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Nordiste de Camille Lotteau

Camille Lotteau est membre de l’espèce humaine depuis 1984 et membre du collectif Othon depuis 2002. Alors qu’il s’honore beaucoup plus du second titre que du premier, cet individualiste en manque de repères moraux a commencé à fabriquer tout seul des films documentaires à partir de 2008 par là. Des longs, des courts, des moyens. Vexés par cette entorse au vivre-ensemble, les membres du collectif ont été tentés de lui signifier, lorsque l’égocentrique a envoyé à chacun ses premières réalisations, qu’il n’avait qu’à aller se faire enculer par James Gray. Mais ont finalement concocté une stratégie plus retorse, moins directement anale : accuser réception des films avec enthousiasme, les regarder très attentivement, puis signifier triomphalement à l’auteur que c’est de la merde, et que vraiment il aurait mieux fait de continuer à fondre sa médiocrité dans le collectif.

Hélas les films se sont avérés bons. Voire très bons. Voire un peu tout ce qu’on aime. Voire un peu tout ce qu’on avait pensé que pourrait-devrait être un documentaire. Voici le plus récent. Un court. Ça s’appelle Nordiste et chacun pourra, le regardant, se demander si le cinéma a, depuis les frères Lumière, aussi bien appréhendé la culture ch’ti. D’autres suivront.

71 Commentaires

  1. allez shash n’est pas là pour le dire (et Patricia ne l’a pas fait, PLUME 1 a relevé avec la douceur de la plume), alors c’est moi comme rejeton de ch’tis

    Ça s’appelle Nordiste et chacun pourra, le regardant, se demander si le cinéma a, depuis les frères Lumière, aussi bien appréhendé la culture ch’ti.

    nous les ch’tis on ne t’en veut pas d’avoir esquissé un quart de seconde l’amalgame ch’ti- nordiste comme salafiste du Nord-Mali
    sans rancune : http://www.youtube.com/watch?v=qsvXU4LqLQs

  2. Une fois de plus l’intérêt de ce site. Je regarde ce documentaire, je suis perplexe. Comme la première réaction de Charles. Comme je suis chez François Bégaudeau je me force : c’est moi qui n’ai pas compris. je lis vos premiers commentaires, ça m’ouvre des pistes. Je continue à vivre ma vie, et ça fait du chemin.Je le regarde à nouveau. j’en arrive à l’idée que c’est un anti- documentaire,qui fonctionne un peu comme cette fameuse pensée paradoxale, dont on avait parlé ,Acratie :c’est fait pour secouer nos habitudes de spectateurs: fausses répétitions, faux parallélisme,faux liens idée/illustration ;introduction d’un élément burlesque (?)avec le documentaire dans le documentaire sur l’entreprise de fabrication de la bière.
    J’ai l’impression qu’on voit 3 fois la même interview (il faudrait vérifier en revoyant encore) : dans les 2 premières on a des coupures au noir et des sous titres;dans la 3ème les coupures au noir sont remplacées par les questions de l’interviewer. C’est cette 3ème qui serait la vraie (?). Mais le décor complètement neutre de l’interview, s’ouvrant d’une fois à l’autre sur une pièce, puis découvrant un bureau,l’impression de textes dits,fait douter.
    Le doute est renforcé par les passages de désert: la guerre? une fête? un film? C’est là aussi la 3ème solution qui paraît la vraie,avec le pied de caméra,les zoom qui cherchent la bonne distance.
    Mais qu’est ce qui justifierait ce choix ? L’artifice est là aussi, dans les propos,le pied de caméra comme un jouet,les zoom simples jeux avec le bouton.
    Donc jeu , manipulation, faux réel, sans préparation, sans commentaire,signal envoyé comme ces publicités subliminales,qu’on ne perçoit pas sur le moment,mais qui s’inscrivent dans notre mémoire.
    Mais peut-être que je me trompe complètement.Je me méfie de ma tendance à construire du sens.Je vais continuer à vous lire.

