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Littérature et communication, parlons-en

Une interview de François par Néa Moni pour Paradoxes, revue shangaïenne de Philosophie

Néa Moni : Pourquoi avoir choisi de communiquer avec autrui par le biais de la littérature ? Pensez­‐vous qu’elle ait un avantage particulier sur les autres formes de communication ?

François Bégaudeau : Les faits parlent  d‘eux­‐mêmes : c’est cette voie que  j’explore en priorité, incessamment depuis dix ans. Il faut croire que je m’y trouve bien. Mais c’est sans doute justement parce que la littérature n’a pas vocation à communiquer. Il faut savoir que beaucoup d’écrivains s’étrangleraient de voir leur travail accolé au terme communication. Si j’ai quelque chose à communiquer, ce n’est pas un roman que je dois écrire. Mais une lettre. Ou un discours. Ou un article. Ou… un communiqué.

Cela étant posé, vous trouverez deux positions extrêmes : d’un coté, certains définissent la littérature comme n’ayant rien  à dire, n’ayant pas d’objet en dehors d’ elle-­‐même ; de l’autre certains se servent des livres pour faire passer des messages, des idées, des thèses, des leçons édifiantes. Je crois qu’on peut appeler littérature le mode d’expression qui navigue fébrilement entre ces deux pôles. La littérature c’est une diagonale entre dire et ne pas dire, entre le sens et le silence. La littérature exprime, mais de façon oblique, détournée. La littérature c’est le détour.

Je crois qu’elle est aussi le lieu où se complexifient les messages trop clairs. Ecrire de la littérature, c’est mettre à l’épreuve de la phrase des généralités, des évidences,  des lieux communs. Les lieux COMMUNS peuvent se COMMUNiquer dans des énoncés simples. La complexité ne s’exprime pas, elle se déplie, elle s’agence. Et pour ça elle a besoin de la langue littéraire, dense et noueuse.

Pensez-vous que les mots et leur usage en littérature permettent de représenter parfaitement notre pensée ? Est-­ce leur fin ?

Là encore on se trouve pris entre deux thèses : d’un coté les mots seraient inaptes à exprimer la pensée, de l’autre ils ne seraient qu’un outil transparent pour l’exprimer. C’est évidemment plus complexe. Les mots c’est à la fois ce qui permet et empêche la pensée. Outils et obstacles. C’est leur grandeur diabolique. Beaucoup de mots sont disponibles, formant une sorte de prêt‐à‐penser qui dispense de penser. Dans Tu seras écrivain, mon fils, j’essaie de lister et  déconstruire ces mots qu’on utilise spontanément pour penser la littérature, alors que ce sont de mots creux (inspiration, obsessions, blessure, page blanche,etc). D’un autre côté,  je reste assez convaincu que  “ce qui se pense bien s’énonce clairement”, selon le credo classique. Reste juste à savoir si la littérature est le lieu de la clarté. Il me semble qu’elle es à son meilleur quand elle plonge en eaux troubles, quand elle explore les zones de confusion. A chaque intention sa forme : le roman pour le trouble, l’essai pour la clarté. Même si pour ma part je n’ai cessé de créer des brouillages entre ces deux genres.

La suite est à lire directement sur le site de la revue : Entretien avec François Bégaudeau

 

161 Commentaires

  1. & lt;_& lt; -> <_<
    < _ <_ 😛
    B ) -> B)

