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Wonder, mai 68

Un film nécessaire et suffisant.
Ça fait dix minutes, et tout y est.
La chance du documentariste, de s’être trouvé là, où a lieu ce qui a rarement lieu.
La demi-chance, parce qu’il fallait y être. S’éloigner un peu de la Sorbonne, voire de Nanterre, pour se poser devant l’usine Wonder, un jour de l’an de grace 1968.

Pour prolonger cette petite joie, on retrouve la voix de cette femme, par intermittences, dans T’as pas fini de m’entendre parler.

 

25 Commentaires

  1. Sont sympas chez Wonder de traiter les grêvistes de putains: 6’10 !

  2. sacrement édifiant sur la place de la parole des travailleurs ,(ici femmes en plus: un handicap supplémentaire!)face aux syndicats qui carrément lui disent « chut  » autrement dit tais toi calme toi, hystérique!on y va par étapes l important c’est la force du syndicat !
    écœurant!

  3. J’avais suivi ce dossier là après la bataille, y’aurait eu des trucs à dire aussi.

    http://grainsdencre.blogspot.fr/2012/03/les-guerrieres-dalbertville.html

  4. le femme c’est le sosie de ma collègue Yvette 58 ans : grande brune belle le verbe haut pas sa langue dans sa poche femme du peuple femme populaire combative de caractère autant de larmes que de cris et vice-versa
    je l’ai déjà vu cette femme, elle est dans le bureau d’à côté

  5. Oui le paternalisme crève l’écran. D’ailleurs à un moment la caméra s’éloigne de cette femme, la laisse, se tourne vers les hommes, et on a tout de suite envie de dire non non, reste sur elle, c’est elle qu’il faut filmer. Je n’ai pas vu le film de Leroux, je vais le faire mais cet extrait est déjà énorme en soi.

  6. Oui c’ est vraiment intéressant cette petite séquence. Je pense que je vais la regarder plusieurs fois (là ça fait deux).
    L’enrobage paternaliste des représentants syndicaux saute aux yeux.
    Parce que l’ouvrière est une femme ? Ou parce que c’ est une ouvrière du plus bas échelon, les mains dans les déchets ? Je pose la question.
    En tous les cas le but est de lui faire lâcher le morceau.
    Lorsque le jeune homme intervient la discussion est plus rude, plus frontale comme si le syndicaliste se sentait alors d’égal à égal.
    Parce que c’ est un homme ou parce qu’il est dans une analyse de la situation plutôt que dans les faits ? Parce que l’échange est intellectualisé ?
    Le mec se retourne et sourit, position défensive. Il préfère garder son statut qu’il croit intellectuellement supérieur. Il pense en savoir plus parce qu’il a accès à une autre sphère.
    Je trouve que cela met plutôt en valeur la fonction de ceux qui négocient avec les patrons. Sont-ils vraiment loyaux envers les ouvriers ces bolcheviks ?

    A noter, du côté des patrons : pression sur les ouvriers nord-africains pour influencer la reprise du travail.
    Un classique.

    • Hier soir, après le boulot, je suis resté longuement dehors à discuter avec une collègue syndiquée.
      Elle m’ a raconté qu’elle avait provoqué une réunion syndicale avec d’autres collègues pour faire le point sur une forme d’abus de pouvoir de notre supérieure hiérarchique.
      Elle y a observé un positionnement très particulier de nos collègues représentants syndicaux : ils prenaient la défense de notre supérieure hiérarchique. N’entendaient rien de la réalité de l’ abus de pouvoir mis en valeur dans le récit des faits.
      Juste, ça fait un peu peur.

    • @anne-laure: Il me semble que le syndicaliste est assez emmerdé par l’intervention du jeune homme. Sans doute estime-t-il, comme tu dis, qu’il a affaire à un interlocuteur plus dangereux, « plus qualifié » que la jeune femme. C’est pourquoi il essaie de le délégitimer en lui disant qu’il ne sait pas de quoi il parle puisqu’il ne bosse pas chez Wonder. Et le jeune — de façon assez humble, je trouve — met en avant ce que lui ont raconté les ouvriers et ce que vient de dire la femme pour essayer de pousser son propos. Si tu vois le film de Leroux, tu verras que l’enquête qu’il mène sanctionne finalement (et tristement) ce qu’on voit dans cette séquence : une parole qu’on nie et qui s’éteint, une autre qui résiste, malgré tout.