    • @patricia: Je dis comme toi « Mais peut-être que je me trompe complètement.Je me méfie de ma tendance à construire du sens.Je vais continuer à vous lire. »

  3. Pas trop compris l’idée du docu. On y voit un salafiste tenir des propos confus sur la France et prêcher la haine via une vision puérile de la religion. Ok, et après?

    • @Charles: C’est que tu n’es pas très sensible à la tendresse punk Charles. C’est dommage.
      Mais bon, on s’refait pas.

    • peut-etre peux-tu le regarder plus attentivement

      • @François Bégaudeau: Nan mais sérieusement, où voyez-vous le punk hormis dans la scène finale?

        • @Charles: C’est moi qui dit punk, françois dit ce qu’il veut.
          Non mais vraiment, c’ est pas trop chou la façon dont il parle de la canette avec ses petits doigts qui se crispent comme ça ?
          Tu feras bien gaffe au discours qu’il tient sur l’autorité, sur ce qui fait autorité sur lui, c’ est intéressant.

          • moi qui dis, merde. Roooh, bon j’vais faire des galettes tiens.

          • effectivement moi je n’ai pas dit punk
            mais je peux dire une chose : la blague sur les juifs et les arabes on en pense quoi?

          • On en dit qu’on l’avait déjà entendue quelque part, qu’elle est pas mal, mais que ce qui nous fait surtout rire c’ est le silence et la posture stoïque des deux secondes qui suivent.
            On dit que ce qui est drôle aussi c’ est qu’il tienne à nous dire qu’il aime surtout les blagues antisémites.
            Et sinon c’ est quoi la petite musique finale de feu de camp beatnik ?

          • @anne-laure et François: Moi je trouve le discours du mec tristement banal, tant dans son antisémitisme, dans son auto-racisme, dans son prêche de l’islam. Les mecs de couleur qui détestent la France et ce qu’elle représente sont toujours les premiers a véhiculés des clichés racialistes ou carrément racistes sur leurs propres « communautés ».

          • @anne-laure: à véhiculer

        • @Charles: Si tu veux, ce film me semble jouer avec les codes habituelles pour les démonter.
          On part d’idées générales sur le djihad, on prend le ton d’un reportage classique de France 2 qui fait peur et puis ça se met à discuter autour de la batterie de la caméra, ça sent l’organisation foireuse et ça commence à sentir l’humain.
          Ensuite, par le biais de plusieurs discours on se rapproche de plus en plus du djihadiste, on se rend compte de ce qui le touche lui au plus près : son problème de péché et la façon dont il accepte d’être puni par « les grandes personnes ». Il est complètement infantilisé pauvre chouchou. Il est mignon, je le trouve touchant.
          A la limite je me serais passée de la théorie sur le calcul du nombre de châtiments par stocks de canettes de bières.

          • habituels, oh ça va hein !
            Je n’ai plus que deux neurones à force de regarder des films de Godard : un neurone rouge, un neurone bleu.

          • @anne-laure:

            On part d’idées générales sur le djihad, on prend le ton d’un reportage classique de France 2 qui fait peur et puis ça se met à discuter autour de la batterie de la caméra, ça sent l’organisation foireuse et ça commence à sentir l’humain.

