Begaudeau.info, le site officiel de François Bégaudeau

Pas encore membre ? Enregistrez-vous et simplifiez-vous les commentaires !

Bantegnie écrit à Katerine

Gaelle BantegnieMembre du collectif Othon, Gaelle Bantegnie est l’auteure de France 80 (Gallimard) et de nombreux textes dans des ouvrages collectifs.
Elle a signé une lettre à Katerine dans le cadre d’une commande. Une synthèse parfaite de l’esprit Othon.

 

Louxor, j’adore.

Bonjour Philippe Katerine,

Je m’appelle Gaëlle. Je vous aime bien. Je sais qu’en réalité vous vous appelez Philippe Blanchard, que vous êtes originaire de Chantonnay, 85, Vendée. Moi je suis de Rezé, 44, Loire-Atlantique. Ce n’est pas loin. 78 kilomètres. Proximité géographique.

Vos parents s’appellent Pierre et Jeanne. Les miens René et Denise. Ils sont retraités, vivent dans des pavillons avec jardins et s’entendraient bien s’ils prenaient l’apéro tous les quatre. Proximité sociologique.

Vous êtes nés en décembre 68, moi en septembre 71. Petit, comme moi, vous aviez une coupe au bol, portiez des sous-pulls oranges et une salopette. Vous jouiez au Rubik’s cube et au casse-briques. Moi aussi. Proximité générationnelle.

Vous et moi avons les yeux bleus et les cheveux châtains. Avec l’âge, on a foncé- quand on est blond c’est inévitable. Je me fais des mèches tous les trois mois alors que vous, je ne crois pas, mais on se ressemble, c’est évident. Vous avez simplement plus de poils que moi. Surtout sur le ventre. Vous avez la peau blanche, moi aussi, et les mains carrées avec les ongles un peu mous parce que vous les avez rongés. Vous pourriez être mon grand frère, ça ne choquerait pas, au contraire. Proximité physique.

Par contre, vous avez reçu une éducation catholique. Alors que moi, pas du tout. Laïque, tout à fait laïque. Je ne suis pas allée à l’école privée. Et puis, vous êtes un rural. Alors que moi pas du tout. Citadine, tout à fait citadine. Je ne vivais pas dans les prés. Votre père vendait des aliments pour animaux de ferme, pas le mien. Il n’aurait pas aimé cela. Et puis votre mère était blonde, comme sur la photo de vos vacances en Camargue en 1977. Alors que la mienne était brune. Vous êtes aussi beaucoup plus gros que moi, au moins 20 kilos de plus, ça se voit. Et vous êtes plus musclé aussi, parce que vous avez fait du basket à un haut niveau, départemental. Alors que moi non, je ne suis pas sportive pour un sou.

On n’a pas que des points communs, c’est vrai, quelques petites différences mais pas déterminantes. Je vous aime bien parce qu’on se ressemble. J’aimerais bien jouer avec vous et vous faire des bisous.

Ça fait longtemps que j’entends parler de vous. Une quinzaine d ‘années peut-être. Philippe Katerine par-ci, Philippe Katerine par-là. Vous avez fait les beaux-arts à Rennes. Moi, fac de philo à Nantes. Vous passiez souvent dans ma ville, vous aviez des amis Nantais, je le sais. On fréquentait certainement les mêmes endroits dans les années 90, à l’époque où vous avez sorti vos premiers disques. Les Mariages Chinois 1991. L ‘Éducation anglaise. 1994.Vous m’avez peut-être croisée place du Bouffay ou rue de la Paix mais vous ne m’avez pas remarquée. Vous portiez un sac écossais à bandoulière un peu féminin mais moi non plus je ne vous ai pas remarqué. Je devais tourner la tête du mauvais côté.

