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Camille Lotteau, seconde livraison

Xavier, membre du collectif Othon, guitariste des Zabriskie Point, est mort il y a un an. Ses amis ne se sont pas senti tenus de marquer cet anniversaire. Ils ne se le sont pas interdits non plus. Camille Lotteau ne s’est pas interdit de fabriquer un film. Il a bien fait. Il a fait ça bien. L’ayant vu on s’est senti un peu moins penaud.

26 Commentaires

  1. un hommage pas banal
    j’aime bien bien le début, le dialogue qui permet d’aborder l’hommage et les questions que ça pose
    à un moment C Lotteau parle de la mort, du blanc-du noir-du gris, je crois qu’il veut dire qu’il ne sait pas trop s’il y a quelque chose après la mort. c’est un moment de flottement, le même flottement/espace/blanc que dans la vidéo « le nordiste » à la fin, quand est filmé le désert. François avait dit qu’à ce moment il en avait profité pour penser à ce qu’il avait vu et entendu.
    moi ici dans cet espace flou laissé par C Lotteau j’ai envie de coller comme un timbre poste quelque chose que j’ai lu et qui m’a plu sur la mort, la mort abordée à la fois avec sérieux et facétie (extrait résumé-raconté de la bd « le borgne gauchet » de Joann Sfar, philosophe humoriste).
    je commence l’extrait quand le mousquetaire rencontre la mort
    la mort : excusez-moi, je ne fais que passer
    le gascon : mais qui êtes-vous ?
    la mort : hum, la Mort en quelque sorte
    ensuite le gascon essaie de tuer la mort, il dit avoir un compte à régler avec la mort, la mort de sa mère, qu’il n’a pas connue longtemps car elle est morte jeune etc
    la mort : arrêtez à la fin. Chacun ses problèmes. Ne me rendez pas responsable des vôtres
    le gascon : mais vous êtes la mort, oui ou non ?
    la mort : mais ce n’est pas si simple
    le gascon : ah ?
    la mort : bin non. Je ne suis que la personnification d’une notion abstraite. En fait, la mort, c’est du rien absolu, ce n’est ni un passage, ni l’envers de la vie, ni un autre monde. c’est juste l’aboutissement accidentel et plus ou moins rapide d’un processus de décrépitude. L’esprit stoppé net par son enracinement éphémère dans la matière. La mort, c’est au pire un symbole et au mieux un égrégore. Alors arrêtez de me courir après. Vous ne pouvez pas me tuer, puisque je n’existe pas
    le gascon : ah
    ensuite arrive un 3ème personnage, le gibbous, qui a une tête en forme de lune vérolée
    le gibbous : mais si, vous pouvez la tuer, réfléchissez un peu.
    la mort : (merde le gibbous, je suis perdue)
    le gibbous : vous êtes un personnage de légende, n’est-ce pas ?
    la mort : (mais tais-toi, mais tais-toi)
    le gibbous : et bien dans ce cas, vous êtes tous deux dans le même plan d’irréalité. Vas-y. Dégomme-la.
    ce que fait le gascon
    le gibbous ajoute : mais attention, ça ne veut pas dire que vous avez fait disparaître la mort dans le monde réel.
    le gascon : tout cela était inutile alors
    le gibbous : mais non, ça veut dire que grâce à vous plus personne ne mourra dans notre univers à nous
    et ça continue, les personnages réalisent ensuite que ce n’est pas si génial que ça que la mort n’existe plus et le gascon aidé d’un compagnon va essayer de faire revenir la mort
    je pourrais continuer de raconter mais je dépasserais l’espace du timbre poste, ceux que ça intéresse peuvent toujours aller voir le livre

  2. penaud pour nostalgie?étonnant comme ce film exprime avec justesse que vie, langage, images à la fois sont indépendants, parallèles,et pourtant font sens ensemble,de façon hasardeuse, décalée. Ce qui devrait être incohérent ou inattendu est tranquillement là. incompréhensible et évident. comme Xavier qui est mort et qui s’impose là,on dirait qu’il joue des coudes,mais pas en force, à son rythme, et réussit à s’installer et prend toute la place. C’est l’ironie du sort et lui seul le sait.
    le dialogue me fait penser à Nathalie Sarraute, quand le plus simple se met à poser question et que tout se déplie,et qu’on est suspendu en aller et retour entre le sans fond et la surface.
    En s’exprimant ainsi sur la mort, Camille Lotteau parle,avec une qualité rare, de notre vie.

  3. Revisiter,retrouver,parcourir au petit matin d’aujourd’hui cette place du Bouffay ,choix de filmer le silence de ces rues , chargées d’émotions c’est une expèrience qui se révèle étonnament troublante.

