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Deux singes : And the winner is… Thierry Saunier.

Thierry Saunier ne s’appelle pas Thierry Saunier et ce n’est pas la moindre de ses qualités. Depuis six ans nous correspondons par mail. Il me lit, je le lis : ses contributions à La politique par le sport, ses pointus articles sur des textes contemporains, et surtout ses trois livres à ce jour, dont trois non publiés, dont deux que j’aime beaucoup, dont un en cours de repassage et qui cherche éditeur, Sartre le jour d’après, somme de dingue qui laisse surplace la grande majorité des essais sur le grand Jean-Paul. Avec sa gracieuse autorisation, j’en reporte ici un chapitre décisif et superbe.

En apéritif, le texte pondu par TS pour son plaisir et surtout le mien, après lecture de Deux singes. Soyons clair : j’en déteste le postulat, qui me rapproche de Régis Debray mon parfait contraire. Avec TS c’est devenu un jeu de cons : plus je réfute ce rapprochement, plus il s’échine à l’argumenter. Le pire étant que cet imbécile parvient presque à être convaincant. Il faut dire que son amour obstiné de Manchester United l’aura rompu à la défense de l’indéfendable.

Reste que personne à ce jour n’a parlé aussi bien de Deux singes –et ce n’est pas le seul grain élogieux du texte qui me le fait dire.

Qu’on ne s’étonne pas de trouver des échos entre les deux textes : celui qui porte sur Deux singes est aussi un chapitre du Jour d’après (d’où son axe).

D’autres fragments suivront, si l’auteur le permet.

Texte 1 : Deux singes ou ma vie politique

Texte 2 : Notre cœur tend vers le Sud (extrait de Sartre, le jour d’après)

Deux singes ou ma vie politique

 

La vie, c’est pas toujours drôle, heureusement pour rigoler y a la littérature. Eussé-je eu l’idée incongrue de les convier à dîner simultanément que Régis Debray et François Bégaudeau, cuirassés d’une courtoisie surarmée et déjà belligérante à l’heure du céleri-rémoulade ou saucisson-cornichons, à celle de l’entrecôte saignante ou du pavé au poivre, bleu, non, à point, se fussent invectivés à grand renfort de noms d’oiseaux savamment euphémisés, par exemple, qu’est-ce qu’on rigole dans la corporation, « intellectuel », pour enfin se jeter à la figure tiramisu et profiteroles – on continue à dire gauche caviar, quel désolant d’imagination politico-culinaire. Et pourtant. Et pourtant ils ont écrit le même livre, somptueux, baroque et mordoré, à dix-sept ans d’intervalle, l’horloge biologique ayant son agenda, qui n’est pas celui de la littérature. On récapitule sa vie, et pour cela tout fil est bon, le politique vaudra le dentaire, quand on en éprouve le besoin, la nécessité, ou simplement le plaisir. Le même, et pas le même bien sûr : question de génération, de formation, de trajectoire, de corps, de culture, d’érotique, de physiologie. Mais c’est en relevant tout ce qu’ont de similaires leurs itinéraires respectifs qu’il sera possible d’affiner ce en quoi in fine ils distinguent. Visite(s) guidée(s).

« Deux singes ou ma vie politique » semble en effet un écho déformé, contrariant et ludique de « Loués soient nos seigneurs » (1996). Ces deux livres se ressemblent énormément, ce n’est pas pour le plaisir pervers d’associer deux noms qui réciproquement s’en ulcéreraient que je le soutiens, même si, ne nous faisons pas meilleurs que nous ne sommes, ça a pu compter. D’abord, par leur statut, ou leur stature : ils dominent d’assez haut une bibliographie pourtant riche, dense et variée, qu’à la fois ironiquement ils synthétisent, emblématisent et contredisent. Comme à chaque fois qu’un grand texte paraît, je me répète comme un mantra ou une sourate, les mots inoubliables qu’écrivit Serge Daney à la mort de Jean Eustache : « C’est peu de dire de dire qu’il était un « auteur », son cinéma était impitoyablement personnel. C’est-à-dire impitoyable d’abord pour sa propre personne, arraché à son expérience, à l’alcool, à l’amour. Faire le plein de son réel, pour en faire le matériau de ses films, de ses films à lui, ceux que personne ne pourrait faire à sa place : seule morale mais morale de fer. Ses films ne venaient que quand il était assez fort pour les faire venir, pour faire revenir en lui ce dont sa vie était faite ». Ugh, Grand Sachem, j’ai dit.

Ensuite par le registre dans lequel ils s’inscrivent : l’autobiographie, et plus précisément l’autobiographie politique. Genre codifié, connoté, cadenassé. Jusque dans ses hérésies, j’y reviendrai, mais d’abord dans son orthodoxie. Gimmick : « Je suis d’une généra-tion désenchantée. », comme chantait l’autre. Quelle ne l’est, ma douce rousse ? La génération se reconnaît et se signale par son désenchantement, comme la mycose par ses éruptions cutanées, et le supporter de Manchester United par son élégance morale et vestimentaire. J’ai cru, j’ai vu, je suis désabusé : tous ne sont pas Chateaubriand, souvent plus près de Mylène que de François-René, mais enfin tous mélancolisent à foison leurs Iliades, toujours différentes, et leur Odyssée, toujours semblable.

Toujours est-il qu’il s’agit de restituer et de déplier à la fois le fracas du monde alentour, et la rémanence d’une obsession politico-littéraire en son épicentre, ou sur ses marges. De Mitterrand, dont il fut proche, et conseiller, dans cet ordre d’ailleurs, Régis Debray écrit joliment : « A revisiter cette vie, on dévale le cours du XXème siècle, par son mitan : un beau roman du XIXème,  d’éducation et de désillusion. » A supposer que ces deux mots se distinguent, au reste : enregistrer un savoir, c’est souvent écornifler – ou éborgner – une illusion. Bildungsroman, comme disent les allemands, à la suite des « Souffrances du jeune Werther ». Souffrance ? C’est là où le mystère s’épaissit, où l’énigme s’affine ; ces livres sont, en effet, à la fois ostensiblement contrits, et plus souterrainement, irradiants de joie.

La contrition est de genre : sauf à s’appeler Alexandre Soljenitsyne ou Nelson Mandela, difficile de prendre pour fil conducteur d’un livre de Mémoires politiques une sorte de, serait-elle affinée, semblable déclaration : « j’avais seul raison contre vous tous, tas de cons. » Et si dans ce monde d’idéologies déréglées, l’on cherche encore une différence entre droite et gauche, rappelons-nous au passage que c’est à peu près ce qu’écrit le premier – et le second tout le contraire. Providentialisme ou humanisme : choisis ton camp, camarade. Mais quand il s’agit du menu fretin, Debray, Bégaudeau, ou tout au bas de l’échelle, Saunier, le masochisme purificateur est à l’ordre du jour, ou, à tout le moins, quelque chose comme un dolorisme attendri, attiédi. « Je me suis trompé, et même quand enfin je prenais le contre-pied de cette erreur inaugurale, je me trompais encore, bien qu’autrement. » Soit ; si l’intellectuel est celui qui parvient à entasser des millions de mots sans jamais rien concéder à la marche du temps ni à la course des autres hommes, alors, je leur en donne acte, ni Debray ni Bégaudeau n’en sont.

Soit. Autant pour la souffrance. Mais pour la joie, alors ? D’où vient l’indicible allégresse qui électrise, accélère et vivifie ces pages de caracole, rend impossible ou dérisoire d’en sauter une seule, impatient d’en connaître la suite, curieux d’en savoir la fin – pourtant déjà sue et connue, comme dans « Titanic » ? D’ailleurs, c’est la même : le paquebot Politique rencontre un iceberg de réel, et Glou-Glou. A cette contradiction, qui n’en est pas une, comme le note fort justement Bégaudeau, je vois quatre raisons, trois mineures et une majeure. « You need a ace in the hole » dit le joker à Batman dans « The dark knight ». Et l’as dans la manche, comme chacun sait, plus longtemps on diffère – on se retient – de l’abattre, plus son impact est décisif. C’est la dernière manche qui est décisive ; la majeure sera donc réservée, retenue, jusqu’aux derniers paragraphes.

Mais pour ce qui est des mineures, cartes sur table. Sortie première du paquet, l’autodérision claironne sa spécificité, son écart à la moyenne. Comme Nanni Moretti son fanatisme de cinéphile mal embouché, qu’il exhume jusqu’à le cribler de flèches, ce qui fait qu’il parvient à la fois à le revendiquer, à l’assumer, et à le désamorcer, ces deux pèlerins de la terre ferme des convictions politiques lacèrent avec une belle énergie leurs certitudes évaporées, et cependant reconfigurées, de militants couturés de débats et rompus à la lutte dialectique. Se donner raison est un full-time job, sur la belle terre de France, et le principe cardinal de l’immigration choisie, comme aux Etats-Unis l’excellence scientifique, et c’est pourquoi elle croule sous le poids des grandes gueules, et le continent politique est la terre d’élection de cette passion quintessenciée de francité, c’est pourquoi elle a inventé les intellectuels. La passion de la parole, qui confèrerait bien un droit d’aînesse du côté de la démocratie, si par malencontre la Magna Carta ne datait pas de 1215, quelle déloyauté ces britons, et la passion de la politique, d’un côté le chauffeur de taxi qui, à peine avez-vous dit que vous vous rendez place de la république, vous répond ( ?) « quel con ce Sarkozy », singulière interlocution incompréhensible aux non-initiés, c’est-à-dire aux étrangers, l’eussiez-vous dit avec l’accent vietnamien qu’il eût déclaré « j’adore les nems », et de l’autre à son meilleur l’intellectuel critique qui décape à la paille de fer sa propre trajectoire politique, tel Debray et dorénavant Bégaudeau.

Cette saine autodérision se ressent et s’impacte sur la langue qui illustre et traverse le récit au long cours qu’elle explore et électrise. Jamais Debray n’aura si bien écrit que dans « Loués soient nos seigneurs », ni Bégaudeau que dans « Deux singes ou ma vie politique ». Ils y convergent sans se rejoindre, tant ils proviennent de points différents - de planètes opposées, serait-on tenté d’ajouter. A tort : ce sont les mêmes, simplement érodées par le passage du temps, maudit soit-il. Ou béni, qui saura le dire ? Cette origine a un lieu, c’est tout simplement l’excellence scolaire. Dans une France découpée en cases, la région des premiers de la classe est un Etat dans l’Etat, une province autonome battant monnaie et pavillon, une île perdue dans l’océan. Or, il se trouve que performer en rédaction et écrire un maître- livre ne revient pas tout à fait au même : plus le classicisme est pur dans le premier cas, plus la note sera élevée, alors que, les mêmes causes ne produisant pas les mêmes effets, le dit classicisme dans le second cas de figure exige et requiert altération, tremblé, assouplissement. Les deux fois c’est la rareté qui crée le désir : alors que l’enseignant croule sous les copies à la syntaxe naufragée et par conséquent dans le singe savant voit surtout le savant, le lecteur pointu, celui qui fixe la goût, a son quota et son content de classiques bien peignés, trop bien peignés, la raie sur le côté, dans lesquels il détecte le singe.

Au-delà de l’enseignement, que tous deux auront esquivé somme toute assez vite, il y a un mot qui soude et fédère les trajectoires des deux écrivains, un mot qui est un statut, et presque une destinée : agrégé. L’agrégation est un des mots faisant les plus lumineusement sens de l’ensemble de la langue française, qui pourtant n’en manque pas. Régis agrégé de philo vers 1964, François de lettres circa 1996. La discipline crée un écart, qu’accroît le millésime : le premier est de culture excessivement classique, et dans « Nos seigneurs » se et nous amuse de tout ce qu’il a raté dans les années 60 ; en gros, ce que le second vingt et trente ans plus tard recevra de plein fouet : l’énergie rock, la cinéphilie polycentrée, l’humour potache labellisé Coluche ou Canal Plus, le sport. Lorsque tous deux pleins d’usage et de raison reviendront sur la teneur et la tessiture de leurs premiers engagements, cet écart prendra tout son sens.

Mais, d’abord, il aura donné de superbes fruits. Régis Debray assouplit somptueusement dans « Loués soient nos seigneurs » son classicisme cambré originel ; François Bégaudeau, à l’inverse durcit imperceptiblement sa nonchalance affectée et suprêmement dirigée dans « Deux singes » : le cacique devient loustic, le potache muscle encore un peu plus son jeu – son armature théorique. Dans les deux cas, c’est prodigieux. Il y avait un je ne sais quoi de cérébral dans le parti pris d’oralité des livres précédents de Bégaudeau, jusque dans les meilleurs. N’ayons garde d’oublier que le plus juste qualificatif jamais utilisé pour désigner Céline - qu’ici l’auteur décape, avec l’aide de Nizan – fut : précieux. Jamais FB n’a autant, ni aussi bien, assumé sa virtuosité littéraire. Comme il dirait, comme il a dit déjà : surécrit – mais très bien surécrit.

Enfin, troisième point de convergence de ces deux textes majuscules : le fabuleux tressage qui s’y fait d’écriture factuelle et d’écriture hypothétique. Une précision documentée irréprochable, sauf lorsqu’il fait de Margaret Thatcher un premier ministre en exercice en 1977, cuistre un jour, cuistre toujours, y étaie une intelligence vive et toujours en mouvement qui lance en multitude sondes et ballons d’essais, à charge pour le lecteur de les adopter, de les laisser filer - ou de les crever. Dans « Loués soient nos seigneurs », Debray identifie une indifférence entre l’autocrate Castro et le démocrate Mitterrand, c’est qu’il arrivait au second de rire à gorge déployée – au premier, jamais. Est-ce vrai ? faux ? Opératoire ? A côté de la plaque ? Peu importe : c’est séduisant et amusant, chacun adhère ou rejette à son gré, tel est le principe cardinal, et le charme puissant de l’écriture hypothétique.

C’est elle qui met sous tension « Deux singes », qui irrigue son flux puissant et fluide, qui lui donne corps et densité, qui l’arrache, aussi, au récit d’un seul ; qui peut valoir pour nous, pour tous, pour le lecteur. Dans les meilleurs moments, l’on songe à « L’idiot de la famille » - même si ici l’on est plutôt en présence du surdoué du banquet républicain -, le monument que Sartre consacra à Flaubert : quelques faits indubitables en étai, et catalogues et cascades d’hypothèses spiralées et sinusoïdales, séduisantes souvent, s’accumulant dessus. Même lorsque l’étai craque, quand Bégaudeau par exception délaisse ses principes, se met à généraliser, et à abstraire à l’excès (je pense au passage dans lequel il soude l’antisémitisme à la gauche, sur la foi, c’est le mot, d’un déluge de mails hostiles reçus sur la messagerie d’Aurélie Filippetti, sans interroger une seconde le médium : que le sujet soit Israël, l’OM, ou la vie privée des stars, Internet, les forums, les e-mails encouragent la surchauffe hystérique tous azimuts puisque c’est le risque zéro), le lecteur réfute l’hypothèse, et poursuit son chemin, passant à la suivante dans une allégresse de roman de cape et d’épée, il ne manque plus que Jean Marais.

Mais, maladresse ou stratégie suprêmement subtile, la majeure vient de lever un imperceptible sourcil, juste à la fin du dernier paragraphe concernant la troisième mineure, ça pourrait bien être délibéré, finalement. Sartre, ai-je écrit. Si « Deux singes » appartient comme « Loués soient nos seigneurs » avant lui au registre de l’autobiographie politique truquée, piégée, redirigée, c’est qu’avant eux s’est illustré et imposé un modèle éminent, central et finalement incontournable, au sens strictement étymologique : que l’on ne peut plus dorénavant contourner. Non point seulement « Les mots », comme longtemps ici et là l’on concéda l’exception ou plaida l’exemple, mais l’ensemble de ses écrits et œuvres autobiographiques. Corrosif sans discontinuer cinq décennies durant, Sartre aura fini pour tourner contre, c’est- à-dire pour, soi, une prodigieuse intelligence critique.

C’est dire que s’il apparaît d’abord dans « Deux singes » comme une sorte de passage obligé dans l’éducation sentimentale d’un intellectuel de gauche, « On a raison de se révolter », Hugo versus Hoederer, la querelle Sartre- Camus, comme des points parmi beaucoup d’autres, Sartre y figure souterrainement comme une sorte de ligne, et peut-être de fil conducteur, pour une trajectoire finalement assez cabossée. Si dans une vie de clerc, serait-il coolifié et rock’n’roll, Sartre surgit ou survient à tous les carrefours, c’est à la fois qu’il a marqué de son empreinte chacun d’eux – et aussi, que de la rue Le Goff au début du siècle jusqu’à la rue Pernéty en ses confins, ceux-ci n’auront pas changé. Cette permanence remarquable au soin de la fournaise du temps, convulsé et violent partout ailleurs, se signale à notre attention via des focales resserrées.

A l’origine de tout il y a l’excellence scolaire : le petit Bégaudeau, comme avant lui le petit Sartre, est un décathlonien de la compétition éducative, un surdoué de la compétition républicaine. De la classe de CP de sa Vendée natale jusqu’aux plateaux de « On refait le monde » sur RTL, comme aux USA c’est « de la cabane de rondins à la Maison Blanche » : politiquement il a accumulé les erreurs, et ne nous fait grâce d’aucune, pas même du rituel barbare de décongeler des steaks sur le radiateur, mais scolairement c’est le sans-faute.