J’ai connu des gens qui vous ont connu personnellement. Nicolas Moreau, ingénieur du son. J’ai connu des gens qui ont fait de la musique avec vous. Simon Mary, de la contrebasse. Geoffroy Tamisier, de la trompette. C’était en 1996, sur votre 4ème album. Mes Mauvaises fréquentations. Ces deux gars-là, je les ai connus, un peu, quand ils avaient 18 ans et qu’ils faisaient le boeuf dans la salle à manger de leurs parents. Je m’asseyais sur le canapé, je les écoutais. Ils jouaient du jazz, je venais de découvrir le punk. Je ne les ai pas fréquentés longtemps.

Aujourd’hui, je vous aime bien, mais à l’époque, au milieu des années 90, je ne vous aimais pas beaucoup. Je ne me disais pas qu’on se ressemblait. Je ne voulais pas jouer avec vous ni vous faire des bisous. Au contraire. Je vous voyais comme un dandy, kitch,branché. Et je n’aimais pas les dandys, kitchs, branchés. Je n’écoutais pas votre musique. Dans les Inrocks, on disait du bien de vous et le public popeux commençait à vous apprécier. Mais je ne lisais pas les Inrocks et je ne faisais pas partie de votre public.

J’allais parfois acheter des disques à la Fnac place du Commerce. Mais le plus souvent, je demandais aux copains de me copier des cassettes. Je n’étais pas douée pour ça. J’ai longtemps confondu les touches rewind et forward de ma chaîne hi-fi. Les copains m’enregistraient des albums de punk. J’étais contente. J’aimais bien le punk. Je trouvais ça épatant. Vous ne faisiez pas de punk vous. Vous étiez plutôt nouvelle chanson française, un peu poppy, un peu jazzy. Vous étiez bossa-nova, pas moi.

Vers le milieu des années 90, on a donc commencé à vous considérer comme un artiste, un vrai artiste branché. A la marge. Underground comme on ne disait déjà plus. Vous étiez un artiste dandy pour public spécialisé. Pas pour le grand public. Trop grand, le grand public, trop nombreux, trop de gens. Trop de gens de tout âge, avec le risque d’y croiser vos parents. Pierre, Jeanne, Denise, René, Elizabeth, Gérard. Vous ne faisiez pas de la musique pour plaire à vos parents ni au monsieur en jogging qu’on croise au rayon frais du Super U de Chantonnay. Votre musique est bien loin de Chantonnay à cette époque-là et je ne vous le reproche pas, je constate seulement. Dans les années 90, vous avez été le chanteur préféré de l’étudiant un peu branché qui ne veut surtout pas ressembler à ses parents vendeurs d’aliments pour bestiaux. C’est comme ça.

Mes mauvaises fréquentations, 1996. Chanson française subtile, pas dupe de la chanson française. Les gimmicks poétiques sont présents mais toujours mis à distance par un léger excès de préciosité. Vous êtes bon, il n’y a pas de doute, mais si peu prosaïque. Si loin de ce que vous écrirez onze ans plus tard dans Robots après tout. Votre voix est douce et légèrement affectée. Vous prononcez les paroles si distinctement. Vous avez comme un accent, une intonation particulière, une drôle de façon de prononcer les syllabes mais rien à voir avec la voix que vous aurez à partir de 2005, tendrement débile. Exemples: Le jardin anglais en 1996. Je m’étais endormi, je m’étais assoupi, je m’étais évanoui dans un jardin anglais et nul ne savait, dans un jardin anglais.La banane en 2010. Non mais laissez moi. Non mais laissez moi, manger ma banane.

1996.Vous avez 28 ans. Vous recherchez le label artiste et c’est sans doute pour cela que vous ne chantez pas en anglais. On ne peut être reconnu comme un artiste en France que si l’on chante en français. C’est aussi pour cela que vous soignez vos paroles et que vous faites des efforts de prononciation. Vous êtes un touche-à tout sans doute. Et en 1996, vous touchez à cela. A une certaine idée de la chanson de qualité française pour esthètes et intellectuels popeux. D’où la bossa-nova et pas l’accordéon. D’où la contrebasse et pas la guitare électrique. Parce qu’en France, on n’est pas non plus considéré comme un artiste quand on fait du rock.

