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L’écrivain peut-il être une femme ?

Extrait de « Antimanuel de littérature », éditions Breal, soumis au copyright

L’écrivain peut-il être une femme ?

Longtemps cela a semblé si minoritaire qu’incongru. Cheveu long dans la soupe. Pour une seule Louise Labbé, combien de Louis Labbé ? Pour une seule George Sand, combien de George Sand ? Or le dernier demi-siècle a, comme dans pas mal d’autres domaines, rééquilibré l’affaire. En France, les femmes deviendront bientôt majoritaires dans l’exercice de la littérature. C’est un trait capital de la modernité, déploré en tant que tel par certains occidentaux issus de la gent masculine et porteurs d’une vision épique, héroïque, spermatique de l’écriture. Quand ils évoquent le déclin de la littérature, c’est à cela qu’ils pensent, consciemment ou non. Elle n’est plus ce qu’elle était = elle n’est plus un sport d’hommes, elle n’est plus la guerre continuée par les moyens de la plume. L’écrivain pénidé ne peut plus se vivre en Ulysse moderne et Pénélope tricote en snobant les prétendants qui friment sous sa fenêtre.

Clones de l’essayiste Eric Zemmour regrettant le XVIIIème libertin où des hommes partaient à l’assaut de femmes mariées et pieuses et passives comme des chaises, les mâles déchus de leur monopole ne reconnaissent plus leur milieu littéraire, jadis peuplé de cyranos ferraillant à coups d’alexandrins, d’épigrammes et de pamphlets dans ta gueule. La présence des femmes a tout changé, comme quand une cousine s’invite à un regardage de porno en groupe, tout de suite c’est plus les mêmes blagues. On polit la langue, on rigole moins gras. Les bonnes femmes ont transformé le champ (de bataille) littéraire en salon de thé, bientôt vous verrez que les éditeurs auront transhumé vers le Marais.

Émasculés se sentent les écrivains mâles. Si d’aventure ce n’ést pas déjà fait, ils contractent une misogynite aiguë qui bien sûr se métastase en racisme. Gros retour de hype du racisme dans l’essayisme français depuis dix ans, avec en tête l’honorable Richard Millet, qui fait la grâce à notre démonstration de lier, dans un même paragraphe de L’opprobre, le sentiment de déchéance de l’écrivain et celui de l’homme blanc : « L’immigré est aujourd’hui une figure autrement considérable que l’écrivain. Les belles âmes ont travesti en question éthique ce qui relève de l’économique ou du politique ; d’où le déclassement de l’écrivain, son statut de survivant, de mort vivant, même, de personnage principal d’un conte millénaire dont l’histoire reste cependant à faire, ce récit étant peut-être tout ce qui nous échoit .»C’est net, c’est propre, ça lave plus blanc que blanc.

Souci coextensif : le temps que passent les femmes à écrire, elles ne le passent plus à lire. Avant régnait une délicieuse anomalie. De même qu’en cuisine, domaine investi bon gré mal gré par les femmes, les grands chefs sont des hommes, longtemps ce truc de bonnes femmes qu’est la littérature a dû l’essentiel de ses productions à des hommes. En résumé : les hommes écrivent, les femmes lisent. Ainsi se reconstituait, via les livres, un dispositif donjuanique débarrassé des inconvénients du genre, l’homme pouvant conquérir 1003 femmes sans endurer l’embarras des pannes d’érection. Il n’avait qu’à répandre dans les librairies sa semence de papier et attendre que pousse en ses lectrices un amour aussi platonique que totalement libidineux, aussi spirituel que totalement assouvi par des masturbations impulsées par la relecture de Madame Bovary, où se jouait en abyme* le drame d’une névrose de lectrice.

Heureusement, nous avons encore devant nous quelques années de bonne vieille sexuation. Pour la plupart les lecteurs sont des lectrices, il suffit de prendre le métro pour s’en convaincre (mais pas la ligne 6, oh non surtout pas). Les hommes ne lisent pas, ils se contentent de rêver qu’ils publient et qu’on les lit. Tous les jours des femmes tombent amoureuses sur la seule foi de livres que parfois l’auteur dédicace dans une librairie, et alors la lectrice rejoint la queue. Queue parfois longue, parfois moins, et quand arrive son tour elle bégaie trois mots, parmi lesquels son prénom s’il lui revient à temps — en général elle s’appelle Anne-Sophie. L’écrivain feint de ne pas voir le trouble qu’il a éveillée rien qu’avec ses doigts ; il griffe une dédicace ambiguë en laissant tomber un trait d’humour d’une voix de cow-boy assagi, puis donne congé d’un merci Anne-Laure posant une fausse réciprocité, car plein d’autres Anne et plein d’autres Sophie ont rejoint la queue, dont une seule aura assez foi en son charme pour tenter le coup à la fin de la signature. Si les circonstances le permettent, le coup aura lieu.

Il est possible qu’après le sexe où par définition l’auteur se sera révélé moins performant qu’en fantasme, la lectrice fille lui confie écrire à ses heures perdues. Très possible, même, puisque tout le monde écrit. L’EM a l’habitude. Avec un soupçon de condescendance, il laisse son adresse pour recevoir un recueil de poèmes qu’il ne parcourra que d’un oeil, préférant relire la lettre qu’Anne-Sophie aura jointe pour y traquer des allusions sexuelles.

Tout est normal.

Ça se complique si AS informe EM qu’elle écrit des livres publiés, risque de plus en plus grand comme on l’a dit. Là le type ne peut plus vraiment faire le beau. Sans doute encore se prévaloir d’un capital notoriété supérieur dans le business de la chose écrite, mais déjà il fait moins le malin. À partir du moment où Amélie Nothomb fait s’étirer des queues, l’exercice de la célébrité littéraire n’est plus attaché à la virilité. Écrivaine commence à entrer dans les mœurs lexicales, bientôt il sera accepté et fera subir à la figure de l’écrivain ce que l’élection de Ségolène ou Martine ou Dominique en 2012 fera subir à la fonction suprême. On dira la présidente. La fonction aura perdu son neutre masculin. La longue séquence phallopolitique sera achevée.

Se sentant dépérir, l’EM a un dernier soubresaut de la couille gauche. Ok les bonnes femmes écrivent, mais elles n’écrivent que des histoires de bonnes femmes ! Episodes menstruels douloureux, déliquescence conjugale, viols traumatisants, deuil inachevé d’un père incestueux, petites confessions riquiquis quand les vrais livres traitent de la guerre, du combat de coq planétaire qui s’appelle l’Histoire, avec un H comme Hommes. L’EM a beau jeu d’invoquer l’exemple irréfutable de Christine Angot. Et si ladite manifeste en public un punch de boxeur invaincu, il appelle cela de l’hystérie. Ainsi les vaches sont bien gardées. Encloses dans le petit périmètre de leurs névroses toutes vaginales.

