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LA GRANDE HISTOIRE : du théâtre.

 

Le texte ci-dessous, issu d’une note d’intention remaniée pour l’occasion, est une tentative vaine de rappeler que La Grande Histoire, jouée ce mois-ci, est une pièce de théâtre.

Lorsque j’ai hérité du privilège d’écrire une pièce pour la promo 25 de l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, l’idée réflexe a été de partir d’eux, et par exemple de leur jeunesse. Mais l’âge, qu’en déduire de substantiel? De quoi sont faites les « préoccupations » qu’on prête, communément, à une génération donnée ? Et d’abord que désigne-t-on par génération ? Comme on sait, les spéculations générales ne résistent pas deux minutes à la fréquentation des individus.

Ceux-là ont vingt-cinq ans, et un peu marre qu’on les appréhende comme jeunes, jeunes comédiens, apprentis comédiens. Est-ce qu’à cet âge j’aurais aimé qu’on me dise que j’étais un apprenti punk-rocker ? Ou un apprenti critique de cinéma ? Est-ce que je me reconnaissais des préoccupations communes avec les gens de mon âge ? Est-ce que je me sentais une quelconque affinité avec un jeune socialiste fan de Portishead ? Poser les questions c’est y répondre.

Nous allions donc écrire, mettre en scène et jouer une pièce de théâtre. Pas plus que cela, mais pas moins. Nous allions partir de données théâtrales, et donc de contraintes. La nécessité d’une partition, aussi équitable que possible, pour douze comédiens, m’a fait envisager deux options opposées : dispositif choral avec présence permanente de tous sur le plateau, ou découpage par scènes avec personnages définis. Comme j’avais pratiqué la première avec les six comédiens de Cécile Backès pour J’ai vingt ans, qu’est-ce qui m’attend, ou encore avec Non-réconciliés, j’ai eu envie de renverser la donne. Ainsi s’est profilée une pièce narrative, dont la structure regarderait autant vers le théâtre classique, voire académique, que vers le feuilleton.

C’est dans le creuset de cette forme qu’est venue se couler l’Occupation –avec majuscule.

La pièce pouvait alors se rêver comme une expérience. Plongeons douze corps contemporains dans le grand bain de l’Histoire, dans le bain de la Grande Histoire, distribuons-les dans les rôles que la profusion de récits sur cette période, livresques ou visuels, a figé en types – l’Officier allemand, le Résistant lyrique, le Résistant cynique, la Patronne de bar qui a tout vécu, l’Artiste non-aligné, le Français qui ne veut pas d’histoires etc – et voyons ce que ça donne. Voyons comment des vivants, qu’ils aient 23 ans ou 49, s’accommodent de ces costumes amidonnés. Voyons ce que la vie fait à la lettre morte de l’Histoire.

Voyons surtout à quel point les corps de comédiens résistent – s’il est question de résistance ici, c’est d’abord dans ce sens – à leur dissolution dans les cases figées de l’imaginaire collectif. Un écart peut-il être maintenu ?

Dans cet écart s’engouffre une question moins directement théâtrale, même si le théâtre en est à la fois l’outil et le support : qu’est-ce, au juste, qu’une période historique ? Plus précisément : jusqu’à quel point les contemporains d’une période historiquement dense sont-ils agis par elle ? Jusqu’à quel point un citoyen lambda de 1789 est présent à la Révolution ?

Si quelques situations de La Grande Histoire posent la question de l’engagement d’un point de vue classiquement moral, la pièce entend se tenir à un niveau plus psychologique, plus existentiel, plus technique. Non pas : dois-je m’engager, mais : suis-je forcément engagé ? Est-il possible, fin 41 à Orléans, d’avoir la tête à toute autre chose qu’à ce qui fera la matière des livres d’Histoire ? On dira « les Français sous l’Occupation », et que signifie ce « sous » ? Signifie-t-il que l’Histoire est une chape qui recouvre tout ? Les Français d’alors se vécurent-ils tous comme « sous l’Occupation » ? Articulèrent-ils constamment leurs pensées et leurs actes à cette donné simple et assurément impérieuse : mon pays est défait et occupé.

