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Cartographie libertaire, toujours

La toilette d'Atalante

La pensée libertaire c’est d’abord quoi? C’est d’abord réinscrire les problématiques générales dans le vécu des praticiens. Débattre sur la prostitution, pourquoi pas. Ecouter parler une prostituée, ou une pute puisque celle-ci préfère ce mot, c’est mieux. Tout devient à la fois plus complexe et plus simple.

À lire : Morgane Merteuil travaille aux corps

14 Commentaires

  1. Quid de la galaxie des femmes qui refusent la prostitution?
    Apparemment leur expérience personnelle, leur avis sur le sujet et leur choix de ne pas se prostituer dans le système prostitutionnel global qui est le nôtre ne compte pas.

    Flûte (Flup?) j’avais dit que je n’interviendrais plus. Sinon il va falloir que je demande à Joe Sweat où il a vu que je parlais du désir alors que j’ai bien fait exprès d’en rester à des considérations économiques. C’est sa propre projection sur mon discours. Moi ce que je dénonce ce n’est pas qu’une femme fasse ce choix, c’est que les femmes ait à faire ce choix là où les hommes n’ont pas à le faire. Après, on peut m’expliquer que c’est un besoin de la société, je ne vois pas pourquoi la société devrait être organisée autour des « besoins virils ». Ou si elle l’est appelons-la patriarcat et ne faisons pas comme si ça pouvait être autre chose.

    Et il faudrait que j’explique aussi que matriarcale ne veut pas dire fait par des femmes (ou alors l’excision serait un phénomène matriarcale).

  2. Dans le contexte économique actuel, je trouve fallacieux de dire qu’un niveau d’étude élevé nous protège de choix par dépit. D’ailleurs l’article ne fait pas mystère du besoin d’argent qui est à l’origine de ce choix.

    A l’inverse, il serait intéressant d’interroger les femmes qui vivent dans la rue ou qui ont des jobs de merde et leur demander pourquoi elles ne choisissent pas plutôt la prostitution (de luxe bien sûr, parce que ça ne reste que l’avis d’une prostituée de luxe qui cache la forêt de l’enfer des réseaux mafieux et de la traite des femmes).

    • encore une fois, on peut au moins faire crédit à l’intéressée des motivations qu’elle formule : argent, mais aussi une dimension de plaisir
      on peut toujours dire : elle se ment à elle-même. Mais à ce train là, plus rien ne fait preuve de rien. d’une pute qui se dirait aliénée, on pourra dire aussi : elle ne sait pas ce qu’elle dit, c’est de l’auto-persuasion. ce qui redonnera la parole, et la main, à ceux qui parlent à la place des premières intéressées

  3. Comme quoi les prostituées (ou putes) peuvent aussi avoir quelque chose dans la cervelle ! Par contre, je trouve quand même un peu étrange qu’une jeune femme si cultivée et ayant fait des études sérieuses choisisse de se lancer dans la prostitution, qui donne quand même une image plutôt dégradante des femmes. Ceci dit, j’ai déjà entendu dire que des étudiantes étaient contraintes de vendre leur corps pour financer leurs études. Ce qui est un peu compliqué, dans le cas de Morgane Merteuil, c’est qu’elle parle tellement de son métier comme d’une autre profession, avec ses bons et mauvais jours, que l’on est presque forcé de respecter son statut de prostituée, qui semble quand même plus se rapprocher d’une pute de luxe, si on compare sa condition à celle des filles de l’Est exploitées.

    Je crois que, au fil des années, le métier de prostituée, pour celles qui l’ont choisi, va finir par se démocratiser et ne plus être montré du doigt. Un peu comme les cougars, dont traitent certains reportages. Les femmes d’aujourd’hui font moins attention aux préjugés et n’hésitent pas à se montrer telles qu’elles sont, sachant pertinemment qu’elles risquent de s’en prendre plein la gueule.

    Dans le cas de Morgane Merteuil, on ne peut que respecter son choix de vie, qu’elle assume, même s’il reste inhabituel pour une personne ayant fait des études. Certains diront que les études littéraires (puisqu’elle a étudié Camus) mènent à tout …

    • Il faudrait renverser le raisonnement, ici comme en toute chose. Le remettre sur ses pieds.
      Soit le raisonnement 1 : les prostituées ont un bas niveau d’études, donc il est étonnant que Morgane Merteuil, qui suit des études de lettres, se prostitue
      qu’on remettra donc sur ses pieds par l’énoncé 2 : puisque Morgane Merteuil, étudiante en lettres, se prostitue, il semble que l’exercice de ce métier ne soit pas systématiquement lié à un bas niveau d’études (et que donc on ne le fait pas forcément de dépit)

    • @Delphine: elle a eu un bac L à 20 ans par correspondance : on peut s’interroger sur ses liens familiaux, elle parle d’un « père réac », c’est plutôt à ce niveau que ça se joue le choix de la prostitution, elle aurait pu aller bosser au mac do, le niveau d’études ne joue pas

      • doucement sur les liens automatiques parents-destin
        please
        surtout dans le cas de la prostitution
        imaginerait-on que toutes les putes aient grandi avec le même genre de parents?

        sinon, effectivement il y avait le Macdo, ce qui tend à démontrer que la motivation pécuniaire n’est pas le seul critère

        • Ce sera ma dernière contribution sur ce sujet : libre à vous de justifier la prostitution. On sait très bien que ce témoignage ne peut pas être pris tel quel sans se référer à l’idéologie qu’il défend et que Libération défend également. L’idéologie c’est il ne faut pas pénaliser les clients et d’une manière générale il ne faut pas abolir la prostitution. Si on voulait défendre le contraire on prendrait le témoignage d’une femme qui a vécu la prostitution et qui a trouvé ça horrible.

