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Pour un printemps libertaire

Qu’est-ce que la pensée libertaire ? Beaucoup seraient en peine de le dire. C’est qu’on n’est pas aidés en France. Pas très aidés par nos intellectuels dont très peu se revendiquent tels –mais peut-il y avoir un intellectuel libertaire ? Pas du tout aidés par les hommpolitiques –mais peut-il y avoir un hommpolitique libertaire ? Depuis le début du site, la cartographie libertaire essaye de signaler des gens et des travaux qui, explicitement ou non, pensent et écrivent dans cet esprit. Pour que le printemps soit beau et qu’on le traverse panier au bras, on propose ici quelques provisions supplémentaires.

Evidemment on pourra lire ou relire du Marcela Iacub. Ses livres : exemplairement Belle et Bete et Aimer tue. Ses chroniques de Libé, souvent disponibles sur le Net. Et d’abord celle, paradigmatique, sur les familles : http://www.liberation.fr/societe/2013/05/03/gare-aux-familles_900723

Paradigmatique puisqu’il rappelle le cœur anti-patriarcal et donc féministe de la pensée libertaire

 

Deux livres de Ruwen Ogien :

-La guerre des pauvres commence à l’école.

(en présentation, cet entretien : http://www.liberation.fr/societe/2012/09/04/c-est-un-projet-autoritaire-totalement-inadapte_843988

-L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine

(titre qui dit bien la douce facétie de l’homme, bien qu’il soit absolument conforme au programme conceptuel du livre dont on trouvera ici une parfaite présentation par l’intéressé :

http://www.youtube.com/watch?v=ZVFiIKW1dp0

Pour le plaisir, regarder dans la foulée cet entretien dans le même contexte :

http://www.youtube.com/watch?v=1pKzWNN-LY8

Question : Point commun entre les deux vidéos ?

Réponse : le sourire.

 

Très souriante aussi partout où elle passe, mais elle n’a pas de mérite elle est belge : Sophie Heine

On lira Pour un individualisme de gauche

On pourra aussi écouter un long entretien, un peu philosophant encore à mon gout mais qui pose très bien ce qu’il peut y avoir à prendre, pour un libertaire, dans le libéralisme originel. https://www.google.fr/search?q=heine+sophie+individualisme+de+gauche&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a

 

A ce stade, une remarque : les trois mentionnés sont étrangers : argentine, allemand, belge.

Peut-on être français et libertaire ?

Oui puisque Thierry Levy existe. Plus inaperçu, car ce n’est pas exactement un écrivain ni un penseur, mais sans doute le plus farouche de tous. On lira par exemple cette transcription d’une intervention publique

http://fragmentsduvisible.org/site2/demain/articles/afficher.php?article_id=134

Texte magnifique qui ramène les débats au noyau dur : jusqu’à quel point tenons-nous à la liberté ? Y tenons-nous davantage qu’à la sécurité ? Pense-t-on depuis la peur ou depuis le désir ?

Débouché logique d’une pensée de la liberté, la radicale mise en cause des prisons :

http://upac.over-blog.com/article-thierry-levy-prison-le-fond-de-l-enfer-105182863.html

Thierry Levy est juif, et avait commis un beau livre sur la question.

 

Peut-on être français, goy et libertaire ?

Oui, puisqu’il y a Alain Guiraudie. Une fois lu et écouté tout ça, on aura donc gagné le droit, et ce sera pile l’heure, d’aller voir son magnifique nouveau film, L’inconnu du lac, qui, entre mille qualités, explore sans dissertation l’hypothèse de l’innocence, l’hypothèse d’un monde sans morale –le désir pour seul guide. Sortie le 5 juin.

 

Pour finir provisoirement, deux textes directement reportés ici :

 

1

Un texte de Gaëlle Bantegnie sur le film Lady Chatterley. Ecrit en 2009 mais la justesse n’a pas d’âge.

Lady Chatterley,le film de Pascale Ferran adapté du roman de D.H Lawrence, présente un bon exemple de figure féminine qui s’émancipe, via un amour adultère avec son garde-chasse, moins par la transgression de valeurs ou d’institutions aliénantes (le mariage) que par la patiente et délicate recherche d’un plaisir sans ombre. Les féministes que nous sommes auraient peut-être intérêt à faire, comme elle, le pari de relations amoureuses modestes et chevillées à la seule quête du bien-être afin de désacraliser l’amour, de ne plus viser l’absolu en lui. C’est qu’il est impossible d’envisager des relations égalitaires entre les hommes et les femmes en ce domaine tant qu’on n’a pas renoncé à une conception romantique. Préoccupées, à juste titre, par la conquête de formes d’alliance les moins contraignantes possibles (union libre, pacs), nous en avons parfois oublié de nous intéresser à l’éthique amoureuse en tant que telle. Paradoxalement, la libération à l’égard de l’institution du mariage nous a conduit à accorder une place prépondérante à la passion, envisagée comme summum de la liberté amoureuse, sans voir tout ce qu’elle charriait d’archaïque. LadyChatterley, un des films les plus progressistes de la décennie, peut fonctionner comme une bonne antidote à ces tendances romantiques contemporaines.

Constance vit avec son mari Clifford, propriétaire minier et blessé pendant la guerre 14-18. Elle est une épouse attentionnée, elle coud en silence devant la cheminée, elle lui prépare son thé, l’aide à se laver ou à se mettre au lit, autant de choses que le corps à demi paralysé de son époux ne parvient plus à faire. Mais il ne se passe pas grand chose dans la grande demeure de Wragby, alors Constance s’ennuie. Un jour, elle se rend chez leur garde-chasse pour lui demander de préparer des faisans pour un dîner, personne. Guidée par quelques poules, elle fait le tour de la maison, il est là torse nu en train de se laver, elle l’ observe passer une éponge gorgée d’eau sur son dos puissant et s’enfuit en courant. Il s’appelle Parkin, il ne l’a pas vue. Ce soir-là, Constance se déshabille, regarde son corps nu dans le miroir et se couche tristement. Quelques jours après, elle tombe malade, elle a perdu toute énergie.

L’émancipation de Lady Chatterley ne passe pas par une prise de conscience d’ordre intellectuel ou théorique, elle provient d’une nécessité vitale. Ce n’est pas parce qu’elle pense que son mariage l’aliène qu’elle finit par tromper son mari avec Parkin, c’est seulement parce qu’elle est malade et qu’elle veut guérir. Elle n’est pas spécialement progressiste au départ. Quand son époux, avec lequel elle ne fait plus l’amour, lui laisse entendre qu’il l’autorise à le tromper, c’est elle qui est choquée. Et si elle finit par devenir vraiment libérale sur le plan des moeurs, ce n’est pas grâce à une mutation idéologique, c’est parce que-dans sa chair-son expérience quotidienne du plaisir avec Parkin l’aura transformée. C’est pour cette raison que leur histoire d’amour est un processus de libération sans crise ou métamorphose violente mais qu’elle est particulièrement sereine. Paradoxalement, Lady Chatterley se libère d’autant plus qu’elle n’arrive pas vers son amant avec des idées progressistes à appliquer ou une volonté de rompre avec certaines valeurs mais avec la simplicité de son désir.

Tout le film tient d’ailleurs dans cette attention constante porté au désir de Constance, c’est presque son seul sujet. Son premier postulat explicitement matérialiste est que tout en découle: ne pas prendre soin de son désir, c’est mourir. Son second postulat, c’est que le désir, c’est pas compliqué-il n’est ni insondable, ni tortueux-c’est seulement de l’énergie. Reste juste à savoir quoi en faire pour la maintenir à flot. A ce propos, le diagnostic du médecin qu’elle consulte est très clair: elle n’a rien d’anormal sur le plan organique mais, si elle ne prend pas soin d’elle, il ne répond de rien, les maladies graves trouvent toujours leur origine dans une diminution de la vitalité. Lady Chatterley va donc suivre consciencieusement cette prescription médicale; elle va prendre soin d’elle et son histoire d’amour avec son garde chasse va fonctionner exactement comme une thérapeutique. Malade par simple frustration sexuelle et manque de plaisir, elle va s’employer presque quotidiennement à assouvir ses désirs. Et c’est tout le génie de Pascale Ferran de montrer comment se façonne, jour après jour, un amour qu’on pourrait dire matérialiste tant les idées ou idéaux importent peu ici. S’ils s’esquissent, c’est toujours secondairement, comme conséquences de ce patient et délicat travail qui consiste à ajuster ses actes à ses pulsions.

Lady Chatterley n’est pas Mme Bovary, elle n’alimente pas son désir par des rêves d’absolu puisés dans les romans, et c’est pour ça qu’elle ne peut être déçue par la vie. Prendre soin d’elle, retrouver son énergie, c’est au contraire en éprouver sensuellement les manifestations positives. Les premières jonquilles qu’elle cueille pour faire un bouquet, la mousse d’un arbre qu’elle caresse furtivement, les poules qu’elle suit candidement et qui la mènent par hasard à désirer le corps à moitié nu de Parkin. Avant même qu’il ne devienne son amant, le garde chasse se révèle être pour Constance un véritable passeur de vie. C’est avec lui qu’elle s’émerveille en écoutant les oiseaux et qu’elle s’émeut aux larmes en prenant un poussin dans sa main, c’est avec lui qu’elle apprend tout simplement à désirer de nouveau ce qui est.

Peut-être que l’état amoureux implique toujours ces phénomènes de transfiguration du réel mais disons alors que tous ne se valent pas. Il y aurait une forme d’amour au ras des pâquerettes qui mènerait à redécouvrir intensément la réalité et rien de plus (Lady Chatterley) et une autre forme qui conduirait au contraire à s’en détourner et à la déprécier sans cesse par la quête illusoire de l’absolu (Mme Bovary). Non seulement la première mène plus sûrement au bonheur (c’est là son seul souci) mais elle est aussi garante d’une égalité plus grande entre les amoureux.

A la différence d’Emma avec Rodolphe, Constance ne prend pas son amant pour un dieu et elle n’attend rien d’autre de lui que ce qu’il lui offre déjà. C’est pour cela qu’elle déclinera sa proposition de partir au Canada et préfèrera qu’il s’installe dans une ferme afin qu’il ne change pas. N’étant attentifs qu’à ce qu’ils sont et sentent concrètement, sans rien imaginer d’autre et sans aucun effet de cristallisation, Constance et Parkin évitent aussi entre eux les rapports de domination. Cette question affleure pourtant parfois. Un jour qu’ils viennent de faire l’amour au pied d’un arbre et qu’il la fait jouir pour la première fois, elle le remercie et il se vexe légèrement en disant qu’il n’y est pour rien. La crainte d’une instrumentalisation par sa patronne reviendra quelque fois mais elle sera toujours levée par elle. C’est vrai que si elle a joui, il n’y est pas pour grand chose, que c’est arrivé comme ça, un peu par hasard, mais Constance sait que tout le bonheur d’une vie tient à ces petites choses qui arrivent par hasard et c’est cela qu’elle va lui apprendre. Si elle a besoin de lui parce qu’il a « le don de la vie », lui a besoin d’elle pour se débarrasser des pensées parasites qui altèrent l’amour si on n’y prend pas garde. Une de ses pensées récurrentes étant évidemment celle de la valeur que nous accorde l’être aimé. Or, renoncer à l’absolu en dans ce domaine consiste aussi à accepter de ne pas être un absolu pour l’autre mais le moyen- précieux évidemment-mais malgré tout contingent de son plaisir. Dans ce genre de passion sans transcendance, on n’est jamais très loin de l’intérêt bien compris entre les amoureux mais l’amour libre est à ce prix.

La force de cette relation amoureuse entre Constance et Parkin est donc qu’elle se nourrit d’elle-même en écartant sans cesse les éléments qui pourraient la parasiter, ses commentaires notamment. S’il y a parole, elle accompagne le désir ou alors elle est pragmatique et évacue toujours la possibilité du drame en réglant un par un les problèmes. Le film est économe en mots parce que jugements et pensées abstraites risqueraient toujours de les empêcher de se concentrer sur leur désir. Tous les deux, dans les bois et à l’abri du monde, parviennent ainsi à une jouissance sans ombre, captée dans sa seule positivité. C’est peut-être pour cela que la nudité des acteurs nous émeut lors des scènes de sexe et qu’on peut regarder le pénis de Jean-Louis Coulloc’h se rétracter « comme un bourgeon » avec la même candeur que Constance.

Ainsi, à aucun moment la conscience de l’interdit ou de l’adultère ne viendra intensifier leur relation, à aucun moment, la crainte de l’abandon ou la jalousie ne viendra l’entacher. La stricte et patiente recherche du plaisir écartant mécaniquement tout ce qui fait le sel des amours romantiques.

La critique féministe des institutions aliénantes comme le mariage a plutôt porté ses fruits, les femmes étant libres aujourd’hui de choisir leur partenaire ou de vivre en célibataire. Il faudrait maintenant s’employer à promouvoir un amour matérialiste comme dans le film Lady Chatterley. Ce qui implique: Premièrement de renoncer à l’absolu, et à la souffrance son pendant, et de se déprendre d’une vision idéaliste de l’amour. Deuxièmement, de renoncer également à penser l’émancipation des femmes selon le schème de l’aliénation/libération parce que, dans ce cas, on ne fait qu’employer les mêmes concepts et procédures que ceux qu’on prétend critiquer. De la même manière que la représentation romantique de l’amour repose sur une promesse de libération totale par le biais de la passion, cette conception du féminisme repose sur un espoir d’émancipation complète via la prise de conscience de son aliénation. En s’aimant comme ils le font, Lady Chatterley et son homme des bois se tiennent tranquillement à distance de l’une et l’autre.

2

Comme il n’est parfois rien de plus clair que la définition par la négative, je reporte ici un édito du Monde libertaire. Le mot ne m’appartient pas, ces gens ont autant que moi le droit d’en user, mais ce seul éditorial m’indique que nous n’y mettons pas du tout la même chose. J’essaie d’approcher le nœud de l’incompatibilité d’humeur en glissant dans cet édito quelques commentaires italiques. C’est unilatéral et peu démocratique, mais je ne vois pas de meilleure manière de cerner ce qui pourrait bien être, au fond, une discorde stylistique.

Je reporte d’abord l’édito.

Editorial du Monde Libertaire # 1704 du 18 Avril au 8 Mai 2013

Foin des officiels sujets de mécontentement comme des prudes réactions
entourant d’un halo réprobateur les frasques bancaires d’un Cahuzac; la
mort navrante bien qu’annoncée des aciéries de Florange; la félonie de
Hollande et de Mittal dans cette affaire; ou, à propos de félons, la
disparition de Mme Thatcher, saluée par certains comme une délivrance mais
dont la longue liste de forfaits était, pour la plupart des gens nés après
1990, passée aux oubliettes à l’image de l’Alzheimer de la Dame de fer en
question.

Qu’il soit ici question d’un fait divers bien insignifiant: un jeu de
téléréalité, Koh Lanta, a récemment causé la mort d’une personne, ou
plutôt de deux pour être tout à fait précis. D’aucuns, à défaut de se
passionner pour ce fleuron de l’intelligence humaine, en connaissent le
principe: emmener deux équipes de djeunes, les rouges et les jaunes, sur
une île déserte et les faire s’affronter pendant quarante jours au travers
d’épreuves d’endurance sadiques où ils sont censés se «dépasser», comme
disent les DRH.

