Begaudeau.info, le site officiel de François Bégaudeau

Pas encore membre ? Enregistrez-vous et simplifiez-vous les commentaires !

SALON DU LIVRE 2014 : ON Y ÉTAIT

Le présent site est né du constat accablé que les médias oligarchiques ne font plus leur travail républicain de citoyenneté,rapport à la cité au sens grec. Begaudeau.info est une contre-allée, un contre-pouvoir, un contre-feu. Edwy Plenel et Nicolas Anelka en furent les premiers abonnés.

Mais ce n’est pas assez.

La crise de la représentation qui frappe nos démocraties appelle une riposte plus vigoureuse.

Depuis cinq mois, cette riposte a un nom : Concept TV. Bien que difficilement repérable dans la foison du réseau câblé, la chaine a su fidéliser de nombreux fidèles convaincus qu’une autre information est possible.

L’enquête sur le calamar, l’immersion en Seine-et-Marne, les révélations sur Guillaume, les deux soirées municipales en direct de Fréjus : autant de reportages-référence qui ont posé les fondements de ce qu’il est désormais convenu d’appeler la Concept touch : fact-checking intransigeant, ponctualité, objectif de caméra propre, perche invisible.

Pour cette fois, et en partenariat avec begaudeau.info, l’équipe de Concept TV s’est rendue au Salon du livre, porte de Versailles, à 150 mètres du château. La problématique définie en conseil de rédaction avait été notée au Bic noir sur un petit carnet : En quoi réside la magie du Salon ? Pourquoi des milliers de francophones parfois étrangers s’y rendent chaque année pour honorer la littérature ? Où quand comment pourquoi ? Manger avant ou prendre un sandwich sur place ? Les réponses sont dans le reportage.

156 Commentaires

  1. je ramène à moi, j’essaie de me mettre à la place de ces gens. Je ne vais pas à des salons, mais imaginons que quelqu’un m’interroge à une sortie de magasin, ou de spectacle. Magasin je ne répondrais pas. Spectacle peut être que si. par exemple je suis allée récemment à un concert de musique classique (pianiste Alexandre Tharaud) qui m’a emballée. J’aurais pu répondre et dire mon enthousiasme (rapidement) à quelqu’un à la sortie. Imaginons que ce soit quelqu’un qui se moque des bourgeois qui aiment la musique classique, qui fasse un reportage, et qui passe la séquence où je suis à des copains qui se fendent la pêche à m’écouter enthousiasmée par Tharaud jouant Beethoven. je ne le saurais pas, donc je ne serais pas touchée. Si je l’apprenais, ça ne me toucherait pas je crois, je ne serais pas gênée de mon choix, face à des gens complètement différents de moi. Et j’imagine que la fille qui aime bien Pancol ne serait pas gênée de savoir que ça fait rire des gens qui trouvent que ces livres sont nuls. Elle peut se dire aussi à juste titre qu’il y a plus de gens qui trouvent Pancol très bien et toc.
    question: la différence entre ridicule et risible . Et qu’est ce qu’on ressent quand on se trouve dans une telle situation(à laquelle je pense qu’on ne peut échapper à un moment ou un autre)?
    Encore moi, ça dépend de qui, et de l’enjeu.Mais si j’essaie de préciser, je me rends compte que la question est bien plus vaste que ce que je pensais au départ. Et qu’elle touche des choses importantes. A réfléchir.

    • @patricia: Je reviens sur Pancol. Je pense qu’on ne rit pas des gens qui aiment Pancol, ni de Pancol et de ses faux seins, on rit de l’accumulation, de la répétition du Pancol.
      Je me mets à la place. D’abord je reste ahurie parce que je ne m’y attends pas, et puis si j’ai affaire à un type aussi insupportable je lui souris, je lui caresse la joue de la main gauche et de l’autre
      http://albertmontagne.blogspot.fr/2012/02/exposition-ai-weiwei-au-jeu-de-paume-un.html

      et je passe le micro à Dustan, tout va bien se passer.

      • salut Acratie, je suis d’accord avec toi : on ne rit pas des gens qui achètent un livre de Pancol ni de Pancol elle-même, simplement parce qu’on ne sait pas qui est Pancol (en tout cas shash et moi on ne savait pas), et effectivement on sourit plutôt de la mise en scène Pancol par la fine équipe, trop heureuse/joyeuse d’avoir attrapé dans ses filets 3 lecteurs d’un même auteur et de pouvoir en tirer un effet comico-magique (quelle conjonction extraordinaire !)