            oui, on a vu la même chose
            je rajoute deux-trois choses à partir de ça :
            que je retrouve vaguement la démarche du collectif Othon (documentaire itw des militants sarkozystes) : itw d’une personne aux antipodes des convictions de l’itweur, questions simples, climat soft entre l’itweur et l’itwé, écoute et recueil de la parole de l’itwé
            du documentaire politique de proximité, démocrate
            que l’idée de C Lotteau était aussi de prendre un sujet grave (politique, éthique sérieux) et de le sortir de ce cadre de circonstance pour l’emmener (par le montage, le choix de certains moments, le choix de pépites d’itw) vers de l’incongru, de la légèreté. quand C Lotteau retient des passages où l’homme fait des blagues, dit connaître la France, reconnait avoir bu une canette de bière, a du mal à faire tenir son foulard sur son nez, il choisit des moments décalés par rapport à l’attendu et ce faisant il sait qu’il va produire un/des effets sur la personne qui regardera le documentaire : perception de l’homme intégriste peut-être comme ridicule (le tic de remonter le foulard) et/ou humain (le gôut pour la bière, les blagues connes, il ne serait pas aussi supporteur d’un club de foot aussi pendant qu’on y est ?)
            avec l’extension sur la bière bavaria (le développement sur le calcul du nombre de coups de bâton à partir du stock de bières entreposées aux Pays-Bas), on retrouve plus une sorte d’esprit Canal, une façon de faire un peu similaire déjà vue sur cette chaîne.
            je trouve la fin du doc, avec la façon circulaire de filmer le désert et les hommes armés et l’explosion de musique rock, moins claire sur les intentions de C Lotteau : at-il voulu donner du mouvement, du son, de la vie ? est-ce une signature ? est-ce un clin d’oeil au collectif Othon ? a-t-il voulu marquer une empreinte, celle d’une culture autre, qui permet la mobilité, la vitalité, la liberté ? on peut varier les interprétations. si c’est un peu déroutant de ne pas savoir vraiment son intention, c’est aussi une fin-ouverture, un espace de liberté où chacun peut poser ce qu’il pense/imagine

          • Moi qui ne sait pas trop quoi faire de la fin, je trouve assez satisfaisante cette idée d’une plage vide pour ruminer le film.

    • @Charles: Ben justement « après », si on visionne jusqu’au bout on repère des indices : tu brûles tu gèles.
      Dès le début, on repère par exemple le son comme il est dit dans les commentaires, par exemple la répétition suspecte des images du Malien (copiées-collées ?) et le discours qui devient de plus en plus farfelu jusqu’à l’abus de Bavaria nuit grave au Batave et pas qu’à lui jusqu’au Mali.
      Au deuxième visionnage, on repère que le premier commentaire après la première itw qui est totalement décalé – faux- par rapport aux images mais le spectateur est conditionné par le discours qui précède et donc il « voit » ce qu’on lui dit (les barbus, les niqabs, les drapeaux noirs..). Et merde je me suis faite avoir et plus on revoit, plus on avance.
      J’aimerais bien savoir à quoi, à qui est destiné ce doc : des étudiants en cinéma ? des étudiants en spectateur ? En tout cas c’est génial.

      • @Acratie: Ben je crois qu’il ne faut pas chercher à savoir ce qui est le vrai du faux dans ce film. A moins de comprendre l’arabe, t’as pas trop d’éléments pour savoir ce qui est traduit. Et puis avec son foulard tu ne peux pas lire sur ses lèvres, tu peux faire un montage et lui faire dire n’importe quoi.
        C’est une fiction en fait. La construction d’un personnage, d’une situation.
        Je pense que c’ est comme ça qu’il faut le prendre.

        • @anne-laure: D’accord : ne pas chercher à savoir ce qui est le vrai du faux. Je vois plutôt un exercice sur une question : est-ce-que je crois ce que je vois ou est-ce-que je vois ce que je crois ? J’extrapole.
          http://www.canal-u.tv/video/les_amphis_de_france_5/les_effets_de_la_categorisation.3078

          • @Acratie: Surprenante la conclusion de ces petites expériences psychosociales. Je pensais qu’elle allait plutôt parler de l’influence des constructions de catégorisation sur l’évolution psychique.
            Par exemple, des effets sur les performances scolaires.
            T’sais quand on fait croire que les élèves sont bons en faussant les notes et du coup ils deviennent performants. Je ne sais plus comment s’appelle cette expérience.
            En gros sur l’effet des relations sur la construction cognitive.
            A un moment j’ai même pensé à un truc que je me dis souvent avec mon métier :
            A l’effet soignant d’être juste perçue comme infirmière. Je me dis que 80% du boulot se fait avec ça, je n’ai pas grand chose à faire.
            En fait je fais vraiment un métier de branleuse.

