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T’as pas fini de m’ entendre parler

Début 2008, les producteurs des ateliers radiophoniques de France Culture me proposent d’en concevoir un. Ils mettent à ma disposition les archives de Radio France, et une monteuse pour fabriquer l’objet sonore. Comme on est à quelques mois des 40 ans de mai 68, ils me suggèrent que ça pourrait être une piste. Je dis : bonne piste. Le résultat sera diffusé à la fin du mois de mai de cette année là (je pèse mes dates), dans l’indifférence générale, comme tout ce qui se fait en matière de fiction radio. Le site continue donc son travail de sauvetage d’orphelins.

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32 Commentaires

  1. Un vrai syncrétisme radiophonique (musiques, reportages journalistiques, bruitages…) dont je retiens -entre autres- un motif : la circularité. A travers le dialogue initial, très vif -façon stichomythie-, qui achoppe sur le signifiant : « 68 », rembobine, rejoue la scène, affine la perception de l’événement. « Qu’est-ce que tu vois ? » insiste François.

    On entendra surtout, mais ce ruban sonore déroule aussi un film mental où ce qui innerve mai 68 parfois bien en amont-jusqu’aux années 30, le blues qui sonne la révolte- et ce qui le prolonge en aval forment un continuum, le refus d’une clôture, comme un processus sans cesse recommencé de joyeux bordel à travers ses différents avatars : « L’histoire d’un mec », les radios libres… pour dire que mai 68 ne se dilapide pas, ne s’étiole pas, se réactive même par la simple mise en scène discursive de ce qui le constitue : énergie, désordre, désir. Et du discursif, il y en a dans cette oeuvre radiophonique : une proposition en appelle une autre et la fiction prend très joliment le relais : l’ouvrière insurgée qui ne veut pas retourner au travail bondit sur le sautoir de Mexico. D’ailleurs, François nous le dit : « elle s’est envolée ». Comprendre, elle n’est jamais retombée.

    Insaisissable comme cet éternel mois de mai.

    • Hé, vous connaissez ce podcast ? Je viens de découvrir mais peut-être que tout le monde l’a déjà écouté et que je débarque. Alors méfiez-vous les 2 premières minutes, un type chuchote et fait le mystérieux pour vous décourager d’écouter, on dirait une parodie de Francecu par Éric&Quentin. Il m’a mis mal à l’aise ce con, mais après c’est trop bien.
      L’intensité de Wonder, les Sex pistols, les femmes qui se libèrent qui vont sur la lune, NTM, dechezdegaulle, les poules, les hommes calmement pédagogues autour de Wonder « c’est pas fini c’est une étape » « c’est une victoire ils ont reculé », les mégaphones, Aretha, le flow des deux potes qui se met en place, leur voix l’une sur l’autre, j’ai bien accroché au rythme de tout ça.

      La meuf qui parle vers 28:13, c’est Jeanne de la fin de l’histoire ? Je l’ai pas reconnue immédiatement à cause de la diction 70’s qui m’a mis le doute. Mais en fait c’est logique, elle a baisé, elle s’est plus jamais arrêtée. jusqu’à aujourd’hui. C’est excitant la diction année 70’s, je vais m’entrainer à la faire, ça complètera ma vaste panoplie d’imitations composée de Vincent Delerm, l’accent chinois, Bourvil, pleins d’animaux et Fred (un copain).

      François, en écoutant cette émission, je me disais que t’écrivais des trucs réalistes, tellement réalistes que fantastiques parfois. Je pensais au réalisme de la blessure, la vraie puis sa fin fantastique (je suis pas convaincue du terme « fantastique » mais je trouve pas mieux, vous voyez quand même ce que je veux dire ?). Je pensais à Molécules (vision fantastique insufflée par Didier), à cette émission radio (le témoignage de Wonder qui me prend toujours à la gorge puis qui saute jusqu’à Mexico et sur la lune). J’en trouverais aussi dans d’Ane à zèbre si je cherchais 3secondes et demi. Je sais pas trop analyser la coexistence de ces deux modes, ni même les nommer clairement. Mais ça se passe comment à l’écriture ? C’est comme si tu scrutais le réel et à un moment tu zoomes tellement que ça devient fantastique. non ? Je délire toute seule ?
      Je m’étais aussi fait la remarque de la coexistence naturelle entre réalisme et fantastique en voyant la Chasse au lion. probablement ton meilleur film.

