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On est en démocratie ! enfin gratuit.

En mars 2008, Dominique Voynet est élue maire de Montreuil, ville dirigée par le PC depuis l’après guerre, et  notamment par Jean-Pierre Bard depuis 1984.

Comme certains membres du collectif Othon connaissent Voynet, nous lui demandons en 2008 si elle accepterait d’être filmée pendant les premiers mois de son mandat. Elle accepte volontiers.

A ce moment nous ne savons pas vers quel sujet le documentaire s’orientera. Il est seulement hors de question de chroniquer un affrontement municipal et politicard. Serge Moati et des dizaines d’autres le font tellement bien.

Le sujet, on va le trouver à l’écart de cette guerre, dans le Montreuil populaire. Ce qui n’empêche que le film restitue incidemment une certaine ambiance montreuilloise, et éclaire sous un certain jour le récent jeter d’éponge de Voynet.

C’est une des raisons qui nous décide à mettre aujourd’hui en ligne On est en démocratie !, tourné et monté sans aucun soutien financier. La vraie raison étant qu’il ne sera probablement plus projeté plus nulle part.

A ce jour, 2000 personnes l’ont vu, hypothèse haute. Avec cette mise en ligne, nous espérons raisonnablement doubler le chiffre.

Prévenons tout de même les journalistes égarés sur ce site que ce docu dure 1h45. Eu égard à la durée moyenne d’attention qu’ils accordent à une œuvre, ils vont donc en rater 1h42. Nous nous en excusons d’avance.

 

61 Commentaires

  1. Beau documentaire, qui filme au ras du réel la difficulté d’une mise en actes de la démocratie participative. Dans les interstices se glisse l’humeur joyeuse du collectif (scènes beaucoup plus courtes que dans « Conte de Cergy »). Je bloque toujours sur Dominique Voynet, bien que je reconnaisse l’intelligence de ce qu’elle dit, notamment sur le fonctionnement du conseil municipal ou sur l’implication des gens dans la vie d’une cité :

    « On a fait très attention à parler de façon simple. Les séances
    durent parfois très longtemps. […] Pour la personne qu
    regarde, c’est compliqué à suivre. […] C’est une pièce de théâtre
    qui plaît aux acteurs ».

    « Il faut qu’on invente sur des grand projets comme
    ça une façon de les rendre humains. Pleins de gens n’ont pas la
    culture de lire des cartes, lire des zonages. Il faut que ça devienne
    vivant »

    Mais je ne sais pas, je la trouve quelque peu à distance. Effectivement, le micro-geste de dépit que suscite l’attitude de l’enfant est assez révélateur. Il y a malgré elle une forme de distanciation, parce que si elle analyse bien les enjeux de cette démocratie participative, on dirait que quelque part son corps n’y adhère pas.

  2. Je vais encore t’interroger sur le même sujet, mais c’est quelque chose qui m’intéresse : projets d’urbanisme, élections municipales, changement d’équipe, ancienne balayée,une nouvelle arrive. Le plus souvent, remise en question des anciens projets(ce qui fait que dans les derniers mois avant une élection, tout est gelé ou presque) : alors, dans ton travail, comment se vit cette période? Est-ce que votre niveau d’intervention vous met à l’abri d’annulations de projets? Est-ce que votre entente avec l’ancienne liste vous rend suspects?
    Bien sûr, tu ne peux pas révéler des situations précises, mais j’aimerais comprendre comment professionnellement vous gérez ça.
    Et un nouveau documentaire des Othon sur le nouveau Montreuil ,ce serait passionnant !

    • @patricia: Salut. Oui, tu vois juste. Les projets ont une grosse tendance à se mettre en stand-by environ 6 mois avant les élections, sauf sur des projets mineurs où les élus ne jouent pas leurs mandats, et encore. Donc, non, le « niveau d’intervention » des urbanistes (j’imagine que tu veux dire qu’on est en amont des réflexions?) ne nous met pas à l’abris des remous politiques, et même au contraire. L’urbanisme est aujourd’hui le fer de lance de la politique municipale et probablement la compétence (au sens juridique) la plus puissante qui reste encore dans les mains des maires. En clair, ils jouent souvent leur mandat là-dessus et flippe grave quand arrive les élections, donc ils bloquent toute nouvelle prise de décision. Ensuite, quand les élections sont passées, il y a deux cas de figures : soit la même tête est réélue et on reprend le boulot, parfois avec quelques réorientations, soit on a changé de bord et c’est plus compliqué. Dans certains projets ou l’urbaniste est clairement positionné politiquement (voire encarté) il y a de grandes chances qu’on ne continue pas le projet avec lui après les élections. Si l’urbaniste n’est pas clairement engagé politiquement alors cela dépendra des cas, du nouveau maire, du projet, de la criticité du projet dans la stratégie du nouveau maire, etc. J’espère que ça répond à tes questions.

      • @Max: oui, merci !
         » L’urbanisme est aujourd’hui le fer de lance de la politique municipale et probablement la compétence (au sens juridique) la plus puissante qui reste encore dans les mains des maires » :je ne le pensais pas. Et ça éclaire la distribution des mandats d’adjoints dans la ville que je fréquente.
        J’aurais plutôt dit la sécurité, avec l’importance grandissante des polices municipales. Mais probablement que l’urbanisme chapeaute les autres domaines : ici par exemple un développement forcené de constructions nouvelles, en particulier de logements pour classe moyenne +, gens qui travaillent à deux et qui peuvent assumer un loyer assez important : en grande partie votant à droite ou centre droit : l’équipe en place est tranquille pour un moment .Et les quartiers populaires ,de plus en plus minoritaires,devront se contenter des dispositifs de paix sociale.

  3. si ça se gâte trop, moi j’ai une entrée à la NRA : tu peux tout nous dire Max .

  4. @Hélène : juste un petit mot,(pas le temps tout de suite de faire plus) : je me suis sans doute mal expliquée sur Voynet : pour moi les qualités l’emportent largement sur les faiblesses, elle reste pour moi, pour la période où je l’ai connue, et j’ai dit que je la retrouvais là, la personnalité politique qui m’a le plus…comment dire…convenu? satisfaite intellectuellement? j’ai adhéré à son comportement et sa pratique, quand je suis entrée chez les Verts c’est en grande partie parce qu’il y avait quelqu’un comme elle.
    Mais ce qu’on peut pointer, ce sont des éléments de faiblesse qui peuvent en partie expliquer la suite.
    excuse moi je vais vite mais c’est important pour moi d’être claire là dessus.

  5. WAHOU ! Passionnant ! et pointu !
    D’abord Je dois préciser d’où je parle : Je suis moi-même urbaniste à Paris, j’ai bossé plusieurs fois sur des projets à Montreuil dont celui qui fait l’objet du coeur du docu (mais c’était il y a longtemps, aux prémices du projet urbain). Je suis du coté archi, donc pas celui de Ville Ouverte qui fait la concertation, mais du coté de ceux qui conçoivent le projet. Comme on le voit dans le docu, cela prend à peu près la forme de plans, de photos, et de perpectives, parfois de maquettes… J’ai aussi bossé un été à l’office HLM de Montreuil. Bref, je connais le dossier assez bien.

    Il y aurait tellement à dire… D’abord je voudrais souligner que je trouve que les urbanistes sont présentés de façon plus qu’honorables, et que j’ai assez apprécié ;-). Au travers de la représentante de Ville Ouverte (que je ne connaissais pas), ils apparaissent comme gens des qui essaient de faire du mieux qu’ils peuvent tout en connaissant les limites du système et en essayant sans cesse de le faire évoluer pour le mieux. Et c’est aussi l’impression que j’ai du milieu professionnel. Bon, la critique qu’on pourrait faire, mais inhérente au genre documentaire et non à celui-ci en particulier, est qu’il ne s’agit que d’un exemple parmi d’autre. Sans doute pourrait-on trouver des urbanistes complètement autistes de la situation locale… Mais aujourd’hui ils sont très rares.