    • salut Patricia, je trouve très clair et intéressant que tu partes de toi et que tu t’imagines en situation d’interviewée et comment ça pourrait être exploité dans une vidéo, et comment tu pourrais réagir. une petite simulation perso bien intéressante
      en ce qui me concerne je n’ai pas eu besoin de m’imaginer dans une autre situation, je m’identifie pas mal à une ou deux des itwées : Mafalda d’abord, pour la coiffure et la conversation, sinon à la femme qui mange une tarte et n’achète pas de livres, parce qu’elle n’a pas de place chez elle, dit-elle, puis parce que les écrivains gagnent bien leur vie, ou gagnent mieux leur vie qu’elle (entre les lignes).
      moi je n’achète pas de livres parce que je peux lire tout ce que je veux en bibliothèque et parce que je déteste amasser des choses dans mon appart, les seuls livres que j’achète sont pour offrir, ce sont en général des livres que j’ai lus et appréciés et que j’ai envie de faire découvrir.
      je trouve que la question de l’achat ou non d’un livre envoie directement dans l’intimité des gens : poser la question « pourquoi vous n’achetez pas de livres ? » c’est interroger le rapport de la personne à l’argent, ses priorités dans la vie(ce qui est important/ce qui est accessoire pour elle : pour elle/pour moi, acheter un livre, c’est accessoire), ses représentations mentales.
      mais ça me renvoie une image de moi que je n’aime aps forcément : ne pas acheter de livres, ça fait radin, ça fait une personne qui n’est pas concernée par le mode de financement/les conditions d’existence de la culture. l’itwée n’est a priori pas dérangée par les questions de François, moi sitiste qui regarde la vidéo je le suis, par identification.
      pour autant ça ne me donne pas envie de modifier ma pratique, globalement non acheteuse. et une argumentation comme « si chaque personne achetait un seul (un seul !) bon livre par an, le secteur marchand de la littérature se porterait mieux » ne me touche absolument pas, toutes les causes développent ce genre de logique (1€/jour pendant 1 an pour financer ci ou ça).
      en revanche, s’il n’existait pas/plus de bibliothèques (énorme offre quasi-gratuite de livres), c’est-à-dire en l’absence de service public du livre/de la culture, je pense que je me mettrais à acheter des livres, et que des bons.
      conclusion : les bibliothèques devraient être interdites aux classes moyennes (et supérieures, quand elles empruntent), qui se reporteraient alors sur l’achat des livres face à l’impossibilité d’en emprunter, et le secteur marchand de la littérature s’en porterait mieux (vraiment je prêche contre mon intérêt).
      mais comme ma proposition a un caractère hautement autoritaire (l’interdiction de bibliothèque pour les classes moyennes), on l’oublie bien vite

      • @Helene: salut Patricia, je trouve très clair et intéressant que tu partes de toi et que tu t’imagines en situation d’interviewée et comment ça pourrait être exploité dans une vidéo, et comment tu pourrais réagir. une petite simulation perso bien intéressante
        et moi je l’ai fait dans le dismoi l’autre jour et tout le monde s’en gratouille l’anus et personne me fécilite
        décidément z’êtes vraiment pas sympas avec moi ici
        j’me rip

        • @shash: oui farpait’ment j’aime trop qu’on me fécilite
          ça vient d’une ancienne blessure une vraie

        • on en parlera quand tu posteras au bon endroit lol

        • @shash: sorry, je n’ai pas le temps tout de suite d’aller regarder en arrière le post où tu etc…
          ton « j me rip », ça m’amuse : mon père disait : « je me mure ».