      • Avec mes yeux de triste spécialiste de l’archipel d’extreme-gauche, je peux indiquer que le débat entre les deux hommes est typique de la guerre très tendue que se livrent alors les communistes orthodoxes (PC, CGT) et les gauchistes, eux-mêmes divisés en trotskystes et maoistes, ces derniers ayant promu alors ce qu’on appelait le spontanéisme (on les appelle aussi les Mao-Spontex), opposé aux « révisionnistes » du PC qui avait accouché d’une sorte d’aristocratie ouvrière qui controlait les masses (le dénouement de 68 en étant le meilleur faits d’arme, qui voit les gaullistes et le PC s’entendre pour achever un mouvement qui commence à dépasser tout le monde, y compris le PC paternaliste et connement ouvrieriste. D’où le célèbre « il faut savoir arreter une grève  » de Séguy, secrétaire national de la CGT à l’époque. Mot d’ordre que réfutent les maos-spontex, au nom du désir massif de continuer la grève, et de « ne pas rentrer dans cette tole »). Le jeune homme est de toute évidence un spontex, et c’est à ce titre qu’il se situe du coté de la fille, même si en dernière instance il la prend un peu de haut aussi (mais tellement moins)
        Tout cela n’est pas utile pour saisir la puissance de ce film, mais j’indique tout ça au cas où ça intéresserait quelqu’un. Si, une utilité : une preuve en images que la gauche de gauche est une constellation complexe et striée de lignes de front très nettes entre des sensibilités radicalement incompatibles.

        • @François Bégaudeau: Je suis loin de maîtriser mon extrême gauche en 68 sur le bout des doigts, même si, à force de voir des films et des documents sur l’époque, j’ai à peu près saisi les conflits qui se jouent entre le PC (et la CGT) et les mouvements émergents. Ce que je trouve assez sympathique chez le jeune homme de la séquence, c’est qu’on sent le maoïste débutant, qui ne domine pas encore la rhétorique du mouvement. Il n’est pas encore sentencieux, il hésite, il bute un peu sur les mots, et surtout il éprouve le besoin de valider son discours par « le réel » dont témoigne l’ouvrière. Bref, il ne me semble pas encore grisé par sa propre parole, comme le sont tant d’autres intervenants qu’on peut voir dans d’autres documents de l’époque. En revoyant cette séquence, alors que j’ai moi-même un peu de travail et de syndicalisme dans les pattes (mais sans l’éloquence ad hoc), la manière dont se distribue la parole et dont chacun use du discours avec plus ou moins d’agilité me saute aux yeux, comme un révélateur des rapports de forces à l’œuvre. Et je constate que le réalisateur du film oublie, hélas, la fille et se laisse séduire par l’affrontement verbal entre les deux hommes, au final les gagnants de l’Histoire.

          • Oui, on peut supposer que les réals étaient plus portés sur la politique, sport des pères, que sur l’émancipation, jeu des frères.

  7. bonjour,
    Merci pour cette séquence. Je me souviens d’un film vraiment bien – en tout cas, qui m’avait beaucoup plu quand je l’ai vu -, sorti en 95-96, inspiré par cette séquence de refus. Ca s’appelle « Reprise ». Le réalisateur (Hervé Leroux, si ma mémoire est bonne) a enquêté pour essayer de savoir qui était cette jeune femme, et ce qu’elle était devenue. Tout le film est construit autour de cette quête, dont je ne vous livre pas l’issue, mais chemin faisant Leroux interroge les anciens de Wonder, et ce qu’ils racontent de l’univers du travail, de sa hiérarchie, de son organisation, est passionnant. En l’occurrence, ce qui me frappe en revoyant la séquence, c’est le paternalisme mielleux des deux syndicalistes, chapitrant gentiment la réfractaire. Quand j’ai vu « Reprise » en 95, ça m’était un peu passé au-dessus de la tête. Aujourd’hui, je trouve ça terrible.

    • Je ne connais ce film que grace à ce Reprise. Sans doute le paternalisme ne m’avait pas complètement échappé à l’époque, mais je suis comme toi : maintenant il crève l’écran, terrible, insupportable, et c’est vraiment le prix inestimable de cette séquence : des hommes autour d’une femme.

  8. Bonne idée de mettre ce film en ligne, merci. Jacques Willemont et Mathieu Maury (un ami proche) ont sorti en 2008 un film sur 68 à Nantes mais je ne crois pas qu’il soit en ligne.
    http://lautremai.vefblog.net/

    • @Acratie: je voulais insérer mon lien ici, pas au début de la discussion, je suis toujours aussi quiche avec les interfaces.

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