    Ensuite, sur le fond, l’un des points que montre largement le documentaire est la déconnexion entre les mecs qui ont fait les plans dans des bureaux loin du quartier et ceux qui doivent venir les « concerter » avec les habitants et les associations locales. De mon expérience, qui en vaut une autre, c’est plutôt vrai tout en étant un peu faux. Je m’explique par l’exemple : sur le projet du docu (Bel Air) il faut savoir que le projet urbain a commencé à être conçu il y a presque 10 ans déjà (c’est vers cette époque que j’avais été amené à bosser dessus, en stage). Je n’ai pas suivi tout le projet depuis, mais s’il a suivi un cours normal de processus de fabrication, il y a du y avoir un nombre d’aller -retour assez important entre les phase de conception, et les phases de concertations que l’on voit dans le docu. C’est la manière de faire assez classique du projet urbain. Cela permet normalement d’éviter le syndrome du projet autoritaire et les problèmes électoraux qui vont avec. Souvent même les urbanistes concepteurs (comme moi) viennent présenter eux-mêmes le projet aux habitants. Et cela le documentaire ne le montre pas. Mais il est aussi vrai que ce n’est pas toujours le cas et que la concertation est parfois à part, après, et c’est dommage.
    Là il est tard donc je vais rester sur ces deux remarques pour ce soir, mais en tout cas je pense que ce docu mériterait de passer dans les instituts d’urbanisme, si ce n’est déjà fait.

    • @Max: passionnant pour nous, votre entrée dans la conversation ! Occasion de mieux comprendre les différentes étapes d’un tel projet : urbanistes-archi-conception/Ville ouverte-concertation . Et leurs rapports avec les politiques. La question du temps encore : si je comprends bien, la conception a été commandée par la municipalité précédente,et la concertation se fait avec la dernière : comment se fait le passage d’une équipe municipale à une autre, avec alternance,pour les concepteurs d’un projet d’urbanisme? Est-ce que les différences de partis politiques se retrouvent de façon importante à propos d’un projet d’urbanisme, au point de le modifier complètement? Est-ce que la feuille de route initiale se maintient par contrat,ou est modifiable (sans coût exorbitant)?
      Quelle est la véritable marge de manoeuvre de la population qui participe à la concertation?
      Est-ce que la formation et les protocoles des urbanistes qui travaillent dans leur bureau prennent en compte l’étape de « démocratie participative »,ou sont-ils complètement indépendants? Dans ce dernier cas, qui se chargerait de gérer et mettre en oeuvre la « marge de manoeuvre? Les politiques?

      • Merci Patricia. Je trouve que par rapport à pas mal de tes questions le documentaire aborde justement les choses très finement et en montrant bien toute la complexité du concret. Et je suis un peu gêné, sans y être invité par François ou le collectif, de poser une sorte de cadre théorique qui réduit les sujets abordés par le documentaire à un résumé de théorie urbaine. Sans compter le fait que je ne suis qu’un urbaniste parmi d’autres.
        Sur la marge de manoeuvre par exemple, on voit assez bien dans le docu comment ça se passe dans la réalité. Il y a eu un projet, il est envoyé en concertation et à un moment, sur un point particulier du projet, la spécialiste de la concertation dit un truc comme « sur ce sujet là, on a fait remonter les conclusions aux archis et ça a fait basculer le centre de gravité du projet ». ça, ça veut dire qu’il y a du y avoir des modifs aux projets, probablement pas énorme, mais pour les habitants ça peut être important. A l’inverse, on voit un gosse défendre l’inutilité de son expropriation pour faire passer une rue et l’urbaniste essayer de le convaincre du bien fondé de ce choix. Clairement sur ce sujet là, on sent qu’il n’y a plus de marge de manoeuvre. Il a été décidé que cette rue était importante pour le projet (et de fait, je participais déjà à la dessiner il y a 8 ans), et là-dessus sa mission est de convaincre.
        Et succintement sur tes questions techniques : oui, le projet a été initié sous la précédente mandature, et même selon une loi et une procédure qui vient de Borloo en 2004. C’est l’agence Nationale de Rénovation Urbaine (l’ANRU, créée par cette loi) qui a initié tout ça et passe des conventions entre les villes, l’Etat, la région, etc. pour réaliser des projets de rénovation dans les ZUS. On appelle ça les projets ANRU, il y en a eu un nombre fixe (500 environ de mémoire, peut-être plus). C’était une assez bonne opportunité pour les villes de faire bouger les bailleurs sociaux (mais aussi de détruire des logements, d’où thraumatisme). Il y a plein de théorie sur la rénovation urbaine et sur l’action de l’ANRU en particulier, mais une des grandes critiques récurrentes, que fait d’ailleurs Voynet dans le docu, c’est que les projets ANRU ne comportaient pas de volet social, lequel était sous la compétence d’une autre action gouvernementale. D’où quelques gros problèmes au niveau local. Toutes ces relations entre habitants, élus, bailleurs, état, etc. dont je trouve qu’ils sont montrés très finement dans le docu, sont ce qu’on appelle dans le jargon « le jeu d’acteurs ». C’est l’un des grands sujets de l’urbanisme contemporain, en lien avec la décentralisation évidemment. Bref pour revenir à ta question, Voynet a effectivement hérité du projet, même si elle l’a probablement modifié en partie. Tout dépend du contexte local, que l’on voit justement très bien dans le documentaire. Encore une fois, j’espère que François et le collectif ne m’en voudront pas de ces commentaires…

        • désolé pour le gras ! j’ai mis des balises >b< en pensant que ça allait à la ligne. Si le webmaster peut les enlever, je lui en serai éternellement reconnaissant 😉

          • @Max: Pardon, ta demande m’avait échappé.

        • @Max: merci,merci, tu nous apprends beaucoup.C’est une des qualités de ce documentaire, de montrer et de nous rendre d’autant plus curieux.

        • @Max: Encore une question sur la formation des différents acteurs :urbaniste c’est une spécialisation d’archi? en fin d’études ou formation rapidement spécifique? est ce que la formation est unique, ou il y a plusieurs voies pour arriver à la profession d’urbaniste ? Est ce qu’au niveau de cette profession il y a des différences importantes en fonction des opinions politiques?
          Il me semble qu’au niveau de la concertation les formations et les voies peuvent être plus variées, avec un composante politique plus importante ?
          Quels sont les rapports entre ces deux niveaux de profession? Est ce qu’il y a une hiérarchie?Si oui, vécue en tension ou collaboration dynamique? je suppose que ça doit dépendre en grande partie des gens concernés, mais dans les professions il y a des fonctionnements ,des « positionnements » habituels.
          Et les rapports avec les élus? pas forcément facile entre les professionnels, qui ont les compétences, et les décideurs,qui ne les ont pas. Pas facile, la démocratie, des deux côtés.
          Une question qui se transforme en plusieurs ! C’est passionnant de mettre son nez dans un domaine professionnel.

        • On t’en veut pas du tout de ces commentaires précieux
          Le film ne voulait pas entrer trop dans le détail de ce projet-ci. Ce qui nous intéressait, c’était de le prendre comme exemple parmi d’autres de processus de consultation. La petitesse de celui-ci étant aussi, pour nous, une aubaine : à 20 c’est comme le participatif réduit à sa quintessence.

          • Merci François. Merci Patricia. Je te renvoie au Que sais-je ? « l’urbanisme » qui est très bien fait et sur le site de la société française des urbanistes (qui est moins bien fait).
            Et je te donne quand même ma vision des choses en quelques mots :
            L’urbanisme, c’est très très large, on peut y arriver par l’architecture effectivement, mais aussi par la sociologie, les sciences politiques ou la géographie (ce sont plutôt ces voies qui mènent à la concertation), ou encore par l’ingénierie.
            En général les urbanistes ont bac +5(voire deux bac+5), mais comme le titre d’urbaniste n’est pas protégé, tu peux mettre ta plaque « urbaniste » devant chez toi même si tu n’as pas le brevet.

