la place réduite accordée aux médecins dans ton livre : confirmation.
          Tu rappelles la contrainte de longueur : en lisant je trouve que c’est une chance (cf tout ce qui dépasses des faits chez M de Kérangal): pardon d’utiliser le duo malheureux, mais j’en ai besoin là :la forme dit sur le fond. Dès que tu as dépassé le rappel familial,on est pris dans un rythme (déjà évoqué ici) d’urgence.Et j’ai ressenti combien cette urgence constituait une sorte d’addiction pour ceux qui la vivent, et de fascination pour ceux qui en sont témoins. Un service d’hôpital avec la multiplicité, la variété,le rythme accéléré,le caractère incessant ,qui viennent se mettre sur l’importance de ce qui s’y passe,et le côté à la fois universel et intime(ex la scène où tu assistes à la pose d’une sonde urinaire, la patiente répondant à la demande d’Isabelle : on est tous faits pareil), ça fait une espèce de mini monde concentré à l’extrême , que l’extrême concentration à laquelle tu es contraint exprime bien.Et on est presque essoufflé à te lire, comme l’infirmière est essoufflée à passer d’un acte à l’autre. Ex la confusion de la scène de l’en-cas offert par le visiteur médical:Isabelle en transition entre la route pour venir et la prise de fonction, l’oeil sur la montre, l’anticipation mentale de la petite réunion de passage d’équipe : scène à la fois extérieure, comédie,et intérieure, parce qu’on est complètement avec isabelle.
          L’exception pour traiter la manifestation : j’ai eu l’impression que c’était presque un peu long par rapport au reste, mais c’est parce que j’avais intégré par la lecture l’impression d’urgence qui s’accumule pendant ce temps dans le service : je ressentais comme un « allez, il faut y aller maintenant », qui s’appliquait à la fois à ton chapitre et aux infirmières.
          Pour la question de la vie actuelle personnelle d’Isabelle,le service aspire, avale les gens et produit cette disproportion-disparition qui se retrouve dans ton livre.
          Le titre : Le moindre mal : qui peut s’appliquer aux gestes infirmiers, mais aussi à l’état de l’hôpital,à la quête jamais atteinte du soin, à l’inaboutissement volontaire et involontaire de ton travail d’écriture ?
          J’aime toujours tes fins ouvertes comme si tu bottais en touche pour nous laisser à la fois en dynamique et en plan : ici, tu pourrais dire pourquoi Vallès?

          • L’absorption d’Isabelle par son travail est un effet induit par la structure du livre, par des choix littéraires. Ce n’est pas le cas, pas tant que ça, dans sa vie, et je me devais de le signaler par cette fin. Il y a en chacun des niches autonomes : niches de temps, d’oisiveté, de pensée, de reverie. L’hopital épuise Isabelle mais n’épuise pas, pour jouer sur les mots, ses pensées. Aubaine pour moi : c’est une lectrice. Double aubaine : parmi les livres importants pour elle que je lui ai demandé de lister, il y a l’Enfant, l’un de mes préférés, écrit par l’un des seuls écrivains communards -presque tous les autres appelaient les versaillais à canarder la racaille. Triple aubaine : elle mentionne, entre tous, le passage d’échappée rurale du petit Jacques. Je tenais une fin qui soit un pied de nez au quadrillage salarial et existentiel que je me sus appliqué à restituer dans les 70 pages précédents.
            Tu as raison sur la grève : trop de pages. Mais c’est que j’avais envie de raconter précisément le processus, dont on peut tirer moult enseignements (role ambigu des syndicats, par exemple), et les quelques déplacements de roles qu’il occasionne (les muettes prennent la parole, la population s’en mêle, des discussions se nouent qui dans le temps ordinaire ne se nouent jamais : en somme cette grève produit, comme toute grève et c’est bien pourquoi toute grève est une victoire, indépendamment de son dénouement, un autre partage des capacités et des roles.)

          • « l’absorption d’Isabelle par son travail est un effet induit par la structure du livre, par des choix littéraires. Ce n’est pas le cas, pas tant que ça, dans sa vie »
            Tiens tiens est ce que ce n’est pas un signe de la fascination que produit ce milieu? Que j’adhère au récit en oubliant que c’en est un? parce que j’ai envie de croire ça? Autre version de l’infirmière sainte : l’infirmière dont le métier est toute la vie,qui est droguée à son métier ?
            merci pour l’explication sur Vallès : je vais y retourner voir.

          • C’est le risque bien connu, et maintes fois éprouvé, de livres qui captent un réel très référencé. On leur fait dire, fatalement, plus qu’ils ne disent. On décrit une journée de travail minute par minute, forcément ça crée, par-delà le très juste sentiment qu’une journée est une immersion robotique, l’idée plus générale que « le travaille absorbe l’individu ». Souvenir, bien sur, d’Entre les murs : « qu’est-ce que c’est que ce prof qui ne fait pas de dictée??!! ». A quoi je répondais : le film fait deux heures, une année en comporte 200 x 6 à peu près. Forcément on ne montre pas tout. Par exemple on ne le voit jamais manger ce prof. C’est donc un prof qui ne se nourrit pas?
            Ces oeuvres là nécessitent une grande discipline, une grande clairvoyance, de leurs récepteurs.

