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Littérature et communication, parlons-en

Une interview de François par Néa Moni pour Paradoxes, revue shangaïenne de Philosophie

Néa Moni : Pourquoi avoir choisi de communiquer avec autrui par le biais de la littérature ? Pensez­‐vous qu’elle ait un avantage particulier sur les autres formes de communication ?

François Bégaudeau : Les faits parlent  d‘eux­‐mêmes : c’est cette voie que  j’explore en priorité, incessamment depuis dix ans. Il faut croire que je m’y trouve bien. Mais c’est sans doute justement parce que la littérature n’a pas vocation à communiquer. Il faut savoir que beaucoup d’écrivains s’étrangleraient de voir leur travail accolé au terme communication. Si j’ai quelque chose à communiquer, ce n’est pas un roman que je dois écrire. Mais une lettre. Ou un discours. Ou un article. Ou… un communiqué.

Cela étant posé, vous trouverez deux positions extrêmes : d’un coté, certains définissent la littérature comme n’ayant rien  à dire, n’ayant pas d’objet en dehors d’ elle-­‐même ; de l’autre certains se servent des livres pour faire passer des messages, des idées, des thèses, des leçons édifiantes. Je crois qu’on peut appeler littérature le mode d’expression qui navigue fébrilement entre ces deux pôles. La littérature c’est une diagonale entre dire et ne pas dire, entre le sens et le silence. La littérature exprime, mais de façon oblique, détournée. La littérature c’est le détour.

Je crois qu’elle est aussi le lieu où se complexifient les messages trop clairs. Ecrire de la littérature, c’est mettre à l’épreuve de la phrase des généralités, des évidences,  des lieux communs. Les lieux COMMUNS peuvent se COMMUNiquer dans des énoncés simples. La complexité ne s’exprime pas, elle se déplie, elle s’agence. Et pour ça elle a besoin de la langue littéraire, dense et noueuse.

Pensez-vous que les mots et leur usage en littérature permettent de représenter parfaitement notre pensée ? Est-­ce leur fin ?

Là encore on se trouve pris entre deux thèses : d’un coté les mots seraient inaptes à exprimer la pensée, de l’autre ils ne seraient qu’un outil transparent pour l’exprimer. C’est évidemment plus complexe. Les mots c’est à la fois ce qui permet et empêche la pensée. Outils et obstacles. C’est leur grandeur diabolique. Beaucoup de mots sont disponibles, formant une sorte de prêt‐à‐penser qui dispense de penser. Dans Tu seras écrivain, mon fils, j’essaie de lister et  déconstruire ces mots qu’on utilise spontanément pour penser la littérature, alors que ce sont de mots creux (inspiration, obsessions, blessure, page blanche,etc). D’un autre côté,  je reste assez convaincu que  “ce qui se pense bien s’énonce clairement”, selon le credo classique. Reste juste à savoir si la littérature est le lieu de la clarté. Il me semble qu’elle es à son meilleur quand elle plonge en eaux troubles, quand elle explore les zones de confusion. A chaque intention sa forme : le roman pour le trouble, l’essai pour la clarté. Même si pour ma part je n’ai cessé de créer des brouillages entre ces deux genres.

La suite est à lire directement sur le site de la revue : Entretien avec François Bégaudeau

 

161 Commentaires

  1. je lis aussi dans « deux singes » que tes émotions les plus « denses » tu les as vécues avec ton groupe de rock
    j’ai fait la même expérience, je la fais encore avec les concerts avec mon groupe, petit groupe d’amateurs, plus fort en énergie et en illusions qu’en musique réellement. souvent j’ai pensé quitter le groupe en décalage par rapport à différentes choses mais je continue à jouer avec eux pour les moments magiques que sont les concerts (pour des moments d’amitié aussi mais assez rares quand même), magie liée à la musique, belle quand on ne joue pas comme des bourrins, à la force du collectif du groupe qui prend le dessus sur les musiciens qui d’individu à individu se détestent autant qu’ils s’aiment, aux gens qui viennent, passent,rencontres éphémères, intenses parfois, à l’ambiance festive, à l’aventure qu’est un spectacle, aux lieux en plein air souvent etc.
    bref l’ambiance musique est très forte en émotion encore plus quand on est acteur de l’événement je crois. d’autres ambiances le sont aussi, ambiances sportives, ambiances festives. je crois que l’émotion forte ressentie lors de ces événements est certainement liée au fait d’être rassemblés nombreux et l’émotion forte pourrait être le sentiment d’un bonheur collectif primitif, un concentré de vie

    • @Helene:
      ‘tain c’est la classe
      c’est quoi ton instrument (la voix en étant un)?

      • @thierry saunier: c’est gentil thierry, la musique c’est classe oui, la vie d’un groupe beaucoup moins classe, même à petit niveau il y a des gens compliqués, susceptibles (on avait dit que c’était moi qui faisait l’intro, bouderie et cie)bref. moi c’est violon, un peu de voix sur deux morceaux, j’aime bien

        • @Helene: un peu de violon dans le punk rock, un peu de brutalité dans un monde de tendres

          • @thierry saunier: précision je ne suis pas dans le registre punk-rock, mais du côté musique orientale juive (klezmer), irlandaise aussi
            la communauté juive est importante à Strasbourg, y a aussi des Bretons dans le groupe et à Strasbourg, cette musique vient un peu de ça, on a aussi un Italien qui improvise à la clarinette en pensant aux aristochats, un gros merdier en fait et on demande 500€ pour une animation d’1h à 1h30, on se fait pas chier en gros, amateurs

        • @Helene:
          ça a l’air d’un beau bordel, ton groupe
          j’adore
          de toute façon, j’adore tout ce qui est un beau bordel

    • cette densité était aussi spécifiquement liée au punk-rock, la musique la plus explosive du monde

      • @François Bégaudeau: oui dans le rock et avatars il y a une énergie dense qu’on ne retrouve pas dans d’autres musiques, une sorte de magma informe
        j’aime bien qu’on aime cette musique pour ce truc un peu « début des temps », primitif, transversal (comme ça que je le vois), mais pas qu’on aime cette musique comme un style qui permet de se démarquer de la masse

        • @Helene:
          comme le monde (en tout cas celui du rock) est bien fait, l’on y trouve cette équation merveilleuse
          source d’énergie inépuisable + culture populaire, mainstream, de masse.

        • les deux sont inextricables
          il y a la part physique et la part distinctive (musique/sociologie ; corps / politique)
          dans un certaine rock dandy la part distinctive domine, dans le punk-rock un peu moins je crois

  2. je crois que je peux revenir parler encore un peu de « deux singes »
    deux choses à dire, une première que j’ai pensé très tôt en lisant le livre, c’est que le livre est tellement explicite qu’une interview basée sur une explicitation du livre n’a donc pas d’objet, il suffit de lire, une interview ne peut donc se faire que sur : citer des extraits ou paraphraser le livre au risque de se tromper parfois car le livre est assez subtil, nécessite un temps de lecture et de rumination, temps que les journalistes n’ont peut-être pas. ce qui explique peut-être en partie pourquoi que les interviews à propos de « deux singes » se sont mal passées ou pas passées
    deuxième chose, plus intéressante peut-être car portant sur le texte même : oui « deux singes » est bien un récit, récit dans le sens littérature. ce qui me fait dire ça, c’est entre autres deux passages du livre, rapprochés : dans 2008 (fin du chapître)tu écris (je ne reprends pas l’extrait, je préfère reformuler ce que j’ai retenu) que ta vie telle qu’elle était et telle qu’elle a évolué, c’est d’abord une page avec une marge, marge marginale (c’est lourd c’est fait exprès pour appuyer sur le sens) puis la marge a grandi jusqu’à devenir la page principale. tu revisites façon cahier 96p la métaphore vie-livre, tu revisites le cliché, qui du coup n’en est plus un, littérature.
    ensuite au chapître 77 (début du chapître) tu décris sous une autre forme, imagée encore, littérature encore – l’image seule ne fait pas littérature mais la justesse de l’image oui – là où a pu commencer la déviation de ton parcours de vie : le fil paternel dans la salle à manger où est dressée la table du banquet républicain, le fil fraternel dans la chambre des frères où s’écoute du rock. c’est magnifique ces fils, chaque lecteur les interprète selon sa culture, pour moi c’était des fils électriques, des fils d’araignée, le fil d’Ariane, on peut imaginer pas mal de choses qui se superposent – peut-être que plus l’image est simple, plus elle est riche, littérature
    enfin – je n’avais pas annoncé 3 points mais le 3ème point insiste pour figurer dans ce post, point très simple, qui se dédouble :
    le fil fraternel. la description de la relation de Chouchou à son frère aîné est juste et déchirante aussi qui se termine par le fait dévoilé au hasard d’une proposition que Chouchou et son frère ne se parlent plus depuis 92 : c’est long (20 ans en gros) ! on se demande ce qui s’est passé, en même temps on ne veut pas le savoir, on en prend acte simplement en se disant que ce serait mieux que ça ne soit pas et on note aussi que Chouchou dira une page plus loin qu’il aime ce frère même s’il lui a cassé les pieds souvent – comme il se doit dans les fratries, une manière de lui tendre la main discrètement, la lectrice interprète
    le fil paternel : bizarrement Chouchou parle de « fil paternel » mais pointe les contradictions de sa mère, politisée à gauche suite à son mariage – dit Chouchou. ça m’a interrogé ce déplacement de la critique du père vers celle de la mère : le père politisé mais peu loquace, la mère plus expressive dans ses opinions, qui donne donc plus de prises à la critique ?
    forcément je me suis demandée si ta mère, ton père ont lu « deux singes » et si oui quelles ont pu être leurs réactions. très courageux je trouve, je serais incapable pour ma part de publier un texte qui renvoie à mes parents en quoi j’ai dévié de leur éducation et du monde de leurs idées, pas ce courage, peut-être l’idée aussi que la génération qui suit (mes enfants) critiquera mon propre monde, et que même si c’est légitime ça ne me plairait pas trop, bref. je pense que pour toi l’important était de poser qui tu es vraiment, autant dans ta vie privée que dans ta vie publique, pour chasser tous les malentendus qui ont existé et existeront encore mais qu’il sera facile de dissiper en renvoyant à « deux singes »

    • Bien vu, la petite incidente sur le frère perdu de vue. Oeil aiguisé.

      En revanche ma mère n’est pas présentée comme contradictoire. D’ailleurs le livre ressasse pas mal l’inanité du terme contradiction (paresse de l’esprit) Ma mère a juste deux forces (et sans doute plus) qui cohabitent en elle : la rurale grimaçante et l’ascendante civilisée (ou se voulant telle)

      Un point important : aucune critique des membres de ma famille, dans ce livre. Pas de critique du père. Je décris des processus. je décris en quoi je tiens de mon père et en quoi pas du tout. Ca ne vaut pas adhésion ou réprobation. C’est du récit.
      D’ailleurs la seule chose qu’a glissé mon père sur le livre (ma mère, comme on sait, ne me lit pas), c’est : « ils se sont manifestés les gens dont tu parles dans le livre? Parce que tu en parles avec beaucoup de bienveillance, mais ça pourrait quand même les gêner » (bel exemple d’énoncé détourné, non?)
      Pour l’anecdote, j’ai répondu : encore faudrait-il qu’ils l’eussent lu, et de ce coté rien à craindre.

      • @François Bégaudeau: oui effectivement tu ne les critiques pas directement, tu critiques des idées auxquelles ils adhèrent, il y a une nuance, c’est important les nuances
        pour ta mère effectivement j’avais fait l’hypothèse qu’elle n’avait pas lu ton livre, tu valides, enfin tu dis que tu valides, à voir, en tout cas tu ne mentionnes pas de réaction de sa part, donc je me dis que peut-être tu valides réellement
        la réaction de ton père me plait bien
        oeil aiguisé note que tu emplois parfois le subjonctif avec ton père

    • @Helene:
      ça m’intrigue aussi, cette histoire de frère.
      Chuis pas trop d’accord avec toi, Hélène : moi j’ai (ou j’aurais) envie de savoir
      Moi même avec le mien c’est vraiment service minimum
      Il y a vingt jours, il a essayé de me joindre au bureau (j’ai pas de téléphone perso) parce que ma nièce (11 ans) avait un exposé à faire sur le surréalisme. Depuis Singapour je précise quand même. Bref.
      Nan, la question que je voulais poser à l’auteur, c’est ;
      des frères (ou soeurs) qui se parlent pas depuis 20 ans j’en connais
      des frères (ou soeurs) qui ont un lien dans le passé aussi fort que « le fil électrique dans la chambre des frères », aussi
      Mais alors qu’il y ait un « malgré » le deux, ça c’est plus rare.

      Un récit, pour déplier ça ?

    • @Helene:
      sur ce que pensent les proches, far away of the people who care If I live or die, c’est bien résumé, de ce qu’on écrit, trois remarques à titre d’hypothèses.
      1. S’en foutent; liront pas ; chacun sa came (ou ; bah il a tjs été weird, çui-là)
      2. Lisent mais qu’apprennent-ils par rapport à des échanges déjà multiples oralement ? Pour dire : je tolère que tu me dises que tu m’en veux à mort pour le saccasge de ta panoplie de Goldorak en 1978 (dès 1979 c’était tellement out que personne ne peut pu en vouloir à personne) mais si tu l’écris je te mets la tête au carré faut quand même sacrément sacraliser la littérature ? nan ?
      3. Sont quand même capables de faire la diff’ entre telle ou telle affirmation discordante et le fond de bienveillance sur lequel elle s’inscrit.
      Comme sur ce site quoi.
      Cf un vieux post de Jérémy.