A cette question une réponse négative n’est pas forcément juste ; elle a néanmoins le mérite d’être plus rare dans le champ des discours, a fortiori dans le consensuel historicentrisme français. Soumise au dilemme transhistorique de garder ou non l’enfant qu’elle a dans le ventre, Chantal se fiche pas mal de ce qui se joue sur la grande scène. Sur la petite scène, domestique et privée, où elle nage entre deux hommes, pas de Pétain qui tienne. Si ce n’est, bien sûr, via la législation familialiste de Vichy, intransigeante avec l’avortement. Mais précisément ceci est une autre histoire. Sous le nom imposant d’Histoire grouille une multiplicité d’histoires, un foisonnement complexe d’appréhensions subjectives de la situation commune. Servie par sa structure plurielle, La Grande Histoire questionne, outre L’Histoire elle-même et le trouble prestige de cette faucheuse, l’articulation entre petits récits et Grand Récit, et, par incidence, entre théâtre de l’ordinaire et théâtre tragique.

La plupart des fictions costumées sur la seconde guerre postulent qu’un Français lambda de 1941-2 est un sujet historique. Et si cet individu se tient à distance de la Grande Scène, le tribunal mémoriel l’écrouera dans la case qu’on sait, avec des degrés dans l’incrimination : collaboration passive, lâcheté ordinaire, etc. Il ne s’agit pas de réviser ce verdict, comme certaine littérature réactionnaire s’est plu à le faire, excusant les saloperies de quelques-uns par la veulerie de tous. Il s’agit, à distance de la morale, de questionner cette idée de Godard, lumineuse et opaque comme du Godard, qu’il y aurait une solitude de l’Histoire. Que son bruit et sa fureur seraient des sifflements d’obus volant très au-dessus de la terre ferme où vivent, comme leurs corps et le froid et la faim le leur permettent, les gens.

 