            Et ça regroupe plein de métiers. On trouve des urbanistes dans les collectivités ou établissements publics (villes, Office HLM par exemple), dans les bureaux d’études qui participent à la conception des projets (comme Gwenaelle dans la concertation, ou moi en conception pure) et aussi chez des promoteurs ou investisseurs (mais sur de très grosses opérations sinon ils font sans urbanistes et c’est une catastrophe…).

            C’est vrai que l’urbanisme en tant que métier pose plein de questions politiques. D’après mon expérience non représentative, aujourd’hui j’ai l’impression que la plupart des urbanistes qui bossent en conception sont à gauche. De leur coté les urbanistes qui bossent en collectivité sont évidemment impliqués dans une politique qui dépend de leurs élus. Mais eux peuvent être d’un autre bord bien sûr.
            Le rapport aux élus est effectivement parfois compliqué, de mon point de vue surtout avec les élus de droite. (ça demanderait un développement mais pas le temps là.)

            Non, il n’y a pas réellement de rapport hiérarchique entre les gens qui font la concertation et ceux qui conçoivent à proprement parler. Au regard de l’histoire certes les grands noms qui restent sont souvent les noms des architectes. A mon avis, cela vient du fait que la concertation est une discipline encore plus jeune que l’urbanisme lui-même. tout ça est en train de s’inventer.
            Car même si on a besoin de mecs pour dessiner les villes depuis 5000 ans, l’urbanisme s’est affirmée comme une discipline à part entière à partir de la fin du XIXème siècle, donc toute jeune.
            J’espère que ça répond à tes questions.

          • « Le rapport aux élus est effectivement parfois compliqué, de mon point de vue surtout avec les élus de droite. (ça demanderait un développement mais pas le temps là) »
            Rien d’urgent, mais serai bien content que tu prennes le temps quand tu pourras

          • @François Bégaudeau: Je réponds ici à ton conseil de visionner du Rohmer. J’ai pu enfin voir l’Ami de mon amie et l’Arbre, le Maire et la médiathèque.
            Autant la référence à l’urbanisme pour l’Arbre est évidente autant pour l’Ami de mon amie c’est plus indirect, mais effectivement, on voit bien la mise en place des lieux. Il filme les points de repères, les insère dans les dialogues, on comprend assez bien où on se trouve et effectivement ça joue sur le propos sociologisant du film.
            J’ai pu relever quelques constats placés sur les villes nouvelles dans les premiers dialogues de l’Ami de mon amie :
            1. Ce sont des lieux où l’on cherche à s’occuper « as-tu des amis ici ? », « tu vas à la piscine? ».
            2. qui sont habités par une classe moyenne assez homogène « C’est une belle situation ! » « La tienne n’est pas mal non plus » « ah ah ah » et tout le monde va à Roland-Garros.
            3. ou l’on est assez coincé « c’est pas ici que tu te feras aborder » « C’est le seul mec baisable du coin »
            Mais ces personnages finissent (Spoiler) par se libérer assez pour finalement littéralement échanger leurs relations, le tout sans jamais perdre de vue l’importance des lieux : la base de loisir, les rues piétonnes, la gare.
            Au final, je ne sais pas trop quoi en conclure. Est-ce que Rohmer pense que les villes nouvelles libèrent les moeurs ? bof ? Est-ce qu’au contraire il montre l’éternelle complexité des relations amoureuses, même dans des lieux et dans des sociétés peusdo-nouvelles ?Plutôt oui ?
            Je n’ai pas encore vu le docu sur Cergy (qui a l’air intéressant) mais ça tend à mettre Rohmer dans le camp des urbanistes qui pensent que la ville, sa forme et sa structure produisent la société davantage que l’inverse. Et le fait que Rohmer, dans les années 70-80 pensait ça est finalement peu étonnant. C’était le point de vue dominant dans l’urbanisme de l’époque.
            En tout cas, ce pourrait être intéressant de refaire un film à Cergy aujourd’hui, pour étudier/montrer l’évolution.

            Au delà de ça, le discours sur la politique urbaine et rurale m’a paru assez en avance dans l’Arbre ! La tirade de Luchini au début du film est géniale. Elle dépasse même pour moi la tirade de Poelvoorde dans C’est arrivé près de chez vous sur les cerisiers du japon.
            Merci du conseil en tout cas, je pense continuer avec la collectionneuse qu’on m’a aussi conseillé (mais qui n’a rien à voir avec l’urbanisme à mon avis…).

            Je voulais aussi dire que j’ai vu en retard Un monde sans femme de Guillaume Brac et que ça m’a paru être un croisement rigolo entre Rohmer et La blessure la vraie. 🙂

          • Max pour Macaigne, faut garder le rythme, et enchaîner avec Tristesse Club.

          • @Ph : (désolé de répondre ici, les contraintes de réponse de ce forum sont une galère !) Je crois que j’aime plus Guillaume Brac que Macaigne. J’ai aussi vu Tonnerre, la bataille de Solférino et 2 automnes 3 hivers et je trouve que si Brac a plein de potentiel et me surprend beaucoup, Macaigne, même s’il est touchant, ne sort jamais du registre du trentenaire semi-dépressif. Cela dit il est particulièrement génial dans la bataille de Solférino et dans Tonnerre que je te conseille à fond.
            Mais donc sinon tu conseilles Tristesse club ? J’ai un peu peur de la présence de Lafitte que je ne peux pas encadrer (trop gras, toujours bourgeois même quand il semble vouloir en sortir)

    • On a parfois projeté le film à des archis ou des urbanistes, qui en général ont été, comme toi, assez satisfaits de la façon dont on présentait leur boulot.
      Pourtant on n’a pas cherché à les encenser, juste à les ressaisir dans leur travail, et dans la complexité de leur taches. Le sujet demeurant quand même le participatif, dont les urbanistes sont un maillon.
      Il est vrai que Gwenaelle, notre urbaniste reconvertie dans le participatif, sert bien sa cause. Le film s’est trouvé à partir du moment où on l’a rencontrée.

      • Je comprends. Effectivement, elle sert bien la cause.

        • Je réponds à ta demande de développement avec plaisir. 😉
          Oui, c’est parfois compliqué avec les élus, et notamment de droite.

          D’abord pour les anecdotes : certains élus commencent les réunions par un « j’aime autant vous prévenir que je n’aime pas le discours des urbanistes » alors qu’ils paient nos services et que ce sont eux qui décident au final !… On entend aussi des exclamations du genre “oh vous les urbanistes antibagnoles !” qui viennent souvent avant qu’on ait dit quoi que ce soit. J’en ai aussi vu qui viennent en réunion avec leur chien de compagnie (si si). Et en général, tout ça ne vient pas d’élus de gauche.
          Bref, il y a parfois un certain a priori méprisant.

          Car bien sûr, c’est sur le fond que se cristallisent les complications. On propose de transformer la route nationale en boulevard urbain au lieu de faire une énième rocade, ça coince. On soumet un projet de quartier dense avec des jardins partagés au lieu du lotissement habituel, ça passe mal. On propose de faire muter le Auchan et de résorber la nappe de parking en entrée de ville, ça rigole !
          Mais ce n’est pas le cas tout le temps, d’après mon expérience mais aussi d’autres, notamment dans les grandes villes. Il y a des propositions qui font l’unanimité : Cuillier l’ancien directeur de l’agence d’urbanisme de Bordeaux est parvenu à convaincre Juppé de refaire la moitié de la ville et il y a des trucs bien. Ayrault et Chemetov retapent l’île-de-Nantes, un carton (avec peu d’opposition d’après moi mais je suis pas spécialiste du dossier et bien sûr c’est une mairie de gauche). on couvre le périph de Paris, ça roule. Euralille ça marche.

