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Toujours la Gaule

Pour la revue Minimum

Depuis vingt ans, à quelques admirables exceptions près (Foresti, Laffitte, Commandeur, Ferrier), le meilleur du comique français vient de sa branche métèque.

Par métèque on entend : pas français-français. Pas séfran. Pas gaulois. La distinction est autant ethnique qu’artistique, comme on verra.

Des noms ? Plein. Une liste noire de patronymes qui ont investi l’espace public dans l’immédiate postérité d’un certain Colucci : Chabat, Farrugia, Elmaleh, Debouzze, Aoun, Timsit, Semoun, Dieudonné, Merad, Eboué, Fois, Youn, Ngijol, Ajoutons l’acolyte de Ramzy, Eric, qui dans la grande tradition de zèle républicain antillais se planque derrière un prénom bien de chez nous.

Une bataille (d’Egypte) mais pas la guerre

L’humour est écart, rien que de logique à ce qu’il soit émis en priorité par ceux que des circonstances diverses placent d’emblée dans l’écart par rapport à la norme nationale – ou masculine, d’où le second phénomène récent : l’avènement du comique féminin. L’humour est différance, avec un a tout derridien. Par le rire on se clive, on se troue, on se déplace, on s’esquive, autant d’opérations contradictoires avec ce qu’implique la notion d’identité, remise à la mode par la collection automne-hiver. De plus, souvent le métèque est pauvre, or la tchatche, qui englobe le rire, est la richesse du pauvre — gratuite et germant sans graine sur le trottoir glandeur, autrefois rues populaires de Belleville, aujourd’hui pieds d’immeuble de Seine-Saint-Denis.

Il y aurait mille autres explications sans doute (la tradition comique juive, démocratisation des supports) à la lente pénétration du marché de l’humour par des individus de type pas toujours caucasien. Presque une invasion qui, si elle s’était soldée par une prise de pouvoir, aurait sa date à la fois effective et symbolique. Ce serait 2001. Destruction des twin towers ? Non, sortie du Astérix 2.

Rappelons les modalités de ce fait d’armes majeur dans l’histoire de France. S’étant vu confier l’écriture et la réalisation du second volet de la série (par un certain Claude Berri, notons-le), Chabat choisit l’album Astérix et Cléopatre pour justifier le positionnement de Djamel Debouzze au centre du récit, ainsi que la convocation d’acteurs au physique typé oriental (de Darmon à Baer, en passant par Benguigui, Soualem, etc). Résultat : un film évidemment dix fois plus drôle que le premier signé Zidi avec un casting plus gaulois que le petit village originel (Galabru, Sim, Piéplu, etc), mais surtout une interversion du majoritaire et du minoritaire, une minorisation de la majorité : dans cet environnement oriental (tournage au Maroc), c’est Depardieu et Clavier qui semblent exotiques, moustachus à l’humour lourdaud incompréhensible par les autochtones. Souvent Djamel/Numerobis les regarde, consterné, s’esclaffer lourdement.

Or cette prise de pouvoir n’en fut pas une. Ni cette opération littéralement subversive — les codes y étaient mis sens dessus dessous—, ni l’expression durable du talent des membres de notre liste noire n’ont révoqué l’humour local.

En un sens, tant mieux : il en faut pour tous les goûts. Que ferait mon oncle Michel sans son Laurent Gerra du matin sur RTL ? Je le dis sans malice.

Ce qui perturbe, c’est de voir à quel point le majoritaire l’est resté. La tendance récente serait même à sa consolidation-restauration.

Quels comiques ont fait le plus parler d’eux en 2009 ? Anne Roumanoff et Stéphane Guillon.

Le cas de la première est d’autant plus intéressant qu’elle revient de loin, ou plutôt qu’elle est issue d’une sorte de norme périphérique. Depuis vingt ans, elle exerce en marge des champions, dans une niche discrète, une deuxième division du rire consciente de ses limites. Et voilà qu’un buzz énorme la replace en tête des visites sur Internet, par le miracle d’un sketch télé.