34 Commentaires

  1. J’ai lu fin de l’histoire(que j’avais depuis quelques mois, mais pas lu encore),en prolongement des commentaires ici sur La Grande Histoire.
    Très intéressant, et éclairant pour moi sur plusieurs points.
    La conférence de presse de Florence Aubenas : je l’avais regardée à la télé, un début d’après midi il me semble, surtout pour Florence Aubenas elle-même ,fille frontale comme j’aime.Je me souviens de « je vais vous parler d’une cave »,et de l’impression d’inédit que m’avait laissée son intervention, mais je n’étais pas capable de l’analyser,et j’en étais restée à de l’interrogation,avec l’explication qui était donnée à l’époque il me semble : elle était bridée par sa volonté de ne pas nuire aux otages restés là bas, donc en quelque sorte mélange de sincérité et de langue de bois. Ton livre,François,comme toujours, y met de l’intelligence,du juste.
    Histoire/histoire :comme tu analyses ce qu’elle choisit de dire:et ce qui semblait être une réduction forcée devient prise de position , presque philosophie d’un certain journalisme :ce qu’elle a vécu,hors interprétations, commentaires, extrapolations : la cave avec ses conditions matérielles d’existence, contrainte, obscurité,et cette condition contradictoire :vivre les choses physiquement,nourriture, chaleur, saleté, toilettes,ce qui devait mobiliser la plus grande part de son énergie,la somnolence, l’hébétude de l’obscurité, du silence, du temps, et les exercices mentaux pour garder le cerveau en éveil, sans partir dans des pensées qui pourraient être moralement dangereuses, d’où le choix de compter.En cela elle est réduite au minimum vital : un corps et un cerveau, une personne basique. Et c’est l’histoire de cette personne dans cette cave sans lumière qu’elle relate : pas de majuscule, pas d’Héroïne d’un Evénement Historique :ce qu’au contraire sont venus chercher les journalistes:quid des autres otages, quid de l’idéologie des ravisseurs,quid de l’Aventure de politique internationale,grande fournisseuse d’émissions, d’articles à venir, du genre : nous allons voir ce qu’il faut penser de cette conférence de presse.Là, rien à se mettre sous la dent.Rigueur complète de FA :ce qu’elle a vécu comme personne, point.Pas de croustillant non plus : cette femme ligotée et impuissante, devant/avec/aux mains de ces hommes, hein? Non, là non plus elle n’offre rien, Ici Paris et Détective, circulez, y a rien à voir.
    Mieux : »Circulez, y a rien à savoir et tout à voir » (p 101)
    une histoire, proprement nettoyée de toute prise à gloses, à fantasmes.
    Beau travail aussi de communication : ponctuant la relation, des gestes, des mimiques,l’oralité qui accompagnent et confirment le choix du propos, en entretenant avec les journalistes un rapport de personnes,c’est quelqu’un qui est là devant eux, qui s’impose à leurs regards et à leurs réflexions par sa présence,ordinaire, brute,qui les concentre sur sa personne et les déconcentre de leurs Questions d’Histoire,qui les occupe,qui les ramène, qui les retient. Comme quand en regardant la météo à la télé on regarde la robe et les fesses de la présentatrice,et on oublie de regarder le temps demain.L’histoire. Mince, j’oubliais l’Histoire.
    Autre éclairage :cette fois sur l’écriture de Vie, dans D’Ane à zèbre.Les faits, au plus près des corps, pas de commentaires sur la maladie, les sentiments,la vie et la mort,mais les faits ,les gestes, les présences. Même nettoyage rigoureux de la relation de cette soirée.
    Je crois comprendre de mieux en mieux cette caractéristique de ton travail, François. Qui demande aussi du lecteur un travail de nettoyage,qui ne se fait pas si facilement : on a des habitudes, des faiblesses, des attentes,plein de pelures à dégager.
    Encore une fois,d’un livre à l’autre, tu me fais vraiment avancer,François.
    Quelques prises de guerre, pour le fun :
    « Cette instrumentation bien comprise de l’Histoire s’appelle la politique »(p130)
    « la précision est le camp de rééducation du romanesque, le purgatoire du romantisme »(p98)
    « Le Mal c’est encore un principe d’ordre. mauvais père mais père.Même maffieux ou purificateur d’ethnies,un père est toujours bon à prendre qui nous rassure les soirs d’orage,on en viendrait même à souhaiter l’orage pour le sentir nous rassurer, l’Histoire c’est créer la menace pour le plaisir de la protection,même mode d’emploi répétitif et inépuisable que le film d’horreur. Elle ne cessera jamais. Elle survivra à sa fin. »(p92)
    « Ton presque pas lesté,pic dramatique pas du tout joué,plutôt noyé dans la continuité du récit,elle n’habite que le présent et au présent c’est comme ça que ça se passe,rien ne ressort rien ne saille,on ne distingue et trie qu’après coup. Pour se transformer en Histoire les faits doivent passer par la raffinerie de l’introspection, elle, elle fait le parcours inverse. »(p30)
    « Suggérer, c’est trop et trop peu.Dans la suggestion se fraye le mythe. Inversement,nommer au plus juste casse la fascination à quoi carbure l’Histoire. »(p42)

    • Ce post est vraiment opportun. Plus je découvrais la pièce mise en scène, plus je me disais qu’elle était un prolongement théatral de Fin de l’histoire, qui en serait comme la base arrière.
      D’ailleurs j’avais, très en amont, timidement indiqué ce livre aux comédiens, comme susceptible de les éclairer dans leur réflexion sur la pièce. Ils ne l’ont évidemment pas lu.

    • @patricia: merci patricia. J’avais pensé à Fin de l’histoire sans reprendre le livre alors j’apprécie que tu fasses le boulot, bonne idée de nous mettre tes « prises de guerre ». Bégaudeau = zéro romantisme.