          Sauf votre respect, je reviens sur votre dernière phrase qui est vraiment aberrante. Soyons concrets :
          - Un étudiant qui travaille dans un fast food (je le sais par expérience) gagne environ 800 euros par mois pour environ 20 heures de travail par semaine.
          - J’ai aucune idée de combien gagne cette fille mais j’imagine qu’une escort girl doit bien tarifer dans les 200 euros la soirée de quelques heures, peut-être plus, peut-être bien plus.

          Je parle pas des conditions de travail juste d’économie puisque votre affirmation c’est qu’elle a fait ce choix plus par plaisir que par contrainte économique.
          Alors la phrase ça donne :
          Elle aurait pu gagner 800 euros par mois en travaillant 20 heures par semaine au lieu de gagner 200 euros (ou plus ou beaucoup plus) pour quelques soirées par ci par là, ce qui tend à prouver que la motivation pécuniaire n’est pas le seul critère.
          !!!
          Pardon mais ça on le saura le jour où on gagnera autant en travaillant quelques heures à Mac Do qu’en faisant une passe bien lucrative.

          Ensuite, si on suit la logique du plaisir qui viendrait avant les contraintes économiques, ça veut dire que si demain il y a le plein emploi et que les femmes ne représentent plus 80% des rmistes, ne gagnent plus en moyenne 20% de moins que les hommes en bref qu’elles ne sont plus dominées économiquement dans la société, elle continueront quand même à se prostituer par plaisir?

          Si ça n’a rien à voir avec la place des femmes dans la société, pourquoi la prostitution n’existe pas dans les sociétés matriarcales?

          Et pourquoi ce « plaisir » attire majoritairement les femmes et pas les hommes?

          Moi je pense que la prostitution est l’une des plus grandes marques de la domination économique (et sexuelle bien sûr) sur les femmes et que le jour où elle disparaîtra cela sera synonyme d’égalité. En attendant, tant mieux si les prostituées défendent leurs droits ou que la prostitution de luxe n’est pas un enfer quotidien. Mais qu’on arrête de dire que la prostitution est synonyme de liberté sexuelle. C’est faux. On ne se prostitue que dans un système de domination.

          Le combat pour l’égalité continue…

          • @Sarah: Ce qui me gêne dans votre solide raisonnement c’est le rapport implicite à la sexualité qui s’en dégage. Comment vous l’investissez du désir. Il me semble que mademoiselle Merteuil défend ici des considérations tout à fait pragmatiques, féministes, égalitaires qui sont même de nature à inverser le rapport de force que vous décrivez : le sexe n’est pas toujours le lieu du désir, il peut-être celui tout à fait rationnel de la rentabilisation du besoin viril ou de l’exploitation de la la nécessité. Le sexe n’a rien à voir en dépit de nos éducations judéo-chrétiennes avec le sacré ou l’indigne. On parle de l’affreuse obligation de « gagner sa vie », ça oui. On parle d’une travailleuse en auto-entreprise qui cherche à trouver du plaisir à son job pas plus pas moins qu’un autre. On ne parle pas cette fois de trafic d’êtres humains.
            En outre je rappellerai que la prostitution africaine est très largement dominée par le matriarcat.

          • je pense que ma démarche s’est mal fait comprendre : il ne s’agit pas de promouvoir ou condamner la prostitution, il s’agit d’apporter ce témoignage subjectif, et qui n’engage que lui, pour alimenter un débat souvent pétri de préjugés idéologiques
            si demain une pute nous raconte que sa vie est un enfer subi, son témoignage sera tout aussi crédible, important, et matière à réflexion
            simplement il me semble qu’on entend assez peu de putes assumées

            en tout cas personne, ici, n’a dit que la « prostitution était synonyme de liberté sexuelle »
            ici on ne pratique pas ce genre de généralités indifférente à la complexité de la vie

        • @François Bégaudeau: les filles qui ont été violées dans leur enfance dans le cadre familial ou extra-familial se retrouvent souvent dans la prostitution à l’âge adulte, cela dit pour Morgane je ne sais pas, il y a comme une cassure dans son parcours avant 20 ans, je pense qu’elle a quand même une sacrée blessure (la vraie) mais c’est juste une intuition

          • doucement, Hélène, doucement
            je crois que ces gros sabots oedipiens ne résisteraient à une exploration concrète des vies de prostituées
            et pourquoi, encore une fois, vouloir absolument présupposer une « cassure » alors que l’article ne l’évoque pas?

          • @Hélène: alors la parole ne revient qu’aux sociologues qui auront étudié la question pendant des décennies, et encore on pourra toujours trouver à redire, ou aux intéressés mais juste pour la part infime que représente leur expérience personnelle ?

          • mais l’expérience personnelle n’est pas une part infime
            l’expérience personnelle c’est une galaxie, un cosmos

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