          • @patricia: ou je me murge aussi

          • et Jérémy dit « ok je sors » mais il faut avoir fait une vanne avant je crois

    • @patricia: il me semble que lorsqu’un truc te fait vraiment plaize, tu t’en fous un peu du reste non?
      Dans son André Superstar, Stéphane Sansévérino chante
      L’élégance n’a d’importance que si l’on y pense un truc style/genre
      je crois qu’on y est un peu là-dedans dans ce type de chopage d’images/témoignages type micro-trottoir

      Après, Patricia, ça fait quand même plus d’une semaine maintenant que tu m’as filé rencard au café Le Brebant dans le 9e (le coup de Cathy et les seins figure de proue et tout et tout, j’ai décodé ouais) plus d’une semaine donc que je t’y attends chaque soir avec mon kway

      http://s3-media1.ak.yelpcdn.com/bphoto/RTap6Z11cQuJoSEEbTyGqA/l.jpg

  2. C’est très punk comme vidéo. Je me suis d’autant plus marré de par son cotés tragique.

    • je précise que je suis vos debats très pertinents, et posés pile là où il y a effectivement problème
      j’essaierai de prendre le temps de m’immiscer

    • @Pleutre: Tu vois du tragique facilement.

      • @Charles: Dis m’en plus.

        • @Pleutre: Où vois-tu du tragique dans cette vidéo?

          • @Charles: Dans l’opposition qu’il y a entre « salon du livre » et « littérature ».
            De la situation comico-grotesque partagée entre François et ses interlocuteurs passifs.
            De ces personnes qui m’ont touchés de par leurs interventions honnêtes, maladroites et retenu. Et de ne pas pouvoir m’empêcher de trouver ces gens un peu stupides, puisqu’à aucuns moments, dans ce laps de temps serte court ils ne se sont posés des questions sur le ton de François, puis sur eux-mêmes, et encore moins sur le salon du livre, par extention.

          • @Pleutre: Je trouve malgré tout le terme « tragique » un peu fort…

          • @Charles: Disons que c’est comme ça que je le ressens.

    • vidéo punk Pleutre
      je ne sais pas si c’est spécifiquement punk Pleutre mais j’ai été sensible à une sorte de vitesse/rythme soutenu dans cette vidéo, impulsée par François et ses réparties flèches

  3. Je trouve cette discussion très intéressante, elle pose pas mal de questions.
    Pour moi ce (faux ?) reportage a pour cible le salon du livre. Il utilise des gens qui sont venus au salon. Ces gens acceptent de répondre à un dispositif caméra + interviewer qui leur est présenté comme de la télé, donc destiné à être diffusé. Ils ne reconnaissent pas François Bégaudeau dans l’interviewer parce qu’ils ne le connaissent pas comme écrivain.L’interview a pour destinataire les gens qui verront le reportage, c’est à dire les sitistes du site de FB, et il n’y a aucun lien entre les uns et les autres :comme ils ne connaissent pas FB, les interviewés n’iront pas voir le site, ni les personnes qu’ils fréquentent. Les sitistes ne connaissent pas non plus ces gens, et on peut se dire que dans le cas contraire(peu imaginable) ils n’iraient pas les informer.Le comique est entre l’interviewer et les sitistes, lesquels , me semble-t-il, ne se moquent pas de ces gens personnellement, mais, à travers eux, du salon du livre. l’interviewer est toujours souriant, courtois et affiche même une complicité avec les interviewés, qui pendant l’interview , et, me semble-t-il, après,ne peuvent se sentir ridiculisés.L’interviewer , me semble-t-il, ne se moque pas d’eux, mais du salon du livre, vaste opération fourre tout essentiellement commerciale, où les gens viendront acheter un livre pour voir de près Valérie Trierweiler, ou pour avoir une signature et deux mots d’un auteur de livre : les gens qui s’intéressent à la littérature ne viendront pas, ils n’ont pas besoin de cette opération pour lire et acheter des livres. Mais dans la mesure où l’opération existe, les auteurs sont amenés à y être présents,pour favoriser les ventes et collaborer ainsi avec leur éditeur,parce qu’ils peuvent être curieux des réactions des gens à leur dernier ouvrage, parce que c’est une occasion de sortir de leur solitude et de leur réseau.Des lecteurs peuvent y venir pour satisfaire le désir de partager ne serait-ce qu’un petit moment avec un auteur qui compte pour eux,pour sortir de la solitude/frustration du lecteur qui parfois vit intensément la lecture d’un livre, et n’a pas le moyen de l’exprimer à l’auteur.
    Est-ce qu’on ne peut pas dire qu’on est dans un système qui ressemble aux faits divers : on va pour voir,et en voyant, pour en savoir un peu plus sur les gens.On peut y aller au premier degré, ou au deuxième degré,comme on achète closer ou on s’attarde devant l’affiche de closer pour pécher l’air de rien des informations.
    Par ce (faux?) reportage, les interviewés sont -ils manipulés? je dirais oui.Sont-ils, sans le savoir,consentants? oui .L’interview peut-elle troubler la lecture du livre qu’ils ont acheté?non. Le (faux?) reportage atteint-il son but? Oui, puisqu’il fait rire les sitistes. Est-ce un faux reportage? Oui pour les interviewés, non pour les sitistes. Est-ce que l’enjeu est important? L’enjeu du reportage, non. L’enjeu du thème, les livres? Trop vaste pour qu’on puisse répondre. la littérature?Les interviewés ne sont pas concernés.
    Bon je m’enlise.