Après seize heures de vol, une traversée à la nage de 200 mètres, enfin
une épreuve de tir à la corde entre équipes comme au bon vieux temps des
patronages et des colos, Gérald fait une crise cardiaque; il n’est pas
soigné assez vite, il décède. Le médecin maison de la prod’, pris à parti
par la presse, se suicide. Ça fait deux victimes de ces téléréalités où la
lutte de tous contre tous est censée faire les délices des téléspectateurs
(audimat oblige) tout en libérant une part de leur cerveau pour Coca-Cola.
Dénoncer la bêtise, la démagogie, l’appât du gain, la déliquescence des
moeurs, l’imposition d’une loi de la jungle inflexible, serait passer pour
un has been : 7 millions de téléspectateurs en moyenne par an suivent ce
genre de conneries et ce depuis douze ans. Sept millions qui attendent que
le gladiateur crève dans l’arène. Les mêmes qui trouvent normal quand un
sportif «de haut niveau» calanche à coup de piquouzes.

Pyongyang et ses titatas nucléaires ou les famines du tiers-monde sont
autant d’avatars de ce parti pris délibéré d’abrutissement et d’égoïsme
imposés à des populations décérébrées. Koh Lanta n’est pas qu’un jeu
inepte et cruel, c’est l’illustration des méthodes employées par les
décideurs, les économistes, les experts et les entreprises qu’on présente
comme modèles de comportement social. Une règle de vie mondialisée de
concurrence malsaine où l’empathie et l’entraide sont moquées, frappées
d’interdit, pour faire place à la méfiance et à la traîtrise. Supporter ou
trouver naturel un tel jeu, un tel comportement de société, est signe
qu’il est grand temps de se révolter.

 

Le même avec mes intrusions en italique

 

Editorial du Monde Libertaire # 1704 du 18 Avril au 8 Mai 2013

Foin des officiels sujets de mécontentement comme des prudes réactions entourant d’un halo réprobateur les frasques bancaires d’un Cahuzac;

Expression relevée, beaucoup d’adjectifs, et un « foin de » qui sonne belle langue classique. Ici s’entend une haute exigence d’écriture. Ici on promeut, avant le bien-vivre, le bien-parler (contre la médiocrité abêtissante de l’époque, faut-il croire)

la mort navrante bien qu’annoncée des aciéries de Florange; la félonie de
Hollande et de Mittal dans cette affaire;

la félonie : encore un mot désuet, médiéval, chevaleresque. L’écriture comme un soufflet dans un duel à l’aube. On serait en terre aristocratique que ce serait pareil. Quand avait-on entendu ce mot dans l’espace public la dernière fois ? En 99, au moment de la scission au sein du FN. Le Pen appelait Mégret le fêlon. C’est une information.

ou, à propos de félons, la disparition de Mme Thatcher, saluée par certains comme une délivrance mais dont la longue liste de forfaits était, pour la plupart des gens nés après 1990, passée aux oubliettes à l’image de l’Alzheimer de la Dame de fer en question.

Quel intérêt cette dernière mention ? Aucun. La phrase a fini de dire ce qu’elle avait à dire et qui est très juste (les forfaits de Maggie). Dans cette queue de phrase ne reste que volonté de faire un mot. Oubli renvoie à Alzheimer qui entraine la mention de la maladie de la dame. Inutile. Style. Plume qui s’écoute écrire. Non pas le fait politique comme destination du verbe. Mais le verbe comme raison dernière de l’intervention politique (voir Deux Singes, 83, 85, 86, 89)

Qu’il soit ici question

Quelle solennité. On dirait Mélenchon quandil imite De Gaulle à la tribune. Style de tribun.

d’un fait divers bien insignifiant:

Insignifiant mais le journal y consacre son éditorial. Insignifiant mais l’édito va le faire super-signifier.

un jeu de téléréalité, Koh Lanta, a récemment causé la mort d’une personne, ou plutôt de deux pour être tout à fait précis.

On se passerait bien de pour être tout à fait précis, surtout dans un texte que la précision n’étouffe pas

D’aucuns,

Impulsion oratoire. Cette tribune est d’un tribun.

à défaut de se passionner pour ce fleuron de l’intelligence humaine,

ironie par l’hyperbole. Figure rhétorique. Le style comme arme.

en connaissent le principe: emmener deux équipes de djeunes,

djeunes : apparu dans les années 90, mot déjà très vieux, disparu au début des années 2000, et survivant dans la bouche de vieux qui disent « djeune » pour faire jeune, sans être dupe du fait qu’il ne s’agit que de FAIRE jeune et non pas de l’etre, car ces gens là n’aiment pas le jeunisme.

les rouges et les jaunes, sur une île déserte et les faire s’affronter pendant quarante jours au travers d’épreuves d’endurance sadiques où ils sont censés se «dépasser», comme disent les DRH.

Le « comme disent » rend futiles les guillemets, mais la rhétorique, qui aime scander les mots, qui aime les appuyer, ne saurait se passer de ce marqueur.

Après seize heures de vol, une traversée à la nage de 200 mètres, enfin une épreuve de tir à la corde entre équipes comme au bon vieux temps des patronages et des colos,

Ok pour ça : comparaison sans style : elle n’en a pas besoin, elle est sèchement juste. Là s’entrevoit une langue a-rhétorique, une langue qui ne prend pas le contrôle sur ce qu’elle a à dire. Une langue qui libère de la pensée plutôt que de l’enrober dans des couches de verbe.

Gérald fait une crise cardiaque; il n’est pas soigné assez vite, il décède. Le médecin maison de la prod’, pris à parti par la presse, se suicide. Ça fait deux victimes de ces téléréalités où la lutte de tous contre tous est censée faire les délices des téléspectateurs (audimat oblige)

Audimat, un peu comme djeunes : un tube lexical des années 90 et même 80. Aujourd’hui on dit audience. D’ailleurs aujourd’hui la télé agonise et ses contempteurs ne sont pas au courant. Leur langue critique n’a plus d’objet, mais ce n’est pas un problème puisqu’elle est sa propre destination.

tout en libérant une part de leur cerveau pour Coca-Cola.

Allusion à la fameuse phrase de Lelay, reprise des millions de fois par la pensée critique. Un tube de la rhétorique contestataire, qui est devenu un cliché. Une langue aussi peu réfractaire à reconduire du cliché n’est pas libertaire.

Dénoncer la bêtise, la démagogie, l’appât du gain, la déliquescence des moeurs,

Qui parle ? Un moraliste d’extreme-droite ?

l’imposition d’une loi de la jungle inflexible, serait passer pour un has been :

Has been, comme on sait, est très has been. Années 70 ?

7 millions de téléspectateurs en moyenne par an suivent ce
genre de conneries et ce depuis douze ans.

Conneries, mot roi de la mauvaise humeur contre la télé. Dès les années 70, il arrive déjà qu’on s’en veuille de regarder « une connerie à la télé »

Sept millions qui attendent que le gladiateur crève dans l’arène.

Autre métaphore cliché de la rhétorique critique : du pain et des jeux. La télé comme nouvel opium du peuple, etc.

Les mêmes qui trouvent normal quand un
sportif «de haut niveau» calanche à coup de piquouzes.

Calancher, piquouzes. Un autre registre de style ici : l’argot gouailleur du petit peuple de Paris. L’anarchisme de gauche par où il adore les dialogues de l’anar de droite Audiard. Tontons flingueurs, référence transversale

Pyongyang et ses titatas nucléaires ou les famines du tiers-monde sont autant d’avatars de ce parti pris délibéré d’abrutissement et d’égoïsme imposés à des populations décérébrées.

Grande densité de termes moraux dans tout le texte et ici. Ainsi, penser, ce serait juger. Drole de façon d’etre libertaire. Rien ne distingue ce mode imprécatoire d’un pamphlet anar de droite : seul contre tous, l’intelligence contre le troupeau abruti (qu’il va devenir délicat d’émanciper, mais est-ce encore l’objectif ?). Se dessine ici une entité également transversale entre anars de gauche et de droite : les cons (à lier à « connerie » plus haut) Avec comme ciment Brassens.

Au fond on pourrait dire qu’ici s’exprime un anar. L’anar n’est pas l’anarchiste. L’anar serait la branche de l’anarchisme soluble dans l’anarchisme de droite, et le point de discorde entre anarchistes et libertaires.

Koh Lanta n’est pas qu’un jeu inepte et cruel, c’est l’illustration des méthodes employées par les décideurs, les économistes, les experts et les entreprises qu’on présente comme modèles de comportement social.

La pensée par symptôme, la pensée par analogie. Koh-Lanta = le libéralisme sauvage. Mais alors pourquoi ne pas directement parler d’un fait d’entreprise ?

Une règle de vie mondialisée de concurrence malsaine où l’empathie et l’entraide sont moquées,

Segment accumulatif. Tant de mots s’annulent et finissent par ne rien dire. C’est l’annulation de la pensée par l’accumulation. Pensée n’est pas empiler des mots.

Frappées d’interdit, pour faire place à la méfiance et à la traîtrise. Supporter ou trouver naturel un tel jeu, un tel comportement de société, est signe qu’il est grand temps de se révolter.

Mais alors sans compter sur les sept millions de décérébrés, ni sur moi qui ai suivi jadis au moins trois saisons de ladite émission.

 

218 Commentaires

  1. Allez un deuxième missile, et ad patres Pierrot.
    comment ça il est déjà mort?

    Pierre Bourdieu
    Les règles de l’art

    Nul besoin d’être particulièrement versé dans les stratégies et les sous-codes de la cléricature intellectuelle pour décrypter le triple chiffre de ce vaste projet de Pierre Bourdieu : en premier lieu, bien sûr, appliquer ses théorèmes sociologiques au champ littéraire du XIX ème siècle en général, et à Flaubert en particulier ; en deuxième, allez, un peu de mansuétude pour changer – c’est pas mal d’être indulgent avec les coupeurs de têtes, c’est leur châtiment poétique -, témoigner son admiration à un écrivain aimé, Gustave donc ; et en troisième, mais prioritairement par ordre d’importance bien évidemment, river son clou à Sartre, et à son « Idiot de la famille ». D’où, dans la presse, le titre récurrent : « Et Bourdieu fit son « Flaubert ». Suivez son regard.
    En fait, ne le suivez pas trop. Ce bon livre instructif et dans l’ensemble maîtrisé est en définitive victime de l’inconscient de son auteur. Ce diamant comporte en effet un crapaud : le Flaubert de Bourdieu n’est pas si mal, contestable comme toute entreprise intellectuelle d’envergure, mais le Sartre qui est tapi en son coeur, sinon en son centre, ne vaut pas un clou. Le sociologue-lauréat, qui a accepté toutes les gratifications refusées par Sartre, et même les autres, insère en effet une annexe intitulée : « L’intellectuel total et l’illusion de la toute-puissance de la pensée ». Il s’agit de la republication, à peine corrigée, d’un texte écrit à la mort de Sartre, et long de six pages – c’est beaucoup trop court, pour ce qui est sans aucun doute l’idée fixe de l’auteur. Plus long, il eût dû y introduire des nuances. Pour éviter l’urticaire liée à celles-ci, il a paré au plus pressé.
    Ainsi écrit-il : « Transgressant la frontière invisible, mais à peu près infranchissable, qui séparait les professeurs, philosophes ou critiques, et les écrivains, les « boursiers » petits-bourgeois et les « héritiers » bourgeois, la prudence académique et l’audace artiste, l’érudition et l’inspiration, la lourdeur du concept et l’élégance de l’écriture, mais aussi la réflexivité et la naïveté, Sartre a réellement inventé et incarné la figure de l’intellectuel total, penseur-écrivain, romancier métaphysicien, et artiste philosophe qui engage dans les luttes politiques du moment toutes ces autorités et compétences réunies en sa personne. » Fort bien, et pourquoi pas ? Mais il va de soi que lorsqu’il s’agira d’en venir à sa propre trajectoire – dans « Esquisse pour une auto-analyse » -, Bourdieu se montrera et de très loin, beaucoup moins intransigeant, remplaçant avantageusement – qu’il croyait – ce réductionnisme sociologique par la compréhension amoureuse d’un projet fondamental finalement bien proche de celui énoncé par Sartre. Si le talent commence à l’amour de soi, celui de Bourdieu était définitivement hors concours.

    Pierre Bourdieu, « Les règles de l’art », Seuil, 1992.
    Le 7 mai 2012

  2. Sur Bourdieu,
    Allez j’vous mes les deux.
    ce gros prétentiard, il m’énerve de trop.

    Pierre Bourdieu
    Esquisse pour une auto-analyse

    Le charme des esprits systématiques, de moins suaves diraient fanatiques, c’est qu’ils ont de la suite dans les idées, de moins bénins diraient qu’ils tapent toujours sur le même clou. Sociologue et intellectuel naturellement porté à légiférer, avec quelle pompe, sur la sociologie des intellectuels, comme un footeux (ça faisait longtemps…) en vient fatalement à regarder Outre-Manche, d’où vient le beautiful game, et où si souvent il mérite ce nom héroïque et dérisoire, Pierre Bourdieu (1930-2002) n’aura cessé de s’affronter et de se confronter à la question Sartre – mais pour en dire toujours la même chose, au point de photocopier lui-même et sans se lasser ses propres textes. A quoi bon, en effet, enregistrer des informations nouvelles (par exemple les inédits posthumes de Sartre), puisque chez les génies, ces tyrans sans peuple, comme chez les tyrans, ces génies sans talent, le premier mot équivaut au dernier : ce qu’ils ont dit un jour vaut pour toujours. Comme c’est reposant.
    Jamais sans doute autant que dans cette autobiographie posthume Bourdieu n’aura ciselé son Sartre au fusain, allant jusqu’à y écrire sans frémir qu’entre lui et Aron, « les ressemblances sont beaucoup plus grandes que les différences. » Si l’on se dispense d’ouvrir leurs livres respectifs, peut-être. Et encore, cela n’est pas vrai : à considérer seulement leurs trajectoires et enracinements sociologiques, qui est à la fois le point fort, bravo, et la seule idée, hélas, de Bourdieu à leur sujet, affleure ce détail : Aron restera professeur (d’Université) jusqu’à la fin de sa vie, dès 1945 Sartre n’était plus qu’homme de lettres. Vu de Sirius, qui est parfois le vrai lieu d’élection de la sociologie bourdivine, tous les intellectuels, comme les termites, se ressemblent.
    Sauf le narrateur, gagé dans ce récit héroïsé des plus hautes vertus. Pour le dire plus tendrement – et plus simplement – qu’il ne le fait lui-même : Bourdieu est plus sévère avec Sartre qu’avec Bourdieu. A osciller sans cesse entre subjectivisme couturé de dénégation et scientificité ultra-orientée (le pauvre Lévi-Strauss ne s’en sort guère mieux que Sartre), ce texte, qui voudrait répondre quatre décennies plus tard aux « Mots », ce missile sol-sol fuselé comme un oiseau, perd sur les deux tableaux. « Plutôt les tâtonnements du créateur que la cohérence du chef. » (Vaneigem) Côté subjectif, c’est de la littérature brejnévienne, le portrait du grand homme buriné – c’est très écrit – par lui-même choit dans l’édifiant. Et ce projet – ceci n’est pas une autobiographie ; ben c’est quoi alors, une opérette castelroussine ? – épuise et gaspille les potentialités scientifiques de ce texte, auquel Sartre lui-même aura par avance répondu, en opposant au marxisme sociologisant de son temps dont la sociologie marxisante de Bourdieu est nolens volens l’héritière haut de gamme et up to date : « Valéry n’est qu’un intellectuel petit-bourgeois, mais tous les intellectuels petits-bourgeois ne sont pas Valéry. »

    Pierre Bourdieu, « Esquisse pour une auto-analyse », Liber-Raisons d’agir, 2004.
    j’aurais pu ajouter :
    Bourdieu n’a rien compris à Sartre, mais Sartre avait tout deviné de Bourdieu.

  3. réflexion provisoire :à titre individuel, être radicale,pour moi, ce serait me décoller de ce qui m’empêche de penser librement. Après viendrait l’expression,et le comportement.