Nous sommes dans le studio de l’émission dominicale de Drucker, dont Timsit dit sur scène qu’elle ressemble à la salle d’attente d’un médecin de campagne. Depuis septembre 2007, Roumanoff y propose Radio Bistro, où elle adopte une gouaille de poivrot pour prodiguer un monologue de café du commerce sur l’actualité de la semaine. Bien sûr le dispositif suppose que la comique réprouve le populisme de son personnage. Pourtant c’est bien ce populisme qui fait rire, c’est bien à ses décrets qu’on adhère en s’en scandalisant. Et quand bien même il y aurait distance, tout ici finit par des aphorismes de comptoir qui créent, forme et fond, l’unanimité. La phrase qui a ravi son employeur médecin de campagne puis affolé le Net : « Avant y’avait la gauche caviar, maintenant on a la droite cassoulet, une petite saucisse avec plein de fayots autour ». Rien à dire, le cadavre de la Gaule bouge encore.

Politix, Lubrix, Linguistix

À quoi se reconnaît un registre gaulois ? À son politocentrisme. La politique est une passion française dont le comique national met à jour l’équivoque constitutive : fascination-répulsion ; dérision-obsession. Les politiques moqués, clownisés, mais toujours placés au centre de la scène par ceux qui ne détournent jamais les yeux de la Cour dont ils prétendent souligner la vanité.

Pas de différence de nature entre Roumanoff 2008 et les chansonniers du C’est pas sérieux des années 70, emmené pour Jean Amadou, ou ceux du Rien à cirer des années 90, qui nous gratifiaient de détournements de refrains connus, comme on fait dans les manifs (genre : c’est la danse de Fillon/qui en sortant d’Matignon/ a encore d’mandé des ronds/ coin-coin con-con). Stéphane Guillon est aussi un fier rejeton de cette famille. Depuis le studio de la matinale de France Inter, il lance des piques contre les politiques qui lui valent le statut, en partie auto-décrété par des affiches où il pose au dessus d’un matricule, d’ennemi comique numéro 1.

La vigueur de publications comme Charlie-Hebdo, ou son dérivé séparatiste Siné-Hebdo, attestent également le regain, ou plutôt la persistance d’un genre, la satire politique, qu’on avait cru poussiéreux. On dira qu’un pouvoir fou appelle la multiplication des bouffons, on dira que l’offensive sarkozyste exige que se constitue un maquis du rire, on dira beaucoup de conneries rebattues mais force sera de noter que c’est moins la gravité du sarkozysme que son spectacle qui fournit, à la presse dite sérieuse autant qu’aux « amuseurs », une matière inépuisable. Une matière à bon mots, s’entend. En France tout finit par des formules. La formule est un anoblissement de la brève, laquelle est le mode expression, parfois aviné, d’un ressentiment social auto-suffisant, content de rester là à gueuler ou ricaner, ou les deux à la fois — le ricanement est la grimace de la mauvaise humeur. Rien que dans le sketch de Roumanoff : « Mitterrand il avait le culte du secret, Sarkozy lui il a pas le secret du cul » ; « pour sortir son poireau il a besoin d’une asperge » ; « Eurodisney, 3 heures de queue pour 2 minutes de plaisir ». Un festival.

Sketch, notons-le, qui porte essentiellement sur le couple Carla-Nicolas (poireau et asperge, donc). Et Guillon doit son surcroît de visibilité à sa sortie sur le prurit érotique de Strauss-Khan. Le cul reste la plate-forme du comix. Ce qui ne révèle pas un goût nationale pour le cul en soi (hélas), mais la collusion entre le stylistique de la formule et la gauloiserie. Qu’est-ce que la gauloiserie ? Non pas une façon directe, crue, violente, précise de parler de sexe (comme Coluche à ses heures, comme Bigard dans ses bons moments), mais une tournure allusive qui ne fait rire que dans la mesure où elle renvoie, sans l’occuper directement, à une scène sexuelle maintenue hors-champ. Coluche et Bigard appellent une bite une bite, Roumanoff dit poireau. Le refus du frontal rend nécessaires des jeux d’équivalences, des jeux de mots qui façonnent une rhétorique et se capitalisent naturellement en formules. Aux Grosses têtes, Bouvard se plait à sélectionner une question d’auditeur portant sur les moules, parce qu’il sait que ses camarades ne manqueront pas de filer une métaphore maritime qui renverra à des galipettes que des restes d’éducation catholique continuent à croire subversive — et appelle précisément galipettes, numéro 1 du top des lourdingues équivalences, à égalité avec « on a fait crac-crac ».