    • j’aime bien que tu donnes ton propre point de vue sur le salon du livre : « L’interviewer , me semble-t-il, ne se moque pas d’eux, mais du salon du livre, vaste opération fourre tout essentiellement commerciale, où les gens viendront acheter un livre pour voir de près Valérie Trierweiler, ou pour avoir une signature et deux mots d’un auteur de livre : les gens qui s’intéressent à la littérature ne viendront pas, ils n’ont pas besoin de cette opération pour lire et acheter des livres. Mais dans la mesure où l’opération existe, les auteurs sont amenés à y être présents,pour favoriser les ventes et collaborer ainsi avec leur éditeur,parce qu’ils peuvent être curieux des réactions des gens à leur dernier ouvrage, parce que c’est une occasion de sortir de leur solitude et de leur réseau.Des lecteurs peuvent y venir pour satisfaire le désir de partager ne serait-ce qu’un petit moment avec un auteur qui compte pour eux,pour sortir de la solitude/frustration du lecteur qui parfois vit intensément la lecture d’un livre, et n’a pas le moyen de l’exprimer à l’auteur. »
      j’aime bien la solitude de l’écrivain (seul avec son réseau)et la solitude du lecteur (seul avec le livre)
      j’aime bien aussi ton rapprochement avec les faits divers, avec l’achat de « closer ». je crois qu’il y a aussi dans cette vidéo l’idée que si tous ces gens n’allaient pas au salon du livre, celui-ci n’aurait plus lieu, que si tous ces gens n’achetaient pas des livres médiocres, ces livres n’existeraient plus, on tient souvent ce genre de raisonnement à propos de la presse people : si plus personne n’achetait cette presse, elle n’existerait plus.
      c’est l’idée de la responsabilité individuelle des gens/lecteurs dans la permanence de l’existant/ de salons du livre/ de best-sellers
      si François pense ainsi, je comprends mieux qu’il s’autorise dans la vidéo parfois le foutage de gueule des gens fréquentant le salon du livre

  4. Merci François de matérialiser ce triste constat.
    Bien à vous.

    • ce « triste constat » qu’au salon du livre on cherche globalement en vain des gens intéressés par la littérature : pas de souci de la littérature au salon du livre.
      le film semble avoir été impulsé par l’idée de vouloir confronter cette idée à la réalité. et l’idée est confortée par les faits.
      mais elle partait gagnante cette idée : on est dans un salon « du livre » (format papier sur lequel peut se poser n’importe quoi), pas un salon « de la littérature » (matière noble déposée dans un livre)
      je pense qu’on aurait plus de chance de trouver de la littérature dans un « salon de la littérature », si un tel salon existait

  5. François, y aurait-il des gens à toi dans les interviewés ?
    depuis Camille Lotteau on se dit que ce qui parait être sur un doc n’est pas forcément ce qui est
    sinon « deux singes production » c’est quoi, ça fait quoi ?

  6. J’aime beaucoup la vidéo, elle est très réussie car très drôle. François, t’as quand même conscience que tu te fous ouvertement de la gueule des gens qui passaient au salon du livre et qui n’avaient rien demandé?
    Ne vois aucune agression dans cette question, c’est de la simple curiosité.

    • salut Charles, j’ai été aussi sensible au foutage de gueule et je pense que ça fait partie intégrante de la « démarche citoyenne » du doc : on va vers les citoyens, on les accroche, les interpelle, les écoute, rebondit, tente/réussit à décrocher des sourires, essaie de faire passer des messages citoyens, sans s’interdire le foutage de gueule, parce que la démarche citoyenne n’est pas une démarche alignée sur les bons sentiments

      • @Helene: pour toi la démarche d’une autre citoyenne alors, c’est au salon du mariage qu’elle sévit,
        http://www.canalplus.fr/c-divertissement/c-le-grand-journal/pid6831-connasse.html?vid=1001997

      • @Helene: Je ne comprends pas ce que tu veux dire Hélène.

