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OFLC saison 2

Il y a un an le site lançait l’Observatoire de Faits de Langue Contemporains, salué par une Pizza d’or aux Geek Awards 2012.

http://www.youtube.com/watch?v=rteQneu4Uzw

Entre-temps un hiver de 17 mois a fait son travail de merde. Le préposé au registre des FLC suggérés par la communauté sitiste, affaibli par l’arthrose et par un fils entré en sixième, n’a pas toujours été aussi réactif qu’il aurait du.

Il est temps de relancer cette belle machine démocratique, car la créativité linguistique ne s’est pas mise en congé juste pour attendre Bibi.

Nous le ferons en sauvant de l’oubli quelques fines suggestions de ce printemps (petit 1), puis y ajoutant les fruits d’une cueillette personnelle (petit 2).

 

Petit 1

Que des Rizzani

 

Slash      j’me rip

A priori c un peu comme j’me barre, j’me casse, j’me tire, j’m’en vais, j’vais voir ailleurs

J’me rip ça scande l’oral c rythmique

Bibi : jamais entendu. Je subodore que c’est l’écourtement d’un verlan, mais je ne vois pas.

Est-on sur qu’il n y a pas de E au bout.

 

Acratie   Bicraver.

J’ai retrouvé bicraver dans un texte sur l’imprimante 3D :
Mohamed bicrave ses statues sociales.
J’avais oublié que ce mot existait et que j’aime bien sa sonorité, la diction particulière, accentuée sur la fin du mot qu’il oblige à avoir. Je crois que c’est un fait de langue car son sens a évolué. Peut-on partir de l’argot pour aboutir à un fait de langue ?
– Il a son Audi le bicrave !
bicrave désigne le dealer.
– Combien tu la bicraves ton Audi Chris ?
bicraver signifiait dealer, c’est devenu vendre par extension (des voitures, des crêpes, de la dope).

Bibi : Puis par extension, le bicrave est devenu un embrouilleur.

 

Shash      aventure humaine

Alors cette formule-là, elle est pas cro-yable
Son avantage? t’es face à moi, tu m’dis ça, t tranquille j’me casse, direct
On peut l’entendre dans pas mal de présentations-spot pub d’émissions de télé réalité, mais pas que.
Dès que ça parle juste de la vie en fait, ça dit aventure humaine, comprendre c’est riche, c’est de l’humain quoi.
Oui tu m’a vu mettre un jour sur mon blouson un sticker avec marqué dessus l’humain d’abord mais là, c’était pas pareil, c’était politique.

Bibi : A rapprocher, sans doute, de la Rencontre. Ou des rencontres. On fait des rencontres. Les voyage c’est la rencontre. La Rencontre avec qui ? Avec l’Autre.
 

Delphine    Pris en otage.

« Pris en otage » peut signifier, dans un sens figuré, que des personnes présentent les choses de telle sorte que l’on ne puisse qu’adhérer, entrer dans leur jeu. A rapprocher de « être mis devant le fait accompli.

Dans le domaine littéraire ou cinématographique, il arrive qu’un écrivain ou un réalisateur s’arrange pour que le lecteur ou le spectateur soit automatiquement ému par l’histoire qu’il raconte, et n’ait d’autre choix que d’apprécier le livre ou le film.

Par exemple, un jour que j’avais lu un livre de Marc Lévy, je m’étais dit que l’histoire passait bien, mais qu’il « prenait son lecteur en otage » , en décrivant de manière spectaculaire des scènes insoutenables (il était question de la torture en Argentine pendant la période de dictature). Le lecteur ne pouvait qu’être en empathie avec les personnages, qu’adhérer, qu’être ému en refermant le livre.

Bibi : j’utilise souvent cette expression, et précisément dans ce sens. Peut-être un peu trop, ou du moins faudrait-il a chaque fois préciser qu’on est jamais pris au piège par un film : toujours libre de partir ou de ne pas être là –contrairement à pas mal d’otages. Bref le rapport de forces avec l’œuvre est toujours en ma faveur.

 

Shash      Prise de risque

Dalle Béatrice a superbement réactivé ce rizzani, hier sur le plateau du grand journal:
Un de leurs chroniqueurs aborde quatre des acteurs de les rencontres après minuit en leur adressant une question qui démarre genre: « dans vos films, vous aimez la prise de risque et vous nous…. » CUT DELICAT de Béatrice : « Quand on fait la guerre on prend des risques, pas quand on fait du cinéma » Béatrice, je t’embrasse avec le bout de langue entre tes deux incisives oui.