Qu’une femme parle de sa vie sexuelle, et on lui reproche de débonder la littérature par le bidet. C’est quand même étrange. Le supposé mystère supposé féminin est la passion centrale de la littérature, laquelle cependant ne trouve pas son compte lorsque les premières intéressées livrent des infos pour le percer. Bon, en fait c’est pas étrange du tout. Précisément c’était le mystère en tant que mystère qui les excitait. Les femmes de chair c’est tellement moins bien que les femmes rêvées. L’opacité ténébreuse des femmes est une manière de commercer avec elles tout en les gardant à distance. Une façon de s’érotiser sans subir leur existence. Dans À Une passante, Baudelaire feint de regretter que la passante ne fasse que passer. Au contraire, qu’elle passe vite son chemin et n’encombre pas le poète de sa présence réelle. Que le commerce avec les femmes se limite à une passe.

Or elle s’arrête cette pute. Pour causer, jouer au tennis, écrire des livres. Alors, dernière cartouche du cow-boy crépusculaire, le coup de l’écriture féminine. Nathalie Sarraute avait raison de cribler de balles quiconque dégainait ce cliché, évoquant sur un mode en apparence élogieux la finesse de son petit théâtre des affects situationnels. Du petit de qualité, donc, mais du petit quand même. L’adjectif « féminine » accolé à l’écriture sonne beaucoup plus comme une restriction que comme un compliment.

Interrogée là-dessus dans l’émission de Laurent Ruquier, Marie Darrieusecq commence par exprimer ses préventions contre la perverse sexuation de l’écriture. À la suite de quoi elle reconnaît que, oui, il y a peut-être une différence. Et après tout pourquoi pas ? Sans parler d’encre utérine ou de verbe clitoridien, pourquoi la position de dominée ne conférerait-elle pas aux femmes une textualité propre, voire une puissance littéraire supérieure, conformément à la dialectique du maître et de l’esclave ? Pourquoi ne pas retourner en poste d’observation optimal le maintien des femmes à l’écart de l’espace d’action et de décision ? Simone de Beauvoir le suggère : «  la position privilégiée est celle de la personne qui est légèrement en marge ; par exemple celle d’un correspondant de guerre, qui partage un peu les risques d’un combattant, mais pas complètement, qui est dans le coup sans y être tout à fait, c’est lui le mieux placé pour décrire une bataille ». Pendant que les EM agonisent en s’agonisant de pamphlets, les femmes regardent, prennent des notes, capitalisent et balancent du texte de chez texte. L’hypothèse prend du poids, venant d’une féministe aussi peu identitariste que Beauvoir, et qui en tant que telle, eût sans doute désapprouvé les « feminist studies », nées aux Etats_unis et visant à reparcourir le patrimoine littéraire à l’aune des problématiques de genre. Sur ce point, il y a débat. Disons juste que les travaux en question sont a priori d’autant plus désirables que notre République des Lettres, neutre et nantie de prostate, les méprise ou réfute. On examinera ça de près plus tard, quand on aura un peu de temps. Février.

80 Commentaires

  1. Je suis vraiment épatée par Joy Sorman. Et curieuse d’elle : je voudrais bien savoir quel comportement ses parents ont eu avec elle quand elle était enfant et adolescente…pour qu’elle soit comme elle est. Sachant que le « pour que »ne convient peut être pas,mais je ne peux m’empêcher de supposer un rapport de cause à effet.François qui la connais depuis longtemps, est ce que tu aurais qqchose à dire là dessus ?

    • j’aurais à dire qu’elle a très vite compris qu’elle ferait mieux de bricoler sa vie sur ses propres forces, et éventuellement celle de ses amis et amies, plutot que sur celles d’un père libéral un poil pété, et d’une mère bourgeoise catho de droite un poil pétée aussi

      • @François Bégaudeau: et ça tombe très bien alors qu’on en ai rien à péter de ses parents pétés qu’elle n’ait elle-même décidé de nous livrer dans ses livres.

      • @François Bégaudeau: resterait à savoir si elle a du beaucoup lutter pour ça, ou si ses parents l’ont laissée faire sans trop insister. Mais c’est sûrement bien plus complexe,d’autre part je me fonde sur l’image que j’ai de Joy,qui est forcément différente de sa vraie vie.
        N’empêche que j’ai du mal à sortir de cette question que je sais fausse : quels parents on doit être pour produire une fille comme elle.

        • @patricia: Ben des parents un poil pétés pardi.

          Nan j’ plaisante, mais elle était trop facile.
          Je suis un peu trop tagadatsointsoin en ce moment.
          Je sais pas ce que j’ai.

          • @anne-laure: pas sûr que ce soit une plaisanterie. Un paradoxe sans doute, mais c’est un puits sans fond cette question.

  2. @Françoise Bégaudeau: oui mais toi dans l’histoire on avait dit que tu étais une femme

    • @François Bégaudeau:…mais oui, la précision caractérise assez tes écrits, comme ceux de Joy Sorman et Gaëlle Bantegnie

      • @François Bégaudeau: Découvert hier le portrait de Dominique Voynet par G. Bantegnie dans 14 femmes, lu un peu comme une enquête de Columbo qui tourne de plus en plus près du sujet jusqu’à son étonnante clé finale:

        « Je me dis que tant que des énergies comme la sienne existeront, on ne pourra jamais rompre avec l’inégalité constitutive de la politique: les forts gouvernent, fussent-ils des femmes, et les autres obéissent ».

        Puis, comme Columbo qui aime toujours les gens dont il a mis à jour le mensonge: « elle sait seulement que tout ce qui a de la valeur tient dans le bref segment d’une vie et elle s’emploie à intensifier la sienne. Elle ne sait pas faire autrement, désire simplement que les autres partagent cette urgence avec elle ».

        Chapeau bas.

        • @Juliette B: @Juliette B: je suis curieuse de ce portrait de Dominique Voynet. Commandé. je dois attendre quelques jours.