  3. @thierry saunier : il y a ramadan bientôt mais peut-être que tu n’es pas musulman
    on en rit
    de nos formes (eh je suis pas longiligne)
    on a tous le même poids (21g), non ?
    à moins que tu sois athée (ou agnostique)

  4. Dire que « Sartre le jour d’après » est un livre (de) centriste est presque aussi drôle que de le qualifier, dans un post précédent, de pamphlet contre Sartre. C’est plus subtil, certes, mais, pour qui sait lire, c’est aussi comique.

    • @thierry saunier: pamphlet contre Sartre précédé de lisons à l’envers j’ai adoré ton, ce qui change tout dans le contexte de ces échanges. Je suppose que tu l’as pigé mais je rectifie pour ceux qui comme moi prennent tout ça en cours.

      • @Acratie:
        salut.
        glad you’re back.

        précision utile : merci. c’est en effet ironique.

        mais autre précision : centriste aussi est ironique.
        Pas compliqué, suffit de lire mon bafouillis, certes long sur « Deux S », et « Notre coeur tend vers le Sud ». Rien que ça, ça suffit.

        Mais bon que celui qui n’a jamais taquiné personne avec un brin – ou une tonne – de mauvaise foi lui, me, nous jette la première pierre…

        • @thierry saunier:
          Je voulais t’écrire sur « Notre coeur tend vers le Sud » mais j’avais besoin de temps et je voulais lire « La reine Albemarle ou le dernier touriste » avant pour mieux comprendre, dommage épuisé et à 79€ d’occas, j’ézite deux minutes. Mais sache que je ne remercierai jamais assez JP de m’avoir permis de péter le score local à l’épreuve de philo du bac – sujet : un homme libre est-il un homme seul ? Fastoche.

          • @Acratie:
            on peut lire, et apprécier – ou détester – « Notre coeur tend vers le Sud » sans, encore heureux, avoir lu La reine Albemarle ou le dernier touriste .

            Ceci dit, si tu y tiens, je te donne deux pistes ; ce texte est aussi dans la Pléiade des Mots et autres écrits autobiographiques de 2010. Avec le Nizan, le Merleau-Ponty et les fabuleux Carnets de la drôle de guerre (tout ça, textes joints si tu me les réclames).
            Pléiade vachement mieux que celle de 1981 (romans)
            dans les 70 € neuf, probablement moins d’occase.

            Mais surtout, ce qu’il faut lire si on s’intéresse au Sartre italien c’est Situations IV le meilleur des Situations. Nizan, Merleau, les deux Camus, André Gorz (un beau texte méconnu), et,nous y voilà, à la fois les deux fragments de la reine Albemarle publiés de son vivant, en 1953, « Venise de ma fenêtre » et « Un parterre de capucines », et aussi « Le séquestré de Venise », sublime texte (1957), sur le Tintoret qui n’est pas dans « La reine Albemarle » mais s’en est « échappé ».

            25 € neuf, probablement 10 ou 12 d’occase.
            A noter qu’il faut se magner, car Arlette Elkaïm-Sartre est en train de refaire des éditions scientifiques intégrales, du beau travail mais qui va décaler les numéros de situations telle que nous les connaissons.

          • @Acratie:
            le nombre de sartriens qui le sont pour avoir eu une bonne note au bac de philo grâce à lui.
            Bah y a pas de mauvaises raisons pour lire de bons livres.
            Dieu écrit droit par lignes courbes.

  5. la liberté de parole ça finit par fâcher tout le monde
    ce que je me disais en lisant – vite et mal comme d’hab mais on ne se refait pas – ce chapelet de posts

    • @Helene:
      alors là j’ai rien compris;
      d’où c’est que je suis fâché?

      • @thierry saunier, François: mais tu n’es pas « tout le monde »
        c’est ça ce que tu voulais entendre ? 🙂
        j’ai eu une sale journée, notamment l’accueil d’un vieil homme battu par sa femme à coups de cuiller, privé par la même de ses médicaments contre le cancer etc (j’ai rien à faire dans une salle des profs)
        je me disais aussi que j’allais me mettre à la lecture des auteurs morts, au pire ils se retournent dans leur tombe comme on dit, mais non
        donc continuer la lecture de « deux singes » (t’as pas encore fini ? qu’est-ce que tu fais de tes journées ? ben mon taf et autres)
        pas du tout pris pour un essai, faudrait déjà que j’en ai lu, lu comme un recueil de nouvelles peut-être, pas mieux, je précise quand même
        je me dis que quelle que soit la lecture qu’un lecteur fera de « deux singes », il me semble que cette lecture sera toujours à côté, plus ou moins. sauf la lecture de Thierry peut-être qui a un parcours selon ses dires un peu similaire et qui est un ami en or de toute façon, conciliant etc.
        François, je ne sais pas si tu te rends compte de la difficulté pour un lecteur lambda de lire « deux singes ». c’est un peu comme lire dans ton cerveau via un livre certes, c’est pas simple même si tu as fait un gros effort d’analyse et de synthèse

        • Allez, je la fais : dans l’ordre c’est beaucoup plus simple

        • « je me dis que quelle que soit la lecture qu’un lecteur fera de « deux singes », il me semble que cette lecture sera toujours à côté, plus ou moins. sauf la lecture de Thierry peut-être qui a un parcours selon ses dires un peu similaire et qui est un ami en or de toute façon, conciliant etc. »
          Belle hypothèse réjouissante, Hélène. Ne pourraient etre un peu dans le livre que ceux qui auraient vécu ce qu’il raconte? C’est à se flinguer.
          Pour info, des gens qui n’ont pas du tout ce parcours ont semblé apprécier ce livre. Il est vrai que ces pauvres moutons scolaires se sont astreints à le lire dans l’ordre
          D’ailleurs Thierry n’a pas vraiment le même parcours que moi : il n’a jamais été marxiste (c’est plutot un centriste) et n’a jamais fait de punk-rock. Par exemple.

          Une dernière fois :
          une lecture est libre, interprétative, subjective, reconfigurante OK OK OK OK OK OK ET TANT MIEUX TANT MIEUX TANT MIEUX TANT MIEUX
          mais
          – puisque c’est toujours le cas, pourquoi surprovoquer cet écart en lisant dans le désordre?
          – ça n’exonère pas le lecteur d’essayer un mimimum de comprendre ce qu’a tramé l’auteur.

          • @François Bégaudeau: oui il est temps de clore ce chapître. en épilogue juste dire que j’ai mes raisons de faire ce que je fais que je ne développerais pas, juste m’excuser de ma bêtise à dire « je lis dans le désordre », ça ne se fait pas, on peut le faire on peut tout faire mais c’est idiot de l’afficher comme le nez au milieu de la figure. voilà

          • effectivement c’est peut-être le noeud de l’affaire

          • @François Bégaudeau:
            d’ailleurs le post de Delphine est aussi imparable que le théorème d’Archimède, appelons-le théorème de Delphine.
            Si moi j’ai rien sauté, c’est que je n’ai, bien sûr, rien d’un centriste. (Et que je pige le punk-rock, à défaut de le pratiquer. Par exemple.)
            mais chacun avait deviné qu’il s’agit là d’une petite taquinerie, amicale, bienveillante et de mauvaise foi, à peu près équivalente à dans l’autre sens mes comparaisons amicales, bienveillantes et de mauvaise foi – c’est bon je l’ai dit – avec Régis Debray. C’est juste que ça marche moins pour moi, puisque je souris à chaque fois que lis ça, quand François se roule par terre de rage quand il lit les miennes.

            Un petit scoop, les sitistes ?
            Au début (tiens ça me dit quelque chose ce phonème), quand il s’est agi de mettre on line mon bafouillage de 28 000 signes, il voulait retirer les références à Régis (et bien sûr je lui avais tendu la perche, comme si je le voyais pas venir avec ses gros ciseaux) en me disant, je me pisse dessus de rire en lisant ça, « ça brouille le message ». Ben voyons.
            Mais la littérature moins la mauvaise foi, ça tiendrait sur trois rayonnages. Proust, par exemple, ça ferait cinq feuillets.
            Vous savez tous comment tout cela a fini.
            Je tiens son  » le pire est que cet imbécile parvient presque à être convaincant » pour le plus grand éloge que j’ai jamais obtenu en littérature.
            Le seul problème c’est que ça va m’encourager dans mon vice.
            « Lâche l’affaire dit-elle; tu n’as aucun besoin, jamais, d’être encouragé dans aucun vice. Tu fais ça très bien tout seul ».

          • @François Bégaudeau:
            Ne pourraient etre un peu dans le livre que ceux qui auraient vécu ce qu’il raconte? C’est à se flinguer.

            Alors ça tout à fait d’accord. Je dirais simplement : un surcroît d’affinités projectives (c’est quoi ça?) sinon existentielles, semble envisageable pour ceux qui ont quelque chose de commun, à commencer par la date de naissance ce qui induit pas mal de références communes au fil du récit.

            Selon moi un centriste est tout à fait à même d’apprécier ce livre. Personnellement j’en connais aucun, et pour cause, mais je suis prêt à faire ce pari.

          • @François Bégaudeau:
            petite leçon de français au passage :
            D’ailleurs Thierry n’a pas vraiment le même parcours que moi
            = il a le même parcours (en gros), mais ça lui ferait trop plaisir à ce baltringue si je le reconnaissais.

            Si FB, maître ès prosodie(s) avait voulu faire passer sa mauvaise foi jouée (et super bien jouée je le dis au passage) pour une véritable conviction intime, il eût écrit :
            TS n’a vraiment pas le même parcours.
            C’est beau la langue française, non, qui permet de telles nuances ?

          • Hélène,

            Il y a un vrai complot contre moi des gens minces; après le « 71 kilos pour 1 m 80 » de « Deux S » qui m’avait déjà rendu rageux (ça se voit dans mon texte, v’là que tu t’y mest. Help !
            Tiens, y a mon ange à moi qui vient, c’est elle ; elle murmure un truc, je pige pas trop, je tends l’oreille
            « Régime, régime  » dit-elle.
            Garce.

        • @Helene:
          portnawak, moi avec la salle des profs !
          « de toute façon à part Sartre et Manchester United portnawak c’est un peu ta devise en fait » dit elle.
          Dure journée, j’avais deviné. Pasque fâché, ça c’est pô possib’.
          Plutôt amusés mes posts. (sinon amusants)

          Courage !

          • @thierry saunier: c’est gentil de me souhaiter du courage, même si ce n’est pas précisément ce dont j’ai besoin.
            sais-tu que c’est (« courage, courage ») ce que l’ange Gabriel a soufflé à je ne sais plus quel prophète (je regarde, je te dis). tu vas me prendre pour très marteau mais moi un jour un ange entouré d’acolytes m’a soufflé « patience, patience ». du sur-mesure pour mon 1m64-59kg (y compris 21g d’âme)

          • si j’ai pas 21 g d’âme mais 21 kg je suis fit.
            Ca doit être ça, en fait.

        • @Helene: @Helene:
          suis-je tout le monde ?

          Bonne question
          citation 1
          « Un homme est un peuple en petit »
          Hölderlin
          citation 2
           » Nous étions déjà très peuplés à l’intérieur de nous-mêmes »
          Deleuze-Guattari
          citation 3
           » Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui »
          OK,OK…

  6. 100 ème post c’est moi qu’a gagné la queue du mickey !

    « faut dire, t’as pas de métier, ça aide » dit-elle.

  7. j’ai commencé 2001, très intéressant. François je crois que tu t’y intéresses à comment la passion politique qui préexiste chez Chouchou, héritée de ses parents s’articule avec ses autres passions (sport, punk-rock) ancrées dans son corps et sa personne.
    entre ce qui est transmis et ce qui vient de Chouchou seul – mais la passion sportive de Chouchou est peut-être aussi « héritée » – mais cette question n’est pas abordée de front, elle ne fait que traverser 2S, je ne m’y arrête pas
    ça m’a amusé de voir comment tu galères pour faire coller à tes idées politiques tes « idées » non politiques (goût pour ceci ou celà). moi qui vient d’un milieu non politisé ou si peu, je galère aussi quand à partir de mon vécu j’essaie de me positionner sur l’échiquier politique. « à partir de » oui car je suis quand même à la recherche d’une cohérence. ce qui n’est pas forcément ton cas je crois : tu parles de « scission » entre tes idées politiques et ton vécu quotidien. à moins qu’en parlant ainsi tu parles d’une époque révolue

    • @Helene:
      cette histoire de cohérence on en a déjà parlé dans d’autres posts.
      évidemment on a tous comme repoussoir absolu l’hypocrisie totale, faites ce que je dis faites pas ce que je fais,
      mais je serais assez pour mettre en regard de l’autre côté l’erreur inverse, qui est la « cohérence forcée »
      Ca m’avait frappé dans un papier des Inrocks (c’est pas par hasard) sur Philip Roth dans lequel le chroniqueur au lieu de dire simplement « j’aime ce mec j’aime cet écrivain, j’aime son livre », essayait, désespérement d’abord, et très vite ridiculement, d’y voir une machine de guerre contre Sarko.
      Dont le grand Philip se fout comme de sa première circoncision, of course.

      Je redoute ce coté ultra-cohérent, souvent c’est une construction intellectuelle qui te conduit à récuser ce que profondément tu aimes, pasque c’est pas raccord.

      Quand ce n’est pas encore pire, un argument pour accepter ce qu’on doit et qu’on veut contester; ah tu dis que le portable c’est ci et ça mais toi t’en as un ? (sous entendu ; ferme la).
      Ca c’est beurk.

      • @thierry saunier: c’est tentant cette proposition d’abandonner ce souci de cohérence. c’est un peu comme accepter d’avoir « mentalement » plusieurs corps, plusieurs cerveaux, d’ailleurs je constate qu’on les a physiquement : le cerveau droit et le gauche, mais peut-on se convaincre de la justesse d’une idée sur une simple observation physique ?