          • @<anne laure: je trouve l'expérience intéressante (elle est suivie d'un livre : L'invention de la réalité) même si la forme du film et le discours sont assez rudes à encaisser (tout ce qu'on aime !). On peut se passer de la conclusion.

      • ce film est destiné à qui veut bien prendre quinze minutes pour le regarder
        a ce jour il a été vu par 12 Othons et 6 sitistes

      • @Acratie: Oui j’ai bien senti que y avait un possiblement un truc sur les traductions notamment. J’avais l’impression que le mec disait toujours la même phrase qu’on traduisait sous forme d’un discours, bref que la traduction était fallacieuse. Sauf que j’ai pas eu envie de chercher plus loin.
        Mais ce genre de dialectique, très Depalmienne, peut vite me souler si elle reste théorique. Je déteste d’ailleurs devoir revoir un film pour le comprendre, pour trouver les sous-entendus et les clefs de compréhension cachées. Je trouve ça un peu malhonnête vis-à-vis du spectateur.

        • ou l’on comprend mieux ton désinteret pour Godard
          et tu sais ce que je vais dire : normal

          • @François Bégaudeau:
            Ouais désolé je suis du côté de l’incarnation, plutôt De Palma que Godard. C’est mon vieux fond catho.

        • @Charles: Je vois ce que tu veux dire, enfin je crois. Cependant l’intérêt d’un film ou d’un livre qui résiste à la compréhension immédiate est aussi d’ouvrir un questionnement, non ?
          Un autodidacte n’apprend que de cette façon-là : aller vers ce qui résiste pour élucider et utiliser les outils disponibles pour trouver des clés de compréhension. Un des outils disponibles ici c’est la possibilité de revoir le film autant de fois qu’on veut, c’est l’échange de nos diverses perceptions, de nos savoirs respectifs, de nos connaissances, comme un jeu, pour tenter par exemple de découvrir comment Camille Lotteau s’y est pris scénaristiquement, techniquement, pour si énormément nous déconcerter.
          De manière générale je suis toujours surprise quand je revois un film -surtout si c’est très rapproché dans le temps- de ne jamais revoir le même film; mais les films qu’on voit deux fois consécutivement sont probablement faits pour ça. C’est sans doute ce que tu n’aimes pas, alors que moi je pense que c’est aussi rendre hommage au travail de l’artiste que d’être une spectatrice exigeante avec elle-même, il y a quelque chose qui tient de l’émotion dans cet acte-là. J’ai toujours en tête ce décalage entre la durée de vie d’un film, la durée du film lui-même, et tout le temps qu’il a fallu pour en arriver là. Il y a dans le genre de spectacle que propose le cinéma, le film, une forme de produit vite consommé qui me gêne. Contrairement à toi, je pense qu’il faudrait toujours que le prix du ticket donne droit à deux séances au moins pour le même film.

          • @Acratie: Ce que je n’aime pas c’est le côté trop théorique ou petit malin. Le cinéma n’est pas la littérature, il doit donner à voir avant tout. Il n’a pas le côté profondément réflexif de la littérature. Du coup ce n’est pas un hasard si François aime ça, en tant qu’écrivain il ne peut que chérir ce rapport là, ce côté « entre les lignes des images ». J’ai d’ailleurs toujours eu l’impression que Godard plaçait la littérature au-dessus du cinéma, on voit d’ailleurs très souvent ses personnages un livre à la main.
            Moi je suis partisan de la maxime Antonionienne : « Je n’ai peut-être rien à dire mais tout à montrer ». Soit la puissance de l’image (qui peut entraîner la réflexion mais pas l’inverse, ce n’est pas l’intelligence du propos qui peut rendre une image intéressante)., la suprématie de l’incarnation sur l’idée. Godard filme des scènes qui veulent dire quelque chose et c’est ce que quelque chose qui donne sa dignité à la scène. Godard ne se laisse pas déborder parce qu’il filme.