  2. Dis François, tu pourrais nous parler de la Grande Histoire maintenant? Les 3 lieux de représentation ? L’accueil parisien? Est-ce qu’il y a eu des différences au cours de ces 9 représentations? Est ce qu’il y en a une qui t’a plu davantage? Est ce que tu as été contrarié parfois? As tu eu personnellement, comme l’auteur, des retours du public? Est ce que ton propos sous-entendu sur Histoire/histoire a dérouté des gens ? Est-ce que la représentation , vivante, colorée, aux genres divers, d’après les aperçus sur le net,a bien servi ton propos, ou en a distrait les gens? Y a-t-il eu des critiques intéressantes?
    Les quelques images aperçues font un peu penser aux contrastes de l’opéra de 4 sous.(fausse impression?) Pour la fin de Non-réconciliés ,la présence de l’auteur sur scène, tu as évoqué Brecht : est-ce que Brecht est une piste d’influence de ton théâtre? Est-ce que ça t’a plu d’écrire pour une douzaine d’acteurs? Tu as envie de recommencer dans ce genre, ou tu te sens davantage dans des pièces pour un nombre plus réduit de personnages? Ou est-ce que cette pièce est constituée d’une succession de scènes qui mettent en jeu un petit nombre de personnages?Avec des moments d’ensemble?
    Finalement, y a-t-il eu bilan avec les acteurs? Avec le metteur en scène?
    Une chance que tes derniers textes de théâtre soient imprimés?

    • Dis François, tu pourrais nous parler de la Grande Histoire maintenant? Oui
      Les 3 lieux de représentation ? Dijon et la Colline très belles salles vraiment faites pour. Saint-Etienne trop cheap (jouée dans la petite salle)
      L’accueil parisien? Pas vraiment différent d’ailleurs. Applaudissements nourris mais le problème au théatre c’est que les applaudissements sont toujours assez nourris. Et puis là le coté « pièce de fin de promo » appelait une sorte d’enthousiasme du genre : bravo les jeunes, beau travail.
      Est-ce qu’il y a eu des différences au cours de ces 9 représentations? Est ce qu’il y en a une qui t’a plu davantage? Difficile à dire mais la première à la Colline m’a semblé la plus aboutie.
      Est ce que tu as été contrarié parfois? Bien sur. Telle réplique mal négociée. Tel comédien qui persiste dans la mésinterprétation de tel ou tel aspect. Et puis une chose plus structurelle : la pièce écrite se termine par une chanson (elle en compte quatre), et on a du renoncer car le compositeur (un des comédiens) n’a pas du tout composé dans l’esprit indiqué. Du coup ça ne marchait pas, on a du dans l’urgence remplacer par un dialogue qui dès lors fait une fin sèche. Pas grave en soi, mais intéressant sur la grosse faiblesse de ces comédiens : consacrent peu d’énergie à comprendre la pièce qu’ils jouent. J’ai dit à Meunier : en plus des ateliers mise en scène, clowns, danse, chant, expression corporelle, opéra, il faudrait ajouter des ateliers lecture.
      As tu eu personnellement, comme l’auteur, des retours du public? Oui, en fin de pièce, comme d’hab. Mais ce n’est pas un indicateur. Dans ces situations ne viennent te parler que ceux qui ont aimé.
      Est ce que ton propos sous-entendu sur Histoire/histoire a dérouté des gens ? Trop peu. Mais je ne suis pas dans leurs cerveaux. Globalement je pense quand même que ce que je propose a été sous-perçu.
      Est-ce que la représentation , vivante, colorée, aux genres divers, d’après les aperçus sur le net,a bien servi ton propos, ou en a distrait les gens? S’il y a bien un truc que je trouve parfait dans cette affaire, c’est la mise en scène de Benoit, très fidèle à ce que le texte préconisait, et complètement au service de l’opération. Grand metteur en scène, assurément.
      Y a-t-il eu des critiques intéressantes? Des critiques de détail, oui. Par les amis et amies. Sinon, des critiques politiques venus de l’extreme gauche qui m’ont beaucoup énervé. Tellement attendues. Et arrivant au point d’où la pièce part. Il faudrait que j’en dise plus, mais ce serait très long.
      Les quelques images aperçues font un peu penser aux contrastes de l’opéra de 4 sous.(fausse impression?) Pour la fin de Non-réconciliés ,la présence de l’auteur sur scène, tu as évoqué Brecht : est-ce que Brecht est une piste d’influence de ton théâtre? La pièce fait justement un clin d’oeil à Brecht en parlant de « 4 sous ». J’adore Brecht, son théatre, sa finesse, sa joie, sa grande rigueur théorique. Cette pièce a des aspects très brechtiens oui, ne serait-ce que par les chansons, mais là encore il faudrait que je précise
      Est-ce que ça t’a plu d’écrire pour une douzaine d’acteurs? Opération compliquée mais qui ouvre des territoires d’écriture inédits. Pas mécontent de l’expérience.
      Tu as envie de recommencer dans ce genre, ou tu te sens davantage dans des pièces pour un nombre plus réduit de personnages? Ma pente va plutot pour du casting réduit, et ça colle bien avec la paupérisation du milieu. Donc je pense que ce n’est pas de sitot que j’écrirai une partition à douze. Mais tout est ouvert.
      Ou est-ce que cette pièce est constituée d’une succession de scènes qui mettent en jeu un petit nombre de personnages?Avec des moments d’ensemble? J’ai essayé de proposer la plus grande variété de dispositifs possibles : du monologue, du dialogue, du choral, du narratif, de la comédie, du drame, etc.
      Finalement, y a-t-il eu bilan avec les acteurs? Non.
      Avec le metteur en scène? Oui, tout le long du processus, Benoit est un mec qui cherche. On retravaillera ensemble.
      Une chance que tes derniers textes de théâtre soient imprimés? Souvent on me le demande, et je ne m’en occupe pas. Faut dire que je ne connais personne, et qu’aucune structure ne me le propose. Arnaud Meunier, toujours généreux, voudrait s’en occuper. A suivre.