        • @Helene:
          ce n’est pas vraiment ça mon idée.
          Mon souci ce serait plutôt d’éviter que ce souci de cohérence, après tout point illégitime au départ, finisse par écraser des choses plus importantes que lui : aimer ce qu’on aime, (après tout y a un des grands bavards de la littérature qui finit l’une de ses boucles en disant : « tout ça pour une fille qui n’était pas mon genre »), ou penser, ou contester. Bref, s’amputer par désir (ou rage ?) de cohérence.
          Ca vraiment ça me parait pernicieux en effet.

          • @thierry saunier:

            un des grands bavards de la littérature qui finit l’une de ses boucles en disant : « tout ça pour une fille qui n’était pas mon genre »)

            bigre, tu es bibliothécaire quand même, ça en fait des écrivains
            peut-être que tu as les mêmes goûts littéraires que François ?
            Flaubert : éliminé
            allez pour Sartre
            indice 1 : Sartre est bavard
            indice 2 : Sartre est ton meilleur ami, tu penses souvent à lui
            bien sûr je peux me tromper
            sérieusement, c’est très clair ce que tu as écrit (le « s’amputer » est un chouia trop dramatique mais bon)

        • @Helene:
          On peut dire ça.
          A noter que, comme Bernard Frank (textes à suivre si tu me les réclames), l’immense Philip Roth (le plus grand écravain vivant?) est un auteur juif vraiment très préoccupé par la question juive.
          Alors que d’autres s’en foutent.

        • @Helene:
          heureusement que Sartre est pas la seule corde à mon arc !

          Nan, c’est Proust (bavard, indeed) : dans « Du côté de chez Swann », tome 1 de « La recherche », le narrateur décrit la jalousie de Swann pour Odette de Crécy, anticipant/projetant la sienne propre pour, plus tard, Albertine.
          La garce d’Odette, elle lui en fait baver et à la fin Swann dit :  » Tout ça pour une fille qui n’était pas mon genre! »

          Sur les goûts littéraires en commun avec FB, je dirais très souvent oui. Parfois, rarement, on n’est pas d’accord. Et comme c’est rare, c’est bien d’élucider ça.
          Disons Kevin Powers (cf. Transfuge) 100 % d’accord.
          Sur Jérôme Ferrari, le Goncourt 2012, j’ai vraiment aimé, lui moins.
          Deux exemples au hasard les premiers qui me viennent à l’esprit.

          c’est bien si s’amputer fait dramatique, parce que pour moi c’est dramatique de préferer la théorie (cohérence : je dois pas aimer ça) à l’affect (ça me branche point barre)

    • @Helene:
      t’es connectée là Hélène ?

    • @Helene:
      réponse pas au bon endroit, whatever.
      C’est pas une mauvaise idée en fait de commencer par Le mur , j’y aurais pas pensé.
      De toute façon bibliothécaires, libraires, bouquinistes et éditeurs (Folio) connaissent un peu leur boulot quand même, et le principe, qui ne s’arrête pas à sartre et connaît peu d’exceptions, c’est quand même : plus c’est compliqué à lire et plus c’est compliqué à trouver. Donc, la littérature est en premier, et tout le monde commence par là.

      Tu me diras quand tu auras fini, pasqu’alors je te parlerai de la sixième nouvelle du recueil, zappée par Sartre au dernier moment.
      Bonne journée.

    • 2001 est précisément la fin de la scission. Depuis fin des années 90 (virage 98), haine de la scission, et reconfiguration de la méthode en sorte de ne jamais plus se scinder. Partir de soi, toujours. Exemple : intellopolitiquement je déteste l’Amérique ; oui mais mon corps adore le rock, Cimino, Colombo, Travolta. Donc je ne peux plus dire : je déteste l’Amérique. L’énoncé je déteste l’Amérique est une falsification liée à la scission.
      Autre exemple (je me paraphrase, c’est super) : Intellopolitiquement : élections piège a cons. Mais mon corps a bien envie que Paris passe à gauche en 2001. Donc je vote.

      • @François Bégaudeau:
        Pas mieux.
        Sauf que c’est l’inverse dans ses modalités, mais c’est pareil dans l’articulation, prééminente.
        ca me plaît pas l’élitisme implicite de l’abstentionnisme, mais tellement que ça m’inétresse pas en fait le dimanche mon corps regarde un match des red devils, une jolie fille à une terrasse (putain l’ordre Thierry ! dit-elle), anything. Et paf les bureaux de vote sont fermés.
        Mon cerveau a pas réussi à imposer à mon corps une corvée dont celui-ci ne voulait pas. Vitalisme.

      • @François Bégaudeau:
        Si j’osais, mais que n’osé-je point, je dirais que la preuve que le genre de l’essai n’est pas une planche si pourrie que ça, ben c’est « Sartre, le jour d’après ».

        « Là, t’as fait fort, même pour tes standards habituels » dit elle.

    • @Helene:
      allez quoi plus que deux posts pour arriver à cent !

  8. on parle encore de l’ordre dans la lecture ? qu’on est une vilaine mouche quand on lit en zig-zag. les mouches volent-elles réellement en zig-zag ? les mouches des BD oui, celles qui font « bzzzzzz » comme zig-zag ; dans mon salon les mouches volent plutôt en arabesque, la classe, ou sont complètement hystériques, pas la classe.
    bref les mouches ne sont pas sérieuses. le sérieux, le respect, l’ordre. je suis une lectrice-mouche, mouche façon ninja, les mangas qui se lisenten commençant par la fin, de droite à gauche, de l’est vers l’ouest, une mouche arabe (ninja ou arabe, des mouches orientales allo quoi)légèrement orientalisée (une seule aile voilée, trop de clichés merde), qui lit – au hasard, pas trouvé les livres recommandés Thierry -« le mur », recueil de nouvelles de Sartre en commençant par la dernière nouvelle (extraordinaire, ça m’étonnerait que je n’en reparle pas): « l’enfance d’un chef » (Thierry tu l’as lu ? Thierry Tulalu)
    pfff à force de zig-zag et d’arabesques la mouche s’écrase dans la soupe : ce n’est pas de cette question d’ordre dans la lecture dont on parle ; ce qu’on dit c’est : faudrait penser à respecter l’ordre de lecture voulu par l’auteur (c’est qui le chef ? genre de question qui peut énerver sur un site libertaire, absolument). incident diplomatique quand le lecteur ouvre sa grande bouche de grenouille pour dire qu’il lit sans ordre, qu’il ne tourne pas les pages l’une après l’autre, qu’il ne lit pas les phrases l’une après l’autre, qu’il ralentit, accélère etc., qu’il fait du gros n’importe quoi, une sorte de lecteur-taupe
    qui creuse ses galeries sous le terrain d’une oeuvre, je comprends bien que si à la surface il y a un jardin « à la française », magnifique et ordonné, la taupe risque de se prendre un coup de pelle en pointant mon nez à la surface
    chacun est légitime à sa place : l’écrivain qui se décarcasse, le lecteur, plus ou moins sérieux et respectueux de l’oeuvre et de son auteur. il n’y a pas de meilleure lecture, ma lecture en dent de scie et incomplète de 2S ne m’empêche pas de penser le livre
    qui se présente comme un regard sur 40 ans de vie, à mi-chemin d’une espérance de vie de 80 ans. pour moi, une vie c’est 3 parts de 30 ans chacune : 0-30,30-60, 60-90. ça pourrait bien s’appliquer à 2S : de 77 à 98 première tranche : Chouchou dans le moule famille/école, enseignement ; de 98 jusqu’à 2012 (et au-delà en fait, jusqu’aux 60 ans de Chouchou) : Chouchou bousculé par un face-à-face avec l’altérité (l’élève de Dreux qui lui renvoie en miroir sa propre singularité et celle de sa culture et de celle de ses pairs), remise en cause et construction par Chouchou à partir de là d’un univers mental plus personnel. passage de la pensée artificielle, déconnectée de la réalité multiple à la pensée avec la vie, complexe mais riche et plus juste. la suite est à écrire avec le temps mais je suis d’accord que rien ne changera plus fondamentalement puisque le changement a eu lieu, cette bascule arrivée en 98

    • @Helene: Les mouches ne font pas de réels zigzags. Elles ont des trajets en forme de polygones, elle reviennent souvent sur leur pas j’ai l’impression. Je ne sais pas trop. Genre un peu comme des spirales polygonales tout en vrac.
      Ce dont je suis sûre c’ est qu’il est impossible de tenir une mouche en laisse, même avec une très fine ficelle, le poids l’empêche de voler. Un fil de soie à la limite, faut voir.
      Faut pas trop serrer la ficelle non plus sinon la mouche se retrouve segmentée en deux. Après elle ne vole plus du tout.

      J’étais surentrainée à capturer les mouches quand j’ étais gamine.
      J’en jetais sur la toile de la grosse tégénaire qui était planquée derrière la grande et sinistre bibliothèque en chêne de mon père.
      La mouche faisait vibrer la toile et tchac le monstre la chopait en une seconde. Gros coup de stress à chaque fois.
      Les tégénaires c’est vraiment pas facile à noyer, même dans le canard wc.

      • @anne-laure: chic anne-laure

        Ce dont je suis sûre c’ est qu’il est impossible de tenir une mouche en laisse, même avec une très fine ficelle, le poids l’empêche de voler. Un fil de soie à la limite, faut voir.
        Faut pas trop serrer la ficelle non plus sinon la mouche se retrouve segmentée en deux. Après elle ne vole plus du tout.

        un perso d’Echenoz (roman « lac »)utilise deux mouches comme espion(ne)s, les équipe de micros (miniaturisés), les planque dans un bouquet de fleurs qu’il fait adresser à un ingénieur ou quelque chose d’approchant, ça se passe dans un hôtel (l’hôtel du lac), le perso écoute ses mouches dasn une chambre à l’étage supérieur. c’est drôle, ça te plairait je pense. pas obligé de tout lire, la scène se situe plutôt vers la 2ème partie du livre, si tu mets les pieds en bibliothèque

      • @anne-laure:
        c’est quoi un(e) tégénaire ?
        ça a l’air d’être une horrible araignée, nan?

        A huit ça fait oc-tégénaire
        OK, je sors.

      • @anne-laure:
        « Les mouches » est aussi une pièce de théâtre que Sartre a écrit(e) en 1943.
        Mais il en savait pas aussi long que vous deux sur le sujet, infoutu qu’il était de reconnaître un maronnier.
        Je me suis pas regardé, je sais, je sais.

    • @Helene: Tu fais ce que tu veux avec ton livre Helene, tu as ma bénédiction.

      • @anne-laure: anne-laure zen
        je discuterais bien avec toi de deux choses à propos de 2S, si tu es connectée
        je trouve que François analyse beaucoup son passé comme une imposture, imposture intellectuelle puisque le moteur de Chouchou ce sont les idées (hier aujourd’hui tout le temps), imposture qui prend différents visages : sophisme, universalisme, progressisme (quoi d’aure en -isme ou sans ?), imposture de détourner la culture à des fins personnelles (pour avoir le dernier mot, s’imposer souvent)
        honnêteté mais aussi sévérité de l’analyse perso. on dirait que Chouchou renie qui il a été quand il était jeune. perso, quand je pense à ma jeunesse, ça me fait pitié mais pour autant ça fait partie de moi. qu’est-ce que tu en penses, anne-laure ?
        la 2ème chose dans 2S, c’est Chouchou et les filles. je ne me rappelle plus les messages des sitistes lors de la parution mais je ne crois aps que ça abordait ça. ça me plairait bien de savoir ce que tu en as pensé, quelles ont été tes réflexions spontanément

        • La question du reniement n’est pas vraiment centrale chez moi. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre. De comprendre comment ça marche. Puis de l’exposer.
          Il se trouve que le pan politico-intellectuel n’est pas ce que je préfère dans ma vie, jusqu’à la fin des années 90. Ca ne veut pas dire que je renie ce que j’ai été. Ca veut dire que cet aspect là je suis bien content d’en être à peu près sorti.
          Un mec été très gros dans son adolescence, il raconte à quel point c’était pénible, à quel point ça le rendait parfois aigre et agressif, à quel point ça lui bouffait la vie : ce n’est pas du reniement, c’est un récit réaliste et dur. Et probablement que le mec qui peut raconter ça avec une telle lucidité a perdu quelques kilos depuis, et qu’il se trouve un peu mieux.

          Sur les filles :
          le livre est méthodiquement construit comme suit : absenter les filles pendant 350 pages, afin de faire ressentir au lecteur cette absence, presque physiquement, de sorte que leur déboulage dans 77 bis soit comme un soulagement, un adoucissement, un point de sauvetage du livre (ce qu’elles ont été concrètement)
          Evidemment ressentir cela implique d’avoir eu l’idée saugrenue de lire le livre dans l’ordre.

      • @anne-laure:

        Si François est le démocrate qu’il prétend, il doit reconnaître qu’Anne-Laure, Hélène, moi-même sommes pour la liberté de lire dans n’importe quel ordre. Et qu’il est tout seul pour l’obligation normée, autoritaire, prescriptrice, de lire « Deux S » dans l’ordre.
        Mais je le connais l’animal il est aussi incapable
        de dire « OK, j’ai tort » (comme Fonzie) que de dire « que répondre à cela ? rien » et de s’y tenir
        Commment je sais ça ? Ben facile, chuis pareil. En pire.