La suite logique de ce parcours béni des fées au berceau est l’accomplissement littéraire – achievement, disent les anglo-saxons. Le déjà plus si petit Bégaudeau, qui finira par culminer à 1M80 – pour 71 kilos, y a de quoi devenir rageux – dès le collège commence à accumuler les cahiers 96 pages, dans lesquels il déverse, indissolublement, des torrents de conformisme et des gouttelettes de singularité, mais toujours des océans d’encre. Comme le piétinement, la graphomanie, je me suis pas regardé, est un inassouvissement. Si les cavalcades sur les terrains de foot le protègent du premier, il s’adonne sans limites à la seconde.

Le gribouilleur passé au tamis de toutes les épreuves scolaires a une destination sociale tout prête, qu’on peut, si l’on y tient, désigner du mot de vocation : l’enseignement. Avant-dernière étape avant l’entrée en littérature, qui elle aussi, cela n’a rien d’une coïncidence, se fera sous le signe du foot, avec « Jouer juste » (2003) pour irréversiblement décoller avec un récit précisément centré (?) sur l’école, « Entre les murs », le livre puis le film. Bégaudeau a de belles pages sur le malentendu qui s’établit entre le pôle grand public-médias, doublette soudée et unie dans le dessein d’y projeter un fantasme social, une vision politique, un message universaliste, et lui-même, jeune écrivain sur le point d’achever sa mue, de jeune homme ultra-politisé en littéraire décomplexé de ne plus tant l’être. Il se convainc que le dialogue de sourds entre droite et gauche qui se déploie, ou plutôt se défoule alors dans toute sa majesté, n’a pas besoin de son concours. Ce qui revient, des années après, mais enfin mieux vaut tard que jamais, à avaliser le diagnostic originel de l’auteur de ces lignes ; moins il y a d’idéologie dans ses livres, et meilleurs ils sont, ce qui dessine, de fait, une courbe assez uniment ascendante.

Mais, à présent que ce beau livre de remémoration et de récapitulation sonne comme une fin de partie, c’est-à-dire comme le début d’une autre, je suis frappé par la similitude de cette trajectoire avec celle de son illustrissime aîné : à plus de soixante ans d’écart, alors que tout a changé entretemps, les lieux, les mots, les décors, les choses et les hommes, se retrouvent jusqu’à l’identification les grandes étapes de cette circumnavigation immobile : du surdoué au graphomane, puis au prof, puis enfin à l’écrivain. Qui lui-même clôt la ronde, et boucle la boucle, par une parenthèse désenchantée. « Peu de paradoxes en sont, écrit Bégaudeau de la clandestinité dérisoire de son activisme. C’est justement parce que je sais ma passion héritée que je bricole le récit intérieur d’un pré carré inaccessible à mes géniteurs. »

Peu de paradoxes en sont, en effet : si le cursus honorum de Sartre se dessine obstinément en surimpression et en filigrane de ce récit, c’est à la fois parce qu’il synthétise avec éclat une trajectoire éprouvée, c’est-à-dire logique, et qu’il a représenté avec un prestige inégalé avant comme après celle-ci jusqu’à en faire un objet d’admiration et de désir, sinon de mimétisme. De même, si « Deux singes » rejoint « Loués soient nos seigneurs » dans la constance de l’hypothèse la plus dure pour soi, allant jusqu’à renommer « mon petit cirque de vertu » sa sensibilité frémissante d’adolescent, joignant à celle-ci l’hypothèse la plus généreuse pour autrui, dans un tressage d’une finesse prodigieusement séduisante. Il n’y a pas de hasard dans ce parallélisme mimétique, il y a une correspondance de littéraires idéaltypiques.

Mais, puisque tout a changé entre les deux bords du siècle sauf les cahiers 96 pages, quelle est donc la spécificité de la génération à laquelle Bégaudeau appartient, et, que, comme tout un chacun, comme moi-même, à la fois il exprime et récuse ? Dans un avant-dernier chapitre prodigieux, placé là par une intuition illuminante, de celles qui font les grands livres, il revient sur la première année de son enquête : 1977 – écrit 77. Ce n’était pas seulement, comme dans le chapitre inaugural, le millésime qui marqua le début de son intoxication politique, pas seulement la maladie, mais l’anticorps qui lentement fermentera dans ses veines.

Dans ces quelque cinquante pages somptueuses, les meilleures qu’il ait jamais écrites – c’est le cœur nucléaire du livre -, il revient sur ce qui fondamentalement le distingue de Sartre (et de Debray), après tant de points de convergence méticuleusement collationnés : sa décennie de chanteur-parolier punk-rock, convulsif, électrique, et cependant ultra-littéraire, ce dont témoignent les extraits de chansons artistement tissés dans la trame de son récit, comme autant de raisins dans un cupcake. A tous les griefs habituellement adressés à Sartre, « Deux singes » pourrait ajouter celui de n’avoir pas inventé, à la fin des années 20, le rock tendance punk. Ma mauvaise foi est décidément illimitée, puisqu’il s’agit de l’une des quatre occurrences où l’exemple et le phonème Sartre s’invitent dans le texte : « Un de nos éminents prédécesseurs dans la filière, nom Sartre prénom Jean-Paul, avait pu faire valoir une dissonance analogue : le jazz, adopté en même temps qu’une certaine fluidité tout américaine. A l’époque, c’est la musique des fils – Afro-Amérique, caveaux enfumés, corps secoués. En 89, c’est celle des pères. »

Ce sera donc le rock qui introduira pour lui un tremblé dans le chromo méritocratique et républicain. Bégaudeau n’est sans doute pas le plus punk des agrégés, mais il était incontestablement le plus agrégé des punks. Et le chanteur des Bérus, il a eu le prix France-Culture Télérama, peut-être ? Alors, vous voyez bien. Comme pour tous ses contemporains, c’est le choc de plein fouet avec la culture de masse qui aura fait office d’agent chimique séparateur : la recomposition s’opérera là, entre les littéraires qui afin de ne point renoncer à leur aristocratisme lettré feront sécession avec l’époque, se faisant gloire d’un anachronisme qui est un ressentiment, et ceci explique cela, un déclassement. Pas de musique dans la fermette rouge à la Sylvain et Sylvette de Julien Coupat, celui que Bégaudeau était programmé pour devenir, celui qu’il n’est jamais devenu - et tout est dit.

Dans ce chapitre, donc, il revient sur et déplie sa passion existentielle pour le rock, contractée dans la chambre de son frère aîné qui, veine, était aussi la sienne, via, Dieu, même celui de la guitare électrique, écrit droit par lignes courbes, Téléphone : oui, le groupe de Jean-Louis Aubert. « C’est peut-être la bande non-paternelle qui est la page, et le politique qui est la marge, la dérive, la déviance. » D’où : « A mon père j’ai volé la langue léchée, à mes amis la langue mal léchée. » Et enfin (?) : « Le fil électrique dans la chambre des frères, le fil doux dans la chambre des filles, le fil politique à la table des hommes. » Et enfin, mais d’un vrai enfin cette fois-ci, cette phrase dite à une amie, et qui eût mérité de clore le livre comme l’autre le « Tout un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » : « Ta vie n’a pas besoin de cet assaisonnement. Elle s’en passe très bien, regarde-toi, regarde la belle chose que tu as faite de toi, regarde les gens, nos semblables, nos égaux, nos frères de quotidien, regarde comme ils vivent sans la politique, regarde-les, gentils pour la plupart c’est trop peu dit, regarde les cheminer gentiment dans la vie, pas à pas, clopin-clopant, débrouillards, solitaires, chats, veaux, piétons, paysans, pensifs, bouleversants. »

Le livre eût pu – dû ? – finir là. Pour tenir son titre, l’auteur a surajouté, d’une belle encre mauve, un chapitre supplémentaire et conclusif, qui ajoute au singe de l’introït un second, ou le même, afin de boucler sa spirale, comme dans « A la recherche du temps perdu », « La nausée » ou « Home by the sea/Second home by the sea ». Mais cette déception, toute relative, toute subjective, fait elle-même partie du programme : Régis Debray a écrit, pour sa part : « est-ce Mitterrand qui nous déçus, ou la politique elle-même ? » pour in fine lui savoir « gré de cette déception. Le sens de la vie, il y a des religions pour cela. » De même, c’est chez Bégaudeau une politesse que de ne point conclure si imparfaite caracole sur une trop parfaite parabole.

Peu importe en définitive. L’énigme est autre, et antérieure. Pourquoi le premier de la classe devint un animal politique, dans le fond c’est sans mystère, c’est parce que la politique est une matière du programme, en salle des profs et même en classe, comme le narre un épisode du livre, dans lequel un instituteur fait réviser aux élèves de l’école primaire la liste des candidats à l’élection présidentielle de 1981, afin d’assouvir ses propres pulsions ultra-politisées. Un homme, un adulte, un instituteur : tu m’étonnes, John. Trop beau pour être vrai ? Dans la perpétuelle interconnection entre politique, langage et éducation, rien, sachez- le, n’est jamais trop beau pour être vrai. Même pas le « Politique, Politique, futile » de Pasternak en 1935. L’autre question, celle qui n’affleure jamais dans ce livre qui énonce, explore et retourne toutes les autres : comment, et pourquoi devient-on un premier de la classe ?

C‘est le meilleur hommage à rendre à un livre d’hypothèses que d’en poser à son tour une, afin d’en conclure la recension. Une piste mène du côté de l’admirable libéralisme de son père, nolens volens j’aurai bénéficié du même. Première génération, me semble-t-il, qui n’aura pas reconduit le lien de servitude et de soumission qui était le signe, par exemple sous la plume de Sartre – « Il n’y a pas de bon père, c’est la règle » - de l’autorité parentale, qui en a bavé dans son enfance, et aura voulu administrer en retour une merveilleuse leçon de bienveillance ; toute cette théorie de sartriens par capillarité disaient, somme toute : « tu le vois bien, Papa, qu’on peut élever un petit d’homme sans la trique. » Cela donne : « Libéral, responsabilité légale assumée sans zèle, présent mais discret, attentif sans surveillance, curieux sans voyeurisme, contrarié sans drame de me voir dévier de l’itinéraire d’élite que mes galons républicains m’ouvraient, mon père m’a épargné le labeur contreproductif de le tuer. »

Bon. Mais encore ? Mon père a eu un fils cadet, M. Bégaudeau avait un fils et une fille aînés, pourquoi seuls François et moi serons devenus des PME textuelles, déboisant les forêts d’Amazonie pour la vaine gloire de dire notre mot sur tout - lui je sais pas, mais moi ce tout inclut ce dont j’ignore jusqu’au nom, mes compères de la radio me surnomment Wikipédia, savent-ils seulement le sarcasme sous l’éloge ? Voici mon hypothèse, qui a le mérite de prendre en écharpe un échantillon représentatif de deux personnes, l’aîné étant, à rebours de la biologie, et de la logique, une version dégradée du « splendide quadragénaire » à la Nanni Moretti : 75 kilos pour 1m65, voilà ce qui arrive lorsqu’à 17 ans on rêve de marier au cerveau de Jean-Paul Sartre le pied droit de Jean-Pierre Papin, au risque, hélas, d’intervertir leurs vertus.

Bingo. Je peux conclure, c’est pas trop tôt : l’on devient une supernova de la tchatche polycentrée, serait-elle écrite, lorsqu’élevé en milieu méritocratique-intellectuel-républicain l’on développe dès les vertes années une passion non-négociable, qui vient des tripes, des dyastoles, bref de l’intérieur de la tuyauterie, où il est impossible de tricher – et qu’elle n’y a pas sa place, qui n’y est pas reconnue. Le foot le rock le ciné, mais bordel on aimait trop ça pour y, pour les renoncer : le libéralisme admirable de nos pères, et le détour éducatif supérieurement efficace, aura consisté à troquer l’éternelle interjection paternelle : « c‘est de la merde, ton truc » pour un autrement stimulant : « si c’est si bien que ça, ton machin, ben t’as qu’à me le démontrer. » Le foot le rock le ciné s’invitèrent – furent invités – au banquet républicain, et du coup si celui-ci était toujours banquet, comme le démontrent ce livre et mon commentaire il était déjà beaucoup moins républicain, et bientôt démocrate. Nous avons gagné la partie, car les choix et les chants du cœur sont dorénavant objets de pensée, il suffit pour s’en convaincre de lire « So foot » ou les « Cahiers du football », mais saurons-nous jamais dire assez notre gratitude à nos pères qui, contre la loi, l’exemple et la règle des leurs, nous auront autorisé à la jouer ? Ils nous auront évité, comme l’a dit un jour l’autre chiffre secret de la trajectoire de Bégaudeau, le destin de ces « enfants dont les parents n’auraient pas un lit assez grand sur lequel on puisse jouer ; leurs rêves alors se tarissent, l’espionnage y remplace l’aventure, et la hideur des polices la beauté ensoleillée des corsaires. »


Notre cœur tend vers le Sud

(extrait de Sartre, le jour d’après)

En 1934, Sartre se rend en Allemagne pour une année, conseiller culturel ou une connerie comme ça. Ce voyage lui a souvent été crédité à charge, touriste distrait en l’an II du Troisième Reich. Il est vrai que nul ne verra jamais antinazi si sourcilleusement irréprochable que parmi les natifs de 1953. Connement contemporain de la grande dévastation, il aura été, c’est un fait, moins impeccable que les procureurs dont la résistance consiste à enregistrer Arte. Sur les conseils et la recommandation d‘Aron, il était venu pour se familiariser avec Husserl, et avancer La nausée. C’était placer d’entrée le baromètre de sa vie sous le signe de l’Allemagne, seule langue étrangère qu’il parlera (pas très bien), et synonyme universel de gravité, de travail, de sérieux. Tandis que l’Italie l’aura été de farniente, de tourisme culturel et passablement intelligent, de dolce vita. D’été, en somme.

Quoi de plus commun, somme toute ? Qui pense à aller passer ses vacances en Allemagne ? Les concessionnaires Volkswagen - et encore. A l’inverse, qui chercherait à utiliser l’Italie comme modèle économique, ou pire encore peut-être, politique ? De plus excentriques individus, s’il s’en trouve ; des punks doctorants sur Machiavel, ce qui ne doit pas faire pléthore. C’est cette double postulation simultanée qui explique la tension, et dans une certaine mesure, l’intérêt de l’œuvre de Sartre. Ce qui frappe dans cette vaste carrière à ciel ouvert, qui abrite des manoirs délabrés, des chaumières retirées et de fastueuses cathédrales, dans laquelle je me signale comme sartrien cintré par le fait que j’aime autant les trois, c’est que l’Allemagne y aura été une sorte de talisman : en philosophie bien sûr, où de toute façon les principaux chapitres du programme sont germanophones depuis trois siècles, discipline dans laquelle un slovène, c’est le comble de l’exotisme, encore plus funky qu’un pape noir, mais aussi au théâtre, où il ne fait aucun doute que les deux meilleures pièces de son répertoire sont Le diable et le Bon Dieu et Les séquestrés d’Altona. En somme, il s’agissait des figures imposées, de Luther à Goethe, de Kant à Heidegger, et de Goetz à Hitler.

Mais les figures libres, c’était l’Italie. Non plus le talisman, mais la martingale. Non plus les matières du programme, mais la libre déambulation narquoise elle-même transformée en chapitre supplémentaire. Et en prime des communistes un peu moins cons qu’à domicile, ce qui n’avait rien d’un exploit au demeurant, mais faisait quand même quelque chose comme des vacances dans les vacances. Préférer alors le PCI au PCF, c’est comme aujourd’hui préférer le Barça de Guardiola au Real de Mourinho : comme tout le monde, d’accord, mais enfin inutile de pousser l’originalité jusqu’au masochisme. Une évidence, un choix naturel pour tous ceux que n’entrave pas un ancrage existentiel irréductible. L’Italie, c’était la peinture avec le Tintoret. C’était la géographie flâneuse ultra-civilisée, avec Venise. Sur Venise, laissez tomber Barrès et Thomas Mann, laissez tomber les miasmeux asthmatiques et les demi-pédophiles suréduqués, laissez tomber Venise n’est pas en Italie et que c’est triste Venise, oh les mecs c’est bon là, si vous pleurez quand une femme vous quitte, que ferez-vous quand Emmanuel Petit trouve le petit filet au bout du bout du temps additionnel ? ne gardez que Sartre et vous verrez que la ville englantée d’or et d’azur resplendit comme un matin du monde ; Sartre, c’est aussi un oeil neuf porté sur les choses et les villes fatiguées par tant de regards distraits. C’était Venise et Rome, les villes du loisir, de l’art, de la déambulation, et de la dérive. C’était enfin, par une singulière circularité du destin, le texte sur lequel travaillait Sartre lorsque fondit sur lui la conversion crypto-communiste de mai 1952. Ah, que n’est-il resté en Italie, au propre comme au figuré.