Bibi : Béatrice est une matérialiste : elle ne se raconte pas d’histoires. Elle ne se paye pas de mots.

 

Acratie       ça m’fout l’seum
Ca m’énerve, ça me fout les nerfs

J’me suis fait tirer mon ipod putain ça m’fout l’seum
J’ai raté l’bus, trop l’seum
J’peux rien faire, j’ai l’dos pété, ça m’fout trop l’seum

On a aussi une version déprime, suffit de reprendre les mêmes exemples sur un ton plaintif

Viendrait du mot arabe « semm » : venin (selon le gratuit 20 minutes)

Bibi : pas si nouveau, je l’avais repéré dans l’Esquive (2005) et je crois chez mes élèves (avant 2005, donc). Je l’entends depuis quelques années dans ds bouches tout à fait bourgeoises et civilisées. Exemple de circulation bas-haut, prolo-bourgeois.

 

Shash     être op

A prononcer O.P. sinon ça donne hop, t’es repéré tonton jeanmi de la soirée
Selon la situation – et l’âge des protagonistes ? – cela peut signifier, comme jadis, que t opérationnel, en mode top départ, ready to go now sans souci à ce qui est proposé
Ça peut aussi signifier que t le premier sur un post, celui qui initie une discut’sur un forum, que t’es l’opérateur d’un truc, le chef-op en quelque sorte, ou encore qu’un serveur, une playlist sur deezer, une personne est accessible, open peer, ouverte au partage un peu, donnant ainsi un coup de jeune au elle est open des quadra-quinqua, un coup de ripolinage dirait mamie jeanine.

– arthur mixe au showroom ce soir, t op ?
– comment faire sa candidature pour être op sur le serveur ?
– notre team a créé un logiciel qui permet de devenir op sur n’importe quel serveur (telle version) nous travaillons encore dessus, je vous mets le lien

– … faire croire qu’il est possible de devenir OP sur un serveur sans les droits…
http://www.mtxserv.fr/article/50/etre-op-sur-le-serveur
– pour en revenir à ce que dit l’op de ce fil de discussion

Bibi : Il faut ajouter la date décisive de la vie de ce FLC : De rouille et d’os, au printemps 2012. C’est par cette formule sms que l’handicapée Cotillard signale à son sauveur qu’elle est dispo pour baiser, ou demande s’il l’est, ou les deux, ou le second impliquant l’autre. Il me semble me souvenir qu’elle écrit : opé. Mais je ne suis plus si sûr.

C’est dans ce sens de disponibilité sexuelle que je l’entends le plus souvent.

 

shash  c’te profil/ v’là pas l’profil:

Autour de la table de café, ça tactile de la tablette:
-t’as vu le profil de celui-là, ça craint,
– vl’à pas la tronche, on dirait mon oncle, j’te jure, la même coupe top ringue
– et cui-là, cui-là, re-gardes c’te profil, t’as lu ou pas?
– et l’aut’comment i poooose
– et là le sourire, le sourire, c ouf
– oh putain t’as raison ça craint,
– tous ces profils, on croirait la vitrine d’un vieux magasin de fringues que j’avais vu en alsace, à munster je crois, et ben même on m’aurait dit, choisis c’que tu veux c gratuit, ben i’avait rien à sauver, j’te jure, un vrai carnage la mode là-bas
– et toi au fait, t’as mis quoi sur ton profil fb? la dernière fois que j’l’ai r’gardé t’étais en partenariat domestique avec ton chat
– attention, j’amène les verres, le gin-to il est pour qui déjà ?
– eh madame j’ai une idée, on joue à profil-cocktails, vous nous matez et vous d’vinez c’qu’on a commandé
Alors la serveuse sourit, se met de profil et dit:
« m’avez bien r’gardé? »
puis elle pose les 6 verres hurricane au milieu de la table et repart sur ses rollers vers le comptoir

Bibi : au bout du compte je ne sais plus trop où se trouve le FLC ici. Profil ? Ce que je retiens, c’est surtout le v’la. FLC qui m’épate total, que j’entends peu, et qui semble pourtant très pratiqué. Il m’épate parce que je ne vois pas comment ça a pu se fabriquer, et je vois encore moins comment l’utiliser.