        • @Juliette B: Hier soir j’ai repris 14 femmes.
          Ovidie arrive en deuxième et me fait toujours le même effet ( hormis la nuance que je sais désormais qui en est l’auteur ).
          Il faut dire que le premier chapitre ( la première femme plutôt ) écrit par Yamina Benahmed daho ne me plait pas beaucoup.
          J’y apprends que de lire grisélidis réal serait intéressant mais à part ça bof bof.
          Je trouve l’écriture précipitée, trop combative à mon goût et j’ai pas envie d’y rester.
          D’où peut-être un soulagement d’arriver à joy sorman.
          Parce que joy, elle prend son temps.
          Elle est méticuleuse.
          Il y a ,comment dire , une forme d’amour pour son sujet qui se sent dans la forme de l’écriture.
          Et puis tu vois ce matin j’ouvre de nouveau ce livre, ouvre un chapitre au hasard , je tombe sur annette messager et voilà que je relis ce qui suit ( page 60 ):

          En rang d’oignons dans une vitrine, cortège funèbre et adorable. Pensionnaires déjantés d’un internat sinistre. Et Annette , en mère attentionnée , qui leur a confectionné de quoi passer l’hiver , à ces piafs un peu crades, complètements morts.

          et j’aime beaucoup et qui c’ est qu’ a écrit ça encore ?

          • @anne-laure: oui, je me suis surprise moi-même avec ce portrait par J. Sorman d’Annette Messager , qui ne m’intéressait pas trop au départ et qui m’a finalement emporté; « ces piafs un peu crades et complètement morts » c’est juste bien.

            Les portraits d’Aïcha mère porteuse et de Laure, la cousine de Gaëlle B, m’ont par ailleurs laissé sans voix à cause de la boule dans la gorge ; rien que d’y penser je frémis un peu. Les gens survivent à des choses incroyables.
            Je n’ai pas le livre sur moi, pas d’extraits possibles donc.

          • le choix du vocabulaire un peu désuet ( rang d’oignons, cortège, internat, piafs ) me donne une impression d’odeur du passé, odeur de grenier.
            Vocabulaire de grand-mère.
            Ce qui correspond bien à ce qui se passe avec cette Annette qui fait du tricot comme une mémé.
            Et ce « funèbre et adorable » qui semble antinomique ( je sais pas ce que ça veut dire mais je crois que c’ est ce que je veux dire ) ne l’est pas.
            On peut être funèbre et adorable puisque joy le dit.
            Et je trouve que cela renforce bien la tendresse qu’éprouve Annette pour ses sujets, les moineaux, malgré qu’ils soient morts, et crades.

        • @Juliette B: je viens de relire l’histoire de laure et j’ai envie de conclure par : et alors ? elle est pas belle la vie ?

          Tu ne trouves pas marrant ce détail de l’erreur de train qui part en Yougoslavie ? ( page 150 )
          Je trouve ça marrant.
          Me fait penser aux milles et une nuit, j’t’expliquerai quand on y sera.

          • @anne-laure: oui, on peut conclure ça parce que Laure elle a une vitalité d’enfer au fond; quand y a du bon, elle prend.

        • @Juliette B: quoique en gros je peux t’expliquer avant d’oublier, sur la loi de fond du film les milles et une nuits, j’avais émis cette petite réflexion un peu vague comme ça , que tu n’as pas besoin de créer des symboles , ils viennent à toi naturellement, c’ est la vie qui les fait.

          • @anne-laure: pas certaine de te comprendre, un peu abstrait là

          • @juju B: ah merde, c’ est pourtant clair comme de l’eau de roche.
            J’t’expliquerai plus tard.

        • @Juliette B:

          Laure elle a une vitalité d’enfer au fond; quand y a du bon, elle prend.

          Objectivement, Laure n’est pas plus vivante que Gaëlle , qu’Anthony , que De Stern , que Daniel avant qu’il ne meurt, que François Feldman etc.

          C’est mon point de vue.

          • @anne-laure: Oui, bien sûr, tant qu’on est vivant on est pas mort, tous autant qu’on est.
            Mais Laure, quand elle grossit beaucoup et ne quitte guère plus sa chambre après que son beau-père ait abusé d’elle, s’enfonce dans quelque chose d’un peu mortifère comme Vendredi dans son trou de boue il me semble;
            Elle écoute « I’m still loving you » en regardant par la fenêtre sa cousine partir en boîte, alors qu’avant elles y allaient ensemble et rigolaient bien.
            A ce moment-là, on se dit que quelque chose de sa mécanique est un peu cassé. Et on se demande si elle ressortira jamais de son trou.
            Et puis finalement, elle ressort. Et renverse un verre sur la tête d’un mec lourd qui l’emmerde, puis sourit au joli barman anglais qui la drague; on se dit qu’elle a de la ressource.
            Je pense que c’est aussi un peu grâce à sa cousine qui est là, quoiqu’il arrive. C’est bien les cousines pour ça.

          • @juliette B: Vendredi ? L’esclave de robinson ?
            Oui je suis d’accord pour le côté mortifère de ce qu’on nous décrit de Laure.
            C’est subjectif. Vu de l’extérieur, par des regards humains, on peut se dire que ohlala ça va pas du tout cette nana là.
            Et elle a dû en entendre des réflexions, des conseils, sur comment elle devrait vivre.
            C’est nécessaire pour Laure certainement de passer par cette étape.
            Et cela reste de la vie.

            Le « I’m still loving you » était un peu pathétique non ?
            A la limite grinçant.
            J’imaginais que son beau-père lui faisait croire ce genre de still loving you pour mieux l’amadouer.

            Je ne peux pas accréditer ta thèse sur les cousines parce que la mienne est la plus grande nunuche de la planète.
            Elle ne sert à rien.

          • @juliette B: J’aime bien le détail du séchage de cheveux sur la plage ( page 149 ), je vois bien l’image, la tête un peu penchée, le corps au dessus de l’autre et frotti frotta avec une serviette.
            Ce que dit Laure est important et tout autant que les cheveux de la narratrice.

            Bon après je ne comprends pas trop l’intérêt de se sécher les cheveux sur une plage parce que le soleil suffit mais bon, à chacun sa technique de soins capillaires.

          • @anne-laure: oui et Gaëlle dit: « Je l’écoute comme un médecin son patient, sans affect apparent »; c’est très précisément à ça, à cette phrase là, que je pensais en disant que Laure avait sa cousine et que c’était bien qu’elle l’ait.
            Cette écoute là, attentive mais pas cucul, pas encombrée par l’expression immédiate de la pitié ou de la compassion, tout comme le fait que Gaelle continue à se sécher les cheveux, permet à Laure de lui parler de ce qu’elle n’a jamais osé dire à personne. jusque là.