Et pourtant, cela même est une réécriture rétrospective abusive. Tout est bien. Ce qui se signale dans les deux embardées de Sartre auprès de partis ou de groupuscules à dominante autoritaire, après 1952 auprès du Parti Communiste Français, après 1968 auprès de la Gauche Prolétarienne, c’est que dans le premier cas il infléchit - ou tord - son écriture alors que le cachalot dans le sillage duquel il cabote s’en bat les yeuks, tandis qu’à partir de 1970 les maos lui tannent le cuir afin qu’il écrive un roman populaire - c’est quoi ça ? - et qu’il s’obstine, courtoisement, humblement, mais fermement, à écrire son Flaubert. Toute sa vie, Sartre n’aura jamais été mandaté que par lui-même.

Je ne fais pas partie de ceux qui regrettent l’inachèvement de La reine Albemarle ou le dernier touriste. D’abord, parce que les fragments publiés, épars et disparates, en 1991, après deux brefs éclats circa 1953, sont somptueux. Ensuite, parce que le virage communiste le mena, directement puis indirectement, vers les grandes oeuvres de sa maturité, et sans doute de sa vie les Séquestrés, Critique de la raison dialectique et Les mots. Enfin et surtout, comme il le disait lui-même, parce que « l’on n’aime rien si l’on n’aime pas tout ». Ce principe des morceaux choisis, sélectionnés dans le mol confort bouche pincée de l’après-coup, ne vaut pas un clou. C’est un bien grand privilège que d’arriver après la fin des combats, sur un champ de bataille devenu champ de ruines, et que de se mouvoir aisément, entre cimetière d’idées avortées et ossuaires sacrificiels et dérisoires ; mais il y avait - il y a - de l’abus a supposer dans ce luxe un risque, dans ce confort une tension.

En somme, l’Italie, ce fut pour Sartre en littérature une sorte de perpétuel rendez-vous manqué ; déjà avant-guerre, il avait exfolié au dernier moment Dépaysement, une nouvelle napolitaine, du recueil Le mur. L’Allemagne, ou l’œuvre de Sartre telle qu’elle fut, colossale, industrieuse et programmatique ; l’Italie, ou l’œuvre de Sartre telle qu’elle devrait être, erratique, déambulatoire, et désœuvrée ? Oh ben vous alors.

L’Italie joua aussi un rôle dans ses relations oscillatoires et difficultueuses avec Merleau-Ponty ; il est à Rome lors de la rupture de 1953, à Venise ils se retrouvent sans renouer en 1956. L’Italie, comme il l’a dit antérieurement de Husserl, fut « à la fois leur distance et leur amitié ». Leur distance, car entre le volontarisme de l’un et le quiétisme de l’autre il y aura toujours eu des accordailles difficiles, à un moment même contradictoires et inconciliables ; l’affection et l’estime réciproque ne résolvent pas toujours tout. Leur amitié, car l’idée toute simple du bonheur philosophique - « son rôle, comme le mien, était de méditer et d’écrire », vaste tâche pour une courte vie - est ce qui eût dû survivre, et survécut de fait, aux divergences politiques. En somme, ils avaient ce patrimoine commun : si décisive fut-elle, la politique n’était pas centrale . Elle n’était pas tout. A notre époque où elle n’est plus grand chose, ce point ne nous est pas lettre morte.

C’est aussi ainsi que l’on peut interpréter, au-delà de l’acception socio- politique communément admise, le « nous fîmes avec les moyens du bord, et nous avions les mêmes moyens parce que nous étions du même bord. »  Célèbre autant que beau - rare conjonction. L’oraison funèbre elle-même aura été écrite en Italie. De mortis nihil nisi bonum. Pas grave, continuez à dire du mal de moi, m’en fous, vous enterrerai tous. De là à conclure que l’Allemagne les divisa parce que s’y emmêlaient les nœuds du politique et de l’existentiel, et que l’Italie à l’inverse les réconcilia post-mortem, via cette homélie biaisée, superbe, littéraire - et pour cette raison même plus vraie que de plus véridiques récits des années de suédine et de suie - il n’y a qu’un pas, vite franchi. Mais pour nous autres, il y aura toujours l’Italie.

Pour cette raison même, j’ai toujours tenu pour une malédiction personnelle les enracinements professionnels qui se jouaient trop loin de la frontière transalpine, synonyme, dans l’inconscient collectif comme dans l’imaginaire socialisé, et à l’arrivée, dans ma pauvre tête, de loisir, de sol aride et rocailleux, de climat ensoleillé jusqu’au caniculaire, de farniente. « Ne rien faire, mais que rien ne soit pas fait. »  Ce ton prétentieux - on aura reconnu Guy Debord - n’est pas de mise ici. Mais dans l’idée, une bella vita, indolente et gracieuse, d’amours linéaires et d’amitiés difficiles - ou l’inverse -, il y a de ça, une belle vie qui n’exclut pas quelques oeuvrettes nonchalantes. Les remords n’ont pas leur mot à dire pour qui pérégrine en Italie et alentour. Cela tombe bien : ici non plus.

Rien n’est plus décisif que le choix d’un pays de cœur, puisque tout touriste, même contrarié, même imaginaire, est bigame, le pays où il réside figurant sa légitime, celui qu’il visite sa maîtresse. Il est des destinées bifurquant malaisément sur de semblables erreurs d’aiguillage, dans cette course d’orientation déboussolée qu’est toute vie. Voyez Roland Barthes : tout en lui le portait vers le Japon, du sens pictural des idéogrammes au goût sensualiste des acteurs, des paysages de neige aux vestiges littéraires rénovés et réinvestis. En un mot : Toshiro Mifune, le Fuji-Yama, Tanizaki, Tokyo. A lire son - posthume - Carnet d’un voyage en Chine, où la sensualité est portée disparue alors que les « briques » - vastes parpaings compactés d’idéologie, dans le lexique de Barthes - surabondent, difficile de ne pas s’exclamer : « mais que diable allait-il faire dans cette galère ! » Les pays étrangers, à la semblance des filles qui nous donnent tant de peine et de plaisir, parfois ne sont tout simplement « pas notre genre » - et, je parle des filles, ce ne sont pas les moins envoûtantes.

Sartre aura su bâtir un bel équilibre dynamique entre son Italie de loisir calciné et son Allemagne de labeur hivernal, entre Naples, Venise et le Tintoret d’une part, et Husserl, Marx et Worms d’autre part. Et pour cause : dans une vie d’homme, quand la dispersion gagne, quand l’enracinement professionnel manque pour clouer au sol le funambule, celui-ci finit par se croire en apesanteur, et trébuche sur son fil d’acier. A l’inverse, sans la part du rêve, sans l’échappée belle - sans le Sud vers lequel tend notre cœur - un cerveau d’écrivain finit par tourner à vide, toutes bielles fumantes, toutes courroies carbonisées, et l’on en vient à se demander ce qui l’aura, dans quel passé englouti, conduit à élire cette vocation surannée et tyrannique, plutôt que de, je sais pas moi, fabriquer des aciers plats. Une vie d’Allemagne sans Italie n’est pas une vie ; c’est une dévoration par la machine, une pose en pied pour la galerie des grands hommes de Bouville, une statistique arrachée à l’hystérie productiviste, un costume cravate sans personne dedans. Mais une vie d’Italie sans Allemagne, ce n’est certes pas l’assistanat, mais le désœuvrement sans oeuvre, la satire sans objet, les congés payés à perpétuité, et le sable s’incrustant entre les doigts de pied dans des chaussures de ville. Si Sartre a été exemplaire, c’est bien dans ce prodigieux resserrement entre la patrie du sérieux et la contrée élective de la civilisation de loisir, que par certains côtés -inattendus - il annonçait.

Et si, somme toute, la pièce italienne qu’il n’aura pas écrite et qui eût anticipé Le diable et le bon dieu, l’ltalie trois ans avant l’Allemagne, c’est dans l’ordre des choses, c’était Les mains sales ? Oui, je sais, cela se passe en Illyrie occupée, un pays qui va s’agréger de façon imminente au bloc de l’Est soviétoïde. Et pourtant. Et pourtant, d’une part, l’équation de départ eût parfaitement pu être italienne : un puissant Parti Communiste clandestin, martyr et déchiré, un monarque compromis avec le régime pro-nazi, et discrédité, une bourgeoisie nationaliste écartelée et déboussolée. Dans l’Italie de 1945, là non plus les jeux n’étaient pas faits. A Yalta, la Botte aura simplement été attribuée au bloc occidental : pas de quoi se vanter.

En outre, sous la tragédie politique, il y a une comédie de mœurs, et une comédie tout court. On est plus près de Goldoni que de Brecht. C’est pas si con, pasque ça a moins vite vieilli, comme nos amourettes adolescentes rétrospectivement nous infligent moins de gêne que nos opinions ultra- nuancées de la même époque. Revoyant récemment une photo d’Emilie, la passion de mes dix-sept ans, je me disais qu’elle était quand même pas mal. J’ai retrouvé plus récemment encore des notes sur la politique, même époque, qui sont à pleurer de bêtise et de prétention ; CQFD ? Il est vrai également que la rédaction de la pièce est contemporaine de Qu’est-ce que la littérature ? et de son fameux « l’exercice honnête du métier littéraire est incompatible avec la politique du communisme stalinien. » De nombreux lecteurs ont pointé que cette pièce opposait, avant que Sartre n’en théorisât la dichotomie le militant Hoederer et l’aventurier Hugo. Soit. Mais le sûr est qu’entre l’idéalisme buté et narcissique de Hugo, et le réalisme dur et sans nuances de Hoederer, cette pièce n’a pas dû recruter beaucoup d’apprentis communistes au sein de son public naturel, les jeunes intellectuels. Les sombres orages mélodramatiques jetaient comme un voile de tulle sur les belles et claires raisons de l’engagement politique. Nul n’investit si pleinement son esprit dans quelque cause transcendante, ou prétendant l’être, sans y jeter aussi son corps, ses affects, son sang, ses amours et ses désirs, son tissu existentiel, bref tout son être. Ce serait trop beau - ou trop laid, quel Dieu fera la différence ?

J’aime l’humour de la scène da ns laquelle Hoederer, consultant la biblio-thèque d’Hugo, commente : « Marx, Hegel, très bien. Lorca, Eliot : connais pas. » O révolutionnaires terribles, comment couper des têtes sans frémir si l’archet de François-René suffit à vous tirer des larmes ? Le salut du jeune Hugo passait peut-être par là, mais il a eu le grand malheur, qu’encourage et explique le climat de l’époque, de se prendre au sérieux. Il a tiré sur Hoederer, dit-il à la fin de la pièce, « pour sauver la tragédie ». Encore un qui eût été bien inspiré de faire le détour par l’Italie.

Le grand livre naufragé de Sartre sur l’Italie sera donc La reine Albemarle ou le dernier touriste, commencé en 1951, et abandonné l’année suivante sous l’urgente démangeaison de la politique, bah, moi-même que de textes supposés inoubliables ai-je oublié d’achever parce qu’il y avait ce soir-là un match de Manchester, ou une belle qui avait du temps à perdre sans pour autant m’en faire gagner, texte publié de manière fragmentaire convaincante et posthume en 1991. Aura-t-on jamais vu auteur accumuler tant de posthumes considérables et séduisants ? Une amie m’a dit un jour ; « c’est presque dommage qu’il ait une oeuvre anthume. » C’est pousser loin l’admiration paradoxale. Mais il ne fait cependant pas de doute que de ne pas toucher la moindre ligne à l’oraison funèbre, fût-ce quinze ans plus tard, ainsi que fit Bourdieu, signale une priorité affirmée : l’image sociale de l’auteur, plutôt que sa prose. Pourquoi pas ? Encore faut-il assumer de tels présupposés.

En tout cas, quel texte splendide. Pour les italiens de cœur, et qui ne l’est sous nos latitudes, jusques et y compris idéologiques, quelque chose comme un Baedeker suprêmement intelligent. Rarement livre inachevé se sera si bien tenu que ce posthume troué incomplet et flottant. L’on y trouve des passages qui comptent parmi les plus belles réussites de Sartre. «  Voilà Rome : elle sort de l’eau déjà sèche, tout un ossuaire damné. (...) L’antiquité vit à Rome d’une vie haineuse et magique, parce qu’on l’a empêchée de mourir tout à fait pour la tenir en esclavage ; elle y a gagné cette éternité sournoise, et de nous asservir à son tour ; si nous sommes tentés de nous sacrifier à ces pierres, c’est qu’elles sont ensorcelées, l’ordre des ruines nous fascine parce qu’il est humain et inhumain : humain parce qu’il fut établi par des hommes, inhumain parce qu’il se dresse seul conservé par l’alcool de la haine chrétienne, et qu’il se suffit à lui-même, sinistre et gratuit comme le parterre de capucines que je viens de quitter. »

La réquisition politique n’aura pas pris immédiatement les dehors de l’interruption définitive. Comme tous les écrivains, j’imagine, il n’abandonnait pas de gaieté de cœur un projet de vaste envergure, même privé de gouvernail et de destination. Si j’en juge par mon propre cas, la meilleure raison pour achever un texte - « la seule », dit-elle, toujours sympa - c’est qu’on l’a commencé. Décidément, il me reste des progrès à faire en teasing, à commencer par m’accommoder de ce lexique merchandisé. Toujours est-il que Sartre se consuma momentanément de surtension afin d’écrire à marche forcée et à bride battue - j’avais aussi pensé ajouter « tambour battant », mais ça faisait un peu too much - la première partie de Les communistes et la paix. Sous le coup de la colère. Qui est mauvaise conseillère. Sauf, parfois, en littérature. Aden n’est pas en Arabie, Venise n’est pas en Italie.

Soit. Mais après ? Je puis me tromper, mais j’échafaude une hypothèse, c’est le moment puisqu’on est en bas de la page, le projet Albemarle lui-même a été infléchi par cette conversion idéologique. Avant, il s’agissait d’écrire nonchalamment, gracieusement, buissonnièrement, littérairement en somme, une escapade joyeuse, déliée, et sarcastique en Italie, sans une pensée prolétarienne au bout du stylo. Après, cela devint un projet globalisant, totalisant, voulant tout dire du pays, historiquement, sociologiquement, idéologiquement. A « la Nausée de l’âge mûr », avait succédé une sorte de colossale anticipation de la prométhéenne Critique de la raison dialectique. D’où, me semble-t-il, l’interruption ; la tonalité d’échappée belle des premiers fragments n’était plus compatible avec la direction dans laquelle il souhaitait infléchir le texte. Trop d’Italie, pas assez d’Allemagne.

En somme, La reine Albemarle était, et reste, fut-ce à l’état d’ébauche, un texte d’écrivain. Au moment de le biaiser vers un plaidoyer ou réquisitoire comment démêler, d’intellectuel, il aura calé sur l’obstacle. Tant mieux - pour nous. Venise n’aura pas été mise en coupe réglée par le théoricien marxisant, seules demeurent les aperceptions, fugitives, éclairantes et fulgurantes d’un carnet de croquis écrit à la volée, à la cool, et à l’arrach’. C’est peut-être une définition, parmi d’autres possibles de la littérature : quand les choses vues survivent, y compris chez les ultra-doués du bulbe, à l’ontologie phénoménologique. C’est aussi une question de lexique : peignoir, potager, pérégrination, plutôt qu’habitus, différance, médiologie. Au-delà du cas d’espèce de Sartre, et de l’exemple presque trop parfait de ce corpus italien, dans lequel je serai tenté d’inclure les pages somptueuses et désolées, écrites en état d’urgence, consacrées au Tintoret, une autre tentation inhérente à la littérature elle-même se joue en ces contrées alternativement arides et luxuriantes de la littérature d’exigence.

En chaque écrivain, c’est l’outil qui veut ça, cohabitent un artiste, un artisan et un partisan. Le risque de la littérature ne me paraît pas tant, sauf chez quelques idéologues fanés, de voir le dernier nommé prendre le contrôle total des opérations, que de ne pas faire, plus modestement, sa part à chacun. Idéologue, qui ne l’est à ses heures ? Moi-même, certains jours - elle dit rien, elle me fait juste les sourcils, qu’elle a jolis, en point d’interrogation : en fait, c’est pire - , j’ai tout du colleur d’affiches. Espérons juste que ces jours et ces heures ne correspondent point avec ceux où je griffe le papier, plutôt à ceux où je regarde le foot. Notre cœur tend vers le Sud, mais notre corps a ses impérieuses réquisitions dans le septentrion.

117 Commentaires

  1. j’peux m’inscrire,M’sieur ?

  2. Dans « L’innocence des objets » le livre d’Orhan Pamuk se trouve un « manifeste des musées » qui s’achève par une petite liste
    nous avons/nous devrions avoir
    La voici :
    EPOPEES / ROMANS
    REPRESENTATION / EXPRESSION
    MONUMENTS / HABITATIONS
    HISTOIRES / RECITS
    NATIONS / PERSONNES
    GROUPES, EQUIPES / INDIVIDUS
    GRAND ET CHER / PETIT ET BON MARCHE

    Ca vau(drai)t pour la littérature, nan ?