          • Que de boulettes.
            Est-ce que j’ai une tete, moi le kechicho-pialatien, à etre du coté de l’idée et non de l’incarnation?
            Et dans le genre incarnation pas théorique, je crois qu’on ne pouvait trouver moins bon exemple qu’Antonioni.
            Le cinéma doit donner à voir?
            1 Quel cinéaste plus que Godard a donné à voir les années 60?
            2 Ne voit-on pas énormément de choses dans Le Nordiste? (mille fois plus de choses qu’en deux heures de James Gray)
            3 « donner à voir » oui mais quoi et comment? et comment puis-je etre sur de ce que je vois? et comment savoir si l’esprit souffle dans la matière -s’il y a incarnation.
            Ces questions fondent la modernité cinématographique, qui commence en gros autour de la fin des années 50, avec des cinéastes comme Godard ou Antonioni tiens justement. Il est vrai que ce pan du cinéma, et globalement ce moment de la pensée et de l’art, est recouvert, oublié, zappé. N pas lire Deleuze Foucault Derrida et consorts, très bien. Oublier le Nouveau Roman et Perec, très bien. Mais un amoureux du cinéma peut-il enjamber Godard Antonioni Straub Carmelo Bene Ferreri et tant d’autres?

          • @<a Charles: Je ne te répondrai pas précisément sur Godard/Antonioni, je n'ai pas les clés.
            Je retiens de ton message: soit la puissance de l’image (qui peut entraîner la réflexion mais pas l’inverse, ce n’est pas l’intelligence du propos qui peut rendre une image intéressante). Moi c’est ce que je vois dans Nordiste. Non pas la puissance de l’image telle que tu en parles mais la confrontation entre l’image, le son, le discours et le spectateur. Ce qui provoque la réflexion du spectateur ce n’est pas le discours de l’auteur, c’est bien ce qu’il donne à voir. Pas esthétiquement mais techniquement je crois. Mais pas sûre que nous parlions de la même chose, excuse mon inculture cinématographique.

          • On accepte volontiers que des peintres aient mis en crise des codes de représentation. Pourquoi ne pas l’accepter en art? Pourquoi cette haine majoritaire contre toute forme de questionnement et de subversion des formes canoniques? Pourquoi le cinéma est-il l’art le plus lent à se reconfigurer? On a des hypothèses.

          • @François et Acrtaie: Je n’exprime aucune haine, seulement une préférence. Je ne suis pas contre la modernité cinématographique puisque j’aime Antonioni. Antonioni me semble moins théorique (ou moins frontalement théorique) que Godard car il filme davantage de situations, de lieux (l’Avventura ou blow-up par exemple) que Godard. Je trouve également que Antonioni filme mieux Vitti que Godard ne filme Bardot (encore une fois j’ai l’impression que Godard ne filme que des idées, y compris à travers Bardot). Que Godard ou ses films soient représentatifs des 60s, je ne le conteste nullement.
            Je sais néanmoins gré à Godard d’avoir tenté des choses nouvelles. L’éternel procès en conservatisme envers ceux qui n’apprécient pas n’importe quelle nouveauté est un peu agaçant aussi.
            Enfin, on les questions que tu soulèves sur ce qu’on voit ou sur ce qu’on pense avoir vu traversent aussi une bonne partie de la filmo de De Palma. Sauf que De Palma est plus maniériste, plus impur (De Palma risque la vulgarité, le grotesque, la série Z), moins timide que Godard, moins prétentieux aussi car moins discursif.