          • @anne-laure: ou lui parler de ça pour la 1ere fois à elle (c’est deja beaucoup, même si peut-être elle en a dejà parlé à quelqu’un d’autre)

          • @juju B: elle l’ avait raconté avant , à john et à Anthony il me semble ( je relis pas attentivement, en gros ).
            C’est marrant que tu penses qu’elle le raconte pour la première fois, ça me fait penser à la sensation éprouvée quand quelqu’un te raconte un fait qu’il n’ a jamais raconté à personne et dont tu te retrouves le premier récepteur.
            Cela m’ arrive parfois au boulot.
            Lorsque quelqu’un me fait de grandes révélations ainsi sur un air de secret, je demande s’il l’ a déjà raconté à quelqu’un avant, histoire d’évaluer si c’ est un élément qui émerge enfin ou si c’ est déjà raconté , rabâché et sans effet.
            Je dois dire que c’ est assez plaisant de se découvrir être le premier récepteur, valorisant d’avoir donné confiance , valorisant de recevoir ce cadeau.
            Mais ensuite il faut redescendre, histoire d’éviter tout chantage affectif, des conneries sur la trahison tout ça.

  3. Tout ici est intéressant : merci shash d’avoir lancé le lien et merci aux sitistes qui l’ont attrapé.
    Le texte de François,à la fois sérieux (parce que juste. mais ça y est j’ai encore gaffé : alors comme ça juste c’est forcément sérieux pour toi ?gnagnagna )et drôle : féminisation associée à déclin ; le contenu : » des histoires de bonnes femmes » ;la forme : « l’écriture féminine »,expression péjorative. Et « Pourquoi ne pas retourner en poste d’observation optimal le maintien des femmes à l’écart de l’espace d’action et de décision ? »,qui me fait penser à l’éloge du mineur qui arrivera 6 ou 7 ans après L’Antimanuel. ça m’intéresse de voir de la pensée à la fois déjà aboutie et en transformation,en évolution.
    Le paragraphe sur Anne-Sophie la lectrice,qui nous ramène aux rires de La Politesse.
    Ensuite les commentaires : par ex le post d’anne-laure qui risque « intuition » et court se cacher. Quand le vocabulaire est madérisé,comment faire pour parler? Et quelle meilleure manière d’écarter un sujet que d’en pourrir le vocabulaire?C’est pas un peu la technique de la terre brûlée dans le domaine militaire?
    Joy Sorman dans l’émission de FOG: 14 femmes : encore un titre pour mon carnet. J’espère qu’il est toujours disponible. je n’ai pas encore lu non plus Boys boys boys,et c’est pour bientôt. Dans l’émission je la trouve extra parce qu’à la fois elle tient bon pour préciser ou rectifier ce qui se dit,et elle se recule légèrement pour laisser dire des bêtises. Elle est complètement présente sans tirer la couverture,c’est vraiment une fille remarquable.Rien que se tirer aussi bien d’une émission aussi mauvaise, clap clap Joy.
    Lucchini : quand je vois un type autant et d’aussi près, je n’arrive plus à écouter ce qu’il dit parce que je pense (enfin ce qui me vient c’est):est ce qu’il a mauvaise haleine? est -ce qu’il postillonne? est-ce qu’il a rapproché son genou?
    FOG,c’est le pire : il sait bien que quand Lucchini commence, il ne peut plus s’arrêter,et forcément il dérape. Et au lieu de l’en empêcher,ce qui serait son boulot de présentateur, il le laisse délirer,et ce faisant, il empêche son émission de porter sur des sujets intéressants,par ex leur livre, de laisser parler les gens intéressants
    qui sont invités,et il laisse Lucchini se ridiculiser . Le tout, attendant avec un sourire que son émission arrive à la scène qui pourra passer au zapping.
    Heureusement que Joy est là,et sa phrase : »je suis juste pour que les codes circulent un peu »

    • @patricia:

      FOG,c’est le pire : il sait bien que quand Lucchini commence, il ne peut plus s’arrêter,et forcément il dérape. Et au lieu de l’en empêcher,ce qui serait son boulot de présentateur, il le laisse délirer,et ce faisant, il empêche son émission de porter sur des sujets intéressants,par ex leur livre, de laisser parler les gens intéressants
      qui sont invités,et il laisse Lucchini se ridiculiser . Le tout, attendant avec un sourire que son émission arrive à la scène qui pourra passer au zapping.
      Heureusement que Joy est là,et sa phrase : »je suis juste pour que les codes circulent un peu »

      Sur la forme même de l’émission voilà ma lecture Patricia: Luchini ne dérape pas, Luchini, qui est loin d’être un con, a compris ce qu’on attendait de lui à la télévision et y vient donc toujours pour faire son show, pas pour dialoguer;
      il l’assume et l’a récemment répété dans une longue interview à télérama.
      FOG le sait très bien et ne l’a invité que pour ça, ce n’est pas qu’il le « laisse délirer », c’est qu’il veut qu’il délire.
      Il se trouve que Luchini est comédien donc faire son show c’est un peu son métier et il aime ça, donc ces deux là sont complices, ou en tout cas partagent les mêmes intérêts.
      Car son boulot de présentateur, FOG ne le conçoit pas comme faire parler « des gens intéressants » sur « des sujets intéressants », ses employeurs non plus, mais bien plutôt comme tout faire pour avoir un petit « buzz » qui lui vaudra le zapping ou des clics sur youtube. Tu notes son sourire satisfait quand Luchini prend le pouvoir.
      Et Joy Sorman là-dedans ? Joy, elle vient pour parler d’un livre collectif, pas pour faire le show c’est pas son métier.
      Reste que pour FOG, qui s’en lèche les babines, elle est juste la petite souris qui vient se faire manger tout cru en servant de marche-pied à Luchini. Car au final, combien de phrases a-t-elle pu terminer ? Combien d’idées un tant soi peu articulées a-t-elle pu développer ? Combien des 14 femmes au centre du livre ont été évoquées ? Comment est-ce écrit ? etc, etc.
      Alors oui, étant ce qu’elle est, elle parvient à faire passer quelques éléments du bouquin, elle va au charbon, calmement.
      Au bout d’un moment, ça la fatigue un peu quand même, elle pose une fois ou deux son regard doux face caméra comme pour nous dire: »pfffff vous avez vu ces blaireaux ? On a mieux à faire vous et moi, non ? »

      Et au final, ce n’est pas grâce à cette émission et son présentateur, qu’elle aura pu délivrer un peu de contenu sur le livre, c’est malgré eux.
      Fascinant. Fatiguant.