  4. Pour MA (et qui voudra) sur Rancière y a une vignette dans le sartrobook
    Here it is :
    Jacques Rancière
    Le philosophe et ses pauvres

    Dans ce livre qui date de 1983, et qui parcourt à bride abattue, d’une plume aussi gaie que sûre, les champs de coton et de sucre de la philosophie occidentale, cinquante pages sont consacrées à Sartre. Texte stupéfiant de profondeur et de précision, d’habileté dialectique et d’écriture resserrée, d’érudition spiralée et de contournement ou d’encerclement politique. Foin des arguments ad hominem, si fréquents dans l’exégèse sartrienne : la pensée, la pensée seule. C’est pourquoi ce texte si dense et si ardu est aussi stimulant : à force de réfuter la pensée de Sartre plutôt que d’en récuser l’auteur, il finit par subtilement la compléter. Décoder l’impensé de la pensée de Sartre, ce sera aussi, sur ces ruines fumantes et splendides, donner lieu à une pensée nouvelle.
    C’est au positionnement du philosophe qu’objecte Rancière : tantôt gardien du temple ouvriériste, enserré dans les rets d’une dialectique trop bien huilée, tantôt éclaireur du prolétariat depuis un belvédère philosophique, Sartre selon Rancière ne se résigne pas à ne parler qu’en en son nom propre ; et ne cesse de décrire séparations et sérialisations, qui ne sont guère synthétisées que sous sa plume ; l’adresse dialectique ne change rien, il ne vise qu’à dévoiler, et, somme toute, rien n’est voilé. L’alliance de fer, étroite et indécidable, entre contingence et nécessité, qui aura donné de si beaux fruits dorés en philosophie, cahote et patine sur les chemins étroits, boueux, et enneigés, de la politique. Des chars dans la neige de Budapest aux ruses productivistes du Tintoret, la dialectique de Rancière renvoie la rhétorique de Sartre à son défaut d’origine : parler depuis un lieu où il n’est pas. Ce qui lui permet de rejoindre in fine « Les aventures de la dialectique », cité dans le texte. D’où tu parles, Sartre ?
    La seule maigre réponse, incomplète et insatisfaisante, que l’on puisse faire à Rancière serait que son analyse s’appuie essentiellement sur des textes écrits entre la saga crypto « Les communistes et la paix » (1952) et le Taj Mahal marxisé « Critique de la raison Dialectique » (1960), soit une séquence dans la longue vie du polygraphe déchaîné. Il y a, avant et après, un autre Sartre, à la fois plus anarchiste plus radical, et surtout plus subjectif. Le Sartre des « Mots » lui, parle de et depuis son lieu. Et sans doute se réfute-t-il lui même aussi impitoyablement que ne le fait Rancière.

    Jacques Rancière, « Le philosophe et ses pauvres », Fayard, 1983

    • super texte
      et je trouve l’objection à Rancière très délicate (et sans doute juste)
      merci pour ça

      • @François Bégaudeau:
        cool ; thanks
        c’est p 560 autant dire que t’as de la marge
        je mets trois posts, pasque trois choses
        sur rancière,
        sur sartre,
        sur le philosophe et ses pauvres

        1. sur Rancière
        Pas beaucoup lu, moins que ce que j’aurais voulu bizarrement d’ailleurs puisque je les ai tous, et que tout ce que j’ai lu j’ai adoré
        (Il était pas chez Taddéi l’autre soir avce Badiou et pantalon-rouge-chuis-pas-sûr pour le round up des althussériens de 1961)
        tout ce je peux dire, c’est que c’est la classe
        et j’ajoute aussi oyez oyez ; ultra ultra bien écrit
        Le philosophe et ses pauvres c’est en Champs Flammarion

        C’est tellement con comme réflexion que j’ose à peine l’écrire, mais c’est un peu comme si je me disais ; ça, c’est à toi. Ce qui signifie : tu le connais et le maîtrises si bien que tu le transformes comme en te jouant en prose bégaudifiée, comme je peux sauniériser du Sartre ou du Foucault qui n’en peuvent mais, les pauvres. Le fameux « boîte à outils » de MF. J’ai le mode d’emploi, quoi.
        C’est con ce que je dis, ou it makes sense?

      • @François Bégaudeau:
        2. sur Sartre
        On peut le retourner dans tous les sens, on sort pas de là : la séquence 1952-1956, durant laquelle il s’affirme compagnon de route du PCF, depuis l’affaire des pigeons jusqu’à Budapest, est de loin la plus contestable de sa trajectoire merveilleuse, y compris littérairement (y a des pépites quand même) et philosophiquement. Merleau Ponty et Rancière ont comme point commun de lui dire : mais qu’est-ce qui t’arrives ? Ta force (et ton charme) c’était toujours de parler en ton nom propre, c’est quoi cette espèce de ventriloquie déréglée ?
        Objection décisive, fondée, juste.

        Un point qui n’a rien d’un détail, plutôt une preuve ; jamais il aura tant joué le jeu de l’intellectuel « X répond à Z » ; réponses à Camus (littérairement prodigieuse, mais je note cela : précisément il mouche Camus pasqu’il avait dévissé dans le genre ; je parle au nom des damnés de la terre, en robe de chambre), Naville, Hervé. Plus tard Camus se réveillera mais c’est une autre histoire.
        Dernier point y aura une rechute, question ventriloquie. Pour d’autres (?) raisons, la préface des Damnés de la Terre littérairement magnifique, n’est pas dénuée d’effets larsen.

      • @François Bégaudeau:
        200 ème post j’ai gagné un truc ?
        3. sur le philosophe et ses pauvres
        schéma habituel du sartrobook – (cf baratin sur Deux S)c’est à dire que je parle pas du livre, mais de la manière dont lui-même parle de sartre : 60 pages sur 300
        Rancière est sévère mais juste avec Sartre, on l’a dit
        (sur la couverture chez Champs, Sartre sur son tonneau. Foutus éditeurs breneux, étroniformes dirait Flaubert)

        Mais alors il est d’une férocité proprement homicide, et à mon sens parfaitement justifiée, avec Bourdieu.
        Pour ceux que le grand gourou éblouirait encore, je conseille ces pages décisives et définitives.
        A défaut j’vous mets une vignette qui lui règle son compte. Non mais.

  5. entretien avec Ruwen Ogien dans le Télérama de la semaine qui vient,n°3306. Je n’ai pas trouvé de lien .

    • @patricia:
      elle est vraiment bien cette interview. Thanks Patricia.
      et je pense que ça donne une idée du principe libertaire et aussi du style :
      radicalité sans hargne ici,
      et individualisme conséquent et égalitaire là.
      Et le style, ça compte en ces matières (textiles ?):
      Foucault style 100 % libertaire, jusqu’au col roulé.
      Bourdieu style 0 % libertaire, jusqu’au… enfin bref.

    • @patricia:
      Sans compter la grammaire.
      Dans « Ne travaillez jamais » qu’est-ce qui est anti-libertaire au possib’ (encore un affreux jojo) ?
      Réponse : l’impératif.

    • @patricia: Merci Patricia. Je me demande pourquoi Télérama introduit cet itw par « Libertaire sur le paln de moeurs mais égalitaire sur le plan économique et social ».

      • @Acratie:
        Ben en fait je crois que là-dessus j’ai une petite idée, et même deux.
        La première c’est de le distinguer (à juste titre) des libéraux-libertaires qui sont les têtes de turc officiel(le)s de la République. C’est la tête ou c’est le turc qui est officiel(le) ? Bref.
        Mais à mon avis il y a quelque chose de plus profond qui se joue là. Je m’explique.
        Traditionnellement l’interventionnisme et la régulation, notamment étatiques, sont marqués à gauche. Pour vous la faire rapide, (« schématique, oui » dit-elle), Mitterrand nationalise et Balladur privatise.
        L’état régule, rééquilibre, bref corrige (ou du moins le prétend) les inégalités du système. Or deux lignes de forces me semblent avoir mis en question ce processus; la première c’est l’impuissance avérée de cette stratégie. C’est bien joli comme principe (et encore, mais bon c’est pas, ou pas encore, le débat) mais entre mondialisation, crise, et pi des tas d’autres paramètres ça a fait tchouffa. J’ai dit Montebourg et j’ai tout dit.
        Donc 1. scepticisme.
        et le 2. est lié puisque c’est « de quoi je me mêle ? » Tout se mélange mais entre la chasse aux fumeurs, la prolifération des radars, la multiplication des procès liés à de simples paroles, tjs sous couvert de vertu (l’idée-force derrière tout ça, c’est « tas de cons, livrés à vos pulsions, vous faites n’importe quoi. Heureusement que je suis là moi l’Etat pour vous raisonner/matraquer/ faire flipper un peu… ») c’est « dans le doute j’interdis ».
        Evidemment, le non-fumeur au départ est pas contre qu’on matraque un peu ce con de fumeur, le piéton qu’on verbalise ce con d’autombiliste, etc.
        Là-dessus se greffe le 1.
        T’es pas foutu de faire ce que pour quoi tu es élu, de quoi je me mêle ?
        On en est là.
        Et un libertaire si j’ose, je dirais que c’est qqn de gauche qui remonte sa pente, en revenant sur l’interventionnisme qu’il a appris au biberon, en lui préférant, à la réflexion, un égalitarisme radicalisé, distancié, voire indifférent.

        D’où finalement, la pertinence à revers du fameux clivage debrayen Républicains versus Démocrates. Il croyait pas si bien dire, Régis…

        • @thierry saunier:
          Ben j’avais moi aussi une petite idée tu vois, une idée agacée.
          Je m’interrogeais sur ce mais qui oppose libertaire et égalitaire, ce n’est pas exactement ce que tu relèves dans ton post. J’avoue que je n’ai pas tout compris à ce post (compris l’essentiel quand même), normal, on écrit elliptique et raccourci et qu’est-ce qui reste à force de dégraissage et d’ajout de métaphores ?
          Pour ma part, je lis dans l’opposition : libertaire sur le plan des moeurs/égalitaire sur le plan économique et social, une représentation des moeurs libertaires qui seraient non égalitaires parce que libertaires. C’est quand même gavant de devoir expliquer tout le temps que l’égalité n’est pas juste un truc politique mais que dans la vie, dans les moeurs comme dit Télérama, on peut aussi postuler l’égalité comme dit Rancière (ou Bégaudeau). Ou bien on serait libertaire le dimanche de 14h à 18h et égalitaire le lundi matin ? Bon, ok, ça arrange T cette dichotomie, c’est rassurant de laisser Ruwen s’amuser à être libertaire sur le plan des moeurs tant qu’on peut le cataloguer égalitaire pour les choses sérieuses, ça rassure la gauche T de faire ce tri.
          Tout en écrivant je mate à la télé les jambes de Noah en 83, putain les jambes de Noah !

          • C’est un peu salaud de saquer T qui fait une bonne itw de Ruwen. Respect à T malgré tout.

          • Puisque le libertaire ne souhaite rien d’autre que l’épanouissement libre des désirs, dans la mesure de leur innocuité, une politique égalitaire ne est le uste prolongement, ou le corollaire, puisqu’aucune structure ne bride autant les désirs que la structure de classes.
            Corollaire, donc, mais aussi, comme le dit Acratie, postulat du libertaire : s’il s’agit que chacun accède à ses désirs, on postule l’égalité de tous devant le désir.
            Argument plus empirique : de même que je connais très peu de libéraux qui soient libertaires, je connais peu de libertaires qui ne soient pas indissociablement concernés par le tropisme égalitaire.

          • @Acratie:
            ouais ces jambes, c’est impressionnant.
            en fait, je crois qu’on est à peu près d’accord (pas que sur les jambes) ; dans la représentation sociale,on va dire majoritaire sans sondage comme ça au doigt mouillé, et Télérama y participe – tu m’étonnes John – c’est pas automatique ce lien libertaire/égalitaire. Ce serait même plutôt le contraire. Complètement con, mais bon des trucs cons qui traînent c’est pas ça qui manque.
            Donc Télérama tjs aussi paternaliste met un warning avant son ITW : c’est bon les gars vous pouvez y aller, c’est pô un horrible suppôt de Friedrich Hayek. D’où  » cocktail détonant « ,  » n’est-il pas provocateur » etc. Ce que Ogien désarme parfaitement en disant : mais non, c’est logique.
            C’est surtout un cocktail évident comme le déplie très bien le post de François.
            Ce à quoi j’ajouterai deux choses : l’argument empirique, très vrai, très juste, peut être inversé. Quant tu vois ou lis un régulateur forcené, un républicain, un interventionniste qui veut (ou prétend) rester ancré à gauche, son pavillon est  » ben l’Etat quand même c’est l’allié des pauvres « . Mais pas la peine de creuser bien loin pour voir que ça n’est pas le moteur principal, et même qu’en fait il(s) s’en fout(ent) royalement, c’est le mot d’ailleurs. Tous ces républicains, ils sont absolument enragés de hiérarchies diverses, à commencer par plus de pouvoir aux lettrés. Et ça navigue de conserve avec une rage de régulation de tout.

            Et pi quand même c’est quoi l’étendard du libertaire merveilleux :
            « tout un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui »
            Déclaration égalitaire la plus radicalisée (et en même temps la plus simple, la plus facile à comprendre c’est juste génial!) qui fut jamais.

          • Rien à dire. Très juste.
            L’Etat pour la justice aurait pour soubassement une pulsion de régulation en soi. DS, chap 2008.

          • @Acratie:
            oui libertaire, c’est un tout, égalitaire aussi, les deux sont liés. There you go again, mais quand même suffit de lire les ITW de Sartre pour être soufflé par son égalitarisme irréprochable : par exemple avec Gerassi (Grasset 2011), celui-ci le secoue un peu, et Sartre se marre en disant « ah ben dites donc c’est ma fête aujourd’hui ». Même si j’oublie tout le reste (et c’est pas demain la veille), rien que pour ça je l’aime.

      • @Acratie:
        Un jour, François m’a donné un exemple merveilleux de non-régulation opératoire.
        depuis je le récite comme un mantra.
        C’est la plage.
        où est l’Etat pour dire la place de ma serviette ? où est la règle pour la délimiter, la loi pour l’encadrer, où est la police pour m’y contraindre ou m’en menacer ?
        Y a rien de tout ça. Y a que le bon sens tout seul
        (et la situation, universellement partagée, de loisir, j’en conviens, aide passablement : on patiente plus volontiers à la machine à café qu’à la photocopieuse, pas vrai les profs ?)
        Le libertarisme commence à la plage. De l’Internationale à l’écran total, un petit pas pour la jambe (bronzée), un grand pas pour l’humanité.

        Si tu pouvais éviter de finir tes posts par des slogans publicitaires… dit-elle.

        • @thierry saunier:
          Figure-toi que j’ai le même exemple merveilleux de non-régulation opératoire, et en vrai, grandeur nature tu vois. C’est le parking sauvage à côté de chez moi : 40 bagnoles qui s’arrangent avec l’espace en friche, plein centre ville, sans jamais se gêner, les camions de punks à chien passent par là en hiver parce que c’est confortable, la police municipale ferme les yeux. Mais c’est fini depuis quelques mois parce qu’on a agrandi la cour de la crèche. Sales gosses.