          • Oui tu fais bien de rappeler que De Palma, que tu avançais comme alternatif par rapport à Godard, est, de tous les cinéastes américains des années 70, celui qui s’en inspire le plus dans le questionnement ontologique des images. D’ailleurs disons-le, quelle est la grande référence de De Palma, hormis Hitchcock? Godard. Il l’a dit et redit.
            Prendre Blow up et L’Avventura comme exemples d’un surcroit d’incarnation, c’est vraiment très fort (de café). Puisque ce sont peut-etre les deux films emblématiques du sentiment de la perte du monde, et de la perte de l’innocence quant à la capacité à le rendre : tennis sans balle dans l’un, femme invisible dans l’autre.
            Quant à la trivialité, il faut vraiment que tu regardes de plus près les films de Godard, sans doute le plus trivial et cru de tous les cinéastes de la Nouvelle Vague.
            Dernière chose: Godard n’est pas discursif : il questionne des discours. Il les met à plat pour les examiner. Donner à voir? Oui il l’a fait. Mais alors ce qu’il a fait mieux que tout le monde, c’est donner à entendre. L’exemple absolu de ce travail étant One + one et La Chinoise.

          • @François: J’aime aussi beaucoup Bellochio, notamment ses tous premiers films voire Pasolini (sauf Salo) puisqu’il faut un brevet de modernité.

          • c’est quoi par exemple les premiers films de Bellochio? Je connais mal.

          • @François: De même qu’en lecture on peut préférer Pale fire (Nabokov) à la Vie mode d’emploi (Pérec).

          • @François: Je pensais aux Poings dans les poches de Bellochio.
            Sur l’Avventura et Blow-up c’est très juste ce que tu dis et je trouve justement Antonioni pour nous faire sentir cela, pour mettre en image cette perte. En effet Depalma se réfère à Gordard, sauf que chez Depalma c’est toujours passionnant à voir je trouve.
            Pas vu la chinoise, ni One + one mais je doute que cela soit allé aussi loin que ça dans le trivial ou l’impur : http://www.youtube.com/watch?v=phfNTaLCW2Y

          • je ne trouve pas d’extraits de Sauve qui peut ou Numéro deux, mais tu ne verrais de belles
            je reviens donc sur « donner à voir »
            http://www.dailymotion.com/video/xn8qlk_naissance-de-sympathy-for-the-devil-one-one-1968_music
            tu compareras avec la façon dont Antonioni, le supposé sans idée, donne à voir le rock dans Blow Up (film que j’adore, précisé-je)
            http://www.youtube.com/watch?v=jSJGEn4FDys
            (ça ne DIT rien cette coupure d’ampli? et ces attitudes spectrales?)

          • @<a charles: Revu One+One très récemment au cinéma. Je ne vois pas bien le rapport avec cet extrait qui, même s'il va dans le trivial et l'impur n'y va pas si profondément à mon sens. Même si je ne suis jamais sûre de moi en cinoche je peux t'assurer que One+One va beaucoup loin dans l'impur et dans la sympathie pour le diable, on attend même impatiemment le moment où Jean-Luc nous ramène en studio avec les Rolling Stones.

          • Oui, à Nantes il y a un cinéma qui s’appelle le cinématographe parce qu’il est vieux où l’on peut voir des films comme One+One et j’y vais parce que c’est le proche de mon domicile.

          • @François: Dans l’extrait de blow-up, ça SAUTE aux YEUX, ça ne pérore pas (dans l’extrait de One + one non plus je te l’accorde). Une idée oui mais par éruption visuelle.

          • moi je trouve cette scène très bavarde
            c’est justement un des travaux subtils de Godard : convoquer les mots, non pour bavarder, mais pour parasiter la propagande muette des images

          • @Acratie: Si t’es pas loin du cinématographe, t’es pas loin de chez dédé et codette, mes parents.
            On voit la rue du cinoche de chez eux d’ailleurs.
            C’est pas très loin du nord mali non plus.