 

Acratie

Est-ce qu’on assiste à la naissance d’un nouveau fait de langue avec: « Nan mais allô quoi » ?
In extenso : « Allo quoi, nan mais allô quoi, t’es une fille et t’as pas de shampooing ? C’est comme si je te dis : ‘t’es une fille et t’as pas de cheveux ». D’abord dans « les Anges de la téléréalité », puis buzz sur le net, en boucle sur Rire et chansons et hier soir au troquet vers 23h dans la vraie vie. « Nan mais allô quoi, y veut même pas m’payer un coup !  »
Est-ce que ça va tenir ? Ça marche bien avec le geste et l’air outré.

Bibi : ce post date de mars, début du phénomène Nabila. A l’heure où j’écris ces lignes, l’usage de ce allo signale immédiatement le blaireau. Dans l’histoire des FLC, sans doute un ceux qui s’est consumé le plus vite. Réponse à Acratie, donc : ça n’a pas tenu. Mais Nabilla tient bon. Elle a déposé la marque et ne crèvera jamais de faim. Tant mieux pour elle.

 

Petit 2

Quelques FLC relevés par Bibi.

 

D’abord un Dugommier, car les Dugommier sont plus rares, ou plus durs à relever. Celui-là est assurément le Dugommier de l’année 2012-13. « On voit bien que… » Celle folie sera peut-être passée à la rentrée 2013, auquel cas on n’aura qu’à regarder n’importe quel débat télévisé de l’année qui vient de s’écouler, n’importe quel C dans l’air ou Mots croisés. Le politique et l’éditorialiste adorent mettre « On voit bien que…. » en début de phrase. Le politique, l’éditorialiste, et parfois Bibi, comme il a pu s’en rendre compte en s’écoutant parler, son loisir préféré.

Faut-il gloser ce FLC dans le sens d’une prise d’otage de l’interlocuteur ? Sous-entendu : ce n’est pas une opinion que je formule là, c’est un constat : « on voit bien que la France a tout intérêt a suivre l’Allemagne dans la préconisation de la rigueur ». En ce sens il serait l’écho du fameux « Tout le monde sait bien » de Sarkozy. « Tout le monde sait bien que la France ne peut se passer du nucléaire » Mais attention à ne pas trop donner de sens à ce qui est devenu tic mimétique (mimétic) et, devenant tel, s’est vidé de tout sens.

 

Les émissions de téléréalité restant le meilleur pourvoyeur de FLC issu des classes populaires, on a bien tendu l’oreille devant la reprise de Popstars en juin dernier. Grosse déception. Quoi de neuf ? Que du vieux. Cela tient-il à l’âge finalement pas si bas des quatre gagnantes (trois ont autour de 25 ans) ? En tout cas les expressions-clés sont, soit étonnamment désuètes (truc de ouf, truc de dingue, advenus dans Loft-Story il y a dix ans), soit des recyclages avec retard de Dugommier apparus dans les classes branchées-urbaines :

-« juste » (« Enregistrer dans le studio d’Alicia Keys, c’est juste hallucinant »). On ne refera pas l’histoire de cet anglicisme (« it’s just amazing » devenant « c’est juste incroyable », mais on constatera donc ici une circulation linguistique haut-bas. Ca part de la bourgeoisie mondialisée, et ça arrive dans la classe moyenne du Sud-Est, très représentée dans les Mess (nom du groupe vainqueur)

-« clairement ». On repérait ici même, il y a un an, le « très clairement » et le « clairement » qui à cette époque faisait des ravages, et en fait peut-être un peu moins. C’est déjà l’heure de sa massification, et par voie de conséquence, on le retrouve en tic dans la bouche de Chéraze. Par exemple a 6’56 ici : http://www.purebreak.com/news/the-mess-popstars-2013-cheraze-leader-du-groupe-gagnant/60652

Et aussi à 3’59, dans la bouche de Léa.

Notons dans cette vidéo la persistance de vieux FLC (oxymore ?) : voilà (une dizaine d’occurrences), c’est énorme, c’est clair, maintenant (en début de phrase, = cela dit) et l’incontournable « c’est que du bonheur » (variante Tour de France : c’est que du bonus) qui amalgame définitivement cette sortie orale à celle des sportifs. On tient alors la cause d’une telle pénurie de FLC dans l’émission : le triste recadrage de la langue des filles en langue d’entretien d’embauche et de communication. D’autant plus triste que sans soute auto-recadrage. Les filles se mettent en position.

