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La première interview !

Nous reportons ici, avec la gracieuse autorisation du site Flute.fr une partie de la première interview donnée sur Deux singes ou ma vie politique.

Q : François Bégaudeau, Deux singes ou ma vie politique est un livre de 450 pages et on se dit, en le finissant, qu’il aurait pu être plus long.

FB : J’avais d’abord envisagé 726 pages, mais les délais d’imprimerie sont de plus en plus longs. Par exemple à l’heure où je vous parle (21 janvier, NDLR), le livre n’est pas fabriqué. Bon, il faut dire que ce livre a d’abord longtemps été un dessin.

Q : Un dessein ?

FB : Non, un dessin. Du verbe dessiner.

Q : Un dessin de quoi ?

FB : D’une guitare électrique. Manipulée par un singe.

Q : Où se trouve l’autre singe ?

FB : C’est une des questions du roman.

Q : A laquelle vous ne répondez que dans le dernier chapitre.

FB : Oui.

Q : C’est un animal que vous aimez, le singe ?

FB : Le tourner comme ça est faible. Il faudrait parler de fraternité. C’est étrange de se sentir très étranger à certains hommes et fraternels avec tous les singes. C’est mon cas. Je ne dis pas que je préfère les bêtes aux hommes. Je ne suis pas de ceux pour qui l’amour est la rampe de lancement de l’expression de la haine. Je n’écris pas des livres à la gloire de Camus dans le but de chier sur Sartre. Je ne me sers pas de l’amour des animaux pour dire ma haine des hommes. En somme je n’ai pas joué dans Et Dieu créa la femme. Je dis juste que les singes m’inspirent un sentiment de fraternité. Le livre est parti de là.

Q : Pourtant il commence par votre initiation à la politique.

FB : Ce n’est pas une initiation. C’est venu d’un coup, comme une passion. J’essaie de raconter comment se cristallise cette passion, et comment elle meurt. C’est un livre de psychologie.

Q : Le mot fait peur.

FB : Livre ?

Q : Non, l’autre.

FB : Je ne vois pas.

Q : Je n’ose pas l’écrire.

FB : Psychologie.

Q : Le mot fait peur.

FB : Comment la pensée pourrait-elle se pratiquer autrement que sur un mode psychologique ? Les idées sont des phénomènes affectifs. Ce livre est l’étude de mon fonctionnement libidinal.

Q : Vous allez loin.

FB : Non.

Q : Si, un peu.

FB : Non, vraiment pas.

(Un serveur nous interrompt. François Bégaudeau lui fait sèchement remarquer qu’il vient de nous interrompre. Nous reprenons)

Q : On lit un ce livre comme un polar. Sauf que l’objet de l’enquête c’est vous.

FB : Mon éditeur a dit pareil.

Q : Avec une sorte de solution à la fin.

FB : Oui.

Q : Vous croyez vraiment qu’on puisse s’élucider soi-même ?

Fb : Je crois que ceux qui prétendent que non sont des paresseux qui reculent devant la tache de s’élucider. Ou alors ils aiment le brouillard. Ou alors je ne sais pas. Ou alors ils surestiment leur complexité. Ou alors ils préfèrent leur fable à la vérité.

Q : La vérité, c’est très relatif comme notion.

FB : L’idée que la vérité soit une notion relative procède d’un calcul affectif que j’analyse au chapitre titré « 98 ».

Q : Qui est le chapitre central.

FB : Oui, à tous les sens du terme.

Q : Vous dites à un moment que ce livre aurait pu s’appeler : Comment je ne suis pas devenu Julien Coupat.

FB : Mais aussi : Comment je ne suis pas devenu Olivier Besancenot. Mais aussi : Comment je ne suis pas devenu Philippe Garrel. Mais aussi : Comment je ne suis pas devenu Henri Guaino. Mais aussi : comment je ne suis pas devenu Jim Morrison

Q : Vous n’êtes pas non plus devenu Kim Shattuck.

FB : Si. Le livre se tient dans la tension oxymorique du célèbre « Deviens ce que tu es ». Je suis devenu ce que j’étais. Comme j’étais un peu Kim Shattuck, je la suis un peu devenue.

Q : Vous avez souvent dit que vous aviez du concept de devenir-femme une « mécompréhension intime » (par exemple dans le Transfuge n°38)

FB : Oui. Ce concept m’échappe et à la fois je le comprends comme si c’est moi qui l’avait soufflé à Deleuze.

Q : Deux singes revient aussi sur vos aveuglements communistes.

FB : Le livre sera réduit à ça par ceux qui n’en liront que 100 pages. Cette affaire de communisme est anecdotique. Ce qui m’intéresse c’est la passion politique en tant que passion viriliste, phallocratique, coercitive. Et comment on s’en déprend. Ce qui m’intéresse c’est la vie du corps. C’est la psychologie.