  6. je reviens sur « mesure radicale » et « radicalité », à propos de l’exemple donné par François d’une femme qui part du domicile avec ses 3 enfants à cause d’un conjoint alcoolique instable, illustration d’une mesure radicale.
    je me rappelle bien que sur le moment j’avais tiqué. pourtant quitter un foyer et des habitudes avec 3 enfants, ce n’est pas rien, décision qui entraîne bien des bouleversements, bien des tracasseries.
    mais cette mesure radicale (elle l’est) est aussi une mesure banalisée, il y a certainement des chiffres, je ne les ai pas, en revanche j’ai mon vécu professionnel, ces appels tél suite à séparation familiale, qui reviennent semaines après semaines.
    individuellement c’est radical, bouleversant, socialement c’est courant, et partant difficile à percevoir comme radical, la radicalité devant quand même rester quelque chose de rare, d’exceptionnel

    • @Helene:

      Qu' »une femme parte du domicile avec ses 3 enfants à cause d’un conjoint alcoolique instable« , c’est malheureux et ça peut être perçu comme une décision radicale, mais, le bon point dans tout ça, c’est que ça peut également être considéré comme une décision logique, puisque ça semble être la meilleure solution pour elle-même et ses enfants. Effectivement, cette décision entraîne « bien des bouleversements, bien des tracasseries« , notamment sur le plan matériel, mais ça lui permet au moins de retrouver son indépendance, et peut-être même de ne pas devenir folle, si elle était restée avec son conjoint.

      Ca me fait un peu penser aux exemples de femmes battues, dont certaines d’entre elles restent quand même avec leur conjoint, soit à cause des enfants, soit parce qu’elles disent qu’elles ne peuvnet pas le quitter, parce qu’elles l’aiment toujours, malgré sa violence. Devant ce cas de figure, on peut entendre deux réactions : soit les gens la comprennent, comprennent qu’elle a des raions pour rester qui lui sont propres et tout à fait respectables, soit ils pensent qu’elle est bête de rester et continuer à se faire battre (on entre dans la remarque cinglante « mais elle aime les coups, ou quoi ? »).

      Sorti de la cellule couple, il peut également y avoir une pression de l’entourage familiale, notamment les parents. Ca se retrouve dans des cas de divorce, par exemple. C’est moins fréquent de nos jours, mais il m’est déjà arrivé d’entendre des personnes dire « de toute façon, que ça aille ou pas dans le couple, on doit rester ensemble, parce que nos familles respectives ne comprendraient pas que l’on puisse se séparer, il y a les enfants , … »

      En fait, quand on parle de « mesure radicale », on semble laisser de côté l’indépendance que retouve une femme et qui, indépendamment des soucis matériels, est déjà un grand soulagement pour elle, parce que ça touche son bien-être avant tout, et cet épanouissement peut être perçu comme le point de départ essentiel pour se reconstruire.

      • @Delphine:
        Parfaitement d’accord. et dans ce cas là, radicalité est simplement synonyme de « bon sens », au sens de : solution la plus simple, la plus directe et la plus cohérente.

      • @Delphine, thierry la mouche: je m’interroge sur l’image qu’on a de la radicalité.
        partir, mettre un terme à une vie de couple et à une vie familiale (avec les deux parents) en quoi est-ce radical ? (je ne dis pas que ça ne l’est pas)
        réponse : la rupture
        réponse qui amène une nouvelle question : la radicalité est-elle forcément liée à des actes de changement, des actes qui « cassent » un processus imaginé pour durer (la vie de couple et la vie familiale)? vivre en couple, soit le choix d’une continuité et non d’une rupture, n’est-ce pas aussi radical ? radical dans le sens où vivre en couple c’est choisir de restreindre (plus ou moins) sa liberté d’aller et venir et d’aimer. décider de se limiter à un seul partenaire à vie n’est-ce pas radical dans le sens d’un choix extrême, extrême si on se rapporte à la société dans laquelle on vit, dans laquelle la liberté et le plaisir sont possibles, permis, valorisés ?
        et je reviens donc sur ce que je disais dans un message précédent : la radicalité ne se définit-elle pas toujours par rapport à l’environnement social (ce qu’on pense à une époque dans un lieu donné)?
        aujourd’hui il existe des solutions quand on souhaite quitter son conjoint, même quand on n’a pas de travail, pas de ressources, pas de famille. Dans ce contexte, une rupture, même si elle n’est jamais simple à gérer, est moins extrême et désespérée qu’il y a 50 ans, je voulais juste relativiser la radicalité qu’on peut attacher à un acte de rupture familiale en remettant ce geste dans son environnement

        • @Helene, Delphine:
          C’est bien dit et synthétisé.
          Qq points cependant; sinon tu te demanderais quel étrange mec raisonnable a remplacé l’horrible petit cuistre auquel tu commences dorénavant à être habitué.
          Radical, se marier ? OK
          Se limiter à un seul partenaire ? non.
          Ca dépend beaucoup plus de la relation interne du couple que de la configuration juridique ; cf la panoplie des réponses à l’adultère qui va du « je m’en fous » à « j’te quitte », avec tout le nuancier au milieu.
          En outre , personne bien sûr sauf Anna nicole Smith avec Armand Hammer III (et peut-être la nouvelle femme de alfredo di stefano) ne se marie en disant ; je vais divorcer. Mais nul n ignore que cette option existe. c’est dailurs ce qu tu dis à la fin de ton post
          enfin (?)tu écris
          choix extrême, extrême si on se rapporte à la société dans laquelle on vit, dans laquelle la liberté et le plaisir sont possibles, permis, valorisés ?
          D’accord. Mais la famille, ultra-valorisée, fait retour elle aussi. Le point médian de beaucoup c’est une sorte d’équilibre idéal, sinon impossible : comment fonder une famille sans m’y faire bouffer que qui fait que je suis moi ?
          T’as lu « Bête de cirque » ? Ca parle de ça, en tot cas le noyau (et le meilleur) du livre.
          J’y reviens cet aprèm.

          • De nos jours, de plus en plus de couples (mariés ou pas, d’ailleurs) vivent assez librement, c’est-à-dire qu’ils sont en couple, sortent, se voient, mais ne vivent pas ensemble au quotidien. Ca commence à devenir moins tabou ou étrange, puisque des magazines et des jouranux en parlent. Quand on demande aux intéressés les raisons de leur choix d’indépendance, ils répondent que c’est une manière d’éviter de se lasser de la routine du quotidien à deux et par là, d’éviter de se séparer. Ce mode de vie peut être perçu comme radical, parce que indépendant à l’extrême, mais égalemnt comme évitant un autre choix radical, qui serait la rupture. Ce mode de vie libre semble quand même essentiellement fonctionner pour les couples n’ayant pas d’enfant.

            Par contre, il ne s’agit pas de vivre librement pour éviter d’avoir à se cantonner à un seul partenaire. Avoir plusieurs partenaires relève d’un choix d’infidélité, c’est également le choix de certains couples, mais reste peut-être encore marginal.

        • @Helene: Je crois que tu confonds radicalité et extrémisme Hélène.
          Oui c’ est extrémiste de se marier car c’ est extrémiste de croire en cette idéologie d’amour éternel (relire le texte de Gaëlle B.).
          La radicalité c’ est de se dire que rien n’ est définitif, qu’on peut tout virer, à la racine. Alors tu vois , avec le mariage ça ne marche pas.

          • @anne-laure, delphine, hélène:
            La clé, c’est que le mariage, ou le couple, est à la fois une option banale, et objectivement recommandée (par la société, les parents, etc) J’crois qu’on est d’accord là-dessus.
            D’où la question assez simple, mais à la réponse complexe ; comment m’accomplir, moi qui suis unique, et qui tient à le rester, dans un décor finalement si commun ? Ou : comment faire surnager mon désir dans ce que j’identifie bien comme le désir des autres ?

            L’exemple cité par Delphine est une réponse possible, parmi d’autres.
            Sans compter l’option basique  » ouais mais bon »
            – Quoi, Aurélie, tu te maries, en blanc, à l’église, la totale quoi, après tout ce que t’as dit?
            – Ouais mais bon.

          • @anne-laure, Delphine, Thierry: on est d’accord pour reposer le pot « radical » sur l’étagère ? on est en train de s’en mettre partout
            radical= extrême pour moi, radical=indépendant pour Delphine, radical= table rase pour anne-laure, radical= le « ouais mais bon » pour Thierry

          • @anne-laure:
            attends, hélène, c’est quand même évident qu’avec « ouais mais bon » c’est moi qu’est le plus près !
            d’ailleurs faites l’expérience avec n’importe quelle question c’est pas mal comme réponse
            Régis Debray ?
            – Ouais mais bon.
            Bayern Dortmund ?
            – Ouais mais bon
            Cannes 2013 ?
            – Ouais mais bon

    • @Helene:
      j’peux me tromper, of course, mais ça me paraît quand même un contresens par rapport à ce que disait François. Dans son exemple, la radicalité, c’était trancher dans le vif, une décision majeure, un bouleversement important, en même temps qu’un choix parfaitement rationalisé, « à froid ». Je largue les amarres, mais c’est finalement beaucoup plus raisonnable , à tous les du terme, que de m’engluer dans cette merdouille.
      Ca me paraît bizarre, quoique parfaitement compréhensible dans une analyse de l’extérieur – j’en suis un autre, ça va sans dire – que de recouper ça avec une lecture statistique. Et psychologiquement peu crédible. Tu quittes pas ton conjoint pasqu’on vient de franchir la barre des 30% quand t’es dans le coup tu t’en cagues, tu le quittes pasque t’en peux plus.
      Là où je peux absolument pas être d’accord c’est quand tu dis la radicalité ça doit rester exceptionnel
      Ah ben que pourquoi ?
      Prenons un truc où on a des chiffres : le divorce.
      Radical, si on réfléchit à toutes les solutions intermédiaires, compromis, oui chérie j’arrête le foot et les bières, chambres à part, j’emmène les gosses chez maman, je prends un week end à moi pour faire le point, amants et maîtresse divers(es), etc
      30 % en France, 50 % en région parisienne; ça n’a rien d’exceptionnel, c’est un contre-modèle comme je le disais pour la famille recomposée par rapport à nucléaire.
      Je suis convaincu qu’il y a des domaines où la radicalité est non seulement généralisée, mais quasi-majoritaire.

  7. ‘tain Régis, il s’en prend vraiment plein la tête ici.
    C’est normal, c’est justice, c’est logique et c’est mérité.
    Comme je l’ai quand même un tout petit peu lu, et qu’après tout, pourquoi pas, tout le monde ici sait lire, et bien, ça pourrait être une idée d’entrouvrir (un de) ses livres. Vu que ça a pas l’air trop à l’ordre du jour et que Taddéi a l’air de suiffire à tout le monde (z’êtes pas difficiles les amis) allez je me dévoue. Me remerciez pas, free for everybody.
    (comme dit François, à un autre propos (pire encore?) ; faut être dingue pour lire des trucs pareils, mais bon vu que tu lis tout..)
    rassurez vous je me ferai pas l’avocat du diable. C’est pas le diable et j’ai rien d’un avocat.
    allez ça c’est A un Ami israélien Pas glop
    http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-les-amis-de-la-mvm-notice-10-mai-2010-regis-debray-a-un-ami-israelien-51037678.html
    pi ca c’est Loués soient nos seigneurs. Glop glop.
    http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-les-amis-de-la-mvm-notice-4-avril-2010-regis-debray-loues-soient-nos-seigneurs-48285899.html

    • Mais Thierry comprendra que, pour qui n’aurait pas lu Foucault, Ogien, Fassin, Deleuze, et tant d’autres, lire le père Debray n’est pas une priorité.

      • @François Bégaudeau:
        y a qu’une priorité dans la vie, c’est supporter Manchester United. Tout le reste, même Foucault, même Saunier, même Deleuze, même Bégaudeau vient après.
        Alors Régis…

        Mais bon j’ramène déjà ma science quand j’y connais rien à rien, alors sur RD j’allais pas sacrifier un passing shot le long de la ligne. (J’fais juge de ligne en même temps comme ça ça évite les contestations)

        Il m’éclate ton site ; y sont au taquet, les sitistes.

    • @thierry saunier: J’avoue, j’ai lu un seul bouquin de Debray Le pouvoir intellectuel et c’était y a longtemps. Mais je doute que ce grand penseur écrive le contraire de ce qu’il dit, et ce qu’il dit j’adhère pas. Mieux, je le vois venir.

      • @Acratie:
        m’enfin moi non plus j’adhère pas il manquerait pu que ça ! Analyse ne vaut pas adhésion, c’est la base.
        Bah j’vous taquinais un peu tous, no offence, pasque j’ai vu quand même revenir le : il parle de ce qu’il connaît pas (vrai, bien qu’il soit à ce sujet dans une espèce de dénégation permanente, même si j’ai envie d’ajouter est-ce que c’est tout sa faute ou est-ce que le magnifique Taddéi que le monde entier nous envie est pas précisément dans une config’ qui a induit ça, ou les M. je sais tout, et c’en est un, indeed, je me suis pas regardé, sont « ignorants du monde social au point d’ignorer leur ignorance même ») et nous on parle de lui, qu’on connaît pas non plus.
        Bah le plus fendard, c’est qu’en plus en gros vous touchez assez juste. Oui il est nostalgique du vertical, de l’autorité, agacé par la dissémination du sociétal.
        D’où l’articulation, biaisée, démocrate/ républicain.
        En gros c’est la ligne Kronstadt-wagon plombé; même quand il opère un retour critique, brillamment, dans LSNS, c’est depuis l’intérieur de cette problématique.
        je l’ai dit dans mon baratin sur Deux S : la vraie fracture me semble générationnelle. (Je reviens dessus derechef à propos du Tiphaine Samoyault)
        De toute façon, moins libertaire, que lui, c’est pô possib.
        Allez en paix, mes enfants; à ceux qui vous diraient mais « tu l’as pas lu », répondez ben Saunier l’a lu lui, et à fond (tout et quand je dis tout c’est : tout, ask FB)hé ben il dit pareil que moi. Non mais.
        et pour toi direct ; certes il écrit pas le contraire de ce qu’il dit; mais ce qu’il dit tu le vois venir, et ce qu’il écrit, moins quand même.

        Et pi dernier argument mais que j’aurais dû utiliser en premier ; le pantalon rouge, chuis pas sûr

  8. A la fin de mon bla bla sur Deux S, je parlais de l’autre chiffre secret de FB:
     » enfants dont les parents n’auraient pas un lit assez grand sur lequel on puisse jouer ; leurs rêves alors se tarissent, l’espionnage y remplace l’aventure, et la hideur des polices la beauté ensoleillée des corsaires. »
    C’est de Michel Foucault, évidemment.
    Source : « Les hétéropies« , Lignes, 2012.
    Un des grands Foucault, avec « Le beau danger« .
    Et bien sûr, pour les fans : le Cahier de L’herne.
    Frédéric Gros prépare une Pléiade Foucault.

  9. Hélène, ton propos sur l’anonymat des livres me fait penser à un entretien que Michel Foucault donna au journal Le Monde en 1980, demandant que son identité ne soit pas révélée. Au cours de cet entretien, Foucault fait une suggestion : « l’année sans nom ». Je le cite : « Pendant un an, on éditerait des livres sans nom d’auteur. Les critiques devraient se débrouiller avec une production entièrement anonyme. ». On peut lire l’intégralité du propos ici : http://1libertaire.free.fr/MFoucault189.html

    • belle archive
      On n’a jamais fait beaucoup plus fort que Michel depuis. C’est sans doute toujours de là qu’il faut partir.

      • @François Bégaudeau: Oui, de lui et de Barthes pour ce qui est « la mort de l’auteur ».

        • D’ailleurs, j’étais en train de me demander si, avant même que la nouvelle critique des années 50/60 entérine la mort de l’auteur, Flaubert n’était pas le premier à le mettre en bière, selon un paradoxe qui reste quand même fascinant : avec lui, le travail de l’écriture devient immanent à toute forme de littérature et consacre l’auteur comme artisan du verbe. En même temps, l’affirmation de cette valeur-travail -à partir de « Madame Bovary »- ne vise qu’à l’effacement de l’auteur dans le récit. En gros, je travaille à me rendre invisible. Tout me paraît procéder de Flaubert, dans ce domaine.