    • @thierry saunier: j’ai remarqué que François n’aimait pas certains mots
      plutôt que d’évincer ces mots, on pourrait en proposer d’autres
      manipulation =>abus de faiblesse
      engagement=>construction
      individualiste=>libertaire
      respect=>politesse, délicatesse
      changement=>ajustement
      la liste est à continuer, les mots proposés suceptibles d’être remplacés par d’autres

      • Pas ma vu, tout ça, Hélène. Très bien vu, même. Surtout pour manipulation, sur quoi un prochain livre reviendra.
        Individualiste ne me gene pas, comme le montre le renvoi au livre de Sophie Heine dans le printemps libertaire. Mais il est vrai qu’il est tellement mal connoté qu’on lui préférera : indépendant. Ou autonome. Ou libre, si je n’avais pas une vieille perplexité devant ce mot.

        • @François Bégaudeau: j’aimerais revenir sur le mot « changement » et sur « on ne change pas »
          j’ai bien aimé dans « deux singes » ce leitmotiv « on ne change pas, on… » décliné en plusieurs propositions qui balisaient ton propos sur le processus Chouchou 1977-2012
          ce genre de propositions récurrentes, ça invite le lecteur à imaginer lui-même toutes sortes de propositions. personnellement me sont venues deux propositions, assez inégales je dois dire – à mon image :
          « on ne change pas, on change de chaussettes »
          « on ne change pas, on se déplie »
          sur la première je n’ai pas grand chose à dire, sauf qu’elle m’a chatouillé un moment
          la seconde mérite peut-être que j’explique un peu comment la lire :
          « on ne change pas » renvoie à la fois à l’idée de personnalité (d’idiosynchrasie ?), un ensemble donné de forces et de faiblesses, à une idée d’état et d’immobilisme
          « on se déplie » permet de rendre l’idée contraire de mouvement qui vient à l’esprit quand on regarde le chemin que l’on a parcouru, nos évolutions, un certain épanouissement, une sorte d’éveil de la conscience qui fait affirmer parfois un peu vite qu' »on change »
          à cela on objecte en général qu’il est possible que l’on posséde déjà en soi ces aptitudes, ces idées, que les circonstances ne font que les faire advenir : « on change en apparence,on ne change pas au fond »
          mais je préfère dire « on ne change pas, on se déplie », qui décrit mieux comment se passe le mouvement dans le non-mouvement:
          « déplier » comme plier – déplier – replier, un origami par exemple, sous une certaine forme, non immuable, libre de changer, le papier de l’origami restant inchangé (d’une certaine couleur, texture, taille)
          ps le mot « déplier », c’est un clin d’oeil au chapeau en tête du « dis-moi » (déplier à la place d’argumenter : argumenter=>déplier)

      • @Helene: dernière remarque :
        j’ai écrit changement=>ajustement à propos de l’évolution de Chouchou dans « deux singes », évolution-changement, mieux restituée par : évolution-ajustement, à comprendre comme un ajustement de la pensée au corps
        je me demandais si cette requalification ou précision du terme ne pouvait pas avoir valeur d' »étalon » pour ta démarche intellectuelle elle-même, au-delà du livre dans lequel tu t’auto-analyses :
        changement/ajustement de lexique (mots renommés)
        mais pas que
        changement/ajustement des cadres de pensée
        si cette option était validée, une autre remarque/hypothèse :
        le mot « changement » sonne plus radical qu' »ajustement ». je me demandais si ta pensée finalement ne serait pas au fond moins radicale qu’elle n’y parait parfois

  3. « le roman du mariage » d’Eugenides : lu ton commentaire sur ton blog, il raconte le livre de manière plus explicite que ce que j’avais déjà lu et à mes yeux c’est un plus. on comprend que tu as plutôt aimé le livre puisque tu commences par dire : le trio amoureux, on connait (trop) et que tu finis en suggérant que ce trio-triangle raconte le passage d’un triangle isocèle à un triangle équilatéral, qui suggère un plus juste équilibre du trio et invite à aller vers le livre
    retourné dans l’addendum, lu le post d’Acratie qui dit qu’elle a plutôt pas aimé le livre, qui fait remarquer que la relation se dégrade au moment de l’emménagement ensemble
    sur ce sujet j’ai à dire mais plus de temps malheureusement

    • @Helene:
      je rajoute juste que je suis d’accord avec la plupart des objections d’Acratie.

      • @thierry saunier: j’ai perdu le fil de la discussion qui se passait d’ailleurs dans un autre endroit du site
        quand j’écris que « j’ai à dire » sur ce qu’écrit Acratie, ce n’était pas forcément pour démonter sa baraque, être « contre »
        chaque mode de vie a sa logique ; dans un autre contexte, avec d’autres personnes, il est probable que je vivrais différemment dans la forme, moins sûr dans le fond, sans que ce soit mieux ou moins bien
        je ne sais pas si cette mise au point était nécessaire

        • @Helene:
          ça peut pas faire de mal
          c’est vrai ce qui aide pas, c’est que je comprends toujours pas quand il y a un onglet répondre et quand il y en a pas.
          Proto digital un jour, proto digital toujours.
          Mais tu n’as pas besoin d’enfoncer le clou j’ai bien vu que tu étais pas du genre prosélyte
          pas se laisser emmerder pour pas emmerder les autres c’est à la fois pas si fréquent, et pas si difficile

          sur ce bonnes vacances à toi et à tutti
          moi j’débranche le wiifi pour un mois.
          Non mais.

          • @thierry saunier:

            pas se laisser emmerder pour pas emmerder les autres c’est à la fois pas si fréquent, et pas si difficile

            tout à fait ok
            bonnes vacances thierry

  4. salut Thierry, j’ai fini le recueil de nouvelles « le mur » : très impressionnée par la maîtrise par Sartre de l’art de la nouvelle : débuts originaux , dénouements justes, indécis jusqu’au bout, la narration est impeccable, impressionnée aussi par le sens des histoires qu’il raconte : dans « Erostrate » la vie intime d’un homme seul qui n’aime pas les autres, dans « la chambre » la folie dans une famille bourgeoise, la folie dans un couple, dans « le mur » l’arbitraire humain, les pensées d’un homme condamné à une mort proche, l’ironie de la vie. je trouve que Sartre traite finement de ces sujets intimes et qu’il arrive à mettre beaucoup d’intensité (du chaud, du froid)dans la description du quotidien de ses persos
    j’attends que tu me parles de ces nouvelles de Sartre, si tu en as envie, et de la 6ème, la nouvelle qui ne s’y trouve pas. j’ai beaucoup de chance

    • @Helene:
      tu as beaucoup de chance, mais moi aussi.
      Voici la vignette de la 6ème nouvelle… d’un recueil de cinq.
      Story of my life.

      Jean-Paul Sartre
      Dépaysement

      Dépaysement est une nouvelle que Sartre été écrite en 1938, au moment où il travaillait au recueil Le mur ; il avait au reste songé à l’y inclure, avant d’y renoncer, la jugeant pour finir manquée. Depuis que nous pouvons la lire, dans le volume de la Pléiade intitulé Oeuvres romanesques, nous sommes en droit de juger autrement, même si pour l’harmonie du recueil il était sans doute avisé de la laisser en-dehors. Le mur est en effet constitué de « cinq petites défaites », et il est clair à cet égard que Dépaysement, qui est plutôt le récit d’une victoire, n’y a pas sa place.
      En fait, et curieusement, Dépaysement présente presque le dehors d’un texte à thèse ; d’ailleurs, lorsque, sous le titre de Nourritures, Sartre en extraira la substantifique moelle pour une revue en 1938, il n’en restera que la trame d’un essai, d’une méditation aigüe et profonde sur les proximités inavouées des voyages et des aliments. Le meilleur Sartre, celui qui profane par ingénuité et par acuité, est déjà présent dans ces linéaments archéologiques.
      Il y a tout de même une intrigue, romanesque ou se voulant telle ; Audry, voyageur sans bagages et touriste appliqué, peut-être professeur, se trouve en vacances à Naples. Il se désespère de jamais connaître la véritable, l’authentique saveur de Naples : tout ce qu’il enregistre et perçoit, avec une agilité attentive qui n’est pas sans rappeler celle de Sartre lui-même, et pour cause, le renvoie impitoyablement à son exil de touriste. Il se fait d’ailleurs, selon la panoplie réglementaire de celui-ci, arnaquer – avec son consentement – par deux indigènes qui lui proposent, moyennant finances, un spectacle érotique d’ombres chinoises entre deux femmes, pantomine à la fois exotique et clichetonnée.
      L’aventure d’Audry est relatée avec un lyrisme serré et tendu, qui ne sera pas sans prolongements dans la suite de l’oeuvre de Sartre. Sa mésaventure lui vaut une sorte d’épiphanie inversée de celle de Roquentin : « Cette fois ça y est, dit-il à voix haute : je suis à Naples. » Ce touriste souverain et errant, ce sera treize ans plus tard le narrateur de La reine Albemarle ou le dernier touriste. Il n’y aura pas eu, pour Sartre de malédiction italienne : seulement d’étonnants autant que savoureux délais de publication. Bénie soit –littérairement – l’Italie sartrienne.

    • @Helene:
      c’est malin de parler de celle que tu n’as pas lu, que tu n’as pas pu lire.
      Je me rattrape(?)
      Jean-Paul Sartre
      La chambre

      Fasciné par la folie dès et depuis sa jeunesse normalienne, expérimentant, vers 1935, et sous le contrôle médical de son ami Daniel Lagache la mescaline, qui lui vaudra de récurrentes hallucinations de crabes, dont il saura se souvenir au moment d’écrire les monologues enfiévrés de Franz von Gerlach, Sartre a finalement peu écrit sur la folie. Ce rationaliste magnifiquement entêté s’est plutôt, au fil de son œuvre, fait le spécialiste de raisonnements déréglés, des hommes traqués dont la raison ne cesse de chercher une impossible issue, de Daniel Sereno à Franz, et de Jean Genet au Tintoret.
      Dès lors, La chambre, deuxième nouvelle du Mur, y irradie d’un éclat noir et glacé. Eve Darbédat a épousé Pierre, ce qui fait le désespoir de ses parents. Car Pierre, autrefois esprit brillant et ironique, est gagné par d’inquiétants délires, et promis, sous peu, à la démence. Or, Eve ne peut – ou ne veut, cela est indissociable – se détacher de lui, s’en éloigner, s’en déprendre.
      La première partie de cette longue nouvelle envisage uniquement le point de vue des parents d’Eve : Mme Darbédat, veule, affalée, gloutonne, alitée, complaisante, et surtout son mari, Charles, dur, étroit, satisfait, impitoyable, sûr de ses droits et de sa place dans ce monde : bref, un beau portrait de « salaud » qui derechef s’ajoute à la galerie des grands hommes de Bouville.
      A l’inverse, et en contrepoint, la seconde partie du texte restitue le point de vue d’Eve : consternée par le rationalisme lourdingue, étroit et utilitariste de son père, elle s’efforce, avec des résultats inégaux, d’entrer dans les délires de Pierre, qui ne cesse de l’appeler Agathe, de lui expliquer que les statues volent et les objets vivent, avec une bonne dose de paranoïa en prime. Le sentiment fondamental d’Eve, ce n’est pas la compassion ni même le chagrin : c’est l’envie. Et certes, la folie est ici dépeinte avec des acteurs séduisants, tandis que le monde des gens normaux – le père d’Eve, sa mère, le docteur Franchot – est tout simplement horrible. Plus de vingt ans avant le maître-livre de Michel Foucault, Sartre fait ici de la folie un miroir critique et accusateur de la raison et de la santé. L’atmosphère à la fois fantastique – dans les monologues hantés de Pierre – et réaliste – partout ailleurs – fait aussi de La chambre une superbe réussite littéraire, qui s‘intègre harmonieu-sement dans ce recueil de déroutes.

      • des ACTEURS séduisants ?
        ça doit être ton casting de l’autre jour qui m’a tourné la tête
        (t’as vu, y a rien qu’est jamais de ma faute; j’ai ce talent, si je n’en ai aucun autre)

        Evidemment, il fallait lire des atours séduisants.

        Comme dit le journaliste (qui se laisserait dévorer par les fourmis rouges, comme dans Lucky Luke, plutôt que de juste écrire : je me suis trompé – I know that) : nos lecteurs auront rectifié d’eux-mêmes.

      • @thierry saunier: oui une superbe réussite littéraire, à plus d’un titre. magnifique le portrait satirique de la femme mûre bourgeoise souffrant d’un mal diffus, qui lui permet d’avoir un train de vie fait de raffinement, de paresse et de caprices
        idem le portrait du couple bourgeois mûr : un homme fort, rationnel, une femme fragile, intuitive, tous deux confortés par leur position sociale
        idem la construction en entonnoir :
        – de la mère malade au gendre malade (du fantasme de la maladie à sa réalité) – petit théorème éphémère : un texte qui parle de la maladie sans jamais la nommer est un texte littéraire, un texte qui nomme la maladie emprunte de termes spécialisés (médecine, psychiatrie)et sort ainsi un peu du champ littéraire,
        – des parents de la fille au couple fille-gendre,
        – de la maison des parents à l’appartement du jeune couple puis dans cet appartement du salon à la chambre en présence du père puis le père parti,
        magnifique le suspens sur les rapports entre la fille et son mari : est-il réellement fou ? dans quelle mesure ? son état met-il en danger sa femme physiquement (va-t-il l’agresser ?) ou mentalement (va-t-elle elle-même basculer dans la folie à force d’empathie ?) ? la dernière phrase est magnifique et apporte un nouvel éclairage sur le comportement de la fille
        je pense que je n’oublierai pas cette nouvelle
        « le mur » m’a bien plu aussi, en particulier ces prisonniers condamnés qui font le même rêve, celui de rentrer dans le mur (d’être absorbés par ce mur, comme des passe-murailles)devant lequel ils seront bientôt alignés pour être fusillés

        • @Helene:
          alors ça vraiment j’aime beaucoup

          petit théorème éphémère : un texte qui parle de la maladie sans jamais la nommer est un texte littéraire, un texte qui nomme la maladie emprunte de termes spécialisés (médecine, psychiatrie)et sort ainsi un peu du champ littéraire,

          faudrait mettre ça à l’épreuve du « Roman du mariage » d’Eugenides. Sais pas.

          Et quelle délicatesse d’entourer théorème de deux adjectifs minorants

          • @thierry saunier: le « roman du mariage » d’Eugenides j’en ai entendu parler, j’ai lu un commentaire sur un blog, malgré le bien qu’on peut en lire j’ai pas trop envie de ce livre humeur vague
            question vraiment stupide mais une fois que je te l’aurai posée, je n’y penserai plus, ça m’allègera : bibliothécaire tu as tous les livres à ta disposition et à portée de main, tu as quand même une bibliothèque perso chez toi ?
            je te laisse le post 100 si tu veux, je fais une virée professionnelle à Mutzig dans les Vosges cet après-midi

          • le blog, ça devait être le mien.
            On peut s’en passer ; un bon livre pas un chef d’oeuvre.
            Rien que chez les américains je préfère Roth, Updike, Banks, Ford, Mc Inerney, Franzen, Lethem (Forteresse de solitude, le plus beau livre que j’ai lu au XXIème siècle)
            Aucune question n’est jamais stupide, seules les réponses peuvent l’être. (La mienne le sera-t-elle ?)
            Bibliothécaire j’ai à ma disposition pas mal de bouquins intéressants – et un nombre incalculables que jamais même j’ouvrirai.
            C’est pas moi qui suis chargé des acquisitions (faut-il dire heureusement ?)
            Donc j’en achète un max à côté (pas pour le blog puisqu’il est rattaché à la médiathèque, mais pour le sartrobook, ou pour l’émission de radio, ou juste pour moi, comme ça, pour les avoir ou par impatience)
            Des chiffres ? au boulot 100 000 livres.
            Chez moi : 15 000.
            exemple; le Flaubert de Winock je l’ai acheté perso, puis lu derechef ; bcp plus tard Christine (resp. acq.) l’a acheté pour la MVM. Je vais faire une notice pour le blog, à la radio ça fait longtemps que j’en ai parlé.
            Le Eugenides pas acheté, lu l’exemplaire MVM, je l’achèterai en poche en 2014. Là j’ai fait coup quadruple : blog + émission + coup de coeur radio + site internet. Lecture rentable !
            La vie esthétique : acheté seulement, pour le sartrobook (ultime notice) même pas envisageable pour la MVM.
            Voilà. J’espère que ça répond à ta question

            Mutzig y a une éternité j’ai été candidat pour être bibliothacaire là bas (ou là haut ?). Le maire faisait partie du jury de recrutement.
            J’ai dit à un moment : « à titre personnel, pour mon mode de vie, ça m’intéresse d’être à proximité d’une grande ville comme Strasbourg »
            Le maire a répondu : « c’est Strasbourg qui est dans la banlieue de Mutzig. »
            Je jure sur la tête de Raymond Domenech que c’est vrai.