Q : Le mot fait peur.

FB : Anecdotique ?

Q : Non, l’autre.

Pour lire l’ensemble de l’entretien :

http://www.youtube.com/watch?v=31amCrgicbI

 

4 Commentaires

  1. Interview ou l’art du teasing. Treize jours, ça devrait être gérable.

  2. pour le coup cet entretien est psychologiquement pas qu’une partie de plaisir
    .mi-décembre, j’avais trouvé ces lignes:
    lignes

  3. Dis-moi François, il y a quelques mois, au sujet de ton nouveau roman « Deux singes ou ma vie politique », tu disais que tu avais eu du mal à l’écrire, que ça t’avait pris du temps (deux ans, me semble-t-il), parce que, en faisant une introspection sur toi-même, tu n’arrivais pas à te fixer, ça changeait sans cesse, tu passais d’un état d’esprit à un autre, au fil des années, je pense, puisque ce livre semble retracer ton état d’esprit en fonction des divers événements qui ont jalonné ta vie et qui t’ont fait penser ou agir de telle ou telle façon. En finissant d’écrire le roman, as-tu eu l’impression de « sortir du brouillard » ? Dans l’interview ci-dessus, tu dis avoir trouvé une « sorte de solution », mais s’agit-il de la « vraie » solution, ou est-ce plutôt une solution pratique, un peu comme quand on dit que l’on s’est fait une raison ?

    J’aime bien le côté psychologique évoqué dans l’interview ci-dessus, parce que ça donne l’impression qu’il est légitime de passer d’un état d’esprit à un autre en fonction des différentes parties de sa vie. Il semble normal de ne pas voir les choses de la même façon à 20, 30, 40 ans, … Par exemple, il arrive de se demander pourquoi l’année dernière, on avait telle conception des choses et pourquoi, cette année, on arrive à relativiser ces mêmes choses plus facilement.

    D’autre part, par rapport à la moyenne pour écrire un roman, deux ans est-il vraiment une longue période ? Indépendamment du nombre de pages d’un livre, est-il plus facile, et donc plus rapide, d’écrire un polar (pas spécialement psychologique), par exemple, qu’un livre psychologique, qui oblige à prendre en compte d’autres éléments que les faits concrets ? Cela t’a-t-il paru difficile d’être concis pour passer de 726 pages à 450 pages ? As-tu eu l’impression d’être obligé de laisser de côté des éléments qui t’avaient paru à première vue essentiels ? D’ailleurs, penses-tu avoir naturellement l’esprit de concision, ou cela te demande-t-il un effort sur toi-même et sur ton style d’écriture ? D’après les livres et les articles que tu as écrits et que j’ai lus, j’ai l’impression que tu arrives à dire en un minimum de mots des choses chargées de sens, voire puissantes. D’alleurs, il y a quelques temps, j’entendais dans une émission que les livres volumineux ne sont pas forcément les plus intéressants (attention, attention ! je ne dis pas du tout cela pour ton nouveau roman), et j’ai été assez d’accord, en pensant aux livres de Gaëlle Bantegnie et Joy Sorman, qui ont le mérite, je pense, d’être concis mais puissants. D’ailleurs, dans « Voyage à Bayonne » de Gaëlle Bantegnie, je trouve que l’on retrouve un côté psychologique (t’aurait-elle inspirée) ?

    • Oui tu as raison,deux ans pour un livre c’est finalement ni peu ni beaucoup. C’est à mon échelle que c’est plutot long. Tous les autres se sont écrits sur un an maximum. Je dis « sur un an » parce que c’est bien de ça qu’il s’agit : on n’est pas tous les jours dessus, on laisse même parfois reposer pendant un mois ou deux (par exemple il y a cinq mois où je n’ai pas touché à Deux singes pour écrire Au début). Deux ans c’est la durée qui s’étire entre le premier jour où on se met au travail et le jour où on y touche pour la dernière fois. Donc en l’occurrence : avril 2010-septembre 2011.
      Quand je parle de difficulté, c’est avant tout lié au fait que ce livre s’astreint à élucider des choses, et qu’il ne se permet pas la marge de manoeuvre fictionnelle pour le faire. Par ailleurs l’écriture de ce livre posait des problèmes de structure que je pourrais expliciter une fois qu’oil aura été un peu lu.
      (726 pages c’est quand même un peu une blague)
      Sur la concision, je ne peux pas nier que ce soit une obsession quand j’écris. Pour des raisons à la fois esthétiques et éthiques que j’ai essayé d’expliquer ici ou là.

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