La première formule citée de Roumanoff joue sur une inversion semblable à celles que pratiquait un Desproges, par exemple « il y a plus d’humanité dans les yeux d’un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue les yeux ». Très brillant, et très creux. Ça a l’air de dire des choses et en fait ça ne dit rien de très subtil ou simplement intéressant – au moins Devos lui ne prétendait à rien d’autre que déplier des absurdités lexicales. C’est la tournure qui en soi déclenche un spasme, où il entre plus d’admiration (oui ! bien joué !) que de cette dinguerie déflagrante qu’est un authentique éclat de rire. Le rire est alors une salutation polie à un texte bien ouvragé. Nous sommes en France, pays de la littérature et des chanteurs à texte, pays où les aphorismes de Frédéric Dard valent bréviaire national.

Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots. Guillon et Roumanoff sont des comiques sans corps : le premier évolue essentiellement à la radio, et sur scène l’un et l’autre ne proposent pour plus-value physique que quelques imitations (Luchini pour Guillon) ou singeries grossièrement sociotypales (Roumanoff adopte l’accent du sud pour faire la pouffe). Comme ceux que Desproges commit jadis au Tribunal des flagrants délires, les billets de Guillon font l’objet d’une publication. Plus tard il sera cité, aux Grosses têtes, au même titre que Pierre Dac, Jules Romains, ou n’importe quel écrivain bien français.

Un peu de corps enfin

Chez nos métèques le ratio corps/texte se rééquilibre en faveur du premier. Avec des degrés divers :

1 Beaucoup de texte et corps secondaire. Sur le modèle américain du stand up, les comédiens du Djamel Comedy club se plantent devant le public et monologuent. Quelques va-et-vient, des jeux de grimace efficaces : l’expression corporelle est réduite au minimum (avec parfois une stupéfiante efficacité). Ça tient donc essentiellement sur le bagout, dans le prolongement direct de la palabre de rue. Cependant : très peu de satire (la scène du quotidien plutôt que la scène politique), pas de bons mots, et encore moins de jeux de mots. Les phrases saillantes s’apparentent davantage à des punchlines de série télé.

2 Du texte, mais bégayant. Sur le modèle de L’histoire d’un mec de Coluche, la langue est écorchée volontairement, l’humour repose sur des distorsions et des maladresses verbales plutôt que sur une démonstration de force phrastique. Djamel le pratique à l’envi (dès l’ouverture du film de Chabat, Numérobis demandait où se trouve le « droïde Panomanix ») ; Kad Merad a inventé le chanteur nommé Jean-Charles Apeuprès ; Eric et Ramzy proposaient à leurs débuts des définitions de mots déduites de prononciations dislexyques. Jamais la position de métèque n’est-elle aussi visible que dans cette saisie de la langue française comme une langue étrangère.

3 Du corps brut. Gad Elmaleh dit qu’il aimerait monter un spectacle de mime. L’humour de Chabat fut d’abord de transformiste, de détournement et récupération de corps existants (ceux de la pub ou du cinéma), jusqu’à sa prestation en chien non doué de parole dans Didier. Dans l’esprit du jeu J’imite mal mais je m’en fous inventé par Kad et Olivier, le support et l’horizon de ce comique est un corps mis dans tous ses états. Ce même Kad illumina la mythique Grosse émission de la chaîne Comédie, par une farandole de personnages brossés de bric et de broc, drôles avant d’ouvrir la bouche, quand ils n’étaient pas tout simplement muets comme Manuel de la Bitas, l’homme qui joue de la guitare avec sa bite.

Ce comique de l’incarnation plutôt que textuel a tout pour s’épanouir dans le cinéma. Or la rencontre entre le cinéma populaire et les comiques métèques n’a presque pas eu lieu, ou alors mal. Rendez-vous manqué ou tout simplement foireux. À l’exception notable du Astérix déjà nommé et de quelques films vraiment bien, le bilan est consternant au regard du talent déployé par cette bande sur scène ou à la télé. C’est avec pertes et fracas qu’on passe de la petite forme à la grande forme – la plus importante moins-value revenant à Elmaleh, dont on oubliera vite le désastreux Coco et le passage par chez Francis Veber ou d’autres.