        • @thierry saunier: marrant comment tu as résolu ton petit conflit de loyauté 🙂
          quel conflit ? à rallier ton pote François (« chuis pareil ») ou à te ranger du côté des filles (« Anne-Laure, Hélène, moi-même sommes pour la liberté de lire dans n’importe quel ordre »)
          on revient encore au même dilemne : quel conflit ? quel paradoxe ? je suis sûre que tu te perçois comme une personne multiple qui peut être à la fois avec l’un et avec les autres même un et autres ont des positions divergentes
          pourquoi pas ?
          et en même temps c’est pas une nouvelle imposture ce raisonnement ? un arrangement avec soi pour s’épanouir au maximum ?

          • @Helene:
            y a zéro conflit de loyauté. A la limite par rapport au post précédent, je dirais que ce serait la cohérence poussée trop loin que d’être, sous prétexte qu’on est amis, toujours d’accord avec lui. tu auras sûrement remarqué que l’inverse est vrai aussi.
            En fait c’est beacoup plus simple que ça; y a eu un débat, j’étais pas d’accord avec lui.
            (et encore même ça faut le nuancer puisque j’ai dit c’est sûr que si on veut tout comprendre de la trajectoire et du livre qui en rend compte, c’est mieux dans l’ordre; c’est ce que moi j’ai fait, minimum minimorum pour crachouiller 28 000 signes)
            C’est aussi ça qui fait de lui un lecteur aussi irremplaçable de ma graphomanie hallucinée, c’est qu’il ne me laisse absolument rien passer.
            Sans compter la marrade de
            1. lui mettre des vannes
            2. m’en prendre de lui
            Il est fabuleusement drôle. Ca fait déjà une différence de taille avec Régis qui est juste un peu drôle.

            NB tu auras remarqué que quand je dis « ben chuis pareil » (ex :impossible de me taire) c’est tjs un défaut…

          • @Helene:
            t’as le wifi en salle des profs ?

          • @Helene:
            Sur les vannes réciproques :
            quand Sartre et Beauvoir étaient jeunes, ils croisaient souvent le fer, intellectuellement. Et quand l’un des deux avait le dessus, avait réussi à moucher son interlocuteur/trice (pas facile !), il disait à l’autre :
            « vous êtes dans votre petite boîte » (= cercueil)
            J’adore cette histoire.

        • On aura remarqué que François n’avait pas insisté sur ce point. Puisque vous y revenez en boucle, j’y suis revenu. Pour dire, donc, que je ne suis pas tant en colère que consterné. Et pour préciser, à l’attention de ceux qui s’amusent péniblement à me soupçonner de la disposition inverse, qu’ici chacun est libre de faire et dire des choses consternantes, autant que je suis libre de les trouver consternantes.
          (Par ailleurs Thierry tu n’es pas censé savoir que dès qu’il s’agit de m’emmerder, Anne-Laure est partante)
          Mais parlons d’autre chose. Hier j’ai regardé Voyage au bout de l’enfer. J’ai commencé à l’heure et demie, c’était une scène de roulette russe au Vietnam. Les deux joueurs avaient l’air d’etre potes.
          Ce matin j’ai regardé la première heure, super ce mariage.
          Demain je me fais la fin.

          • @François Bégaudeau:
            – Monsieur Godard, un film doit-il avoir un début, un milieu et une fin ?
            – Oui, mais pas forcément dans cet ordre.

          • Franchement, les réponses-bon mot de Godard, on s’en passera.
            Personnellement je préfère ses films (qu’il n’est jamais venu à l’idée de personne de regarder dans le désordre)

          • @François Bégaudeau:
            alors ça c’est pas vrai.
            moi, déjà tout au bas de l’échelle.
            Dans « Pierrot le fou » par exemple, j’ai souvent fait l’ellipse descente vers le Sud plus la fin en sautant les séquences quand ils sont arrivés au bord de la mer.
            mais tu diras, ficelle que tu es, que c’est justement parce que je connais l’ordre
            global.

            Sans compter l’argument technologique.
            les DVD, découpés en chapitre poussent vraiment au crime.
            Hier je regardais Magdalene sisters. Pas terrible. En plus j’étais carbo.
            20 minutes de début, le temps qu’elles se retrouvent toutes les trois dans leur petit enfer et le dernier quart d’heure où deux s’échappent. Faut que je trouve le morceeu où la troisième s’est tirée des flûtes et puis basta.
            Ce n’est pas un film de Godard, ceci dit, ça ne m’avait pas échappé.

          • post totalement inintéressant, je passe

        • On peut continuer à penser qu’il n’y a là qu’une affaire de maitre qui rappelle à l’ordre. On peut rester en CM1, et vous pouvez continuer à réclamer un maitre -pourquoi donc en avez-vous tant besoin? On peut aussi prendre l’affaire par un bout, non pas plus sérieux, mais, pardon, plus intéressant.
          Tiens par exemple : j’avance dans Sartre, le jour d’après. Livre dense, jouissif, hypernourrissant. Livre structuré? Oui. Ton ordre tu l’as muri, je le sais. Mais il n’est pas la moelle du livre, cet ordre (d’ailleurs le livre est truffé de répétitions, je te les signalerai) Pourquoi? Parce que ce n’est pas un récit. Tu n’as jamais écrit de récit. Tu as moins que moins ce gout là. Si tu l’avais, peut-etre serais-tu plus concerné par ce que je dis : la structure d’un récit est sa substance, sa chair.
          Hélène lit comme elle veut. Mais j’ai la réponse à ma question : si elle se permet avec Deux singes ce qu’elle ne s’est pas permise avec Je m’en vais, c’est parce qu’elle prend Deux singes pour un essai. Et le lit comme un essai. Or le noyau du projet c’est justement de faire récit avec un matériau qui d’ordinaire appelle l’essai. C’est l’opération, centrale. Donc Hélène lit un essai alors que j’ai écrit un récit (et un récit en guerre contre l’essai). Elle lit un livre que je n’ai pas écrit. Elle lit précisément le livre que je n’ai pas voulu écrire. Ce n’est pas bien grave et je m’en tape autant qu’elle. Mais c’est, je crois, pas inintéressant à signaler.

          • @François Bégaudeau:
            Elle lit un livre que je n’ai pas écrit.

            ben ça a un nom : ça s’appelle la lecture.
            la valeur ajoutée du lecteur, c’est au principe même de la lecture. Pour la réflexion sur la modélisation induite par icelle, rien de mieux que le chef d’oeuvre de Marielle Macé « Façons de lire manières d’être »
            Suite des réponses (vrai début plutôt – FB) cet aprèm.
            J’vas bouffer.

            Nb dans ma bib’, on a indexé (= rangé)  » Deux S » à biographie. Moi ça me va.

          • Tu ne retiens que ce que qui t’arrange. ET tu laisses l’essentiel : elle lit précisément le livre que je n’ai pas voulu écrire.
            Toute lecture est subjective? Ok, ok, on est tous d’accord. Ce que lit un lecteur ne correspond jamais à ce que l’auteur a cru écrire? ok, ok, on l’a mille fois dit, et on a même souvent ajouté : tant mieux. Mais parfois on a dit qu’il y avait une limite à cela, qui s’appelle le contresens. Olivia de Lamberterie disant à propos du livre qu’il est misogyne et que ce Bégaudeau préfère aller au cinéma qu’aller voir des filles, eh bien c’est un contresens, c’est le contraire de ce qui est écrit. Hélène lit à contresens, ça l’expose à des contresens. Et sa lecture du chapitre 2001 en témoigne déjà.
            Mais tout va bien, lisons-nous allègrement à l’envers, j’ai adoré ton pamphlet contre Sartre.

          • Je rappelle aussi aux oublieux que j’ai mis en ligne ici même un texte qui commentait, en explorant une comparaison avec Regis Debray, un livre qui eut pu s’appeler : comment je ne suis pas devenu Regis Debray.

          • @François Bégaudeau:
            OK, posons ça un peu tranquillement.
            1. Tu as voulu, de manière à la fois délibérée et réfléchie, écrire un récit, à la fois parce que ton corps/régime l’exigeait, c’était ça ce qu’il te fallait, c’était ça ce qui était bon pour toi, et plus théorique, plus cérébrale, parce que le genre de l’essai intello-centré, ou théorique sans vitalisme, tel que tu le lis ne te satisfait pas. Voire, mais là je mets un point d’interrogation, pasque tu en avais ras la casquette qu’on te qualifie perpétuellement d’intello.
            Bref, c’est l’outil qu’il te fallait alors, et pour tout un tas de raisons, l’autre branche, pour aller vite te semble une dead end.
            2. ce qui me semble à interroger dans ton raisonnement c’est la connexion que tu établis entre ces deux points. Le premier, qui ne vaut que pour toi est comme tel irrécusable; le second me semble entaché d’un soupçon de généralisation. C’est un récit; je t’en donne acte, ma mauvaise foi, pourtant incommensurable, ne va pas jusque là.
            Tu me dis : tu as ça moins chevillé au corps que moi. Ben la preuve du pudding c’est qu’on le mange, et je serais mal inspiré de le contester; suffit de comparer « Sartre, le jour d’après » et « Deux singes », même pas « Notre coeur tend vers le sud » et « 2001 » -there you go again. Donc toi Tarzan récit, moi Jane essai. Merde j’ai fait mon coming out au passage, ça c’était pas vraiment prévu.
            3. et là je te dis ben si justement j’étais pas si mal placé pour examiner les choses ? lecteur admiratif de ton livre, et dans l’ordre, donc si j’ai raté des trucs c’est forcément pour une autre raison, et en même temps avec une pratique différente.
            Si justement j’étais désigné (auto-) pour défendre ce pelé, ce galeux, ce tondu : l’essai ? Plaidoyer pro domo ? Ben ça tombe bien c’est les meilleurs. Tu parles foutrement bien des puissances du récit, et pour cause, je vais prendre une minute pour plaider la cause de l’essai.
            4. je rebondis sur un autre post de ce matin
            Tiens par exemple : j’avance dans Sartre, le jour d’après. Livre dense, jouissif, hypernourrissant. Livre structuré? Oui. Ton ordre tu l’as muri, je le sais. Mais il n’est pas la moelle du livre, cet ordre (d’ailleurs le livre est truffé de répétitions, je te les signalerai) Pourquoi? Parce que ce n’est pas un récit. Tu n’as jamais écrit de récit. Tu as moins que moi ce gout là. Si tu l’avais, peut-etre serais-tu plus concerné par ce que je dis : la structure d’un récit est sa substance, sa chair./em>
            Merci pour les compliments, et par ailleurs si tu as commencé à voir des répétitions c’est que tu y as sacrément avancé. Tu as raison, il y en a plein, trop. C’est surtout dommage pasque ça peut donner l’impression que ça a été construit dans l’ordre ce qui n’est pas tout à fait exact.
            Whatever.
            Ce qui me frappe c’est que jamais au grand jamais tu ne sors de la logique de l’auteur de la logique interne. Et enfin…
            5. ce qui me fait allumer les warnings en fait ce sont tes exemples :
            tu (me) dis pourquoi ce pauvre livre, pourqoi pas « Madame Bovary »? Non mais je rêve là. Quel lecteur à commencer (ou à finir) par moi, n’a jamais sauté à pieds joints par dessus les buissons d’aubépines chez Proust ? Tous les livres ont usjets à c etraientmn depuis Gutenberg, et kje sais aps où t’as pêché (sion dans ton hsituilté ardica

            J’ai un ultime argument mais, à ficelle ficelle et demi, je me le garde pour la suite.
            Your turn.

          • J’ai trouvé inintéressant ton post sur ta façon de voir certains films parce que ça n’entre pas du tout dans le sujet. Sauter des passages ou lire dans le désordre ce n’est absolument pas pareil.
            Bon, moi il se trouve que je saute jamais de passage en lisant, parce que ça ouvre des risques d’approximations voire d’erreurs sur l’appréciation du livre. Par exemple il m’arrive souvent de noter que dans un film le lieu où il se passe n’est jamais nommé. Ben j’aurais l’air con si, dans les dix minutes que j’ai sauté, il l’est. Plus généralement je ne peux pas professer une attention au détail, et répéter que la chair d’un livre (et le diable) s’y tient, et sauter des passages.
            Mais encore une fois, c’est pas le sujet. Par exemple je comprendrais, dans Deux singes, qu’un lecteur qui voit arriver les trois paragraphes sur Godard les saute, s’il ne connait rien à ce mec et donc peut etre sur de pas piger de quoi il retourne. Aucun problème avec ça (même si ce passage est décisif : via Godard j’expose qu’à ce moment de ma vie je ne suis marxiste qu’en tant qu’anarcho-réac, comme lui ; jalon décisif ; mais bon, jalon)
            Lire dans le désordre c’est absolument une autre affaire. Tout Deux singes a été pensé comme l’étude d’un processus. Ce processus ne peut être compris que si on le suit dans l’ordre, et qu’on peut alors apprécier à quel point l’ordre chronologique est constamment sapé pour faire valoir d’autres ordres d’élucidation. On rate ça, on rate beaucoup, on rate l’essentiel.

          • @François Bégaudeau:
            Tout Deux singes a été pensé comme l’étude d’un processus. Ce processus ne peut être compris que si on le suit dans l’ordre, et qu’on peut alors apprécier à quel point l’ordre chronologique est constamment sapé pour faire valoir d’autres ordres d’élucidation. On rate ça, on rate beaucoup, on rate l’essentiel.