      • As tu eu personnellement, comme l’auteur, des retours du public? Oui, en fin de pièce, comme d’hab. Mais ce n’est pas un indicateur. Dans ces situations ne viennent te parler que ceux qui ont aimé.

        Faux en ce qui me concerne.
        Ça n’est pas un défi car je ne les aime pas mais cela paraît difficile de faire mieux. Vous pourrez toujours égaler une telle prouesse. La grande Histoire, c’était prodigieux.
        Je comptais demander si le texte allait être édité. Il doit l’être. Je veux le lire, encore une fois c’est tant foisonnant on peut pas tout retenir.

        Arnaud Meunier mettez tout en oeuvre afin que tout le monde puisse avoir accès à ce texte, s’il vous plaît.

        • @Ph: Alors toi tu l’as vue ? Tu racontes ?
          Bis pour ce que tu dis à Arnaud Meunier :si le site peut faire quelque chose, genre le harceler, on peut le faire .

          • C’est Shash qui sait bien raconter. Parisienne je ne m’imagine pas qu’elle ne l’ait pas vu.

            Tout d’abord il y a La Grande Histoire, je l’ai trouvé bon ce comédien. Le narrateur, la voix off mais pas ringarde. Plutôt rôle de morale/moraline

            Puis la vie de plusieurs personnages durant la guerre, la vivant et vivant leur vie durant celle-ci. Toute cela est imprégné des pensées de l’auteur tout en servant l’Histoire, la grande et celle des personnages. C’est historique, individuel et universel. C’est ça la prouesse.
            2h30 sur scène, ça n’est pas rien mais se voit sans problème. Dialogues, chants, danses, réflexions, adversité, trahison, résistance, idéologie, etc. Cette pièce est complète.

            J’ai trouvé les comédiens bons dans l’ensemble. La diction de l’allemand – non son accent – pas toujours compréhensible. Ce personnage fait ressortir du comique mais ne semble pas exploiter tout son potentiel. La tenancière et la jeune femme voulant avorter jouent très bien, ainsi que Louison.

            Enfin je ne sais pas raconter. C’est une pièce à voir, ça c’est sur. Pièce à faire jouer, tourner, pour son bien.