Ce n’est pas anodin de toucher à quelque chose que ne touche le grand public, et que vous-même ne touchez pas, ne palpez pas, n’expérimentez pas, sauf peut-être dans les films de Jaques Demy que vous regardez le samedi. Tout le contraire encore une fois de ce que vous ferez plus tard. Où vous ne parlerez plus que de cela, de vos expériences banales, anodines, microscopiques, ridiculement triviales.

De quoi parlez-vous dans Mes Mauvaises Fréquentations 1996?

Premier exemple: Je m’étais endormi …dans un jardin anglais. Pas je m’endors dans un jardin. Pas le présent de l’action que l’on fait vraiment. Mais l’imparfait, le temps d’un passé que vous avez imaginé. Pas le jardin de ma belle-soeur ou de mon pote Fred. Un jardin anglais où vous n’êtes jamais allé mais tellement conforme à l’idée que vous vous faites, à l’époque, de ce que pourrait chanter un poète légèrement décalé.

Deuxième exemple d’utilisation de formules estampillées poétiques dans Copenhague en1996.

Un amour impossible. Copenhague. Comme les temps immobiles Copenhague. Comme si nous n’étions jamais revenus de notre paradis perdu.

Que faites-vous au contraire dans Robots après tout ?, 2005.Vous faites tout pour être anti-clichés-poétiques. Et pour cela, vous passez par le trivial, le vulgaire, le commun, le couille et l’anu comme vous dites. Vous devenez un pro de l’intime physico-comique.

Exemple: Patati Patata ! en 2010. Et patati et patata des fois j’en ai ras-le-bol de moi. Et patati et patata ras-le-bol, ras -le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol J’en ai marre de mon nez, j’en ai marre de mes mains, j’en ai marre de mes couilles,de mon anu qui me suivent partout où je vais.

Et de quoi est-il question dans Robots après tout, 2005? Je ne lis que les titres de vos chansons: Êtres humains, Borderline, Numéros, Le train de 19 h, Louxor j’adore, Le 20.04.2005, Titanic, 100% V.I.P, Patati Patata!, Excuse-moi, Qu’est-ce qu’il a dit?,78.2008, Après moi ,11 septembre. Vous introduisez de l’anglais, des chiffres, des interjections, des pourcentages, des heures, des dates. Vous parlez de l’hyper-concret, du quotidien, précis, chiffré. Monoprix ouvre à 10h. Monoprix ferme à 20h. Je suis Borderline.

Et ce n’est pas simplement que vous avez changé de style au gré de vos huit albums. Pop française, bossa-nova, électro, rock, musique naïve-expérimentale. Ce n’est pas seulement que vous êtes un touche-à-tout. C’est que vous avez changé d’esthétique et d’érotique. Vous ne faites plus de la musique de la même manière parce que vous ne désirez plus la même langue, vous ne désirez plus le même rythme, vous ne désirez plus les mêmes gens. Vous ne désirez plus le même public mais ce n’est pas seulement cela. Vous vous détournez des esthètes de centre ville pour revenir en fanfare danser avec les habitants de Chantonnay. Et ce n’est pas moi qui invente, c’est dans votre clip Louxor. Louxor, la chanson qui est la clé de cette évolution, l’explication de texte de ce changement radical. J’adore regarder danser les gens. Ah! j’y retourne souvent. Au bar du Louxor. Regarder danser les gens. J’adore, j’adore, j’adore, j’adore, j’adore. Les institutrices, puéricultrices, administratrices, dessinatrices, les boulangers, les camionneurs, les policiers, les agriculteurs, les ménagères, les infirmières, les conseillères d’ orientation, les chirurgiens, les mécaniciens, les chômeurs.