            Alors ça, j’ai pas dit le contraire. Hélène non plus d’ailleurs m’a-t-il semblé.
            Depuis le début on dit, enfin moi en tout cas : on rate pas rien, OK, mais on rate pas tout.
            Et tout dépend de ce qu’on veut en faire; si tu écris sur Kevin Powers (j’ai tellement aimé ce texte que j’en suis resté sec alors que je devais écrire un truc sur lui pour le blog, j’avais trop peur de dire juste la même chose en moins bien) t’as interêt à pas sauter une ligne en effet pasqu’il y a une sacrée différence entre dire « c’est situé nulle part » (ce qui serait un mesnonge) ou alors « c’est vraiment situé service minimum  » (ce qui est la pure vérité)
            Cf. posts sur Philippe Lejeune, etc
            Si j’écris une thèse sur le cinéma irlandais j’ai intérêt à faire un peu plus gaffe.
            Tu verras, même dans le sartrobook y a 350 vignettes d’une page sur des bouquins sur lui: ben j’ai fait comme ça : quand c’est tout sur lui, ou un récit insécable, j’ai tout lu; mais quand c’est des recueils d’articles de critique littéraire, je prétends pas avoir lu tous les autres papiers (bien qu’en fait le plus souvent si, mais plus parce que les critiques me bottaient que par scrupule)
            Ca me paraît clean comme méthode.

            On se rapproche, on va y arriver.

          • @François Bégaudeau:
            quoi qu’y s’est passé ? saloperie de babasse de merde. c’est parti tout seul. C’est ce que je disais à mon ex.
            Et depuis … ben c’est mon ex.
            En plus j’avais presque fini c’est vraiment histoire de faire chier.
            Je reprends ; tous les livres sont sujets à ce traitement depuis Gutenberg, je sais pas où t’as pêché que les récits sont protégés du danger, qui n’en est un que si vient s’y joindre la prétention (ce qui suffirait à disqualifier la comparaison Olivia/Hélène, l’une lit dans son coin et sur ce forum, l’autre écrit dans la presse et ment délibérément, et on sait bien pourquoi, sans doute parce que misogyne est un mot-mana, que quand elle l’a sorti ben l’affaire est faite, ça n’a rien à voir, c’est franchement limite de les mettre toutes deux sous le chapiteau super globalisé « contresens ») qui guette les essais.
            Après, que l’auteur prenne ça différemment, en disant c’est cool comme moi puisque les sitistes ont commencé Le jour d’après par les chapitres 49, d’abord et 3, ou comme toi c’est une mauvaise idée on rate l’essentiel, c’est un autre histoire.

            En résumé ; quand tu dis elle lit un autre livre que celui que j’ai écrit, ça me paraît acquis.
            Quand (tout de suite) après tu dis : elle lit précisement le livre que je n’ai pas voulu écrire, je suis pas – ou pas encore – convaincu.

            Quant à Régis, qui vient vraiment là pasque tout fait ventre, je (te) lis :
            Or le noyau du projet c’est justement de faire récit avec un matériau qui d’ordinaire appelle l’essai.
            Ben tu peux dire tout ce que tu veux sur Loués nos seigneurs, sauf qu’il ne souscrit pas à cette définition.
            Lui aussi il est indexé à Biographie. (C’est même pas vrai en plus il est en 848. Mais moi je l’aurais mis en B.)
            Putain me voilà en avocat de Régis mais on aura tout vu !

          • @François Bégaudeau:
            le diable se tient dans les détails, et la chair d’un récit dans la structure.
            Ouais c’est pas mal.
            J’achète (comme disait Claude Chirac)

          • @François Bégaudeau: « Or le noyau du projet c’est justement de faire récit avec un matériau qui d’ordinaire appelle l’essai » : ce que tu avais déjà fait avec « Entre les murs ».

          • On peut dire ça.
            On pourrait voir aussi comment je n’ai jamais fait d’essai pur, y glissant du récit à la première occasion

          • @François Bégaudeau: Ou comment ce glissement vers le récit s’opère aussi à partir d’un choix de sujets qui appellent ordinairement l’essai (l’école -« Entre les murs »-, la politique -« Deux singes »-, la jeunesse -« Parce que ça nous plaît », dont certains passages sont purement narratifs-…).

          • @François Bégaudeau: Ce glissement vers le récit est récurrent, c’est évident. Je dirais même qu’à force de fréquenter un peu tes livres, je sais que ça viendra. Et je dirais même que je l’attends. Dans « Parce que ça nous plaît », je me suis dit que ces petits fragments de récit disséminés dans l’analyse allaient bien finir par se rassembler dans un chapitre. Et c’est venu.

    • @Helene:
      limite offensant ta question. Si j’ai écrit deux millions de signes sur sartre sans avoir lu « L’enfance d’un chef » c’est que je suis le Jérôme Cahuzac des littéraires. Ouais je l’ai lu dix fois je pense depuis 1990.

      Tiens tu me dis si ça colle avec ta lecture (bordel, tu découvres sartre, comme je t’envie…

      Jean-Paul Sartre
      L’enfance d’un chef

      Rien n’est moins surprenant que de voir l’extrême-droite, via notamment la plume de Jacques Laurent, prendre L’enfance d’un chef pour cible, puisque dans cette nouvelle, la plus longue qu’ait jamais écrite Sartre, la psyché du nationaliste antisémite est judicieusement saisie comme un désarroi artificiellement endurci. Dans Paul et Jean-Paul, le pauvre Laurent rapprochait Sartre de Paul Bourget (alors que Breton, avec plus de pertinence, tu m’étonnes, avait identifié La peste comme Le disciple de notre époque »), aux applaudissements de Mauriac – qui prendra son paquet plus tard -, pas toujours très regardant sur la qualité des arguments. Faut-il être con(s).
      Lucien Fleurier est fils de roi. Son père est un patron de droit divin, sûr de lui, de ses droits, et de sa place sur terre, affublé d’un esprit de sérieux navrant. Bref, selon le lexique poivré du Sartre de La nausée : un « salaud ». Petit garçon, Lucien vit ses premières années dans un univers protégé, mais son intelligence aigüe et inquiète le conduit à interroger ces apparences. Chaque étape de sa croissance semble appeler à désintégrer l’une d’elles. Via l’un de ses camarades, il fait la connaissance de Bergère, un surréaliste flamboyant, qui s’avèrera un simple pédéraste. S’il est un point fixe dans la trajectoire intellectuelle de Sartre, c’est qu’il n’y aura jamais fait sa juste place au surréalisme.
      Après cet épisode, qui lui aura fait craindre le pire, Lucien va se cuirasser dans les certitudes en acier trempé de l’héritier. Il prépare Polytechnique, et s’y acoquine avec un certain Lemordant, camelot du roi, militant de l’Action Française. Celui-ci l’intrigue, le séduit, le convainc, puis l’entraîne : le voici lui-même camelot. Il s’y distingue par la vigueur déchaînée de son antisémitisme. Ceci dit, cette opinion en furie tient également à un concours de circonstances, et notamment, au fait que chacune de ses éruptions antisémites lui aura valu, de la part de son entourage, considération et respect. « Les camarades de Lemordant, d’ailleurs n’avaient pas le charme trouble dans l’adolescence : c’étaient des adultes et plusieurs portaient la barbe. A les bien regarder, on trouvait en eux tous un air de parenté : ils en avaient fini avec les errements et les incertitudes de leur âge, ils n’avaient plus rien à apprendre, ils étaient faits. »
      Il y aura dans l’œuvre de Sartre, un autre enfant-roi, un second « petit cabot raidi dans son imposture » : le petit Jean-Paul lui-même, dans Les mots. Mais c’est le miroir critique de la littérature, et le retour sur soi qu’elle induit et nécessite, qui le sauvera, et l’empêchera de devenir un salaud. Le problème de Lucien Fleurier, ce n’est pas seulement de lire et d’aimer Barrès, c’est plus profondément, l’absence du désir d’écrire.

      Jean-Paul Sartre, « L’enfance d’un chef » in Le mur, Gallimard, 1939.
      Le 25 août 2012

      • @thierry saunier: ok je ne poserai plus la question puisque tu as tout lu de Sartre, c’est réglé
        quel confort d’avoir à disposition (je veux dire par là que tu postes facilement) quelqu’un qui a tout lu et a écrit à propos de ses lectures
        oui je retrouve bien dans ce que tu as écrit sur « l’enfance d’un chef » ce que j’ai lu
        j’ai vraiment bien aimé cette nouvelle
        très vite j’ai pensé à Gombrowicz, même époque, une façon d’écrire générationnelle ? j’y trouve ce mélange de peinture du milieu bourgeois et de ses conventions et de peinture d’un individu réduit à lui-même, à son corps, à ses états d’âme, hors conventions – surtout la première partie de la nouvelle, ensuite l’individu cherche à se fondre dans les institutions existantes (reprendre les usines de son père, fréquenter une fille avant le mariage, entrer aux camelots)
        j’ai aimé la description au travers des apprentissages du perso de la société et des moeurs de l’époque vues côté bourgeois
        j’ai aimé la description de ce parcours fait de « concours de circonstances » comme tu le dis
        et in fine voir comment un jeune homme devient un activiste d’extrême-droite, en prise avec l’actualité (la scène où il porte le coup de grâce à un passant d’origine étrangère passé à tabac)

        • @Helene:
          en fait c’est exactement ça la littérature engagée.
          Non pas la prose de propagande, comme le disent et peut-être le croient, tant ils sont cons, les abrutis à la Jacques Laurent, mais la littérature profondément existentielle et puissament enracinée (ou l’inverse)à la fois datée et située (c’est complètement 1938, date de rédaction) et qui traverse les époques : pour les raisons que tu as dit(es), ça fonctionne encore aujourd’hui.

          • @thierry saunier: « la littérature existentielle »
            comme tu as pris tes marques sur le site, je me suis dit qu’il était temps de lire Sartre
            avec le souvenir qu’on avait parlé de Sartre et de l’existentialisme en terminale, mais à l’époque la philo ne m’intéressait pas car je n’avais rien à mettre en face en terme de vécu et je suis inopérante en réflexion pure et abstraite (grosso modo un cheminement inverse de celui de François passons). donc aujourd’hui je m’intéresse à Sartre et la question est de savoir si je suis d’accord avec lui ou pas : sa vision des choses est-elle juste (de là où je réfléchis) ? donc je lis un truc sur Sartre, un résumé de ses idées et je suis plutôt pas d’accord mais on sait ce que vaut un résumé et je sais que je comprends vite ce qu’il ne faut pas comprendre, d’où l’idée d’approcher les idées de Sartre par une de ses oeuvres littéraires, ça peut être la solution, c’est plus nuancé, ça me parle mieux. en ce moment je suis dans la nouvelle « intimité », que je comptais bien recommander à anne-laure en écho à des discuts qu’on avait eues sur ce thème (je mets MA dans la boucle au cas où)

          • Très bien défini. Le problème étant qu’il n’y a pas que l’oubliable Jacques Laurent à faire ce contresens

          • Ben ouais.
            Laurent était d’extrême droite – son prénom devait y être pour quelque chose – mais cette sotte idée a été bien partagée, pour la plupart par les ultra-politisés, d’ailleurs.
            Comme souvent cette mislecture ne dit rien sur l’auteur, et bcp sur le lecteur.

    • @Helene:
      faudrait penser à respecter l’ordre de lecture voulu par l’auteur (c’est qui le chef ? genre de question qui peut énerver sur un site libertaire, absolument).

      Je me roule par terre de rire…

      Bravissimo, Hélène.

      • Oui, je vois le genre de discut’ avec anne-laure.
        Les autres nouvelles du Mur sont bien mais
        « L’enfance d’un chef » est quand même la meileure.
        Je te mets pas le texte sur « Intimité » puisque t’as pas fini.
        C’est une bonne idée de l’aborder par le versant littéraire. La plupart de ceux qui se braquent contre Sartre n’ont rien de littéraire, ce sont vraiment des idéologues purs et durs.

  9. Les plis dans la moquette ; métaphore, le retour.
    Moi qu’ai tout bien rangé, je t’approuve.

    « Tout l’inverse de dans la vraie vie » dit-elle.

  10. Philippe Lejeune, lecteur – et sartrien – merveilleux. Qu’y a t-il derrière « les Mots » ? Réponse.
    Hélène, tu peux lire, ça gâchera pas ton plaisir, garanti sur facture, à lire « Les mots ».

    Philippe Lejeune
    Le pacte autobiographique

    Si l’image sociale du professeur d’Université s’articule autour d’une sorte de ronronnement rance, ce livre superbe, à la fois novateur et resserré, y offre un démenti magnifique. Philippe Lejeune est le spécialiste de l’autobiographie made in France, genre littéraire curieusement négligé par Alma Mater, pour laquelle, je suppose, le moi est haïssable. Ben, c’est dommage, parce que littérairement de Montaigne à Sartre en passant par Chateaubriand, il est souvent délectable. C’est à ce titre que gisent, tapies – ou serties -, au coeur même de ce « Pacte autobiographique » une mine de diamants, un texte à la fois palpitant et périlleux, dissimulé sous un titre pourtant précautionneusement académique, « L’ordre du récit dans « Les mots » de Sartre. » Pas l’air très sexy, pas vrai ? Et bien, ça l’est pourtant sacrément, indeed.
    Il s’agit en effet d’une leçon de lecture comme je n’en aurai pas lu dix dans ma vie. « Les mots », on s’en souvient, était à la fois le livre le plus somptueusement littéraire de Sartre et le plus puissamment truqué, et foncièrement piégé, à la fois la preuve des fans et l’exception des anti, les « vous voyez bien » répondant ici au « je ne sauve que », en somme, dirons- nous, pour faire image, à la fois celui qui lui aura valu le Nobel et celui qui fondait le mieux son refus.
    Les meilleurs des sartriens avaient pris le pli de s’incliner avec déférence devant l’inaltérable monument ciselé, « cristal de roche réfractaire à tous les ruissellements » (Régis Debray). Audacieux jusqu’à l’inconscience, Lejeune, qui sait parfaitement à quel point Sartre a piégé son livre, s’emploie à le démonter minutieusement. Ce texte de critique littéraire comme on n’en fait plus – comme on n’en a jamais fait, peut-être -, c’est un soldat d’élite qui désamorce en un temps record le mécanisme diabolique d’une bombe à retardement. Ainsi démontre-t-il avec un mélange diablement sexy, et cependant efficace, de méthode et de brio, de patience et de talent, de savoir et de style, tous mariages éminemment sartriens, que dans « Les mots » la chronologie ne cesse d’être torturée et tordue par Sartre afin de dérouler et d’y imposer la prééminence d’un ordre dialectique : la logique de l’analyse y supplante la cohérence des dates. « Les mots » disais-je, est à la fois un acte, une arme et un adieu. Lejeune décrypte l’acte, démonte l’arme et dénoue la cérémonie des adieux qui était, en eussions-nous douté, qu’un au revoir.