          • @patricia: @Ph : merci Ph ! Tu en as de la veine d’avoir vu, toi ! Tu dis bien la variété des thèmes, des tons, des personnages.La Grande Histoire est donc un personnage, qui intervient, qui commente? Une voix off? Je ne pensais pas à une pièce aussi longue,l’ensemble doit impressionner. La scène du théâtre de la Colline est belle : ça devait être jouissif.
            Ah oui pourvu que La Grande Histoire tourne, qu’on la voie, qu’on puisse lire aussi.

          • @patricia:

            C’est tout à fait ça.

      • @François Bégaudeau: « Y a-t-il eu des critiques intéressantes? Des critiques de détail, oui. Par les amis et amies. Sinon, des critiques politiques venus de l’extreme gauche qui m’ont beaucoup énervé. Tellement attendues. Et arrivant au point d’où la pièce part. Il faudrait que j’en dise plus, mais ce serait très long.
        Les quelques images aperçues font un peu penser aux contrastes de l’opéra de 4 sous.(fausse impression?) Pour la fin de Non-réconciliés ,la présence de l’auteur sur scène, tu as évoqué Brecht : est-ce que Brecht est une piste d’influence de ton théâtre? La pièce fait justement un clin d’oeil à Brecht en parlant de « 4 sous ». J’adore Brecht, son théatre, sa finesse, sa joie, sa grande rigueur théorique. Cette pièce a des aspects très brechtiens oui, ne serait-ce que par les chansons, mais là encore il faudrait que je précise »

        si tu peux/veux bien nous en dire plus, même si c’est long, et préciser,ce serait bien pour nous : une belle occasion d’approfondir,on est preneurs .
        MERCI déjà de tes réponses.

  3. ça y est, tu es de retour des 3 Collines. Tu absorbes vite et tu passes tout de suite à autre chose, ou il te faut un temps de pause ?Est-ce que tu écris pour toi tes réflexions,ou ça reste dans ta tête,ou tu échanges là dessus avec des gens?
    Il y aura un bilan avec les acteurs, avec leur prof,ou éparpillement général?

    • En général je passe assez vite à autre chose. Mais tout ce que j’ai observé restera.
      Je crois que ton image de cette structure est un peu biaisée. Ils n’ont pas de profs, ils ont vu des dizaines d’intervenants, metteurs et scéne et comédiens, avec qui ils ont produit des travaux de théatre. Si bilan il y a ici, ce sera avec Benoit Lambert, metteur en scène de la pièce.

  4. La deuxième partie du propos m’évoque vraiment un passage de « L’éducation sentimentale » sur lequel je bossais l’autre jour : Frédéric est avec Rosanette et regarde la Révolution de 1848 d’un air amusé, vachement plus enclin à passer un bon moment avec cette femme que de se mêler à la foule qui se révolte, jugeant les événements avec ironie. Je pense que cette oeuvre de Flaubert fait écho à la réflexion de François, pose aussi la question du personnage en tant que « sujet historique », qui traverse une époque politiquement tumultueuse. En tout cas, ça m’y a fait penser.

    • @Jérémy: Est-ce que tu dirais la même chose du Fabrice de Stendhal, qui passe à côté de la guerre en plein champ de bataille?
      « Je pense que cette oeuvre de Flaubert fait écho à la réflexion de François, pose aussi la question du personnage en tant que « sujet historique », qui traverse une époque politiquement tumultueuse. »
      Tu pourrais développer « sujet historique »? Est ce que tu veux dire que ,dans un contexte historique marquant,le personnage sert de témoin ? Porte d’une façon ou d’une autre le point de vue de l’auteur sur l’événement?
      Ou (à l’inverse?) l’Histoire sert à mieux montrer l’histoire,donc l’individu?
      Ou…?
      j’aimerais bien lire la pièce de François (faute de la voir),pour savoir s’il nie l’Histoire pour s’intéresser aux histoires des individus, ou si les personnages expriment, par leur comportement, un point de vue sur l’Histoire.
      Encore que nier l’Histoire serait un point de vue.J’ai tendance à trop vouloir classifier,c’est réducteur,je sens que ça doit être plus multiple et plus complexe.