          • @Jérémy:

            Marrant que tu dises ça, je suis en train de finir la biographie de Winock.
            En fait ce que tu dis est exact et demande cependant à être nuancé. Oui, la nouvelle critique et le nouveau roman se sont appuyés sur Flaubert comme saint patron, mais comme tous ceux qui font levier via la généalogie, je sais de quoi je cause, ils ont choisi un Flaubert à leur main. Oui, celui de Bovary ou de Salammbô alchimiste noyé dans sa documentation et la dominant cependant par la souveraineté du style, mais pas celui de L’éducation sentimentale peintre générationnel et immergé dedans et encore moins de la Tentation de Saint Antoine. Bref à chacun son Flaubert.

            Tu savais que Madame Bovary est en fait ce qu’on appellerait aujourd’hui un premier roman ?
            Pas croyab’, nan?

          • @thierry saunier: J’ai lu de bonnes critiques sur le livre de Winock. C’est bien ?
            Oui, il est évident que le Nouveau Roman a choisi un Flaubert maître-étalon du style et a contribué à colpoter cette image (comme la nouvelle critique d’ailleurs -je pense notamment à un texte de Barthes dans « Le dégré zéro de l’écriture »-). La mythologie doit aussi beaucoup au destin de « Madame Bovary » en tant que livre (en amont, la correspondance avec Louise Colet qui fige à jamais l’image de l’ermite laborieux, en aval, le scandale à la sortie de l’oeuvre). Il est vrai également que cette mythologie ne joue pas à plein pour « L’éducation sentimentale », par exemple.

            Qu’entends-tu par « premier roman » ? Chronologiquement, il l’est. Pas trop mal, d’ailleurs pour un premier récit.

            Je te mets un lien, si ça t’intéresse (je l’avais déjà mis il y a quelques mois). Mais peut-être le connais-tu déjà : http://flaubert.univ-rouen.fr/index.php (t’as de quoi lire, c’est plutôt exhaustif).

            L’édition intégrale du manuscrit de « Madame Bovary » a été publiée il y a quelques années.

          • @thierry saunier: Ah non, il y a « Mémoires d’un fou » (pas lu, celui-là).

          • @Jérémy:
            Winock, j’aime bien. C’est fluide élégant ça se lit c’est documenté, même si je doute que tu y apprennes grand chose, et surtout je dirais il est pas dupe de son grand homme. Tout grand amour est zébré de dérision, et quand il a un tacle à lui coller (y a de quoi faire), il se retient pas. Moi, je conseille, à condition de pas espérer y trouver ce qui n’y est pas, des théories pénétrantes ou de sartroïdes spéculations.
            Ah chuis pas sûr pour L’Education sentimentale. C’est juste pas les mêmes lecteurs. Tiens, Gracq votait Emma et Régis (encore!) Frédéric. Les littéraires contre les politisés ?

          • Entretien du Monde des Livres du 24/05/2013

            Pour le philosophe Jacques Rancière, la révolution des lettres subvertit les hiérarchies et donne corps aux espérances démocratiques

             » La littérature récuse les privilèges  »

            Propos recueillis par Jean Birnbaum

            Comme chaque année, les Assises internationales du roman feront dialoguer littérature et philosophie. Après Alain Badiou, Peter Sloterdijk, Alain Finkielkraut et Jean-Claude Milner, c’est Jacques Rancière qui se livre à l’exercice. Mise en jambes.

            Les relations tumultueuses de la philosophie avec la littérature ont été durablement marquées par le geste inaugural de Platon, qui a consisté à bannir poètes et artistes de la Cité. Comment un philosophe comme vous, dont l’oeuvre entretient à la fois un dialogue permanent avec le texte platonicien et un compagnonnage constant avec la littérature, vit-il ce différend fondateur ?

            J’ai lu dans La République la formulation la plus explicite de l’ordre symbolique fixant à leur place, au sein de la cité, aussi bien les artisans que les poètes. Les artisans ne peuvent faire, dit-il, qu’une seule chose, celle pour laquelle la nature les a doués. Les poètes, eux, sont exclus de sa cité, parce qu’ils sont des gens qui, en inventant des fictions, font deux choses à la fois. Et l’écriture est condamnée parce qu’elle est la parole sans maître qui s’en va parler à n’importe qui. Mon travail sur l’émancipation ouvrière au XIXe siècle m’a montré que c’était contre cette distribution des identités et des rôles que les artisans se révoltaient, et que leur révolte passait notamment par l’appropriation de ces passions romantiques censées être réservées aux jeunes gens oisifs. Le moment de cette révolte est aussi celui où la littérature s’affirme comme telle en découvrant la capacité nouvelle des gens du peuple comme Julien Sorel, ou des gens voués à la vie répétitive comme Eugénie Grandet, à accéder à n’importe quelle forme de vie, à éprouver aussi bien les amours les plus idéales que les passions les plus dépravées.

            Pour vous, la démocratie comme forme politique et la littérature comme régime de parole sont intimement liées. Cela signifie-t-il que la littérature constitue l’horizon indispensable de toute pensée qui vise la liberté, l’émancipation ?

            La révolution littéraire a donné des figures exemplaires à cette subversion de la hiérarchie des formes de vie qui a marqué l’émancipation ouvrière, ou l’émancipation des femmes, mais aussi ces mille révoltes existentielles qu’évoque Charlotte Brontë dans Jane Eyre. Comme mode de discours qui s’adresse indifféremment à n’importe qui, elle les a fait circuler et elle les a nourries en retour. Mais elle a aussi détourné leur énergie à son profit. Si Emma Bovary représente l’aspiration de millions de femmes à exister pleinement comme individualités, la prose de Flaubert transforme cette aspiration en son contraire, en composant les sentiments d’Emma comme une suite d’états impersonnels. A partir de là, la littérature va opposer l’égalité de ses micro-événements sensibles à l’égalité politique des sujets.

            Inversement, pouvez-vous repérer, dans la poésie ou les romans contemporains, les signes du malaise que connaît actuellement l’idéal démocratique ?

            Le problème ne concerne pas l’idée démocratique. Les Goncourt n’y étaient pas plus attachés que Houellebecq. Mais, quand ils racontaient la frénésie sexuelle de la servante Germinie Lacerteux, ils étaient dans la position de chercheurs découvrant les paysages nouveaux dessinés par les aspirations inédites de la plèbe. Et ils pouvaient investir leur originalité d’artistes dans l’expression de ces passions extrêmes surgissant dans le milieu de la vie quelconque. Depuis leur temps, les inventions des romanciers réalistes se sont banalisées ; elles sont devenues l’ordinaire de l’universel reportage. D’où la tendance soit à en rajouter rageusement sur la banalité du banal, soit à adopter les formes minimales du petit récit, du journal intime ou de la littérature qui se signifie elle-même.

             » L’universel reportage  » : vous aimez cette formule de Mallarmé, auquel vous avez consacré un bel essai ( » Mallarmé. La politique de la sirène « , Hachette 1996, rééd.  » Pluriel « , 2006). Dans ses poèmes, plutôt qu’une expérience de la  » nuit  » obscure et indicible, vous percevez là encore un authentique  » programme  » politique, donc une façon de déplacer les frontières, d’opérer de nouveaux partages, d’inventer une communauté nouvelle.

            Mallarmé a été transformé par la tradition  » moderniste  » en modèle d’une littérature se prenant elle-même pour objet. Mais ses poèmes en prose comme ses chroniques des spectacles montrent la centralité chez lui d’une préoccupation qui touche le coeur même de la question politique : la configuration de la communauté comme partage des temps et des espaces, du visible et de l’invisible, de la parole et du bruit. Ainsi, les deux poèmes en prose,  » Conflit  » et  » Confrontation « , sont une mise en scène du rapport du poète au travailleur manuel qui n’a plus rien à voir avec une poésie exprimant les souffrances ou les luttes sociales. La poésie, pour lui, était vouée à l’instauration d’une économie symbolique doublant et corrigeant l’économie politique. Ici encore, c’est une égalité confrontée à une autre : une élévation poétique de cette puissance commune qu’il appelle  » magnificence quelconque  » opposée à la circulation horizontale de la monnaie, du journal et du bulletin de vote.

            Encore un mot sur la question des frontières. Il fut un temps, en France, où l’on ne dressait pas tant de murs entre la  » littérature  » et les  » essais « . Il apparaissait évident que la littérature pense, que les essais imaginent, et que partout la littérature circule. Comment expliquer que les choses se soient à nouveau tant rigidifiées ? Et comment situez-vous votre propre écriture de ce point de vue ?

            Il n’a jamais été évident que la littérature pensait par elle-même, et pas seulement quand elle exprimait des idées. Il y a le poids de la tradition aristotélicienne pour laquelle la  » pensée  » du poème, c’est la construction d’une intrigue fictionnelle. Les poèmes en prose de Baudelaire oscillent encore entre l’apologue avec sa morale et la forme rêveuse qui pense par modification du regard posé sur l’ordinaire. Et la phrase flaubertienne, qui a modifié la perception du temps vécu, a été pensée comme de  » l’art pour l’art  » parce que son auteur n’exprimait pas d’idées générales. L’essai subit sans doute aujourd’hui l’effet inverse. Quand la littérature invente des formes qui brouillent les frontières entre récit, fiction et essai (je pense aux récits de Sebald), le pur essai devient une forme d’expression de la pensée trop dénuée d’imagination. De mon côté, j’ai toujours considéré l’écriture comme une forme de la pensée et non simplement de son expression. Et je pense que mes livres les plus narratifs, comme La Nuit des prolétaires (Fayard, 1981, rééd.  » Pluriel  » 1997) sont aussi les plus théoriques parce que le mode de leur écriture déplace le regard sur leur objet, c’est-à-dire aussi la hiérarchie entre ceux qui pensent et ceux qui sont les  » objets  » de la pensée.

            Votre pensée politique mobilise donc la fiction littéraire. Elle fait aussi appel au cinéma. Comment envisager le statut respectif de ces deux arts dans leur rapport à la philosophie de l’émancipation ?

            Aucun art n’est émancipateur comme tel. Il faut plutôt parler de moments et de virtualités d’émancipation liés à leurs modes d’émergence historiques. La littérature, de Stendhal à Faulkner, a révélé la capacité des êtres les plus quelconques à vivre les drames les plus intenses et à éprouver les sentiments les plus extrêmes. Le cinéma a révélé la puissance esthétique incluse dans le décor et les gestes de la vie ordinaire et dans leur réduction à des jeux d’ombres. Il en a fait bénéficier ses spectateurs sans les obliger à décider si c’était de l’art ou du divertissement. L’émancipation est liée à ces intermondes qui brouillent les partages dominants. En suspendant les hiérarchies du goût, l’éducation cinéphilique a formé de jeunes gens prêts à d’autres désobéissances. Mais la consécration officielle de l’art cinématographique et le développement d’une discipline académique ont tendu à refermer la brèche.

            Nous évoquions Mallarmé et l’essai que vous lui avez consacré. D’autres penseurs de l’émancipation, et par exemple Alain Badiou, se sont beaucoup intéressés à cette poésie. Et de façon plus générale, la littérature et même la critique littéraire occupent une place importante dans les réflexions de la philosophie contemporaine. Quelle est la signification de cette alliance renouvelée, selon vous ?

            Il y a bien des sortes de  » philosophie contemporaine « . La tradition dans laquelle je peux me reconnaître s’est appliquée à faire sortir la philosophie de ses frontières, pas simplement pour lui donner de nouveaux objets mais pour la mettre à l’écoute et à l’école d’autres formes de rationalité. Cela a pu être la pensée sauvage de Lévi-Strauss ou la pensée investie dans des pratiques et des institutions sociales chez Foucault. Cela a aussi été la pensée à l’oeuvre dans des formes où elle ne dit pas qu’elle pense, où elle n’adopte pas les formes étiquetées comme appartenant à la pensée. C’est le cas de la littérature qui pense en transformant notre perception du monde et de l’histoire. Mais la littérature, c’est aussi pour moi la manifestation d’une forme du langage et de la pensée qui récuse les privilèges des disciplines et des spécialités.

            Jean Birnbaum

            L’itinéraire philosophique de Jacques Rancière s’est construit dans un étroit compagnonnage avec ce qu’il nomme la  » politique de la littérature « . Sous sa plume, cette expression désigne moins la pratique d’une écriture  » engagée  » que la capacité de la littérature à instaurer un nouveau rapport entre les mots et les choses, à refonder la liberté des sujets et des corps. Parce qu’elle est à même de bouleverser le  » partage du sensible « , la littérature change la donne : par son entremise, la démocratie n’est pas une promesse future, elle s’instaure dès maintenant. Ce qui est mis en mouvement, ici, c’est donc bien plus qu’un rapport à la langue ou à la fiction : la possibilité d’imprimer un rythme différent à la vie, l’espoir de bâtir un monde commun. J. Bi.

    • @Jérémy:
      ouaip. et quand ça a été recueilli en volume, il s’appelait « le philosophe masqué ».
      Un cavalier, qui surgit du fond de la nuit / Court vers l’aventure, au galop…

      Tous les dimanches à 20 h sur France 3 (j’allais dire FR3) C’est juste irregardable, nase au delà de ce qui est permis.
      (« Pourtant, dit-elle, question nas(e)ries tu t’en permets un max… »)
      Quant à Foucault c’était juste raccord avec ce qu’il a écrit ça et là sur « la mort de l’auteur ». Et aussi, avec son projet d’exhumer des vies sans importances cf; « La vie des hommmes infâmes« , un de ses textes les plus sublimes, alors qu’il en a écrit un paquet.

    • @Jérémy: oh tu nous fais un beau cadeau Jérémy !
      au sujet de l’anonymat des auteurs, j’ai relevé :

      Si j’ai choisi l’anonymat, ce n’est donc pas pour critiquer tel ou tel, ce que je ne fais jamais. C’est une manière de m’adresser plus directement à l’éventuel lecteur, le seul personnage ici qui m’intéresse : «Puisque tu ne sais pas qui je suis, tu n’auras pas la tentation de chercher les raisons pour lesquelles je dis ce que tu lis ; laisse-toi aller à te dire tout simplement : c’est vrai, c’est faux. Ça me plaît, ça ne me plaît pas. Un point, c’est tout.»

      donc l’anonymat pas fait pour faire chuter des auteurs (des collègues) »portés haut » (par leur maison d’édition, par des critiques acquis, par un lectorat conditionné)mais l’anonymat pour renvoyer le lecteur à lui-même, rien qu’à lui-même et rien qu’à l’oeuvre elle-même, « brute », revient à dire : supprimer les intermédiaires (les critiques littéraires).
      M Foucault propose cette expérience sur un an, c’est sage, on pourrait la proposer sur une rentrée littéraire, une maison d’édition pourrait faire sa pub sur cette idée. l’expérience d’anonymer les livres ressemble à d’autres expériences, pensée pour changer nos façons de voir, nous sortir de nos conditionnements, comme « 10 jours sans télé/jeux vidéo » ou « 10 jours sans électricité ». on en revient encore à l’expérience et à l’expérimentation comme façon de mettre en mouvement la réflexion (il en est question dans l’itw aussi)
      c’est très fort que cette idée d’anonymer les livres vienne d’un auteur lui-même, belle prise de risque, même si cet auteur dans les faits est suffisamment fort pour supporter raisonnablement cette prise de risque, mieux qu’un auteur moins talentueux… Quoiqu’il en soit c’est très beau comme proposition, très belle aussi son attention aux lecteurs

      pour revenir à l’idée d’anonymer les livres, j’y suis arrivée en partant de ma position de lecteur, et d’une de mes lectures justement :

      Dans ma famille, on raconte une histoire, dit-elle. Un grand-oncle de ma mère avait hérité d’une cave de son beau-père. Un prix de beauté, une cave de rêve, tous les grands crus classés, les meilleures années, rien que des chefs-d’oeuvre. Le problème c’est que le bonhomme n’avait jamais connu que la bouteille étoilée et le tord-boyaux en pichet. Rien qu’en tenant une de ces bouteilles, il se sentait complexé. En déboucher une pour les invités c’était un drame. Faire le bon choix, l’apprécier à sa juste valeur, savoir le boire, connaître son nom, son histoire, respecter les rituels, rien que des problèmes. Jusqu’au jour où sa cave a été inondée assez longtemps pour délaver les étiquettes. Plus question de savoir quoi que ce soit sur ces vins. Au petit bonheur, il débouchait une bouteille et la goûtait. C’est depuis ce jour-là qu’il s’est mis à apprécier le bon vin.