      • @Juliette B: Je suis bien d’accord avec toi sur la façon dont Joy se tire d’un jeu de cons : finalement c’est son calme sa vivacité, son intelligence qui l’emportent sur ces duettistes ringards. Bien sûr elle a peu parlé du livre, mais son intervention a pu donner aux spectateurs l’envie d’aller voir ce qu’elle écrit.
        Sur la complicité Lucchini-Giesberg,oui c’est un numéro de complices,mais un numéro bien usé,usagé ,qui ne doit plus guère servir Lucchini. Et Giesberg pourrait au contraire essayer de tirer Lucchini vers ce qu’il peut être de mieux, au lieu de le laisser, comme tu dis, avec un sourire satisfait,démarrer dans son show habituel. Mais il plastronne dans la facilité. Burk.

        • @patricia: je ne pense pas qu’elle l’emporte, sauf aux yeux de ceux comme toi qui avaient décidé d’emblée qu’elle avait gagné.

  4. @François Bégaudeau: que s’est-il passé en février ? tu écrirais la même chose aujourd’hui s’agissant de la dernière partie de ton texte ?

    • … / À partir du moment où Amélie Nothomb fait s’étirer des queues, l’exercice de la célébrité littéraire n’est plus attaché à la virilité. / …

      et ce ‘Amélie Nothomb fait s’étirer des queues’ qui, malgré le sujet circonscrit du texte, en particulier si on lit pour une première François Bégaudeau, réveille mais n’est confirmé qu’avec la fin de phrase et le ‘virilité’: oui l’auteur choisit ce mot pour son double-impact ici, file d’attente aurait tout de suite été beaucoup moins bien.

      ps: et puis, jusqu’au bout, jusqu’à la couille qui se réveille qui est de gauche,

      • …/ Longtemps cela a semblé si minoritaire qu’incongru. /…
        gratouille de suite cette phrase non? que tu t’intitules Marcelle ou pas; aussi minoritaire qu’incongru? non, si minoritaire qu’incongru, de l’un découle l’autre, si minoritaire que ce fût incongru et incongru quoi donc? benh de se poser la question même diantre: une femme écrivain ouah c’te bonne blague et pourquoi pas espionne ou fumeuse de pipe tant qu’on y est?
        Tant qu’on en dénombre peu, c’est quasi une erreur de la nature, à se demander si elles en sont d’ailleurs des femmes à jouer ainsi avec les codes, les attributs; si minoritaire qu’incongru, ça raccourcit sans perte de sens: d’emblée du style, ça va gratter, ça va gratter.
        Puis, un peu comme noté récemment dans des lignes extraites chez jptoussaint, la même idée répétée sous une autre forme, en jouant avec une expression qu’on fout léger à sa patte …/Cheveu long dans la soupe. /… avec peut-être un côté dérangeant plus marqué car si on peut volontiers s’amuser de l’incongru, l’invasion de la bouffe, c’est plus agressif déjà; puis ça précise …/Pour une seule Louise Labbé, combien de Louis Labbé ? Pour une seule George Sand, combien de George Sand ? /… on ne rigole plus – enfin si quand même avec ce George unisexe qui rappelle l’affaire de la fille qui – l’auteur cite de la meuf qui réclame, gueule, écrit, du poétique, du littéraire, du politique, il annonce qu’il va construire des lignes avec des preuves.

        Rappelons peut-être que ce texte de François Bégaudeau est extrait de son antimanuel de littérature, on peut donc le lire y jouer sérieux avec les règles de composition de la bonne disserte, trouver ce texte construit pas si classiquement avec son intro qui fournit vite une réponse datée à la problématique oui, mais une réponse qu’on va développer comme une anti-thèse moqueuse jusqu’au retournement-ouverture orchestrée par la pute qui s’installe au monde pour y faire le show, qui n’y est pas que de passage et qui emmène la lecture du texte jusqu’à sa conclusion on ne moins close puisqu’elle file comme concrètement un rendez-vous à noter sur son iphone.

  5. J’aurais préféré y trouver patricia, tant pis,

    • … / Or elle s’arrête cette pute. / … je ne me lasse pas de ce ‘or’ et de sa suite: quelle dynamique élégante là où un ‘mais’ un ‘et voici que’ je parle même pas d’un ‘cependant’ ou d’un ‘voity pas’, enlèveraient du rythme et de l’intensité à cette phrase-bascule dans le texte.
      Ce texte qui, point par point, depuis le milieu littéraire, relève des faits, des fonctionnements structurels qui mettent bien en situation les dires et spasmes miso des carpes mises hors eaux partout par des bonnes femmes sirènes fières de leurs jambes.
      Un texte qui déplie calmement au rythme de celles qui posent question.

      • … / Or elle s’arrête cette pute. / … je ne me lasse pas de ce ‘or’ et de sa suite: quelle dynamique élégante là où un ‘mais’ un ‘et voici que’ je parle même pas d’un ‘cependant’ ou d’un ‘voity pas’, enlèveraient du rythme et de l’intensité à cette phrase-bascule dans le texte.
        Ce texte qui, point par point, depuis le milieu littéraire, relève des faits, des fonctionnements structurels qui mettent bien en situation les dires et spasmes miso des carpes mises hors eaux partout par des bonnes femmes sirènes fières de leurs jambes.
        Un texte qui déplie calmement au rythme de celles qui posent question.

        • @shash: quoiqu’une fois au boulot je n’avais pas trop appréciée d’être traitée de pute.
          Mais c’ était surtout à cause du « bonne qu’ à sucer des queues » qui l’accompagnait, et parce que j’avais vraiment eu l’impression que je pouvais me faire assassiner, j’ai bien flippé.
          Tout ça parce que je l’empêchais , ce charmant jeune homme avec qui ça se passait habituellement plutôt bien tant que j’accédais à ses désirs, d’harceler sa petite amie au téléphone ( c’ est elle et son frère qui me l’avaient demandé ).
          Alors il était colère, il était tout tendu il tapait dans le mur avec ses poings pour m’impressionnée.
          Il n’avait pas aimé que je fasse la police.
          Il n’avait pas du tout aimé être ainsi dominé.
          En contrepartie il lui fallait me mettre plus bas que terre.

          Aaaah les ravages de l’alcool.

          • ce qui fait suite à celui du d’ssous.

            Perso j’aime bien être traitée de pute.

            Bah oui mais si on double ses posts aussi, hein ?

          • bon , et puis « bonne qu’ à sucer des queues » m’avait quelque peu interloquée car je ne pense pas être experte en la matière.
            Il ne savait pas ce petit bonhomme qu’il me remettait en question, qu’il me rappelait que je savais même pas faire ça.
            Encore pire que ce qu’il me disait.
            Bref.
            Passons.

          • pour m’impressionner
            plutôt
            pour me prendre etc.

            Alors qu’il parait que j’ai les lèvres pour.
            Mais bon c’ est une autre histoire.