          • @thierry saunier: non le blog c’était celui-là : http://www.critique-moi.fr/critiques-livres/litterature-anglo-saxonne/261-le-roman-du-mariage-jeffrey-eugenides
            j’irai voir ce que tu écris sur ton blog à propos de ce roman.
            tu avais aussi écrit sur ton blog sur « au début » je crois, je relirais bien

          • c’est quand même toi qu’a eu le 100 ème post. de toute évidence, ça te frappe moins que moi. Encore heureux !
            Je vais aller sur ton lien en attendant voici le mien
            http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-hot-line-notice-209-juin-2013-jeffrey-eugenides-le-roman-du-mariage-118589995.html

            Acratie a pas aimé, cf. forum printemps libertaire : addendum
            Le « Au début » faut qu’j’aille le chercher sur le 2ème blog, celui de délestage
            J’te fais ça dans la journée

        • @Helene:
          et paf, le Mur, avec de vrais morceaux de saunier dedans.

          Jean-Paul Sartre
          Le mur

          Si L’imaginaire a été, en 1936, le premier texte publié par Sartre chez Gallimard, c’est par et avec Le mur qu’il y aura fait, en 1937, une fracassante entrée littéraire. Cette nouvelle, qui ouvrira et donnera son titre au recueil de 1939, paraît en effet dans la NRF, et y est remarquée par Gide, toujours à l’aise dans la condescendance étudiée du « grand-aîné-diaphane-et-emerveillé ». En 1944, il renouvellera cette appréciation : il y a, c’est à relever, de la constance dans cette coquetterie.
          L’argument en est simple : durant la Guerre d’Espagne, trois partisans républicains, d’origines et d’âges divers, ont été arrêtés par les fascistes. Après un jugement expéditif, ils sont condamnés à mort. L’un des trois, le narrateur, Pablo Ibbieta, se glace et se creuse, dans l’attente de cet impensable, la mort. Il se voit offrir, in articulo mortis, c’est le cas de le dire, un marché : la vie sauve contre la cachette de son chef et ami Ramon Gris. Par dérision, alors qu’il connaît la planque, il répond : « au cimetière ». Stupéfaction : il est gracié, puisqu’à la suite d’un concours de circonstances c’est là que Gris s’est réfugié, et qu’il y est pris.
          Plus que la Guerre d’Espagne, qui n’est ici qu’un décor, c’est le tragique et l’absurde dérision de la vie qui est le sujet de Sartre. Mais frappe surtout une écriture directe, brutale, oralisée, presque argotique. « Si j’avais voulu, je crois que j’aurais pu dormir un moment : je veillais depuis quarante-huit heures, j’étais à bout. Mais je n’avais pas envie de perdre deux heures de vie : ils seraient venus me réveiller à l’aube, je les aurais suivis, hébété de sommeil, et j’aurais clamecé sans faire « ouf » ; je ne voulais pas de ça, je ne voulais pas mourir comme une bête, je voulais comprendre. »
          Ceci éclaire un peu l’énigme du tsunami Sartre qui déferlera à la Libération, alors que le trône de Gide semblait, tout chaud, attendre Malraux. En somme, si l’on écarte Céline, à la fois trop misanthrope et trop vociférant, deux auteurs ont avant-guerre rompu le ronron des romans qui faisaient des ronds dans l’eau, étale ou croupie, à la Chardonne, Mauriac, Giraudoux. Malraux, avec ses mitraillettes et ses escadrilles, les tambours du monde ; Sartre, avec sa philo et son agreg’, les métamorphoses existentielles. Et bien, ce n’est pas seulement selon moi pour des raisons politiques qu’en 1945 la jeunesse se cherchant un prince s’est détourné de Malraux pour élire Sartre : c’est aussi qu’il était trop cravaté, trop cuirassé, trop mandarinal, plus encore que Gide, quoique dans un style plus heurté et haletant. Pas étonnant que le naturel de Sartre ait alors fait fureur.

          • @thierry saunier: ça fait plaisir de lire ce que tu as écrit sur Sartre
            si tu me permets de pointer un passage en particulier, je suis bien en accord avec :

            Plus que la Guerre d’Espagne, qui n’est ici qu’un décor, c’est le tragique et l’absurde dérision de la vie qui est le sujet de Sartre. Mais frappe surtout une écriture directe, brutale, oralisée, presque argotique.

            et c’est toujours intéressant d’apprendre comment Sartre s’est fait une place dans son époque, merci

          • voici Erostrate
            comme ça c’est toi qui aura le 100ème post
            Après on aura fait le tour du recueil
            Jean-Paul Sartre
            Erostrate

            « Annaliste des enfers », comme il se qualifiait lui-même des années plus tard, même s’il s’agissait de La nausée, sans doute jamais Sartre ne l’a été autant que dans Erostrate. Cette nouvelle, la plus sombre et tourmentée du recueil Le mur – comme l’est The Dark knight rises de la saga Batman – est troublante dans la mesure où elle synthétise, et peut-être transcende à la fois des tendances et des traits distinctifs de Sartre lui-même, et d’autres qui sont tout son contraire. Le résultat, et peut-être pour ces raisons mêmes, est à la fois spectaculaire, dérangeant, et réussi.
            Paul Hilbert, modeste et même risible employé de bureau, humilié et haineux, se décide à accomplir ce que Breton considérait comme « l’acte surréaliste le plus simple », et sans doute faut-il y lire une pique malicieuse de Sartre à son endroit : tirer au revolver, au hasard, dans la foule. Son discours, décousu et bilieux, évoque assez celui des confus meurtriers de masse modernes, qui tirent dans la foule dans le but, l’idée, l’espoir, la rage de s’en extraire. L’un des collègues de bureau d’Hilbert, lui narrant l’histoire d’Erostrate – « il voulait devenir illustre, et n’a rien trouvé de mieux que de brûler le temple d’Ephèse, une des sept merveilles du monde » -, éclaire son destin : qu’il en soit ainsi.
            Mais ce texte, dont Hilbert est le narrateur, est clairement ironisé : c’est un raté, mesquin et peureux, qui se passe des douceurs, a une sexualité détraquée, et, bien sûr, se rend lamentablement plutôt que de suicider. Texte aux implications politiques, puisque l’élitisme démantibulé d’Hilbert a des relents de Lucien Fleurier.
            Cependant, ce qui frappera les sartriens accomplis dans ce texte, ce sont les biographèmes éparpillés çà et là au fil du récit : petit, malingre, myope – il a un lorgnon –, Hilbert n’est pas sans évoquer le « petit homme ». Plus intrigant encore : il adore les positions de surplomb, comme l’auteur des Mots. Enfin, et plus anecdotiquement, il a trente-trois ans – et révère la chose imprimée, puisqu’il envoie une lettre dans laquelle il explique son action à « cent deux écrivains français ». En somme, tout se passe comme si dans Erostrate le Sartre en route, de quel bon pas, vers la radicalisation de son tempérament démocrate, avait voulu conjurer, ou liquider, en Paul Hilbert ses dernières tendresses et tendances aristocratiques.

          • @thierry saunier: « Erostrate », rien que le titre est différent des autres nouvelles aux titres plus simples : « le mur », « la chambre ». pour autant j’ai abordé cette nouvelle de la même façon que les autres, simplement.
            certes cet homme est monstrueux de par sa personnalité : son rejet physique des autres individus, hommes ou femmes, fait qu’il est solitaire et cette solitude le détraque, mais j’ai été embarquée dans sa situation dès le début quand le perso est à sa fenêtre et regarde à distance les passants dans la rue (c’est une entrée en matière vraiment excellente, je trouve, qui décrit comment les hommes sont déjà perçus de façon déformée dans son cerveau, ont une autre plastique à ses yeux : passants vus de face-de dos-de haut, puis comme de simples fourmis) et donc moins jugeante que si j’avais pris plus de distance.
            comme dans « le mur » Sartre nous fait toucher du doigt comment la vie est fragile, comment un homme déséquilibré peut tuer une quantité indéfinie de personnes, comment la violence gratuite peut surgir aléatoirement. là encore j’ai pensé à l’actualité (comme m’y avait fait penser la nouvelle « l’enfance d’un chef »), l’affaire merah par exemple

  5. il n’est de si bonne compagnie qui ne se quitte.
    bon week-end à tous.

  6. Hélène c’est à toi que j’avais parlé de « Bête de cirque » ?
    Quoi qu’il en soit voici le texte du blog :

    http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-hot-line-notice-207-mai-2013-tiphaine-samoyault-bete-de-cirque-118423808.html

    • @thierry saunier: non pas moi mais ça ne fait rien, j’ai lu quand même. T Samoyault était interviewée en même temps que François par A Finkelkraut et l’interview a été postée ici quelque part, je n’étais donc pas complètement en terrain inconnu.
      dans ce que tu dis sur ce livre, ce qui m’a le plus intéressé c’est ce que tu présentes comme « schématique » : le parallèle entre la guerre à Sarajevo et le conflit avec le père de son enfant
      j’ai un peu navigué sur le blog de la médiathèque, en particulier la rentrée littéraire janvier-avril 2013. je pense que tous les commentaires de livres sont de toi. ton commentaire ramassé sur « deux singes » est selon moi encore plus intéressant, pointu que le commentaire plus long et plus digressif ci-dessus
      ps : tu utilises souvent « latéral » dans tes commentaires (rencontré 3 fois), comme synonyme de [ ] ?
      entre proto-digitaux : j’ai pas compris le pb que tu as (ce que tu dis dans ton nb)

      • @Helene:
        en fait je me suis même pas compris moi-même ; c’est souvent le cas lorsqu’il s’agit d’informatique.
        Je constate juste que sans jamais rien toucher, des fois sur les posts la touche « répondre » est activée, et des fois non. Elle est bien pratique cette touche.
        Mais cette alternance est aussi sur les miens, alors que je fais jamais de fioriture.
        Encore un mystère ?
        Petite histoire pour te, nous consoler et tous les proto digitaux avec nous.
        Greg est un jeune collègue qui s’occupe, entre autres du blog; un geek quoi. Très sympa, bcp d’humour.
        Hier il passe devant la porte de mon bureau, ouverte comme toujours, mais ce jour là la fenêtre aussi l’était ; j’ajoute que je bosse dans un décor pas dégueu, il y a un parc autour de ma bibliothèque. Bref.
        Ce jour là on entendait particulièrement bien le chant des oiseaux; Greg passe la tête par la porte et me dit :
         » vous avez energistré ça sur votre ordi ou c’est des vrais ? »
        True story, je le jure sur la tête de Nelson Mandela. (J’prends des risques)
        Des fois c’est mieux d’être proto-digital ; les geeks, ils font flipper.

        ouais, j’ai des gimmicks commme ça. Latéral ç aveut juste dire, c’est pas du tout le sujet du livre mais ya ça dedans. C’est pas le cas pour Samoyault, au reste, puisque cette séquence est centrale.

  7. 67ème commentaire, commentaire régional (département 67, Bas-Rhin : le bas du Rhin, qui se trouve sur la carte « en haut » du haut du Rhin ; normal le Rhin coule vers le nord)
    Thierry, à propos de ton texte sur Sartre, je retiendrai (le style est bien mais le style ne se retient pas) que tu compares la vie à une course d’orientation déboussolée : le mouvement qui est dans la course, la quête d’orientation, le fait qu’on est qu’on le veuille ou non déboussolés. bien vu
    petite parenthèse à propos des métaphores : moi j’aime beaucoup les métaphores mais je crois que chez les littéraires, c’est plutôt cheap comme façon de s’exprimer, ça me reste de « l’antimanuel de littérature » peut-être. je trouve que bouder les métaphores, c’est bouder son plaisir : la vie est pleine d’objets et d’animaux, pourquoi on minorerait une écriture qui emprunte à ce registre ? fin de la parenthèse
    j’ai bien aimé aussi et je retiens – c’est structurant et j’adhère : l’écrivain est un artiste, un artisan et un partisan. si je n’ai pas mis entre guillemets, c’est que je me l’approprie déjà, oups non : je le savais déjà. je crois que je ne suis pas intégralement convaincue par cette idée défendue par François, généreuse oui mais de dire que sur le foncier tout le monde sait tout, mais idée en trompe-l’oeil, non ? la synthèse c’est quand même toi qui la fais, ne pas le reconnaître, c’est comme te déposséder. je ne sais pas ce que tu en penses, je patauge un peu perso même si je vois grosso modo les enjeux.
    cette façon de décrire un écrivain, j’imagine que tu la tires de ton vécu. je trouve que ça s’applique bien, à défaut de connaître plus tes écrits et ta façon de penser, à ce que fait François au travers de ce qui est montré sur ce site

    • @Helene:
      se sentir déposssédé, ça me paraît absolument pas approprié.
      oublie les guillemets si tu le savais déjà, c’est ce que tu peux faire de mieux.
      L’idéal de ce point de vue, c’est la fameuse « boîte à outils » de Foucault ; tu te sers de ses concepts, de ses phrases, de ses formules, suivant ton propre usage, chacun en ayant un différent. Et avec sa bénédiction. T’en prends t’en laisses.

      Si ca s’applique à moi aussi, (qui ne suis pas un écrivain mais un bibliothécaire qui écrit, nuance) ben c’est jsute merveilleux.

      Artiste : bosser, se donner du mal, avoir des trouvailles, polir la phrase comme Flaubert (en moins bien) quoi.
      « Et l’allonger comme Proust en moins bien aussi  » dit elle.

      Artisan : bosser bosser rbosser, écrire lire, sans se la péter, sans se prendre pour un autre, sans prendre de supériorités sur quiconque.

      Partisan : raccorder ça à une vision du monde, et aussi à un ensemble politique et social auquel, selon sa formule « l’intellectuel reste fidèle tout en ne cessant de le contester ».

      C’est horrible de schématiser ça ainsi mais l’artiste c’est Les mots ou le Séquestré de Venise, l’artisan c’est l’idiot de la famille ou les séquestrés d’Altona, le partisan c’est Aden ou les animaux malades de la rage.

      • @thierry saunier:
        merci pour ton éclairage thierry
        être ou ne pas être un écrivain (et/ou un penseur) possessif de sa prose, de ses idées
        ça s’analyse au-delà de la protection juridique des oeuvres, nécessaire (réglementation du métier d’écrivain pour le protéger du plagiat)
        dans ce cadre juridique, l’écrivain est plus ou moins possessif par rapport à ses productions (peut-être plus possessif d’ailleurs moins il est talentueux)
        merci pour l’ouverture vers Foucault – elle ne connait pas, quelle chance ! mouais dit-elle)
        par contre je ne suis pas synchrone avec ta définition d' »artiste » :

        Artiste : bosser, se donner du mal, avoir des trouvailles, polir la phrase comme Flaubert (en moins bien) quoi

        l’artiste c’est pas quelqu’un qui travaille (celui qui travaille c’est l’artisan), ce serait plutôt quelqu’un d’inspiré.
        quelqu’un que j’ai rencontré le 1er novembre 95 (je m’en rappelle, c’était le 1er novembre – on avait peur de s’ennuyer, on a décidé de ne pas rester seules ce jour-là, Angélique a proposé qu’on sorte en ville, a dit qu’un copain qu’elle venait de rencontrer viendrait avec nous)me disait ce week-end : « je t’aime bien, tu es une artiste, tu as ton univers ». l’artiste est légèrement fêlé, il distrait son entourage, ses lecteurs quand il est écrivain

        • @Helene:
          tu auras remarqué le peu de possessivité de notre hôte à propos de ses proses diverses.
          Bon de temps en temps il nous fait une petite rechute, il nous dit « faut lire dans l’ordre, scrogneugneu ! » mais on laisse pisser et il se calme.
          C’est bcp l’idée de Sartre; j’ai tellement didées que vous pouvez m’en « voler », jamais je serai à sec.

          Par contre, je peux pas être plus en désaccord avec ton équation « artiste = inspiré ». L’inspiration je sais pas ce que c’est.
          Même pour « Kubla Khan » de Coleridge, l’argument dirimant pourtant habituellement, je n’accepte pas cette équivalence.
          A suivre.

          • @thierry saunier: « l’inspiration je ne sais pas ce que c’est »
            un autre mot pour « inspiration »: « improvisation », ce qu’on fait assez naturellement à l’oral,en musique aussi

          • ah mais pardon
            Ca me paraît vraiment très différent.
            Tu prends « Köln concert », par exemple, beau à tomber la bouche (c’est le morceau qui accompagne Moretti sur son scoot’ quand il rejoint la tombe de Pasolini dans « Journal intime »), improvisation certes, mais à partir d’un canevas tellement serré, tellemnt filé, tellement répété, tellement travaillé que ça tombe comme un ourlet.
            « t’as dû en faire des paquets tiens d’ourlets, charlot  » dit elle
            0 % inspiration, 100 % improvisation = 100 % talent + travail. En plus Keith Jarrett a juste 25 ans, y a vraiment de quoi en rester muet.
            C’est ce que je fais
            « Même pas cap' » dit elle.

          • @thierry saunier: ouvert un dico, sélectionné : être artiste, c’est avoir le sentiment du beau. rien que ça.
            avec toi je vais faire remonter mon taux de culture G, c’est sûr. ça me fait rire tellement c’est intensif pour moi, tu n’imagine pas. une petite métaphore pour la route : on est à la piscine, tu fais des longueurs dans le bassin olympique (de la culture), moi je flotte près du bord avec ma bouée et je suis morte de rire

          • Ben, ce qui compte c’est « morte de rire ».
            Si c’est agréable moi ça me va. Si c’est la corvée, on passe à autre chose.
            « Encore faudrait-il en être capable  » dit elle.
            Tout ce que j’ai à dire pour ma défense(?),
            c’est que je suis vraiment immergé en littérature (un peu élargie), et, l’un ne va pas sans l’autre, que j’adore ça.