Avec Louxor, je me mets à vous aimer beaucoup parce que vous êtes toujours un dandy mais un dandy populaire. Un dandy du peuple. Un dandy de Chantonnay, 85, Vendée. Un dandy qui fait danser le peuple, dans les discothèques. Un dandy pop. Qui fait de la musique pop. De la pop musique française et aussi de la chanson expérimentalo-couilles-anu. C’est rare, c’est très rare. Louxor. J’adore. C’est la chanson totale. Le retour à Chantonnay en sous-pull rose sixties et slibard. La grande synthèse. La chanson électro-dance du dandy artiste décalé pour grand public. Faite pour faire danser les gens et danser avec les gens. Les Jeanne, les Pierre, les Denise, les René, les Gérard et les Elizabeth.

En 2005, je vous aime et je ne suis pas la seule. On est au moins 300 000. On vous aime parce que vous êtes un dandy populaire positif, rayonnant, marrant et qui veut s’amuser avec les gens. Gainsbourg aussi était un dandy populaire mais pas positif. Il était pop, il était français, il était provoc’, mais pas positif, on ne peut pas dire. Pas rayonnant, rayonnant. Alcoolique, écorché vif, forcément. En France, si on n’est pas un écorché vif, on n’est pas considéré comme un artiste. Inversement, en France, si on n’est pas un artiste, on n’a pas le droit d’être écorché vif. On n’a pas droit d’être écorché vif si on est secrétaire de direction par exemple. Vous, vous n’êtes pas secrétaire de direction donc vous avez le droit d’ être un peu écorché. Vous pouvez collectionner les cacas, on ne vous en veut pas. Mais vous avez la classe de ne pas l’être trop.

Écorché mais pas trop. Pas comme Piaf. Vous n’êtes pas Piaf. Vous ne souffrez pas. Ou, si vous souffrez, vous souffrez naïvement, primitivement, pas sérieusement, pas solennellement, pas la main sur le front avec la respiration. Pas comme Brel avec les gouttes de sueur. Vous, vous êtes juste Borderline. Et en anglais, ça change tout. Et prosaïquement aussi, ça change tout. Dans la chanson vous dîtes: Le métro ferme à 1h du mat’ .Le métro ouvre à 6h du mat’. Monoprixouvre à 10h. Monoprix ferme à 20h. Les enfants partent à 8h. Les enfants reviennent à 16h. Le repas commence à 20h. On débarrasse à 20h30. Je suis borderline. On ne peut pas adhérer vraiment à sa souffrance quand on est aussi prosaïque et si mécanique dans la scansion. Quand vous parlez du Monoprix, vous contournez le cliché du chanteur souffrant. Vous êtes le chansonnier anti-clichés. Souffrant mais pas trop. Dans une interview, vous dites que vous aimez bien Charles Trenet. Moi aussi, je l’aime bien. Il est solaire, il est swing, il est comme vous. C’est un dandy pop lui aussi, un chansonnier pop anti-clichés. Je vous aime bien quand vous dites que vous aimez bien Charles Trenet.

En France, on n’est pas non plus considéré comme un artiste si on a le moral. Si on est La Compagnie Créole par exemple. On peut avoir du succès, être reconnu comme artiste de baloche, de variét’ mais c’est tout, pas artiste tout court. Vous, vous n’êtes pas La Compagnie Créole, vous êtes moins variét’, plus branché, plus artiste. Si vous aviez été variét’, vous n’auriez pas été en couple avec Héléna Noguerra et Jeanne Balibar mais avec Lara Fabian ou Hélène Ségara. Si vous aviez fait de la variété, vous auriez pu revenir à Chantonnay faire danser les gens du haut de votre podium Ricard mais vous n’avez jamais été un chanteur de variétés. Et pourtant, vous aussi avez réussi à les faire danser. Et je vous aime pour vos tubes de l’été.

Pour faire danser Chantonnay, que vous avez quitté pour Montmartre; pour faire danser Jocelyne Moreau, que vous avez quittée pour la soeur de Lio, il fallait que l’artiste branché se débranche un peu, que l’artiste habillé kitch se désape un peu, il fallait que le poète décalé devienne gentiment dingue et qu’il fasse de l’électro-dance. Il fallait vous foutre en slip sinon on vous aurait pris pour un pédant, un artiste qui pète plus haut que les vaches, on vous aurait lancé des bouses. Pour que Chantonnay accepte de danser avec vous, il fallait que vous, l’artiste kitch branchouille, vous vous transformiez, en idiot, en idiot du village.