          Alors dans les cas qui coincent, que s’est-il passé ? Et pourquoi ressent-on parfois une défiance a priori des élus de droite envers les urbanistes ?

          Pour moi l’explication se trouve dans l’histoire récente de l’urbanisme et de la ville :
          Il y a une théorie qui veut que la ville soit la représentation spatiale de sa structure socio-économique. Ça se comprend très bien avec les lieux de pouvoir de la ville “d’avant le XXème siècle” : la taille des églises, l’axe majeur de Paris, les tours de san gimignano.
          Et puis au XXème en apparence tout a changé. Sous l’impulsion des modernes (Le corbusier et sa clique), des politiques globalement de droite et des industries florissantes, on a commencé à concevoir la ville en « zones » et en grosses infrastructures pour les relier : la zone commerciale où on consomme, la zone pavillonnaire où on dort, le quartier d’habitat social où on dort aussi mais entre pauvres, ou encore la zone d’activité où on travaille, le tout relié par des autoroutes. L’ouvrage ultra classique sur le sujet : La ville franchisée – David Mangin – sorti dans les années 2000.
          Au final, ça correspond d’une part à peu près à la répartition des 4 fonctions de la ville telle que décrites par Le Corbusier (habiter, travailler, se déplacer, se récréer), et d’autre part pour moi ça correspond aussi surtout à la structure de la société depuis 1950 (finalement comme dans la théorie enoncée plus haut) dont je retiendrai 3 points :
          La montée de l’individualisme conduisant à toujours plus de ségrégation, de zonage et au « chacun chez soi dans son pavilllon ».
          La formation des entreprises de taille supermaousse devenant prépondérante dans l’activité économique et commerciale et donnant naissance aux centres commerciaux et de bureaux.
          La ségrégation toujours plus forte entre riches et moins riches donnant naissance à la dichotomie lotissements – quartiers d’habitat social.
           
          Heureusement depuis les années 70 environ, les urbanistes (les architectes, les géographes, les instituts d’urbanisme) ont constitué un corpus scientifique pour analyser cette fabrication de la ville et en montrer les dangers et problèmes inhérents : L’étalement sur les surfaces agricoles, l’absence de mixité sociale atisant les tensions sociales, la saturation des infrastructures de transport et la difficulté à desservir de façon adéquate chacune de ces zones (conséquence de l’étalement), l’absence d’identité architecturale et paysagère qui conduit à une certaine désaffection de cette ville du XXème siècle, etc.
          Au final le problème est que cette “ville” là ne sera globalement pas soutenable dans le temps, pour des raisons économiques, sociales, techniques. On va dans le mur et à peu près tout le monde est d’accord là-dessus.

          Mais comme on peut le voir, probablement sous l’influence des années 60 et des années Mitterand, cette critique scientifique rejoint souvent des paradigmes de gauche : partage de l’espace, partage des moyens et ressources, etc. Du coup quand on met certains élus de droite (et j’insiste sur le “certains”), surtout de petites villes ou villages, face au constat d’échec de la ville du XXème siècle et qu’on leur propose des solutions pour moins se planter à l’avenir, ça remet en cause le modèle de développement qu’ils avaient favorisé toute leur vie et carrière. Parce que ça veut souvent dire moins de bagnoles, plus de transport en communs, moins de zones d’activité et plus de mixité urbaine ou moins de lotissements. Leur référentiel interne devient inadapté ou en désaccord et il n’y a pas de portage pas le projet.

          Mais il n’y a pas que ce problème de paradigme gauchisant et de référentiel vieillissant chez les élus, il y a aussi des blocages de politique locale dûs à la proximité de l’élu avec ces électeurs.
          Pour reprendre mes exemples qui coincent : Dans une ville de grande banlieue, le diagnostic est souvent fondé sur ces constats. On arrive et on montre aux élus comment la ville de la bagnole a tailladé l’espace et le territoire, comment les gros lotissements qu’ils ont fait dans les années 80 sont en train de vieillir avec les vieux dedans, comment les lieux qui créaient du lien il y a encore 25-30 ans sont aujourd’hui supplantés par les nouvelles centralités, dont evidemment les centre-commerciaux.  Ce sont des constats que l’on essaie d’objectiver au maximum, par les chiffres, par l’échange avec les locaux. Et on leur propose de rebondir vers la ville du XXIeme siècle, intégrant les dynamiques actuelles et recréant du lien social, économique, spatial.
          Eh bien, toujours de mon expérience, un élu de droite de petite ville même s’il dépasse son problème de référentiel, aura beaucoup de mal à se dépêtrer des attentes de ses électeurs qui sont majoritairement ceux qui habitent dans les pavillons, qui aiment la bagnole et pas les transports en communs et qui aiment par-dessus tout cette vie qu’on leur a vendu comme un idéal.
          Concrètement ça donne qu’au fil des réunions avec les élus on s’éloigne des propositions un peu couillues et qui régleraient durablement les problèmes de la ville, pour aller vers une continuité bien naze avec ce qu’on fait depuis 60 ans.
          Sans faire de l’angélisme gauchiste, sur ce type de sujet de fond, je trouve que ça se passe souvent mieux avec une ville de gauche, même si on retrouve souvent peu ou prou le même clientélisme et le même magouillisme politique.

          En fait la question cachée, c’est celle de la décentralisation et de l’échelle de l’action politique, parce que ce que défendent les urbanistes, c’est finalement l’intérêt général à l’échelle de la ville ou de la métropole.

          • @Max: Très éclairant,merci !
            « Concrètement ça donne qu’au fil des réunions avec les élus on s’éloigne des propositions un peu couillues et qui régleraient durablement les problèmes de la ville, pour aller vers une continuité bien naze avec ce qu’on fait depuis 60 ans. »
            Il me semble que ça rejoint aussi la question du temps, court et long terme: par ex les zones piétonnes :dans un premier temps les commerçants hurlent : si les gens ne peuvent pas se garer devant, ils ne viendront plus. Argument : les supermarchés installés tout autour de la ville,avec leurs parkings, où déjà pas mal de commerces de centre ville ont émigré dans les galeries marchandes. La situation
            intermédiaire n’est pas bonne,quand le centre ville se vide de commerces mais garde son caractère ancien avec rues à voitures(je pense à Douai). Et on sait maintenant que dans les villes qui ont franchi le pas, les quartiers piétonniers sont très agréables et fréquentés.mais les élus doivent affronter d’abord le tir de barrage des commerçants, lesquels pourtant, en général, n’habitent pas sur place, mais dans des villas des petites communes voisines(où ils votent). Il est certain que les autorisations d’implantation de supermarchés ont fait des dégâts dans le commerce de centre ville,et que dans un premier temps (travaux,implantation de parkings,nouvelles habitudes…)ça se dégradera encore davantage,d’où reculade des politiques.Est-ce que les regroupements en communautés de communes ou d’agglomération vont favoriser des projets plus globaux et de long terme, mais en éloignant les habitants des décisions, autre inconvénient…?
            je ne commente que de ma place, c’est à dire avec une connaissance de peu de villes : l’expérience des urbanistes est forcément autre : est ce que cette question du court et long terme a autant d’importance que ce que je crois?

          • Oui, la question de temps court et long est importante, très importante même. Je trouve ton exemple pas mal. Tu pourrais situer précisément ?
            D’ailleurs je suis désolé aussi pour mes exemples qui sont un peu hors sol, mais comme c’est mon gagne pain, c’est un peu chaud de venir ici et de critiquer les gens qui me paient…

          • ne t’en fais pas, c’est un site protégé et j’ai des alliés à la NSA

          • Ohlala merci c’est lumineux.
            C’est des questions et des données que je connais un peu, un pan d’Othon étant porté très porté dessus (on a même fait un docu sur les maisons passives dans le Saumurois), mais là beaucoup de choses se clarifient.