        • @Charles: Je viens de regarder teorema de pasoloni pour la forme.
          Si j’ai bien saisi le concept on y parle de la rencontre avec dieu puis de sa disparition.
          Ce qui m’intrigue c’ est la femme qui a la foi parce que dieu n’est plus là, celle qui se fait enterrer vivante ( n’importe quoi ).
          Héééé ben dis donc, ah bah d’accord.
          J’comprends que ça t’inspire.
          Dans le mépris de godard il y a une citation à propos de l’absence de dieu.
          Comme quoi son absence rassure les hommes.

      • très drole cette manipulation
        j’ai lu les commentaires avant de regarder la video, du coup je ne sais pas si je me serais fait avoir un peu ou beaucoup
        au début quand le gars « parle » en arabe il n’a pas la meme voix que quand il parle en français plus loin, bizarre
        c’est la voix off qui raconte les blagues et fait le discours délirant sur la france (dont notre dame des landes !!), pas le gars, mais on fait confiance à ce que dit la voix off, pourquoi mentirait elle ?
        notre cerveau fait l’amalgame « l’homme a dit ceci » avec « quelqu’un a dit que l’homme avait dit ceci »

  4. La Manche elle est où ,derrière les dunes ?

  5. Je cherchai une reconversion professionnelle: ça y est j’ai trouvé.
    Double merci Camille,François.
    Demain je me fais interprète,de mémoire j’ai un don en langues enfin je crois.A vérifier!
    Scoop ou communiqué:Depuis la diffusion de ce documentaire Transfuge ne diffuse plus sa page publicitaire sur BAVARIA (original 86 démesurément BIERE)

  6. Au début je ne savais pas si c’ était du lard ou du cochon, si j’ose dire ( wouarf wouarf = rire hellfest ).
    J’ai commencé à avoir un doute quand les mecs pinaillaient à propos de la caméra.
    C’est très déconcertant et drôle, j’aime beaucoup.
    Merci Camille, merci françois.
    Je dis ça au fond de mon cœur, en moi-même.

    • Et tu disais y en a d’autres ?
      J’en veux.

      • ça va venir

        • @François Bégaudeau: Je réitère ma question :

          Et sinon c’ est quoi la petite musique finale de feu de camp beatnik ?

          Merci.

          • As Tears Go By, Rolling Stones
            http://www.youtube.com/watch?v=BqYEGt1iBW4

          • Aaaaah merci, quel soulagement.
            Heureusement que vous êtes là vous, avec vos lettres distanciées.

          • All I hear is the sound
            Of rain falling on the ground
            I sit and watch
            As tears go by

            http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=dW-MnaT2hK8

          • @anne-laure, shash: « all I hear is the sound of… »
            à rapprocher de Camille Lotteau ingénieur du sound de formation (je ne suis quand même pas la seule à avoir fait une recherche sur internet ?)
            je ne sais pas vous
            mais moi les prochaines vidéos annoncées, j’ai comme une petite réticence à aller les visionner, suite à ce premier qui nous a bien mystifié (merci de ne pas invalider le « nous ») !! pour les suivants, faudra avoir le cerveau en alerte ? chercher les 7 erreurs ? vous en dites quoi ?

          • les regarde qui veut
            ne les regarde pas qui veut
            c’est assez simple au fond