      • @shash: Moui, moi ce n’est pas le or c’ est cette pute que j’aime.
        On le trouve aussi dans un livre de françois, peut-être les deux singes.
        A propos d’une fille désirable et qui lui échappe.
        J’adore l’agressivité sous-jacente.
        Agressivité qui selon moi exprime l’agacement face à une femme qui ne se donne pas.
        Et qui donc n’est pas une pute.
        Il y a erreur volontaire sur la définition.
        Une pute se donne volontiers , en échange d’autre chose.
        C’est pourtant pas compliqué de donner autre chose.
        Y a pas de quoi s’énerver.

        Perso j’aime bien être traitée de pute.

  6. pas le souvenir d’avoir déjà lu ce texte.
    m’aurait peut-être marqué le coup des Anne-Sophie.
    C’est marrant parce que c’ est le prénom que mes parents hésitaient à me donner.
    En garçon je sais plus.
    Eric peut-être.
    Ou Mylène.

    La fin du texte me rappelle la scène jouée par Lucchini face à joy sorman dans je ne sais quelle émission littéraire, il en fait des tonnes ( pléonasme chez ce mec, est-ce bien la peine de le dire ) sur la part féminine de la puissance du texte ( la peau de l’ours je crois ) , je ne sais plus très bien.
    Il avait vraiment l’air d’un con vis à vis de l’aplomb de joy sorman je trouvais.
    Me semble bien qu’il voulait mettre sur le compte de la qualité littéraire le fait que joy sorman soit une femme.
    Ambiance malsaine entre ces deux-là.

    Moi j’aurais dit comme ça d’intuition qu’un bon texte devrait être asexué.

    • Je reformule : un texte qui s’applique à être asexué est un bon texte.
      Pas mieux.
      Un texte qui s’applique à se méfier de son sexe est un bon texte.
      Ambigu, parce qu’on pourrait croire qu’il faut se méfier de sa chatte ou de sa bite.
      Un texte qui s’applique à se méfier des valeurs qu’on attribuent à son sexe est un bon texte.
      Bon vais m’ reposer.
      J’ai tout donné là.

      • Ah nan j’ai pas tout donné.
        Je me disais que puisque les maitres de la littératures sont des hommes et qu’ils ne se méfient pas de leurs sexes, les femmes qui les suivent fonctionneraient comme des hommes, elles se pensent femmes par le biais des hommes etc.
        Toujours la même histoire.
        Bon.
        Une femme qui écrit doit donc se méfier des valeurs qu’on attribue aux deux sexes.
        Double boulot quoi.

        • @anne-laure: oui, et on pourrait faire comme tu dis même quand on n’écrit pas

          • @Juliette B: moui mais là en l’occurrence on parlait écriture.
            Toutes façons y a lien entre ce que l’on est, comment on fonctionne, et notre façon d’écrire.
            Non ?
            Peut-être qu’on peut trouver des textes qui ne ressemblent pas du tout à ceux qui les produisent.
            Mais alors c’ est qu’y a un problème.
            Je ne sais pas quel problème.

            Tiens je te donne un exemple rigolo de cette histoire de contrôle de la part sexuée de l’écriture.
            Quand j’ai écrit ci-dessus : moi j’aurais dit comme ça d’intuition…
            J’ai hésité à utiliser le mot intuition, parce que comme fabrice le dit , fabrice qui sait tout, c’ est purement féminin.
            Et puis c’ était le thème de la discute alors ça m’ a fait marrer de le mettre quand même.
            Des fois je rigole toute seule dans ma tête comme une débile.
            mais entre temps j’ai senti dans mon corps comment ce mot intuition me structurait l’organe sexuel et autour le corps sexuel, comment ça pouvait me donner un pouvoir supérieur à celui des hommes, et alors j’me la pétais grave et puis je me suis dit qu’il fallait que je me calme petite.
            N’empêche j’ai quand même écrit le mot maudit.
            Mon raisonnement ne se passait qu’entre moi et moi, nul n’était censé connaitre mon autocontrôle, maintenant tu es au courant.
            Bizarrement je n’avais pas peur d’être mal comprise.
            J’avais plutôt confiance.

        • @anne-laure: on va pas s’interdire l’intuition et autres qualités dites « typiquement féminines » parce que Fabrice veut nous réduire à ça. Ce serait encore de l’aliénation. donc intuite quand ça te chante ma poule.

          Un autre extrait de Joy Sorman dans 14 femmes:

          Julie Ferrier nous fait, tous, franchement rire parce qu’elle a ce qu’on appelle le sens de l’observation. Parce qu’elle est une femme, et que les femmes ont tout le temps d’observer, de relever chaque détail, geste, intonation, pendant que les hommes parlent, pendant que les hommes ne laissent pas les femmes en placer une. Alors elles se vengent, si elles ont assez de talent, de persévérance, d’assiduité, les femmes se vengent; ou plutôt recyclent, réinvestissent, font prospérer ce précieux sens de l’observation. Le comique étant la meilleure usine de recyclage.

          • comme quoi on discute au café et hop on se met à écrire à peu près les mêmes trrucs sans même s’en rendre compte

          • @Juliette B:

            on va pas s’interdire l’intuition et autres qualités dites « typiquement féminines » parce que Fabrice veut nous réduire à ça. Ce serait encore de l’aliénation. donc intuite quand ça te chante ma poule.

            Tout à fait.

            Quand j’intuite ça vient d’ailleurs que de mon organe sexuel, j’en suis convaincue.
            Faudrait faire une expérience de mutilation d’organe pour voir si l’intuition persiste, mais je suis déjà certaine du résultat.
            Faudrait tuer ses enfants pour voir si on y tenait tant que ça.
            etc.

          • @Juliette B:

            Parce qu’elle est une femme, et que les femmes ont tout le temps d’observer, de relever chaque détail, geste, intonation, pendant que les hommes parlent, pendant que les hommes ne laissent pas les femmes en placer une.

            tiens bah là tu vois je ne suis pas d’accord.
            A moins que cette partie soit teintée d’ironie vis à vis d’une façon de généraliser autour de la différence sexuelle ?
            Je connais des hommes très observateurs, des hommes peu bavards , des femmes grandes gueules , et ça dépend des moments, des situations , tu peux dérouler à l’infini.

            Vais peut-être relire 14 femmes moi tiens, qu’on en discute.
            On dirait que t’étais ma sœur.

          • @françois: je ne comprends pas de quoi tu parles mon françois-bisou-bisou.