Aujourd’hui, quand je vous croise par hasard à la radio ou à la télé, je suis contente. Je dis à mon mari, j’aime bien Katerine. Il croit que je parle de Catherine Delage, une fille qui était au lycée avec moi et qui était vendéenne comme vous, mais non, je parle de Katerine, le chanteur.

Dans votre clip La Banane, vous êtes nu mais on ne voit pas grand chose de vous dans la pénombre. Par contre, quand je vous vois sur la plage avec des gens en maillots de bain, ça m’émeut. Moi aussi, j’aimerais bien faire des bisous à la foule. Attention! La foule ne vous acclame pas. Vous n’êtes pas une vedette. Vous n’êtes pas Mike Brant. Elle vous embrasse, elle vous absorbe. Vous aimez bien qu’elle vous touche, ça se voit. Vous vous lovez dans la foule, dans les gens. Du coup, on pourrait vous confondre avec le monsieur ou la dame à côté de vous. Mais non, on vous distingue toujours, vous êtes quand même un peu plus visible que les autres, pas complètement fondu en eux. Vous ne rendez pas non plus les filles hystériques. Vous n’êtes pas Julio Iglesias. Les dames ont juste l’air de bien s’amuser avec vous. Et les messieurs aussi.

Vous aussi, vous avez envie de vous amuser avec les gens-pas deux ou trois personnes, pas pour faire une belote- vous avez envie de jouer avec beaucoup de gens, des dizaines et qu’ils vous regardent. Vous ne voulez pas être tout seul, isolé. Vous voulez être avec eux. Un peu au centre quand même. Sinon c’est pas drôle, c’est pas du jeu. Un peu au centre et en même temps à la marge. Ça c’est votre côté dandy. Pas complètement dans les marges non plus. Vous n’êtes pas Marylin Manson. Pas tout déguisé, méconnaissable, avec des yeux globuleux. Un peu seulement. Avec une banane ou un survêtement. Dandy mais pas trop.

Vous aimez bien tous les gens. Mais surtout les individus en maillot de bain de la classe moyenne. Les dames qu’on croise à l’Intermarché et les messieurs qui tondent leur pelouse en short le dimanche après-midi. Vous avez envie de vous amuser avec eux parce qu’ils vous ressemblent, parce que vous les connaissez bien et qu’ils vous ennuient un peu aussi. Vous les avez souvent croisés dans les rues de Chantonnay. Et il y a toujours mieux à faire avec les gens que de les croiser. Les prendre comme partenaires de jeu, comme si c’était des enfants. Vous êtes un enfant. Quoique non. Parce que les enfants, ça ne joue pas avec tout le monde. Alors que vous, vous pouvez jouer avec tout le monde. Un peu comme Lafesse. Moi j’aime bien Lafesse, le comique. Vous, c’est un peu pareil, vous êtes le Lafesse de la chanson, du comique de situation au chanteur de situation. En plus gentil que Lafesse. Moins moqueur.

Finalement,vous n’êtes pas kitch. Il ne vous faudrait pas grand chose pourtant. Vous n’êtes pas kitch parce que vous désirez trop les gens. On est kitch quand on s’habille en costumes à carreaux comme l’Oncle Alphonse alors qu’on le trouve moche et ringard, et que soi-même, dans le même costume, on se trouve beau. Vous ne vous trouvez pas complètement beau, pas plus beau que votre oncle en tout cas, donc vous n’êtes pas kitch. Vous êtes un dandy populaire, je le répète.Un dandy qui aime le peuple. Non, pas le peuple. Le peuple, c’est trop politique. Vous n’êtes pas le général de Gaulle. Les gens. Ceux qui se sont mis à vous aimer aussi. Et ce n’était pas gagné. Ceux que vous avez mis dans vos clips. Et ça a marché. Ceux à qui vous voulez faire des bisous. Ceux qui fredonnent La banane en préparant leur barbecue du dimanche midi. Toi, moi, Pierre, Jeanne, René, Denise, Élizabeth, Gérard. Tous nos parents et beaux-parents.