          • Merci @François. Au fait j’ai lu ton article sur Eric Rohmer dans Transfuge. le rapprochement avec l’urbanisme m’a fait marrer.
            J’ai justement une amie architecte urbaniste qui est fan de Rohmer et qui m’en parle tout le temps. Moi je ne connais pas sauf de nom et par elle (la grosse lacune !) et il faut vraiment que je m’y mette.

          • Il faut que tu voies son docu sur Cergy, puis l’Amie de mon ami, puis L’arbre le maire a médiathèque, qui croisent ces questions

          • D’ailleurs on oublie trop souvent de les saluer à la NSA.
            Greetings from France les mecs !!

  6. @Hélène : sur les professionnels en politique : pour moi il ne s’agit pas d’une question de compétence, mais de cumul et nombre de mandats: faire sa carrière en politique.
    Ex local :X1, né en 1920, est député de 1978 à 1997 (4 mandats successifs),il est aussi conseiller général de 1982 à 1994.
    Très implanté, figure locale. A donc commencé sa carrière politique à 58, vers la fin de sa carrière professionnelle .
    A eu un fils en 1957,X2. Que, très tôt, il emmène partout avec lui. Peu de charisme, mais il l’implante : il y a rapidement 2 figures locales pour un même nom. Le fils fait des études de droit,travaille dans l’administration, en fait, est placé par son père dans des postes d’assistant politique.En 97, son père, au lieu de briguer un 5ème mandat, lui laisse la place,et le fils, naturellement, succède au père.On peut considérer qu’il n’a jamais fait une profession autre que se préparer à la succession.
    Il en est actuellement à son 4ème mandat de député. Depuis 1989, il est conseiller municipal,puis adjoint,puis maire depuis 2008.Il se représente en 2014. Il a été élu conseiller régional en 1992.Dans son parti, il a gravi les échelons, et en est maintenant vice président.
    Il a eu un fils, CP, qui a atteint la vingtaine d’années.Peu de charisme, mais il commence à l’emmener partout, une 3ème figure locale se prépare.
    Il y a là à la fois une conception monarchique de la politique, et la politique vécue comme une carrière à vie,carrière dans le sens de vie professionnelle et cursus.
    Ex qui n’est pas rare. J’ai entendu récemment qu’une petite ville avait connu en 119 ans 4 maires, dont moins de 4 familles.
    Je pense à une remarque d’Yves Bonnefoy, lors d’une conférence, dont le présentateur disait qu’il avait succédé à tel professeur dans telle université : je ne lui ai pas succédé, je l’ai remplacé.

    • @patricia: erreur sur le fils : c’est X3.

    • @patricia: je te suis parfaitement dans ton exemple et ta démonstration qui consiste à dire que c’est pas normal qu’on soit homme politique de père en fils, avec le père qui fait la place au fils, on se dit qu’il le fait pour assurer la pérennité de son statut de notable, la considération, la puisasnce et l’aisance qui vont avec.
      « la politique vécue comme une carrière à vie,carrière dans le sens de vie professionnelle et cursus » :
      je note simplement que les vies professionnelles ne sont plus autant longs fleuves tranquilles qu’autrefois (précarité dans le pire des cas, mobilité dans le meilleur, reconversions pro ratées ou réussies), les cursus d’études eux-mêmes ne sont pas linéaires et il n’est pas rare qu’ils mènent vers des métiers autres que ceux visés par les études
      alors puisque les carrières professionnelles dans la même branche, la même entreprise se voient de moins en moins, que les véritables carrières professionnelles appartiennent plus au passé, je trouve que la comparaison des carrières politiques aux carrières professionnelles est en décalage avec la réalité du marché du travail et ne parle plus vraiment en terme de comparaison aujourd’hui

  7. Je suis d’accord avec toi,Charles, sur la légèreté qui traverse ce documentaire, François tu parles d' »humeur collective et joyeuse »: en effet pour moi ce n’est pas du saupoudrage de légèreté, liaisons, interludes, mais l’état d’esprit du groupe : ils montrent, ils donnent à voir, et ils en restent au niveau du constat,sans que ce soit une démonstration,à partir d’une opinion(ex : la démocratie participative ça ne marche pas /la démocratie participative, la politique de l’avenir…):ce documentaire est plutôt l’illustration de ce que tu dis dans Racisme :(je retourne ta phrase au positif ):le prendre pour ce qu’il est,un fait, et non en parler pour le juger.Il n’y a pas l’esprit de sérieux qui accompagne l’intention de démontrer,et la méthode synthétique : je recueille, je rassemble, je trie tout ce qui va permettre d’argumenter, d’illustrer mon propos. Il s’agit plutôt de montrer ,en prenant le temps,des situations variées,qui constituent les éléments d’une analyse par celui qui va regarder ce docu.Pas d’opinion préalable, pas de jugement : et de fait à la fin le spectateur reste dans le complexe:on ne peut se faire une opinion tranchée,les faits ,les gens, les situations l’emportent avec leur diversité.
    A propos de la légèreté, une idée m’est venue (c’est ma manie d’interpréter) : un du groupe étend un fil au travers d’un chemin, et les autres sautent au dessus :là on est en démocratie.Je pousse le bouchon: on va aller jouer, jouer au sens des enfants,pour qui c’est l’activité principale,une activité pleine,qui ouvre, développe,dans le plaisir. Et on voit en effet se jouer la démocratie, dans un parcours de scènes,de lieux,de situations. Et quand le premier adjoint explique qu’il faut bien arrêter la concertation pour décider et agir, je pense à la phrase « siffler la fin de la récréation ».Et à tous ces moments où les parents,qui ont laissé les enfants jouer un moment, interrompent le jeu : viens te laver les mains, on mange.Et le jeu est remis, au propre et au figuré, à sa place.

  8. je ne pensais pas voir ce docu avant longtemps, en plusieurs fois, mais hier il n’y a eu que 3 personnes à la permanence de Souffelweyersheim et j’ai pu le voir d’une traite, une aubaine
    contrairement à Charles, le début ne m’a pas trop intéressé, pas qu’il ne soit pas intéressant, mais pour moi c’était que des choses que je savais, avais déjà vu et revu, du fait de ma pratique pro (je bosse dans un service social de proximité, le service vers lequel renvoie l’élu local quand il reçoit des demandes (de relogement beaucoup, financières aussi) des gens qui viennent à ses permanences). dans cette partie, j’ai bien aimé quand le chauffeur de taxi prend la parole pour demander à la maire d’agir pour que sa tante ait un bail en bonne et due forme.
    en revanche à partir du moment où est lancée la concertation avec les habitants ça m’a énormément intéressé, parce que je n’ai jamais participé à ce genre de démarche, je ne sais pas comment ça se déroule.
    aussi ce n’est pas seulement le fait que je ne connais pas la démarche qui m’a fait aimer particulièrement cette partie du docu, c’est aussi que ça ne m’a jamais branché de participer à une concertation locale (toujours les mêmes gens, des bobos sympas et volontaires, ceux qui ont lancé un compost et un endroit d’échange libre de livres dans le jardin à côté de la bibliothèque, des concertations pour savoir si on va mettre un ralentisseur ou transformer une rue en espace piéton etc, une concertation pour savoir comment on imagine la ville en 2030, même les concertations avec l’école sur les rythmes scolaires ou avec les locataires de l’immeuble sur les petites fâcheries quotidiennes, que des choses qui ne m’intéressent pas fondamentalement).
    ça m’a plu que certains constats que j’ai pu faire en regardant le docu se retrouvent dans le débriefing entre la jeune qui est chargée de la concertation et D Voynet ou dans la parole des habitants : problème de l’approche pour mobiliser les gens (affiches, affiches pas attractives), problème des modalités de rencontre (réunions dans des locaux le soir), de la représentativité des personnes mobilisées (même profil, peu de mixité ethnique, personnes déjà engagées), du langage employé pour communiquer (équipement public, c’est quoi ?), des supports de la concertation (les cartes)…
    il y a un perso que j’adore, c’est la mère black vers la fin (belle présence et belle intelligence), la femme voilée avec elle est pertinente aussi. on voit bien qu’il y a des gens qui ont des choses à dire (la femme qui dit que rabaisser les trottoirs, c’est dangereux, les enfants n’ont plus de repères), qu’ils sont entendus ou pas (la parole des jeunes est recherchée mais est-elle entendue finalement ?). on voit aussi que la concertation n’intéressera pas tous les citoyens, par exemple les blacks du foyer disent qu’ils manifesteront devant la mairie s’ils veulent faire entendre leur voix, ils ne rentrent pas dans le moule de la concertation.
    bref c’est un beau documentaire qui montre et fait entendre beaucoup de choses. je suis contente de l’avoir vu