          • @Juliette B: Comme je cherchais 14 femmes dans ma bibliothèque ce matin je suis tombée sur un bouquin intitulé  » lettre ouverte aux cons « .
            Pas pu m’empêchée de le prendre et de l’ouvrir, devais me sentir concernée.
            Commencé à le lire aux chiottes ( j’t’épargne les détails ).
            Imprimé en 1974.
            Apparemment tout un développement autour du mot con, autour de la connerie.
            C’est très sérieux.

            axiome huitième :

            on peut être con comme un balai ,ou comme une malle.
            Mais on est surtout con comme la mort.
            Le con ne devient pleinement lui-même que quand il a cessé d’être.

            Mouais , mais je vais pas le lire en fait.

        • @anne-laure: oui, je suis assez d’accord avec ta réticence, j’ai eu la même au moment même où je recopiais l’extrait; mais je l’ai posté quand même parce qu’il faisait pour moi écho à une chose qui m’a frappé dans ce livre qui est la très grande précision des récits.

          Et je retrouve cette idée là dans ce Joy Sorman dit de Julie Ferrier et son sens de l’observation.

          Cette précision de l’auteure, tu la retrouves par exemple dans cet autre extrait du récit sur Mitch Michelle:

          Je regarde Michelle faire et ses mains amochées, gonflées, rougies, ses gestes précis et rapides. Michelle se déplace de plus en plus difficilement dans la chambre, autour du lit, la fatigue gagnant, mais ses gestes restent infaillibles. Les coins du lit pliés comme des serviettes empesées de restaurant quatre étoiles, le carrelage frotté à l’Ajax vitre – plus efficace que l’Ajax sol -, la robinetterie au vinaigre blanc, ça brille, les joints décrassés à la brosse à dents, et dans le distributeur de papier toilettes – le détail, le travail bien fait – la première feuille est délicatement tirée, pliée triangle, grande classe.

          Le coup de l’Ajax et du vinaigre blanc c’est de la sacrée précision/observation de la part de J.S, non ? Quel écrivain homme en aurait rendu compte, je me le demande bien ?

          (l’Ajax, comme l’intuition, ne sont pas exclusivement féminins bien sûr, mais aux femmes on leur fait téter au biberon)

          • @Juliette B: oui tu n’as pas tort , tu me fais réfléchir.
            Du coup je pense au dernier chapitre du moindre mal ( mon horizon est assez limité en effet, je suis désolée ) où j’avais remarqué que le narrateur-observateur, malgré sa bonne volonté et sa blouse ridicule, n’était pas assez spécialisé pour capter toute la technicité des gestes.
            Est-ce pour autant que le récit en perd de son intérêt ? Là n’est pas la question.
            Je dirais plutôt que joy sorman est assez spécialiste en récit qui s’applique à expliquer les détails d’une spécialité.
            Je te conseille de lire comme une bête pour voir, si tu ne l’as déjà lu. Pour voir comment elle est devenue spécialiste du découpage de la viande.
            Je ne pense pas qu’on lui filait de la viande au biberon.
            A moins que.
            Peut-être qu’elle avait des parents ours.
            Oui car même si les ours sont omnivores , se sont tout de même de sacrés assassins de viande fraiche.

          • @Juliette B: ce sont ? ouais ça doit être ça plutôt.

        • @anne-laure:

          Quand j’intuite ça vient d’ailleurs que de mon organe sexuel, j’en suis convaincue.

          wé peut-être, mais ton organe sexuel il est construit, construit comme un organe sexuel de fille moi j’dis

          • @Juliette B: Ben oui.
            Et ?
            Et bien il a sa petite intuition bien à lui et qu’il m’ en épargne les détails je lui en serais gré.
            Maintenant que je n’ai plus besoin de ses services.
            Maintenant que je suis vieille.

        • @anne-laure: bon le garçon qui a lu (et aimé) avant moi Comme une bête, car moi pas encore, et avec qui je parle de notre échange me dit que plein d’auteurs mecs sont également très précis, exemples précis à la clef, et que c’est pas vraiment un critère de différenciation sexuelle d’écriture. c’est son avis, qui semble rejoindre le tien; fatiguée, je vais me reposer et y repenser plus tard. good night.

          • oui fort heureusement la précision peut venir des hommes
            (voir Balzac, Robbe-Grillet, Perec, etc, etc)

          • et bien sur je ne te cacherais pas que jene me sens moi-même pas radicalement vague

    • @anne-laure:
      ça date de 2009 et je vois très bien de quoi tu parles parce que j’ai visionné pour la première fois cet extrait d’émission pas plus tard qu’il y a trois jours.

      http://www.dailymotion.com/video/x7zrjt_joy-sorman-14-femmes_news

      moi ça m’a mise en colère (ne me dis pas que c’est mal stp) et je me suis dit: mais moi j’aurais fait quoi dans la même situation que Joy Sorman ?

      – j’aurais d’emblée répondu au « mon chéri » de Luchini par un souriant « mon biquet » en lui posant une main protectrice sur l’épaule ?
      – j’aurais posé ma main sur sa bite après sa main sur mon ventre, en lui disant d’un air désolé: oui, moi j’ai ce ventre fécond, mais toi tu as là ce que je n’ai pas et qui m’empêche de passer le plus prisé des concours ?

      – ou j’aurais décidé qu’on ne m’y reprendrait plus à servir de faire-valoir à ces cons ? (la caméra qui regarde celui qui se fout de votre gueule pendant que vous parlez c’est un procédé interdit dans les débats politiques parce qu’on sait que c’est dévastateur, FOG le sait bien).

      – ou enfin je me serais contenté d’avoir été moi, comme Joy l’a été – petit sourire en coin quand elle souligne le Cioran – au risque de n’avoir prêché que les convaincu(e)s ?

      Si Joy Sorman passe par là, ça m’intéresse un peu de savoir ce qu’elle en a pensé et conclu pour la suite de ses interventions télévisuelles.

      • @Juliette B: Ah ouais c’ est ça, j’ai fait un mixte mémoriel avec une émission de la grande librairie.
        A moins que.
        A moins qu’il existe une autre émission où Fabrice Lucchini persécute de bonne foi joy sorman.
        A moins que Fabrice Lucchini passe son temps à persécuter joy sorman, caché dans un coin de sa rue à guetter ses allée-venues, lui téléphone , lui sms, lui pose des mots dans sa boite aux lettres pour lui dire et lui redire que :
        « les femmes sont du côté de l’instinct de l’intuition de l’intelligence suprême. »

        ça me fait penser à une citation de Victor Hugo que j’ai vu dans l’album photo des 50 ans de mariage d’une patiente : l’homme est du côté de l’intelligence, la femme du côté du cœur.
        Un truc comme ça.
        ça m’ a troué le cul comme tu dis, comme tu dis que je dis aussi des fois.