 

En désespoir de cause on s’en remettra à Secret Story, où les candidats sont paradoxalement plus libres. Leur langue moins tenue. Entre les scandaleux bips pour masquer leurs jurons, on a par exemple noté avec joie un somptueux « Tu pues la défaite ». A suivre.

 

Un Dugommier perçu sous des contrées sociales très éloignées du périmètre jeune : « In fine ». FLC très en vogue à Rome au premier siècle, exhumé par les éditorialistes et les patrons en réunion ou interview. On suppose que « in fine » se dit beaucoup à HEC. A traduire par « en dernière instance », « au bout du compte », ou par le littéral « au final » qui fait encore des ravages ici et là. Mais comme c’est un Dugommier le sens importe moins que la scansion. C’est un impulseur de phrase (comme « on voit bien », ou « si vous voulez »)

 

Un Rizzani pour la route :

« J’achète. »

Dans le sens de : je prends, j’approuve. Très pratiqué en entreprise, et par exemple dans le culturel.

-Je me disais qu’on pourrait changer la fin du scénario : le héros se casse à Londres pour une nouvelle vie.

-J’achète !

Le négatif existe aussi :

-Les réunions à 10H du mat’, moi j’achète pas.

Repéré depuis une petite année. Pas encore si développé. Déjà mort ou en devenir ?

 

Pour mémoire : L’OFLC : qu’est-ce que c’est ?

Les Dugommier

Les Rizzani

Pour participer : poster sa proposition dans les commentaires de la saison en cours, ci-dessous donc pour le championnat 2013-2014.

526 Commentaires

  1. stop le make up / arrête le make up / tombe le make up
    existe aussi en plus personnalisé
    qu’il/elle stoppe son make up / qu’il arrête son make up / qu’il tombe son make up

    – Stoppe ton make up Bro tu lui plais pas, lâche le sérieux, ça fait trop tiep
    – Cinq fois qu’il revient à la charge avec son niveau de volley le mec, qu’il arrête son make up avant gobage de ballon
    – Les émissions sur france 2 pour les présidentielles? une sorte de maillon faible, de carnaval où t’as qu’une envie c’est que chacun tombe le make up (où on peut ici oui chantonner discret le sans lien tomber la chemise)
    – S’il m’emmerde encore avec ses réflexions, lui stoppe son make up à la prochaine réunion

    se dit quand t’en peux plus du ciné de ton interlocuteur-trice, d’un interlocuteur-trice
    quand tu satures de son jeu de rôle ou de la posture dont il/elle s’est grimmé(e) – costume de la collec des Frères oui –

    son usage est total subjectif, relatif, fait état d’une irruption-irritation xl au ras du bol pour lui signifier qu’on a pigé le truc, que c’est bon là, qu’il est temps de passer à autre chose

    équivalent plus ou moins amical du quasi disparu ´ on t’a r’connu Lulu ´ (si si) qui vaut comme dernière tentative cordiale et apaisée avant coup de boule

  2. choqué(e)
    avec le ‘o’ bien fermé et en laissant trainer le ééé
    – en cours un élève a dit merde au prof de maths, j’étais chôquéééee !!

  3. begodo
    – rime avec rigolo
    – écriture familière pour ‘bégaudeau’ plus long à écrire et plus sérieux
    – limité à la communauté sitiste, mais ‘étudier son jardin c’est étudier la forêt entière’

  4. si ça fait un moment déjà qu’a été signalé aux officiers assermentés de l’oflc le contemporain posé pour tranquille il me semble, on le re-soumet ce jour car, alors qu’on s’en retournait de la cinémathèque jeudi dernier, on se l’est joyeusement chopé dans l’oreille dans ce qui nous a semblé pour un autre usage:

    vla comme c’est posé ici (prononcer poseëy)

    ouais et c’est dev’nu bien reuch ici aussi, j’traîne jamais trop par là sauf depuis quia la nouvelle gare
    posé pour beau ou chouette alors aussi? Ici c’était à propos de la vue jaillie dans un des écrans-fenêtre du métro hétérotopique chaque fois qu’il sort en aérien (ici dans le sens bercy direction place d’it)
    Après, vrai qu’une ville la nuit

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