  9. je ne sais pas ce qui s’est passé hier soir, la connexion pour commenter n’a pas fonctionné.je redonne mon commentaire d’à chaud ce matin :Merci.C’est passionnant.le petit coup d’oeil au site avant d’aller me coucher m’emmène 1H40 et quelques plus tard,en ayant vu et entendu des gens, des tentatives, des explications,des cartes, des endroits,c’est de la vie avec de l’énergie et sans illusion, au plus près de ce qui se passe. C’est ambitieux et c’est simple.C’est éclairant sans leçon.J’en sors pleine d’images. je ne suis pas près de dormir.
    aie : d’à chaud » c’est vilain.bon, je recommence : le commentaire fait à chaud.

    • @patricia: D’accord, Hélène, avec ce que tu dis de l’entretien de l’intervenante avec Dominique Voynet :il y a là une bonne analyse de la mise en oeuvre de la démocratie participative, comme c’est à la fois intéressant, utile et difficile.
      le documentaire prend le temps de montrer ces réunions de concertation,les réunions publiques,et de laisser parler les gens, élus, professionnels de la communication,et la population : grands ados, africains du foyer,la dame noire vers la fin. Il est question du temps dans ce documentaire : le temps pour montrer/le temps de la participation démocratique : et la difficulté liée au temps : produire ou non un docu assez formaté pour être diffusé / prendre le temps de laisser vivre la démocratie au risque de freiner l’action indispensable : l’élu qui s’exprime plusieurs fois (1er adjoint?)le dit bien : si on prend trop de temps à réfléchir sur le projet de construction de logements, les logements ne seront pas construits, donc il faut, à un moment, après avoir entendu les réflexions des gens concernés, décider, trancher : ce qui donne aux gens le sentiment qu’on les a fait réfléchir sur un projet qui était déjà ficelé,le sentiment que ces réunions,lourdes en temps, en fatigue en plus du travail et des tâches quotidiennes,ne servent à rien, qu’on les a encore baladés : déception coûteuse politiquement.
      Le travail municipal: gestion simultanée du court, du moyen, du long terme.La difficulté d’établir des règles justes et transparentes, par ex pour l’attribution des logements sociaux,face aux demandes urgentes,à la tentation du passe droit. Et finalement la tentation pour une population de préférer les démagogues, avec lesquels peut-être on aurait une chance d’obtenir un traitement de faveur en s’y prenant bien.
      Dominique Voynet comme elle me plaisait quand je suis allée chez les verts :intelligence, vivacité d’esprit,honnêteté (tiens, on retrouve l’honnêteté), réflexion , interrogations et doutes qui ne l’empêchent pas de continuer d’agir. la solidité nécessaire qui, dans le détail des relations avec les gens, passe pour de la dureté.J’ai été en adhésion avec sa personnalité politique comme je ne l’ai jamais été avec aucune autre personne politique.Et je la retrouve là.
      L’échec actuel:à la fois dû aux circonstances historiques,alternance pas digérée,à la fracture fondamentale PC/Verts,au-delà des convergences de gens « de gauche ». Mais aussi, dû à la difficulté d’introduire une méthode nouvelle,encore une fois qui demande du temps d’évolution,bien fragile au milieu des rafales du quotidien.
      Le documentaire ne donne pas de réponses, bien sûr, c’est une qualité de François et ses amis. On pourrait se dire que cette méthode, qui pour l’instant n’a pas réussi, a été introduite d’une façon irréversible,et qu’on ne pourra plus faire de la politique à Montreuil comme avant.
      « Mais que la vie est lente, et que l’espérance est violente »

      • @patricia: »il y a là une bonne analyse de la mise en oeuvre de la démocratie participative, comme c’est à la fois intéressant, utile et difficile. »
        difficile de mettre en oeuvre une réelle démocratie participative
        parce que les politiques sont limités (comme tout être humain) en temps pour bien faire, en intelligence ou expérience pour comprendre des gens différents et savoir comment les toucher
        parce que les gens ne sont pas à la hauteur des attentes des élus à la fibre démocrate : pas intéressés ou intéressés par autre chose que le projet(un relogement quand on propose un réaménagement du quartier)ou intéressés pour obtenir des subventions pour leurs associations
        je t’aime moi non plus, chanson politique
        je n’ai pas parlé de l’adjoint, qui passe bien, il a l’air rodé à la politique et à ses subtilités. son discours sur les roms m’a un peu étonné, un peu flou mais je lui ai donné le point parce qu’on sent qu’il connait le terrain, qu’il doit certainement arbitrer les situations de conflits entre roms et riverains, et favoriser le consensus
        je crois que la connaissance du terrain fait beaucoup. par exemple dans le debriefing entre D Voynet et la jeune femme urbaniste, j’ai apprécié quand celle-ci forte de son expérience récente au contact de la population se reprend et dit qu’il faut entendre la plainte de la femme qui se plaint des crottes de chien devant son domicile, plainte mineure/basse/caricaturale mais plainte légitime. j’aime bien que les plaintes des gens soient reprises et endossées par des professionnels qui les font ensuite valoir. c’est une partie de mon travail d’ailleurs.

        • attention au terme de professionnels
          bien voir de quoi on parle
          des architectes, des urbanistes, admettons
          mais pas des politiques
          il n’y a pas, en tout cas il ne devrait pas y avoir de professionnels de la politique

          • @François Bégaudeau: professionnels comme urbanistes ou tous ceux qui ne sont pas les habitants du quartier sur lequel porte le projet, donc les politiques aussi finalement.
            pourquoi les politiques ne devraient-ils jamais être des professionnels ?
            moi je trouve que se penser professionnel permet de poser un cadre et des limites (mes journées n’ont que 24h dit à un moment D Voynet, quand elle est interpellée en face à face par des gens de sa commune, qui demandent ci qui demandent ça).
            par rapport à ce que vous dites Patricia et toi sur D Voynet, négatif sa façon d’animer le conseil municipal : elle n’arrive pas à se sortir de l’ornière politicienne, elle contribue même à que les échanges s’enfoncent encore plus (échanges avec le PC), positif le fait de vouloir faire et de faire, le fait peut-être aussi de conserver des principes, d’équité par exemple (pas de passe-droit pour l’accès à un logement),ce qui est respectable bien que pas très réaliste politiquement

          • L’exercice de la politique n’est pas technique : elle est affaire de choix, de sensibilité, d’appréhension subjective des situations.
            La politique n’est pas la plomberie. Dire qu’elle est la plomberie est le dogme numréro 1 des conservateurs et des libéraux: il n’y a qu’un fonctionnement pour pour la société, ce qu’il faut c’est bien la faire fonctionner, comme un mécanicien fait bien fonctionner une voiture. Bien gérer, en somme. Et pour cette gestion technique, il faut des techniciens formés : énarques, patrons issus des grandes écoles, etc.
            En résumé dire que la politique est une activité professionnelle revient à saper les deux piliers de la démocratie :
            -il n’y a pas de vérité objective d’une société, mais des opinions, toutes légitimes, qui se heurtent
            -n’importe qui peut etre mandaté pour exercer le pouvoir
            Dans ce cadre, qu’on veuille partir à 18h est secondaire. Ce qui compte surtout c’est de ne pas exercer un long mandat, et de n’en exercer qu’un. A ce moment ça ne ressemble plus du tout à une profession.