  10. impossible d’aller sur dis moi, on a ça :
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    • @patricia: oui pareil pour moi depuis hier
      ce matin je peux voir la dernière page mais toujours pas les précédentes
      help webmaster !

  11. @belette: infantilisés: mis en état de dépendance?
    justement le patient chronique , il lui est souvent proposé de compléter ce qu’ il sait déjà (oui ils savent beaucoup de choses de leurs symptômes oui, mais de la façon de les traiter, moins ) et l informer sur ce qu’il ne sait pas afin de se prendre en charge.préciser la pathologie , informer sur ses traitements et gérer leurs effets secondaires , pouvoir prévenir l’évolution et détecter les signes d’une aggravation. S’assurer qu’il comprend tout ça etc etc. L’objectif : être autonome et vivre dans les meilleurs conditions possibles. c’est ce qu’on appelle l’éducation thérapeutique. et ça devrait durer entre une et deux heures en tête à tête. tout le contraire d’une infantilisation. Malheureusement où sont elles ces infirmières? peu nombreuses elles ont bien du mal à défendre ces structures . si elles disposent d’un local c’est déjà un miracle. que dire d’une heure et demi par patient?
    Les infirmières infantilisantes , je crois, essaient surtout de rassurer dans les moments d’urgence et de stress.
    sont p’tetre maladroites et un peu quiches quelques fois, c’est possible. Je dirai que c’est la que leur instinct maternel est le plus visible et qu’elles devraient même s’en passer.
    peut être il y a un problème de besoins mal compris: Pierre aura besoin d’une certaine prise en charge ( vous avez ci, on va vous soulager et on va vous faire ça) et Paul une autre (laissez vous aller, on s’occupe de tout, ça va aller). il faut adapter sa réponse et son attitude.
    Je reviens sur l’instinct maternel dont se délecte apparemment Anne Laure .
    « C’est à dire qu’ avec le temps je me suis mise à l’aimer en entier. » j aime bien cette phrase
    mais je suis pas sure que ça ait quoique ce soit a voir avec l’instinct maternel, tu me donnes l’impression d’aimer les gens c’est tout.

    • @Josefina di la laguna: ca s’est posté n’importe où .. je répondais a Belette et Anne Laure beaucoup plus bas…

    • @Josefina di la laguna: Ah ouais, je me délecte et c’ est répugnant non ?
      Tu as raison il y a des gens que j’aime beaucoup, d’autres que j’aime moins.
      Dans la vie professionnelle qui est une vie sous contrainte on doit côtoyer des gens qu’a priori on n’aime pas.
      Mais force d’obligations professionnelles on apprend tout de même pas mal de choses sur eux et on fini peut-être toujours un peu par les aimer.
      Du moins, on se questionne sur les relations difficiles et on trouve souvent des solutions.
      C’est flou ce que je dis mais j’me comprends.
      Dans la vraie vie, la vie libre, et si on est assez habile, on peut ne côtoyer que les gens qu’on aime et c’ est bien.
      Vachement plus reposant.

      Tiens sur la question de la dépendance je te donne une des dernières grande scène de psychiatrie que j’ai vécu et qui m’ a bien fait marrer :