        • moi non plus je ne me comprends pas
          en fait en relisant je m’aperçois que c’est le site qui est qualifié par François de contre-allée « citoyenne », pas le docu lui-même comme je l’ai écrit.
          mais on peut par extension dire du docu qu’il est à sa façon une initiative « citoyenne », puisque dans le film François va à la rencontre des gens et les sonde sur divers sujets à partir du lieu/de l’événement du salon du livre (quels livres achetés, pourquoi, pourquoi ne pas acheter de livres, ce que les gens pensent du salon parfois, des échanges avec des participants au salon).
          c’est bien sûr un peu trop sérieux de passer ce docu principalement pour un exercice citoyen, comme le sont les docus du collectif Othon. ici François et les gens qui participent au docu se marrent, viennent pour se marrer, trouvent ce qu’ils craignaient trouver (des gens qui achètent des livres parce qu’ils sont des best-sellers, des gens qui achètent des livres parce que l’auteur a l’air gentil, parce qu’ils connaissent l’auteur, des gens qui n’achètent pas de livres, des gens qui achètent des livres de gens qui ne sont pas des écrivains…), trouvent ce qu’ils n’attendaient pas parfois (la femme d’origine ouvrière qui organise des brunchs littéraires, l’homme qui a écrit 3 lignes, l’homme qui a repéré plus de littérature étrangère cette année)- fin du point sur ma qualification du film de « démarche citoyenne ».
          ton incompréhension portait peut-être/peut-être aussi sur le fait que je rapproche démarche citoyenne et foutage de gueule : tu ne vois pas quel rapport il peut y avoir entre les deux. mon idée c’était que dans une démarche citoyenne on est sérieux (c’est sérieux la citoyenneté, la politique), on respecte son interlocuteur, ce qu’il a à dire, même si on n’est pas d’accord. François le fait ici (par exemple il laisse largement s’exprimer le supporter de NKM)mais aussi se fout pas mal de la gueule des gens (par exemple de celui qui s’est photographié avec des célébrités étrangères à la littérature). je me disais que si on a une démarche citoyenne on ne se fout pas des gens interviewés, des gens simples souvent, qui ne se rendent même pas compte du foutage de gueule. mais comme ce n’est pas une démarche citoyenne pur jus (citoyen seulement dans la mesure où on va sur le terrain, où on teste comment se vit le livre/la littérature chez le tout venant, où on essaie d’argumenter parfois simplement pour la littérature, pour l’achat des livres, contre un financement privé des livres), il y a la place pour l’impertinence. j’espère que tu comprends mieux, sinon j’aurais trop parlé pour rien

    • @Helene: @Charles: Si c’est du foutage de gueule et si ce foutage de gueule me fait rire c’est que, comme toi Charles, j’adhère à l’idée que ce foutage de gueule est drôle. Et comme c’est pas bien de se moquer, alors pourquoi je ne suis pas gênée ? D’abord parce qu’à aucun moment celui qui est interviewé n’est plus ridicule que l’animateur lui-même. Ensuite parce que celui-ci tend sans arrêt des perches afin de créer une connivence par l’humour, par l’absurde, par l’exagération quand il ne reste plus que cette solution pour que l’interlocuteur ne le prenne pas au sérieux : il speed le mec handicapé, il a couché avec Pancol en 1996, il adoube en littérature Royal et NKM, traite Hidalgo de pute, rencontre Régine reine de la nuit, il adore les livres de Mireille Darc, déteste les fringues de Michel Delpech, il adore les enfants casse-couilles… Même si les personnes semblent déconcertées elles ne sont pas laissées en dehors du jeu, elles peuvent participer au rire, au jeu, par la connivence ou même l’autodérision. Donc voilà, je crois que quand ça marche comme ça c’est de l’humour, ça peut être un peu cassant, ironique, ce n’est pas moqueur. Ce n’est pas un méchant foutage de gueule.