Des bisous.

>> France 80 sur Fnac.com <<

14 Commentaires

  1. J’adore!
    J’adore Gaëlle Bantegnie et son écriture qui colle au cul du réel! C’est une écriture franche et nette, qui capture et retranscrit toujours une information de manière claire et concise.
    Ce que j’aime particulièrement dans cette lettre, c’est l’effet miroir permanent qu’il y a entre Gaëlle Bantegnie et Katerine, on regarde l’un tout en apprenant sur l’autre et inversement.

    Des bisous.

  2. C’est un texte très intéressant, agréable à lire, les phrases assez courtes exprimant clairement les idées exprimées.

    Concernant l’évocation de la proximité sociologique, ne peut-on pas en déduire que des personnes provenant de milieux différents auraient plus de mal à s’entendre, ayant à la base peu de points communs ?

    J’aime bien la façon dont votre amie parle des choses banales de la vie quotidienne : « Monoprix ouvre à 10h00. Monoprix ferme à 20h00. Les enfants partent à 8h00. […] » Est-ce une façon de montrer que, dans la vie moderne, et notamment dans les grandes villes, on peut difficilement échapper à la routine, même si cette dernière peut devenir parfois pesante ?

    Une phrase m’a particulièrement marquée : « On n’a pas le droit d’être écorché vif si on est secrétaire de direction. » Je sais qu’il ne s’agit que d’un exemple mais, connaissant bien le milieu du secrétariat (et pour cause …), je confirme que ce métier n’a pas vocation à former des artistes, qui auraient le droit d’afficher quotidiennement leurs états d’âme.

    Votre amie adopte-t-elle le même style d’écriture (en quelque sorte concis) dans ses romans ? Mais je sais ce que vous allez me répondre, à savoir que je n’ai qu’à lire « France 80 » (j’en ai l’intention).

    • Le style de Gaelle est toujours très sobre, toujours concentré sur la clarté et la précision. Avec une sorte d’humour à plat. Quand je la lis je me trouve soudain maniéré.

      • Mais votre maniérisme n’est-il pas le reflet de votre perfectionnisme ?

        Sans que cela crée des longueurs dans la progression de vos romans (on est souvent pris dans le tourbillon de vos histoires), il est vrai que votre recherche de la perfection oblige parfois le lecteur à lire, non pas entre les murs, mais bien attentivement entre les lignes, pour saisir les subtilités se cachant dans vos phrases parfois un peu alambiquées ou longues. Je pense, par exemple, à l’une des premières phrases de votre livre « Jouer juste », qui s’étendait sur plusieurs pages, me semble-t-il.

        Alors que vous saluez la clarté et la précision de votre amie, Gaëlle Bantegnie, j’ai lu, dans l’une de ses interviews, qu’elle souhaiterait écrire comme vous, qui réussissez à trouver l’équilibre parfait dans chacun de vos romans. Il semble donc qu’une amitié mêlée d’admiration réciproque vous lie l’un à l’autre.

        N’avez-vous jamais songé à écrire ensemble un roman, qui réunirait toutes ces qualités à la fois (clarté, précision, équilibre parfait, voire bien d’autres encore), et qui traiterait d’une relation d’amitié durable ?