Le cinéma est une broyeuse de métèques. Plus précisément : une lessiveuse qui lave plus blanc que blanc, comme le nouvel Omo de Coluche. Quand le cinéma populaire recrute des métèques, c’est pour les remettre aux normes. Dans Amélie Poulain, Djamel est le petit épicier du coin, avec blouse grise et sans casquette Nike. Dans Micmac à Tire-Larigot (que cette fois Djamel a refusé, on ne la lui fait pas deux fois), Jeunet pousse le vice évidemment involontaire (c’est pire) jusqu’à transformer Omar Sy (de Omar et Fred) en machine à prodiguer ces expressions toutes faites qui font le bonheur de nos gallicistes : couper la poire en deux, voir midi à sa porte, etc. Tout ça avec un accent de fils de ministre ivoirien. Aspect nouveau de la proverbiale nostalgie jeunettienne : l’hommage à l’Afrique francophone hélas déclinante.

C’est ainsi que, sans doute par calcul économique dans une France où le troisième age domine et consomme de la culture, le cinéma populaire français est devenu ultra-patrimonial et n’aime rien tant que situer son action dans les années 50, époque bénie d’après-guerre et d’avant les Arabes. Inutile de redire de quoi le succès des Choristes, d’Amélie Poulain, du Petit Nicolas est le symptôme. Notons juste un troublant point commun entre ces trois œuvres, à quoi on ajoutera les Ch’tis. Ce point commun, c’est Kad Merad. Présent dans tous les bons coups gaulois de ces dernières années. On entrevoit là une pente bien connue de certains métèques en demande de légitimité : plus légalistes que la loi : dans Faubourg 36, Kad incarne un comique qui se blanchit la peau et propose des blagues racistes pour agréer le public français des années 30.

On entrevoit surtout que les métèques sont parfois les complices objectifs de la lessiveuse. Comme pour anticiper l’objection et l’obsession des producteurs (plaire au plus grand nombre, et donc s’en tenir à la position neutre, celle des face-de-craie), ils ne conçoivent eux-mêmes que des scénarios qui les blanchit. Souvent, ces films s’installent dans des univers qui permettent l’indifférenciation : celui du genre (pas de noirs dans les récits de cape et d’épée) ou du détournement de genre. Pris dans le scénario catastrophe de La Tour Montparnasse infernale, Ramzy pourrait tout aussi bien être clermontois ou gascon.

La voie du quotidien

Une première voie pour échapper à l’enfer du neutre serait de miner les codes de l’intérieur. Par la grâce de Jean Dujardin et d’une écriture au millimètre, OSS 117 parvient à recueillir la mise comique d’un héros bien français (les blagues racistes et misogynes ne sont pas toujours les moins drôles), tout en s’arrangeant pour qu’on se foute de lui, qu’on se foute de sa franchouillardise. Le pactole est double : on rit par lui et sur lui.

Un moyen plus franc du collier de nous sortir de ce pétrin de baguette tradition, ce serait que les métèques dirigent les films plutôt que de se laisser absorber par des imaginaires majoritaires et patrimoniaux, et surtout que, accédant à cette position, ils produisent des œuvres réalistes. En effet, quand ils ne s’escamotent pas dans les oripeaux d’un genre, les métèques ont la pénible manie de se distribuer dans des récits exceptionnels, tordus, invraisemblables. Sans parler de la sinistre comédie d’aventures remise au goût du jour par Safari ou RTT (encore Kad à l’affiche, what happened to him ?), un bon film comme Seuls two laisse le sentiment qu’on aurait aimé voir Eric et Ramzy dans un Paris ordinaire plutôt que dans la quatrième dimension d’une capitale entièrement vide.

Réaliste n’exprime donc pas une attente sociale. Il ne s’agit pas d’implanter les récits en banlieue, par exemple. La plupart des comiques cités plus haut n’y ont jamais habité ou n’y habitent plus, et les rares fois où la comédie nationale a posé sa caméra en périphérie de Paris, cela a produit des dialogues qui, à trop vouloir manifester une tchatche vernaculaire, tournaient au concours de bons mots, dans une veine finalement pas éloignée de celle d’un Audiard ou d’un Blier fils. Le Ciel, les oiseaux et ta mère évoque davantage une parodie de film-banlieue tel que les Inconnus auraient pu l’écrire. On s’y invective en surrégime à base de vazi et de bouffon artificiels et dévitalisés.

