Begaudeau.info, le site officiel de François Bégaudeau

Pas encore membre ? Enregistrez-vous et simplifiez-vous les commentaires !

Expresso littérature française contemporaine

Retranscription d’un entretien accordé à EVENE

L’événement littéraire (libre à vous d’entendre par « événement » la sortie d’un livre, l’attribution d’un prix, l’émergence ou la mort d’un auteur, l’avènement de la littérature numérique ou autre….)

On ne mesure sans doute pas encore bien le poids de la révolution internet en cours, depuis la démocratisation de la Toile au début de ce millénaire. Je ne parle pas du livre numérique – ce sera toujours un livre-, mais du temps quotidien consacré par chacun à checker ses mails, à en envoyer, à surfer au petit bonheur, à butiner dans Youtube, etc. Autant d’heures qui ne sont pas consacrées à la lecture, déjà bien compromise par nos vies de bêtes de somme. Je ne le déplore pas, je le note.

Le ou les meilleurs livres.

Je peux donner quelques titres, sachant que je n’ai bien sur lu qu’une infime partie de ce qui s’est publié. Donc, pour m’en tenir à la France : Ravel, d’Echenoz. Le quai de Ouistreham, d’Aubenas. Je pourrais en citer quelques autres, mais ces deux-là indiquent une voie qui m’importe. Comment tenir ensemble le romanesque et le réalisme.

Le plus beau « bide »

Je ne vois pas bien ce que recouvre cette notion. Un livre dont on attendait beaucoup et qui s’est avéré nul ? Pour ma part je ne vois pas.

L’auteur ou les auteurs les plus marquants (révélation ou confirmation)

France toujours.

Echenoz et Aubenas, donc.

Cadiot, Jauffret, pour ceux apparus dans les années 90.

Et puis des émergents : Bertina, Garcia, Sorman

Le meilleur titre de livre

Suicide et inversement, de Jeanne Rivoire

Un mot d’auteur, une citation que vous ayez retenu

Je citerai les dernières lignes de La haine de la démocratie, de Jacques Rancière, le penseur le plus important du moment, en tout cas pour moi.

« La société égale n’est que l’ensemble des relations égalitaires qui se tracent ici et maintenant à travers des actes singuliers et précaires (…). Elle n’est portée par aucune nécessité historique et n’en porte aucune. Elle n’est confiée qu’à la constance de ses propres actes. La chose a de quoi susciter de la peur, donc de la haine, chez ceux qui sont habitués à exercer le magistère de la pensée. Mais chez ceux qui savent partager avec n’importe qui le pouvoir égal de l’intelligence, elle peut susciter à l’inverse du courage, donc de la joie ».

Le livre que vous avez été le seul à défendre

Je crois que nous n’avons pas été très nombreux à défendre Le rendez-vous des amants, d’Angot. Je maintiens que ce livre est fort et important. J’aime beaucoup la façon dont évolue l’œuvre d’Angot.

L’œuvre injustement ignorée

A coté de quelques noms dont les livres sont à peu près lus, l’époque est emplie d’œuvres ignorées !! Contrairement à certains, je suis convaincu que beaucoup de grands livres ne sont pas publiés, ou, s’ils le sont, pas lus. Vous connaissez Les Gogols, de Tresvaux ? Et là je vous parle d’un livre publié à la Blanche, pas à compte d’auteur.

 L’œuvre la plus surestimée

Allez, je vais jouer le jeu de la castagne que Paris aime tant : je dirais celle de Modiano. Il y aurait beaucoup à dire, non sur Modiano, qui après tout en vaut beaucoup d’autres, mais sur les modianophiles. Je le ferai quand nous serons tranquilles devant un feu, sinon les énervés vont encore s’énerver.

 Que sera, selon vous, la littérature de demain ?

Elle sera profuse, quoi qu’il arrive. Parce que de plus en plus de gens écrivent, parce qu’il est techniquement de plus en plus facile de se mettre au boulot. L’enjeu pour moi n’est donc pas la richesse de ce qui s’écrira (là-dessus je n’ai aucun doute), mais bien plutôt que chacun trouve la capacité, le temps, l’énergie, d’appréhender une petite partie de cette richesse. La question n’est jamais de savoir s’il y a de bons livres, la question est : aurai-je la chance de tomber dessus, et le temps de les lire ?

2 Commentaires

  1. De plus en plus d’écrivains. Et de moins en moins de lecteurs…
    De plus en plus de gens ont des choses à dire, à écrire. Encore faut-il qu’en face il y ait des personnes pour les écouter, les lire (je ne suis pas certaine que toutes les personnes qui achètent des livres les lisent en définitive).
    Même la plupart des journalistes ne lisent pas les livres des écrivains (ils ont feuilleté au mieux)qu’ils sont chargés d’interviewer (je ne les accable pas, je sais que leur temps est réduit). ça donne des échanges assez pauvres.
    Dans le monde du travail, même observation : très peu de salariés lisent les mails d’info et revues de presse régulières.
    Même les enfants quand ils lisent ont un temps de lecture grignoté par la télé et les jeux vidéo, plus tard on est scotché sur le net, facebook à s’échanger des futilités.
    Bref, je pense qu’il y a aujourd’hui assez peu de lecteurs réellement curieux.
    PS : si, il y a une lecture qui marche bien, c’est le 20 minutes distribué dans les transports en commun, ça fait plaisir de voir des gens lire…

  2. Le titre du livre de Christine Angot est « Le marché des amants, » non? Pas « le rendez-vous. » L’erreur n’est pas là sur le site evene.fr, seulement ici. : ) J’ai beaucoup apprécié ce livre. Merci pour l’avoir recommandé. Les questions de différences d’âge et de milieu social peuvent être assez complexes. J’ai un roman en tête sur ce sujet moi aussi. Ça me semble comme un bon sujet pour la littérature – comme ça on peut finir encore plus confus que l’on était avant de lire le livre. Quel plaisir…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.