    Philippe Lejeune
    Le pacte autobiographique, Seuil, 1975.

    Ce que j’ai écrit sur « Deux S » vous a paru pas trop con ?
    Ben Lejeune, c’est juste mille fois mieux.

    • Ainsi démontre-t-il avec un mélange diablement sexy, et cependant efficace, de méthode et de brio, de patience et de talent, de savoir et de style, tous mariages éminemment sartriens, que dans « Les mots » la chronologie ne cesse d’être torturée et tordue par Sartre afin de dérouler et d’y imposer la prééminence d’un ordre dialectique : la logique de l’analyse y supplante la cohérence des dates. « Les mots » disais-je, est à la fois un acte, une arme et un adieu. Lejeune décrypte l’acte, démonte l’arme et dénoue la cérémonie des adieux qui était, en eussions-nous douté, qu’un au revoir.

      Aurait-il lu le livre dans le désordre qu’il n’aurait rien vu de tout cela.
      Je dis ça comme ça

      • @François Bégaudeau:
        Alors déjà la fameuse date où FB reste coi, attendue par sa môman depuis la scène à la fin de « Au début », et par moi aussi (depuis un peu moins longtemps), ben ça sera pas le 6 juin 2013.
        Je me disais aussi.

      • @François Bégaudeau:
        quel optimiste, dit-elle.

      • @François Bégaudeau:
        le post vide correspond à une déconnection informatique, mais vu le sujet de la conversation (?) il me semble particulièrement approprié. Bill Gates I love you.

      • @François Bégaudeau:

        Dans la vie y a deux genres de gens;
        ceux qui disent
        que répondre à cela? rien
        et ceux qui disent
        que répondre à cela ? rien
        et d’ailleurs…

        « et toi t’es dans laquelle? » dit elle

        Pas de réponse.
        Effort surhumain. Je souffre atrocement. J’ai cru mourir.

        • @thierry saunier, François:

          que répondre à cela ? rien

          ça sonne comme un (bon ?) titre de livre
          bon c’est pas la première fois que je lis cette phrase ici, avant j’avais pas compris, re-, mais je suis optimiste (à force de cotoyer des sitistes qui le sont, qui disent l’être)
          une phrase enigmatique, ça tombe bien, je m’exerce à résoudre des énigmes depuis longtemps (keske tu faisais à notre âge ? disent-ils – des puzzles, répond-elle – ça explique le pet au casque, pensent-ils – je crois pas que je peux le mettre dans mon cv, elle encore)
          « que répondre à ça ? rien »
          c’est trop : si on n’a rien à dire, on ne dit rien, trop + peu : que répondre à ça ? rien, et ?
          phrase typiquement de notre hôte : entre-deux, avec une intention de subtilité : pas pareil de ne rien répondre ou d’écrire qu’on ne répond rien (elle va se mettre un point au tableau)
          peut-être une façon de parler « familiale », »vendéenne », je ne sais pas (elle efface le point)
          spontanément + évidemment, le « rien » est énervant, faussement neutre : c’est quoi l’intention de cette phrase ?
          mais je ne m’énerve pas
          et ça tient à pas grand chose : aux deux points (« : » disent-ils)
          « ça : rien »
          c’est beau
          les « : » qui annoncent vite fait une explication, qu’on n’aura pas ici, on s’amuse
          les « : » qui coupent les mots groupés: « le : groupe ».
          dans 2S j’ai vraiment bien aimé ça, tombé dans le panneau à chaque fois, en plus j’aime ça (elle a bien aimé ce jeu-là, disent-ils – on va arrêter ce jeu de dingue, dit-elle, psychorigide, on dit aussi fasciste)
          peut-être que ce n’est pas neuf, cette ponctuation décalée : ça n’existerait pas dans « fin de l’histoire  » ?
          ces « : » intempestifs me font penser au 7/8 des musiques des Balkans (7 croches par mesure, ça balance ternaire sur 3 temps puis binaire sur 4 temps etc, faudrait que je trouve une bonne version de jovjov, plus parlant)
          « deux singes », ça aurait pu s’intituler : « deux : singes ou ma vie poli:tique ».
          dans l’esprit de « la blessure la vraie » (pas de virgule).
          les ratures m’ont moins intéressé : vraies ou fausses ratures ? je te laisse : deviner, on en revient toujours à ça, non ?

          • @Helene:
            Du temps de Clémenceau, il y avait un président du conseil qui s’appelait : Sarrien.
            Lui le prononçait ainsi :  » ça ? rien ! »

          • @Helene:
            un peu lassé du débat peu productif sur « faut-il lire dans l’ordre, ou a-t-on le droit de s’en exempter ? » j’ouvre le Monde des Livres pour me changer les idées, lire le feuilleton d’Eric Chevillard, toujours aussi excellent.

             » C’est un livre que l’on aurait tort d’ouvrir au hasard et de lire dans le désordre. Cette désinvolture avec laquelle nous traitons souvent les volumes de poésie serait en l’occurence un véritable contresens. Plusieurs micro-récits finement tissés y croisent en effet leurs fils de soie : ne soyons pas la grosse mouche stupide qui viendrait en zigzag démolir cette belle architecture de poèmes que l’on dirait tous inscrits en filigrane sur ces pages.  »

            Just unbelievable.

          • les esprits malins se rencontrent

      • @François Bégaudeau:
        bon t’as fini de faire le mariole ?
        tu peux répondre aux arguments steuplaît ?

        okay okay okay

      • @François Bégaudeau:
        c’est exact.
        T’as jamais dit aussi vrai, parce que le talent insigne de Lejeune, trop vite effleuré dans ce court texte, consiste en un dépliement (c’est mieux que dépliage nan ?) exceptionnel des multiplicités de sens que comporte chaque phrase des « Mots », et des multiples arrangements avec la chronologie nécessaires à cette prodigieuse horlogerie dialectique qui nous a tous éblouis – et qui sous peu éblouira Hélène.
        A un plus modeste niveau, c’est ainsi que j’ai lu « Deux S » pasque j’avais la prétention d’en écrire et de greffer (?) ça dans le sartrobook.
        (tiens tant que j’y suis, j’ai qu’un regret c’est d’avoir oblitéré ainsi « Sartre l’impur« . C’est un putain de beau texte. Ca seraye cool que tu le mettes on line, je trouve.)
        Lejeune a écrit soixante pages de communication universitaire. Moi, dix (pas vraiment universitaires, ou alors ça a bien changé depuis mon époque…) sur « Deux S »

        Hélène, elle, ne prétend pas éblouir la planète (puisque moi j’ai postulé à the winner is avant même de savoir qu’il y avait un match, c’est bien moi, ça, tiens,) avec sa science impeccable sur « Deux S ». Elle est parfaitement consciente, et l’a écrit, de manquer l’enchaînement chronologique, et dialectique.
        Bref elle lit moins bien, et elle le sait.
        A partir de ce moment-là, no problemo.
        Si Lejeune et moi on avait fait ça ben on serait juste des délinquants en col blanc.
        Donc : objection overruled.

        NB sur le style, Sartre disait c’est une manière de dire 4 ou 5 choses dans une seule phrase. A cet égard les mots est une réussite superlative; Deux singes également. Et le sartrobook, j’en sais rien mais enfin il a été écrit dans ce but.

  11. Héléne,

    inutile de surinterpréter les accents à ton prénom, c’est juste que comme tu as pas activé de case pour répondre, je retape ton prénom.
    En fait tout ça ça me paraît un peu un même mouvement qui s’applique suivant des modalités différentes ; moins de politique et plus de culture, moins de virilisme débile et plus de féminisme (et comme c’est dit très justement dans Deux S : juste plus de femmes dans les diverses assemblées), moins de culture noble et plus de pop’, moins d’écrit et plus d’oral, tout ça va quand même un peu dans le même sens.
    Si j’étais François je résumerais peut-être; moins de république et plus de démocratie.
    Je ne suis que Saunier, mais j’le dis quand même, tiens. non mais.

    • @thierry saunier: bien sûr que ça va dans le même sens, sinon qu’est-ce qu’on ferait ici ? comment on pourrait se retrouver et surtout rester ici ? j’ose encore dire que dans le nuancier écrit-oral, je suis moins dans l’écrit que toi ou françois, ça (me) crève les yeux. on arrive à un drôle de point où on parle nuances et accents, détails en somme. bref
      je ne sais pas si j’irais vers une schématisation comme tu sembles le faire : du virilisme au féminisme, de la culture noble à la culture pop, de la république à la démocratie. en fait personnellement je ne fais que suivre « ma pente ». elle est la meilleure pour moi puisque je l’ai choisi instinctivement, c’est celle qui me convient le mieux. de là à dire que c’est la meilleure, qu’elle est meilleure qu’une autre, non. tu me pardonneras de ne pas décoller de l’individuel

      • @Helene:
        hé cool, j’ai rien dit de mal, moi.
        je te pardonne, je te pardonne, moi je décolle pour deux, pour cent, pour deux cent mille ……
        Décoller et je dirais même plus décoller à pleins tuyaux c’est vraaaaament mon rayon…
        En fait c’est ça le risque (mais aussi selon moi l’intérêt) avec l’écriture hypothétique. On pose des hypothèses, et souvent on généralise des cas particuliers. Généralisation abusive ou pertinente, calamiteuse ou opératoire ? Ben, ça dépend de chaque lecteur/interlocuteur.
        Pour ce qui est de Sartre, puisqu’avec une humilité toujours aussi désarmante, je dirais que je tiens ça de lui, ça tient vraiment sur la ligne de crête : son ton est d’apparence hyper-tranchant, ça donne vraiment l’impression d’un bloc de certitudes qui avance comme un bulldozer indifférent à tout ce qui n’est pas son idée (un peu comme moi quoi) mais en fait c’est des enchaînements spéculatifs d’hypothèses empilées ; t’en prends t’en laisses, quoi. Si tu te dresses contre le courant au bout d’un moment ça finit par être inutile de le lire. Mais si tu te laisses emporter c’est foutrement agréable et stimulant.
        Le plus frappant c’est le Flaubert ça avait stupéfié Vargas Llosa : très très peu de faits, par contre la machine interprétative est lancée plein gaz. C’est ça que j’aimerais faire. A te lire je suis encore loin du compte.

        • @thierry saunier:

          c’est des enchaînements spéculatifs d’hypothèses empilées ; t’en prends t’en laisses, quoi.

          voilà j’ai ton mode d’op, ça devrait aller mieux
          hier j’ai lu « deux singes », dans le désordre : 1986, 2012,77. je n’ai pas l’enchaînement chrono ni la progression, je l’ai moins, mais j’ai le ton et ça me va comme ça.tu prends, tu laisses. le ton, c’est : « je vais bien », sous-titre non-écrit.
          maintenant je lirais bien Sartre. tu me conseilles quel livre pour une première lecture ?

          • Pardon mais je ne comprends pas bien l’interet de lire ce livre dans le désordre.

          • @Helene:
            ouch, la question simple en apparence, en fait perfide -(involontairement).
            Mon idée (et mon pari) c’est que tu lis vingt lignes de lui tu finis le livre, pi t’en lis un autre aussi sec, et à la fin (de ta vie ?) ben t’as tout lu. Donc y a trois Pléiades, les romans (1981) le théâtre (2005) et l’ (les) autobio(s) (2010), ça fait 6 000 pages pour 200€, rendez-vous dans six mois, Hélène.
            Ca, c’était pour la déconne.
            En fait, y a deux choses ; endogène et exogène. Moins la prétention, qui m’est consubstantielle, y a toi, et y a la cantonade.
            A tout le monde, à une assemblée, je dirais : le doublon « Les mots » (1964) + préface d' »Aden Arabie » (1960) et en plus c’est l’occasion de lire Nizan dans la foulée, bordel comme je t’envie, de découvrir ça. C’est d’abord de la littérature, prodigieusement écrit, merveilleusement intelligent, analytique, profond, existentiel, impitoyable pour lui-même (et généreux pour autrui, c’est sa marque).

            Ca c’est que je répondrais au hasard, je veux dire : sans destinataire identifé.
            Après pour les autres domaines, je dirais qu’il y a des questions te concernant toi; qu’est-ce que tu lis habituellement ? qu’est-ce que tu préféres, qu’est-ce qui te gonfle immanquablement, essais, théâtre, romans, philo, sciences humaines, écrits sur l’art, autobiographies etc ?

            NB dans un autre post Patricia a donné ce qu’elle a lu ; je trouvais ça pas mal : le théâtre, les Mots et, moins à fond, les Chemins de la liberté. Bref (?), une littéraire. C’est peut-être injuste. Si je me trompe Patricia , tu as le droit – le devoir -de m’allumer.
            C’est la pierre de touche de l’écriture hypothétique : c’est comment tu reçois les anti missiles. Si tu te braques, c’est pas de l’écriture hypothétique, t’es qu’un idéologue approximatif et généralisateur. Si tu le prends avec le sourire, l’hypothèse mérite ce nom. C’est la grâce que je me souhaite.