            Belle définition : selon celle-ci, logiquement, tout le monde est artiste,
            et c’est assez mon idée, en fait.

            Nb essaye de ne pas désactiver la touche « répondre à » (très fort en culture G, le Saunier mais quel proto digital) s’il y en a une. Sinon, je ne sais jamais où ni comment te répondre. je passe ma vie à me répondre à moi même et comme c’est un reproche qu’on m’a souvent fait…

          • Il a pas fait scrogneugneu
            Il était pas en colère mais consterné
            Et surtout il n’a jamais obtenu la réponse à sa question : pourquoi c’est tombé sur ce livre? Pourquoi Hélène lit tout Echenoz dans l’ordre et pas Deux singes?

        • Moi récemment 24 personnes croisées dans la rue me disaient : on t’aime bien, tu es un génie, tu embellis le monde.
          J’ai trouvé ces gens très lucides.

          • @François Bégaudeau:
            Ah ben te revoilou, good news.
            la définition du scrogneugneu, c’est qu’il reconnaît jamais être scrogneugneu, toujours il a une bonne raison de chouiner.
            Dit-il.

          • @François Bégaudeau:
            tu peux compter 25 ; y a moi, aussi.

          • @François Bégaudeau:
            le nombre n’est pas un argument dirimant, mais c’est un argument : si on est trois sitistes, pas trop demeurés m’a-t-il semblé, en tout cas pour les deux autres mon propre cas, ayant été mis en délibéré depuis 1983, à juger cela envisageable, ça me semble une piste pour l’envisager plutôt que de déclarer saccage, sacrilège et blasphème.

          • @François Bégaudeau:
            j’les ai croisées aussi, les 24, deux minutes après, c’est con on s’est ratés d’un rien.
            Dommage daileurs pasqu’ils mont dit : la preuce qu’il est gnieal, ce’st que mêm quand on lit dans le désordre, on « get the picture » – pas tout évidemment, mais le mouvement d’ensemble.
            mais t’étais d’jà parti marchant d’un bon pas vers de nouvelles aventures.

          • @François Bégaudeau:
            tain chuis à donf, ch’fais plein de fautes. il est 11 h 11, ça doit être pour ça.
            « les excuses c’est de mieux en mieux » dit- elle.
            Dommage daileurs pasqu’ils mont dit : la preuce qu’il est gnieal, ce’st que mêm quand on lit dans le désordre
            Plutôt : dommage d’ailleurs pasqu’ils m’ont dit : la preuve qu’il est génial, c’est que même quand on le lit dans le désordre..

          • @François Bégaudeau:
            c’est pourtant facile à comprendre : tu as pas obtenu de réponses à ta question à cause du post précédent.
            Tu avais posté ; « que répondre à cela ? Rien. »
            Comme je te sais homme de parole(s), quand tu es revenu sur l’affaire je me suis dit, c’est pas lui, puisqu’il a dit qu’il reviendrait ; sa messagerie a dû être piratée.
            Ne tombons pas, telle une mouche stupide, dans ce piège grossier.

        • @François : communiqué de l’AFP : on vient d’apprendre qu’Helene-Nabila n’a pas lu Echenoz dans l’ordre. consternation +++ dans le monde de l’édition. un écrivain qui a voulu conserver l’anonymat a déclaré sous le coup de l’émotion : mais quelle petite oie ! ses circuits sont niqués !
          shasheer me manque, anne-laure aussi

          • @Helene:
            y a un truc qui fait masse
            l’courant peut plus passer
            non mais t’as vu où c’qui passe ?
            j’veux l’feuilleton à la place !

            j’ai gagné un truc ?

  8. Lecture si pertinente, si belle écriture : c’est dense, serré, et ça danse et ça fuse,on rame et on pétille !
    Ce texte me ravit et me parle,mais commenter ! aie !Alors je copie-colle quelques passages,à la lecture desquels j’imagine que les yeux de François ont « frisé »,intelligence partagée, et plaisir.
    Et merci !

    « , les mots inoubliables qu’écrivit Serge Daney à la mort de Jean Eustache : « C’est peu de dire de dire qu’il était un « auteur », son cinéma était impitoyablement personnel. C’est-à-dire impitoyable d’abord pour sa propre personne, arraché à son expérience, à l’alcool, à l’amour. Faire le plein de son réel, pour en faire le matériau de ses films, de ses films à lui, ceux que personne ne pourrait faire à sa place : seule morale mais morale de fer

    (sur les autobiographie politiques)tous mélancolisent à foison leurs Iliades, toujours différentes, et leur Odyssée, toujours semblables
    ces livres sont, en effet, à la fois ostensiblement contrits, et plus souterrainement, irradiants de joie.

    D’où vient l’indicible allégresse qui électrise, accélère et vivifie ces pages de caracole, rend impossible ou dérisoire d’en sauter une seule, impatient d’en connaître la suite, curieux d’en savoir la fin

    Et l’as dans la manche, comme chacun sait, plus longtemps on diffère – on se retient – de l’abattre, plus son impact est décisif. C’est la dernière manche qui est décisive ; la majeure sera donc réservée, retenue, jusqu’aux derniers paragraphes.

    Cette saine autodérision se ressent et s’impacte sur la langue qui illustre et traverse le récit au long cours qu’elle explore et électrise

    , le dit classicisme dans le second cas de figure exige et requiert altération, tremblé, assouplissement

    . Lorsque tous deux pleins d’usage et de raison reviendront sur la teneur et la tessiture de leurs premiers engagements, cet écart prendra tout son sens.

    François Bégaudeau, à l’inverse durcit imperceptiblement sa nonchalance affectée et suprêmement dirigée dans « Deux singes »

    . Il y avait un je ne sais quoi de cérébral dans le parti pris d’oralité des livres précédents de Bégaudeau, jusque dans les meilleurs

    . Jamais FB n’a autant, ni aussi bien, assumé sa virtuosité littéraire. Comme il dirait, comme il a dit déjà : surécrit – mais très bien surécrit.

    l’écriture hypothétique.
    C’est elle qui met sous tension « Deux singes », qui irrigue son flux puissant et fluide, qui lui donne corps et densité, qui l’arrache, aussi, au récit d’un seul ; qui peut valoir pour nous, pour tous, pour le lecteur

    ), le lecteur réfute l’hypothèse, et poursuit son chemin, passant à la suivante dans une allégresse de roman de cape et d’épée, il ne manque plus que Jean Marais.

    dès le collège commence à accumuler les cahiers 96 pages, dans lesquels il déverse, indissolublement, des torrents de conformisme et des gouttelettes de singularité, mais toujours des océans d’encre. Comme le piétinement, la graphomanie, je me suis pas regardé, est un inassouvissement. Si les cavalcades sur les terrains de foot le protègent du premier, il s’adonne sans limites à la seconde.

    Le gribouilleur passé au tamis de toutes les épreuves scolaires a une destination sociale tout prête, qu’on peut, si l’on y tient, désigner du mot de vocation : l’enseignement. Avant-dernière étape avant l’entrée en littérature, qui elle aussi, cela n’a rien d’une coïncidence, se fera sous le signe du foot, avec « Jouer juste » (2003) pour irréversiblement décoller avec un récit précisément centré (?) sur l’école, « Entre les murs », le livre puis le film. Bégaudeau a de belles pages sur le malentendu qui s’établit entre le pôle grand public-médias, doublette soudée et unie dans le dessein d’y projeter un fantasme social, une vision politique, un message universaliste, et lui-même, jeune écrivain sur le point d’achever sa mue, de jeune homme ultra-politisé en littéraire décomplexé de ne plus tant l’être. Il se convainc que le dialogue de sourds entre droite et gauche qui se déploie, ou plutôt se défoule alors dans toute sa majesté, n’a pas besoin de son concours. Ce qui revient, des années après, mais enfin mieux vaut tard que jamais, à avaliser le diagnostic originel de l’auteur de ces lignes ; moins il y a d’idéologie dans ses livres, et meilleurs ils sont, ce qui dessine, de fait, une courbe assez uniment ascendante.

    Qui lui-même clôt la ronde, et boucle la boucle, par une parenthèse désenchantée. « Peu de paradoxes en sont, écrit Bégaudeau de la clandestinité dérisoire de son activisme. C’est justement parce que je sais ma passion héritée que je bricole le récit intérieur d’un pré carré inaccessible à mes géniteurs. »

    Mais, puisque tout a changé entre les deux bords du siècle sauf les cahiers 96 pages, quelle est donc la spécificité de la génération à laquelle Bégaudeau appartient, et, que, comme tout un chacun, comme moi-même, à la fois il exprime et récuse ? Dans un avant-dernier chapitre prodigieux, placé là par une intuition illuminante, de celles qui font les grands livres, il revient sur la première année de son enquête : 1977 – écrit 77. Ce n’était pas seulement, comme dans le chapitre inaugural, le millésime qui marqua le début de son intoxication politique, pas seulement la maladie, mais l’anticorps qui lentement fermentera dans ses veines.

    Dans ces quelque cinquante pages somptueuses, les meilleures qu’il ait jamais écrites – c’est le cœur nucléaire du livre

    Ce sera donc le rock qui introduira pour lui un tremblé dans le chromo méritocratique et républicain

    Et enfin, mais d’un vrai enfin cette fois-ci, cette phrase dite à une amie, et qui eût mérité de clore le livre comme l’autre le « Tout un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » : « Ta vie n’a pas besoin de cet assaisonnement. Elle s’en passe très bien, regarde-toi, regarde la belle chose que tu as faite de toi, regarde les gens, nos semblables, nos égaux, nos frères de quotidien, regarde comme ils vivent sans la politique, regarde-les, gentils pour la plupart c’est trop peu dit, regarde les cheminer gentiment dans la vie, pas à pas, clopin-clopant, débrouillards, solitaires, chats, veaux, piétons, paysans, pensifs, bouleversants. »

    , c’est chez Bégaudeau une politesse que de ne point conclure si imparfaite caracole sur une trop parfaite parabole.

    Une piste mène du côté de l’admirable libéralisme de son père, nolens volens j’aurai bénéficié du même. Première génération, me semble-t-il, qui n’aura pas reconduit le lien de servitude et de soumission
    Cela donne : « Libéral, responsabilité légale assumée sans zèle, présent mais discret, attentif sans surveillance, curieux sans voyeurisme, contrarié sans drame de me voir dévier de l’itinéraire d’élite que mes galons républicains m’ouvraient, mon père m’a épargné le labeur contreproductif de le tuer. »

    Bingo. Je peux conclure, c’est pas trop tôt : l’on devient une supernova de la tchatche polycentrée, serait-elle écrite, lorsqu’élevé en milieu méritocratique-intellectuel-républicain l’on développe dès les vertes années une passion non-négociable, qui vient des tripes, des dyastoles, bref de l’intérieur de la tuyauterie, où il est impossible de tricher – et qu’elle n’y a pas sa place, qui n’y est pas reconnue. Le foot le rock le ciné, mais bordel on aimait trop ça pour y, pour les renoncer : le libéralisme admirable de nos pères, et le détour éducatif supérieurement efficace, aura consisté à troquer l’éternelle interjection paternelle : « c‘est de la merde, ton truc » pour un autrement stimulant : « si c’est si bien que ça, ton machin, ben t’as qu’à me le démontrer. » Le foot le rock le ciné s’invitèrent – furent invités – au banquet républicain, et du coup si celui-ci était toujours banquet, comme le démontrent ce livre et mon commentaire il était déjà beaucoup moins républicain, et bientôt démocrate. Nous avons gagné la partie, car les choix et les chants du cœur sont dorénavant objets de pensée, il suffit pour s’en convaincre de lire « So foot » ou les « Cahiers du football », mais saurons-nous jamais dire assez notre gratitude à nos pères qui, contre la loi, l’exemple et la règle des leurs, nous auront autorisé à la jouer ? Ils nous auront évité, comme l’a dit un jour l’autre chiffre secret de la trajectoire de Bégaudeau, le destin de ces « enfants dont les parents n’auraient pas un lit assez grand sur lequel on puisse jouer ; leurs rêves alors se tarissent, l’espionnage y remplace l’aventure, et la hideur des polices la beauté ensoleillée des corsaires. »

    • @patricia:
      tu m’as juste coupé la chique, à peu près aucun être humain n’y était arrivé depuis 1973.

      ce qui me rassure dans ce que tu me dis, c’est qu’il y a un petit débat – feutré – entre François et moi sur la lisibilité de tous ces textes (l’opus fait 2 millions de signes…)
      A priori ton commentaire ainsi que celui d’autres sitistes irait plutôt dans mon sens ; c’est rude, mais ça en vaut la peine. Je retiens quand même ne serait-ce qu’à titre d’hypothèse, l’autre option : trop c’est trop.
      Selon Roger Daltrey too much of anything is too much for me
      (oui je sais c’est Pete qui écrivait tout on se calme les érudits rock)

      A ma décharge je (re)dirais qu’il fallait faire rentrer dedans Régis (pour faire chier François; comme il dit ça en fait t’étais pas obligé) et Jean Paul (pour respecter le programme du sartrobook) plus mézigue, contemporain/fidèle lecteur, sorte de petit bégaudeau moins bon en littérature (mais meilleur en foot, non mais) et que donc ce chapitre-ci est particulièrement torsadé (pour reprendre son mot)
      Pour ta peine (?), je te remets à toi z’aussi la VSV (very short version)
      http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-hot-line-notice-198-mai-2013-fran-ois-begaudeau-deux-singes-ou-ma-vie-politique-117778848.html

      Et l’Italie Patricia qu’en as-tu pensé ?

      en fait selon moi la pierre de touche tient un mot ; est-ce drôle ? Si oui c’est réussi; sinon c’est raté. point barre

      • @thierry saunier: Est-ce drôle ? Oui.
        Pour moi, parce que ton texte intelligent, informé,précis,n’est jamais alourdi par l’esprit de sérieux.Parce qu’on sent constamment ton plaisir d’écrire : tu t’amuses, parfois tu jubiles, et tu fais partager ce plaisir dans une sorte de distance faite de pudeur et de générosité.Parce que ton corps accompagne,remue,gigote sur le siège devant ton ordi,et qu’on sent une sorte d’invitation physique à te lire.
        Je ne te connais pas du tout, je suis peut-être complètement à côté, mais c’est ce que je sens en lisant ton texte.
        Drôle oui : j’ai souri tout le long.
        Pour l’Italie, prochain post : je vais relire.

        • @patricia:
          C’est assez incroyable que tu dises ça et en même temps tout à fait logique pasque franchement j ai passé deux années juste inouïes, en apnée absolue. Une irradiation, une plénitude physique, une incandescence – bonheur serait pas assez fort; jamais malade, jamais fatigué (des horaires de guedin), jamais de mauvaise humeur, jamais découragé, alors que comme tout le monde avant et depuis ça m’arrive. Vraiment étrange. Et à l’autre extrémité du prisme, jamais lassé de l’autodérision, de me vanner moi même, de servir encore et encore des dit-elle qui scandent cette prétention franchement statosphérique. Je sais pas ; brûlé de littérature, quoi.
          C’est bien simple je voulais pas, je savais pas, je pouvais pas m’arrêter; la toute première maille était à 200 000 signes, puis 600 000, puis 1 million , 1 et demi, 2 millions. Truc de ouf’.
          Si ca passe dans le texte, cette joie irradiante, ben je reprendrais juste les mots fameux de Thierry Roland le 12 juillet 1998.

        • @patricia:
          Un détail, mais en fait non; tout le premier jet est manuscrit. Après je tape avec incises, rajouts, corrections, etc. D’où, je crois, le truc physique que tu as si bien perçu.

        • @patricia:
          et enfin ; quand même, c’est Sartre. dans le genre qui te réveille et qui t’électrise de la tête aux pieds quand tu le lis, même 10 lignes, proprement insurpassable.