      • « C’est comme si tu scrutais le réel et à un moment tu zoomes tellement que ça devient fantastique. non ? Je délire toute seule ? »
        tu délires rien du tout, tout est dit
        ou plus généralement : le réel EST fantastique, est étrange disons, pour peut qu’on veuille bien s’y arrêter
        c’est bien pourquoi dans mon meilleur film -avec Deer hunter, où j’ai eu le final cut-, un énoncé comme « le chasseur demande pardon au lion pour l’avoir tué et pour libérer son âme » ne me parait pas du tout plus étrange ou fantastique que… le lion. Un lion, c’est fantastique. Comme une hyène. Ou un moustique.
        L’art serait : le réel rendue à son étrangeté (à son intensité, à sa grandeur, à sa cruauté) par sa saisie dans une phrase, un trait de peinture, un plan.
        (regarde le film des straub sur Cezanne + une visite au Louvre : tout y devient clair)

        • J’ai pataugé dans ma formulation foireuse mais voilà c’est ce que je voulais dire. Même la hyène me paraît étrange, ce sang rouge opaque qui ne se mêle pas à l’eau boueuse, ses coups de gueules pour choper la flèche, le seul fait qu’elle vive encore, c’est fantastique. Côté-spectateur, ce qui se passe me paraît clair, mais côté-écrivain ça me questionne encore. Je retourne à la pataugeoire :
          dans tes bouquins, comment tu crées cet étrangeté ? Dans Molécules, tu penses à la structure du roman avant d’écrire en te disant « à ce moment-là, je vais aller dans le fantastique » et tu crées le perso de Didier exprès pour ça ? ou tu crées un langage propre à Didier, et c’est ce langage, ces torsions de phrases qui t’emmènent dans le fantastique ?
          Il n’y a pas que Didier pour amener de l’étrangeté au réel dans Molécules. Je prends juste cet exemple là parce qu’il me semble éloquent, facile pour moi.

          Merci pour le conseil Cézanne-la visite au louvre, on va chercher ça.

          • Le plus beau de l’écriture, c’est le pouvoir de créer de l’étrange en très peu de mots. Il suffit parfois d’une phrase, ou d’une légère torsion de sens. Il suffit d’un type à qui il manque un bras, et à qui il manque toujours un bras à sa seconde apparition, sauf que cette fois c’est le gauche (Entre les murs)
            Il suffit du médaillon en pendentif de Ti’paul de la blessure la vraie. Le narrateur l’ouvre, et trouve une photo de lui. Ca tient en une phrase. Qui restera sans suite dans le roman.
            On trouvera pas mal d’exemples comme ça. Flup, dans Vers la douceur, est constamment en lisière du fantastique -d’ailleurs pour moi le fantastique est toujours une lisière. En général je m’en tiens là, à des touches. Sinon finit par se créer un univers fantastique, ce qui m’intéresse beaucoup moins. La quatrième nouvelle d’Au début est un récit fantastique dans les règles de l’art, par exemple, mais j’essaie de tenir jusqu’au bout la possibilité de ce qui est conté -comme dans ma nouvelle vampyre
            Une petite nuance sur Didier. Didier n’est pas un personnage fantastique à proprement parler. C’est un autiste, ou quelque chose comme ça, et à ce titre son comportement est juste atypique, hors des clous de la rationalité courante. Ce qui n’empêche qu’à partir de lui se décochent quelques flèches fantastiques, par exemple son omniscience. Mais un élément plus strictement fantastique serait le Momo, gardien du lac, de la fin. Ou, plus surement encore, le personnage du médium, qui, tout charlatan qu’il soit, avait quand même vu le blanc. La capitaine qui va le voir pour en avoir le coeur net en repartira avec le coeur pas net. Question en suspens. Fantastique.

          • Merci de ta réponse. Quand tu présentes le médium comme « le Grec », c’est un détail un peu ironique, mais ça lui donne une aura mystérieuse, étrange, c’est le tout début du fantastique peut-être. Comme le lion qui s’appelle l’Américain d’ailleurs. Ce nom lui donne une aura mystérieuse mais c’est aussi ironique. Les deux à la fois.
            Pour Momo, j’entends parler de lui en début de roman et je l’oublie aussitôt. Quand il revient à la fin, je me souviens et je trouve logique de le retrouver ici. La lune, la barque qui s’approche du ponton, tel que tu l’écris, je sais que c’est Momo avant qu’il soit nommé.
            Le réel est étrange, le fantastique logique. Tout est clair.