      • @Acratie: Je trouve au contraire que c’est un méchant foutage de gueule, c’est sans doute pour cela que c’est aussi drôle. L’animateur n’est pas ridicule puisqu’il est dans le second degré, l’exagération volontaire. Le ridicule a pour condition nécessaire la sincérité ou le premier degré, on ne peut être ridicule quand on fait clairement signe au spectateur qu’on ne pense pas ce qu’on dit.
        Les interviewés n’ont pas l’air de percevoir l’ironie de François, ils sont pris au dépourvu et ne s’imaginent sans doute pas qu’un mec puisse venir au salon du livre pour se moquer sans au préalable indiquer qu’ils sont là pour se moquer (contrairement aux reportages canal plus type petit journal ou le supplément). Ils parlent très honnêtement, ou tout du moins c’est l’image qu’ils renvoient, et sincèrement des livres qu’ils ont achetés. François le perçoit bien et se sert de cette vulnérabilité pour faire de l’humour.
        Quand il dit au dernier un peu chelou qu’Hidalgo est une pute, il ne lui permet pas d’entrer son jeu, si ce n’est à son corps défendant. Au moment où François dit qu’Hidalgo est une pute, il est déjà acquis que l’interviewé n’est pas là pour rigoler, qu’il est très sérieux et qu’il est imperméable à l’ironie qu’on lui soumet.

        • @Acratie: Autre exemple : quand François dit à celui qui s’est pris en photo avec Delpech « Bernard Werber, immense écrivain », penses-tu vraiment que l’interviewé est mis en situation d’entrer dans le jeu de François? Non, François fait cette vanne pour nous, spectateur, contre l’interviewé.

        • @Charles: Je ne reçois pas ce film comme toi. Je ne me reconnais pas de complicité particulière avec le reporter, je regarde un spectacle. Ce reporter qui n’en est pas un, c’est Bégaudeau et ce n’est pas Bégaudeau, c’est Bégaudeau qui se moque de la télé, parle du commerce des livres et c’est aussi un acteur qui improvise son rôle avec des inconnus, pour se marrer et faire marrer, y compris les inconnus en question. L’outrance qu’il y a dans ses propos annule je trouve ce que tu présentes comme l’utilisation de la vulnérabilité. Mais ça reste une impro, donc bien sûr on peut toujours trouver des scènes plus risquées, plus limites que d’autres, pour moi ce serait la scène Oscar Wilde parce que la personne n’accroche pas à l’humour et que le reporter semble à court de réparti quand elle répond qu’elle a acheté le livre parce qu’il n’était pas cher. Mais par ailleurs, je suppose que si les gens ont donné leur accord pour la diffusion du film, c’est bien qu’ils ne sentent pas humiliés et qu’ils rient eux-mêmes du résultat.

          • @Acratie: Ce n’est pas parce qu’ils ont donné leur accord qu’ils ont compris qu’on se foutait de leur gueule, ni qu’ils ont ri. Je ne pense pas qu’ils se soient senti humiliés non plus mais ils n’ont probablement pas compris qu’on riait à leurs dépens.

          • @charles: Nos routes à nouveau se séparent. Tu écris Ce n’est pas parce qu’ils ont donné leur accord qu’ils ont compris qu’on se foutait de leur gueule.
            Tu sous-entends que le projet du film c’est de se foutre de la gueule ? Ou bien que le foutage de gueule est indissociable de ce genre d’exercice ?
            Moi je pense que dans un tel exercice le foutage de gueule est accidentel mais qu’il n’est pas le but, alors, si la personne a de l’humour elle comprend le dérapage et ne s’en offusque pas. Je vois ça comme un acteur qui accepterait un rôle de nazi pour un film qui ferait l’éloge de la résistance et refuserait un rôle de résistant dans un film qui ferait l’éloge du nazisme.
            D’autre part, supposer que les gens ont donné leur accord sans comprendre, ça pose problème quand même, parce qu’il faut bien qu’il aient leurs raisons pour consentir. Le pouvoir de la télé sans doute mais pourquoi pas penser qu’ils s’en foutent de ne pas être à leur avantage, ou que ça les fait marrer de participer à un film qui se moque de la télé, des animateurs, des salons, du commerce, y compris si on ironise un peu aussi sur les participants.
            Et puis je suis certaine que si toi ou moi on avait fait partie du panel on se serait retrouvés dans le jeu comme des cons (moi c’est sûre en tous cas, totale ahurie), alors, après, on aurait décidé quoi ? on garde ou on coupe ?

