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Camping

Article pour les Cahiers du cinéma soumis au copyright

Le camping s’appelle Les Flots bleus, c’est dire s’il assume d’être un parc à clichés : ricard servi à la boule doseuse, zinzin pénible du moustique sous la tente, Hollandais nommés Van Den Roy, rouleau de PQ pour les toilettes – pas celui de droite, il est à la turque. Dans un numéro récent, nous voyions dans le camping une aire de cinéma optimale, toute en transparence ; il ne joue ici que comme machine à reconnaissance pour un public large, camping de toujours dans France immuable.

Or cette éternité gauloise est paradoxalement datée. En bande-son, Camping se trémousse entre Daddy cool (76) et Début de soirée (et tu chantes chantes chantes, 88), donc au début des années 80 tendance beauf (La Salsa du démon), voire carrément ringard (Claude Barzotti). Un doute, dès lors : Camping ne serait-il pas le vrai Bronzés 3, situé à la même époque que les deux premiers et non dans une post-histoire pathétique ? Fabien Onteniente referait-il le coup du Club Med ? De fait, c’est le Splendid qui a le premier tordu le cinéma populaire en cinéma plébiscité parce qu’il moque l’éthos populaire. Etrange consensus par la distinction. Le peuple c’est les autres, tel est le mot d’ordre qui paradoxalement façonne un peuple.

Lové dans ce paradoxe, Camping peine à choisir son camp, oscillant constamment entre nous et les autres. Un coup, reprenant la veine gentiment France d’en bas de Jet Set et de Trois Zéro, il donne une leçon de naturel au chirurgien esthétique en bivouac forcé aux Flots bleus. Le coup d’après, il adopte le point de vue du visiteur découvrant ce monde de « cro-magnon » où l’on boit du benco, organise des courses palmées, s’indigne qu’un « bon appétit » de proximité ne soit pas salué d’un « merci ». Empathie, zoologie ? Le dilemme se neutralise en se greffant à des corps hybrides, synthétiques car débordés par des stigmates sociaux inverses de ceux qu’ils sont supposés afficher. Version passable, cela donne Frank Dubosc, assurément plus fin séducteur que le dragueur pénible qu’il a importé de la scène. Version plus appréciable, c’est Antoine Duléry baptisé Paulo mais dont le bob et la moustache peinent à retenir la drôlerie toute citadine ; ou l’autre Gégé, Lanvin, dont le costume beige de docteur en vacances ne corsète qu’un temps la gouaille audiardienne. Et puis Mathilde Seigner, qu’une scène voit, d’abord cocue altière, lèvres closes et cou tendu, fiel retenu par respect des convenances, se transformer en charretière vindicative. Elle se lève de sa chaise de restaurant, promet d’en faire baver au mari infidèle (“tu vas en chier, tu sais même pas coment tu vas en chier”), relève sa jupe pour taper sur des fesses qu’elle déclare à disposition de tous. C’est le talent de la Seigner mal-aimée de pouvoir souffler en si peu de temps le froid bourgeois et le chaud prolo, tenant ainsi depuis dix ans le défi d’une singularité hors-classe.

3 Commentaires

  1. … / C’est le talent de la Seigner mal-aimée de pouvoir souffler en si peu de temps le froid bourgeois et le chaud prolo, tenant ainsi depuis dix ans le défi d’une singularité hors-classe./ …
    à partir d’une scène courte, précise, un chouette compliment je trouve,

    et comme je suis d’accord avec l’hôte de ces lieux,

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