    : angry: -> :angry:
    : bidon: -> :bidon:
    : biggrin: -> :biggrin:
    : blink: -> :blink:
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    : euh: -> :euh:
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    : lol: -> 😆
    : mellow: -> :mellow:
    : rolleyes: -> :rolleyes:
    : smoke: -> :smoke:
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  2. j’ai fini « deux singes », j’ai bien bu et bien mangé, passé un bon moment avec ce livre, que je referme avec un sentiment de dossier clos, d’affaire classée, le « détective de soi » a fait du bon boulot
    dans 77 j’ai aimé particulièrement 2 choses :
    que Chouchou dise qu’à la table du banquet les attablés sont « gentils », que leur engagement politique à gauche est le prolongement de leur bonté. belle reconnaissance, sachant que Chouchou n’émarge plus dans ces rangs-là
    2ème chose : quand il est dit que la passion politique de Chouchou s’est éteinte à mesure que son corps se rappelait à son souvenir par toutes sortes de couacs.
    pour moi Chouchou retrouve son corps, souvent mis à l’écart quand on passe sa vie à penser et à exprimer ce qu’on pense parce qu’on aime ça. Chouchou retrouve son corps au sens large, au sens d’univers sensoriel, une forme de vie bien agréable qui passe par les sens et l’affect (regarder les gens, regarder sa copine Isabelle en train de lire, écouter de la musique rock pour le son rock simplement, être attentif aux animaux, vivre avec des animaux, être sensible à la gentillesse des gens) et qui n’a pas besoin des mots ni de la pensée pour exister et être profitable
    en quittant le livre je visualise le processus décrit par Chouchou comme une fermeture éclair qui réunit deux morceaux de tissu, fermeture qui permet d’être bien, d’être à l’aise, bien dans ses baskets, bien dans sa vie

    • Bien dans ses baskets je ne sais pas.
      Mais ajusté, en tout cas. Les mots ajustés au corps.

      Petite remarque: je ne dis pas que les adultes autour de moi ont été politisés en continuité de leur gentillesse. Je dis que cette gentillesse a sérieusement adouci dans l’oeuf leurs eventuelles (mais si légères aussi) vélléités de violence politique. Ce peuple là voulait la paix, et dans sa bouche les accents de guerre dissonaient. Au bout du compte le peuple communiste ça aura été quelque chose, croyez moi.
      (au passage aussi : je ne critique pas les idées de mes parents, j’essaie d’en faire la psychologie et la généalogie ; j’essaie aussi d’en dire qu’ils n’ont jamais été marxistes, et encore moins gauchistes. Communiste, chez eux, ça voulait dire ultra-républicain. Mes parents étaient des gaullistes sans le savoir, mais coté classe ouvrière et fonction publique.)

      • @François Bégaudeau: merci pour ces précisions
        en fait on ne fait toujours que ça, préciser

      • @François Bégaudeau:

         » Sans rentrer dans la controverse philosophico-historique, la confusion des ismes m’inspire un sentiment buté d’injustice, alors que défilent dans ma mémoire des dizaines de visages rencontrés en chemin. Ce qui me laisse coi, soudain rêveur, devant ces panoramas hâtifs à trame lâche, tient en un mot : la supérieure qualité humaine des militants qui ont fait tourner l’inhumaine machine. C’est un fait que les hommes et les femmes que j’admire aujourd’hui sont passés le plus souvent, dans leur jeunesse, par l’extrême gaauche – si peu entachés qu’ils fussent de politique. Comme s’il s’était opéré là une sélection des caractères, à l’entrée dans la vie ».

        • le « si peu entachés qu’ils fussent de politique » est de trop
          et puis il faudrait aller au bout du raisonnement : comment se fait-ce? qu’est-ce qu’il y a de si intéressant chez ces gens.

          • @François Bégaudeau:

            Suffit de demander.

            « Tout cela pouvant à présent se résumer dans le réflexe saugrenu du randonneur en France profonde, voyant la nuit tomber, sac au dos détrempé par la pluie et flageolant sur ses jambes, à qui un quidam croisé sur le GR apprend que le gîte d’étape sur lequel il comptait au village d’arrivée est plein et qu’il lui faudra se loger chez l’habitant, grange, cour ou cabane. Le marcheur, soudain un peu perplexe, derrière ses compagnons de marche, se murmure in petto :  » Ah, si seulement il y avait un militant, un copain, un ancien ou un actif dans ce patelin (…) »
            Ce sont des gens dont on peut être sûr qu’ils ne lâcheront pas les chiens sur des étrangers qui poussent le portillon en bois du jardinet. Et qui diront, à l’heure du dîner, que quand il y en a pour quatre, il y en a pour huit. Ce n’est pas là un type d’arguments que les sciences politiques jugent recevable : cela me suffit pour juger finalement assez frivoles de savants docteurs qui passent un peu vite sur cet aspect des choses. »

          • Ou ceux qui passent un peu vite sur le contenu même des convictions de ces militants.

          • @François Bégaudeau:
            j’vois pas bien de qui tu veux parler

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