          • @Acratie: question : que représente exactement « donner son accord »?Simplement ici par ex que l’interviewer demande, sans autre précision : « vous êtes d’accord pour que cette séquence passe sur la chaîne? ».
            Ou plus poussé, signature d’un document comportant des éléments officiels (la chaine, l’émission…?)
            Autre?
            Ou rép

          • @patricia: ce serait intéressant en effet de savoir si la seule information était celle donnée en amont par le reporter, c’est à dire que les interviews étaient réalisées pour Concept TV ; ou bien si après la scène quelqu’un expliquait aux personnes concernées que c’était une parodie de TV pour le site Bégaudeau.info.

            De toutes façons le droit à l’image permet à toute personne de s’opposer – quelle que soit la nature du support utilisé – à la reproduction et à la diffusion, sans son autorisation expresse, de son image.

            Mais là il me semble qu’on est dans le cas où lorsque la capture de l’image d’une personne a été accomplie au vu et au su de l’intéressée sans qu’elle s’y soit opposée alors qu’elle était en mesure de le faire, le consentement de celle-ci est présumé.
            Ce qui semble signifier qu’on peut faire n’importe quoi.

          • @Acratie: Je pense que François savait pertinemment, avant le reportage, qu’on ne parle pas littérature au salon du livre, que les badauds qui y traînent sont motivés par bien d’autres intérêts que celui du texte. Il a donc décidé de le montrer à sa façon : plutôt qu’une diatribe rageuse (pardon pour le pléonasme) dans libé, une vidéo humoristique qui lui permet de ne pas poser l’intellectuel tragique. Le medium est plus large, moins rigide, autorise de l’imprévu, de la vie.

          • à propos du repérage de foutage de gueules d’itwés par François dans le film :
            je suis assez d’accord avec ce que dit Acratie : « Moi je pense que dans un tel exercice le foutage de gueule est accidentel mais qu’il n’est pas le but, alors, si la personne a de l’humour elle comprend le dérapage et ne s’en offusque pas. »
            le foutage de gueule, dérapage bénin de la part de l’animateur, et peut-être occasion de tester la capacité d’auto-dérision des itwés (c’est quand même dur l’auto-dérision, faut être de bon poil)
            pour Charles on dirait que le foutage de gueule n’est pas « accidentel » mais s’assume, est en soi une forme d’humour, et la vidéo qui ne se l’interdit pas (pas de coupures au montage) fait passer le message d’une façon plus originale et vivante qu’un article dans la presse : « plutôt qu’une diatribe rageuse (pardon pour le pléonasme) dans libé, une vidéo humoristique qui lui permet de ne pas poser l’intellectuel tragique. Le medium est plus large, moins rigide, autorise de l’imprévu, de la vie. »
            le foutage de gueule, c’est de l’humour

          • @Acratie: Je suis d’accord, entre autres, avec cette dimension d’acteur. Encore une fois, indépendamment de toute considération morale, on a un exercice d’improvisation qui n’est pas évident, qui consiste à rebondir à partir de situations. Dans le détail, on peut segmenter ce jeu en postures, mimiques, intonations, mots/expressions utilisés.

          • @Charles: « plutôt qu’une diatribe rageuse (pardon pour le pléonasme) dans libé, une vidéo humoristique qui lui permet de ne pas poser l’intellectuel tragique. Le medium est plus large, moins rigide, autorise de l’imprévu, de la vie. » : entièrement d’accord.

  7. Ah ce fameux « Mafalda, bonjour »…

  8. Un décor de 55000 m2, 4500 auteurs et plusieurs milliers de figurants pour un reportage de 23 minutes, seul Concept TV pouvait avoir cette audace.
    Une telle débauche de moyens ne donne pas droit à l’erreur mais le reporter ne semble pas pour autant traqueur. Conscient de sa mission il sait qu’il ne suffit pas tendre un micro en bon professionnel, encore faut-il le tendre avec courage et compassion à ces lecteurs désorientés ou vaincus par le matraquage médiatico-commercial. Courage, oui, car la lectrice abordée par hasard au détour d’une allée ignore que chaque livre de Pancol émergeant des profondeurs du plastique est comme un poignard dégainé d’un fourreau dont la lame effilée entaille le coeur de l’homme. Compassion, oui, car il en faut lorsque malgré l’adversité on s’engage dans une une mission qui, bien au-delà d’informer, veut dessiner les contours d’une nouvelle image de la réalité de la vie des vrais gens – femmes, père de famille, handicapé, pas encore écrivains – sans concession ni parti-pris idéologique. Ainsi, par ses questions dont l’intensité croissante n’a d’égale que la pertinence de celui à qui l’âme humaine a déjà livré tous ses secrets selon Mireille Dumas, le reporter dresse des portraits de nos contemporains à un moment très précis et parfois peut-être à un tournant symbolique de leur existence : le choix d’un livre.