        • ce serait une bonne idée oui, tout est possible
          je pense que mon style s’est simplifié de livre en livre
          phrases longues de moins en moins -cela dit les pseudo phrases longues de Jouer juste étaient en fait des sommes d’énoncés courts
          j’aime bien les phrases qui tiennent en un souffle, qui serait comme un trait tracé par un stylo, avec une frappe nette -c’est pour ça qu’on trouvera très très peu de parenthèses dans mes livre, entre autres symptômes

  3. J’aime bien Gaëlle Bantegnie. Depuis que j’ai lu son interview à 20 minutes à l’occasion de la parution de son livre « France 80 » (que je n’ai pas – encore- lu):
    http://www.20minutes.fr/article/590307/chat-vous-interviewez-gaelle-bantegnie-auteur-de-france-80
    Ce que j’ai aimé, c’était qu’elle soit : prof de philo (penser et transmettre : respect), qu’elle soit honnête (quand elle dit qu’elle n’est pas plus surbookée que beaucoup d’anonymes) et simple (elle dit vouloir rester proche du quotidien dans ses livres).
    En revanche, je n’ai pas aimé la lettre à Katerine. Un autre internaute l’a déjà écrit, je crois : trop intellectuel, pas assez grand public pas complètement idiot. Le début était prometteur puis le texte est devenu plus acide et de moins en moins lisible, trop long, comme si on s’enfonçait dans un épais brouillard.
    Du coup, j’aimerais bien lire autre chose de Gaëlle Bantegnie pour ne pas rester sur cette légère déception.

    • Ton avis est respectable, mais je trouve un peu étrange de reprocher à ce texte son excès d’intellectualité… Alors qu’il n’est jamais jargonnant, toujours concret. Essaie de jeter un oeil à Kant, ou même à certains des textes de ce site, peu jargonnants (pas vraiment mon genre) mais parfois assez conceptuels. Tu verras que Gaelle écrit très simple. Bon, tout dépend de l’étalon de complexité qu’on se donne.
      Gaelle a co-écrit un essai très narratif nommé 14 femmes (Gallimard). Je te le recommande vivement. Elle a aussi écrit quelques textes dans l’ouvrage collectif Sport et femmes, dirigé par Maylis de Kerangal et Joy Sorman (Helium)

      • Intellectuel = jargonnant, ce serait alors plutôt le conceptuel que je n’aime pas (merci de me faire avancer, sérieusement) et je reconnais que tu vois juste avec « l’étalon de complexité ».
        En fait, je voulais simplement dire que j’ai décroché en cours de lecture. A la relecture les phrases sont simples, comme tu le dis justement. Je crois que ce que je n’aime pas au fond, c’est de prendre un individu et de lui « faire un sort ». Comme « le connard » dans « vers la douceur », un gars comme un autre, un peu casse-bonbons peut-être, et alors ???
        Je retiens pour mes prochaines lectures les 14 femmes.

        • je crois qu’il y a contresens
          ce texte est un salut amical à Katerine, à son parcours, à son évolution, à sa lente et implacable conversion à l’art populaire

          • Contresens bien possible vu que je n’ai pas lu le texte dans son intégralité…comme un autoroute pris à contre-sens (en moins dangereux quand même). J’ai fait encore d’autres erreurs, la première étant de commenter un texte sans que son auteure puisse me répondre directement, la seconde, étant de laisser un commentaire dans un espace dédié à la promotion (dans le sens noble du terme) d’auteurs proches de toi, talentueux mais moins reconnus, donc encouragements : bienvenus, le reste pas trop. A l’avenir, je m’abstiendrai, du moins dans cette partie du site.