      « quelqu’un d’autre », Tonino Benacquista p.198-199, Gallimard
      anonymer les livres pour brouiller les pistes chez les lecteurs et décomplexer tipauvre par rapport aux livres, à la culture.
      quand j’ai lu ce passage, j’étais dans mon bain, qui n’a pas délayé mon étiquette, vu que je n’ai pas de nom connu sur ma bouteille, ce qui ne me gêne pas du tout d’ailleurs, plutôt un avantage sur un site comme ici par exemple, la belle liberté de parole des anonymes

      • @Helene:
        Si ma mémoire me fait pas défaut les articles du GIP étaient non signés. Cf Cahiers de l’Herne

      • @Helene: Joli, ce passage de Benacquista. Merci à toi. Ecoute, ta suggestion par rapport à la rentrée littéraire, intense période de prix, pourrait donner lieu à des mystifications disséminées un peu partout. Prolifération de petits Ajar. On ne saurait plus du tout qui a écrit quoi, qui l’a publié… les jurés du Goncourt en boufferaient leurs ronds de serviette chez Drouant. Mais peut-être que certains auteurs, contraints à l’anonymat, multiplieraient les effets d’écriture pour se faire reconnaître.

        • Et si le jury Goncourt n’était lui-même composé que d’anonymes, pour que ceux qui en font actuellement partie se remettent vraiment à la lecture et à l’écriture ?

          • @Jérémy:
            et qui c’est qu’on (re)trouve dans le jury Goncourt ? Régis !
            Putain, c’est de l’acharnement…

          • @Jérémy: Tous des Régis ou alors tous des François. Et le prix Goncourt ne serait plus attribué.

        • @Jérémy:
          Pour les jurys, y a déjà des strates. Le prix du livre inter, à un moindre degré le Goncourt des lycéens sont des anonymous. Comme par hasard ils font partie des moins démonétisés, en ces temps de crise de la librairie. En Angleterre, le Booker Prize est tournant, ce qui est déjà un progrès par rapport à la rente à vie qui est la règle en France.
          Quant au reste, difficile d’imaginer les conséquences d’une utopie si radicale dans la configuration globale qui la rend précisément impossible.
          Après y a pas de recette, sauf de lire l’auteur sur lequel on a, fatalement, antérieurement, une image sociale. Soit pour la conforter, soit pour la démentir.
          Ex; j’avais jamais lu Nabokov, pasque ça me semblait le comble de la littérature « gratuite », et en plus Sartre avait démoli La méprise dans Situations I. Ah ça pour s’en trouver des alibis à nos paresses, ça y va.
          Ben c’est un auteur juste merveilleux, merveileux, merveilleux.

  10. A propos de l’Editorial du Monde Libertaire :

    Comme le souligne François dans ses commentaires (« Grande densité de termes moraux dans le texte« ), je trouve que l’Editorial est moralisateur :

    – envers l’émission Koh Lanta, qu’il juge malhonnête, perverse er stupide ; et

    – envers les téléspectateurs qui suivent cette émission. En pointant leur manque de réflexion face à un programme qui, selon l’auteur de l’Editorial, prône l’individualisme, il se propose de les guider vers le bien-penser.

    Cependant, cette posture moralisatrice se contredit, en qualifiant la mort de deux personnes de « fait divers insignifiant« , parce que ça donne l’impression que ces décès n’ont pas d’importance, sous prétexte qu’ils sont survenus dans le cadre d’une émission que l’Editorial juge inintéressante.

    Le distinguo que fait François entre « anarchisme » et « pensée libertaire« , en mentionnant le « point de discorde entre anarchistes et libertaires« , est utile et bienvenu, parce que l’opinion publique a tendance à faire l’amalgame entre ces deux notions, en ramenant l’ensemble à l’idée d’anarchie, synonyme de désordre, de chaos.

  11. hier je lis dans l’édito d’un journal diffusé sur le quai du tram (« stylist ») quelque chose jamais pensé et qui m’interroge (quelles implications à penser ce qui suit ?) :
    « à l’origine nous sommes tous des garçons, certains mutent en filles »

    • @Helene: je lis par hasard qu’Aristote pensait ainsi, je ne sais pas si la journaliste le savait

      • @Helene: On a aussi Margaret Mahler, une pote de Freud qui disait plutôt le contraire avec sa théorie sur la symbiose, puisque bébé fusionné avec maman et que maman est une femme, tu vois?
        Ce qui expliquerait la difficulté d’individuation pour les hommes. Ce qui nous donne beaucoup plus d’hommes autistes que de femmes.

  12. suite au message de François :

    il s’agit de sauver tous les enfants de l’autocratie dont ils sont les sujets

    pardon mais je ne trouve pas forcément judicieux de faire un parallèle entre les relation parents-enfants et une forme d’organisation politique. tu rapproches la relation parents-enfants d’une monarchie ou d’une autocratie (système politique dans lequel le souverain détient le pouvoir absolu, j’ai cherché la définition, ça peut servir à d’autres sitistes on ne sait jamais), les parents monarques-les enfants sujets.
    François quand tu observes comment vivent les familles aujourd’hui tu penses réellement que les parents sont souverains et les enfants sujets ? pas moi, avec les droits de l’enfant intériorisés par les parents bien des enfants (sujets) prennent le pouvoir maintes fois sur leurs parents (souverains).
    tu vas me dire : « monarchie éclairée », le monarque qui laisse la parole à ses sujets, les écoute et prend en compte à l’occasion leurs souhaits revendications.
    tu vas me dire : le parent a même s’il laisse un temps démocratique de discussion à ses enfants toujours le dernier mot, en cela il est souverain.
    j’aimerais qu’on change d’analogies, qu’on passe d’une analogie politique à d’autres analogies et on analysera la situation bien différemment : plutôt que de dire que le parent est un monarque et l’enfant un sujet, on pourrait dire que le parent est un tuteur (analogie potagère qui a inspiré le droit, le social)et l’enfant un mineur, que cette relation est décalée par essence, l’enfant étant non fini, le parent étant un ancien enfant arrivé à maturation ; la tutelle du parent sur l’enfant est alors justifiée par l’incapacité de l’enfant, incapacité qui se réduit au fur et à mesure que l’enfant grandit en capacités
    Tu dis aussi que l’essentiel des actes de notre enfant nous échappe. oui, comme tu l’as compris ça fait longtemps que je le sais, depuis que j’ai mis mes enfants à la crèche(ils avaient 3 mois), j’ignorais tout de leur journée jusqu’au soir où on nous dit en général « ça s’est bien passé ». mais tu parles plutôt des ados, dont je n’ai pas l’expérience. de leurs enfants ados les parents ne savent rien, ne connaisent pas leurs actes ni leurs pensées. mais je pense qu’un parent intéressé par son enfant et attentif sait si son enfant va plutôt bien ou plutôt mal et il n’a pas besoin de savoir plus.
    mes parents ne savaient rien de ma vie vers 18-20 ans; une fois mon mari m’a rapporté qu’ils lui avaient dit que j’étais tellement sensible et qu’ils se demandaient ce que j’allais devenir, quelle forme allait pouvoir bien prendre ma vie. confidence ricochet un peu maladroite mais pas tant que ça car c’était vrai et ça m’a donné à voir que sans rien savoir de ma vie, mes parents avaient quand même la ligne principale.

    • L’analogie politique est à lire comme une métaphore un peu rentre-dedans, un peu coup de marteau. Mais elle voudrait attirer le regard vers quelque chose, et ce quelque chose mérite pour une part le nom d’autocratie (un film à voir sur ce point : Canine, de Lanthimos. La famille poussée dans ses ultimes conséquences dictatoriales)
      Tuteur, si tu veux. Ca ne me rendra pas la structure beaucoup plus sympathique. Le tuteur est droit, et permet à la plante de se tenir droit. Chevènement, l’impayable Chevènement, avait parlé de sauvageons à propos des jeunes délinquants. Et avait rappelé l’origine botanique de ce lexique.
      Ce qui nous sépare est ce que tu poses comme évidence : que le tuteur est droit. Que le tuteur, en tant que droit, est légitime pour former la jeune pousse qui sans lui pousserait de travers (mais n’est-ce pas formidable de pousser de travers?). Tu le dis autrement. Tu dis : le parent est arrivé à maturation. Grande nouvelle! Ca ne m’avait pas frappé. Personne n’arrive à maturation, Hélène. A tous les ages on a tous les ages. Il y a deux minutes j’ai eu 13 ans en faisant du air guitar sur Minor Threat. Hier j’ai eu 56 ans en faisant une conférence devant des aveugles. Et parfois à 13 ans j’en avais 78. A 15 ans (VDS) j’en avais 34 en voulant etre Lino Ventura dans l’Armée des ombres, qui lui même y jouait à la résistance comme un enfant de 8 ans joue à la guerre. Oui je voulais imiter l’infantilité des adultes.
      Je citerais ici la magnifique fin du nouveau petit livre de Joy, Lit national, Editions Le bec en l’air :
      De quoi ai-je peur exactement?
      Que tout se fige et se transmette.

      • @François Bégaudeau: post très intéressant, deux-trois choses encore à propos de ces lignes, à suivre J+

        • @shasheer.paris: tu sais quoi, shasheer ? s’il ne restait qu’un(e) libertaire, ce serait toi. intuition (je me suis mangé « les vacances de ducobu » hier, ça laisse des traces)
          pour l’origine de ton « phantasme », je crois que tu t’es fait spamer par une vieille pub pour le minitel rose qui jouait de l’orthographe du mot mais je peux me tromper

          • @Helene: jour’ helene,
            pas vu/lu (c’est une bd aussi non? tu as mangé quel forme toi?) ducobu; à la maison, c’est plutôt les profs qui est à dispo, même s’ils y sont plutôt un peu propriété de l’enfant-fille.
            et ça vaut quoi ducobu bd/film?

            Ce matin, envie de te dire que j’ai enfin mis à jour mon calendrier 2013 dieux du stade qui indique à qui veut dans la cuisine le temps qui mijote: disparu donc djibril camara (rugby) au profit provisoire (c’est par quinzaine) de thomas combezou (rugby itou) .
            Comme il va lui manquer 6 jours d’exposition, je verrai comment le dédommager, j’attends un peu nerveuse j’avoue, sa réponse par mail;

            tu m’interrogeas jadis sur mes projets de lecture de texte de françois je crois: tu vas rire, si si tu vas rire, j’ai fini par lire à mon public – en 2 temps – l’invention du jeu, sur des moments dits temps calme un peu imposé, de par le rythme quotidien imposé à nos poussins-trésors après leur déjeuner: en fait, ils ont une de ces pêches qu’a chopé la rage toute la journée, en vrai, c’est crevant.
            Et bien je me suis, une fois de plus, arrêtée, pour l’instant, au moment où la mouche part en quête de la créature qui cherche l’agenda en chocolat -> ia l’air d’avoir un truc avec cette putain de mouche non?
            Cette fois, ce n’est pas mon public qui m’a planté en cours de lecture (faut dire qu’on les avait encordés serré avec ma collègue et que toutes les issues étaient gardées par des parents archi-pour la culture sans les écrans) mais c plutôt moi qui ai capitulé; à vrai dire, je ne risque pas de reprendre, vu le shoot de brutos qu’a infligé un tcho gras hier soir au ballon à peine gonflé mais qui a quand même embrassé très sèchement la joue droite d’une tchote gatte, la seule qui vient faire des passes avec les mâles dont moi: ils comprennent décidément pas grand chose aux coups de pattes techniques de gilles et jean-luc dans ce public – françois a bien raison – et je désarme, je laisse béton.
            Quand la fille fut revenue des sanitaires où je lui avais préconisé d’aller mettre un peu d’eau fraîche sur sa joue bien échauffée (ses larmes abondantes et salées activant plutôt le phénomène) j’ai, genre baroud d’honneur (baroud de quoi?) énoncé auprès du tireur bien chaud (envoyé lui se calmer un peu -en comptant jusqu’à 20 – sur un banc) et de la shootée fort, revenue vers nous:
            …/Il ne faut pas le pousser mais le frapper. Pour l’avoir escaladé, je sais ce ballon plus lourd que tes quatre pattes réunies. L’une d’elles doit se donner de l’élan, afin d’imprimer au ballon la force nécessaire pour le bouger. Jean-Luc levait les yeux vers Gilles sans le voir.
            -Je ne veux frapper personne, escargot. J’aspire à la force du tigre, mais je suis doux comme un chat doux.
            Gilles pensait aussi que la douceur est le privilège des forts.
            – Le ballon recevra ta frappe comme une caresse, dit-il en joignant à sa parole des gestes d’antenne/…
            – IDJ,p.9 helium2009 –
            puis j’ai redis la douceur est le privilège des forts avec un air que j’ai tenté profond (menton dans main droite en hochetant la tête) puis demandé au shooteur, alors installé un peu calinement sur mon os d’épaule droit:
             » et toi xxxx tu saurais frapper le ballon un peu comme avec une caresse?
            -nan et toutes façons nous, on a pas des pattes. »
            je re-nonce,
            je sais pas faire.

      • @Helene: @François Bégaudeau: Juste un mot.
        Je trouve que l’affaire est un peu faussée dès qu’on prend le couple comme l’entité parent. Je m’esplique : le couple c’est deux personnes (pour faire simple), pas forcément d’accord concernant l’enfant mais qui se sentent obligés de l’être parce que la cohérence c’est mieux soi-disant pour l’enfant, pour les fameux repères. Du coup ces repères ça devient les repères de tout le monde à la maison, ça devient la règle absolue qui détermine ce qu’on fait avec le fric, avec les grand-parents, les amis, la bouffe, la sexualité (celle de l’enfant aussi), le temps libre (celui de l’enfant aussi), la pensée (celle de l’enfant aussi)… Du coup ce mode vie ne correspond à rien, ne répond à aucun désir. Exogène comme dit très justement Thierry Saunier.
        Imaginons des parents et des enfants vivant ensemble mais séparant les décisions, les moments de vie, les lieux parfois, admettant la diversité des désirs (on dit altérité mais je trouve ça restrictif).
        Imaginons ces parents et ces enfants se disant par exemple : essaie ton truc, on verra ( pas genre on verra bien connard j’suis sûre que tu vas te planter; mais au contraire essaie vraiment). On envoie balader la l’équilibre du couple, la cohérence parental, la cohérence éducative, on s’écoute deux minutes, on se dit les uns aux autres OUI, j’y vais, OUI, vas-y. Non ?