      C’est l’histoire du p’tit nono.
      Une belle production psychiatrique, un homme d’un peu plus de trente ans aujourd’hui qui s’ était retrouvé tout gamin à côtoyer le monde psychiatrique.
      Devait avoir trois , quatre ans, l’âge de l’école maternelle et c’ est son inadaptation au milieu scolaire qui a dû mettre la puce à l’oreille aux enseignants.
      On imagine bien.
      Difficultés d’apprentissage, non respect des règles sociales, gamin tout puissant et agressif.
      Il a donc été collé à la pédopsy depuis tout petit.
      Pas placé en famille d’accueil comme beaucoup de gamins de pédo le sont.
      Non lui il restait de temps en temps chez sa mère et ses frères et sœurs. La majorité de son temps en hôpital de pédo où il exerçait sa fonction de tyran.
      Posture de toute puissance persistante et contenance physique nécessaire pour réduire sa violence.
      Bénéfices secondaires de sa posture, attention de tous les soignants sur lui, cercle vicieux.
      Entretient de la dépendance aux soins, aux soignants, à la psychiatrie.
      J’te la fais rapidos.
      Il passe en psychiatrie adulte à 16 ans : belote et rebelote.
      On a donc là l’un des patients les plus violents que je connaisse. Le p’tit nono.
      Violent et sans remords.
      On l’ a vu courser une pauvre hystérique pour lui faire la peau, défoncer la gueule d’un pauvre cérébrolésé pour une sombre histoire de clopes, manquer de crever l’un des yeux d’un infirmier de grand expérience, balancer une chaise dans la face d’un patient qui le traitait de gogole, donner un coup de couteau (à bout rond) à je ne sais quel type qui devait le contrarier…
      Faut pas trop le frustrer quoi.
      Hospitalisé par intermittence, viens pour des soins ponctuels, ateliers thérapeutiques, participation à la vie du club thérapeutique, packing ( cf wiki)…
      Traitement chimique à base de neuroleptiques of course.
      Il continue de vivre chez maman.
      Récemment, fait exceptionnel, il s’est mis en couple avec une schizophrène que je connais bien.
      Une femme qui aime prendre soin des autres.
      Il est allé vivre chez elle et elle prenait soin de lui.
      Elle lui a appris à être propre, à bien s’habiller parce que c’ est ainsi qu’elle le désirait.
      L’histoire n’a pas duré bien longtemps et il a été hospitalisé puis est reparti vivre chez sa mère.
      Sa mère le trouvait fort changé, s’étonnait qu’il prenne dix douches par jour et qu’il exige que tout le monde dans la maisonnée fasse de même.
      Bref.
      Depuis quelques semaines il ne venait plus du tout à l’hôpital mais nous l’avions régulièrement au téléphone.
      Il nous disait que sa mère complotait certainement contre lui, qu’elle était folle, que la chienne de la famille avait le coup tranché et que c’ était surement un coup monté par sa mère…
      Ne voulait plus prendre son traitement, ne voulait plus venir voir son psychiatre.
      Bon et alors, cette semaine, je ne sais plus quel jour, moment des transmissions passage de relai équipe du matin/équipe du soir :
      La secrétaire fat irruption dans notre salle de trans avec des yeux tous ronds. Elle était seule à l’accueil du rez de chaussé et le p’tit nono est arrivé tout vénère et tout speed.
      Ils sont montés ensemble à l’étage d’hospit malgré qu’il lui dise qu’il n’ avait confiance qu’en elle, que nous nous étions tous des pourris.
      Effectivement, le p’tit nono est avec elle on le voit par l’entrebâillement de la porte qui fait des longueurs de couloir en marmonnant des trucs.
      Moment des trans, donc effectif de 4 équipes=5+5+4+3=au moins 17 soignants présents.
      Tout le monde se lève pour le p’tit nono et yanou crie allez Guingamp.
      Il nous reste une seule chambre dispo et manque de pot pour nono c’ est une chambre d’isolement.
      Mais pas manque de pot en fait , c’ est ce qu’il nous faut, tout le monde le sait, tout le monde le pense.
      Nono se barre en courant dans les escaliers. Il a un masque qui ricane faussement et il continue à vociférer ses trucs à propos des chtis à Hollywood et de sa mère madame pavosko comme dans la chanson.
      Il dit qu’il ne veut pas aller en chambre d’isolement tout en y étant mené par la vague de soignants qui fait masse autour de lui.
      Dans la chambre nous dit qu’il ne prendra plus de traitement alors qu’on sait très bien qu’il les prendra. On le connait.
      Jérôme lui propose de prendre une douche, nono dit qu’il est propre, Jérôme insiste d’un ton paternel, je lui dis de lâcher l’affaire, Jérôme est fâché que je contrarie son statut paternel et on règlera nos comptes après ( à propos des soignants qui doivent faire bloc et autres conneries de communiste ).
      Bon, bref, le p’tit nono s’allonge tranquillou sur le lit lorsque l’interne arrive.
      Et c’ est bon.
      Après il a quand même défoncé la porte de la chambre d’iso pour sortir mais c’ est normal.
      C’est le jeu.

      • Ah j’ai oublié deux détails intéressants, j’ai voulu faire trop vite :
        Pour venir jusqu’à nous nono à pris les transports en communs, au moins deux bus et un long trajet.
        Il s’est installé dans la chambre en disant qu’il avait faim et on a attendu que Viviane revienne avec un plateau de victuailles pour le lâcher.

      • @anne-laure: non ça ne me degoute pas du tout
        je comprends ça
        avec le petit nono tu veux dire quoi ? qu’il a besoin d’amour (sa femme schizo )
        qu’il dit non mais dans le fond il se laisse faire ?

        • @Josefina di la laguna: Je voulais dire que j’aime bien les blagues de yanou.

          Tu interprètes ce que tu veux de l’histoire du p’tit nono.
          Pour ma part, je dirais qu’avec sa nature complexe, avec ses mécanismes d’entretien de dépendance et son désir de toute puissance, que malgré tout ce chaos , ce qui va bien à nono c’ est la relation égalitaire aux autres.

          • @anne-laure: ???? tu crois cela? tu trouves cela égalitaire ?
            curieuse interpretation
            mais bon je le connais pas

  12. Sur le site Raconterlavie il y a un espace bien intéressant qui ouvre sur des photos, textes, films, des initiatives individuelles ou collectives qui racontent la vie. Ce qui me plait c’est que ces travaux semblent menés sur le long terme, au jour le jour, sans contrainte imposée par un éditeur.

    http://raconterlavie.tumblr.com

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