  4. A Massy, un samedi de novembre en 2009 , j’assiste à une rencontre-interview menée par une femme de laquelle j’ai gardé une impression de délicatesse, gentillesse, modestie devant l’homme qu’elle questionnait au sujet de son travail d’écrivain, très délicat oui c’est ça.
    De fait, même chose du côté de l’écrivain, très à l’écoute, souriant, accompagnant chacune des analyses, des réflexions argumentées de l’intervieveuse : ça casse rien, c’est beaucoup de déjà écrit, déjà publié mais le travail est bien fait, elle livre son point de vue, ce qu’elle a gardé des lectures de deux ou trois romans de F.B.
    De marrant ? un homme au fond dans la salle qui intervient régulièrement à propos mais avec ses voisins les plus proches et posera quand même des questions de stratégie de composition d’équipes et de placement des joueurs au foot et échangera autour de la main d’Henry durant le temps réservé aux questions à l’auteur, il kiffera aussi préciser qu’il est prof d’Eps à la retraite ; les publics de F.B.sont toujours composés j’ai l’impression à 99% d’enseignants, ça donne toujours le ton.
    C’est sans doute le cas aussi sur ce site en + des diverses bandes d’ami(e)s de relations pro, l’autre n’empêchant jamais l’un, tout ça c’est du public acquis.
    Bon, de ce jour j’ai gardé une dédicace pour les petits neveux à qui j’offrais l’invention du jeu à Noël et une sensation cardio-péritonitesque quand genre 30mns après avoir quitté le gymnase où avait lieu cette rencontre, je le vois de pas très loin avancer vers la même voiture de RER que moi sur le quai de direction Paris: j’exécute un putain de demi-tour réglementaire qui me reste des enchaînements de gym sur lesquels j’ai flippé ma race mais que quand même c’était pas ce jour-là que ça devait ressortir et je monte au début de l’autre wagon pour le laisser tranquille je crois, par respect, par certitude qu’une fatale incongruité alimentera un échange ordinaire de par mon insignifiance humaine dont je zappe l’universalité à cet instant : dommage.
    Je cours derrière ce moment depuis, ça passe du temps et c’est pas désagréable mais donc bon.
    Boobs on Bikes and Fat Bottomed Girls, dimanche 18 septembre 2011

    http://www.metrofrance.com/sport/francois-begaudeau-le-sport-nous-a-formes/pikr!iTMjtIIsCALHlK6UnuvLrw/

  5. Oui, c’est une immense qualité celle qui consiste à savoir changer, muter, se remettre en cause, se laisser influencer, tomber les certitudes, les attachements de style ou de principes, ne pas avoir peur du ridicule, de se tromper, de regretter un peu, et tester tous azimuts pour redécouvrir autrement, ailleurs, sa puissance créative…seule capable d’inspirer l’envie de faire des bisous, indeed.

  6. Philippe Katherine ou Blanchard pfff, l’idée du gars étouffé dans divers carcans depuis qu’il est petit encore, moi i’m’emmerde.
    Des comme lui ien a toujours eu plein mais alors plein d’autres avec moins de jeu pour certains dans les supports visuels peut-être les clips encore que (voir Julien Doré pour ne citer que lui)
    Finalement dans tout ça est questionné l’adjectif du populaire par ceux qui intellectualise le fait de l’être complètement ou encore un peu ou plus du tout, encore faut-il avoir le temps, l’idée, l’envie de l’intellectualiser, ‘faut que ce soit devenu un métier quoi, bref.

    C la question des bals popu, non?

    http://www.dailymotion.com/video/x7o1dv_les-bals-populaires-michel-sardou_music

    quant à l’exercice-amie: benh oui bravo la dame a plein d’outils et de compétences pour i’faire aussi bien que ça mais ça reste un exercice d’admiration-la lettre- parmi plein d’autres dont des à inventer:
    YOU OUH OUUUUH, LET’S DO IT puisque YOU like it!

    • Je trouve un peu réductrice ta lecture de ce texte décisif, dont finalement l’enjeu est hors de Katerine
      L’enjeu c’est un peu, oui, le gout populaire, mais surtout de dissocier l’art et le dandysme.
      Et tes deux lignes sur ceux qui intellectualisent etc me semblent pour le coup à coté de la plaque. Il se trouve par exemple que Gaelle travaille, ce qui ne lui donne pas particulièrement de temps pour penser davantage que le commun des mortels.
      Et quand bien même elle aurait davantage de disponibilité, on pourrait saluer en elle ce gout du populaire, quand tant de discours issus du champ intellectuel reviennent, plus ou moins implicitement, à stigmatiser la culture de masse.

Trackbacks/Pingbacks

  1. Travaux amis, François Bégaudeau compilera ses enthousisames | Begaudeau.info - [...] Pour inaugurer la chose, ‘scusez du peu, François a intercepté une lettre de Gaelle Bantegnie à Philippe Katerine [...]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.