    -Troublante car je ne connais pas ,n’ai pas connu Xavier Esnault.Cependant le croisement (à l’image des venelles de ce quartier) entre l’évocation de cet ami disparu avec l’intime de nos vies (en regardant ce film) s’entremêle et provoque une émotion vive et touchante.La situation présente portée par la voix qui nous guide, associée au différents plans progressifs interfère avec un retour et une projection en arriére.Et pourtant pas de nostalgie car le ton de cette voix n’est pas mélancolique.
    Les différents temps se confondent ainsi dans un même ensemble.
    La voix off appliquée à ce fondu noir d’ouverture s’impose comme une place vide laissée ,sensation induite par cette couleur noire que j’imagine dans notre code culturel de représentations associée à la mort. Cependant l’auteur vient nous rappeler quand même discrètement que ce noir c’est aussi de la vie en portant lui-même la chemise ayant appartenu à ce pote mort,cadeau de ce dernier.
    Ce court est ainsi construit tout en contrastes et casse les codes environnants.

    -Impression aussi troublante eu égard de la réputation foisonnante commerçante,festive, estudiantine qui appartient à la place du Bouffay filmée ici dans son heure paisible,tranquille,apaisée loin de l’animation habituellement urbaine des terrasses.Présence de l’absent.

    Les quelques flocons qui défilent se glissent sur la page apportent une douceur supplémentaire à l’impression laissée par la voix qui porte et accompagne les plans de ce court.

    • @PLUME 1: On ne saurait mieux dire.

    • @PLUME 1: comme je connais très peu Nantes, les références m’ont échappé. J’ai laissé flotter. et c’est déjà beau comme ça.

      • il n’y a rien à connaitre ici
        la place qu’on voit est la place piétonne de terrasses de Nantes, comme on en trouve dans chaque ville de province
        fatalement Xavier y a passé beaucoup de temps

      • @patricia: Pour info :
        il y a deux jours alors que j’errais avec un troupeau vosgien dans les rue de Nantes sur mes bottines pute-cowboy que je ne porte qu’en cette occasion parce que sur les pavés c’ est vraiment trop cool, j’ai été attirée par un bruit de foire.
        J’y suis allé, logique, en entrainant le troupeau.
        On s’ est retrouvés sur la place bouffay, celle qu’on voit sur la vidéo.
        Sauf qu’il n’y a plus les petites structures qui servaient de halles au marché aux fleurs.
        Abracadabra , disparutes.
        A la place siège pour le moment un bon gros manège de forain.

        • Me fait penser (après j’arrête avec mes futilités) que l’autre jour notre voisin juju tenait à nous informer que sur Google maps on voyait notre chat roux pas loin de la maison.
          Alice a vérifié et c’ est vrai.

  4. pile entre le rire et les larmes. chef d’oeuvre dans cet exercice qu’on aurait cru impossible. puissance de l’amour.

  5. « J’ai un pote mort ». C’est une drôle de phrase quand on y pense.

    • y a quand même des posts auxquels je préfère le silence

      • @François Bégaudeau: M’aurait étonnée aussi.
        J’étais presque sûre qu’on serait dans les 16% là.
        N’empêche ,je pense que ton pote vivant Camille le fait un peu exprès d’appuyer sur cette expression « pote mort ». A entendre c’ est assez étrange, assez rigolo : potmor.
        Quand au sens de parler de quelqu’un qui n’existe plus , c’ est toujours un peu ambigu.
        On ne peut pas dire « j’ai un pote mort » puisqu’on ne peut pas l’ avoir, puisqu’il n’existe pas.
        On ne peut pas dire qu’on l’ a puisqu’on ne l’a plus et que c’ est justement le problème.
        Mais bon moi j’dis ça , je ferais bien mieux de me taire en effet.

        Je trouve qu’il a un peu la voix de philippe katerine Camille sinon.
        « vérité » , c’ est dans un film de Godard ça non ?

        • @anne-laure:
          « Et maintenant je coupe le son »
          même une ville filmée,un quartier traversant aux premières lueurs sans doute matinales n’est pas dépourvu dépouillé d’un peu de bruit;Et pourtant.

          Images muettes sur lesquelles viennent se caler au départ « deux voix »,discussion amorcée pour ce qui s’apparente à un dialogue,nuances infimes des sons entendus. Nous partons dans une direction pour finalement découvrir le brouillard et le brouillage des pistes.vérité au sens de pas de vérité,certitudes il n’y a pas/plus de certitudes?Vous avez raison Anne-Laure de placer le mot entre guillemets.
          -Référence à Godard?
          -Nantes évoquée et aussi associèe aux plans muets de Barbara (chante t-elle parle t-elle de cette ville?),juste suivre le mouvement des lèvres,puis vient la chute en bicyclette de François le facteur de ce village de Jour de Fête .Suis pas sûre pour cet extrait du film de Jacques Tati ( mais vlà un nantais).
          Entre nous j’aime pas beaucoup les chutes surtout quand elles sont finales.
          Tati,tiens un cinéaste et là je me mets à penser à l’association nataise La Vie est à nous impulsée il me semble de mémoire par xavier Esnaut.