    Face à une concurrence cynique ou médiocre émerge ici, sincère et bouleversante, une nouvelle télévision qui se donne les moyens d’une authentique humanité car elle n’oublie pas de nous faire sourire à l’occasion. Même si parfois le sourire tend à la grimace car la souffrance sociale n’est jamais loin quoique bien vécue comme en témoigne ces deux jeunes stagiaires à 400 euros environ. Et si la langue est parfois malmenée, elle est au service d’une vérité empreinte d’une si méchante drôlerie qu’elle nous submerge d’un bonheur simple. Tout en nuances et obsédé par le temps qui passe, ce reportage réussit habilement à préserver le spectateur en évitant le pathos car, comme le disait si justement Schopenhauer il me semble, la pleine conscience de la souffrance du monde nous rendrait toute vie impossible.

  9. Parc’que mois de mai et ses ponts si chers à Sophie de menthon
    et conseils-bifurcations de Bison Potache,
    il sera toujours possible de quitter l’autoroute, en rab de cette incroyable vidéo commite par les 2singesproductions, et de se l’enfiler douce via
    http://begaudeau.info/2011/08/16/anti-lecon-de-francois-begaudeau-a-la-sorbonne/

  10. Bravo à Concept TV et au canal 132 !Bravo au présentateur,il était bien à l’écoute,j’étais à l’aise.Je ne voulais pas répondre mais mon fils Clintist m’a dit maman vas y tu vas passer à la télé. Finalement j’étais contente. Il a eu l’air un peu déçu, le présentateur,que je n’aie pas acheté de livres,mais j’ai déjà tous les Match que ma voisine me passe,je n’ai pas que ça à faire. Juste après moi il y avait une dame,si j’ai bien compris ils font des goûters où ils lisent des livres : dommage,le prochain c’est le 17 mai,et j’ai justement mon fils à emmener au judo, il passe sa ceinture jaune. Il a 8 ans, il se débrouille bien, le prof a dit qu’il pouvait l’avoir. Vivement l’année prochaine, le salon du livre 2015 !J’ai appris que Paul, Paul,oui la boulangerie ,il y en a dans les gares et tout,il a soumissionné pour assurer la vente de viennoiserie : j’espère qu’il sera choisi, parce que cette année,les tartelettes, c’était infect.Moi mon fils avait faim, je lui en ai acheté une, 3 euros 50, quand même,on se mouche pas du pied au salon du livre,hé bien il ne l’a pas finie.Je lui ai dit Clintist, si c’est pas bon faut pas la manger, tu vas encore être malade .J’ai d’ailleurs mis un mot dans l’urne de satisfaction à la sortie.C’est vrai quoi.J’en ai profité pour prendre les prospectus sur les prochains salons. J’attends celui sur les cuisines, l’an dernier c’était magique, surtout les plaques de cuisson, il y en avait de toutes les couleurs. Pour l’instant ma cuisinière tient,mais quand elle me lâchera, j’ai déjà des idées.Je sais pas quand ça va passer,je vais demander à ma voisine de surveiller les programmes, elle elle lit tout.

  11. J’ai retrouvé le lien donné par Fabrice Charleuf : http://tvs-latelesociale.fr/index.php/videos/137-mission-handicap-sncf. Il fallait que cela fût fait.

  12. Ce que je retiens de cette promenade littéraire : des fans de Pancol, un sosie krasuckien (énorme, vous l’avez casté ?), Cinquante nuances de (Denise) Grey, une gamine chiante, un écrivain en trois lignes, des stagiaires sous-exploités, etc. On arrose tout ça de citron, parce que le piquant c’est très bien. Merci Claire et François.

  13. merci !

  14. Bon bah en un mot : plié. Il sera toujours temps de commenter après.

Laisser un commentaire