        • @Acratie: Acratie, pour répondre à ton « non ? » ce serait plus simple si tu pouvais donner des exemples, des situations

          • @Helene: Je continue à imaginer alors. L’idée étant de ne pas placer les enfants au centre de la vie commune, l’idée étant qu’il n’y ait pas de centre car pas de cercle familial (sans aller jusqu’à placer les enfants à l’extérieur).
            Pour tenter une réponse, je m’en tiens aux données matérielles qui permettent aux situations d’exister :
            – Donc des lieux séparés si possible ou un lieu aménagé pour que chacun (adultes et enfants) ait des espaces privés de repos et de travail : chacun sa chambre, chacun son bureau. Les espaces communs étant ceux de la convivialité, de la discussion, de la télévision, du jardinage…
            – Des temps séparés pour les activités de chacun parce que certaines activités exigent une longue durée ou des voyages. Si Z désire s’éloigner un mois entier ou plusieurs fois par mois, Y, X et le petit dernier doivent pouvoir survivre à cette absence. Les temps communs étant ceux des rendez-vous, des échanges, des activités partagées par plaisir ou par nécessité. Je m’arrête sur les rendez-vous et je fais le rapport avec les repas. On dit souvent que ce temps des repas pris en commun est essentiel à l’équilibre de la famille, c’est le rendez-vous où tout le monde est présent, c’est là que se passent les échanges, que les enfants expriment des demandes, écoutent les parents (VDS)…. Or il est souvent aussi le lieu des engueulades parce que ce n’est pas réellement un temps de conversation et pas du tout un espace de décision, ni d’intimité. J’ai des souvenirs terribles de repas chez mes parents où tout était déballé sous prétexte de ne rien cacher (encore Dolto), je fuyais, alors que la même discussion ailleurs aurait été bénéfique, d’où une préférence pour les rendez-vous.
            – Des amitiés et des amours à vivre en toute indépendance (modalités à choisir : transparence ou au contraire opacité, facilités matérielles, intimité respectée).
            – Des comptes en banque séparés.
            – Des relations avec les familles respectives libérées des obligations.

            Pour se mettre d’accord a priori sur ces données-là et se dire qu’on va appliquer la recette, il faudrait être ou naïf ou dogmatique. On fait surtout comme on peut n’est-ce pas ? Si je tends plutôt vers ce modèle-là je crois pouvoir dire que c’est un modèle fusionnel, c’est à dire que l’accord pré-existe au couple. Le modèle non-fusionnel étant la proposition de Marcela qui m’intéresse intellectuellement seulement.

          • Cette notion d’espace séparé m’évoque l’essai féministe de Virginia Woolf A room of one’s ownou Une chambre à soi.

          • @Acratie:

            c’est un modèle fusionnel, c’est à dire que l’accord pré-existe au couple. Le modèle non-fusionnel étant la proposition de Marcela qui m’intéresse intellectuellement seulement.

            ma mère m’a dit un jour que ses parents étaient toujours d’accord sur tout, par principe, pour opposer aux enfants un front uni et qu’elle détestait ça, que sa mère se rangeait toujours à l’avis de son père. donc au moment de fonder sa propre famille, elle a pris le contre-pied du fonctionnement familial de ses parents, ce qui a donné qu’elle se désolidarisait presque systématiquement de ce que pouvait dire ou faire mon père et a fait prédominer sa façon de voir en s’appuyant sur ses enfants dont elle était plus proche en tant que mère de famille, mon père absent pour bosser puis fatigué en rentrant à la maison. aucun accord pré-existant ou cet accord reposait dans leurs silences et était beaucoup moins visible que leurs oppositions.
            cet accord qui pré-existe au couple et à la famille était sans failles concernant mes grand-parents maternels et au contraire un repoussoir dans la famille de mes parents. je crois que j’ai pris un peu des deux systèmes (vouloir être d’accord le plus possible, la place de chacun dans la famille mais aussi ne pas s’interdire d’exprimer son désaccord et de s’y tenir si ça semble vraiment important), sans être pour autant un modèle de fonctionnement couple-famille, mes enfants certainement remettront en cause notre fonctionnement et feront leur propre sauce.
            petite anecdote : un été j’ai fait une expérience assez intéressante. j’ai décidé que je dirais « oui » à tout ce que me proposerait mon mari (sourire). j’aurais pu discuter, proposer des plans qui tiennent mieux la route, argumenter mon point de vue, discuter, je ne l’ai pas fait et j’ai passé les meilleures vacances en famille. avec du recul, j’avais décidé – sur une courte période – de faire préexister l’accord et c’était vachement bien, mon mari était plus détendu, puisqu’il n’avait plus besoin de se mettre en position défensive prêt à examiner mes objections, mes plans B, les projets se mettaient plus facilement en place et même s’ils n’étaient pas tous parfaits, ça n’avait pas beaucoup d’importance. un peu de fusionnel par moments ça fait du bien.

          • @Helene: Je précise.L’accord pré existe au couple concerne l’accord sur les cinq points proposés( qu’on ne développe pas au début, qui n’est pas un contrat explicite) , c’est différent des accords ou désaccords au quotidien, ça concerne plutôt le soubassement qu’on va donner ensuite à cette drôle d’idée, à ce drôle de désir qu’on a un jour de limiter sa communauté de vie. Mais ce que tu dis sur le OUI fait écho. J’ai aussi pratiqué le OUI volontariste quand j’ai commencé à travailler (c’est à dire quand j’ai décidé de penser vraiment à ce que je faisais depuis quelques années déjà). C’était un premier « truc », dire OUI à toute proposition, par exemple construire une maquette de bateau plutôt que bricoler un exo de conjugaison, oui.

          • je suis à la fois intéressée et presqu’apeurée quand je vous lis et me demande pourquoi: peut-être parce quej’ai à composer avec un ça ambitionne quoi toute cette pensée libertaire aussi?
            une sorte d’idéal du couple, de la famille, des relations? des ambitions de réflexions visant une perfection relative à peine simplifiée?: je me fiche un peu la trouille parfois en écrivant et/ou lisant ici vrai
            mais j’aime bien.
            En proposant tout cela aux autres, l’être qui fera binôme en co-relation sexe ou autres avec soi, les enfants, la famille élargie: ne les tient-on pas encore plus avec cet idéal libertaire?
            . a-t-on encore envie d’aller voir ailleurs ce qui s’y passe si tout semble pensé au mieux pour le mieux tout le temps?

            . hier j’ai vu les liaisons dangereuses, directed by Roger Vadim (1960) dans la salle où MI conférenca le 15, mais elle n’y était plus.
            A la place, j’ai tiré au sort une voisine de gauche dont la vmc déconnait un peu quand elle roupillait car ouais, tellement so libertaire, elle a fini par s’endormir devant la banalité des situations de ce film: dire qu’il est en entier sur youtube
            mais sans la présentation par vadim (?) c’est vrai
            présentation qui, énoncée en 1960, ressemble étrangement à celle qui introduisit cette année encore le cycle chéris-chéris par exemple,
            utopie quand nous viens,

          • Les liaisons dangereuses ? on fait mieux comme relations égalitaires tu crois pas ?
            ça ambitionne quoi toute cette pensée libertaire aussi?
            Moi j’en sais rien en terme d’ambition, sauf que j’ai pas décoincé depuis mes 16 ans, date du pseudo pour signer dans un journal lycéen, ça me tient lieu de « sentiment océanique » :-). Et puis pas mal de gens deviennent radicaux ponctuellement (voir l’histoire de la femme qui se barre racontée par François). Les habitants de la ZAD de Notre Dame des Landes vivent leur radicalité dans des conditions très rudes, il y a comme ça des tas de niches radicales où des gens sont présents au monde, auteurs de leur vie, de leur action. Mais, par exemple, un type qui n’y comprend rien c’est Régis Debray écouté vendredi soir à Ce soir ou jamais qui dit que ces révoltes (il cite NDDL où il n’a jamais foutu les pieds et dont il ignore tout) ne sont pas pérennes car pas organisées, ce qui est faux et aberrant étant donné la complexité de la vie sur le site et la durée de cette lutte. Simplement l’organisation telle qu’il la conçoit (verticale) n’est pas le seul moyen de tenir.

            La radicalité n’oblige à rien, rien n’est gravé dans le marbre. En effet, comme tu dis, nul n’est obligé d’aller « voir ailleurs », simplement quelquefois « voir ailleurs » est.

          • J’appose mon sceau royal à ce post. Mot pour mot.

          • mes lignes
            . a-t-on encore envie d’aller voir ailleurs ce qui s’y passe si tout semble pensé au mieux pour le mieux tout le temps?
            se rapportaient plutôt à l’idée d’ utopie libertaire justement, une sorte de louange, mal formulée peut-être, tout en osant me demander si cette idée, d’une certaine façon, ne pouvait pas aussi être un peu enfermante peut-être;
            mais là mon clavier chaufouille un peu,
            je vais donc aller voir ailleurs qui s’y trouve: c à quelle heure le prochain co-voiturage pour NDDL?

          • Toute idée est enfermante. Mais les idées qui ont pour contenu la subordination des idées à la vie, sont sans doute un peu moins enfermantes que les autres. Elles sont, disons, aussi peu enfermantes que peuvent l’etre des idées.

          • Réponse très perso. Ta suggestion me fait marrer parce que oui, ça m’arrive de me dire va donc voir ailleurs , par exemple quand les libertaires s’enlisent et c’est pas rare, va donc faire un peu de politique chez EELV avec Meirieu. Mais c’est toujours le signe chez moi d’un p’tit coup de déprime ce besoin de structure, ça passe.

          • @Acratie: oui tu as raison j’ai répondu à ton post précédent P-2 sans tenir compte qu’il précisait le post d’origine P-1
            dans P-1 tu dis :

            le couple c’est deux personnes (pour faire simple), pas forcément d’accord concernant l’enfant mais qui se sentent obligés de l’être parce que la cohérence c’est mieux soi-disant pour l’enfant, pour les fameux repères. Du coup ces repères ça devient les repères de tout le monde à la maison, ça devient la règle absolue qui détermine ce qu’on fait avec le fric, avec les grand-parents, les amis, la bouffe, la sexualité (celle de l’enfant aussi), le temps libre (celui de l’enfant aussi), la pensée (celle de l’enfant aussi)… Du coup ce mode vie ne correspond à rien, ne répond à aucun désir.

            je vois ce que tu veux dire : la cohérence éducative obligée, la mise en place de règles familiales nécessaires mais qui vont à l’encontre des désirs de…qui ? (

            ce mode vie ne correspond à rien, ne répond à aucun désir.

            )

            dans P-2 je me suis arrêtée plus particulièrement sur :

            ça concerne plutôt le soubassement qu’on va donner ensuite à cette drôle d’idée, à ce drôle de désir qu’on a un jour de limiter sa communauté de vie.

            ce drôle de désir qu’on a un jour de limiter sa communauté de vie.

            le

            limiter sa communauté de vie

            laisse entendre qu’en commençant une vie de couple, encore plus une vie de couple avec enfant(s), on limite les liens avec les amis, sa vie sociale se réduit un peu, beaucoup
            je n’ai pas vécu les choses comme ça : pas de tribu d’amis, tout au plus des connaissances, quand j’ai rencontré mon mari, j’étais une unité, on a fait 1+1, on a abandonné peu à peu suite à des soirées flop les quelques personnes qu’on connaissait étant seuls puis on a fait chacun de notre côté des connaissances ou amis au fil du temps sans les ramener à la maison et ça fonctionne bien comme ça

          • @shasheer.paris: shasheer apeurée, ça mérite qu’on s’y arrête.

            ça ambitionne quoi toute cette pensée libertaire aussi?
            une sorte d’idéal du couple, de la famille, des relations? des ambitions de réflexions visant une perfection relative à peine simplifiée?

            En proposant tout cela aux autres, l’être qui fera binôme en co-relation sexe ou autres avec soi, les enfants, la famille élargie: ne les tient-on pas encore plus avec cet idéal libertaire?
            . a-t-on encore envie d’aller voir ailleurs ce qui s’y passe si tout semble pensé au mieux pour le mieux tout le temps?

            nos échanges t’envoient dans le cerveau des mots comme « ambitions », « idéal », « perfection » et ça te semble en contradiction avec l’attitude libertaire, qui ne se fait pas « mettre en boîte », c’est bien ça ?

            je me demandes si tu partages pas avec François la « peur des choses figées qui se transmettent » (cf fin d’un post de François).
            ce serait intéressant de se pencher sur la relation entre les peurs et les pensées : la pensée ne serait pas une chose purement intellectuelle comme on la présente d’ordinaire mais trouverait sa source principalement dans une peur fondamentale.
            pour François la peur que les choses se figent l’incline vers la pensée libertaire, par exemple. quelle pourrait être la peur de A Finkelkraut – à mettre en lien avec sa façon de penser ?

          • que les pensées ne soient pas de la pure pensée, je crois que je l’ai dit et écrit mille fois
            qu’une pensée soit donc la sublimation d’un affect, j’en conviens donc des deux mains
            mais de dire que chez moi ce serait la peur, en parlant de peur que ça se fige, c’est un tour de force de sophiste
            dans ce cas, peur va avec tout : celui qui est contre la peine de mort a peur de la vengeance oeil pour oeil, celui qui défend les sans-papiers a peur du racisme, celui qui soutient le mariage pour tous a peur de l’homophobie

            laissons cet usage fourre-tout du mot peur, et voyons plutot l’évidence: je me situe en dehors de la peur
            je pourrais même dire que l’idée générique c’est de ne pas penser avec sa peur (et notamment pas avec la peur qui structure tous les nihilismes : la peur du vivant)
            n’oublions pas que le nietzschéisme consiste à vouloir ce qui est (y compris le pire). cela me semble parfaitement opposé à la peur.

          • Régis Debray écouté vendredi soir à Ce soir ou jamais

            le regis debray qui précise en
            Bienvenue sur le site de Régis Debray
            regisdebray.com/‎
            NB : Régis Debray n’intervient pas sur les réseaux sociaux, et décline toute responsabilité quant au contenu diffusé par les internautes utilisant son identité.
            ?

            bon là, tout d’suite, on est tranquille, je l’ai envoyé en break avec un groupe de gus-look un peu lumpenprolétariat jusqu’à NDDL
            avant de claquer la portière j’ai entendu
            « je m’attends à trouver un magma informe » et leur ai souhaité bonne route :- )

            Les liaisons dangereuses ? on fait mieux comme relations égalitaires tu crois pas ?

            quand même, j’ai aimé le voir en salle et vivre les réactions/émotions devant ce film comme par exemple le rire X 3 dont moi quand Valmont se fait téj de trois chambres au 1er étage du mont blanc et qu’il se demande mais qu’est-ce qui z’ont tous ce soir? (56’56  »)
            je reviens à ta question et avoue m’être un peu questionnée là-dessus:
            ne peut-on vraiment pas un peu y voir une tentation d’idée actée libertaire pour les valmont?
            qui se prennent les pattes et le reste dans leurs évitements-stratégies?
            ça reste un film qui dit de choses sur un essai d’autre chose quand même je trouve,

            après
            sinon

            Peut-on être français, goy et libertaire ? Oui, puisqu’il y a Alain Guiraudie. Une fois lu et écouté tout ça, on aura donc gagné le droit, et ce sera pile l’heure, d’aller voir son magnifique nouveau film, L’inconnu du lac, qui, entre mille qualités, explore sans dissertation l’hypothèse de l’innocence, l’hypothèse d’un monde sans morale –le désir pour seul guide. Sortie le 5 juin.

            + je crois que j’ai un memo sur mon portable pour un autre truc le 5 juin, un docu, ah oui:
            http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19510730&cfilm=213929.html

          • @Acratie, shasheer, François:

            Les liaisons dangereuses ? on fait mieux comme relations égalitaires tu crois pas ?

            réaction épidermique livrée telle que : ah non, on ne va pas non plus revendiquer de l’égalité dans l’amour !
            oui j’ai bien lu ce qu’a écrit G Bantegnie sur « lady chatterley »
            mais on est encore libre de ses fantasmes, non ? et on est bien dans ce registre avec le cinéma, la fiction, non ?