      • @thierry saunier: Ah, l’Italie !
        Je dois avouer mon insuffisance : Sartre,pour moi, c’est,avec beaucoup d’intérêt, son théâtre, Les Mots.J’ai lu Les Chemins de la liberté au cours de mes études,pour le plaisir,mais je ne les relirais pas. Et c’est un vieux bonhomme, perché sur un tonneau à Billancourt,distribuant La Cause du peuple,puis encore enlaidi par Le récit que Simone,la vache, a fait de sa fin – et comme je lui en ai voulu,de la scène des spaghettis à la sauce tomate dégoulinants,qu’il avalait sans plus les voir –
        Sartre c’était un tout intelligence ,et ce qui se lisait sur ses sens et ses sentiments me semblait artificiel: je ne pouvais pas faire le lien.
        Ton Sartre à toi, ici,c’est une fenêtre qui s’ouvre.
        Sartre et l’Italie .Un autre homme, dont j’aime bien ton idée du « prodigieux resserrement entre la patrie du sérieux et la contrée élective de la civilisation de loisir »,entre l’Allemagne et l’Italie.
        Tu nous le balades, ton Sartre,en si proche qu’on vous y voit tous les deux :quand « la ville englantée d’or et d’azur resplendit comme un matin du monde « ;quand tu dis que  » Sartre, c’est aussi un oeil neuf porté sur les choses et les villes fatiguées par tant de regards distraits. C’était Venise et Rome, les villes du loisir, de l’art, de la déambulation, et de la dérive. »,c’est aussi ton oeil neuf, tes déambulations,dans l’Italie et les écrits de Sartre.Tu y es tellement chez toi, si à l’aise,d’une curiosité si vive , si heureuse,si communicative,d’une connaissance si fine, si intégrée à toi, qu’on a l’impression de circuler dans l’Italie, dans Sartre, dans ton texte,de compagnie.
         » Nul n’investit si pleinement son esprit dans quelque cause transcendante, ou prétendant l’être, sans y jeter aussi son corps, ses affects, son sang, ses amours et ses désirs, son tissu existentiel, bref tout son être. »
        Pas de cause transcendante ici pour toi,mais,à nous transmettre,le goût d’un homme que tu as fréquenté en lecteur assidu, inlassable,enchanté.
        Ton rendez-vous avec lui, tu ne l’as pas manqué : et pour le partage, merci !

        • @patricia:
          D’habitude les messages qui me font autant plaisir sont des spams genre « ukranian girls want to meet you naked ».
          Heureusement, toi tu existes.
          En fait, ce que tu me dis, c’est exactement ce que j’ai voulu faire. Alors qu’ajouter ?
          ceci peut-être; ce week-end je lisais un texte de Maggiori qui disait « l’oeuvre de Foucault est un lieu de chantier, l’oeuvre de Sartre est plutôt un lieu d esviste ». ben ça me paraît très vrai pour MF; dicifiel d ele lire san être emabrsé,; sans avoir envie d’appliquer ses intuitions, ses hypothèses et ses méthodes à d’autres objets existentiels, à notre vie propre, bref de le continuer. (en moins bien mais ça on s’en fout)
          Mais ce que je voudrais, dans la mesure de mes moyens, ce’st monetetr que sartre ausi on peut l’utiliser ainsi, dialoguer avec lui, l’intégrer à nos propres pensées, à nos comportements, le compléter, l’ajouter, et aussi le contester. A la fois un classique de la littérature et de la philosophie contemporaine, et un contemporain, un grand vivant, un frère aîné.

          Quand à ce que tu as lu, c’est le plus courant, et sans doute le meilleur, du côté des littéraires. Si je puis me permettre, je recommande tout de même la préface d’Aden Arabie et Merleau-Ponty vivant. Dignes successeurs, d’ailleurs ironiquement antéposés, des « Mots »
          En 1960, Nizan, l’adolescence
          En 1961, Merleau, l’âge adulte
          En 1964, Les mots l’enfance.
          Juste merveilleux.

          • @thierry saunier: Oui je lirai ça !Je relirai aussi, avec « un oeil neuf », grâce à toi : merci !

          • @thierry saunier: « un lieu d esviste » : un lieu de quoi ??

          • @thierry saunier:
            D’habitude les messages qui me font autant plaisir sont des spams genre « ukranian girls want to meet you naked ».
            Heureusement, toi tu existes.
            En fait, ce que tu me dis, c’est exactement ce que j’ai voulu faire. Alors qu’ajouter ?
            ceci peut-être; ce week-end je lisais un texte de Maggiori qui disait « l’oeuvre de Foucault est un lieu de chantier, l’oeuvre de Sartre est plutôt un lieu de visite ». ben ça me paraît très vrai pour MF; difficile de le lire sans être embrasé, sans avoir envie d’appliquer ses intuitions, ses hypothèses et ses méthodes à d’autres objets existentiels, à notre vie propre, bref de le continuer. (en moins bien mais ça on s’en fout)
            Mais ce que je voudrais, dans la mesure de mes moyens, c’est montrer que Sartre aussi on peut l’utiliser ainsi, dialoguer avec lui, l’intégrer à nos propres pensées, à nos comportements, le compléter, se l’ajouter, et aussi le contester. A la fois un classique de la littérature et de la philosophie contemporaine, et un contemporain, un grand vivant, un frère aîné.

            Quand à ce que tu as lu, c’est le plus courant, et sans doute le meilleur, du côté des littéraires. Si je puis me permettre, je recommande tout de même la préface d’Aden Arabie et Merleau-Ponty vivant. Dignes successeurs, d’ailleurs ironiquement antéposés, des « Mots »
            En 1960, Nizan, l’adolescence
            En 1961, Merleau, l’âge adulte
            En 1964, Les mots l’enfance.
            Juste merveilleux.

            C’est mieux comme ça

        • @patricia:
          en même temps, j’adore cette histoire, je trouve qu’elle dit tout (de) Sartre.
          Il part en Italie avec ses pages blanches en octobre 1951, il a aucune idée de ce qu’il va y écrire. Bah il commence par ce qu’il a sous la main; Rome, Venise, en avant la musique.
          Là-dessus (mai 1952), les pigeons du brave Duclos, il rentre à Paris, lâche tout et se déchaîne. Pas inoubliable littérairement (surtout les parties 2 et 3) mais il fallait qu’il en passe par là.
          Onze ans après sa mort, on publie les fragments posthumes. Et tout le monde Cournot, Lambron, Del Buono, sans compter les sartriens, Marielle Macé, Campion, moi-même tout au bas de l’échelle, trouve cela merveilleux de littérature suprêmement intelligente et prodigieusement ductile.
          Y a tout Sartre là-dedans: le talent, l’intelligence, la générosité, l’exigence.

  9. Jérémy, pour le Boulingrin, j’étais au courant.
    « O tempo’a O mo’es », comme dit le pirate keubla dans Astérix. Ce à quoi le vieux lui répond : « à part pour la prononciation, tu fais des progrès »
    Première fois de sa vie qu’on dit à Jimmy Page qu’il a fait trop court. Et le pire (?)c’est qu’en plus c’est exact !
    Sinon voici la version courte de Deux S, sur mon blog, pour ceux qui seraient légitimement découragés par la longueur du papyrus.

    http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-hot-line-notice-198-mai-2013-fran-ois-begaudeau-deux-singes-ou-ma-vie-politique-117778848.html

    • @thierry saunier: Merci pour ce lien et cette lecture pleine d’incises nuancées.

      • @Jérémy:
        Moins de Régis, moins de Sartre, et moins de Saunier, mais toujours autant de François. la formule gagnante ?

        L’exo 7 a fermé ? je veux mourir !
        (ça fait deux fois en une semaine avce la retraite de siralex faudrait que je me calme)

        • @thierry saunier: « Siralex », j’avais pris le syntagme pour un mot et je croyais qu’une entreprise avait encore fermé. Enorme carrière de Ferguson et « une » rigolote du pas très délicat The Sun : pas de photos volées ou de nanas à poil, mais un sèche-cheveux. Je ne savais pas qu’il avait ce surnom. Ca devait chauffer sec à la mi-temps de certains matchs. Sinon, l’Exo 7 a fermé en juin 2010 et la dernière soirée fut mémorable. Je passe régulièrement devant le grand mastodonte vide que surplombe un énorme logo éteint (c’est à deux pas de chez moi).

          • @Jérémy:
            une entreprise qui a fermé c’est à la fois pas vraiment ça et en même temps complètement ça. C’est une définition possible de la littérature; être à coté de la plaque et pourtant jamais été aussi vrai, aussi près du vrai.
            C’est aussi pour ça si je puis me permettre un petit argumentaire en faveur de mon art poétique, guillemets de rigueur, que je laisse traîner des syntagmes agglutinés et de demi-clins d’oeil, que 4 personnes au monde peuvent piger from head to toe, au risue de me faire accuser de crypté, alambiqué, compliqué. C’est pas grave c’est même marrant; les malentendus sont souvent rigolos et parfois constructifs.
            Juin 2010, juste avant Knysna; quelle année décidément…
            elle est toujours en face du palais de justice la FNAC ?

          • En effet, la FNAC est toujours à l’Espace du palais, en sous-sol, face au Palais de Justice.

            Oui, certains syntagmes agglutinés ont une force poétique. Exemple : « Hommpolitique » me paraît un signe très fort, repose sur un signifiant formellement évocateur -le « e » du mot « homme » se trouve dévoré par le terme qui suit-. Et hop, une représentation surgit en moi : un individu quasiment avalé par sa vocation politique ou incapable de se dissocier en tant qu’individu des choix idéologiques auxquels il a souscrit.

    • @thierry saunier: merci pour le l’article et l’adresse du blog à visiter.
      Je note ici une petite histoire de singes que chacun pourra transposer ou pas.
      Au début des années 60, un éthologiste américain ( étudie le comportement des animaux) place deux fausses mères côte à côte dans la cage d’un bébé macaque afin d’étudier la théorie de l’attachement. L’une est en métal, elle est pourvue d’un biberon; l’autre est en fourrure et réchauffée artificiellement, mais elle n’a pas de biberon. Durant plusieurs jours, malgré la faim, le petit singe choisit la seconde mère préférant sacrifier ses besoins alimentaires à son besoin de contact. Ben voilà.

      • @Acratie:
        Quelle histoire merveilleuse. On peut la rapprocher, et c’est fait pour, de la nôtre, qui allons sur begaudeau.info qui nous rapporte rien sauf des neurones en ébullition (ce qui est tout le contraire de rien, you fool) au lieu de betclic.fr où c’était quand même pas sorcier de se faire un peu de sous en pariant sur la victoire de Chelsea. L’homme ne vit pas que de pain, comme disait l’autre.
        Un bémol quand même; ça nous plaît, mais ça nous plaît même tellement que ça doit être mis en doute précisément pour ça.
        Ca me fait penser à Wadjda film merveilleux, mais tellement raccord avec ce que nous pensons tous qu’il est sain de justement s’interroger là dessus.

        Sinon, première fois de ma vie que j’étais parti pour faire mon cuistre habituel et que je m’autocensure; serais-je sur le chemin de la guérison ?

        • @thierry saunier: C’est une histoire cruelle aussi. Pôve tite bête.
          J’y ai vu une mère nourricière : la politique,
          et une mère adoptive : tout le reste
          le petit macaque choisit d’instinct.
          J’ai pensé à cette expérience en lisant Deux singes.

          • @Acratie:
            Yep.
            Et nourricière, plus ou moins quand même selon, there you go again, la génération ; Régis, il mourra sans savoir qu’on peut passer à l’écart de la politique, parce qu’il a été nourri, construit, mythologisé ainsi. Parce que jusqu’à la fin de ses jours, il aura une petit pulsion érotique, chaque fois qu’en ouvrant radio ou télé il entend le phonème « Mélenchon ».
            Chacun son érotique, ma foi.
            « Les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leurs pères »

  10. Pour Jérémy.
    Suis je au bon endroit ? bref.
    enfin
    quelqu’un qui me dit pas c’est de qui « Ramble on » ?
    C’est kekchose, quand même isn’t it ?
    Quand à l’immersion, en effet c’est une expérience magique, avec quelques menus inconvénients du côté de la vie sociale
    il a été réélu, Sarko ? pi qui c’est qu’a gagné L’Euro ?

    • j’étais pas au bon endroit m’en doutais.
      C’était pour jérémy.

      • @thierry saunier: Message reçu ce jour : je réécoute « Ramble on » en tapant ce message. Oui, c’est quelque chose : ça faisait longtemps que j’avais pas réécouté Led Zep’. Ca ferait remarcher un grabataire, cette musique. Un seul défaut : morceau trop court. Sinon, Sarko pas réélu : entre deux conférences lucratives, il surfe sur begaudeau.info, mais n’a pas encore osé poster. Peut-être une rencontre au sommet entre lui et François, on ne sait pas. L’Euro a été gagné en l’absence de Thierry Roland par une équipe vachement sympa qui la joue vraiment collectf.

        • @Jérémy:
          Sympa on peut s’absenter (ou avoir des absences mais ça c’est mon quotidien), y a tjs des gens pour vous reconnecter
          J’ai trouvé la devinette : c’est le Burkina Faso.
          Il a changé de sport Thierry Roland il suit le hand ?
          Quant à Sarko, l’un des mérites du sartrobook (qui selon certains n’en a aucun autre) était de m’avoir tenu à l’écart de son agitation.
          Au hasard je pronostique quand même que son successeur – surtout si c’est DSK -, doit pas faire des merveilles…
          Rip (R.I.P. ?) Van Winkle

          • @thierry saunier: Comme le dirait Jean-Michel Larqué, Thierry Roland a rejoint « la grande prairie ». DSK est promis à une grande carrière romanesque en tant que personnage. François Hollande a embauché Aurélie Filipetti, dont l »un des bouquins -« Un homme dans ma poche »- attend d’être lu, près de ma table de chevet. Pour le reste, attendre le film de Rotman, peut-être…

          • @thierry saunier: Led Zep’ au Bouligrin, encore moins incongru qu’Iggy Pop à l’Armada. Mais le Boulingrin n’accueille plus des concerts, je crois. Juste des bagnoles et le marché.

          • Ouais la diiefrence netre Natnes et Roeun probablement

          • @Acratie: A Rouen, on a le 106 qui a récupéré le créneau des musiques actuelles du mythique Exo 7 (dont la fermeture a été une douleur pour un paquet de gens de ma génération -que de souvenirs là-bas !-). Je ne suis jamais allé au 106. Il paraît que c’est bien. Je ne sais pas comment ça tourne à Nantes.

          • et bien Jérémy si tu passes par Nantes il y a quelques salles rock à visiter :
            le ferrailleur
            la scène michelet
            le stakanov
            stereolux (salle mini)
            la barakason
            le rond point
            le l’art scène
            … je te parle même pas du Zénith.
            Tout cela selon ma fille plus fiable que moi sur ce coup.

          • @Acratie: Merci pour tous ces noms. Je les emporte pour mon prochain périple à Nantes (aime bien cette ville).

          • @Acratie: Ah non, pas du tout, merci pour le lien ! Je suis en train de regarder. Ils ne se produisent pas sur Rouen ces mois-ci, dommage.

          • @Acratie:
            Ouais la diiefrence netre les princes du rock et , je ais a

          • @Acratie:
            tain c’est quoi ce délire ?
            Bonjour, l’éjaculation précoce, contre laquelle mon horoscope m’avait pourtant mis en garde. Whatever.
            je disais : la différence entre les princes du rock et je sais pas moi diderot, c’est qu’on peut toujours attendre que les premiers se re re-re-forment…
            Led Zep au Boulingrin, j’hallucine, Jérémy, le saut dans le passé…

          • @Acratie:
            tain ça c’est pas sympa ! J’ai rien fait m’sieu c’est la babasse qu’a cliqué toute seule je l’jure sur le tête de Jean d’Ormesson. Elle a dû m’identifier comme un proto digital; garce, tiens.
            Sinon Acratie, à part l’orthographe – améliorable – c’est ‘zactement ça.

          • @Acratie:
            la salle c’est bien mais Led Zep dedans, c’est mieux…

  11. Merci Thierry. Ton écriture fait pénétrer dans l’écriture-même de Deux singes et j’ai « déroulé le papyrus » avec la même allégresse et la même gratitude que j’ai eu à lire le livre. Une sorte de prolongation du plaisir. J’aurais aimé avoir lu Loués soient nos seigneurs pour saisir le parallèle mais peu importe, établir une relation entre les livres de deux auteurs que rien ne rapproche a priori m’a rendu curieuse de ce que tu pouvais en dire. C’est toujours un bon signe, un élan, qu’un texte ouvre sur d’autres textes.
    Je partage ce que tu écris à propos du retour sur 77 que je trouve fulgurant, lumière qui arrive comme ça à la fin du livre genre laser, et je me suis arrêtée aussi à ce que tu écris sur le dernier chapitre qui a beaucoup troublé ma lecture. Je te copie un post de François sur Dis-moi que je te dédie sans sa permission, tiens : les auteurs qui nous touchent sont ceux qui pensent clairement donc formulent clairement ou savent formuler clairement, éclairant la pensée.

    • @Acratie:
      Acratie, c’est juste merveilleux comme pseudo. beau et simple à la fois. le beau est toujours simple. Ouais, c’est un aveugle qui parle des couleurs, là…
      Loués soient nos seigneurs est un livre qui est à la fois le meilleur de RD (super bien écrit dans le genre lourdingue un peu comme moi), très intéressant et… éminemment contestable.
      Comme tout le monde l’a compris dorénavant sur ce forum, mon but essentiel avec cette comparaison était de faire chier François. Après, il y a (quand même) un point commun : il s’agit d’une autobiographie politique. Mais c’est pas la même vie, c’est pas le même style, c’est pas la même génération et c’est pas, bien sûr, et encore heureux, la même politique.