          • « L’exercice de la politique n’est pas technique : elle est affaire de choix, de sensibilité, d’appréhension subjective des situations.Soit.
            Je tends à nuancer la compréhension de cette phrase car je bloque un peu sur le terme technique.
            Il y a un devenir-maire?
            Professionnel pas au sens certes de métier exercé faisant l’objet d’une qualification,d’un diplôme.
            Cependant si exercer un mandat de maire au quotidien suppose une sensibilité ,une évaluation précise et nuancée des situations ,la notion de technique n’intervient-elle pas en terme d’aptitudes, de compétences attendues en matière de gouvernance à l’égard de ce représentant local?Exigences escomptées de la part de l’ensemble de ses habitants (y compris ceux qui n’ont pas le droit de vote).
            La notion de technique ne questionne t ‘elle pas ainsi incidieusement la légitimité du choix de cette femme ou homme élu? Entre plusieurs candidats pourquoi le choix s’est til porté sur tel ou tel candidat,quelles différences au delà de la sensibilité (politique)?
            Vu de loin ,la perception aujourd’hui du politique en exercice me donne parfois l’impression d’une professionnalisation, professionnel au sens d’un mandat s’étant inscrit dans la durée déclinant dans l’ombre la notion d’une carrière (je m’entends ici sur les communes où le maire « est en poste » ,exerce son mandat depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui).D’années en années n’ a t-il pas développer une technicité à exercer ce mandat?

            En même temps si on considére que l’exercice de la politique n’est pas technique nous pouvons l’appliquer à tous les domaines de notre quotidien.Rien n’est politique tout peut le devenir(exemple: si on s’arrête sur la pièce de théâtre Le problème et sa représentation,la gestion du conflit de couple et les discussions qui s’ensuivent sont un bel exemple d’AGORA et de démocratie illustrée,les quatres protagonistes d’une même famille en temps réél sur une scéne tentent d’aborder ensemble l’enjeu de cette séparation).Mais nous sommes au théâtre et j’ai le sentiment que dans la pratique la manière dont sont abordés les thématiques de cette pièce le sont rarement au sein de l’institution familiale.)

          • coquille
            « insidieusement »

          • oups je suis toujours aussi étourdie:corrections
            -d’année en année
            -la manière dont sont abordées les thématiques

          • @François Bégaudeau: je lis ton post que je convertis en équations (simples, les équations c’est la faute à l’abécédaire):
            profession = technique,
            profession = plombier = technique,
            moi je trouvet que ces équations sont bien réductrices de la réalité des métiers, professions
            je propose plutôt : profession = plein de métiers, qui sont impurs, techniques mais pas que (ouf on n’est pas que des machines), dans un métier/une profession on met en oeuvre aussi de la sensibilité, des choix et de l’appréhension subjective des situations.
            en tout cas dans mon métier, c’est comme ça.
            alors dire que la politique est une profession ne me choque pas.
            et ce n’est pas parce qu’on est professionnel qu’on est loin de la réalité comme tu le laisses entendre en posant technicien = énarque
            d’ailleurs c’est amusant que tu poses technicien = plombier
            puis technicien = énarque
            => plombier = énarque
            les plombiers seront surpris de l’apprendre

          • c’est sans doute un défi que tu t’es lancé : prendre n’importe quel élément de mon post, l’articuler avec n’importe quel autre, et dire n’importe quoi
            enfin, me faire dire n’importe quoi
            je te propose de me relire avec des dispositions moins ludiques
            si tu ne comprends toujours pas, je reformulerai, puisqu’il semble que j’aie été trop obscur

          • @François Bégaudeau: et les énarques autant

          • Bonjour Hélène
            « alors dire que la politique est une profession ne me choque pas ».
            Je te lis et saisis le fonds de ce que tu évoques.
            Toutefois je suis gênée d’associer la politique (restons sur l’exemple du maire)à une profession.Pourquoi? Evoquer la notion de profession c’est ramener l’exercice de son mandat à soi (identité professionnelle,je me déclare au yeux des miens exercer telle activité rémunérée)
            et occulter que le politicien français doit sa présence au sein du bâtiment de la mairie pour exercer sa responsabilité de maire que par la confiance (vote) que lui a accordé une communauté sociale pour la représenter.Une représentation unitaire d’un corps social multiple,pluriel qui devient à son tour un corps politique (par l’exitence de ce maire) car vivant sous les mêmes lois et régles de la ville.
            Le maire n’est pas seul car il incarne par l’exercice de son mandat un projet commun partagé par ce corps social que constitue sa communauté d’habitants.(et ce en dépit des intérêts particuliers de chacun;le présupposé sur la démocatrie ayant alors pour tâche objet de maintenir et garantir le systéme de communication qu’elle établit, ouvert et accessible à chaque individu en principe (ou presque) cf la mise en place de la concertation dans le docu,l’interview des résidents du foyer (voix off reconnu de françois )
            Le maire ne perçoit d’ailleurs pas un salaire mais une indemnité. .

          • associer l’exercice de la politique à une profession c’est tendre pour les politiciens sans doute à rationnaliser cette politique là où nous devrions mettre à plat l’ensemble « des énergies »forces motrices diverses et multiples.
            Je trouve d’ailleurs assez motivant amusant et pertinent dans le documentaire d’apercevoir par intermittence les membres du collectif Othon.Ils se posent là et font aussi par leur expérience collective écho avec humour à l’exercice de comment ça fonctionne une démocratie ,le produit de ce résultat étant la création et la projection de ce film.Comment se sont ils partagés et répartis les différentes taches?comment arrête t-on les décisions dans le groupe,qui filme ,qui parlera dans le docu ?…. A ce titre j’aime beaucoup le plan où chacun est réuni assis face à la présentation cartographiée.Drôle sérieux et pas sérieux à la fois ,les plans où figurent les membres nous renvoient à distance l’esprit du groupe.

            Pour en revenir au début de mon mail,cette perception d’une « profession exercée par les politiques français » tient sans doute à une vision élitiste ,bureaucratique de l’exercice de la politique,se sentent ils bercés par un héritage qu’ils portent ?
            (faudrait aborder la dimension historique,que je relise et analyse l’évolution des mutations de la société en matiére de représentation populaire depuis la révolution;le Tiers-état était issu de « la bourgeoisie » faudrait pas l’oublier)n’est-ce-pas ainsi une maniére indirecte de cliver l’exercice de la politique

          • @François Bégaudeau: je relis, et je fais bien parce que je n’étais pas allée jusqu’au bout, trop de choses m’avaient interpellées avant, qui m’ont fait réagir sur le mode « ludique » mais pas que, il y a avait aussi des choses moins ludiques
            (« dans un métier/une profession on met en oeuvre aussi de la sensibilité, des choix et de l’appréhension subjective des situations. »)
            En fait se demander si la politique est une profession ou pas, ce n’est pas simplement se demander si la politique est une profession ou pas = se demander sincèrement ce qu’est une profession, les traits communs/ distincts que la politique pourrait avoir avec une profession.
            Pour ce type de réflexion, il semble qu’il n’y ait pas de place. On sait pourquoi : parce qu’il y a un enjeu politique derrière cette simple question : la qualification de la politique de professionnelle ou pas a des conséquences dans l’accès/exercice/maintien au pouvoir : les uns parlent de profession politique pour confisquer le pouvoir et les autres rejettent/disqualifient toute vélléité de rapprocher politique et profession pour dénoncer les précédents et défendre la démocratie.
            Il semblerait que la fin (l’enjeu, la démocratie) justifie les moyens (affirmation que la politique n’est pas une profession)
            je regrette un peu que cette question ne puisse être examinée sereinement à l’écart de la passion politique. difficile peut-être parce qu’on n’aimerait pas que la réponse à la question « la politique est-elle une profession ? » soit « oui et non », parce qu’il y aurait le « oui » un peu gênant, qu’est-ce qu’on en fait ?