Réaliste désignerait plutôt un type de récit où les comiques se mettent en scène dans des situations et des attitudes quotidiennes. Que cela se passe à Bastille, Villetaneuse, ou dans quelque quartier pavillonnaire de sous-préfecture, que le héros y raconte ses déboires sentimentales ou ses soucis avec une famille campée ou non sur des réflexes communautaires, l’essentiel est que ce qui se passe là soit en continuité de l’existence des auteurs. Ce qui implique une donnée essentielle : noirs ou arabes, sépharades ou ashkenazes, ces personnages auront de l’humour, et feront valoir à l’écran leur comique propre, tout en vitesse et réactivité. C’est à cette condition que Djamel et les autres parviendront à être au cinéma aussi drôles qu’ils le sont dans la vie et dans les échanges improvisés de plateau de télé.

Un film a récemment indiqué cette voie royale, et bien sûr il n’est pas français. Dans Funny People, Adam Sandler et Seth Rogen jouent le rôle des comédiens de stand-up qu’ils sont ou furent réellement, comme l’auteur Judd Apatow. Sachant que ce métier n’est lui-même que le prolongement d’un mode d’existence. Le stand-up reproduit un schéma d’interlocution parfaitement ordinaire : je raconte ma journée d’hier à mes potes, et ils se marrent parce que je suis drôle. D’abord je l’ai fait au café ou à la fac, ensuite sur scène, et maintenant à l’écran. Les précédents films d’Apatow n’avaient du reste même pas besoin de cette mise en abyme. Les personnages y sont tout ce qu’il y a de plus ordinaires. Des gens. Des people avec juste la particularité d’être plus funny que la moyenne.

La bande à Apatow a commencé sur scène, s’est fait connaître par la télé, puis par des séries télé (The office, Freaks and geeks), et maintenant elle fait des films qui synthétisent les précédentes étapes. Nos meilleurs comiques ont fait de la scène, de la télé, des séries télé, pour l’instant ça coince au stade cinéma. Métèques, encore un effort.

11 Commentaires

  1. « Avant y’avait la gauche caviar, maintenant on a la droite cassoulet, une petite saucisse avec plein de fayots autour » est une phrase de Bernard Mabille, chantre historique de l’humour gaulois, comme on le sait, co-auteur avec Roumanoff de ses blagues de comptoir. Le drôle l’a claironné, trop content de faire le buzz, tu penses.

  2. Pourquoi se crisper sur un mot quand le reste incite à la réflexion et au commentaire ? Quelques remarques :

    – « OSS 117 » et « Mission Cléopâtre » ont dépoussiéré la comédie française, pour des raisons très différentes que tu as explicitées. Hazanavicius dynamite des codes sur le mode de la parodie high-tech, dont il me paraît l’initiateur en France (jusque-là, l’imitation sentait le camembert). Dujardin incarne une hybridation parfaite entre « Sean et beaucoup de conneries », pour reprendre le slogan du film. Fond et forme se dénient selon le mode habituel de l’ironie, la beaufitude ethnocentrée enfile un costume trois-pièces, se lave les dents, mais le parfum ne camoufle pas l’odeur de bouse. Et puis, il me semble qu’OSS 117 évite un écueil -la plaie des comédies- : le sentimentalisme. Il contamine « Camping » -travelling-violons dès la première sortie de la faune à la plage-, pourrit la fin des « Ch’tis » jusqu’à l’os -séparation lacrymale sur fond de pensée Enrico-, on en passe et des meilleures…