      • @Juliette B: L’as-tu lu 14 femmes ?
        Je l’ai lu, ça fait un bail.
        Je me souviens pas de grand chose à part le plaisir de lire ovidie racontée par joy sorman.

        • @anne-laure: je l’avais pas lu au moment où j’ai visionné l’extrait, justement pour en savoir un peu plus après avoir lu « boys, boys, boys » qui m’avait emportée par son souffle et pas que, puis L’invention de la jeunesse, avec notre hôte et leurs deux voix si subtilement mélées pour n’en faire qu’une.
          Depuis oui j’ai lu 14 femmes. Davantage encore qu’Ovidie, j’ai aimé Mitch, femme de chambre. En particulier, l’histoire du badge avec son prénom, qu’elle omet généralement de porter alors que le règlement de l’hôtel l’exige.
          – Michelle, pourquoi vous ne portez pas votre badge, alors que Myriam, Christine, Amel et Sophia le portent ?
          – Parce que je ne suis pas un clébard, je ne porte pas de collier avec mon nom. Quand je porte mon badge, les clients ont tendance à m’interpeller familièrement à tout bout de champ, comme un chien.
          – Et quand vous ne le portez pas, ils vous disent « Madame » ?
          – Pas tout le temps. Ils disent aussi « eh Conchita ».
          – Et alors ?
          – Il a pas parler à mes parler comme ça, je l’envoie chier.
          – Et il se plaint à la direction ?
          – Oui, mais il arrive que la direction me soutienne.

          Au tout début de son récit sur Michelle, qui approche la soixantaine, Joy Sorman, elle, écrit: Michelle, dans l’intimité je l’appellerais bien Mitch. Peut-être plus tard, quand on se connaîtra mieux.

          C’est fort tout ça anne-laure non ? (c’est bien ça rime)

          • @Juliette B: lire plutôt:

            – il a pas à me parler comme ça, je l’envoie chier

          • La relecture de ces quelques lignes me met en joie, merci Juliette. Je la vois ce soir, je la salue de ta part.

          • @Juliette B: Ah je ne m’en souvenais pas du tout.
            Ce qui est fort c’ est qu’on dirait de la fiction tellement c’ est dingue cette histoire de  » hé conchita « .
            Alors qu’en fait c’ est vrai.

            Dans l’histoire d’ovidie, ce n’est pas ce qui est raconté qui m’ a fait plaisir , c’ est la façon dont c’ est écrit.
            Ou les deux mélangés je sais pas trop.
            C’est ce qui m’ a donné envie de lire les romans de joy sorman.

          • @Juliette B: un détail en passant : j’ai fait lire 14 femmes à ma grande sœur, pensant qu’elle en aurait des choses à me dire et non , que dalle.
            Bon ben tant pis.
            Une preuve de plus que nous ne sommes pas de la même famille j’ai envie d’dire.

      • Je crois pouvoir dire que Joy supporte sereinement ce genre de conneries, qui procèdent de la routine.
        Par suite, elle laisse dire, et pense/passe à autre chose.

        • @François Bégaudeau: Sereinement ? trop forte. Mais assez logique, oui, si l’on veut bien lire le contenu du livre pour lequel elle était invitée et dont elle a à peine pu parler alors qu’elle était venue pour ça.
          Qu’elle écrive et qu’on la lise, c’est bien sûr l’essentiel.
          Mais pourquoi venir ? ça reste pour moi une question.

          • Oui c’est une question qui se pose, toujours.
            Il faut voir donc comment ca se passe précisément. Une invitation tombe, elle passe par l’attachée de presse, qui demande donc à Joy si elle veut y aller. Là, trois choses peuvent intervenir
            1 la douce insistance de l’attachée de presse, qui pense que c’est une émission à faire.
            2 l’invitation est peut-etre arrivée par le redac chef de l’émission, ou une assistante, qui peut-etre connait Joy pour telle ou telle raison et y a mis une familiarité qu’il est difficile de rabrouer (je décris bien sur là un schéma que je connais par coeur, et qui fait par exemple que j’ai récemment accepté une émission du matin sur France Inter)
            3 émission à la con ou pas, ca donne une visibilité au livre, qui le fait un peu exister (Joy ne vit pas de ses livres, elle travaille et ne détesterait pas arreter, on comprend qu’un petit rab de vente possible ne se refuse pas facilement)
            Après, certains y vont parce qu’ils aiment ça, parce que montrer leur gueule les enchante. Ce n’est pas le cas de Joy.

        • @François Bégaudeau: leur pouvoir, votre puissance: beaucoup de choses compliquées à calculer là; faudrait appeler Gaëlle et son hamac

          • Absolument. Et elle nous dirait : assurez la thune, les amis, et le reste suivra. Vous n’aurez plus aucunement besoin de ces pitres.
            Le problème est que je n’ai pas de gros seins.

        • @François Bégaudeau: de nos jours ça peut s’arranger

          • oui alors à ce propos je comptais justement demander une petite contribution aux sitistes

        • @François Bégaudeau: si Copé a pu récupérer 11 millions d’euros pour l’UMP avec la sienne, une souscription pour tes seins devrait bien gratter ses 3.000 euros…
          Non, ce qui va vraiment être compliqué François c’est les ch’veux.

          • détrompe-toi : l’ami Jacques Leviguier me fait un prix dans sa clinique d’implants capillaires. Pour me remercier de lui avoir évité la taule.

  7. Je rédécouvre avec plaisir ce texte, qui analyse très justement l’éternelle phallocratie du monde des Belles-Lettres.

    • @Jérémy: Oh bah tiens Jérémy, je viens juste d’avoir un vieux flash cérébral de la seule blague des petites annonces spécial camping du fluide glacial de l’été qui m’ait faite rigoler :

      Ref.030.Pour que soit élevée à Metz , sa ville natale , une statue à l’effigie de francis Heaulme ( « le routard du crime « ) , soutenez le projet des membres de « camping et meurtres en série », faites un don sur wwwkillkillbangbang.com

    • @Jérémy: à l’époque d’Apostrophes Sollers était invité par Pivot à chaque fois qu’il écrivait un livre; et à chaque fois il plaçait à un moment donné l’existence d’un aréopage de jeunes femmes amoureuses de ses mots – mais pas que – évoluant dans son sillage;
      j’étais ado et le trouvais ridicule d’attribuer ainsi à sa personne une séduction qui de toute évidence tenait beaucoup à sa célébrité.
      C’était aussi une information objective sur l’intérêt à ses yeux du métier d’écrivain.

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