          • eh bien je vais tacher de me défaire de ma passion politique (tiens d’où vient cette expression?) afin de pouvoir réfléchir sereinement à tout ça, et ainsi je serai digne d’intégrer la communauté des gens qui pensent objectivement, dont tu es
            cela prendra sans doute quelques années, ma propension à appréhender un sujet aveuglément étant immense
            je suis donc au regret de te laisser penser seule sur ce coup là

          • @François Bégaudeau: penser seule, la punition, et dire que je pense objectivement je sens bien le sarcasme, pas grave. sinon je te présente mes excuses pour ce que j’ai pu dire et qui t’a blessé, j’oublie parfois que tu n’es pas en bois. désolée

          • si j’étais blessé par si peu, je serais mort dix fois en 2009
            cela dit on peut bannir au passage le mot blessé

            il se passe juste un truc : de mon post tu as dit qu’il était aveuglé par sa passion politique, celle-la même dont je pense avoir été un déconstructeur pointilleux dans Deux singes
            c’est un peu gros

          • @François Bégaudeau: je ne crois pas avoir parlé de passion politique en ce qui te concerne, tu le traduis comme ça.
            j’avais bien capté la parenthèse et le renvoi vers ton livre « deux singes ou ma vie politique » dans lequel tu décris subtilement la disparition de ta passion pour la politique.
            est-ce une tare de conserver une vision combattive (le camp des démocrates, le camp des antidémocrates) de la politique ? je ne le crois pas

          • ce n’est pas une tare, sauf si elle prime sur l’examen de la vérité, comme tu m’en soupçonnais

          • @François Bégaudeau: « l’examen de la vérité »
            piège à opossum
            mais je ne suis pas un opossum
            « la vérité » ?
            pour moi il n’y a pas de vérité
            je pensais que pour toi aussi
            je continue à penser que pour toi aussi
            alors je ne comprends pas que tu écrives ça

            malentendu assez complexe
            j’ai aimé la vidéo sur la pratique de la démocratie locale qui fait le travail de montrer un maximum de gens et d’opinions mais je constate qu’à partir de commentaires sur cette vidéo on retourne un peu naturellement vers de la discussion politique plus classique (le politique est-il un professionnel ?), plus en affrontement, avec valeurs à l’appui – quoique notre mésentente ne porte pas sur les valeurs mais sur ce que tu perçois comme une critique de ta façon de penser ; en posant une réserve sur le mot « professionnel » je ne pensais pas que ça pouvait aller jusque-là

            on pourrait revenir à la « vérité du terrain » montrée par le documentaire.
            j’ai retenu que Patricia et toi vous êtes assez d’accord pour appuyer sur les faiblesses de D Voynet (depuis 2008 pour toi, pour Patricia ce n’est pas daté). personnellement D Voynet est une personnalité politique qui me laisse assez indifférente. ce que je vois dans le docu, c’est une femme parmi d’autres, qui même si elle est maire et a un statut à part, est une femme tout simplement, comme les autres femmes de la vidéo, avec ses faiblesses bien sûr, qui n’en a pas ? je vois dans le docu une sorte de progression à la montrer d’abord au conseil municipal, en position d’autorité, puis comme une sorte de « personne ressource » pour pas mal d’habitants, puis enfin comme une personne qui s’interroge sur son action politique de proximité au moment du point avec la jeune urbaniste. comme cela est filmé on dirait qu’elle est descendue de son surplomb d’élue pour être montrée finalement comme un simple individu. je trouve ce mouvement descendant très bien, qui amène à penser un élu local comme une personne comme une autre, avec ses forces et ses faiblesses.
            dans la continuité de ça je me demandais si on peut amener une approche individu (psy) dans le champ de la politique ?

      • Je vois Voynet comme toi.
        En tout cas jusqu’en 2008
        Ensuite ce docu ne traite pas la question Voynet, qui est assez complexe. Ce que je pense d’elle n’invalide pas du tout ce que j’en pensais alors, qui est vrai, réel : grande intelligence, grande clarté, honnêteté. Tout ce que tu dis. Mais disons qu’il y aurait quelques pièces à apporter au dossier. Voynet est une vraie démocrate, sauf qu’elle trouve que le peuple n’est jamais à la hauteur de la haute idée qu’elle se fait du demos. Du coup ca l’agace, ça la tend, et son honneteté devient une rigidité. Le film porte une micro-trace de ça, un petit geste de visage, une seconde : à 3’00

        • @François Bégaudeau: je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis de Voynet,tu pointes exactement le lieu de fragilité, ou de décalage, qui fait que dans l’adhésion à sa personnalité politique,on sent quelque chose qu’on n’a pas envie de reconnaître, et qui s’inscrit dans le corps comme une réserve.
          Tu dis : »Voynet est une vraie démocrate, sauf qu’elle trouve que le peuple n’est jamais à la hauteur de la haute idée qu’elle se fait du demos » et tiens tiens on retrouve ton analyse de l’humanisme,et la proposition de « redescendre ».Voynet est une vraie démocrate, une vraie intelligence, une vraie femme d’action. Mais tout ça dans sa tête, et dans le haut du corps. le fait qu’elle ait été une nageuse de compétition ne l’a pas fait descendre dans son corps, peut^être que la compétition a accentué la tension.
          petite anecdote perso :il y a quelques années, Journées d’été des Verts, je l’ai vue nager dans une piscine :force et rapidité ,et tout entière tendue vers le but : la longueur du bassin n’existait que pour être avalée, dépassée,niée.
          Peut être que je pousse trop le bouchon, mais je vois un lien entre ce souvenir et ,avec son sens de la démocratie,son intelligence, son honnêteté,la tension imperceptible que tu remarques ,et le jet d’éponge final.
          Pas très à l’aise quand même, c’est gênant de la décortiquer comme ça. Mais c’est une personnalité complexe et qui suscite ma curiosité et mon intérêt.

  10. Docu intéressant, j’aime bien la première partie où Voynet explique comment ça marche exactement, quelles difficultés ils rencontrent etc…La deuxième partie, m’est plus familière, ça m’a rappelé les quelques fois où j’ai dû participer, en tant qu’étudiant, aux ateliers de la concertation à propos de la rénovation du centre de Cergy (je suivais un cours de « démocratie locale »). J’aime bien également le ton un peu badin, voire potache du docu qui tranche avec les docus politiques habituels, où une voix off à l’accent tragique vient sans cesse nous rappeler qu’il s’agit ni plus ni moins que de vie ou de mort.

    • Point effectivement important pour nous. Le film s’est beaucoup fait contre cette sinonymie obligée entre politesse et petite musique mélancolique voire sinistre. Ne serait-ce que parce que nous tenons à ce que le film porte la trace de l’humeur, collective et joyeuse, dans laquelle il a été tourné et monté. Et le constat un peu grinçant qu’il fait n’a rien à voir là-dedans.

  11. « Prévenons tout de même les journalistes égarés sur ce site que ce docu dure 1h45. Eu égard à la durée moyenne d’attention qu’ils accordent à une œuvre, ils vont donc en rater 1h42. Nous nous en excusons d’avance. »

    LOL

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