      • @patricia: Je ne vais pas trop me hasarder sur Stendhal, ça mériterait une reprise complète et je n’ai que des bribes en tête. La scène de Fabrice à Waterloo -si c’est celle-là dont tu parles- me paraît plus décalée que celle de Flaubert, plus burlesque d’une certaine façon. Mais ce ne sont pas les mêmes personnages. Dans les deux cas pourtant, on a deux protagonistes qui n’épousent pas l’événement. Concernant tes questions, il faudrait déjà examiner ce qu’est un « contexte historique marquant ». Qu’est-ce qui définit qu’une période/qu’un événement soient plus historiques que d’autres ? Sur quels critères s’appuie-t-on ?

        Je suis d’accord avec le propos de François : le traitement artistique de la grande Histoire postule un lien universel, coercitif de chaque personne à l’Histoire, évacue assez souvent un foisonnement de destins individuels qui ne la rejoignent pas forcément, s’en écartent pour un tas de raisons. C’est le rapport de chaque être humain à l’Histoire qui est intéressant, que celui-ci en soit l’acteur essentiel, un témoin éloigné, un individu totalement indifférent. Mais je note que de façon générale, on pardonne assez peu aux auteurs qui mettent en scène des personnages plus attachés à leur destin individuel qu’à l’histoire collective. Je pense par exemple qu’un bouquin comme « Le diable au corps » a en grande partie choqué pour cette raison.

        • @Jérémy: tu as raison, tout moment est historique,comme toute fiction est documentaire .Mais on peut dire aussi que les périodes de crise (guerre, catastrophe,conflit…) se prêtent mieux à la confrontation personnage/événement, donc se retrouvent davantage dans les romans et les films.

          « C’est le rapport de chaque être humain à l’Histoire qui est intéressant, que celui-ci en soit l’acteur essentiel, un témoin éloigné, un individu totalement indifférent » : dans un moment de crise, ce rapport ne peut plus être anodin,il me semble que le personnage se retrouve alors forcément éclaireur du point de vue de l’auteur sur l’événement. Mais je dois généraliser, là : c’est peut-être justement ce que François a refusé dans sa pièce : qu’en période de crise historique, la crise , et le rapport des personnages à cette crise,soient forcément dominants, que les personnages soient voués à l’Histoire : ça doit être très fin, de rendre compte d’un contexte historique fortement identifié (autre façon de dire marquant ou de crise) sans tomber dans cette domination. Encore une fois je voudrais bien lire cette pièce de François, l’enjeu m’intéresse beaucoup.
          Pour le Diable au corps (quel bon roman ), s’ajoute le scandale de montrer une femme de soldat prendre du plaisir à l’arrière avec un autre pendant que son mari se bat pour la patrie.L’indifférence aux événements est inadmissible.C’est l’auteur qui ne joue pas le jeu. Ouh !

          • @patricia: Oui et ça va même plus loin : la guerre est la condition nécessaire de cet amour. En dehors de ça, c’est plutôt pas mal écrit comme bouquin. J’aime assez. J’aimerais aussi lire la pièce de François.

  5. Hé, les parisiens ! vous nous racontez votre soirée au théâtre de la Colline ? Dans l’Ouest on est assez mal ravitaillés en Bégaudeau theater.

  6. Après St Etienne, Paris : La Colline, ce sera un bon endroit ! Comment marche la pièce? Expérience heureuse pour ces jeunes comédiens? Plaisante collaboration pour toi? Tu suis encore, ou tu t’es éloigné des représentations? ça te donne envie de continuer à faire du théâtre ?