          • @PLUME 1:
            je corrige les coquilles
            « Nantes associée indirectement au travers du plan muet de Barbara (mais ce n’est qu’une interprétation de ma part).
            -association nantaise La vie est à nous

          • correction par respect
            « xavier Esnault »

          • @PLUME 1:
            en plus du court délicat de camille lotteau parlant de xavier esnault , j’ai aimé parcourir de nombreuses lignes qui ont leur place dans dans pas mal d’espaces internet estampillés notamment sites de punks people, j’y ai lu-relu aussi sa place de
            …/ prof de culture cinématographique au lycée Guist’hau à Nantes./.. qu’il sut marier théorie et pratique en réalisant de nombreux clips (dont « Narcissist » et « Through the looking glass » pour les Libertines), plusieurs courts métrages, la série « Litiges » pour TéléNantes, etc./…

            et puis par exemple, titré Rock made in Breizh:
            …/Zabriskie Point (1992-1999) de Naoned

            Zabrieskie_PointJouer du punk rock à Nantes ne tombe pas sous le sens. Aujourd’hui cité bourgeoise par excellence, la capitale du Duché Breton abhorre les groupes aux idées trop alternatives. Prolétaires de tous pays quittez Nantes ! « Nous on vient d’une région libérale du centre droit, du centre gauche, c’est le pays modéré, le climat y est tempéré, tout est tempéré là-bas. Il n’y a pas de skins, pas beaucoup d’immigrés, pas beaucoup de chômeurs, le Pen fait 3%, le P.C. 4% : il n’y a pas de punk rock là-bas. Ce qui marche, c’est la musique bourge du moment, la version bourgeoise de la subversion, c’est à dire de la fusion. Voilà ce qui marche : la pop et la fusion ! » expliquent à la sortie de leur premier album les membres de Zabriskie Point.

            Sur les bords de l’Erdre, tout démarre donc un peu par hasard pour les punk rockers nantais. Après quelques répét’ et une petite démo sortie en 1992, les cinq Zabriskie Point n’en croient pas leurs oreilles lorsqu’un de leur titre est repris dans la compilation « Dites-le avec des fleurs » de Combat Rock aux côtés de Molodoï, PKRK et autres Cadavres. Les cinq étudiants nantais décident alors de poursuivre l’aventure. C’est sûr, après avoir réalisé le journal de la Fac, ils feront du Punk Rock ! Résultat : ils en prennent pour 7 ans et 5 albums. Sept années au fil des quelles ils ont de plus en plus de mal à conjuguer musique et carrière professionnelle. Peu à peu, il devient manifeste que le groupe d’amis connaît certaines difficultés à se retrouver pour jouer ensemble. « Au fil de temps, certains sont partis bosser assez loin, et du coup, ça devenait trop difficile de maintenir une cohésion. » explique François chanteur et parolier. Mais au fait, d’où sort ce nom de Zabriskie Point ? Simplement d’un film italien où l’intrigue se passe dans les montagnes Zabriskie Point d’Arizona. Il fallait le trouver ! Et être cinéphile./…

            . via camille lotteau, une page de plus sur le site begaudeau.info qui fait quelque chose,

            merci,

          • merci shash pour le déroulé de ce fil conducteur et ces éléments complémentaires

          • Barbara et Tati (et les haricots) ont un statut précis dans le film. C’est dit. Tendre l’oreille.

          • l’oreille était bien tendue pour capter ce passage et ces trois là réunis,
            j’avais d’ailleurs le sourire en coin en écoutant et en regardant le film,ça participe de se sentir sans doute « moins penaud »
            je me demandais juste vis à vis de Tati pourquoi cet extrait là et pas un autre.

        • @anne-laure:
          petite précision autour de l’extrait de film de Tati et la finesse ,délicatesse de Camille Lotteau dans son montage de fondus enchaînés en Noir et Blanc:
          -un binôme séparé,un vélo en roues libres sans son cycliste,le personnage au bord du fossé ahuri (ou sidéré car il m’arrive de voir mal) regardant passer ce vélo.L’absence mais pourtant la dynamo continue de pédaler
          – puis ce n’est pas non plus une chute qui a été filmée ou montrée mais un déséquilibre
          -une chanteuse dont on n’entend pas justement la voix ça dit quoi?
          Bon si c’est pas « Jour de fête » tant pis

          • @PLUME 1:
            C’est bien « Jour de fête » parole de pas cinéphile qui n’aime pas « Jour de fête » comme Xavier qui, cinéphile, lui, n’aimait parait-il ni Jour de fête, ni Barbara, ni les haricots verts. Bravo pour l’iconoclaste fondu Barbara-haricot.

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