          • Réaction épidermique compréhensible.
            La question mérite quand même d’etre posée deux minutes. Puis-je me rendre disponible à la question égalitaire si je l’absente totalement des deux lieux de base de ma vie : le champ familial, le champ amoureux (qui fusionnent dans la famille que je crée)

          • @Helene:
            Iaurait-il …/un lumpenprolétariat (prolétarait en haillons) / vieille lune de la pensée de gauche / Ce milieu flottant, louche, inorganisé, dans lequel il n’y a ni travail, ni revenu fixe, / et qui/ ne saurait engendrer une conscience révolutionnaire. Il fournit, en revanche, un terrain privilégié aux aventuriers qui s’emparent de l’appareil d’état par la violence
            hello,
            . soit une collègue-sitiste qui a laissé tomber six caractères bien choisis pourtant dans un de mes posts: p.r.e.s.q.u.’
            . soit une collègue sitiste qui appelle à s’arrêter pour oim un peu – mmmouah, super bien dormie shasheer, merci –
            . soit une collègue-sitiste qui fait un peu boomeranguer par la lecture de son avant-dernier post d’hier « la tendance à avoir -presqu’- peur de ce qui n’est pas si agressif » (UAEF)
            => ok, mon pseudo sera désormais perdrifinkie et il interviendra ici pour dire à la suite de shasheer: « eh bien je suis désolé, mais moi aussi j’aurais peur »
            :- D
            . soit une collègue sitiste qui, je l’ai compris, a lu l’antimanuel de l’hôte royal d’ici et m’a laissé ré-actualiser surréel seule dans le monde de l’oflc begaudin: en effet, à ce jour, personne pour amener un autre exemple de son emploi,
            par exemple: Sébastien a une grippe de malade et il va quand même à la piscine, surréel! 
            ou encore
            « la beaujoire envahie, nantes en ligue 1 juste surréel et tu sais où on la met la prune ! »
            – et toi, as-tu bien dormi Helene?
            Je viens de lire ton dernier post réactif aux liaisons: ia deux persos-femmes aussi (mère de cécile et tante de marianne je crois) qui m’ont paru un peu animées de pulsations libertaires, par petits à-coups certes, mais quand même.
            Et sur ce fil de discute, je m’amuse à voir en lieu et place d’une phrase que tu avais déjà relevé le mot fantasme remplaçant représentations; j’écris souvent phantasme pour fantasme tu sais, je ne sais pas encore pourquoi?
            Si quelqu’un souhaite s’amuser à proposer une hypothèse d’explication je suis partante, en plus je préfère l’orthographe avec le ph, c’est dire !

            J’ai vu les cousins aussi tiens
            et j’ai repensé aux échanges thierrysaunier/toi sur ti’pauvre et ti’riche: dans le film de chabrol ce pourrait être ti’provincial et ti’riche font leur droit
            http://www.dailymotion.com/video/xesnmg_les-cousins-chabrol-1959_shortfilms#.UZsvec69pyA

            . reçu hier soir un texto de régis quand le break-covoiture était à mi-route:
            « hâte de voir la tête des émeutiers sur NDDL, sûr qui se sont dit genre: on fait un trivial poursuit ? Non on a qu’a aller (UAEF, ed.gall.2007) vivre dans la nature et faire chier jean marc.
            Depuis hier, pas eu de nouvelles, j’espère qu’il est bien.

          • -les sept premières lignes sont extraites d’une année en france, référendum/banlieus/cpe (UAEF)ed.gall.2007-

          • @Helene:
            Sur les Liaisons dangereuses c’est simplement que je fais une différence entre relations libertines et relations libertaires. Les secondes selon moi se préoccupant d’égalité, les premières non.

        • @Acratie:
          150ème post, j’ai gagné un truc ?
          Ca m’fait trop flipper quand quelqu’un dit que j’ai dit kekkechsoe très justement.
          néanmoins (?) je persévère.
          Il me semble que ce qu tu préconises, c’est tout simplement la stratégie délibérée – mais sans préconisation, ils trouvent ça tout seuls, c’est 1000 fois mieux – des, je dirais, pré-ados. Parents, regardez autour de vous ou en vous ou chez vous, et dites-moi si je déconne, ça m’arrive, souvent même, ô écriture hypothétique ; selon moi, il y a une bascule entre l’enfant qui dit tout et cherche en gros une approbation chez ses parents, et le pré ado qui commence à faire sa vie, à avoir ses opinions, à s’apercevoir que ni l’une ni l’autre ne sont raccord avec les valeurs, proclamées ou appliquées qui prévalent à la maison, qui biaise, qui dissimule, qui la et se ferme ; combien de collègues, ou de parents de stagiaires se plaigennt en me disant ; il/elle me dit plus rien, on était si proches encore y a deux ans ?
          Aux collègues, je dis tant mieux, aux autres rien.
          Mais je valide l’affirmation de François; que sav(ai)ent nos parents de nos vies entre 10 et 25 ans ? que dalle.
          Ils n’auront vu que la frange livide de l’écume.
          La première fois que j’ai couché avec une fille, ils étaient convaincus, ces cons-là, que ce qui m’intéressait le plus dans la vie c’étaient les maquettes d’avion.

          • @thierry saunier: je ne limiterais pas aux ados la « stratégie délibérée », elle existe à mon avis dès le début chez un individu cette propension à la stratégie et au délibéré, sauf qu’avant l’âge ado on a la taille d’un nain ou d’un microbe et pas la hauteur physique suffisante pour imposer cette stratégie délibérée.
            je te raconte pourquoi je pense ça : une fois mes enfants étaient petits, deux bébés, genre 2 et 4 ans, j’étais seule avec eux, affalée sur le canapé zéro de tension, je leur ai demandé un truc ou j’ai donné un ordre je ne me rappelle plus précisément, le plus grand, 4 ans, me surplombait (oui j »étais allongée)et a refusé de m’obéir sans fioriture en me riant au nez.
            donc je pense que cet esprit d’opposition (du même registre que la « stratégie délibérée »)existe avec l’individu, lui est indissociable mais ne s’exprime que quand l’individu prend de l’assurance en prenant de la hauteur, en grandissant ou en prenant accidentellement de la hauteur à une occasion
            ça m’a fait rire que tu écrives que ça te fait flipper quand on te dit qu’on est d’accord avec toi, la même chose pour moi, sauf que ça ne m’arrive pas souvent 🙂

          • Oui, Hélène.
            Si je parlais des ados, c’est que je me rappelais qu’à cet âge on choisit l’évitement, pasque c’est plus simple. Oui les adultes veulent savoir ce qu’on branle, mais enfin pas tant que ça non plus, ils se contentent ultra vite d’os à ronger. Donc rien n’est plus simple (en tout cas dans une certaine sociologie) que de les endormir avec des baratins latéraux.
            Ca m’avait frappé en écoutant (oui ça m’arrive, tas de mauvaises langues) discuter des copines-mamans; elles s’ajustaient les unes aux autres, quand une disait « ben je sais pas trop ce qu’il fabrique en fait mon fils » ben ça déculpabilisait les autres.

          • @Helene: @thierry saunier:
            Je ne préconise pas, je donne des exemples à la demande d’Hélène pour qu’on essaie de se comprendre. Donc pour qu’on essaie de se comprendre, je ne pensais pas exactement à ces stratégies délibérées, je pensais plutôt aux décisions importantes qui concernent les enfants ou ado mais dont décident souvent les parents : orientation scolaire ou arrêt de scolarité, changement d’établissement, désintox, voyages de mineurs, participations à des activités… quand ce sont les parents qui signent quoi.

          • Pourquoi chuis bleu, maintenant ?
            Saprischtroumpf, j’ai pourtant rien schtroumpfé…

      • nouveau petit livre de Joy, Lit national, Editions Le bec en l’air

        fruit de sa résidence de boulot en seine stdenis dont on pouvais lire quelques lignes dans le megalopolis avec fatima?

      • Hier j’ai eu 56 ans en faisant une conférence devant des aveugles.

        paris.shasheer: ça pourrait être qui aussi?
        shasheer.paris: florence aubenas lors de sa conf inspi de fin de l’histoire?

        • …/ Elle a vécu, elle a bien senti que ça l’aidait l’amour. Elle a passé sa féminité honteuse au tamis, il est resté du sentiment, et la force que donne le sentiment. Être en couple la forçait à jouer l’addition garçon + fille, à minauder parfois, mais lui permettait aussi d’inverser les rôles, quand elle montait sur la table et déclarait je suis l’homme de la maison, viens je vais te protéger, je vais t’expliquer la vie, et elle le faisait, jusqu’à l’exaspération. Elle le reprenait fréquemment sur le sens des mots, non pas que ce garçon soit approximatif, mais par souci du dictionnaire, de son autorité en matière de débat. Quand elle voyait qu’une discussion sérieuse s’engageait, elle allait chercher le livre et demandait qu’on définisse précisément les termes employés. Entre eux les controverses n’étaient souvent qu’affaire de vocabulaire, de valeur encore plus que de sens des mots. Est-ce qu’on parle de la même chose toi et moi ? Un jour on est allés trop loin, on s’est retrouvés à chercher « bonheur » dans le Petit Robert, tout ça parce que je contestais qu’un coureur du Tour de France qui remporte l’étape de l’Alpe-d’Huez puisse être heureux ; j’aurais plutôt dit « euphorique » : tenant compte de l’état physique du sportif après les vingt et un virages en épingle et les rampes de quatorze pour cent ; imagine le taux de globules blancs, les crampes, les pulsations cardiaques et les intraveineuses que lui a envoyées le soigneur au départ de la course. Cela étant posé, je considère que les termes « euphorie » ou « ivresse » caractérisent avec justesse l’état du coureur sur la ligne d’arrivée. Mais toi tu as invoqué la dimension spirituelle de la victoire, la satisfaction désincarnée qui sublime le corps meurtri du cycliste. On en est restés là, ça commençait à gueuler./…
          – p.85-86, boys,boys,boys – joy sorman, ed.gall.2005 –

      • @François Bégaudeau: Je me rends bien compte que mon analogie potagère pour parler du rapport parent-enfant n’est pas satisfaisante. D’abord le fait de comparer un parent à un bâton planté bien droit dans le sol et un enfant à la plante qui va suivre fidèlement la trajectoire du tuteur. Encore que ça pourrait représenter le conditionnement à la morale des parents à l’égard des enfants mais en aucun cas rendre compte de la relation parent-enfant dans son intégralité.
        J’ai pensé à une autre métaphore qui me plait pas mal : l’enfant pourrait être comparé à un fleuve et ses parents aux berges de ce fleuve. un enfant prendrait sa source dans une montagne, deviendrait ru puis ruisseau, rivière fleuve puis rejoindrait la mer, où commencerait sa vie d’adulte. en faveur de cette métaphore :comme un fleuve un enfant a une trajectoire tantôt linéaire, tantôt sinueuse avec des méandres, des moments où l’eau déborde, des moments où l’eau se tarit, comparables aux différents états possibles de l’enfance et de l’adolescence ; les parents comme les berges de ce fleuve, des remparts contre les excès, les impasses, cela pourrait imager le rôle de conseillers que tiennent les parents vis-à-vis de leurs enfants, sachant que les enfants suivent ou pas ces conseils, leur liberté, comme un fleuve reste toujours libre et imprévisible même s’il semble suivre son cours. Tu seras peut-être plus en accord avec cette métaphore qui emprunte à la géographie et au territoire, choses qui te sont sympathiques il me semble.
        J’ai écrit plus haut que mon analogie potagère était largement à côté pour décrire au plus juste la relation parent-enfant, c’est vrai en particulier de mon idée de « maturation », qui amène à penser l’enfant comme…une tomate, c’est la tomate sur le gâteau ! plus sérieusement j’ai réfléchi que ce mot « maturation » pouvait porter à polémique quand il se rapporte à un individu dans la mesure où il sous-entend que l’individu est non-complet au départ , se complète par éducation, directe ou indirecte, et est considéré comme complet en atteignant l’âge adulte. C’est présomptueux d’affirmer que les adultes sont des individus finis, achevés, parfaits donc puisqu’un individu n’est jamais fini, pas à chercher très loin pour illustrer cette idée : le fait que je suis en train d’écrire ici au sujet de choses sur lesquelles je n’ai aucune certitude, que des bribes d’idée souvent rattachées à des situations bien limitées.
        Je m’attendais à une réflexion de ce genre de ta part François mais tu réagis autrement, de façon à la fois concrète et codée. une première idée à partir de ce que tu écris pourrait être qu’à tout âge on a tous les âges, de 10 à 90 ans on peut avoir indifféremment de 90 à 10 ans.
        Dans un premier temps je me suis appliqué à moi-même ton système, ça a donné : quand je bois du lait chaud, j’ai 1 an, quand je regarde un homme dans les yeux j’ai 16 ans, quand je fais du covoiturage j’ai 22 ans, des exemples nombreux toujours à des âges inférieurs au mien (celui de l’état civil, de la durée mesurée), autant d’expériences faites à des âges bien précis, expériences qui font mille-feuille et avec lesquelles on peut renouer n’importe quand. plus de mal à trouver des exemples où j’aurais plus que mon âge civil car comment savoir quelle expérience je peux encore faire à 56 ou 72 ans, je l’ignore l’avenir me le dira.
        Ton raisonnement est donc autre. Tu as dit que tu avais 56 ans quand tu as rencontré des aveugles. Qu’y a-t-il de particulier à 56 ans ? le fait d’entrer en communication et de se préoccuper de personnes plus faibles (des aveugles) comme le font les gens de la 50aine à la fois avec leurs ados et avec leurs parents vieillissants ? par exemple si je demande à ma mère si « ça va ? » (question simple pour « prendre la température », savoir si sa santé et son moral sont bons, RAS ?) à ce moment précis j’ai 56 ans, c’est ça ? quand j’ai peur de monter dans un manège toutschuss à la foire, j’ai 80 ans, l’âge où on a peur (peur de la vitesse, des sensations fortes, peur de tomber, peur de mourir)?
        Quand j’ai des trous de mémoire, j’ai 100 ans ?
        Ainsi si je comprends ton idée, nous aurions un âge état civil officiel et un âge officieux, mobile, en fonction de nos actes et de nos pensées. Pourquoi pas ? les implications de cette façon de penser surtout sont intéressantes : si on pense ainsi, un enfant de 10 ans peut avoir 50 ou 80 ans, un adulte de 40 ans 5 ou 13 ans, des enfants ne jamais avoir leur âge, de adultes ne jamais avoir leur âge affiché. Ça brouille les pistes, dérègle les pendules et ça revient à niveler enfants et adultes, alors qu’on les perçoit habituellement plutôt « verticalement » : l’enfant sur les premiers barreaux de l’échelle, l’adulte sur les derniers et l’enfant encouragé à s’élever pour rejoindre la position haut perchée de l’adulte.
        Pour moi ces deux « visions » du rapport enfant-adulte et vice-versa sont justes parce qu’elles ne portent pas sur les mêmes choses : l’échelle à gravir représente bien le déploiement d’un individu tout au long de sa vie (il ne s’arrête pas à l’âge adulte), déploiement physique, intellectuel, moral, tandis que ta vision d’un individu « hologramme » qui vit une multitude d’actes et de pensées partagés par tous, enfants et adultes confondus, sans distinction d’âge, fait de l’individu un être seul chef à bord de lui-même, indépendant, singulier, inaccessible, qu’il faut laisser en paix un minimum.
        Je vais éteindre l’ordi et reprendre une activité normale

  13. Encore une utopie concrète, pasque concrétisée. En 1929, quand Sartre et Beauvoir se rencontrent c’est juste impossible un couple hors mariage. Première affectation des deux jeunes profs, célibataires donc, (y a que deux cases, marié ou célibataire) presque trop belle pour être vraie : lui au Havre elle à Marseille. Ils serrent les dents un an, elle demande sa mutation sans arguer et pour cause, de Sartre, comme elle est 2ème à l’agreg’ ça aide, elle est mutée à Rouen à la rentrée suivante.

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