    – Sur Guillon (déjà évoqué) : je suis d’accord avec toi. Son humour n’a pas de corps, dans tous les sens du terme, d’ailleurs. La haute opinion qu’il a de son propre rire le conduit à une auto-proclamation, en effet (ennemi numéro 1 de Sarko, quelle originalité…). Mais bon, quand on se dit contempteur des vices contemporains, on doit choisir des cibles à sa mesure. Tirer sur des gloires éphémères ou des ambulances à gyrophares éteints -comme le fait Guillon à longueur de tribunes-, c’est exulter de sa soi-disante supériorité. Et finalement… le sarcasme disparaît aussi vite que la cible. Je relisais il y a plusieurs mois deux opuscules signé De Caunes et Algoud, du temps des portraits de « Nulle Part ailleurs ». Et je me disais que tout cela avait bien vieilli (qui s’en souvient, d’ailleurs, de ces livres ?). D’abord, parce que l’écriture singe Desproges période Flagrants Délires, et que la postérité ne retient pas les épigones. Ensuite, parce que certaines célébrités évoquées ont parfois sombré dans l’oubli; et enfin, parce que le propos lui-même ne s’extrait jamais d’une actualité ponctuelle (un livre, un film qui sort sur les écrans) pour proposer un regard un peu plus détaché sur ce qu’induisent la célébrité, le paraître, la représentation… après, on peut dire : « Mais dans une émission de divertissement, c’est normal ! ». Peut-être. Cela dit, « Le tribunal des flagrants délires » en était une aussi. Ca n’empêchait pas Desproges de prendre un peu plus de hauteur et de mépriser parfois ses invités, en les ignorant dans son portrait. L’humoriste avait l’intuition très juste que ces gens-là passeraient comme le café et qu’un propos qui se serait fait l’écho d’une promotion quelconque aurait lui-même été oublié. Quand Desproges n’aimait pas son invité, il pouvait aussi le vitupérer, mais le réquisitoire ne se départissait jamais d’un point de vue (parfois drôle, parfois pas) sur des thèmes éternels : le rire, la mort, l’hypocrisie… La présence de Le Pen invite à une réflexion sur l’humour, la critique de Coggio à des considérations sur la célébrité. Guillon n’a jamais pris de hauteur. C’est pour cela qu’assez souvent il s’est vautré dans l’attaque ad hominem.

    – Merci de démystifier Desproges et son abus de la rhétorique : « Il y a plus d’humanité… ». Petite réflexion que je me faisais sur Desproges/Guillon : l’un a vu ses réquisitoires édités à titre posthume, l’autre en fait commerce de son vivant.

    – La persistance du chansonnier est un motif de désolation qui m’a fait exécrer l’apparition de Ruquier et « Ainsi font font font » dans les années 90. Mais « Le petit rapporteur », pour ce que j’en ai vu, ne me semblait pas mieux (sauf l’interview d’Edern-Hallier). Donc Martin, no way. Roumanoff et consorts sont à l’avenant, perpétuent une tradition gauloise et complètement rétrograde. Est-ce que ce repli valide ce qu’on peut appeler un « humour de crise » ? Je pense qu’il y a toujours eu des crispations identitaires dont le comique s’avére porteur. Et de l’autre côté, l’exultation, l’énergie : dans la France de Pompidou, Fernand Raynaud d’un côté et la bande d’Hara-Kiri de l’autre.

    • pas grand chose à ajouter à cette analyse
      la découpe fondamentale reste pour moi comique textuel/comique non-textuel (= où le texte n’est qu’une des émanations du corps parmi d’autres)

  3. On dira que je suis la première à lire ces lignes. Je m’étonnerais sinon qu’il n’y aucun commentaire. Moi je vois rouge quand je lis le mot : « métèque » OUPS Choquée. Et je ne comprends pas. Il me semblait que cet écrivain était « humaniste ». Bizarre, bizarre…

    • non tu n’es pas la première lectrice de ce texte paru dans une revue irréprochable et validé par la rédaction
      en revanche tu es la première à être choquée par le terme métèque. Faut-il te rappeler que Moustaki a lui-même chanté sa gueule de métèque ; ou que les militants de la cause noire ont repris à leur compte, pour le retourner en leur faveur, le terme nègre?
      bref je ne fais que m’inscrire dans la longue et réjouissante (ne soyons jamais mielleusement antiracistes) histoire de la récupération par les minorités des termes destinées à les accabler

      ce qui m’étonne, à mon tour, c’est que le propos général de l’article n’ait pas définitivement dissipé toute suspicion dans ton esprit

      • oui oui j’ai bien pensé à Moustaki, mais il parlait de « sa » gueule et les blacks idem (pour faire rapide). Et même ! Je trouve ça « limite » ; il y a des mots porteurs d’idées qu’il est selon moi préférable d’éviter. Enfin, si ça été « validé », c’est que c’était « irréprochable ».:-)

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