          • @thierry saunier:
            à question perfide-involontairement, ta réponse « royal de luxe »
            1 proposition « maxi best of » : copieux, tu ne repasses pas au Mac avant 6 mois
            2 proposition « happy meal » : ça met tout le monde d’accord, les enfants sont toujours d’accord, non ?
            3 proposition « chicken mac nuggets » : le sur-mesure et le poulet ça me parle, c’est con, ça picore partout
            merci thierry
            j’ai plus d’excuses

          • @François Bégaudeau: « deux singes » ça se lit comme un tapis qu’on déroule, c’est l’idée.
            si j’ai fait des plis dans la moquette, c’est pas grave en soi, je peux toujours relire chronologiquement rapide après

          • que répondre à cela? rien

          • @Helene:
            Superbe métaphore, comme j’aime. Pas trop long – « pas comme toi » dit-elle -, compréhensible par tous et parfaitement vissé dans chaque case. Tout ce à quoi j’échoue, en un mot (et trois subordonnées, cherchez l’erreur)
            « Sans compter le côté malbouffe, dont tu es en effet l’équivalent littéraire », dit-elle.
            Chipie, va.

            Sinon je suis tout à fait d’accord avec toi, et en désaccord avec François, une fois n’est pas coutume. J’ai tout lu et même tout relu dans l’ordre (et c’est vrai que le livre est magistralement construit) et c’est ainsi en effet qu’on comprend l’enchaînement dialectique, ultra-réfléchi. Mais c’est vraiment me semble-t-il un livre qu’on peut parfaitement lire par fragments (avec déjà cet argument quand on a peu près le même âge : ben en 86, il faisait quoi lui ?); ils sont bien délimités. A conditon de noter (mais c’est exactement ce que tu as fait dans le post précédent) qu’ainsi on en perd un bout, enchaînement chronologique et progression.

            Post suivant : un extrait du sartrooobok qui se rapporte à ça, un miracle de déconstruction littéraire , sadiquement je te le mets avant que tu lises « Les mots ». En fait ça empêche rien.
            « t’as des millions de défauts mais t’es pas sadique » dit elle; j’en reviens pas un quasi compliment. Je vous laisse, là, il faut que je m’en remette.

          • Le livre construit une chronologie pour la distordre. Si on ne suit pas la chrono, on ne comprend pas la distorsion, et on rate le livre.

            La question restant : pourquoi donc ce saccage est tombé sur ce pauvre livre là.
            Madame Bovary on peut le lire dans le désordre aussi?

          • @Helene:
            6 juin 2013, une date : François Bégaudeau répond : rien.

             » Et toi Thierry, c’est prévu pour le 6 juin 2073 ? » dit-elle.

          • Lorsque j’ai commencé à lire Deux Singes, je ne l’ai pas lu dans le désordre, mais il est vrai que j’ai eu tendance à sauter certains passages qui m’ont paru plus cérébraux. Au début de ma lecture, j’ai lu les chapitres dans l’ordre chronologique, pour voir la progression des idées et de la vie de Chouchou, en m’attardant sur les éléments purement autobiographiques et concrets de sa vie. Par exemple, quand il est question de musique rock ou punk rock, ou de marxisme, j’ai un peu eu l’impression que ça me passait au-dessus de la tête, parce que ce sont des domaines avec lesquels je ne suis pas familiarisée, et qui peuvent me paraître un peu abstraits à première vue.

            Dans l’un de ses posts, François dit que « le livre construit une chronologie pour la distordre« . Je me demande si l’on n’est pas là dans ce qui différencie l’auteur du livre, qui sait parfaitement ce qu’il a voulu dire, qui a passé beaucoup de temps à le revoir et à le peaufiner. Il peut sembler évident à l’auteur que le lecteur va capter cette distorsion de la chronologie, alors que le lecteur risque plutôt d’interpréter le livre avec son propre état d’esprit.

          • Soyons fous et postulons quand même un lecteur immensément attentif et concentré qui se rendrait compte, par exemple, qu’il y a deux chapitres 77. Ne lui viendra-t-il pas alors dans le cerveau l’idée hautement conceptuelle et géniale que ce livre bifurque d’une ligne purement chronologique? Non, c’est sans doute trop demander à des gens qui, à leur décharge, ont été abêtis par 15 ans d’école.
            Admettons cependant que le lecteur ne soit pas allée à l’école et qu’il soit doué d’un cerveau d’exception. On peut alors follement s’imaginer qu’il constatera que les débuts des deux chapitres 77 sont écrits pareils, l’un reprenant l’autre pour en dévier peu à peu.
            Sur cette voie d’excellence se formule alors l’utopie que ce lecteur arrive a déchiffrer les voyelles et les consonnes d’une phrase comme : « ne crois jamais à la comédie d’un livre chapitré par dates ». Et alors peut-être il se dira que l’auteur le met en garde contre l’illusion chronologique de son propre livre, qui est, mais oui, des yeux d’exception l’aperçoivent, chapitré par dates.

          • @delphine:
            Ca me paraît très clair et très bien dit.
            Fin de la scission, épisode 2 : une lectrice qui part (et parle) de soi.

          • Mais ce lecteur-là, c’est pas celui qui le 30 avril 2009 a lu Vers la douceur, pages 201 à 203 intitulées Chronologie incluses ? Lues en se grattant le front, en faisant retour aux chapitres pour vérifier, sans trop savoir s’il comprenait bien la règle du jeu. C’est pas pratique mais c’est marrant il s’est dit.

          • Ce livre était déjà une machine de guerre contre le temps linéaire, la chronologie finale en étant la traduction ludique

  12. j’ai lu le chapitre 89 de « deux singes » et survolé les chapitres suivants jusqu’à la fin. lecture d’étape qui me donne une idée du livre, qui me confirme l’idée du livre, dont il a déjà été question ici ou ailleurs : le livre raconte comment une vie ne prend pas le chemin pressenti par l’entourage (famille, école), quel chemin il prend et comment s’opère la (les) déviation(s).
    je suppose que la déviation était dans l’oeuf, dans Chouchou dès le départ, qu’elle s’éveille au fil des années mais qu’elle commence vraiment au chapitre 89.
    Déviation par des rencontres beaucoup, surtout. le fait de penser « déviation » et « rencontres » m’a amené à penser « deux singes » en lien avec « dans la diagonale » – la partie où François fait de l’auto-stop, monte dans la voiture de différentes personnes qui l’embarquent, ils font des km ensemble, lui parlent de leur vie passée et/ou présente, moments d’intimité, de vérité, une forme de partage : on pourrait se dire que dans 89 par exemple François monte dans la voiture d’Emmanuelle au lycée puis dans la voiture du : groupe à hypokhâgne, dans 92, il monte dans la voiture des zab etc.
    dans 89, j’ai aimé cette lucidité sur ce qui motive parfois à discuter :

    Chouchou ne discute pas pour être convaincu, ni pour convaincre. Il discute pour emmerder l’autre. Pointer ses approximations. Fissurer le monolithe qui récite devant lui. »

    • @Helene:
      Comme je dis toujours, la littérature (et c’est ce qui fait son charme, sa puissance aussi d’aileurs) c’est jamais « à prendre ou à laisser », c’est toujours « j’en prends j’en laisse ».
      Ceci dit, qui devait l’être, je te conseillerais quand même de lire le chapitre 77, avant-dernier du livre. C’est un peu une récapitulation, une manière de boucler la boucle, le véritable épilogue. Je l’ai déjà dit d’ailleurs.
      Il confirme bien ce que tu dis : la logique profonde de cette trajectoire et de celles qui, d’une manière ou d’une autre, peuvent s’y sentir concernées ou confirmées, la mienne tout au bas de l’échelle, la tienne aussi sans doute, est qu’elles a, ont dévié de la route tracée parce que la déviation était en elle(s) ; François a, nous avons dévié. C’est un fait. Par exemple, mon père voulait mordicus que je fasse des maths. Tu parles d’une réussite.
      Pourquoi? perso j’ai deux hypothèses qui se complètent plus qu’elles ne s’opposent (pas si con, l’animal)
      1. La culture de masse qu’on s’est tous pris dans la gueule, et d’abord sociologiquement, a profondément corrodé la trajectoire ultra-politisée du littéraire traditionnel, style Debray. Qui continue vaillament à faire son petit débat à l’ancienne avec Guaino, et il sait même pas qui c’est Luke Skywalker (!?)
      Ben en fait, c’est une seule et même proposition.
      Ceci parce que cela.
      2. On a aussi dévié parce que nos parents ne s’en sont pas (tant) formalisés. François le dit très bien (je cite de mémoire) dans Deux S , au sujet de son père « contrarié sans drame de me voir dévier de la trajectoire d’élite qu’eussent dû me valoir les galosn républicains »
      (eussent dû chuis pas sûr, c’est pas très lui, c’est plutôt beaucoup moi). Bref.
      mais cette génération, celle de nos parents, a quand même été méga tolérante sur ces déviations diversement manifestées par rapport à celle de nos grands parents. Hypthèse dans l’hypothèse ; ils étaient rassurés par les trente glorieuses, l’ascension sociale, à commencer par la leur propre, tout ça tout ça.

      • @thierry saunier: chic, une suite, ta suite. j’ai pas encore lu 77, je ne vais pas être en phase. n’empêche ce que tu écris m’interpelle globalement :
        les autres (parents, enseignants, proches)imaginent notre avenir et nous nous réalisons souvent autrement, si la possibilité nous en est donnée.
        sur l’impact de la culture de masse sur la trajectoire politisée du littéraire, je ne sais pas, peut-être.
        sur les parents méga tolérants qui ont permis à elurs enfants de dévier de leurs propres projections quant à leur avenir, on peut se dire effectivement qu’il l’ont permis parce que la période était faste et qu’eux-mêmes se sentaient bien. génération particulière, celle de nos parents (nés peu après la guerre).
        mais mon père lui-même a dévié par rapport à la trajectoire qu’on lui prévoyait (ses parents)et il appartient à la génération qui nous précède, ses parents n’étaient pas spécialement libéraux

        • @Helene:
          mais j’ai pas lambiné, hélène, j’ai désintégré Bourdieu sur « Pour un printemps Libertaire. »
          Debray, Bourdieu, drôles de libertaires, indeed.

          En fait, on est d’accord; je parlais pas juste de dévier de la trajectoire prévue ça c’est un peu la loi des générations depuis quoi, que Caïn a dit merde à Adam ?
          Je disais de le faire avec l’assentiment ou au moins sans drame du côté des parents. C’est ça qui me paraît neuf; mais ça n’est basé que sur quelques exemples donc c’est sans doute abuser d’en faire une loi générale.

          • @thierry saunier: hello Thierry,
            sur les auteurs je ne vaux pas grand chose, je n’ai pas renoncé mais je suis à des années lumières
            oui on est d’accord, d’ailleurs ça m’a toujours étonné comment des gens peuvent ne pas comprendre qu’ils partagent le même point de vue, ne le voient pas parce qu’ils abordent le problème sous des angles différents, avec des mots ou des approches différentes
            oui « la loi des générations » comme tu le dis bien, un processus invariant
            sur comment les parents réagissent à cette déviation de leurs enfants des trajectoires pressenties, « drame » hier, plus aujourd’hui : difficile à dire, et comme tu le dis, on ne s’en sortira même pas en empilant des exemples
            je pensais hier que ces déviations dont on parlait étaient surtout « voie professionnelle » : ils me voyaient en maths, je suis littéraire. c’est vrai dans « deux singes » : ils me voyaient faisant progresser la science, je suis écrivain et critique littéraire et cinématoto. mais dans « deux singes » c’est plus subtil : ils me voyaient intellectuel, c’est-à-dire faisant partie de l’élite et engagé politiquement à gauche dans le camp des humanistes, de ce profil j’ai dévié.

          • Hélène,

            D’accord. Mais c’est le début du libéralisme parental, justement, ou plutôt l’étape ultime: quand les parents mathophiles (le néologisme est horrible, mais comme l’idée l’est aussi je suis vengé !) trolèrent que leur fille devienne littéraire, s’y épanouisse.
            Dans Deux s il y autre chose j’étais programmé pour la politique, j’ai lâché prise. (Nb tout en gardant le meilleur : le souci de l’autre, la générosité, chuis bien placé pour en parler, la manie de réinterroger tout ce qui n’est jamais questionné etc) Ce qui selon moi fait trace, c’est que ce destin est partagé, pour ne aps dire commun : de la politique à la culture, c’est lui, c’est moi, c’est toi peut-être (mais fille tu étais probablemtn moins programmée pour être hyper poltisée come nous 2) et c’est Libé !!!! Acte de naissance ultra politisé la GP et l’impayable Benny Lévy. Et finalement aujourd’hui rémanence politisée mais journal ultra culturel.
            Tiens un test ; moi je lis quasi jamais les éditos de Demorand, lale tombeau d’Hessel jai dû lire 1 page sur 30, etc.
            Et toi ?

          • @thierry saunier:
            c’est plein de fautes de frappe, saunier.
            Proto digital, va

          • @thierry saunier: hmm tu mets des accents à mon pseudo, on parle sérieusement alors
            oui la génération de nos parents c’est le début du libéralisme parental. que ce soit à la fois le début et la fin (« l’étape ultime »), un peu étrange, à voir.
            quand tu parles de parents mathophiles qui tolèrent que leur fille devienne littéraire, ça ne s’est pas passé comme ça pour moi mais on s’en fout.