      Oui, je pense qu’il y a quelque choe de vraimenr fort dans Deux S quant il revient sur 77 avant de conclure.
      C’est si beau et si réussi qu’en fait ça porte probablement préjudice au dernier chapitre. On a un peu l’impression de la résolution de l’histoire « le fil doux le fil électrique le fil politique » et que la vraie conclusion n’est pas aussi indispensable – moins forte en tout cas. C’est peut-être injuste. Faudrait que je relise.
      Merci pour la citation, d’autant plus qu’il y a un débat qui n’est pas tranché, auquel vous contribuez tous, de cela je vous remercie; le sartrobook n’est-il pas trop alambiqué/torsadé ?
      A ma décharge, je dirais que ce sont pas deux échantillons si représentatifs que ça.
      A suivre, forcément.

  12. Merci et bravo à Thierry Saunier. Grâce à lui, le printemps s’invite même sur le site.
    Passionnants, ces textes sur les modalités d’écriture. C’est bien mastoc aussi, tant ça brasse l’essentiel en détails. Un moment, j’ai eu l’impression de lire des textes sur un papyrus qui n’en finissait jamais de se dérouler.
    Des choses m’ont échappé, c’est certain mais, en tout cas, que c’est fin, séduisant, revigorant, de construire un pont sinueux et solide entre le texte abouti de Deux Singes et celui inachevé de Sartre.

    • @Mina: Je suis d’accord. C’est de l’analyse brillante, foisonnante, roborative à souhait, traversée par une énergie évidente.

      • @Jérémy:
        Je me sers comme un vrai proto digital de ces fonctionnalités simplissimes.
        Bref.
        Je vous dis la même chose qu’à Mina, Jérémy ;
        C’est rêver tout éveillé que de lire ça dans les marges de ce que l’on a griffonné.
        Merci donc notamment, pour le mot énergie évidente. ajoutons, c’est bien le moins que lire Sartre comme je l’ai lu, ses oeuvres complètes sur vingt ans, puis à nouveau ses oeuvres complètes sur vingt mois, est un catalyseur d’énergie qui n’a pas d’équivalent sauf à écouter « Ramble On » à en faire trembler les murs.

    • Chère Mina,
      A un moment donné dans le monstrosartrobook, je parle d’un « lecteur idéal, celui que chaque gribouilleur porte dans sa besace et qui le dédouane de tout ».
      Ca doit être une lectrice en fait, et ça doit être vous.
      (Je suis peut-être moi-même celui de François, c’est bien m’avancer, ça…)
      Vous avez la gnaque en plus, perso jamais je lirais 50 000 signes sur un écran.
      Pour le papyrus qui n’en finit pas de se dérouler vous n’avez jamais dit aussi vrai (sauf peut-être le jour où vous avez dit  » A bas Arsenal, vive Manchester United »), puisque le Monstre fait 2 millions de signes donc 20 fois ça.
      Peu de choses vous ont échappé à coup sûr, mais s’il y a en qui vous interpellent, posez la (les)question(s), et je répondrai (sauf s’il y a match).
      Un point pour finir; le projet autobiographique de Sartre n’est pas réellement inachevé. Certes, « Les mots » s’arrête à l’enfance, avec de multiples et merveilleuses passerelles vers le moment où il l’écrit, 58 ans, mais la préface de Nizan (1960)décrit son adolescence, et « Merleau-Ponty vivant » (1961) qui est une oraison funèbre, quel déconneur ce Sartre, retranscrit son âge adulte.
      Bref son projet est achevé, simplement disséminé différemment. Littérairement ces trois textes sont somptueux.
      Comme François l’a très bien dit dans sa présentation, Régis c’était pour le faire chier, c’est réussi apparemment, le rapprochement avec Sartre est beaucoup plus fondé.
      Merci encore à vous, ça me donne du baume au coeur
      (François soupire en lisant ça :  » et qui c’est qui va se taper@Mina: les prochains trois millions du graphomane… »)

      • @thierry saunier: C’est bien trop d’honneur, cher Thierry, de m’élire lectrice idéale, mais je prends.

        Concernant Sartre, oui, on est bien d’accord. Je parlais plus précisément de ta référence à La Reine Albermale ou le dernier touriste, en fait.

        J’ai encore jamais dit « Allez MU ». Mais ça pourrait venir un jour.

        • @Mina:
          Il aurait fallu censurer la dernière phrase, l’horrible gunner à la gloire duquel ce site est dédié va encore me charrier.
          On s’en fout, on est champions.
          En tout cas sache d’ores et déjà que ce jour à venir sera le plus beau jour de ta vie.
          C’est vrai que « La Reine Albemarle » n’est pas le texte le plus connu de Sartre. Introuvable en poche par exemple.
          Les plis et replis de ce chapitre sont redépliés plus loin dans le sartrobook
          voici par exemple la vignette (3000 signes, autrement dit pour moi la quasi mutité) sur « La reine »
          Si mon monstrotruc est bien foutu
          ça doit répondre à toutes tes questions :

          Jean-Paul Sartre
          La reine Albemarle ou le dernier touriste

          La reine Albemarle ou le dernier touriste est peut-être le plus réussi, et sans contredit possible le plus littéraire des posthumes de Sartre, nombreux à faire craquer douze bibliothèques. Paru en 1991, où il écrasa sans peine L’ennemi déclaré, recueil d’articles et entretiens politiques dans l’ensemble pas inoubliables de Jean Genet, il avait été commencé par Sartre tout juste séchée l’encre du manuscrit du Saint Genet comédien et martyr, et advenue la première, à risques, du Diable et le Bon Dieu – et brutalement interrompu en mai 1952 pour cause de fièvre communisante carabinée. Un texte, ce sont aussi des circonstances, des séquences, une époque. C’est vrai pour lui-même, qui le porta à la puissance théorique, c’est vrai aussi pour tout autre.
          La reine Albemarle a donc été commencé en octobre 1951, et délaissé quelques six mois plus tard pour de plus urgentes tâches, ou jugées telles. Evidemment, à lire dans la foulée les longs, lents et lourds Communistes et la paix, et ce texte somptueux, délié et aérien, qui en aura été la victime consentante, le premier réflexe est de se dire : « Ach ! Politik, gross malheur ». Peu importe : tels quels, ces rogatons sont des morceaux de roi.
          Il s’agit d’une déambulation capricieuse et buissonnière, dans l’Italie aimée : Naples, Capri – vite -, Rome et surtout Venise sont les étapes de ce périple enchanteur. Deux extraits en étaient parus en 1953, qui sont les diamants de ce collier de perles : « Certainement, la ville se plaît à retrouver dans le ciel d’or ce qu’elle a gagné sur mer, mais à la condition qu’il reste broché au-dessus d’elle comme le chiffre épars de sa grandeur ou que l’été le brode en foudre emblématique sur les lourdes tentures vertes qu’il laisse tomber jusque dans le Canal. »
          C’était justice, mais aussi astuce que d’insérer ce texte – réagencé – dans le volume de la Pléiade des Ecrits autobiographiques : en effet, Sartre ne serait pas Sartre s’il ne détruisait pas de l’intérieur le genre littéraire qu’il illustre et domine, l’autobiographie pour Les mots, ici le récit de voyage. Insurpassable sur le plan de la somptuosité littéraire, La reine Albemarle est aussi, comme son titre alternatif l’indique, manière de faire passer la mythologie du séjour exotique dans « un petit bain d’acide critique ». L’antitouriste, c’est à la portée de tous les regards, de toutes les cervelles : c’est le tourisme qui s’examine, sans complaisance, s’abandonner à diverses mythologies toutes prêtes à l’usage, qui l’attendaient. Telle est bien la séduction la plus immédiate de Sartre : jeter, sur les choses du quotidien, une regard à la fois ingénu et suprêmement roué, regard qui rafraîchit de façon délectable tout ce qu’il considère et embrasse.

          • @thierry saunier: Merci pour la friandise, Thierry.

          • première fois de ma vie qu’on m’appelle friandise. décidément ce site est full of surprises.

        • @Mina:
          Trop tard maintenant pour crier Red devil till I die.Y a pu qu’à se coucher et à attendre la mort.
          Jamais été si triste depuis la mort de Keith Richards.

  13. J’aime bien le style d’écriture de Thierry Saunier, imagé par moments, chez qui l’on trouve, au détour de phrases parfois tourbillonnesques, des traits d’humour qui renvoient à des éléments très concrets.

    Concernant le texte sur Deux Singes, je trouve intéressante cette mise en parallèle de deux livres, dont les auteurs ont eu la même démarche littéraire, alors que leurs styles d’écriture sont différents, et qu’ils n’appartiennent pas à la même génération. Outre les personnalités opposées des deux écrivains, je pense que l’aspect générationnel joue un rôle important, et peut expliquer en partie les divergences de points de vue. La manière dont Thierry Saunier présente la ressemblance entre les deux livres pourrait laisser penser que la base d’écriture de Deux singes serait influencée par Loués soient nos seigneurs, mais que le déroulement de Deux singes en serait en fait un contre-exemple. Même entre guillemets, le terme « intellectuel » est un peu perçu comme une offense, comme pour montrer que ce terme est trop facilement utilisé pour qualifier les hommes de lettres, d’une manière générale, alors qu’en fait, le sens de ce mot est plus subtil. Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que de la souffrance émane de ces livres, c’est plutôt la joie qui est présente. Thierry Saunier présente un peu la passion politique et littéraire, qui est animée par la parole, comme un marathon : à la base, une éducation familiale libérale, l’excellence scolaire comme élément déclencheur, puis l’enseignement comme suite logique, voire comme vocation, enfin le lancement dans le métier d’écrivain comme aboutissement, assimilable à une création d’entreprise. J’aime beaucoup les phrases qui montrent le cheminement logique d’une idée, par exemple : « Il déverse des torrents de conformisme et des gouttelettes de singularité, mais toujours des océans d’encre. » ou « Ce n’était pas seulement le début de son intoxication politique, pas seulement la maladie, mais l’anticorps qui lentement fermentera dans ses veines. »

    Le texte Notre cœur tend vers le Sud, engagé (à l’image de Sartre), très bien écrit, construit sur une symétrie parfaite, qui est marquée par l’opposition entre une Italie libérale, symbole d’amusement, et une Allemagne austère, synonyme de contrainte, présente de manière claire et précise l’évolution de la carrière littéraire et philosophique de Sartre. Sans être familiarisé avec l’œuvre de Sartre, on parvient à suivre la logique de Thierry Saunier.

    • merci pour lui

    • @Delphine:
      que répondre, qu’ajouter seulement devant un résumé pareil ?
      c’est simplement remarquable.
      Vous êtes tous des champions.
      (Nb un joueur de foot argentin, ces jours derniers, a mis sur son compte twitter : « mais enfin qui est margaret thatcher ? »
      évidemment il s’est pris un max de posts moqueurs; ce à quoi il a répondu : « vous êtes tous très cultivés »)
      Delphine, c’est très bien senti, et très bien lu. Mais je ne serais qu’un faux-saunier si j’avais rien à ajouter.
      Ce qui me rassure surtout dans votre (ou ton) commentaire, c’est que mon style on va dire torsadé (prétentiard ferait la maille aussi) n’empêche pas, semble-t-il, la lecture.
      En fait il faudrait que ce soit antéposé par rapport à mon interminable logorrhée, mais ça bouleverserait la construction du site, laissons tomber.
      En fait il faut faire sa part à la mauvaise foi dans mon texte. Je l’ai comparé à régis parce que un peu, je voyais des similitudes dans les deux textes (à commencer par ceci : c’est chacun ce qu’ils ont fait de mieux) mais beacoup pour le faire chier. Les différences sont comme souvent quqnd ons deecne dans les détails, plus fractales que les ressemblances. Et la génération notamment, induit beaucoup plus qu’elle seule : le rock, le foot, le ciné-pop, toutes choses inaudibles pôur Régis, décisives (et tripales) pour françois (et pour moi, et pour au fond quiconque est né post-68) A commencer par celle là ; Régsi en a fait de la pltotiuqe et du lourd; militant, guérillero, haut fonctionnaire, conseiller du pirnce.
      C’est ça que je trouve particulièrement admirable dans la trajectoire de JPS ; il consonne et résonne beaucoup plus avec nous tous enfants du rock que Régis, resté classique-élitaire, pourtant né 35 ans après lui. Nick Carter et Pardaillan ce sont les Luke Skywalker et Jimmy Page de 1912; ils lui en ont mis plein la gueule, il s’en est, au sens propre, jamais remis.

      Allez c’est bon François, en fait tu ressembles pas tant que ça à Régis. J’ai dit ça pour faire le mariole. Mea maxima culpa.

      Sinon sur l’Italie c’est bien joué. En fait c’est la partie du sartrobook qui échafaude des hypothèses. (l’autre est sensé être plus près (!) des textes). Ca seraye cool si ça pouvait être le commentaire généralisé ; pas besoin d’être expert 100 % sartre pour capter. J’essaie quand même de mettre des faits à côté de toutes mes blagues et autres dégâts collatéraux. A suivre, Delphine ?

    • @Delphine:
      Le reste est parfait, mais l’écriture assimilable à une création d’entreprise, c’est charrié, là.
      C’est abusé, même, je dirais.
      La « PME textuelle de la rue Pernéty » ne doit pas t’égarer.

      Sinon c’est quoi des balises et des attributs HTML ?

  14. Thierry Saulnier, alter ego de François Bégaudeau ?

    • Non, pas du tout. Un ami littéraire, disons. Comme il y a des amis de boulot.

      • @François Bégaudeau:
        En mieux, donc, puisque quand on croise un ami de boulot dans la file d’attente chez Auchan, fatalement et quoi qu’on en aie on lui parle (entre autres) boulot, alors qu’un ami littéraire, si on considère notre échantillon, à 83,6 % on parle foot.
        pas sûr qu’on soit si représentatifs que ça, en même temps…

    • @Helene:
      mmmh, pas sûr que ce soit si flatteur que ça en ait l’air …
      Et flatteur pour qui, d’abord ?

      • @thierry saunier: bonjour thierry saulnier,
        c’est un plus que tu interviennes
        d’abord bravo pour ton texte, en particulier le parallèle avec le livre de Régis Debray
        pas trop réfléchi en écrivant « alter ego », ça me semblait une évidence
        pas trop réfléchi, donc pas d’intention de flatter, en plus la flatterie c’est pas trop dans ma panoplie, pour ne pas savoir moi-même recevoir les compliments, qui m’inspirent immédiatement de la méfiance (un compliment appelle souvent la réaction « qu’est-ce que tu veux ? »)
        donc comme ça ne se voulait pas du registre de la flatterie, je ne réponds pas à ta deuxième question (flatteur pour qui ?)
        peut-être je devrais développer ce que j’ai voulu dire par « alter ego ». François écrit que ça fait 6 ans que vous correspondez et je me disais que ce texte reflète ce que peut donner une amitié de 6 ans, 6 ans d’échanges, ça rapproche, au départ on a des centres d’intérêt communs (foot, cinéma, littérature, culture générale, que des hypothèses), avec le temps on sait ce qui plait à l’autre (parler foot, faire des allusions à des films) et ce qui ne lui plait pas du tout (Debray en est un exemple)et on joue sur ces deux tableaux. ça c’est l’amitié, on se rapproche, au final il y a un peu de mimétisme. je me disais que vous étiez proches au point de devenir de plus en plus semblables et en même temps tu pourrais être à l’opposé de François : bêtement, il publie, tu cherches à être publié ; moins bête peut-être tu as une écriture très dense et allusive, François tend vers un style épuré, avec la nuance que c’est plus vrai dans ses livres que dans ses chroniques.
        de mon hypothèse d’alter ego je ne parle pas plus puisque François ne le voit pas ainsi. et toi ?

        • @Helene:
          l’ironie de la question n’était pas pour toi, moitié pour François, moitié pour moi-même.
          Tu as parfaitement raison plus même que tu ne le crois car le sartrobook a été de plusieurs façons influencé par François.
          Pour les hypothèses, c’est vrai sauf la culture générale; on est lui et moi – lui plus que moi ajouterait-il – plutôt partisan(s) de la culture sur le motif.
          L’histoire des publications n’a rien de bête, c’est factuel. Ca ne l’empêche pas de me lire, par générosité certainement, par principe démocrate ensuite (tout ça nous rapproche de Sartre il était pareil) et enfin parce que ça l’intéresse mes conneries. Ca l’amuse aussi, je crois.
          Quant au reste c’est fort bien vu, et notamment le fait que ses livres sont plus épurés que ses chroniques. Publics et objectifs différents, me semeble-t-il.
          Quant à moi la densité j ai rien à dire pour ma défense,(mais vous avez tous l’air de vous aérer comme des rois dans mon batyscaphe de malade) mais allusif si tu vois le post à Mina tu verras que la structure de l’ours déplie, sinon justifie, un peu cela. des chapitres allusifs, OK, sur 300 (ou 500) pages et des vignettes quasi pédagogiques sur 700 (ou 500). l’idée c’est ce qu’on n’a pas compris, ou qu’on ignore dans la Première partie, normalement (?) doit s’éclairer après.
          Si tu veux, fais le test avec Notre coeur tend vers le sud et la vignette sur la Reine Albermale que j’ai mis en réponse à Mina. Tu me diras si ça fonctionne. Pasque c’est ça l’idée.

  15. L’ironie du sort veut que le chanteur des bérus se prénomme François. Mais après tout c’est un prénom assez usité. J’en ai même un dans la famille, c’est dire.

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