      • et par ailleurs figure-toi que cette création radio n’a presque jamais été relevée
        merci pour ça, j’en étais pas mécontent à l’époque (2008)

  2. L’ACR par François Bégaudeau : « 68, tu vois »?
    Belle création sonore, un peu pédagogique, envers du décor, la radio ça se fabrique, ça s’écrit, ça s’écoute et on voit. Comme disait Yann Parantoën la radio c’est peinture. La radio n’est pas un endroit où l’on vient parler. François, grande gueule, professoral, styliste, drôle, rock, féministe, sportif, politique, poétique, son ACR aussi, son 68 aussi.
    Ca m’a évoqué un autoportrait de François en émission de radio et en révolte. La forme ça compte. T’as pas fini de m’entendre parler, disent 68, le son et François. Tant mieux.
    Bien aussi, le logo France Culture détourné avec modestie.

    L’indifférence générale mentionnée en introduction, elle se mesure comment? Un regret? Des formes d’expression valent-elles plus le coup? la fiction radio, pas rentable, beaucoup de boulot peu d’effet. En tout cas l’effet sur l’auditeur, balèze. Je me souviens de cet ACR, 68 quoi 68 quoi 68.

    Et Reprise, le film documentaire, est un grand souvenir de cinéma puis de 68.

    • Merci d’avoir écouté.
      Indifférence générale, parce que je crois que ce genre de programme est très peu écouté. En tout cas je ne me souviens d’aucun retour, à part deux trois amis que j’avais branché dessus. Ca faisait un ratio boulot/réception très défavorable. Parce que ça prend beaucoup de temps à faire cette connerie. (des heures à écouter des archives, puis l’écriture du dialogue, puis la structure dialogue-archive, puis les longues séances de montage avec une technicienne). J’ai beaucoup aimé faire ça, et j’aime bien le résultat, donc tout va bien. Mais c’était savoureux de voir, exactement au même moment, le bordel national autour d’Entre les murs film, qui finalement m’avait occupé à peine plus longtemps.
      Ce qui fait le plus de bruit est rarement à proportion de ce qui vous tient le plus à coeur, that’s life.

      • @François Bégaudeau:
        ça donne envie, d’être là au milieu; juste basiquement ça fait envie d’être au milieu de ce bruit et de cette énergie. ça fait un peu mal de pas y être au moment où on les entend

        le son sans l’image c’est mieux parfois: l’ouvrière de chez wonder, je la préfère sans l’image, on la voit mieux

        putain c’est quand même désespéranr de voir comme ce média, la radio, est sous-exploité en général, asservi.

  3. l’été ça lâche rien:

    http://www.lalibre.be/actu/international/article/754208/espagne-des-militants-de-gauche-jouent-les-robin-des-bois-contre-la-crise.html
    +
    http://www.rototomsunsplash.com/fr/news/236-social-forum-2012/3031-nuove-conferme-del-social-forum

    NOUS SOMMES TOUS DES INDESIRABLES

    LA REVOLUTION FAIT BANDER MIEUX QUE LE VIAGRA (d’un certain gui-toto qui contemporainise les slogans)

  4. mes oreilles vous remercient,

    http://www.youtube.com/watch?v=tAtY1hStmlM

    http://www.deezer.com/fr/music/track/537698

    DÉBOUTONNEZ VOTRE CERVEAU AUSSI SOUVENT QUE VOTRE BRAGUETTE

  5. Comme cela manquait d’ animation en d’ autres lieux,je sautais évasivement de branche en branche et voilà que j’atterris ici.
    J’aime bien quand ça vire au slam vers la 27ème minute.C’est oppressant étourdissant.J’aime bien l’ambiance de ferme (je suis fascinée par les poules dans la vie en générale).
    Pour ce qui est de l’idée que mai 68 ne s’ est jamais fini,hasard,le matin même j’avais lu l’histoire de la révolution russe de 17.Parce que je suis comme ça moi,je me lève le matin et je me demande:mais c’ est quoi un bolchevik ? (anne-laure découvre le monde).Là où les ouvriers, les paysans ( les soviets ) devaient enfin avoir leur mot à dire sur leurs conditions de vie,de travail ,au final ce sont les bolcheviks qui ont décidé pour eux.Effectivement 68 avait commencé bien avant et tragiquement ce n’ est pas fini.

  6. On a écouté. On a reconnu un extrait de Fin de l’histoire.
    On s’interroge sur l’échange-dialogue de sourds du début.
    On retiendra la voix de la jeune ouvrière en colère.

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