            Ce qui selon moi fait trace, c’est que ce destin est partagé, pour ne pas dire commun : de la politique à la culture, c’est lui, c’est moi

            destin partagé, destin commun : c’est noté
            de la politique à la culture : limpide
            il faut que je relise ce que tu as écrit sur « deux singes »
            pas grave les fautes de frappe
            si c’est grave, quand je copie/colle dans google « les éditos de Demorand, lale tombeau d’Hessel », c’est peanuts et je reste en plan. au fait, je ne lis pas Libé, ni aucun journal d’ailleurs, sauf par hasard, lumpensitiste. mon évolution à moi, ce n’est pas le passage de la politique à la culture mais le passage de plus d’écrit et le destin que ça dessine à plus d’oral et la vie qui va avec

  13. « La littérature c’est une diagonale entre dire et ne pas dire, entre le sens et le silence »

    « Il me semble qu’elle est à son meilleur quand elle plonge en eaux troubles, quand elle explore les zones de confusion »

    “ce qui se pense bien s’énonce clairement”

    Pour moi tout est dit. L’un ne peut aller sans l’autre.

    EDIT : Pour ceux qui comme moi se poseraient la question des guillemets de François à
    “ce qui se pense bien s’énonce clairement”

    Google me dit que c’est de lui : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Boileau (Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.)
    Je suis curieux de le lire.

  14. je pose ce commentaire ici, ça aurait pu être ailleurs
    ce n’est pas à propos de la littérature
    plutôt à propos de la communication
    François prend acte des différents registres de langage : différents selon les générations, les milieux sociaux , les régions, les métiers, et les repère très vite, très bon à ce jeu-là
    ce jeu aboutit à décoder un individu sur son identité (quel âge, quelle classe sociale, quel métier…) assez rapidement
    moi ça me dérange parfois, quand j’écris sur begaudeau.info
    en s’exprimant on s’expose, pas seulement sur ce qu’on pense (pas de problème, c’est le but de la communication) mais aussi sur qui on est (on le sait moins), encore plus quand on est lu par quelqu’un qui a la passion des mots
    je me disais que la lucidité des uns porte atteinte à la liberté des autres

    • @Helene: Je ne vois pas où le problème. Est-ce que tu peux expliciter « la lucidité des uns porte atteinte à la liberté des autres, s’il te plaît ?

      • @Jérémy:
        dans l’édito du monde libertaire / »printemps libertaire », François relève des flc à la pelle dans ce texte, j’espère que quand il lit mes posts il ne fait pas la même chose
        j’ai très mal formulé dans le post précédent

        • @Helene: Je ne vais pas répondre à la place de l’intéressé. A l’oral, il me paraît difficile d’éviter les flc, parce qu’on ne contrôle pas toujours notre parole (ça dépend des circonstances, en fait). A l’écrit, normalement, on fait plus gaffe, on peut se reprendre. Mais si on ne le fait pas, c’est pas grave non plus. Et puis, tu n’écris pas un article pour donner des leçons (contrairement au journaliste du Monde Libertaire). Une posture condescendante incite à la déconstruction.

          • @Jérémy: je te remercie de me dire ce que tu penses, en plus tu le dis toujours avec mesure, alors ça passe très bien
            je crois que je sature de cet auto-contrôle permanent (mais comment fdaire autrement) sur ce que j’écris, pour donner le meilleur aux personnes qui lisent, pour soigner mon image aussi. un peu de vacances peut-être ?

          • @Hélène: Tant que tu restes bienveillante, il n’y a pas de problème.

          • @Jérémy: je ne suis pas sûre d’être le genre de personne qui « reste bienveillante » malheureusement

    • @Helene:
      Un site internet avec un forum, en tout cas comme celui-ci, je vois ça comme une soirée ;
      y a un hôte assez débonnaire en l’occurence ici François
      plein d’invités qu’on connait pas tous, tant s’en faut
      c’est déambulatoire, nocturne, bruyant, Ramble On plutôt que bitter sweet symphony (fine by me) et chacun essaie, ma foi, c’est humain, de se présenter sous son meilleur profil, le plus aimable, avec et selon des enjeux plus ou moins rehaussés selon les interlocuteurs.
      Si tu es avec le regard éloigné de l’ethonologue, tu peux juger tout ça d’une grande férocité (houellebecq est assez bon là dessus)
      mais quand tu es immergé(e)dedans, l’idée c’est plutôt d’y prendre du plaisir.
      Pour les fines mouches, tu dis bonjour t’es déjà dans une case (celle des gens polis ?)
      Moi j’aime bien cette exigence générale, je me dis que si je laisse passer une connerie je me vais faire bien éclater; ben du coup je fais un peu plus attention (qu’est ce que ce serait). C’est bien pour les autres, c’est bien pour moi.

      • @thierry saunier: oui moi je le vois aussi comme ça : un hôte débonnaire, des invités hétéroclites, des affinités, des discussions plus ou moins ardues, actu, philo, des personnages, du flirt, des confidences, des excès, et d’autres choses auxquelles je ne pense pas maintenant.
        j’avais pensé aussi – là tu vas m’aimer – à « huis clos » de Sartre. « l’enfer c’est les autres » quand ça va moins bien, que ça se frite, que ça s’échauffe, que ça se comprend pas ou peu ou que ça s’absente trop longtemps aussi. comme dans la vraie vie, cet enfer des autres et ce besoin des autres en même temps.

        • @Helene:
          OK, mais à condition quand même de préciser que pour Sartre, il s’agit dans huis clos dune configuration ultra-particulière. Les misanthropes professionnels auraient bien voulu l’enrôler dans leurs rangs via cette phrase, ils en furent, là comme ailleurs, pour leurs frais. Je ne parle pas de son oeuvre, enfin si j’en parle mais pas ici, mais ce qui est absolument fabuleux dans sa vie, c’est un centre de gravité absolument intouchable – écrire, et écrire ce qui lui chantait, là dessus personne a jamais réussi à le faire dévier d’un millimètre -, avec une plasticité un accueil aux autres et une bienveillenace et une attention proprement phénéoménales, et d’ailleurs proverbiales.
          Hypothèse et si c’était lié ?
          Et si c’était parce qu’il savait mieux que personne ce qu’il voulait faire et comment l’accomplir qu’il était si « bienveillant » pour reprendre le mot de Jérémy à ton propos, et qui pour le peu que j’en sache me paraît à te lire approprié?

          • @thierry saunier: oui j’ai pas eu le temps hier de préciser mon parallèle entre « huis clos » et le forum sur begaudeau.info.
            la pièce raconte l’histoire d’un trio avec des persos bien particuliers
            petit extrait de wikipédia pour resituer

            Trois personnages se retrouvent à leur mort dans une même pièce. Il s’agit de Garcin, journaliste, Inès, employée des Postes et Estelle, une riche mondaine. Ils ne se connaissent pas, viennent de milieux très différents, ne partagent ni les mêmes convictions ni les mêmes goûts. Jean-Paul Sartre nous décrit ici « son enfer » avec brio : « l’enfer, c’est les autres ». Cette phrase, qui a valu à Sartre les pires accusations, explique seulement que la vie « se ressent, se perçoit » à travers les autres ; rien ne vaut les individus qui nous font prendre conscience de nous-même, de la triste réalité humaine, mais qui restent nécessaires pour se réaliser. Les trois protagonistes se débattent sans cesse pour échapper à leur situation mais l’Enfer finit par reprendre le dessus.

            mon rapprochement entre ce site pour la partie « forum » et cette pièce de Sartre porte sur deux-trois choses similaires : un lieu délimité avec des individus qui pour la plupart ne se connaissent pas, qui ne peuvent qu’échanger – c’est beaucoup (on échange plus que dans la réalité, on a un espace où poser des choses multiples et où d’autre sitistes vont regarder et réagir)et c’est peu à la fois (l’existence d’un sitiste ne tient qu’à des mots : il n’écrit plus, il n’existe plus, ça peut fatiguer, j’imagine qu’on apprend à gérer ça)- et ces individus (persos de la pièce/les sitistes)qui constatent combien il est difficile d’échanger : difficile d’exprimer sa pensée pour se faire comprendre, sur sa logique, sur ses intentions, sur ses réactions (mais ça on a dépassé je crois, ça tient peut-être à ce qu’on se connait mieux, et pour prévenir les malentendus, on peut toujours écrire dans quel esprit on a écrit ou réagi), difficile aussi de comprendre parfois la pensée des autres sitistes(ça a trompetté pas mal « contresens » ici ces derniers temps, non ?)
            merci pour ton éclairage thierry sur la bienveillance de Sartre, j’apprends j’écoute ton hypothèse de « bienveillance liée au fait de savoir ce qu’on veut faire et comment le faire », ça tient la route oui : quand on a les idées claires sur des objectifs persos on est plus relâché et dispo, bienveillant. on pourrait l’appliquer à notre hôte, hôte et collègue pour toi, on ne sait plus trop qui est quoi pour qui, je crois que tu y es pour quelque chose d’ailleurs (je le relève mais ça me va)
            tiens je te fais une confidence, je me disais ces derniers temps qu’il manquait quelqu’un sur ce site, comme le 11ème joueur d’une équipe de foot (imagine que begaudeau.info est un club de foot, tu peux le faire, tu as beaucoup d’imagination), pour moi tu es ce joueur

        • @Helene:
          11 ème joueur de foot, c’est merveilleux,
          même pas remplaçant ; titulaire d’entrée !
          Comme dit Pifou : Glop Glop.

  15. « La littérature n’a pas vocation à communiquer »

    François expose dans ses livres, peut-être plus particulièrement dans ses romans, des faits bruts, concrets.

    – Dans « Entre les Murs« , il décrit purement ce qu’il se passe dans une classe, les faits concrets qui suscitent telle ou telle réaction de sa part, en tant que prof, et/ou celle des élèves. C’est ce que résume la phrase « ne pas s’envoler dans les commentaires« , présente dans le livre « Entre les Murs« .

    – Dans « Au Début« , il décrit diverses expériences de grossesses, sans porter de jugement, sans exprimer d’émotions particulières. Ce qui n’empêche pas le livre d’être touchant pour les lecteurs, mais François laisse chaque lecteur libre de se faire sa propre opinion, en fonction de sa sensibilité.

    – « Vers la Douceur » présente « juste » des mises en situation.

    En délivrant au lecteur des informations brutes et en le laissant les interpréter par lui-même, il ne lui transmet pas de message particulier. Dans ses essais, par exemple « Tu seras écrivain mon fils« , il prend peut-être davantage position, en pointant ce qui lui semble inadéquat dans le domaine littéraire (« mots creux (inspiration, obsessions, blessure, page blanche) »).

    La « complexité » dont parle François dans l’entretien est due au fait qu’il délivre à une multitude de lecteurs, connus et inconnus de lui-même, des informations avec le plus de justesse et de clarté possible. La complexité est implicite, sous-entendue. A la base, face à un même texte, chaque lecteur reçoit les mêmes informations. Puis, chaque lecteur gère ces informations différemment, les compile et les interprète en fonction de son vécu.

    « Le mélange des registres de langue me semble rendre justice à la langue dans tous ses états »

    C’est très bien dit, parce que ça rend compte du fait qu’une langue est vivante, en particulier parce qu’elle est utilisée par des êtres humains, et qu’elle évolue au fil du temps. « Le mélange des registres » rend compte de la cohabitation des différences culturelles au sein d’une société : langage châtié, académique enseigné et utilisé à l’école ou dans le domaine professionnel / argot des banlieues. Parfois, les mêmes mots de base sont employés, mais leur agencement est différent, en fonction des codes propres à chaque milieu.

    • @Delphine:
      allez un petit paragraphe sur l’art poétique de ce graphomane dingo de Saunier. complémentaire de ce que dit François ?
      Moi je crois que oui.

      Les démocrates le sont aussi dans le domaine littéraire : de même qu’ils professent l’égalité entre les hommes, ils plaident, simultanément, l’égalité entre les mots. Le métissage qui horrifie les puristes et le romantiques – qui au reste ne coïncident pas exactement – leur agrée totalement. Et, dans ce cas-là, il n’y a guère qu’à prêcher d’exemple : sont bienvenus dans ma prose – ainsi que dans mes lectures -par ordre d’entrée en scène; le prolétariat du langage, à savoir, l’argot. Il ne suffit pas de dire : l’argent – mais il convient d’ajouter : la thune, le flouze, le blé, la caillasse, le pognon, l’artiche, le cash, la maille, et dix autres synonymes supplémentaires qui démontrent la vitalité du langage populaire. Ensuite, son immigration : les mots venus de langues étrangères : tifoso, geek, Zeitgeist, querencia, bling bling, nerazzuri, volapuk, tovarich, freak, Weltanschauung, sexy, ragazza, esperanto, cash, babouchka, punk. Et enfin, sa bourgeoisie, selon une liste appelée à figurer bientôt dans les anthologies de la jeune littérature hérissée : « épingle, tiare, rouelle de porc, lacet de cuir et teinture d’iode, éperons d’argent, hermine, gant, anémone. » A quoi j’appose, sans l’y opposer, la mienne propre : « nacre, froncer, lyrisme, ocre, arrière-saison, buissonnier, vermillon, braise, frondaison, futaie, tremble, orchidée, concaténation, fluide, désert. »

      • Ce petit endroit tranquille de l’année dernière qui parle de communication me parait parfait pour tester les smileys.
        La communication écrite, sur internet ou ailleurs, peut générer des malentendus. Par exemple on veut vanner quelqu’un, il/elle le prend au premier degré, le voit comme une agression.
        Un smiley à la fin de la vanne aurait montré l’état d’esprit rigolard du post.

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        • : ouimaitre: -> :ouimaitre:
          : pfff: -> :pfff:
          : pouah: -> :pouah:
          : pt1cable: -> :pt1cable:
          : rofl: -> :rofl:
          : roll: -> 🙄
          : sarcastic: -> :sarcastic:
          : sleep: -> :sleep:
          : sol: -> :sol:
          : spamafote: -> :spamafote:
          : sweat: -> :sweat:
          : wahoo: -> :wahoo:
          : whistle: -> :whistle:

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