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Tenez bon les filles

Article pour DS soumis au copyright

Découvrant la femme de trente ans peinte par Balzac, je m’étais dit que son équivalent contemporain en aurait quarante. Grosso modo : encore assez jeune pour être désirante, mais plus assez pour satisfaire ses désirs, parce que mariée ou moins attirante que jadis. Écart entre l’âge sexuel et l’âge biologique ou social dans lequel se glissent la frustration, la mélancolie, la névrose, et Emma Bovary qui a dans ces eaux-là.

C’était en 94, en pleine coupe du monde aux Etats-Unis (victoire du Brésil). Depuis j’ai révisé mon diagnostic. Aujourd’hui la femme de trente ans peut en avoir cinquante, soixante, au-delà. Les femmes retardent de plus en plus le moment de renoncer à leur désir, ou, comme on disait au temps béni des pensées libertaires, de renoncer sur leur désir. Mariage ou pas, enfants ou pas, travail ou pas. Du coup ça fait toujours plus de monde à s’ébattre sur le terrain de jeu érotique. Comme me le disait hier Sébastien, élu roi du râteau en 2002, 2003, 2006, il y a désormais comme une sur-offre sur le marché du tripotage sentimental ou du sentimentage tripotal. Et tout le monde devrait s’en réjouir, à commencer par nous autres mecs qui avons tant maugréé contre ces boums où l’on comptait une fille à appareil dentaire pour cinq mâles en rut.

Pourtant, devant cette extension du domaine du désir, beaucoup bougonnent, à commencer par Houellebecq lui-même. Est-ce la peur de ne pas être à la hauteur de ce foisonnement féminin ? Est-ce le ressentiment de voir les femmes endosser des habits libertins jadis réservés aux humains dotés de pénis ? En tout cas le gars Michel n’a de cesse que d’égrener les écueils du désir en permanente activité. Frustration, mélancolie, névrose, bovarysme, à quoi il faut ajouter : déconvenues techniques, MST en embuscade, culpabilité poisseuse, sentiment de saleté, vestes, lapins, chagrins, pétrin, tout le tintouin.

Il est bien vrai qu’à rester chez soi avec une couverture sur les genoux pour mater Desperate Housewives, on s’épargne pas mal d’emmerdes. Bien vrai qu’un feu éteint ne vous brûlera plus. Bien vrai qu’à l’inverse le désir ne se déplace jamais sans son lot de complications. Mais justement il faut prendre le désir en entier, assumer ce mixte de lacune et de plénitude. Ne pas lâcher sur ce désir, ne pas lâcher sur la modernité. Ce n’est pas le moment. Arrive bientôt l’époque où, débarrassés des scories psy-religieuses, l’exercice du désir ne sera que joie.

Un commentaire

  1. ça fait tout à fait mouche et c’est drôlement bien décrit. En vieillissant, je découvre que les filles tirent les ficelles, donnent le feu vert – ou pas (comme chez les animaux d’ailleurs).Impressionnant. Je n’avais pas assez prêté attention à la petite histoire sur Adam et Eve. Par contre, je ne crois pas à l’évolution que tu prédis dans ta dernière phrase, trop de résistances millénaires. Tant qu’on enseignera la morale et qu’il y aura une éducation…

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