    • la pièce est jouée neuf fois, donc j’ai plutot interet à suivre dès maintenant
      j’ai vu les 3 dijon, belle salle, bel accueil
      j’ai vu 2 sainté, sale salle, bel accueil
      je verrai 2 Colline sur 3
      pour un bilan sec et précis, sur des choses comme « Expérience heureuse pour ces jeunes comédiens » et tout le reste, j’attends un peu
      Grande Histoire ou pas, l’envie d’écrire du théatre ne risque pas de me passer -faudra juste trouver des comédiens qui sachent jouer

      • @François Bégaudeau: Tu es un peu déçu par ces jeunes comédiens ? Si oui, maladresse de débutants ? défaut de formation? pas rentrés assez dans la pièce?
        le Problème, Foie et Un Deux Un deux, tu avais été gâté.
        Intéressant pour toi, que l’accueil soit bon, dans un genre de théâtre que tu n’avais pas abordé encore.
        Bonnes ondes pour Paris !Je suis allée deux fois au théâtre de la Colline : j’aime bien le lieu.

        • Je rappelle quand même que Le Foie n’a pas été joué. Je le précise parce que je tiens beaucoup à ce que cette pièce soit élue arlésienne du siècle.

          Sur les « jeunes comédiens », plus tard.

          • @François Bégaudeau:je ne veux pas te casser la baraque pour ta palme de l’arlésienne,mais Le Foie: pas mise en scène, mais jouée à la radio : Catherine Hiegel dans le rôle de la mère, et tiens, je ne me souvenais plus : Matthieu Cruciani pour Stéphane. J’avais eu beaucoup de plaisir à l’écouter. l’enregistrement est encore disponible :

            L’Atelier fiction | 11-12 : Le Foie
            http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4394271

            Plus de détails sur cette émission :
            http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-fiction-11-12-le-foie-201

            Bien sûr, pas pareil que sur la scène d’un théâtre.

          • oui je suis au courant, j’y étais, mais un enregistrement la pièce amputée de 20% est donc très éloignée de sa mise en scène

          • @François Bégaudeau: oui, on en avait parlé ici. J’avais écouté une 2ème fois la pièce en suivant sur le texte. Mais en écoutant, je trouve qu’on pouvait bien se représenter la scène. C’est vrai que tu écris bien pour le théâtre : à la fois des dialogues qui donnent juste, et des textes qui donnent à voir,qui se visualisent bien. Foie, Le Problème, j’ai l’impression de les avoir vus.Je pense que tu dois les écrire très « physiquement » .

          • Oui j’essaye.

      • @François Bégaudeau: exercice particulier, l’écriture de cette pièce de fin d’étude?Est-ce que tu as eu des contraintes, par ex fournir de la matière -promotionnelle?- à chaque comédien?Ou, comme le travail a été en partie collectif, est-ce que le fait d’avoir à compter avec chacun d’eux t’a donné des opportunités? Les deux peut-être ,le travail collectif, c’est justement ça, mélange de propulsion et d’arrangements?
        Mais après, quand les représentations qui se succèdent éloignent du travail et mettent davantage le projecteur sur le « produit » fini,est-ce que ça donne des petites faiblesses,de bonnes surprises?Est-ce que la pièce porte l’empreinte de ces circonstances,est-ce que tu la garderais telle quelle, plus tard, jouée par d’autres?

        • Cette pièce reconduit les problématiques de n’importe quelle pièce. L’originalité étant que là j’ai écrit en connaissant les comédiens. L’originalité s’arrete là. Le reste est classique : on écrit seul, puis un metteur en scène s’en empare, puis des comédiens. L’auteur est ravi par certaines incarnations, frustrés par d’autres.
          Cette pièce ne procède donc pas d’un travail plus collectif que Non-réconciliés, ou La problème, ou Un deux un deux.
          Cela aurait certes pu, puisque les comédiens ont eu la pièce entre les mains très tôt et que je leur suggérais de me faire des retours pour la retravailler. Ils ne l’ont pas fait.

  7. No, it was not funny; it was rather pathetic;
    he was so représentative of all the past victims of the Great Joke.
    But it is by folly alone that the world moves, and so it is a respectable thing upon the whole.
    And besides, he was what one would call a good man.

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