          • @françois: sûr

  7. dans la famille des réactionnaires, ici le nordiste
    face à la façon de penser du nordiste telle que recueillie dans ce documentaire, je me sens très tendue : malaise, crainte, rejet du système de pensée de cet homme, peur de la violence, peur de voir des actes violents dans le documentaire.
    ça chauffe du côté du plexus solaire, une colère et une peur mêlées face à cette pensée rigide, à tous les actes limitatifs, potentiellement gravement violents, qui en découlent, surtout à la négation pure et simple de la vie qu’on devine sans mal si on va jusqu’au bout de ce système de pensée
    colère puissante face à cette pensée fasciste mais aussi colère rentrée tellement il n’y a rien à renvoyer, tellement l’écart est grand entre cette pensée totalitaire et la pensée qui rejette cette façon de voir, grand écart qui fait que ces pensées antagonistes ne peuvent s’atteindre l’une-l’autre
    triste, perturbant
    même le côté humoristique de l’aparté sur le site industriel de fabrication de la bière aux Pays-Bas ne parvient pas à me détendre un peu
    (j’ai quand même bien aimé la partie filmée de la recherche dans google, des zooms sur l’usine etc, qui montre l’aisance de l’auteur du documentaire à manier les techniques multimédia – ça suffit à m’épater -, accueilli comme un heureux mais trop léger dérivatif au climat de plomb consécutif au blabla qui ne passera pas par moi du buveur de bavaria)
    quelqu’un reviendra peut-être sur ce que dit l’homme sur la France et l’Etat qui écrase ses citoyens

    • notons quand même que ce nordiste raconte des bonnes blagues

      • @François Bégaudeau: oui à un moment il fait des blagues, inattendu dans un documentaire sur le salafisme, certainement du jamais-vu, donc intéressant
        mais bon
        je m’étais dit que si tu faisais un commentaire à mon post, j’écrirais autre chose : toujours à propos de cette page, plus centré seulement sur la vidéo/le documentaire mais étendu à ton texte introductif à cette vidéo, notamment :

        Alors qu’il s’honore beaucoup plus du second titre que du premier, cet individualiste en manque de repères moraux a commencé à fabriquer tout seul des films documentaires à partir de 2008 par là. Des longs, des courts, des moyens. Vexés par cette entorse au vivre-ensemble, les membres du collectif ont été tentés de lui signifier, lorsque l’égocentrique a envoyé à chacun ses premières réalisations, qu’il n’avait qu’à aller se faire enculer par James Gray. Mais ont finalement concocté une stratégie plus retorse, moins directement anale : accuser réception des films avec enthousiasme, les regarder très attentivement, puis signifier triomphalement à l’auteur que c’est de la merde, et que vraiment il aurait mieux fait de continuer à fondre sa médiocrité dans le collectif.

        jolies lignes de libre expression
        c’est comme ça qu’on vit, qu’on pense, qu’on s’interpelle au collectif Othon
        je crois qu’il y avait une certaine nécessité à poser des lignes comme ça, histoire de poser indirectement une façon de penser et d’agir diamétralement opposée à celle portée par l’homme salafiste de la vidéo
        sinon je me suis interrogée sur la démarche de Camille Lotteau : comment a-t-il pu filmer cet homme au nord-Mali ?

        • Helene je viens de lire la fin de votre commentaire
          j’allais poser la même question me demandant dans quel contexte et comment Camille Lotteau avait été amené à rencontrer cet homme et dans quelle mesure ce dernier a accepté de se laisser filmer.
          Je me suis aussi questionnée sur ce travail du son l’utilisation des différentes techniques de sons et de montages qui apportent une écoute complémentaire et variée en parrallèle du discours .ça rythme aussi la perception de ce court
          (cf montage du son autour des voix: celle par exemple illustrant le commentaire « du journaliste »,ce choix de tonalité dans le grave propre au grand reporter de ce type de reportage induit notre attention par rapport à ce qui a précédé et nous maintient dans l’atmosphére tendue et politique du docu. or par la suite nous n’entendrons plus ce type de voix;celle présentant l’industrie de la bière se révèle et s’entend autrement)

          • La piste des voix est très fertile.
            Tiens nous parlions de Godard récemment. Qui, dans le paysage cinéma contemporain, travaille sur le son comme lui le fait, le fit?

          • de post en post nous sommes de plus en plus précis, c’est le meilleur hommage qu’on puisse faire à ce film

      • @François Bégaudeau: Sais-tu que le deuxième prénom de Fred est Othon ?

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